‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 13 sur 174 · Tempesti, ut supra, p. 75, n · texte numérisé non relu

Tempesti, ut supra, p. 75, n

3. In eligendis, d'oetobre tô63, Guerra, t. I, p. 378, t^*' col.

Le môme jour, lundi de Pâques, dans la soirée, le bruit se répandit dans Rome que le cardinal Farnèse était élu pape : et, comme tout le peuple le désirait, cette nouvelle excita une grande rumeur, bientôt suivie de signes non équivoques de satisfaction. Dans Fexplosion de sa joie désordonnée, la populace courut au palais Farnèse, avec l'intention, suivant l'ancien usage, de le mettre à sac et de s'approprier tous les meubles et objets appartenant au cardinal, qu'elle supposait être devenu son souverain. Cet usage remontait à plusieur;^ siècles, et il avait donné lieu aux plus grands tumultes. Il avait été formellement interdit, sous les peines les plus sévères, par Honorius III et Boniface VIII, et, plus récemment, par Léon X, dans sa bulle Temerariam quorumdam, etc., promulguée en d516 ^. Mais ces défenses ne servaient qu'à irriter le peuple et à Texciter au pillage du palais du cardinal élu. Aussi, à l'annonce de ce mouvement, les cardinaux se hâtèrent d'ordonner les mesures les plus énergiques pour empêcher la dévastation de la magnifique habitation de leur collègue : on y envoya une forte garde, et la populace, refroidie d'ailleurs en apprenant que Farnèse n'était pas pape, renonça au projet d'entreprendre le siège de son palais.

Cet événement n'était pas fait pour augmenter les chances du neveu de Paul III. La majorité du Sacré- Collége redoutait la puissance de cette famille, que l'illustre général de Philippe II, dans les Pays-Bas, faisait briller d'une gloire nouvelle. La popularité

1. Ibid., p. 380, 2edol. — Voyez, dans cet ouvrage, Tanalyse de toutes les bulles sur le Conclave, 1. 1, de la p. 37 4, %^ col., à 385 incl.

:\(i VIE DE SIXTE-QUINT.

dont le cardinal Alexandre jouissait à Rome parmi le peuple, aurait rendu très-difficile l'opposition à son gouvernement, et, par conséquent, neutralisé toute indépendance de la part de ses adversaires. Les plus ardents et les plus implacables dans le conclave étaient Riario, Alessandrino et Medici. Ils travaillèrent si bien les esprits de leurs collègues, qu'Alexandre Farnèse fut repoussé, comme Tavait été Sirleto.

Le cardinal di San-Sisto proposa ensuite Castagna, Romain, fort recommandable par ses vertus, et qu'il espérait gouverner. Mais Castagna fut écarté ^ comme trop soumis à TEspagne et à San-Sisto.

Il fut question un instant de Savello, Romain, grand inquisiteur. Mais Golonna, Cesi et les autres Romains le firent repousser. Dans l'exercice de son terrible ministère, Savello avait effrayé par sa hauteur et sa sévérité implacable les petits comme les grands, et jusqu'à ses collègues. Aussi|, avait-il dans le Conclave de nombreux ennemis qui redoutaient son élection. Ils réussirent facilement à l'exclure, en persuadant, même à ses adhérents, que s'il s'était comporté avec tant d'orgueil et de rigueur n'étant [que cardinal , il ne manquerait pas de se montrer encore plus terrible lorsqu'il serait pape.

Alexandre Farnèse, écarté par Medici, essaya de prendre sa revanche, en patronnant d'abord Santorio di Santa-Severina, qui fut presque aussitôt rejeté comme étant trop jeune. Dans ses Mémoires, Santorio attribue son échec à ce qu'il n'aurait pas voulu consentir à promettre à son collègue Altemps le gou-

1. Il fat élu plus tard, après la mori de SUte-Quint, en 1590, et prit le nom d'Urbain Vil.

vernement du quartier du Borgo, où se trouvent Saint- Pierre et le Vatican ^ .

Santorio repoussé , Farnèse produisit la candidature de Torrès, Espagnol, absent du Conclave, mais qui était en route, se hâtant d'y arriver. Farnèse savait que ce choix serait agréable à Philippe II, et, en outre, il se croyait sûr de gouverner sous le nom de son protégé. — « Cette candidature, dit Fun des historiensdu Conclave, faisait monter la sueur aufront du cardinal de Medici^ » Il savait que les chefs qui portaient Torrès se proposaient de le proclamer pape à son entrée dans le Conclave, occasion favorable pour une élection par acclamation, puisque, lorsqu'un nouvel arrivant se présente, tous les cardinaux sont dans l'usage de se rassembler à la porte d'entrée pour le complimenter. C'est alors qu'afin de parer ce coup, Medici, Alessandrino, Rusticucci et d'Esté se réunirent et songèrent au cardinal di Montalto, dont il n'avait pas été question jusqu'à ce moment.

Chacun d'eux était mû par un motif différent pour produire et faire triompher cette candidature. Alessandrino, déterminé par le pressentiment que Montalto devait réussir, espérait, en le servant, acquérir sa faveur. Medici, beau-frère de Gio-Paolo Orsini, l'assassin du neveu de Montalto, ne pouvait pas désirer beaucoup ce dernier ; mais il craignait encore plus Farnèse. Rusticucci se flattait, en appuyant Montalto, de s'assurer pour lui-môme le gouvernement de Rome et de TEglise, le nouveau pape n'ayant que des petits-neveux encore trop jeunes pour prendre part

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