Tempesll, t. I, lib. III, n®» ii à v, p
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verlure du conclave, se hâta de revenir. A Gênes, il reçut la nouvelle de Téleclion de Pie V, duquel il obtint de rentrer h Rome. Quant au père Montalto, il se dirigea vers le Piémont, pour visiter les couvents de son ordre dans lesquels il comptait des amis. Mais comme le supérieur général des Franciscains venait de mourir, le nouveau pape Pie' V, Ghislieri, qui connaissait depuis longtemps Taustérité du père Montalto et sa rigueur inflexible dans les choses de la religion, le nomma vicaire apostolique. Cette dignité lui confé-^ rait la suprématie sur son ordre, et soumettait à son autorité absolue tous les couvents d'hommes et de femmes assujettis à la règle de Saint-François. C'est dans le monastère d*Asti qu'il reçut la nouvelle de cette promotion, et c'est là qu'il fut reconnu et honoré par les délégués de tous les autres couvents. Avec l'activité dont il avait fait preuve en différentes circonstances, il s'empressa, en se rendant à Rome, de visiter les maisons qui se trouvaient sur son itinéraire, commençant à réformer les abus qu'il y avait observés depuis longtemps.
Après avoir été remercier le souverain pontife, il continua sa tournée apostolique. Dans l'impossibilité de se rendre partout où les Franciscains possédaient des établissements, il envoya ses lieutenants visiteurs dans les provinces de l'Italie, de la France, de la Provence, de l'Autriche, du Rhin, de l'Espagne, pour y ramener les religieux à la stricte observation de la discipline ecclésiastique. Encouragé par Pie V, dont le zèle, en matière de religion, était excessif, il fit partir les inquisiteurs de l'ordre de Saint-François pour la Romagne, la Toscane, la Bohême et d'autres contrées, avec les instructions les plus précises de combattre
rhérésie, el de Textirper, môme à Taide du bras séculier, partout où elle aurait osé se montrer. Lui-même, sachant par expérience quel était le relâchement des mœurs dans les couvents du royaume de Naples, il se rendit dans cette ville, et s'efforça de ramener les moines et les religieuses à une manière de vivre plus conforme aux statuts de l'ordre de Saint-François et à leurs propres engagements. Dans ce but, il publia plusieurs ordonnances, en vertu de ses pouvoirs apostoliques, pour rétablir et assurer la discipline dans les monastères de femmes. Il défendit d'y recevoir absolument aucun homme, sans son expresse permission, à l'exception de ceux, tels que confesseurs et médecins, dont rentrée est autorisée par les canons du concile de Trente, et seulement dans les cas de nécessité. Il voulut qu'à Tâge de douze ans accomplis, les novices fussent tenues de revêtir l'habit monastique, et qu'aucune jeune fille ne demeurât au couvent après cet âge, si elle n'avait pas prononcé ses vœux. Il interdit la faculté de constituer des dots aux religieuses avant qu'elles eussent prononcé leurs vœux, et il prescrivit aux abbesses d'observer ces règlements, sous peine d'excommunication et de privation de leur dignité.
La mise à exécution de ces mesures fait dire au père Tempesli, Franciscain lui-même', que — « les visites du père Montalto n'étaient pas des visites d'usage ou de compliments , et son gouvernement une apparence : mais qu'elles tendaient partout à extirper les abus, et qu'on commençait à entrevoir une lueur de son pontificat. »
l. P. 43,n«»ix etx, ibid.
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Pie V, qui approuvait son zèle et ses réformes, Ten récompensa en le créant, le 17 novembre 1566, évéque de Sainte-Agathe des Goths, dans le royaume de Naples, tout en lui conservant sa charge de vicaire apostolique jusqu'à l'élection d'un supérieur général des Franciscains. Le pape le nomma en outre président d'un chapitre général de Tordre, qui se réunit à Camerino, et dans lequel Montalto élut lui-même trente religieux pour l'assister dans ses fonctions. Après la Icnue de cette assemblée, il alla se faire sacrer évéque de Sainte-Agathe, dans Téglise de San-Lorenzo, à Naples, le 12 janvier 1567. Le 29 du môme mois, il prit possession de son siégé, mais il n'y resta que fort peu de temps, parce que le pape voulut qu'il revînt à Rome, pour continuer les visites des couvents de son ordre. Ce désir du souverain pontife s'accordait probablement avec celui de l'évoque de Sainte-Agathe. Montalto avait parcouru toutes les fonctions ecclésiastiques qui conduisent ordinairement au cardinalat : sans vouloir calomnier sa mémoire, il est permis de supposer qu'il espérait alors parvenir à cette éminenle dignité. Le séjour à Rome, au milieu des membres du sacré Collège, près du chef de TÉglise, ne pouvait que favoriser cette ambition : il se hâta donc d'y rentrer et de se ménager des amis parmi les puissants.
Toutefois, il reprit, au bout de quelque temps, le cours de ses visites apostoliques, non sans avoir nommé procureur général de l'ordre son ancien élève Posio, dont il n'oubliait pas les services et le dévouement, au milieu des grandeurs. Il se rendit d'abord dans la province des Marches, passa par Grotte à Mare, et s'y arrêta plusieurs jours dans une maison habitée par quelques-uns de ses parents. Il alla ensuite au
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couvent de Franciscains de Ripa Transona. Là, excilé par Thonneur de son ordre, et par son propre penchant pour les arts, il fit élever, dans Téglise, un tombeau à la mémoire du docteur Jean à Ripis, professeur, pendant plusieurs années, à TUniversité de Paris, et théologien célèbre sous le pontificat de Jean XXII (de 1316 à 1324). Continuant ses visites pastorales, après avoir parcouru TOmbrie et la province de Bologne, il revint assister à un second chapitre général de son ordre qu'il présida en 1568, et dans lequel Giovanni Pico fut élu supérieur général.
Cette élection mettait fin à sa délégation comme vicaire apostolique : il profita de la liberté qui lui était rendue pour retourner dans son diocèse de Sainte-Agathe, qu'il visita, en y rétablissant la sévérité de la discipline ecclésiastique. On ignore s'il prolongea son séjour au milieu de ses diocésains : il parait probable qu'il n'y résida jamais longtemps. Pie IV l'avait chargé de revoir l'immense recueil des décrets de Gratien, et de le purger de ses nombreuses erreurs. Ce travail était conforme aux goûts du Père Montalto, et il s'y appliquapendant plusieurs années. Néanmoins, il ne perdait pas de vue la pourpre romaine, à laquelle le désignaient la régularité de sa vie, son zèle pour la religion, sa profonde science de théologien et les hautes fonctions qu'il avait déjà remplies.
Cette éminente dignité lui fut enfin conférée par Pie V le 17 mai 1570. La promotion comprenait seize cardinaux, parmi lesquels six seulement, Maffeo, Montalto, Aldobrandino, Tiano, Aquaviva et Santorio di Santa Severina, reçurent des marques particulières de la bienveillance du pape. Comme témoignage de sa faveur, il donna cinq cents écus d'or en or à chacun
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d'eux, avec deux chasubles, quatre portières, un bassin, une aiguière et une masse en argent, plus les harnachements rouges et panachés de leur mule. En outre, il leur assigna douze cents écus de pension annuelle ^
Chaque cardinal est désigné ordinairement par le nom de Téglise dont il est le titulaire. Après sa nomination, le cardinal di Montalto avait été investi par Pie V du titre de Téglise Saint-Siméon. Mais, en considération du pays d'origine de sa famille, il demanda que ce titre fût changé pour prendre celui de l'église de Saint-Jérome des Esclavons, à Rome, ce qui lui fut accordé. Néanmoins, dans les actes publics comme en particulier, il continua d'être désigné sous le nom de Montalto, qu'il avait porté étant religieux.
En 1572, Pie V avait changé l'évôché de Sainte- Agathe contre celui, de Fermo dans les Marches, que le cardinal administra pendant deux années, par le moyen de commissaires, sans quitter Rome. Il n'alla prendre possession de ce nouveau siège qu'en 1574, et il n'y resta que trois mois : il le quitta vers la lin de cette môme année, après avoir reçu de la ville de Fermo un don de cent écus d'argent. Il n'y revint plus : désirant rester à Rome pour jouir d'une plus grande liberté, et pour se livrer tout entier à l'étude des Pères de l'Église, et spécialement de saint Ambroise, il obtint, en 1578, de Grégoire XIII, la permission de résigner son évéché à Domenico Pinelli, que, plus tard, il créa cardinal.
Ainsi fixé à Rome et devenu maître de sa vie, il la partagea entre l'accomplissement des devoirs attachés
1. Ces détails sont tirés par le I^. Teropesti des Mémoires du cardinal dl Santa Seyerina, qu'il cite, t. I , lib. III, n^' xvi , p. 46.
au cardinalat, l'étude des Pères de l'Église et la création des monuments des arts, vers lesquels il se sentait attiré par son goût pour les belles choses. Pie V l'avait nommé président des Congrégations des évoques, du Concile et du Saint-Office, fonctions qui absorbaient la plus grande partie de son temps. Il y déploya constamment un savoir et un zèle pour la religion qui contribuèrent beaucoup à le faire élire souverain pontife.
Sa nomination à la pourpre romaine lui avait valu les félicitations du grand duc de Toscane, Cosme de Médicis, et du roi d'Espagne, Philippe II, très-habile à juger les hommes supérieurs et à les faire servir à ses desseins. Parmi les membres du Sacré-Collége résidant à Rome, les cardinaux Sforza et Alexandre Farnèse étaient ceux avec lesquels il vivait dans les meilleures relations. Ce dernier, neveu de Paul III, avait longtemps pesé sur le Conclave et sur le gouvernement de l'Église, de tout le poids d'une volonté et d'une autorité presque irrésistibles. Il aimait les arts et les lettres : son palais de Caprarola, situé près de Viterbe, étalait sur ses murailles peintes à fresque par les deux frères Taddeo et Federico Zaccheri, et par d'autres artistes, la glorieuse histoire de la puissante maison Farnèse. A Rome, il avait fait terminer par le Vignola et par son élève Giacomo délia Porta, le palais que son oncle Paul III avait fait commencer sur les plans de San-Gallo. Cet édirice,Tun des plus beaux de la Renaissance, était ouvert aux savants et aux artistes, et le cardinal Farnèse y présidait aux réunions d'une académie, dans laquelle son collègue Montalto se faisait remarquer par une profonde érudition, et par rétendue et la vivacité de son intelligence.
Le goût d'Alexandre Farnèse, le plus riche des
princes de l'Église, pour les œnvres de la peintore et de la sculpture, et pour les grandes constructions, excita sans doute Témulation de son collègue Montalto, qui, sans avoir aucune fortune, se sentaitdisposé à Timiter. Il appartenait à un ordre qui exigeait de tous ses membres le vœu de pauvreté, mais qui n'en possédait pas moins d'immenses propriétés productives de revenus, des couvents superbes et des églises décorées des ornements les plus riches et les plus précieux. La rivalité qui existait depuis longtemps, en Italie et ailleurs, entre les disciples de saint François d'Assises et ceux de saint Dominique,' avait beaucoup contribué à favoriser les arts de la peinture et de l'architecture, et leurs accessoires. Dans le Sacré-Collége, le cardinal de Montalto représentait les Franciscains ; il recherchait avec empressement tout ce qui pouvait contribuer à la gloire de son ordre. Or, rien, à Rome, depuis les temps les plus anciens de la papauté, n'est plus propre à jeter de l'éclat sur un cardinal, que le soin par lui apporté à la construction ou à l'embellissement des églises. Montalto ne l'ignorait pas : aussi, pourrappeler en partie le glorieux passé de son ordre, il résolut d'ériger, dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, un tombeau à Nicolas IV, qui, avant d*étre élevé sur la chaire de Saint-Pierre, avait été supérieur général de l'ordre de saint François.
Ce monument fut terminé en 1574, ainsi que l'atteste l'inscription placée sur sa base : il se compose de la statue du pontife assis, le bras étendu et la main ouverte, pour donner sa bénédiction à la ville de Rome, avec les deux statues de la Justice et de la Religion de chaque côté, comme emblèmes de son gouvernement. L'architecture de ce monument, tout en marbre, est de Dôme-
nico Fonlana, et la sculpture de Lionardo da Sarzana. Ce tombeau avait été placé par le cardinal à droite de la tribune ou abside de la basilique : mais lorsque Benoit XIV, en 1740, fit restaurer Sainte-Marie-Majeure, il jugea nécessaire de le déplacer, et il le fit transporter à droite d'une des portes de sortie, du côté de la façade principale de l'église, où on le voit encore aujourd'hui.
Le cardinal entreprit ensuite d'ériger, dans la môme basilique, une somptueuse chapelle en l'honneur de la sainte Crèche de Jésus-Christ, dont on conservait des reliques dans un ancien oratoire. Mais comme le pape Grégoire XIII lui avait retranché la pension annuelle de douze cents écus que Pie V lui avait accordée en le créant cardinal, cette entreprise resta interrompue faute de fonds. Elle fut néanmoins continuée, au bout de peu de temps, avec l'argent de Domenico Fontana, qui n'hésita pas à faire à son patron les avances nécessaires. Elle ne fut achevée qu'en 1587, ainsi que nous l'expliquerons plus loin.
Les historiens ne font pas connaître le motif quiporta Grégoire XIII à supprimer la pension attribuée par son prédécesseur à Montalto. Peut-être le cardinal avait-il voté contre Buoncompagni dans le Conclave; ou bien ce dernier, porté à la douceur, trouvait-il excessif le zèle déployé par le président de la Congrégation du Saint-Office. On peut encore supposer que le cardinal de Montalto, qui ne savait pas plier, avait offensé un des personnages par lesquels le pontife se laissait gouverner. Quoi qu'il en soit, il est certain que pendant toute la durée du règne de Grégoire XIII, de 1572 à 1585, le cardinal de Montalto ne fut pas en faveur.
Il supporta cette prévention sans montrer aucun signe de mécontentement, et traversa ces treize années sans briguer aucune fonction dans le gouvernement. Entièrement occupé à remplir les devoirs difficiles que Pie Y avait attachés à l'exercice de sa dignité, il employait le peu de temps dont il pouvait disposer à donner une nouvelle édition des œuvres de saint Ambroise. 11 mit douze années à la préparer, à partir de 1571. Il commença par examiner les précédentes éditions et les manuscrits des différents traités de ce savant Père de TËglise d'Occident, qui existaient dans les bibliothèques et les couvents de Rome. Ne pouvant s'éloigner de cette ville, à cause de ses obligations de cardinal, il fit vérifier et copier, par les religieux les plus instruits de son ordre, ou par d'autres érudits, les manuscrits du môme écrivain trouvés en Italie et ailleurs, et il s'en fit envoyer des copies. Reconnaissant que la confrontation et la correction de tous ces textes, étaient au-dessus des efforts et de la science d'un seul homme, il s'en* tourade savants et de théologiens distingués, auxquels il confia le soin de revoir et de coordonner tout l'ouvrage. Mais supposant, avec raison, que les œuvres inédites de saint Ambroise et les manuscrits les plus sûrs devaient se trouver à Milan, dont le saint ëvéque avait, pendant toute sa vie, gouverné le diocèse, il entretint pendant dix années, de 1571 à 1581, une active correspondance à ce sujet avec saint Charles Borromée, archevêque de cette ville et cardinal du titre de Sainte-Praxède. Personne n'était plus capable que ce grand archevêque de fournir à son collègue des lumières sur la vie et les ouvrages de son illustre prédécesseur. Aussi modeste que profondément instruit, le cardinal Borromée ne voulut pas s'en rapporter à son
seul jugement : il fit appel aux prêtres et aux laïques les plus versés dans ces matières, et prescrivit de rechercher avec soin à Milan et dans les autres lieux de son diocèse, tous les traités, tous les écrits attribués à saint Ambroise. Il ne paraît pas que ces démarches aient amené de précieuses découvertes : quelques sermons et un opuscule de Legaiione ad Bracrnannos, furent les seuls écrits de saint Ambroise retrouvés par les soins de son successeur, ainsi que le prouve sa correspondance avec le cardinal de Montai to \ De son côté, ce dernier envoyait à Milan, à mesure qu'elles sortaient de la presse, les feuilles imprimées des œuvres du saint docteur, et le cardinal Borromée, après les avoir examinées, répondait ce qu'il en pensait avec une entière franchise. Il louait fort l'impression, mais plug encore les corrections opérées pour débarrasser les écrits de ce ferme soutien de la foi catholique, des interpolations d'Érasme et d'OËcolampade. Toutefois, il soumettait à son collègue la remarque faite par plusieurs savants hommes, à savoir, que saint Ambroise n'avait pas divisé ses commentaires sur saint Luc en autant de livres qu'ils le sont dans Tédition romaine, mais qu'il les écrivait à la suite, sans autre division. Il l'invitait en outre à examiner si, peut-être, il était convenable de joindre aiix commentaires de saint Ambroise sur saint Luc, ses propres sermons également sur saint Luc ^.
Ces critiques du cardinal Borromée venaient trop tard, puisqu'elles arrivaient après l'impression. Dans la préface de la nouvelle édition qu'ils ont donnée,
1. Elle est citée et analysée par le P. Tempesli, t. I, )ib. III, no^xxvM à XXXIII, p. 61 à 53.