‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 104 sur 174 · TempesU, n®* ii à v,p · texte numérisé non relu

TempesU, n®* ii à v,p

L'envoyé (iu légat resta stupéfait de cette communication, et dit au roi que le cardinal n'avait pas été chargé par le pape de se conduire ainsi ; ajoutant que si Sa Majesté se faisait catholique, elle réunirait tout le royaume sous son obéissance. A quoi Henri répliqua : « Qu'il était prince chrétien, et que s'il était , dans l'erreur, il ne désirait rien autre chose que d'être instruit, mais non selon la manière dont se servait le légat, lequel avait voulu le faire instruire à coups d'arquebuses et de lances : que pour cela, il ne lui avait pas fait grand' peur, car dans le métier de la guerre il était plus grand que lui, puisqu'il y avait vingt ans déjà qu'il en tenait école, et que le légat devrait s'appliquer à dire son bréviaire. »

L'évêque reprit en insinuant que tout le royaume désirait une bonne paix, à laquelle il était impossible de parvenir, si d'abord on ne concluait pas une trêve. Mais Henri, à cette ouverture, répondit : « Que depuis longtemps il connaissait les artifices des Espagnols qui cherchaient, à la faveur d'une trêve, à remettre en état les affaires de la Ligue, mais qu'il n*y consentirait en aucune manière, qu'il ne fallait pas en parler, et qu'il voulait être obéi de tous ses sujets. » La fin de l'entrevue se passa en compliments, le roi se félicitant d'autant plus d'avoir reçu l'évêque, qu'il était gentilhomme vénitien de la maison Mocenigo, lui promettant, s'il voulait retourner à Venise, de le faire escorter en sûreté jusqu'à la frontière.

Pendant cet entretien, un des attachés de l'évêque, l'historien Pigafatta, qui a laissé une longue narration du siège de Paris, était resté auprès du maréchal de Biron, qui lui demanda ce qu'il pensait des intentions des Parisiens. Pigafatta répondit qu'ils étaient en

armes au nombre de plus de cipquante inille, 46tarminés à se défendre jusqu'à la mort, et que, con^me ils occupaient des lieux bien forti(îés, les troupes 4u roi, beaucoup moins nombreuses, ne pourraient pas pénétrer dans Paris. La maréchal répliqua en sou*' riant : « Qu'alors même que les Parisiens réussiraient à se défendre contre les vétérans aguerris de Tarmée royale, ils ne parviendraient pas & se préserver d'un autre ennemi plus oruel, la famine; que, puisqu'il retournait à Paris, il le chargeait de les avertir de sa part qu'avant peu le roi irait leur rendre visite, et que si monseigneur le légat leur donnait le Jubilé envoyé de Jlome, et les indulgences, le roi leur ferait observer ies conditions pour les acquérir^ c'est-i^ire l'abstinence et le jeûne \ » Cette entrevue n'eut aucunes suites, et le siège de jParis ne cessa p^ 4'âtre poussé avec vigueur*

Le 4 juin, Sii^te reçut Tavis de la piort du çardin»! de Qourbon, qui avait été proclamé roi par la Ligue, sous le nom de Charles X. Cet événement ^(»rtait un des obstacles qui s'opposaient à la réconciliation du pape avec Henri IV« Ayant réuni le Consistoire, le pontife fit part de cette mort aux cardinaux, ajoutant que, « puisqu'il n'avait été ni couronné) ni sacré comme ont coutume de l'être les rois de France, il ne voulait pas qu'on lui Ht des obsèques solennelles, .comme à un roi^»

Cette résolution portfi Tirritation du comte 4'Oli'varës à son comble. Le secrétaire du Consistoire raconte qu'il écrivit au vice-roi de Naples de donner un

1» TempesU, ii»« vi a xi|i, p. 311-314. 2, Ibid,^ i)° XIII, p. 3 H,

VIE Dîî SH^TP-QUINT. aïo

refuge aux bandits, et de les exciter à outrager le pontife. Et, en effet, on vit de nouvelles bwdes armées reparaître dans TÉmilie, et particulièrenîei)t à Faepjsa, qui fut envahie par Tune d'elles. En outre, la campague de Rome fut de nouveau infestée de 3icaire§ qui commirent des çrinies abominables, et le pape fut obligé 4'envoyer contre eux des troupes commandées par Ôttavio Cesi, Enfin, la baine des Espagnols contre Sixte devint telle, qu'à Madrid, un prédicateur osa dire aux fidèles que le pape méritait d'être déposé, comme suspect d'hérésie et fauteur d'hérétiques, sans que personne, si ce n'est le nonce, eût réclamé. Le pontife s'en plaignit amèrement dans le Consistoire, disant que la foi de ^aint pierre ne lui manquerait jamais, et que Ie$ quatre premier^ çpnçiles n'avaient voulu soumettre au jugement de personne le» résolutions prises par le Siège apostolique ^

Mais ces préoccupations, cette ardeur continuelle à soutenir les prérogatives du Saint^Siégf , pette «ictivité apportée |i toutes choses, avaient miné la santé 4u pape. Vers le milieu du mois d'août 1580, Siîçte fut atteint de la fièvre ; la maladie alla en augmentant; , malgré tous les soins dont il fut entouré, et l0 lundi, 24 de ce mois, vers six heures du soir, il rendit le flej» nier goupir.

Dans cette mémo i^oirée , liome fut exposée à un orage terrible, accompagné de tonnerre, d'éclairs, et d'une pluie diluvienne, ce qui fut considéré, par beaucoup d'habitants, comme un fâcbeuîi présage, et comme un signe de la colère divine *.

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