‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 11 sur 174 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

vers la fin du dix-seplième siècle, des œuvres de saint Ambroise, les Pères Bénédictins français de la congrégation de Saint-Maur ont fait connaître ' ce que Ton peut reprocher à l'édition romaine, publiée sous les auspices du cardinal de Montalto. Ils regrettent d*y avoir rencontré un grand nombre de passages que, non-seulement les hérétiques, mais aussi les* orthodoxes eux-mêmes ne doivent pas approuver. Ils trouvent trop étendues les divisions établies, et Tordre adopté pour le classement des matières peu convenable. Comme saint Charles, ils reprochent à l'illustre éditeur d'avoir intercalé ses propres sermons au commencement de plusieurs chapitres des [œuvres du saint, ce qui détourne l'attention de ses œuvres. Enfin, ils se plaignent surtout des retranchements, additions et interpolations que se sont permis les savants auxquels le cardinal Jde Montalto avait confié le soin de coordonner et de revoir les différentes œuvres de l'ancien archevêque de Milan*.

Il n'appartient point à un laïque de décider entre ces deux grandes autorités : d'ailleurs, la postérité a prononcé. Le cardinal de Montalto,' écrivait cent ans avant les Bénédictins français, et il composait sa publication d'après le goût et les connaissances de son siècle. Il était sans doute moins érudit que les Pères

1 . Voy. cette préfaoe dans la réimpression des Œuvres de saint Ambroise, par M. Tabbé Migne, Montrouge, t845,t. I, p. 17-18.

2. Selon le P. Tempesli, t. I, III, ïï° xxvii, les collaborateurs que choisit le cardinal furent Latio Latini, Angiolo Uocca, 11 Bomieri, évoque de Bitonto, de Ridolâ, évêque de Venosa, le cardinal Torri, Cesare Baronio et Silvio Antoniano, qui devinrent cardinaux, Annibale Santucci, Marc-Antoine Muret, et Ottaviano Sirambieti, faisant tous partie des réunions académiques du palais Farnèse.

de la congrégafion de Sainl-Maur; et en cent années, la critique religieuse et littéraire fait des progrès et change de méthode. Il n'est donc pas étonnant que Fédition de saint Ambroise publiée par les savants religieux ait remplacé et fait oublier celle du cardinal de Montalto. Mais il ne mérite pas moins d'éloges pour avoir su occuper toutes les heures libres de douze années de sa vie, à mettre au jour une édition, préférable à celles antérieures, des œuvres d'un des Pères de l'Église d'Occident.

Les quatre premiers volumes in-4** parurent à Rome, chez Domenico Baza, pendant les années 1580, 1584 et 1582. Le cinquième et dernier ne fut publié qu'en 1585, après l'élection de Montalto à la papauté, et il lui fut dédié par Giovanni Battista Bandinio.

Pour se reposer de l'exercice de ses hautes fonctions et de ses travaux religieux et littéraires, le cardinal se retirait dans la villa qu'il avait achetée sur le mont Esquilin, près des Thermes de Dioclétien et de Sainte- Marie-Majeure. A cette époque, les religieux revêtus de la pourpre romaine n'étaient pas tenus, à ce qu'il paraît, de résider dans un couvent de leur ordre, sans rien posséder en propre, obligation imposée aujourd'hui à leurs successeurs. Prenant exemple sur son collègue Alexandre Farnèse, et se souvenant de la maxime des anciens Romains : « Viri magnanimi est possidere hortos^ statuas et quœ ad decus et splendorem 8uœ domus conférant^, » le cardinal de Montalto se fît construire par Domenico Fontana un délicieux palais, au milieu de ses jardins, et il le décora de peintures,

1 . 0 C'est le propre d'un homme magnanime de posséder des jardins, des statues et lout ce qui peut contribuer ù Ttionneur et à l'éclat de sa maison. »

de Statues et de vases antiques. Cette résidence était alors une des plus agréables de Rome : en 1586, un des littérateurs en vogue, Aurelius Ursus, célébra son charme et sa beauté dans des vers latins dédiés à Sixte, alors pape, profitant de Toccasion pour faire Téloge de ses vertus, et pour exalter les bienfaits de son gouvernement.

Partagé ainsi entre Taccomplissement de ses de* voirs, la préparation de l'édition des œuvres de saint Àmbroise, les soins donnés à sa villa, et sans doute aussi Tespérance de la papauté, le cardinal aurait traversé sans nuages les quinze années qui s'écoulèrent entre sa promotion à la pourpre et son élection au pontificat, si des malheurs de famille n'étaient venus Taffliger. Il avait fait venir à Rome sa sœur Camilla Pcrctli, et il vivait avec elle dans la plus complète intimité. Celte dame n'avait qu'un fils, Francesco Peretti, neveu du cardinal, qui l'aimait tendrement, et avait fondé de grandes espérances sur son avancement et sa destinée future. Hais le mariage du jeune homme avec Vittoria Accorambuona, qui semblait devoir assurer son bonheur, fut au contraire la cause de sa perle. En effet, peu de temps après cette union, en 1581, Francesco tomba victime d'un lâche guet-apens, préparé par Paolo Giordano Orsini, duc de Bracciano, qui ne recula pas devant un assassinat, afin de s'assurer la possession de Vittoria, dont la beauté irrésistible l'avait séduit, et qu'il voulait prendre pour femme. Cette tragique aventure^

1. EUe est racontée arec les pins ^ands détails par te P. Tempesti, t. I, lib. IV, p. 57 et suivantes. — Cet historien s'efforce d'attribuer entièrement à la clémence, à la générosité de Monlalto, la conduite qu'il lui fait tenir, tant qu'il fut cardinal, avec le duc do Bracciano. Mais le caractère de Montai 1o et les mesures qu'il

troubla le calme dont jouissait le cardinal de Montalto. Mais il fut alors assez maître de lui-même pour dissimuler son ressentiment, et assez politique, pour ne pas augmenter dans le Sacré-CoUége le nombre de ses envieux et de ses ennemis, en poursuivant le coupable, allié au grand-duc de Toscane. Il renferma donc dans son cœur l'explosion de sa douleur, et renvoya le châtiment du crime à l'époque où il espérait être devenu assez puissant pour triompher de tous les obstacles.

adopta lorsqu'il Ait devenu pape, démontrent rinYraisemblance de cette explication. Un autre historien, contemporain de Sixte, Antonio-Maria Graziani, cité par Tcmpesti, 1. 1, p. 5(>, nous parait être dans le vrai, lorsqu'il dit de la conduite du cardinal ce qui suit : a C»(erum non adeo occultus auctor cxdU fuit^ ut Montaltus cardinalis injuriam silentio obtexerit, ne cum homine facinoroso praepotenle inimicilias susciperet, damnosas sibi ad pontijicatum maximum intenti futuras ; cum honorem si aliquando esset adeptus , lum facHem sibi futarnm vindictam : inlerea voranda omnia, dissi^ mulandaque esse rebatur. »

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