TempesU, lib. XVII, n» uxvi, p
paraissaient supérieures. Mais Henri avait, pour servir sa cause, d'abord son propre génie, son courage chevaleresque, son activité, son entente de la guerre et des négociations, et cet art de gagner les cœurs, qui vaut mieux encore que celui de gagner des batailles. Il avait su se faire des amis à toute épreuve, non-seulement parmi ses compagnons d'armes calvinistes, mais encore au milieu des catholiques nouvellement ralliés à son parti. Parmi ses anciens et fidèles serviteurs, il comptait Sully, un des plus grands hommes qui aient honoré la France. Au contraire, du côté de la Ligue, tout était défiance et confusion. Le duc de Mayenne redoutait Tambition du roi d'Espagne ; ce dernier semblait soutenir la Ligue, mais, en réalité, il cherchait à faire prévaloir ses propres intérêts. Le désordre était parmi les chefs comme au milieu du peuple ligueur. Les plus sages membres séculiers du clergé gallican se détachaient chaque jour de la sainte Union, dont les prédicateurs avaient inspiré l'assassinat de Henri de Valois. Enfin, le parti politique, prenant courage, par le succès de Henri IV, avait osé publier la Satire menippée sur les vertus du catholicon (TEspagne, et l'arme du ridicule, de tout temps si puissante en France, valait à Henri IV autant que plusieurs victoires.
C'est sur ces entrefaites que le légat Gaetano arriva à Paris. Il y fit son entrée solennelle le dimanche 20 janvier 1590, au milieu d'un immense concours de peuple, qui l'accompagna jusqu'à Notre-Dame en criant : — <i Vive le pape Sixte-Quint et le Saint-Siège catholique, apostolique et romain^. »
1. Tempesti, diaprés la relation latine d'Alaleone, muîlre des cérémonies du pape, qui accompagna le légat Gaelano en France. — Ibid., lib XVIll. n»i, p. 273.
Dès 168 premiers jours de son arrivée, les chefs de ' la Ligue vinrent lui exposer rembarras dans lequel ils se trouvaient. Depuis plusieurs mois, aucune solde n'avait été payée aux soldais de la sainte Union, et il était à craindre qu'une bonne partie n'abandonnât ses drapeaux; Touché de leurs plaintes, le cardinal, se conformant aux instructions du pape, autorisa la remise entre leurs mains de cinquante mille écus d^or, formant la moite des cent mille dont il était autorisé à disposer en cas de nécessité, indépendamment du subside mensuel de vingt-cinq mille écus qu'il derait fournir. Rassurés par ces avances sur les dispositions du souverain pontife, les principaux ligueurs reprirent courage : ils se réunirent le il mars a Paris dans l'église des Augustins, où le cardinal vint assister à une messe solennelle. Us y firent serment entre ses mains, en touchant les saints Évangiles, de ne jamais abandonner la religion catholique, de ne jamais recevoir le Navarrais pour leur roi, et de tenir pour seul roi de France, Charles X, cardinal de Bourbon».
Mais, quatre jours après, le bruit répandu dans Paris de la victoire d'Ivry, remportée par Henri sur le duc de Mayenne, le 14 du même mois de mars, mit en émoi toute la population de celte grande ville. Parmi les partisans de la sainte Union, les plus exaltés, les fanatiques, ceux vendus à l'Espagne, accusaient ouvertement le duc Mayenne de s'être attiré cet échec par son incapacité ; les plus modérés osaient soupirer après la paix, tandis que les politiques et les amis du Béarnais commençaient à entrevoir pour la France des jours meilleurs.