‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 102 sur 174 · Tempesti, n^^ xlii à xliv, p · texte numérisé non relu

Tempesti, n^^ xlii à xliv, p

La lecture de ces lettres occasionna une violente discussion dans le Consistoire. Deux cardinaux, les plus attachés à l'Espagne , essayèrent de justifier la conduite de Philippe, et de répondre aux inductions tirées des lettres des deux cardinaux français ; mais Sixte les arrêta tout Irrité. « Taisez-vous, dit-il, car alors qu'il s'agit de la tranquillité de la France, de la cause de Dieu et de l'honneur du Saint-Siège, nous n'avons pas besoin d'hommes passionnés. » Ensuite, ayant témoigné la pkis grande indignation de la conduite du comte d'Olivarës , le cardinal Dezza se mit â genoux à ses pieds, suppliant Sa Sainteté de lui permettre de parler de nouveau à l'ambassadeur, non Comme cardinal, mais comme Espagnol. « Nous vous t'accordons, répondit Sixte, mais nous vous avertissons que vous serez battu par les raisonnements captieux de cet homme. » Il congédia ensuite le Consistoire.

Quelques jours après, l'ambassadeur de la Ligue, qui avait reçu la confirmation de la défaite du duc de Mayenne à Ivry, demanda audience. Admis devant- le pape, Sixte lui dit : « Eh bien, quelles nouvelles nous apportez -vous de vos guerres en France? — Saint- Père, répondit le commandeur de Diù, je viens présenter à la clémence de Votre Sainteté les suppliques des princes de la sainte Union, qui implorent aide et secours dans une si grande affliction. — Bien, bien, reprit le pape, tant que nous avons cru que la Ligue existait pour la défense de la Religion , nous l'avons fait, et nous avions la volonté de le faire ; mais maintenant, étant informés d'une manière, certaine que ce n'est qu'une ambition déguisée sous un faux prétexte, n'espérez plus de nous aucune protection. » L'envoyé

Lu.

voulait répli(|uer; mais le pontife rompit Tentretien, alléguant des affaires plus urgentes • .

Le coiîiinandeur, â la suite de cette courte explication, écrivit une longue lettre au duc de Mayenne, dans laquelle il accusait Sixte de mauvaise foî ; il terminait en annonçant, que ne pouvant plus tieri obtenir à RoiUe, il avait résolu de se rendre à Malte , afin d'y attendre la détermination des princes. A la réception de cette dépêche , le duc de Mayenne essaya de faire revenir Sixte de ses mauvaises dispositions contre la Ligue ; il lui adressa lui-même Un mémoire justificatif de sa conduite, le suppliant de ne pas abandonner la cause de tant de milliers de catholiques, qui était également celle de TÊglise.

Mais Sixte fit lire cette lettre le 4 avril en présence de plusieurs cardinaux, et il dit ensuite : « Celui-ci dirait bien, s'il disait tout. Il veut rejeter sur nous le manque de secours , tout en avouant que les amis de la Ligue l*ont secouru froidement ; il veut diminuer la victoire du Navarrais et se disculper lui-même, comme si nous tt*avions pas la relation de cette victoire envoyée par le cardinal de Vendôme, relation qui s'accorde en tout avec les autres informations vraies qui nous ont été transmises par d'autres princes. Et vous-mêmes, vous savez très-bien que les nouvelles dé la défaite sont arrivées â Rome fort différentes de la vérité, et néanmoins qu'elles ont excité une trèsgrande surprise, laquelle redoubla deux jours après, lorsque les véritables nouvelles arrivèrent : comme si nous n*avions pas une lettre du môme cardinal de

1. Tempesli, lib. XIX, n° i, p. 291 , d'après un manuscrit de la bibliothèque Barberinf.

cette ville. La disette s'y faisait sentir, et, avec elle, le découragement augmentait. Le légat et les chefs redoublaient d'efiforts pour ranimer le zèle de leurs adhérents, et les prédicateurs cherchaient à exciter les Parisiens à la résistance la plus opiniâtre. Parmi ceux qui se firent alors remarquer par un fanatisme ardent, on doit citer Tévéque Panagirola, qui avait accomp^né le légat à Paris. Ce prélat ne craignit pas de dire en chaire : « Que Dieu avait voulu, pour venger la mort du cardinal de Guise, que Henri de Valois fût tué de la main d'un prêtre, par un pauvre petit frère, et qjie, à la place du cardinal tué, un autre cardinal fût déclaré roi, savoir, le cardinal de Bourbon, qui était roi légitime donné par Dieu, parce que [omnù potestas a Dec] tout pouvoir vient de Dieu : que, à la place du duc de Guise assassiné, Dieu avait voulu pour lieutenant son frère, si bien que toutes ces choses se rapportant également, ils devaient espérer en Dieu, se rassurer, et mourir plutôt que de recevoir un roi hérétique ^ »

La nouvelle du siège de Paris, arrivée à Rome, y causa la plus grande sensation, parce qu'on voyait clairement quela cause de Henri IV allait être gagnée. Informé par le duc de Luxembourg du désir du prince de se faire catholique. Sixte ne se montrait plus bostile. Pressé par le comte d'OIivarès et par le légal d'envoyer en France une forte ^omme pour secourir la Ligue, il dit aux cardinaux en Consistoire : « Nous savons qu'il y a ici des personnes qui meurent d'enyie de nous voir épuiser le trésor réuni par nos soins et nos économies, pour l'envoyer en France : mais, à

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