CHAPITRE XVIII
Bibliothèque du Vatican reconstruite et ornée par Sixte. — Imprimerie
annexée à la bibliothèque.
Rien ne fait plus honneur à la mémoire des souverains pontifes , que le zèle apporté par un grand nombre d'entre eux à répandre et encourager la connaissance des lettres grecques et latines. Dès les premiers siècles de leur établissement à Rome, les successeurs de saint Pierre cherchèrent à réunir au palais de Latran, où ils résidaient, une collection de livres manuscrits, à laquelle ils joignirent le dépôt des actes émanés de leur autorité apostolique. La date précise de la création de cette bibliothèque et de ces archives paraît incertaine : cependant, on peut la faire remonter jusqu'au pontificat de saint Hilaire, qui fut créé pape en 461.
Les archives et la bibliothèque restèrent au palais de Latran, tant que les papes l'habitèrent : mais lorsqu'ils allèrent résider au Vatican, les livres et les archives y furent transportés pour la commodité des pontifes et de leur entourage. On croit qu'ils y étaient placés vers Tan 742, à Tépoque de saint Zacharie, qui augmenta cette collection de manuscrits grecs et latins. Toutefois, il résulte de plusieurs passages d'anciens auteurs chrétiens, que, dès le cinquième siècle, indé-
pendammenl de la bibliothèque réunie au palais de Lalran, il en existait également une autre à côté de la basilique de Saint-Pierre *. Quoi qu'il en soit de ces commencements, il est certain que Clément V, en fixant sa demeure dans la ville d'Avignon, en 130o, y fit transporter la bibliothèque du Vatican. Elle fut rapportée à Rome, par ordre de Martin V, élu en i417, et replacée dans le palais apostolique : mais il était resté à Avignon un assez grand nombre de livres et d'actes pontificaux, qui ne furent rétablis au Vatican qu'en i784, sous le pontificat de Pie VI.
Après Martin V, le premier pape qui prit à cœur d'augmenter la bibliotlièque apostolique fut Nicolas V. Constantinople venait de tomber au pouvoir des Turcs, le 29 mai i4o3; un grand nombre de Grecs distingués par leur savoir, se trouvaient contraints d'abandonner leur patrie pour échapper à la barbarie de leurs oppresseurs. Beaucoup d'entre eux choisirent l'Italie pour refuge; ils y apportèrent quantité de manuscrits de différents auteurs, et particulièrement des Pères de l'Église d'Orient. Nicolas V, ami des lettres, accueillit avec empressement dans Rome ces savants fugitifs. Il acheta les manuscrits dont ils étaient porteurs, les fit traduire en latin, et en forma une collection de cinq mille volumes. En outre, il fit chercher et acheter, à prix d'or, les manuscrits d'auteurs anciens ou modernes, provenant de la bibliothèque des empereurs de Constantinople. Il employa de grosses sommes à se procurer ces précieuses épaves, et, pour les retrouver, il envoya en Grèce, en Allemagne et ailleurs des émissaires très-versés dans l'usage des idiomes
1. Voy. Nibby, Roma neW anno MDCCCXVIll , parte modernoy p. 304 et suivantes.
grecs et latins. Ainsi, n'épargnantni soins ni dépenses, ce pontife éclairé parvint à accroître considérablement la bibliothèque du Vatican. De plus, en faisant connaître par des traductions latines le contenu des manuscrits retrouvés, il contribua puissamment à ranimer le goût de la langue et de la littérature grecques, tombées dans Toubli le plus regrettable, aussi bien à Rome que dans les autres contrées de FEurope, depuis plusieurs siècles.
Nicolas V avait réuni tous les livres et les manuscrits dans un appartement du Vatican situé dans la cour du Pappagallo, loin des autres salles. En pénétrant dans celte cour par Tescalier de Constantin, on voit encore aujourd'hui une porte ancienne, avec ses jambages de marbre et les armes de Sixte IV au-dessus de l'architrave. Elle donne entrée dans une immense salle de 106 palmes de longueur sur 43 de large, dont la voûte peinte à fresque renferme un grand nombre de lunettes, sur lesquelles sont représentées des figures à mi-corps de prophètes, de docteurs de l'Église et d'anciens philosophes. En outre, dans le champ, entre ces lunettes, on voit des perspectives architecturales et des paysages peints par Baccio Pintelli, par ordre de Nicolas V, ainsi que le rapporte Vasari, dans la vie de cet artiste.
Après Nicolas V, la bibliothèque Vaticane fut magnifiquement augmentée par les soins de Calixte III, qui dépensa, dit-on, quarante mille écus dans ce but.
Imitant cet exemple, Sixte IV, délia Rovere, entreprit, aussitôt après son avènement en i47i, de continuer l'œuvre de ses prédécesseurs. Il se distingua tellement par son goût pour les livres précieux qu'il fit acheter dans toutes les parties du monde, que
rArioste, a pu citer son nom, dans une de ses satires, et le proposer comme un modèle à suivre :
a De' libri autichi anco mi puoi proporre Il numer grande , che per public use Sisto da tutto il moudo fa raccorre. »
En témoignage de sa sollicitude pour la bibliothèque, Sixte IV s'y fit représenter assis, entouré de cardinaux et de prélats, parmi lesquels on distingue le célèbre Platina, auquel il avait confié la direction et la garde de cette précieuse collection. Cette peinture était à fresque ; elle a été transportée sur toile, et se trouve actuellement dans la galerie des tableaux du Vatican; elle est attribuée à Pietro délia Francesca da Borgo san Sepoloro, le maître du Perugin, et elle se fait également remarquer par la beauté de TexpressioB et la correction du dessin.
Au-dessous de cette peinture on lit les distiques suivants, qui font allusion aux entreprises menées à fin par Sixte IV :
(( Templa, domum expositis, vicos, fora, mœnia, pontes, Virgineam Trivii quod reparavit aquam ;
Prisca lic'et nautis statuas dare commoda portus Et Vatioanum cingere, Siste, jugum.
Plus taraen iirbs débet : nam quge squalore latebat, Cernitur in celebri bibliotheca loco. »
Après Sixte IV, les papes Léon X, Paul IV, Pie V et Grégoire XIII, furent ceux qui s'occupèrent le plus de la bibliothèque Vaticane : ils s'efforcèrent d'accroître le nombre des livres, et de préposer à la surveillance de ce précieux trésor les hommes les plus aptes à en faire apprécier toute Timportance.
C'est ainsi que Léon X y introduisit Pietro Bembb et Giacomo Sadoleto, ses secrétaires, avec la charge de veiller spécialement à son accroissement. Il en nomma Beroalde le jenne, garde ou conservateur (custode] ; il voulut aussi qu'on y fît des cours, comme dans une académie. Par son ordre, Agostino Nifo y enseigna la philosophie, Ghristoforo Aretino la méde* cine, Girolamo Botticella le droit, Jano Parrasio les lettres latines, et Basile Chalcondile, fils de Demetrius, les lettres grecques. Les leçons et les écrits de ces hommes distingués contribuèrent puissamment à établir la réputation de la bibliothèque du Vatican, qui pouvait être considérée alors comme le plus important dépôt de livres et de manuscrits existant en Europe.
Au milieu des controverses religieuses soulevées par la Réforme entre les protestants et les catholiques, Pie IV avait placé cette bibliothèque sous la surveillance spéciale du cardinal Sirleto, avec défense absolue d'en laisser sortir aucun manuscrit, livre, titre ou document quelconque. Cette défense fut rigoureusement observée, et, sans perdre aucun volume, la bibliothèque continua de s'enrichir de nouvelles publications.
Cependant, Taccroissement de cette immense collection, surtout depuis l'invention de l'imprimerie, ne permettait plus de placer, dans la salle construite par Nicolas V, les acquisitions nouvelles, et un très-grand nombre de livres gisaient entassés sans aucun ordre dans plusieurs pièces voisines. Sixte-Quint comprit la nécessité de créer dans le Vatican un nouveau local, plus vaste et mieux approprié que l'ancien à sa destination. Il en commanda le plan à Domenico Fontana, dont l'activité d'exécution égalait la promptitude
de conception du pontife. L'architecte proposa de placer la bibliothèque dans la partie du palais connue sous le nom de Belvédère, et d'y élever un bâtiment grandiose, qu'il s'engageait à terminer entièrement en une seule année, même avec la décoration intérieure, de manière à pouvoir y placer les livres après ce court intervalle de temps. Le fait ne semblerait pas croyable, s'il n'était attesté, non-seulement par Fontana, mais par beaucoup d'écrivains contemporains.
Bramante, architecte du Vatican sous Léon X, avait imaginé d'établir, à côté du Belvédère, une immense cour ornée, longue de quatre cents pas, qui devait s'étendre jusqu'à la Tour des vents, et qui, par sa disposition, aurait servi de décoration à cette partie du Palais. Sixte, qui cherchait un emplacement pour y transférer la bibliothèque, trouva que sa place la plus convenable serait dans le nouveau bâtiment, qui partagerait par le milieu cet immense espace. La bibliothèque devait en effet beaucoup gagnera occuper cet emplacement; mais, par contre, l'ensemble de la perspective du palais y perdait la réalisation du magnifique plan inventé par le Bramante. Quoi qu'il en soit, ce fut dans ce lieu que, pour se conformer aux désirs du pape, Domenico Fontana dut jeter les fondations de la nouvelle bibliothèque; il en poursuivit Tachèvement avec une activité sans égale, y employant constamment cent maçons, cent peintres et leurs aides, afin de pouvoir la livrer, avec toutes ses dépendances, ainsi qu'il s'y était engagé, une année environ après la pose de la première pierre.
César Nebbia, d'Orvieio, dont parle Vasari dans ses Vies des peintres, et Giovani Guerreo, de Modane, furent les principaux artistes auxquels l'architecte
confia la direction et la surveillance de tous les ouivrages de peinture. Le Nebbia était élève de Girolamo Muziano, et grand imitateur de sa manière. Son maître Tavaît employé souvent, et, en particulier, lorsqu'il peignit sous Grégoire XIII, la galeriedu Vatican. Il lui avait également fait exécuter beaucoup de choses dans laj chapelle Grégorienne, à Saint-Pierre. Aussi, le Muziano étant mort, laissant inachevé le tableau de Saint Basile célébrant la messe^ ce fut le Nebbia qui le termina.
Pour décorer la nouvelle bibliothèque, cet artiste fut chargé de dessiner d'abord le modèle de chaque sujet que Ton devait peindre ; il en formait une composition très-vivement accentuée; ensuite, les autres artistes sous ses ordres la coloriaient à fresque, en suivant ses indications. Ce fut Frédéric Ranaldo, custode de la bibliothèque, qui trouva Tidée d'y représenter les principales actions de Sixte, les conciles, l'invention des différents caractères d'écriture, et la fondation des plus fameuses bibliothèques connues dans le monde. Giovanni Guerreo inventa les emblèmes et les autres ornements, les dessinant d'abord, et les faisant peindre à fresque par les autres artistes. Mais, dans ce travail qui exigeait une célérité merveilleuse, Guerreo et le Nebbia furent admirablement secondés par Jean-Baptiste Ricci, de Novare, qui, bien que jeune encore, avait un grand fond d'imagination et une égale facilité d'exécution ^ Ces trois artistes peignirent toutes les compositions, tous les emblèmes à l'intérieur de la bibliothèque, et, en
1. Voy. Le Vite de' Pitiori, de Giov. Baglione, éd. de Naples, 1733, in-4<», p. 110 et 140.
outre, ils représentèrent sur les murs extérieurs un grand nombre de figures symboliques , telles que la Providence, la Religion, la Vigilance, etc., entourées d'arabesques avec les armes de Sixte, c'est-à-dire des jnontagnes , des lions, des branches de poirier et des couronnes. Mais aujourd'hui ces fresques sont détruites.
L'entrée de la bibliothèque est indiquée au milieu de l'immense corridor dit de la Cléopâtre, par une grande et belle porte en travertin, au-dessus delàquelle se voit un écusson aux armes de Sixte-Quint; sur cette porte, dans un champ d'azur, on lit cette inscription, peinte en lettres d'or :
Sîxtus V. Pont. Max. Bibliothecam
Yaticanam aedificavit, exornavitque^
An. iS86. Pont. IH.
Après avoir traversé celte porte, on se trouve dans une salle majestueuse, sorte de vestibule , longue de 68 palmes et large de 33, dont la voûte est peinte à fresque avec beaucoup d'art. On y voit représentée une imprimerie, avec bon nombre de personnages, .occupés les uns à composer, les autres à passer les feuilles sous la presse, ceux-ci à corriger les épreuves, xîeux-là à faire sécher les feuilles, à les plier et à les attacher, etc. Toute cette composition est peinte avec une telle perfection de contours, un si grand naturel dans les poses et une si excellente morbidesse de coloris, qu'on doit certainement l'attribuer à l'un des meilleurs artistes de cette époque. A un autre point 4e vue, cette représentation des différentes opérations d'une imprimerie, vers la fin du seizième siècle,
jD'ést pas moins intéressante ; elle peut servir à éta^ tlir la preuve authentique des procédés de cet art à celte époque, et par sa comparaison avec les méthodes actuelles, elle montre combien, depuis deux siècles et demi, l'art de l'imprimerie a fait de progrès.
Cette première salle, où se tiennent les employés et le custode^ précède la bibliothèque proprement dite, dans laquelle on pénètre par une porte placée en face. Dans une lunette, adroite, on voit Sixte-Quint assis sur un trône, ayant près de lui, d'un côté le cardinal Alexandre Peretti, son petit-neveu, et le cardinal Caraffa, alors bibliothécaire; de l'autre, le jeune Michel Peretti et Domenico Fontana. Ce dernier, agenouillé , lui présente le plan de la bibliothèque, dessiné sur une feuille de papier : tout autour sont les camériers du pape avec le custode de la bibliothèque, tous peints d'après nature. On attribue^ cette peinture, soit à Scipione Gaetano, soit à Pietro Facchetti, habile portraitiste. Quel qu'en soit l'auteur, elle est fort remarquable et mérite d'être signalée.
A l'entrée, sur deux grandes tables de marbre, sont gravées deux inscriptions : celle à droite rappelle que la bibliothèque du Vatican a été transférée dans ce local par Sixte-Quint en 1588; celle à gauche est un décret faisant défense, même aux employés, d'emporter les livres et les manuscrits, sans une permission spéciale de la main du souverain pontife, et menaçant d'excommunication ceux qui, par mauvaise foi, altéreraient les textes et détourneraient les livres,
1. Taja, dans sa deecription du palaU du Vatican, éd. de 1740, Komay p. 425.
un VIE DE SIXTE-QOIlfT.
«ans qu'ils puissenl être absoos de ce délit, si ce n^esl par le pape lui-même. Voici le lexte de cette inscriptioD, qui est comme la charte de la bibliothëqae :
SixU V. PonL Max.
Perpetao hoc decreto de libris Vaticans
Bibliothecs conservandis
Qus îofra suât scripta bunc in modum
Sancita sunto
ioYiolataqae observantor.
Nemini Ubros, codices, Tolomina
Hujus Vatican» bibliothecae
Exea auferendi^ extrahendi
Alio¥e asportandi
Non bîbliothecario neque custodîbos
Scribisq. neque quibusvis aliis,
Cujosiris ordinis et dignitatis,
Nisi de licentia summi Rom. Pont.
Scripta manu,
Facultas esto.
Si quis secus fecerit, libros
Partemve aliquam abstulerit,
Extraxerit, depresserit, rapseritq.,
Concerpsarit, corruperit
Dolo malo ,
Illico a fidelium communione ejectus,
Maledictus,
Anathematis irinculo
CoUigatus esto,
A quoquam prxterquam Rom. Pont.
Ne absolvitor.
La grande salle de la bibliothèque est partagée en deux nefs, élevées sur sept grands piliers. Elle est longue de 285 palmes, large de 70, et éclairée par sept
fenêtres. Les voûtes, les piliers, les murailles sont entièrement couverts de peintures à fresque, représentant les événements les plus mémorables des trois premières années du pontificat de Sixte-Quint. Ces fresques sont accompagnées de distiques latins donnant l'explication de la scène représentée ; ils ont été eomposés, selon les uns, par Silvio Antoniano, secrétaire du Sacré-Collége, selon d'autres, par Guglielmo Bianchi, camérier secret du pape.
La première composition représente Sixte allant prendre possession à Saint-Jean de Latran, accompagné des ambassadeurs, de la noblesse romaine et d'une foule énorme de peuple. On y lit ces vers, qui font allusion à la présence, dans son cortège, des princes du Japon, venant des antipodes et alors à Rome :
Ad teraplum antipodes Sixtum comitantur euntem, Jamque novus pastor pascit ovile novum.
Dans la seconde fresque, qui occupe toute la grande lunette du fond, on voit son couronnement solennel sur la place de Saint-Pierre, avec ce distique :
Hic tria, Sixte, tuo capiti diademata dantur, Sed quartum in cœlis te diadenia manet.
Les galères construites pour protéger les côtes des États romains et prendre part à la guerre contre les Turcs font le sujet de la troisième fresque, expliquée par cette devise :
Instruit hic Sixtus classes, quibus aequora purget. Et Solymos victos sub sua jura trahat.
99i ,VIB DE SIXTE-QUINT.
. La quatrièHie montre Térection de TobôlUque sar la place de Sainte-Marie Miyeure :
Qui regum tumulis obeliscus serviit olîm. Ad cunas Christi^ tu^ pie Sixte^ locas.
La translation du corps de Pie V à Sainte-Marie Majeure est représentée dans la cinquième composition :
Transfers, Sixte, Pium, transferre an dignior aller, Transferri an vero dignior aller erat.
La restauration de la colonne Ântonine est le sujet de la sixième peinture. Sixte fit poser à son sommet la statue dorée de saint Paul, à la place de celle d'Antonin.le Pieux, qui, selon l'opinion générale, avait été détruite par les Barbares. Les vers font allusion à ces deux événements :
Jure Anloninum Paulo vis, Sixte, subesse; Nam vere hic pius est, impius ille Pius.
La septième fresque, dans laquelle Tarliste a déployé une grande fantaisie d'invention , montre Thospice construit par le pontife, près du pont Sixte, pour recevoir les indigents :
Quaeris cur tota non sil mendicus in urbe? Tecta parai Sixtus, suppeditatque cibos.
La huitième est la vue de Tobélisque élev^ sur la place de la Porte du Peuple, où il fut transféré du grand Cirque :
Maximus est obelus, circus quem maximus olira Condidil, et Sixtus maximus inde trahit.
* La chapelle du Santo-Presepe, à Sainte-Marie Majeure, est représentée dans la huitième composition, avec ces vers :
Virginis absistit mirari templa Dianae, Qui fantiin hoc intrat^ Yirgo Maria, tuum.
La dixième est une peinture allégorique : on y voit les trois montagnes faisant partie des armes de Sixte ; elles sont entourées de femmes de tout âge et de tout rang. Dans les campagnes voisines, on aperçoit un grand nombre de porcs qui s'enfuient. Cette fresque fait allusion à la licence désordonnée des mœurs à laquelle le sévère pontife mit un frein, ainsi que l'explique le distique suivant :
Virgo intacta manet, nec vivit adultéra conjux, Castaq. nunc Roma est^ quœ fuit ante salax.
La onzième fresque, au fond de la nef, sur Tarcature à gauche, représente la ville de Rome et particulièrement les rues nouvelles, ouvertes, élargies et nivelées par Sixte, pour faciliter l'accès des églises et des lieux saints, ainsi que l'attestent ces vers :
Dum rectas ad templa vias rectissima pandit , ïpse sibi Sixtus pandit ad astra viam.
Sur la douzième, on voit la fontaine de Moïse, à la place de' Termini :
Fons Félix, celebri notus super aethera versu, Romulea passim jugis in urbe fluît.
La treizième, au-dessus de la sixième croisée, pré-
sente la vue du palais de Latran , reconstraii par Sixte.
Quintus restituit Laterana palatia Sixtus, Atque obelum médias transtulit ante fores.
La quatorzième montre Sixte se rendant à Sainte- Marie Majeure, après son élection, pour y ouvrir le jubilé, publié dans tout le monde catholique pour la première fois, à l'occasion de Tavénement d'un nouveau pontife, selon ce distique :
Sixtus regnum ioiens indicit publica vota; Ponderis^ oh ! quanti vota fuisse vides !
Dans la quinzième, on voit la colonne Trajane, avec les constructions qui Tenlouraient, et un paysage eu perspective dans le lointain. Cette composition fait allusion à la pose de la statue de saint Pierre, en bronze doré, que Sixte fit placer au sommet de cette colonne, comme l'expliquent ces vers :
ut vinclis tenuit^ Petrum sic alta columna Sustinet; hiac decus est, dedecus unde fuit.
Sur la seizième, un arbre couvert de fruits, et, près de son tronc, un lion rampant entouré d'un troupeau, symboles de l'abondance et de la sécurité rétablies par le pontife :
Temporibus Sixti redeunt Saturnia régna.
Et pleno cornu copia fundit opes.
Sur la dix-septième, l'obélisque du Vatican, avec les machines employées à son érection. Il est à noter que cette fresque montre la basilique de Saint-Pierre
dans l'état où elle se trouvait alors, c'est-à-dire sans la coupole, dont il n'existait que le tambour, et avec une seule petite coupole latérale Cprobablement celle de la chapelle de Saint-Grégoire] ; on y voit aussi le palais du Vatican, tel qu'il était avant les augmenlalîons exécutées sous Clément VIII. Au-dessous ce distique :
Dum stabit motus nullis obelîscus ab Euris , Sixte^ tuum stabit nomen honosque tu us.
La dix-huitième et dernière de ces compositions, qui est au-dessus de la première fenêtre à gauche, montre un lion sur trois montagnes, armes de Sixte, entouré d'un troupeau, et dans le lointain des loups mis en fuite par la foudre que le lion tient dans ses griffes, avec ces vers qui rappellent la répression du brigandage :
Alcides partem Italiae praedone redemit; Sed totam Sixtus. Die mihi major uter?
Parmi ces fresques, il y en a plusieurs dans lesquelles on peut admirer des paysages attribués à Paul Brill. On voit, en effet, dans la vie de ce peintre par le Baglione^ qu'il fut occupé à composer des paysages dans quelques-unes des fresques exécutées du temps de Sixte-Quint. D'ailleurs, il est facile de reconnaîlre sa manière et son style, surtout en comparant les peintures de la bibliothèque, avec le magnifique paysage de la salle Clémentine, que Paul Brill exécuta quelques années plus tard, par ordre de Clément VIII.
Toutes les fresques dont nous venons de donner la