‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 115 sur 174 · Fol · texte numérisé non relu

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levée par les vents, avait pénétré par ces trous. Mai& Fontana n'y irouva rien autre chose, et fit voir cette boule à un grand nombre de personnes.

Ici, nous le laisserons lui-même raconter la suite de son entreprise : son récit tiaïf, empreint d'une juste satisfaction d'amour-propre, rappelle, d une manière dramatique et avec une grande clarté, toutes les circonstances de cette opération mémorable dans Thistoire de Fart.

<c Le mercredi 30 avril (1586), deux heures avant le jour, deux messes furent dites pour invoquer le Saint- Esprit, afin que, comme cette entreprise signalée se faisait à la gloire de Notre-Seigneur Dieu, et pour Vexaltation de la très-sainte croix, de même Dieu voulût bien la favoriser, en lui procurant une heureuse issue. Pour que sa divine Majesté fût mieux disposée à exaucer les prières, tous les ofliciers, contremaîtres, ouvriers et charretiers, qui devaient prendre part à ce travail, s'étant confessés par mon ordre, la matinée précédente, reçurent la communion dans la basilique de Saint-Pierre, reconnaissant pour principal auteur et fauteur de l'entreprise, Dieu lui-môme, à la gloire duquel notre seigneur Sixte Quint s'était proposé d'agir. Après la communion, je leur fis connaître moi-même le but et l'intention de cette œuvre, en les exhortant à bien faire. Le jour précédent. Sa Sainteté m'avait donné sa bénédiction, me recommandant ce que j'avais à faire. Ainsi, tous ayant communié et fait les prières convenables, ils sortirent de l'Église avant l'apparition du jour, et ils entrèrent dans l'enceinte. Tous les ouvriers furent disposés et répartis aux postes qui leur étaient assignés, et deux contre-maîtres furent attachés à chaque cabestan, afin

de le surveiller et d'avoir soin de le faire manœuvrer avec diligence, selon l'ordre établi de la manière suivante. Toutes les foi^ qu'ils entendraient sonner de la trompette par un homme que j'avais fait venir exprès, et que j'avais placé sur un endroit élevé, duquel il pouvait être vu de tous, chacun d'eux devait faire tourner son cabestan, en ayant l'œil que la manœuvre s'exécutât rapidement. Mais lorsqu'ils auraient entendu le son d'une cloche, que j'avais fait attacher au faite de l'échafaudage, tous, ils devaient s'arrêter surle-champ. Dans l'intérieur d'un espace fermé, ménagé à une des extrémités de la place, se tenait le chef des charretiers, avec vingt chevaux vigoureux, gouvernés par autant d'hommes. Je les avais fait venir, afin de remplacer et rafraîchir, selon les besoins, ceux attelés aux cabestans. En outre, j'avais distribué sur la place dix-huit hommes expérimentés, qui étaient chargés d'aller et venir sur toute la place, de s'assurer si tout allait bien pendant la manœuvre, et d'empêcher tout désordre. De plus, j'avais commandé une compagnie de vingt hommes, investis du soin de porter les provisions de cordes, moufles, poulies et autres objets partout où cela deviendrait nécessaire, par suite de rupture de ces engins, ou par toute autre cause. Ces hommes n'avaient rien autre chose à faire ; ils étaient rangés sur un lieu élevé, devant la porte du bâtiment des outils de rechange, où, au moindre signal ou commandement, ils devaient obéir à ce qui leur serait demandé. J'agis ainsi, afin d'empêcher qu'aucun de ceux qui étaient commis au soin de faire mouvoir les cabestans n'abandonnât son poste, et ne causât aucune confusion. J'avais placé à la fois des hommes et des chevaux aux bras des cabestans, afin que les hommes;,.

SOUS le commandement des contre-maîtres, pussent gouverner les mouvements de chaque cabestan plus régulièrement que les chevaux n'auraient pu le faire, s'ils y avaient été attelés seuls : car tantôt ils ne s'arrêtent pas, tantôt ils ne tirent pas aussi vite qu'on le voudrait. Sous l'échafaudage, étaient placés douze charpentiers, chargés d'enfoncer continuellement sous l'aiguille, au fur et à mesure qu'elle serait soulevée, des coins en bois et en fer, préparés à cet etîet ; ce qui servait à deux fins : la première, pour aider à la soulever, chacun sachant quelle force ont les coins; la seconde, à la soutenir, afin que l'aiguille ne demeurât jamais en Tair suspendue aux cordes. Ces charpentiers avaient tous la léte couverte d'un casque, pour la protéger, si, par hasard, un coin de bois ou autre objet fût venu à tomber du haut de l'échafaudage. Je désignai trente hommes pour surveiller l'échafaudage et le garder. Ils étaient disposés dessus, afin d'en prendre soin, ainsi que des moufles et liens, et pour donner, au besoin, avis de ce qui pourrait arriver. Je mis trente-cinq hommes pour manœuvrer les leviers, au nombre de trois, établis du côté du couchant, au pied de l'obélisque; à ceux en face, au nombre de deux, il y avait dix-huit hommes, avec un petit cabestan, manœuvré à bras d'hommes. C'est ainsi que furent distribués tous les postes.

« Pendant ces préparatifs, le jour s'était montré serein, dans toute sa beauté, comme en signe de la faveur que Dieu voulait accorder à une œuvre si désirée. Rome tout entière était accourue pour la voir. Au nombre des assistants, se trouvaient le révérendissime et illustrissime cardinal Montai to, neveu de notre seigneur, avec la majeure partie des cardinaux; l'il-

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l&Bh'issime seigneur don Michèle Peretti^ gouverneor da Borgo, et riilostrissiine dame Gamilla^ sœur de notre seigneur, arec ses petites filles, mesdames Flavia, actuellement duchesse de firacciano, et Orsina, duchesse de Palliano, épouse du duc Marco Antonio Golonna, grand connétable du roi d'Espagne dans le royaume de Naples; presque tontes les dames et princesses de Rome, les ambassadeurs, tous les grands personnages de la ville, et un très-grand nombre d'étrangers venus de toutes les parties de rita]ie,ponr voir un speclacle si nouveau et si merveilleux. Il y avait tant de monde, que toutes les fenêtres ouvrant sur la place étaient remplies d'une multitude de curieux. Ijes constructions de la basilique de Saint- Pierre en étaient couvertes, ainsi que tous les toits des maisons et des églises voisines. Enfin, la foule était si compacte dans les rues adjacentes, qu'il fut nécessaire de placer les gardes suisses et les chevaulégers aux barrières, afin qu'il n'arrivât pas quelque désordre, au milieu de tant de peuple.

<i Tous étant ainsi disposés et attentifs, j'exhortai chacun à exécuter ce qu'il avait à faire, lorsqu'il entendrait le signal donné par la trompette. J'engageai ensuite tous les ouvriers, employés et assistants, puisque cette œuvre devait tourner à la gloire de Dieu, à vouloir bien se mettre à genoux et à faire une courte prière avec moi, afin que sa divine Majesté daignât favoriser une aussi sainte et mémorable entreprise, estimant que nos seules forces, sans son aide toute puissante, étaient trop faibles pour exécuter un si grand effort. Ayant ainsi récité un Pater ei un Ave avec eux tous, je donnai le signal au trompette, et dès que le bruit de son instrument se fut fait

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entendre, la manœuvre commença avec les cinq leviers susdits, lesquarante cabestans, neuf cent-sept hommes et soixante-quinze chevaux.» —Un témoin oculaire, rhistorien Muzîo Pansa ' dit, qu'à ce moment, le mouvement des cabestans et des moufles fit un si grand bruit, qu'il semblait que la terre s'entr'ouvrait et qu'il tonnât dans le ciel au-dessus ; ce qui est confirma par Fontana en ces termes : «Dans ce premier fefforl^ il sembla que la terre tremblait : l'échafaudage fit un grand fracas, se serrant de toutes parts sous la ten* si on qui pressait tous les bois les uns contre les autres. L'aiguille, qui penchait de deux palmes du côté du chœur de Saint-Pierre où l'on officie à présent, c'est-à-dire vers le nord, ce que l'on avait reconnu en la plombant, se rele'va droite à plomb. L'échafaudage n'ayant fléchi nulle part, en dépit du craquement entendu, et personne n'ayant éprouvé le moindre mal, chacun prit courage. Je fis arrêter au moyen du son de la cloche : il se trouva qu'un cercle de fer, le premier qui enserrait les barres autour de l'aiguille, près du faîte, s'était brisé. On remplaça ce cercle par quatre paires de moufles attachées des deux côtés à une réunion de cordages, fixés à la place du cercle, et dont les bouts, passant sous le pied de l'aiguille, revenaient sur sa face de l'autre côté, en faisant plusieurs tours si solidement, que l'on put con-. tinuer sans aucun inconvénient. C'est ainsi, qu'à la suite de douze reprises, le fût de l'obélisque se trouva soulevé de deux, palmes trois quarts, hauteur suffisante pour placer dessous le traîneau et arracher les dés de métal qui le portaient. On le laissa reposer, à

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