LE PALAIS PUBLIC, SIENNE
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détachent sur l'azur du ciel à des kilomètres de distance. Les mâchicoulis se composent de seize arcs en ogive, quatre sur chaque face, séparés par de longues consoles effilées. La frise qui les domine s'orne d'écussons de la République ; au-dessus se découpent les créneaux, à l'intérieur desquels se dresse un beffroi présentant, sur chaque face, une ouverture en plein cintre. Couronnant le beffroi, une rangée de mâchicoulis plus petits et semicirculaires, enfin un bandeau uni surmonté de créneaux.
La chapelle, au pied de la tour, ou Cappella del Voto, fut construite en accomplissement d'un vœu, après la grande peste de i3/|8. Un oratoire, commencé en i3d2, s'éleva d'abord sur cet emplacement, mais, comme il ne plaisait pas aux Siennois, on le démolit en partie ; en 1376 on se remit sérieusement au travail : le gros œuvre de la chapelle ne tarda pas à être achevé, mais pendant longtemps les opérai de la cathédrale, à qui en incombait l'entretien, continuèrent à y ajouter de nouvelles décorations. Au xve siècle, en 1460, elle subit des changements importants : Antonio Federighi fut chargé de surélever la toiture de manière à loger en dessous une frise.
En 1297, alors que s'édifiait son Palais, la Seigneurie rendit un édit prescrivant qu'à l'avenir tous ceux qui bâtiraient des maisons sur la Piazza del Campo devraient les munir de fenêtres gothiques à colonnettes1 : les architectes se virent donc obligés, à cet égard tout au moins, d'imiter le Palais de la Seigneurie, et ce dernier avec sa façade de brique, son rez-de-chaussée sévère et ses rangées de fenêtres gracieuses aux étages supérieurs, servit ainsi de modèle à maint palais siennois. Parmi les plus
1 Borghesi et Banchi, Nuovi Documenti, etc., Sienne, Torrini, 1898, p. 1.
anciens se trouvent le Palais Sansedoni et le Palais Buonsignori qui appartiennent tous deux, du moins en partie, à la seconde moitié du xme siècle.
Le Palais Sansedoni, l'un des plus vastes de Sienne, — il fut même jadis plus grand qu'aujourd'hui, — s'élève sur la Piazza del Gampo, vis-à-vis du Palais Public ; de sa tour autrefois altière, il ne subsiste plus qu'une petite portion. Une belle corniche le couronne, soutenue par un encorbellement aux arcs arrondis, et au-dessus de laquelle règne une frise étroite surmontée de créneaux. Différant sur ce point de la majorité des palais gothiques de Sienne, il compte plus de trois étages. Trente-six fenêtres à doubles meneaux et à tympans pleins décorent sa façade. D'effet général un peu monotone, le Palais Sansedoni ne possède pas le charme d'autres demeures siennoises de la même époque.
Plus gracieux est le Palais Buonsignori, dans la Via San Pietro, avec ses trois étages : le rez-de-chaussée date du xme siècle et le reste appartient vraisemblablement à la première décade du siècle suivant. Au rez-de-chaussée nous trouvons combinés le plein cintre et l'ogive, comme dans d'autres monuments de Sienne du xme siècle ; aux deux étages supérieurs, une rangée de fenêtres à doubles meneaux, et à ogive pleine, rappelant celles du Palais Public. Une bordure de créneaux d'un dessin hardi surmonte la façade. Gomme ses contemporains, le Palais Buonsignori est en brique.
Un peu plus récent, le Palais Grottanelli, d'abord résidence du Capitaine de la Place, passa ensuite aux mains des Squarcialupi et des Pecci ; comme ses aînés, il revêt une beauté sévère, mais le goût grandissant du luxe perce discrètement aux fenêtres et aux créneaux. Considérablement transformé au xve siècle, il fut restauré dans son état primitif au siècle dernier. Il ne comporte que deux
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étages, y compris le rez-de-chaussée qui est entièrement en pierre. Les fenêtres de l'étage supérieur se divisent en deux baies avec remplages percés d'un cercle. Deux rangées de briques alternées décorent les beaux créneaux carrés.
A la même époque appartiennent le Palais Saracini et le Palais Salimbeni, élevés tous deux sur l'emplacement d'anciens palais. Lors de la construction du Palais Tolomei, un peu plus tard, on y incorpora probablement une portion d'un édifice existant, construit en 1200 par la même famille.
Sienne est plus riche en beaux spécimens d'architecture civile et domestique de la Renaissance qu'en édifices religieux d'une belle ordonnance appartenant à la même époque. La Loggia di Mercanzia, la Loggia di Pio Secondo, les Palais Piccolomini, Nerucci et Spannocchi, et le Palais des Moines de San Galgano, nous offrent une série de monuments ' dessinés par plusieurs des plus grands maîtres de cette période, et qui, sans s'imposer en générai par leurs dimensions ni par la somptuosité de leur décoration, présentent cependant un profond intérêt pour quiconque veut étudier l'architecture italienne d'une manière complète.
C'est en l'année i3oo, que les Consuls des deux ghildes marchandes décidèrent qu'elles occuperaient dorénavant un local à elles, au lieu de louer une maison comme elles l'avaient fait jusqu'alors2. Elles achetèrent immédiatement plusieurs maisons sur remplacement où s'élève maintenant la loggia, bâtie, ainsi que la chapelle, un siècle plus tard. En 1416, le grand Conseil en confia la
1 Avec la seule exception de la Loggia di Mercanzia, ils appartiennent tous à l'époque d'iEneas Sylvius Piccolomini, et furent construits soit par le pape, soit par ses parents ou des protégés.
2 Mise. Stor. Sen., vol. III, 1895, p. 27.
construction à Sano di Matteo, architecte en chef de la cathédrale d'Orvieto.
La Loggia di Mercanzia, baptisée plus tard Loggia de1 Nobili et connue de nos jours sous le nom de Loggia degli Uniti, ne comportait primitivement pas l'étage supérieur ; de forme rectangulaire, la galerie comprend sur la rue trois arcades rondes et s'appuie au fond sur un palais. Les quatre piliers de la façade portent, sur celles de leurs faces qui regardent la rue, des dais abritant chacun une grande statue. En dépit de son manque de légèreté, il s'en faut que la loggia soit solidement construite : les tirants qui maintiennent les arcades attestent l'incompétence des architectes qui bâtirent une œuvre lourde et pourtant d'une stabilité précaire.
Quoi qu'il en soit, lorsque l'on a formulé contre elle tous les reproches qu'elle peut suggérer, la Loggia di Mercanzia conserve encore assez de charme pour justifier la fierté qu'elle inspire aux Siennois. L'agrément de la décoration compense dans une certaine mesure, s'il ne les rachète pas complètement, les fautes commises par ses architectes : Minella et le Vecchietta, Federighi et le Marrina, Urbano de Gortone et Pastorino Pastorini ont en effet contribué à embellir cette construction, d'un caractère bien italien. Lorsque l'on descend l'étroite et sinueuse Via Gavour, elle semble vous saluer tout à coup, produisant une impression de dignité somptueuse. On éprouve une agréable jouissance en découvrant cette galerie luxueuse et superbement décorée qui abrite le passant de la pluie et des ardeurs du soleil. Et, comme ce sont bien là les sensations qu'une telle construction doit éveiller, on peut dire que les artistes qui l'ont édifiée n'ont pas complètement manqué leur but.
La Loggia del Papa, déjà commencée en 1460 aux frais de Pie II ne fut terminée que deux ans plus tard, c'est-à-