‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 124 sur 174 · Ut supra fT · texte numérisé non relu

Ut supra fT

description ne sont pas également remarquables ; loin de là, les meilleures n'indiquent qu'un art secondaire : néanmoins, comme ensemble, elles produisent un effet décoratif satisfaisant, et elles dénotent une grande habileté pratique de la part des artistes qui les ont inventées et exécutées en un si court espace de temps.

En revenant à la porte d'entrée, si Ton fait, à gauche, le tour de la salle, on trouve les peintures suivantes, qui rappellent les principales bibliothèques de l'antiquité.

D'abord, c'est Moïse qui remet le Livre de la Loi, le premier de tous, aux Lévites, afin qu'ils le conservent dans le Tabernacle, ce qui est expliqué par l'inscription :

Moyses librum legis Levitibus in tabernaculo reponendum tradit.

La bibliothèque dTsdras, dont il est fait mention dans le livre IV des Machabées, ch. ii, v. 13, est le sujet de la seconde peinture, avec cette inscription :

Esdras sacerdos et scriba bibliothecam sacram restituit.

On voit ensuite l'École de Babylone, fondée par Nabuchodonosor , dans laquelle Daniel et les trois jeunes Hébreux furent instruits; au-dessous est écrit :

Daniel et socii linguam et scientiamque Chaldaeorum

ediscunt.

Le décret de Cyrus, ordonnant la restauration du temple de Salomon, exécutée plus tard sous Darius

VIE DE sixte-quint; 399

Longue-Main, est le sujet du quatrième tableau, ex-^ pliquë par ces mots :

Cyri dëcretum de templi insiauratione Darii jussu perquiritur.

On voit ensuite la bibliothèque d'Athènes, qui est l'objet de deux compositions : la première montre Pisistrate, son fondateur; la seconde Seleucus Nicanor, roi de Macédoine, qui la rétablit. Au-dessous :

Pisistrates prîmus apud Graecos publicam

bibliothecam instituit :

Seleucus bibliothecam a Xerce asportatam referendam

curât.

Suit la bibliothèque d'Alexandrie créée par Ptolémée Philadelphe, et composée de six cent mille volumes. On y voit ce prince, avec Démétrius de Phalère, son bibliothécaire, et Aristée, qui rangent les livres : de Fautre côté, les soixante-douze interprètes qui offrent au roi le manuscrit de l'Ancien Testament, traduit par son ordre de l'hébreu en grec. On y lit :

Ptolemaeus, ingenti bibliotheca instructa,

Hebraeorum libres concupiscit.

LXXII interprètes ab Eleazaro missi.

Sacres libres Ptolemaeo reddunt.

Vient ensuite la bibliothèque fondée par Auguste sur le mont Palatin. D'un côté, la Sibylle apporte à Tarquin le Superbe neuf volumes pour les lui vendre. Ce prince, en trouvant le prix trop élevé, la Sibylle en brûle trois et demande le môme prix des six qui restent. Tarquin refuse avec dédain; la Sibylle en

brûle trois autres, et le prince surpris se décide à payer les trois derniers aussi cher que ce qu'elle demandait pour les neuf, ce qui est expliqué par cette inscription :

Tarquinius Superbus libros sibyllinos très , aliis a muliere

incensis, tantidem émit.

De l'autre côté, on voit l'empereur Auguste, entre Horace et Virgile, disposer la bibliothèque Palatine a l'endroit où était la statue de Marcus Varron, avec celte explication :

Aufjustus Cœsatt Palatina libliotheca magnifiée omata^

viros litteratos fovet,

Saint Alexandre, Narcisse et Origène, sont ensuite représentés, occupés à réunir les Livres saints à Jérusalem.

Sanctus Alexander episcopus et marL, Decio imperaiore, ia magna temporum acerbitate, sa^runim Scriptorum libros Uierosolymis congregat.

Le célèbre prêtre Pamphile, aidé de son disciple Eusèbe, érige dans la ville de Césarée, en Palestine, la bibliothèque qui fut, dit-on , fréquentée par saint Jérôme pour ses études : c'est pourquoi, ces trois personnages sont ici représentés, et on lit :

S. Pamphiius presb. et mart. admirandœ sanctitatis et doctrinœ, Cœsareœ sacram bibliothecam conficit : multos libros sua manu describit.

La dernière de ces peintures montre saint Pierre qui ordonne de conserver les Livres saints :

S. Pefrus sacrorum librorum thesaurum in Rom, ecclesia

perpétua adservari jubet.

Près de cette composition, dans un angle, on a placé les portraits des papes qui ont augmenté la bibliothèque apostolique. Ces portraits terminent la série des peintures relatives aux bibliothèques.

En reprenant à droite de la porte d'entrée, et en suivant, on trouve Thistoire des conciles les plus célèbres d'Orient et d'Occident, également peinte à fresque dans la même salle.

El d'abord on voit le concile de Nicée, tenu en 324, pour combattre la doctrine d'Arius, par les ordres du pape saint Sylvestre. Ce pontife n'y intervint pas, mais il y envoya ses légats : ils figurent dans ce tableau ainsi que l'empereur Constantin, tandis qu'un diacre lit en chaire le décret prononcé contre Arius, qui entend sa condamnation d'un air troublé. On lit au-dessous :

5. Silvestro PP. F/. Consiantino magno imp, Christus Dei Filius Patri consubstantialis dedaraiur, Arii impietas cmdemnatur.

Entre l'angle et la première fenêtre on voit les livres des Ariens livrés aux flammes avec ces mots :

Ex décréta concilii Constuntimis imperator Hbros Arianorum

comburi jussit.

Cette peinture a quelque chose de la manière de Ventura Salimbeni.

Le premier concile de Constantinople est représenté entre la première et la seconde fenêtre : il fut ouvert en 382, pour condamner l'hérésie de Macedonius, qui

niait la divinité du Saint-Esprit, lequel est figuré dans cette peinture par la flamme qui descend du ciel sur 1 autel. On lit :

S. Damaso Papa et Theodosio sen. imp. Sptritus Sancti divinitas propugnatur, ne farta Macedanii hœresis extinguitur.

Cette fresque est de Giova. Batista Ricci, de Novare.

Vient ensuite le premier concile tenu à Epbèseen 436, contre Pelage et Nestorius. On y voit, à la place la plus élevée, les légats pontificaux, parmi lesquels on distingue saint Cyrille d'Alexandrie. Dans le haut est la sainte Vierge, dont le titre de Mère de Dieu fut proclamé dans ce concile :

S. Cœlestino PP. et Theodosio sen. imp. Nestorius Christum dividetts damnaiur; B. Maria Virgo Dei genitrix prœdiccUur.

On attribue cette peinture au Speranza, ou à un élève du Vanni, imitateur de sa manière.

La fresque suivante représente le concile de Chalcédoine tenu en 444, sous le pontificat de saint Léon le Grand et le règne de Marcien, contre Eutichès, qui n'admettait en Jésus-Christ qu'une seule nature. C'est pourquoi le Rédempteur est figuré dans le haut du tableau tenantd'une main la croix, et de l'autre le monde, pour exprimer ses deux natures divine et humaine. L'inscription porte :

Leone magno PP. et Marciano imp. infelix Entiches unam iantum in Christo post incamationem naturam asserens confatatur.

Dans le quatrième espace, entre les fenêtres, on a peint le second concile tenu à Constantinople vers 553.

VIE DE SIXTE-QUINT. ¥>i

A gauche deFautel est l'empereur Justinien, et à droite un diacre, qui du haut de la chaire lit la condamnation des erreurs d'Origène, ce qui est expliqué ainsi :

Vigilio papa et Justiniano imperaiore contentiones de tribus capitibus sedantur^ Origenis errores refelluniur.

Après, vient le troisième concile de Constantinople, ouvert sous le pape Agathon et fermé sous Léon II, de 676 à 681'; il fut dirigé contre les Monothélites, c'eslà<-dire ceux qui ne voulaient admettre dans la per* sonne de Jésus-Christ qu'une seule volonté comme l'explique l'inscription :

S. Agathone papa, Constaniino Pogoneto imp, Monothelitœ hœretici unam tantum in Chrisio voluntatem docentes exploduntur.

On voit après, le second concile de Nicée célébré sous Adrien I" et Constantin, fils dlrène.Il fut réuni pour condamner les Iconoclastes, ce qui est indiqué parle personnage de saint Luc, placé à droite, et qui est occupé à peindre la sainte Vierge. Au milieu sont trois évêques qui abjurent cette hérésie devant les envoyés du pape. On y lit :

Eadriano papa, Constantino Irenes fil, imp. impii Iconomachi rejiciuntury saciarum imaginum veneratio confirmatur.

Le quatrième concile de Constantinople fut réuni vers 870, pour condamner Photius. On voit dans la fresque ce personnage, appuyé sur un bâton, avec ses partisans agenouillés, tandis que saint Ignace, qu'il avait dépouillé de son siège , en reprend possession :

Badriano 11 papa, Basilio imp. S. ïgnoHus pairiarcha dut* stantinopolitanus tn suam sedem, pulso Photio^ restituiiur,

Da côté droit, on brûle les édils et les actes de Photius, ce qui est expliqué par cette phrase :

Ex decreto concilii Basilius imp. ehirographa Photu, conciliab. aeta eamburi jubet.

Toutes les compositions qai précèdent se rapportent plutôt aux dogmes de la religion catholique, décrétés ou rétablis dans les conciles, qu'à des faits temporels. Dans les peintures suivantes, on va voir le mélange du temporel et du spirituel, ainsi qu'il résulte de Thistoire même de la papauté.

Ainsi, le neuvième tableau représente le premier concile de Latran^ célébré à Rome par Alexandre III, du temps de l'empereur d'Allemagne Frédéric I*'. On connaît les démêlés violents du pontife avec cet empereur. La fresque montre ce dernier se réconciliant avec le pape et lui baisant le pied, en signe d'hommage, à l'entrée de l'église Saint-Marc, à Venise. Dans ce concile, on condamna les Vaudois, et on défendit les passes d'armes et les tournois, ainsi que l'explique l'inscription :

Alexandro III papo, Federico l imp. Valdenses et Cathari

hœret. damnantur.

Laicmum et ckriccn^m mores ad veterem disciplinam

restituuntur. Tomeamenta vetantur.

Le dixième tableau représente le second concile général de Latran, tenu par Innocent III, sous le règne de Frédéric II. Les portraits de saint Dominique et de saint François d'Assises, qui existaient à l'époque de

ce concile, sont reproduits dans cette fresque. Celui-ci parait soutenir avec son corps le palais de Latran, que le pontife voit en songe menaçant ruines ; tandis que le premier réprime l'hérésie des Albigeois et met en fuite Simon de Monfort, avec les armes de TEglise, conformément à Tinscription :

Innocentio III papa, Federico II imp,

A bbatis Joachim errores damnantur,

Bellum sacrum de Hierosolyma

Recuperanda decernitur

Cruce signati instituuntur.

S. FranciscHS ecclesiam Lateranen.

Sustinere visus est y

Sancto Dominico suadente contra

Albigen^s hcereticos

Cornes Montfortensis*

Pugnam suscipit, egregieque conficit.

Dans le onzième tableau est peint le premier concile de .Lyon tenu par Innocent IV. Il y excommunia Frédéric II, et le déclara privé de TEmpire. Saint Louis y fut créé général de l'armée réunie pour reprendre la Terre sainte. Douze cardinaux furent institués pendant ce concile, et selon Fauteur de Tinscription, ce fut dans cette assemblée que les cardi- «aux furent autorisés à porter le chapeau rouge et la pourpre; bien que d'autres écrivains attribuent la création de ce costume à Paul II, qui gouverna l'Église deux cents ans plus tard. Quoi qu'il en soit, voici Tinscription :

Innocentio IV Pont, Federicus II hostis Eccîesiœ

Declaratur, imperioque privatur.

De Terrœ sanctœ recuperatione constituitur.

i06 VIE DE SIXTE-QUINT. .

Hiero9olymiL expeditionis dux

Ludovicus Francorum rex destgnatur.

Gakro rubro et purpura

Cardinales donantur.

Le sujet du douzième tableau est le second concile de Lyon, célébré par Grégoire X, auquel assistèrent l'empereur des Grecs, Paléologue, et le prince des Tartares, qui s'y fit baptiser avec plusieurs de ses officiers. Saint Bonayenture fut l'âme de ce concile, dans lequel on traita la question, tant de fois agitée, de la réunion des deux églises Grecque et Latine, sans plus de succès qu'auparavant, bien que l'inscription dise le contraire :

Gregorio X papa, Graeci ad sanctae Rom.

Ecclesiae unionem redeunt.

In hoc concilio sanctus Bonaventura

Egregia virtutum officia

Ecclesiae Dei praestitit.

Tartàrorum rex a F. Hieronymo ord. min.

Ad concilium perdu ci tur.

Rex Tartar. solemniter baptizatur.

. Le treizième tableau représente le concile de Vienne (en Dauphiné) présidé par Clément V, qui transféra le siège de l'Église dans la ville d'Avignon. Ce pape publia un recueil de décrélales dites Clémentines; il institua la procession du Corpus Domini^ ou Pôte-Dieu, et il établit dans les quatre universités de l'Europe l'étude des langues hébraïque, chaldéenne, arménienne et grecque :

Clémente V Pont. Çlementinarum decretalium Consiitutionum codex promulgatur.

Processio solemnis Corporis Domini instituitur,

HebraicŒy caldaiœ, arabiœ et grœcœ

Linguar, stud, propagandes Fidei ergo

In nobilissim, quatuor Europœ academiis

Instituitur.

Le concile de Florence est îe sujet de la quatorzième fresque. Le pape Eugène IV et Tempereur des Grecs Paléologue y assistèrent, et on y reprit la question de la réunion des deux Églises d'Orient et d'Occident, à laquelle fait allusion Tinscription :

Eugenio ÎI papa, Grœciy Aimeni,

Mthif)pes ad Fidei unitatem

Redeunt,

Le quinzième tableau rappelle le dernier concile de Latran, ouvert par Jules II et terminé sous Léon X, dans lequel fut décidée la guerre contre le sultan Sélim, et où l'empereur d'Autriche et François I", roi de France, furent créés chefs de cette entreprise, qui n'eut pas lieu :

Julio II et Leone X PP. maximis

Beilum contra Turcam

Qui Syriam et Mgyptum proxime sultano victo

Occupabit decernitur.

Maximilianus Cœsar et Franciscus rçx Galhœ Bello Turcico duces prœficiunlur.

Le concile de Trente est le sujej; du dernier tableau : il fut ouvert sous Paul IIl, pour combattre l'hérésie de Luther, continué sous Jules III et Marcel II, et terminé sous Pie IV :

Paulo m, Julio m, Marcello 11, Pio JF,

PontifUihuSy Lutherani et

Alii hœretici damnantur

Papcdique disciplinœ ad pristinos mores

Uestituuntur.

Sur les pilastres qai souliennent le plafond de celte grande salle, on a peint les inventeurs des lettres ou caractères des principaux idiomes connus dans Tantiquité, et ces lettres sont réunies dans un cadre, audessus de la tête du personnage représenté. Le premier, sur le pilastre à droite de l'entrée , qui est appuyé à la muraille, est Adam, velu de peaux d'animaux, une houe et une pomme à la main ; au-dessous :

Adam diviniius edoctus, primus Scientianim et litterarum invenior.

Sur le premier pilastre isolé, vers la fenêtre, sont les deux fils de Seth :

Filii Seth columnis duabus rerum Cœlestium disciplinoan inscribunt,

Abraham, Téquerre et le compas à la main, est représenté sur la seconde face du môme pilastre avec ces mots :

Abraham Syras et Chaldaicas litteras invenit.

Moïse, auquel on attribue l'invention de l'ancien alphabet hébreu, vient ensuite; il est suivi d'Esdras, l'auteur des caractères hébraïques actuels.

Second pilastre. — On y voit Isis, à laquelle saint Augustin attribue Tinvention des lettres égyptiennes;

— à côté, Osiris, qui a enseigné Tusage des hiéroglyphes; Hercules, l'auteur de Falphabet phrygien, et Memnon.

Le troisième pilaslre montre Cecrops, Tinventeur des lettres grecques; Phœnix, des lettres phéniciennes; CadmusetLicius,qui ont ajouté plusieurs lettres à l'alphabet.

Sur le troisième pilaslre, on voit Palamédo, Pythagore, Epicharme et Simonide, inventeurs de quelques nouveaux caractères grecs.

Le cinquième pilaslre est consacré aux inventeurs ou correcteurs des caractères latins et étrusques, tels que le roi Evandre et sa mère, l'empereur Claude et le Corinthien Démarate.

Le sixième pilastre représente l'évéque goth Ulphilas ; saint Jean Chrysostome, auquel on attribue les caractères arméniens; saint Jérôme, l'invenleur des lettres illyriennes, et saint Cyrille, qui en ajouta quelques-unes à cet alphabet.

Enfin, sur le dernier pilastre, atienan taux arcades, est peint Jésus-Christ avec ces mots :

Jesu Chrhtus, svmmus magistère Cœlestis doctrinœ auctor.

A sa droite est le pape saint Sylvestre ; à sa gauche, l'empereur Constantin.

C'est ainsi que se terminent les compositions décoratives de la bibliothèque construite par Domenico Fontana. Nous disons à dessein que ces compositions sont décoratives, parce qu'en effet on n'y trouve presque aucune trace du grand art de Raphaël et de ses élèves ; et que, même dans les ornements, elles ne rappellent nullement les qualités éminentes dont Gio-

vanni da Udina et les autres ont fait preuiie en peignant les Loges du Vatican, sur les dessins de leur maître immortel. Néanmoins, si Ton considère le peu de temps, une seule année, employé à celte immense entreprise, on demeurera convaincu du talent, de la promptitude de main, de la facilité d'invention et d'exécution des artistes qui Font achevée dans un si court intervalle. A notre avis, les plus curieuses de ces peintures sont celles qui représentent les principaux épisodes du pontificat de Sixte-Quint, à partir de sa prise de possession à Saint-Jean de Latran. Ces sujets historiques et anecdotiques sont aujourd'hui très-intéressants à étudier, parce qu'ils présentent les portraits authentiques des personnages célèbres de cette époque, et Tétat de la ville de Rome et de ses monuments dans les premières années du règne du pontife. Ils rappellent, pour la facture, les fresques de la galerie supérieure du portique de la cour de Saint- Damase, exécutées par ordre de Grégoire XIII, pour conserver le souvenir des principaux événements de son pontificat. Il est à regretter que Jules II etLéonX n'aient pas eu la même idée, car ils disposaient de peintres dont le génie n'a pas été égalé. C'eût été un très-intéressant spectacle, non-seulement au point de vue historique, mais pour l'étude de l'art, de voir Jules II montant à l'assaut du château de laMirandole, et Léon X à la chasse, peints de la main de Michel- Ange ou de Raphaël. Aujourd'hui, les peintures exécutées au Vatican par ordre de Grégoire XIII et de Sixte-Quint, sont comme des médailles du temps, et leur intérêt historique l'emporte de beaucoup sur leur valeur comme œuvres d'art.

A la bibliothèque qu'il avait fait construire, Sixte

annexa une imprimerie, qu'il plaça sous la direction .ilu cardinal Caraffa, et à laquelle il attacha les com- .positeurs et les protes les plus habiles de Rome. Aussi, ^ans la description de cette imprimerie, ]Muzio Panza, vivant alors, a pu dire avec vérité : « On a vu sortir de notre temps, de cet établissement, les œuvres morales de saint Grégoire, les épîtres de plusieurs pontifes romains, beaucoup d'extraits de Bède, d'Epiphane, de Gassien, de Gassiodore, de Gyprien, d'Augustin, de Gyrille, de Basile, de Damascène, de Jérôme, les œuvres de saint Bonaventure et autres : et c'est une chose remarquable que ces ouvrages, qui étaient autrefois imprimés en très-petits formats et avec des caractères extrêmement fins, se voient aujourd'hui dans le plus grand format, et réimprimés d'une manière tellement magnifique, que sa beauté seul esuffirait pour exciter à les lire et à les relire. On trouve déjà un grand nombre de ces volumes qui circulent dans Rome, ce qui prouve que cette publication doit contribuer, dans toutes les parties du monde, à la propagation de la foi catholique, principal but que Sixte s'était proposé d'atteindre, lorsqu'il créa cette imprimerie, ainsi que l'atteste l'inscription suivante qu'il fit placer au-dessus de la porte d'entrée :

Typographia Vatican a Divine concilio a Sixto V. Pont. Max.

Instituta Ad Sanctor. Patrum opéra restituenda Catholicamque religionem Toto terrarum orbe propagandam.

Il est à remarquer que tous les ouvrages cités par Muzio Panza, n'ont pas été publiés sous le pontificat

de Sixte, et qu'il en est d'autres, dont il ne parle pas, qui occupèrent d'une manière toute spéciale les soins^ de ce pontife. Tels furent les derniers volumes desœuvres de saint Ambroise, dont il avait commencé la publication pendant son cardinalat, ainsi que nous l'avons rapporté *, les œuvres de saint Bonaventure» le grand Bullaire romain de Cherubini, la versfon des Septante et la Vulgale. Dans la troisième année de son pontificat, il fit publier le premier volume in-folio de ses propres bulles, et dans la cinquième année, le second volume, qui contient une grande quantité de brefs écrits par lui-môme.

L'impression de la bible Vulgate ne le satisfîtpoint: ayant relevé dans le texte un grand nombre d'incorrections et de fautes, qui pouvaient donner matière à des interprétations contre la foi catholique, il en manifesta son mécontentement au cardinal Caraffa, ainsi que le raconte le cardinal di Santa-Severina ^ : et comme il n'y avait encore que cinquante exemplaires de tirés, il ordonna qu'ils fussent détruits et défendit la continuation du tirage. L'édition parut en 4590, mais elle ne fut pas mieux accueillie par le pontife, qui la trouva encore fautive et incorrecte dans un grand nombre de passages. On a voulu rendre Sixte personnellement responsable de ces erreurs, parce qu'il se serait réservé de corriger lui-môme les épreuves de cette Bible. Mais cette accusation paraît dénuée de tout fondement. En effet, la préface, composée par le prélat Angiolo Rocca, prouve que, dès le pontificat de Pie V, plusieurs cardinaux, assistés de théologiens, avaient été

Page 1