TeoapesU, nom, p
2, Ibid.t n°' X]^-xxi, p. 317.
Vf, ?TH
316 VIB DE SIXTK-QUINT.
Dés que la nouvelle de la mort du pape se fut répandue dans la ville, une foule nombreuse, que les historiens évaluent à plus de cinq mille personnes, et qu'on accusa le comte d'Olivarës d'avoir soudoyée et ameutée, se précipita vers la place du Capitole, proférant des injures contre la mémoire de Sixte, et accusant son gouvernement d'injustice et de cruauté. Le sénat de Rome avait fait élever sur cette place la
statue du souverain pontife, avec cette inscription :
Sixte V, Pont. Max.
Ob quietem publicam
Compressa sicariorum exulumque
Licentia restitutam
Annonae inopiam sublevatam
Urbem œdificiis, viis^ aquaeductu illustratam.
Les émeutiers s'étaient proposé de renverser cette statue et de la mettre en pièces. Mais le connétable Colonna, accourut au premier bruit, eut le courage de s*y opposer, et la foule, rentrant dans Tordre à sa parole , se dispersa sans commettre aucun excès,'
Les obsèques de Sixte furent célébrées à Saint- Pierre avec la solennité accoutumée. Après les dernières cérémonies, son corps fut déposé dans un tombeau provisoire établi dans la chapelle de Saint-André, où il resta une année entière, en attendant que le tombeau qu'il s'était lui-môme préparé à Sainte-Marie- Majeure, dans la chapelle de la Sainte-Crèche, fût entièrement prêt à le recevoir. Il y fut transporté en grande pompe, le 20 août 1591 , par les soins du car-
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mu CINQUIÈME
BEAÙX-ARTS.-MÔKtJMÉNTS, «N*rftËÏ»RISES ET TRAVAUX ËlÉCtJTÉd PAR^ORDRÉ i)B SÎXTE-QÙINT.
CHAPPPRI! XVÎ
GQ«itnMt|«& 4e la eoi^ioli da Sttiat-Plerte) t»r (N*«oi«o detta FaHâ^
Nojis avons montré Sixte, soutenu par une rare énergie de caractère, menant de front, avec une égale sollicitude, le gouvernement de TÊglise, l'administration de ses Ëtats et les négociations diplomatiques : on va le voir maintenant, à l'exemple de ses plus illustres prédécesseurs, se délasser de ses graves préoccupations religieuses et politiques, en créant des monuments et des travaux, destinés, les uns à embellir la ville de Rome, les autres à donner satisfaction â Tutilité publique. Ces entreprises ne sont point la moindre partie de sa gloire; elles attestent encore aujourd*hui Tinclination naturelle de son esprit supérieur vers les grandes et belles choses ; et, pour lamasse des hommes, elles rappellent plus sûrement sa mémoire que les acte» de sa vie politique : car c*est le propre des monu-
ments de Tart, de réunir dans un sentiment commun d'admiration, même les opinions qui diffèrent le plus sur toute autre matière.
Dans la tâche qu'il entreprit d'embellir et de transformer la ville de Rome, Sixte fut aidé par deux grands architectes, Giacomo délia Porta et Domenico Fontana. Le premier éleva en vingt-deux mois la coupole de Saint-Pierre, en se conformant au plan de Michel-Ange, et cette œuvre a suffi pour assurer sa renommée; le second transporta et redressa quatre obélisques antiques, construisit la bibliothèque du Vatican, le palais de Latran, la chapelle del Presepio à Sainte-Marie-Majeure, amena sur la place des Thermes de Dioctétien et ailleurs l'eau Martia, ouvrit des rues nouvelles, et dirigea tous les autres travaux du pontife. Par son infatigable activité, la promptitude de ses inventions, l'ardeur, la fougue qu'il apportait à leur exécution, Fontana répondit complètement aux intentions de son maître, dont il avait pénétré les pensées. La marque principale de ses œuvres, c'est la force et la grandeur, comme le principal signe du caractère de Sixte, c'est l'énergie. L'architecte, dans ses constructions, ne vise pas plus à la grâce, à la pureté du style, que le pontife ne paraissait attacher d'importance à la beauté noble et simple des édifices de Bramante, ou à la perfection idéale des peintures de Raphaël.
Comme Charles le Brun sous Louis XIV et Colbert, Domenico Fontana eut le choix et la surveillance des autres artistes, et depuis l'avènement de Sixte jusqu'à sa mort (du 25 avril 1585 au 24 août 1590), aucun ouvrage de quelque importance ne fut entrepris à Rome et ailleurs, sans avoir été soumis à son examen et à son approbation. Dans la peinture et la sculpture
il n*employa malheureusement, sauf de rares éxcep- '.oiïSy que des artistes d'un talent médiocre; mais la fiute doit en être imputée à son époque, plutôt qu'à lui-même. Rome ne comptait alors que des peintres et des sculpteurs bien dégénérés, si on les compare, non pas aux artistes du temps de Jules II et de Léon X, mais même à ceux employés par Paul III au palais de Caprarola. D'ailleurs, le goût du public, qui influe tant sur les arts, commençait à tourner à î'affectation et à la manière. Si, quelques années après la mort de Sixte-Quint, Rome vit créer de nouveaux chefs-d'œuvre dans ses églises et ses palais, elle dut cet avantage à TÉcole bolonaise, et particulièrement à Annibal Carrache, au Zampieri et au Guide, ses élèves. Mais aucun artiste romain ne sut s'élever à la hauteur de ces maîtres.
A défaut d'artistes d'un talent supérieur, les fondeurs de métaux, les mouleurs, les stucateurs, les doreurs et autres ornemanistes, ne furent jamais plus habiles, à Rome, que sous le pontificat de Sixte et de ses successeurs Clément VllI et Paul V. Rien ne justifie mieux celte appréciation que la vue, à Sainte-Marie-Majeure, des chapelles Sixtine et Borghèse, dont les bronzes, les stucs et les dorures ont été exécutés, en grande partie, par les mêmes artistes. Bien que ces branches de l'art ne soient pas à mettre en comparaison avec les œuvres dues seulement au pinceau et au ciseau des maîtres, néanmoins, ces accessoires contribuent puissamment à reflet de l'ensemble. Sous ce rapport, en laissant de côté le goût qui a inspiré ces ornements, on peut dire que le fini de l'exécution et la perfection du travail n'ont pas encore été surpassés.
Nous commencerons par la coupole de Saint-Pierre
la description des monuments que Sixte-Quint fit élever : non-seulement parce que cette entreprise est une des plus remarquables de son règne, mais parce qu'elle est la seule qui ait été confiée à Giacomo délia Porta, toutes les autres ayant été dirigées par Dômenico Fontana.
La construction de cette coupole, commencée dans le cours de Tannée 1588, fut terminée vers la fin de mai 1590, environ quatre mois avant la mort du pontife. Pour qu'on puisse mieux comprendre l'importance et la difficulté de cette entreprise, il nous parait nécessaire de rappeler brièvement l'état dans lequel se trouvait alors la basilique.
La tradition rapporte que le pape saint Anaclet avait fait élever, vers l'an 106 de l'ère chrélienne, une chapelle ou oratoire dans l'emplacement de l'ancien cirque de Néron, sur le mont Vatican, au-dessus du lieu où le corps de saint Pierre avait reçu la sépulture. Cette chapelle subsista jusqu'au temps de l'empereur Constantin, qui, vers l'année 319, à la sollicitation du pape saint Sylvestre, la remplaça par une église dédiée au chef des Apôtres. Cet édifice fut construit avec la plus grande magnificence, et décoré aux dépens des temples et des monuments païens : il était disposé en forme de croix latine, orné de colonnes provenant du tombeau de l'empereur Adrien (aujourd'hui le château Saint-Ange), et précédé d'un portique carré, appelé le Paradis, soutenu par quarante-six colonnes antiques des marbres les plus précieux. La toiture de la nef principale était couverte avec les plaques de bronze enlevées au temple de Vénus et Rome. L'intérieur de cette basilique renfermait une tribune placée à l'entrée, portant cette inscription : •
•Quod duce te mundus surrexit in astra triumphans, Hanc Gonstantinus vîctor sibi condidit aulam.
On y voyait des ornements remarquables par leur richesse, et notamment des statues d'argent posées sur un entablement porté pardouze colonnes entourées de feuilles de vigne et de raisins sculptés, que Constantin avait fait venir, selon les uns de la Grèce, selon -d'autres de Jérusalem. Celle église fut consacrée par saint Sylvestre le 18 novembre 324. Les successeurs de ce grand pape tinrent à honneur d'entretenir et de restaurer cet édifice, et plusieurs d'entre eux y avaient ajouté des embellissements indiqués par des inscriptions. Malgré tous ces soins, celle ancienne basilique, après avoir duré pendantplus de onze siècles, menaçait ruines. Vers 1447, Nicolas V conçut le projet de la rétablir. Il fit mettre la main à l'œuvre sous la direction des architectes Bernado Rosellini et Léon Battista Alberli. Mais à sa mort, arrivée en 1453, cette reconstruction resta suspendue jusqu'à l'avènement de Paul II, en 1464, qui la reprit dans plusieurs de ses parties.
Toutefois, la gloire de décréter et de commencer l'érection de la basilique actuelle, était réservée à Jules II. Ce pape choisit de préférence, entre beaucoup d'autres, le plan de Bramante, qui donnait à l'édifice la forme d'une croix grecque, avec façade^ deux clochers, et une coupole au milieu, soutenue par trois ordres de colonnes. Le samedi 18 avril 1506, à l'issue d'une messe solennelle , Jules II en posa la première pierre, en présence des cardinaux et d'un grand nombre de prélats. « Après des prières et des cérémonies, Jules bénit cette pierre, fil dessus le signe dé la croix.
et la posa de ses propres mains, dans la ferme espérance que Diea, par Tayertissement duquel il avait entrepris de reconstruire dans une forme plus vaste cette antique basilique, qui était sur le point de tomber de vétusté, lui accorderait, par le mérite de ses apôtres et par ses prières, les moyens de mener à bonne fin ce qu'il avait commencé. > Le pontife ne se borna pas à donner, dans la ville de Rome, le plus grand éclat à cette cérémonie : vivant dans la meilleure intelligence avec le roi d'Angleterre Henri VII, qui n'avait pris aucune part aux expéditions conduites en Italie par le roi de France et par les généraux espagnols, Jules II ordonna de notifier à ce prince sa bulle Bac die ^ que nous venons de traduire. Ainsi, cetéminent appréciateur du génie de Bramante, de Raphaël et de Michel-Ange, n'hésitait pas à signaler au roi d'Angleterre le commencement de celte colossale entreprise» comme un des événements les plus remarqaables de son pontificat. Cette prévision n'a pas été trompée : nonobstant les modifications apportées par la suit» au plan, aussi simple que grandiose, de Bramante, la basilique de Saint-Pierre est encore le premier monument religieux du monde'.
La mort de Jules II, en 4513, et celle de son architecte l'année suivante, interrompirent les travaux. Ils furent repris par ordre de Léon X, qui institua trois architectes pour diriger cette grande œuvre, savoir : Giuliano Giamberti di San Gallo, le frère Giocondo,