I. Tempesli, l. ï, lib. XIV, n«> xiv, p. 22C
restait à faire ne pouvait pas inquiéter beaucoup Fontana. Les deux premières épreuves avaient démontré la sûreté de ses procédés. D'ailleurs, la troisième opération, le tirage ou transport de Tobélisque sur le traîneau, ne présentait par elle-même rien de diffi- <;ile : mais, avant de l'entreprendre, il fallait désarmer les moufles et les cordes attachées à l'échafaudage et à Taiguille; tirer celle-ci à une certaine distance en dehors de l'échafaudage, afin d'éviter qu'en le démontant, il ne vint à tomber dessus quelque poutre ou barre de fer; faire une excavation autour du piédestal, pour l'enlever et le transporter à l'endroit indiqué sur la place de Saint-Pierre; prolonger le terre-plein, en l'élargissant, jusqu'à cet endroit; refaire l'échafaudage , enfin élever l'aiguille à sa nouvelle place. Ces différentes opérations demandaient du temps, et quelle que fût l'ardeur déployée par l'architecte, ses conducteurs et ouvriers, plusieurs mois devaient encore s'écouler, avant que Sixte ne pût voir du Vatican l'obélisque surmonté de la croix sainte, en face de la principale porte de la basilique dédiée au chef des Apôtres.
Le 8 mai, sans perdre de temps, on se mit à désarmer les cabestans, travail qui exigea quatre jours entiers. Ensuite Taiguille fut tirée avec quatre cabestans, jusqu'à ce qu'elle se trouvât entièrement sortie de l'échafaudage qu'on allait défaire. En le démontant, les pièces de bois, les ferrements, les cordages, etc., furent numérotés avec soin et mis à part, afin de les retrouver pour le rétablir sur la place de Saint-Pierre. Dès qu'il eut été enlevé, on se mita creuser la terre autour du piédestal, enfoui à une profondeur de quarante palmes. Lorsqu'on l'eut dé-
coaTert à moitié, on trouTa soo premier morceaa sur lequel étaient les dés qui portaient Taigoille. Sons ce premier moreeaa, il y avait une cimaise d^nne seule pièce, et, aa-dessous, la partie basse du piédestal reposant sur un socle de marbre blanc, formé de trois morceaux attachés ensemble par des agrafes en fer recouvertes en plomb. Ce socle baignait dans Tean, qn*on voyait sourdre de toutes parts. Il était si solidement établi, qu'il fallut toute une journée pour Tarracher de sa plate-forme en travertin, qu on laissa au fond, n*étant pas assez précieux pour motiver son enlèvement.
Comme il fallait conduire Taiguille jusque sur la place de Saint-Pierre, à une distance de cent quinze cannes, pour Ty dresser, celte place fut nivelée, et il se trouva qu*elle était d'environ quarante palmes plus basse que Tendroit où se trouvait alors Tobélisque. C'est pourquoi on fit un terre-plein qui allait en pente depuis cet endroit jusqu'à la place, en prenant la terre derrière la construction de Saint-Pierre, sur le mont Vatican : à sa base, il avait cent palmes de largeur, au sommet cinquante, et sa hauteur était de trente-sept palmes; il allait en s'élargissant jusqu'à cent vingt -cinq palmes à la base et quatre-vingt-quinze au sommet, autour de l'échafaudage qu'on devait remonter. La terre était soutenue par une palissade de poutres, appuyée de chaque côté sur des étais et des traverses, afin qu'elle ne fléchît pas sous l'énorme poids de l'obélisque. Le terre-plein terminé, l'échafaudage fut remonté, en le disposant de manière à laisser, entre ses deux compartiments, Tespace nécessaire au passage et au redressement de l'aiguille. Nous avons dit que Fontana avait commencé les
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fondations de Tobélisque sur la place Saint-Pierre dèâ qu'il avait été chargé seul de l'entreprise . Il y fit replacer successivement le socle en marbre, après l'avoir repoli , et les autres parties du piédestal. On déposa sous ce socle plusieurs médailles, dont deux en or, avec l'effigie de Pie V, et au revers la religion et la justice. — Les trois morceaux du socle furent placées à la distance l'un de Tautre d'un tiers de palme, afin qu'ils fissent un peu saillie sur les côtés, pour donner plus de grâce au piédestal. Entre deux de ces morceaux, on scella une dalle de marbre, sur laquelle on entailla, en langue latine, le nom de Sixte, et, succinctement, les procédés suivis pour mener à fin cette œuvre, ainsi que le nom, le prénom et la patrie de l'architecte, avec la date, afin de perpétuer la mémoire du fait. Pendant ces opérations, on n'avait pas cessé de travailler à l'échafaudage, et il se trouva rétabli et prêt à fonctionner de nouveau, le jour même que les dés eurent été rescellés pour recevoir l'obélisque.
Le mercredi 40 septembre 1586, tout étant prêt, deux messes du Saint-Esprit furent dites dans l'église du Prieuré de Malte, située alors à l'une des extrémités de la place de Saint-Pierre, au couchant, et tous ceux qui devaient travailler communièrent, comme la première fois. Après avoir adressé à Dieu la prière qu'il voulût bien assurer le succès de leurs efforts, pour sa plus grande gloire, chacun fut placé à son poste, et à la pointe du jour, on commença, avec quarante cabestans, cent quarante chevaux et huit cents hommes, ainsi que les mêmes signaux de trompette et de cloche. Pendant que la pointe de Tobélisque allait en s'élevant, quatre cabestans, placés en sens inverse, tiraient
constamment le pied en avant, de manière que les cordages qui soulevaient Taigùille en haut, travaillaient à plomb, et n'avaient pas à tirer Taiguille par derrière, et encore moins à lutter contrôla résistance de son pied, qui, sans cette manœuvre, aurait dû être calé, ainsi que firent probablement les anciens. De plus, au fur et à mesure que la pointe s'éloignait de terre, le poids allait en diminuant, parce que le fût appuyait sur le pied que Ton tirait en avant par un mouvement régulier : si bien que Fobélisque fut relevé avec la plus grande facilité jusqu'à moitié de sa perpendiculaire. Arrivé à cet angle, il fut appuyé sur des étais, et le travail resta suspendu, pour donner aux ouvriers le temps de dîner. Après avoir mangé, chacun reprit son poste avec diligence, et la manœuvre recommença.
« En ce moment, ajoute Fontana^ vers les vingt et une heures, passa l'ambassadeur de France, qui venait rendre sa première visite à notre seigneur : il était entré dans Rome par la porte Angelica, et traversant la place, il s'arrêta pour voir deux reprises de tirage.» — Cet ambassadeur était le duc de Luxembourg, envoyé par Henri III, bien qu un peu tard, pour complimenter Sixte sur son avènement, et pour appuyer certaines demandes que le roi avait déjà fait présenter par son ambassadeur ordinaire, le marquis de Pisani. Le pape avait voulu frapper le duc par un grand spectacle, montrant sa puissance et sa supériorité sur les autres souverains. Sous différents prétextes, il avait retardé rentrée de l'ambassadeur, et l'audience qu'il devait lui accorder, jusqu'au 10 septembre, jour