Tempesti, n» xv, p
Le légat s'empressa d'annonoer à Home cet impor* tant événement ; il y était déjà eo&nu dès le 24 mars, dans le moment même qae le comte d'Olivarès renouvelait avec hauteur ses sollicitations, pour amener le pape à prendre les résolutions les plus hostiles à Henri IV. L'ambassadeur de Philippe exigeait que le pontife ne donnât plus d'audience au duc deLfixembourg, qu'il ne suivit plus avec lui aucune négociation^ qu'il exeonmmniât tous les princes du sang et tous les autres catholiques qui avaient reconnu Henri comme roi de France, et pour le cas où le pape se refuserait à faire droit à ses demandes^ il ajoutait qu'il avait, commandement de son maître de faire ses protestations. ^— « Quelles protestations î..« Quelles protestations? répondit Sixte indigné; et élevant la voix :— « Vous offensez la majesté de votre roi, dit«>il, vous offensez notre majesté, et vous vous constituez coupable à l'égard de Tune et de l'autre. Nous connaissons le Roi Catholique , qui est un prince sage , prudeal et de bien» incapable de ces bassesses; s'il avait voulu se décider à faire des protestations, il l'aurait signifié à notre nodce résidant auprès de lui. Mais nous n'en avons reçu aucune information de notre envoyé. L'amour que nous portons au Roi Catholique est votre sauvegarde. — Vous m'avez entendu. » Et il le congédia brusquement d'un air irritée Ensuite, le Si mars, il convoqua les cardinaux en Consistoire secret et leur dit :
« Ce n'est pas sans une extrême douleur que nous vous faisons connaître les prétentions déraisonnables de l'ambassadeur d'Espagne. 11 demande que nous excommuniions les princes du sang, les nobles et tous les catholiques qui ont adhéré au Navarrals déclaré
roi, et que nous déclarions nul tout traité fait par les mêmes princes avec le Navarrais.
a Mais nous avons jugé que nous ne pouvions ni ne devions admettre ses demandes. Nous avons ordonné précédemment à notre légat résidant à Paris, qu'il eût à informer les catholiques de se séparer du Navarrais, et qu'il menaçât les désobéissants des censures ecclésiastiques; et si cela ne su£9sait pas, et que le légat j ageât opportun de le faire, qu'il pût les excommunier : nous attendons sous peu sa réponse à ce sujet.
cf Pour le reste, nous sommes très-décidé à admettre à notre audience, lorsque nous le jugerons nécessaire, l'ambassadeur des princes, afin qu'il puisse obtenir la liberté du cardinal de Bourbon. Déjà, dans sa première réception, nous le lui avons dit en des termes qui n'admettent pas de réplique, lui ayant assuré que si le Navarrais nous demande l'absolution, et nous manifeste son désir de se réconcilier avec TÉglise catholique, il faut d'abord qu'il remette en liberté son oncle le cardinal, et qu'ensuite nous déterminerons ce qui sera convenable et juste, d'aprsè les circonstances.
« Nous ajoutons que nous avons précédemment écrit au roi d'Espagne, lui faisant savoir que nous ne consentirions jamais à ce qu on élise en France un roi qui ne serait pas entièrement calholique, ou qui serait opposé à nos droites intentions : si bien que chacun de vous voit et connaît que, de notre côté, nous avons fait tout ce qui incombe à notre sollicitude.
Cl Et nonobstant cette vérité, l'ambassadeur d'Espagne persiste à dire qu'il a commandement du roi de protester! Mais nous ne consentirons jamais ni à ses prétentions, ni aux demandes du Roi Catholique, en supposant qu'elles viennent de lui, ni aux suppliques
de tous les princes chrétiens, alors qu'il s'agit d'une affaire dont il ne leur appartient ni de connaître nide ju* ger, mais qui dépend de nous seul et de ce Saint-Siège.
« Si, toutefois, vous tous qui êtes ici réunis, vous croyez avoir quelque chose à dire, faites-nous connaître votre avis, et nous suivrons vos conseils : que chacun exprime donc son opinion. »
Le cardinal doyen répondit, au nom de ses collègues, que : — o Attendu les excellentes raisons déduites par Sa Sainteté, on ne devait accorder aucune des demandes faites par ran}bassadeur d'Espagne : mais que si Sa Sainteté daignait approuver leur avis^ il paraissait opportun d'envoyer à cet ambassadeur deux cardinaux, pour traiter avec lui, et le détourner de la menace irrespectueuse et injuste de protester. » — Sixte adopta cette proposition^ et les deux cardinaux Golonna et Sforza, désignés à cet effet, allèrent trouver le comte d'Olivarès, avec lequel ils eurent une longue explication. Mais le fier Castillan ne voulut rien entendre; il demeura ferme dans sa déterminalion, et se borna, pour toute réponse, à dire : — «A moins que le pape ne fasse ce que je demande, je ne pourrai m'empécher de protester. »
Lorsque celte réponse eut été ràpporlée au pontife, transporté d'indignation il dit aux cardinaux : — « Nous avons entendu, nous avons compris; il veut que nous déclarions excommuniés ceux qui ont adhéré au Navarrais, et il abuse de la prudence et de la piété de son roi : et nous, nous avons dans l'idée de l'excommunier, lui, et de le renvoyer de Rome. » — Ensuite, il demanda aux cardinaux quel était leur avis. Ils l'engagèrent à renvoyer deux nouveaux cardinaux à l'ambassadeur, non plus au nom du Sacré-Gollége, mais
'3êi VIE DE SIXTE-QUINT.
agissant en leur nom personnel, ponr tenter, une seconde fois, de détoorner Tambassadear de son dessein. Sixte appronva cette résointion, et désigna pour cette démarche les deux cardinaux espagnols Dezza et Mendozza, ami d'Olivarës. Après.le Consistoire, il fît écrire au légat Gaêtano, par son petit-neveu, tout ce qui venait de se passer entre lui et le comte d'Olivarès. Hais cette dépêche fut enlevée au courrier avec d'autres, et remise à Henri IV. Le roi la lut, et voyant que le pape commençait à se montrer favorable à sa cause, il dit à un des princes du sang, prient au moment on la dépêche lui fut conununiquée : — c Je ferai voir à tout le monde, si les promesses que j'ai jurées de maintenir en France la religion catholique, sont sincères ou feintes. Car, dans le cas où le pape aurait besoin de mon épée pour le défendre, je le défendrai, comme il me défende »
Le 30 mars, le pape réunit de nouveau le Consistoire, et y fit donner lecture d'une lettre du légat Gaetano, et d'une autre du duc de Mayenne, informant Sa Sainteté de la perte de la bataille divry. Le pape, dit un historien*, reconnut que Dieu favorisait la cause du roi de Navarre, qui demandait à se réconcilier avec TÉglise, et qui avait juré sous serment de défendre la religion catholique, el il se réjouît de voir humiliée l'arrogance du ministre d'Espagne.
Mais craignant que si Henri venait à s'emparer de Paris, le légat ne tombât au pouvoir d'un souverain non reconnu par le Saînl-Siége, il demanda aux cardinaux s'il devait le rappeler à Rome, et quel était le
t. Tempefelî, lîb. XVIII, n»* xiii à xxiv, p. 282-285. 3» /M., n»xx»x, F. 218.
parti auquel il devait s'arrêter. Sur la première question, tous les cardinaux tombèrent d'accord, mais par des motifs différents : les uns, partisans de la Ligue, estimaient que Gaëtano devait rester à Paris au milieu d^Ue; les autres, prévoyant que le pape serait obligé de reconnaître bientôt le monarque français, ainsi que l'avait fait la république de Venise, voulaient également que le légat ne quittât pas son poste. lisse mirent donc tous facilement d'accord sur ce point. Mais il n'en fut pas ainsi sur la conduite que le pape devait tenir, les uns voulant qu'il envoyât en France des soldats et de l'argent pour soutenir la sainte Union ; les autres proposant qu'il fît alliance avec tous les princes italiens pour la défense de la religion ; quelques-uns enfin, estimant qu'il fallait laisser la Ligue seule s'arranger avec le roi d'Espagne- Enfin, un cardinal ayant suggéré l'idée d'implorer, dans cette extrême, nécessité, le secours de la miséricorde divine. Sixte, qui n'avait pris aucune part à ce débat, ni donné aucune marque d'approbation ou d'improbation, fil un signe de tête et dit : « CeLui-<îi parle mieux que tous les autres, et afin que je ne sois pas obligé de réunir si souvent le Consistoire, et qu'il soit possible d'expédier plus vite les affaires d^ France, sans une^ussi grande diversité d'avis et de disposi- . lions, nous adjoindrons cinq autres cardinaux à la congrégation instituée pour les affaires de ce royaume, et nous délibérerons avec elle toutes les fois qu'il sera nécessaire. Cela vous convient-il? » Tous les cardi:naux ayant répondu affirmativement, à partir de ce jour. Sixte en agit ainsi.
Cependant, l'envoyé de la Ligue, le commandeur de Diù, de l'ordre de Malte, et le comte d'OUva^ès,
redoublaient d*ardeur pour atténuer l'effet produit par la victoire d'Ivry, et par les dernières mesures adoptées en Consistoire. L'ambassadeur de Philippe, dit le cardinal Santorio dans ses Mémoires \ frappait des pieds, grinçait des dents et frémissait de colère, pour effrayer les cardinaux, refusant de faire aucune concession aux cardinaux Mendozza et Dezza, qui l'en priaient avec instances. Au contraire, il renouvela sa menace de protester au nom du roi son maître. En outre, pour montrer quelle avait été la fausseté du pape à l'égard de l'Espagne, il lit circuler dans Rome la copie d'une lettre écrite de la main de Sixte, lorsqu'il n'était que cardinal, au roi de P'rance Henri III, lettre trouvée dans le portefeuille du prince et envoyée au Roi Catholique par le duc de Mayenne, dans laquelle Sixte disait à Henri que, s'il parvenait à le faire nommer pape, il serait entièrement à sa disposition et dans ses intérêts. De plus, dans le but d'intimider les cardinaux hostiles à l'Espagne, et d*exciter l'ambition de ceux qui lui étaient dévoués, le comte fit venir de Naples à Rome un certain Barlolomeo Grazziola, conseiller du Roi Catholique, homme remuant et audacieux, qui fit savoir aux cardinaux qu'il avait ordre de leur intimer de réunir un concile pour déposer Sixte comme suspect d'hérésie et fauteur d'hérétiques. L'ambassadeur essaya de tous les moyens pour que Grazziola obtînt une audience du pape : mais le cardinal Pier Benedetli, qui avait mis Sixte au courant de cette intrigue, eut ordre exprès de ne pas l'admettre à cette audience. Toutefois, le pontife reconnaissant qu'il était ne-
1. Cilés par Tempesli, iOid., n» xli, p. 288-289, ad wo(aw('J:.
cessaire de répondre aux menées d'Olivarès par une explication de sa propre conduite/convoqua le Consistoire et dit ailx cardinaux : « Puisque nous sommes contraint, à l'instigation de l'ennemi de Dieu et par la faute des hommes, de vous révéler un secret, bien qu'il soit écrit : Sacramentum régis abscondere bonum est, nous nous sommes décidé à vous rapprendre. Vous saurez doncque les Espagnols avaient promis, depuis plusieurs mois, aux princes ligués de la France, de leur envoyer de puissants secours, mais qu'ensuite ils n'ont . pas tenu cette promesse. Ils avaient offert mille lansquenets, mais on n'a vu en France ni ce nombre^ ni cette espèce de soldats, tellement que les Français trompés nous ont transmis leurs justes plaintes. Et après cette conduite, les Espagnols, à Rome, disent qu'ils protesteront si nous accueillons celui qui nous demande, par une ambassade solennelle, de se réconcilier avec l'Église! Comme si, eux-mêmes, ils avaient parfaitement rempli leur obligation de fournir le nombre et Tespèce de soldats et de secours qu'ils avaient promis ^ ! » Après ce préambule, Sixte fit lire plusieurs dépêches qu'il avait reçues du cardinal Gaëtano, dans lesquelles le légat se plaignait, avec les ligueurs, de ce que le roi d'Espagne n'avait pas encore fourni les secours annoncés. Il fit également donner lecture de deux lettres écrites au légat par les cardinaux de Lenoncourt et de Vendôme, qui conjuraient l'envoyé du pape de quitter Paris et de venir trouver le roi, parce qu'ils avaient le plus ardent désir de s'aboucher avec lui, et de traiter de la volonté sincère de Sa Majesté, d'abjurer les erreurs de Calvin et de devenir consciencieusement un vrai catholique.