‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 130 sur 174 · Nibby, Roma, etc., parte modertta, t. I, p · texte numérisé non relu

Nibby, Roma, etc., parte modertta, t. I, p

tures à fresque, pcpréseatàat divers sujets tirés de FAncien Testameat^. Le corps de Tédiftce se compose de cinq arcades à chaque étage, séparées par des pilastres, avec une frise oraée entre les deui étages, et au-dessus, un entablement décoré de balustres, su?f lesquels sont placées aiî Boilieu la statue dm Sauvetrr tenan t la croix, et de chaque côté,, celles des douae apôtres. Cette loge fut complètement terminée en 4588, ainsi que l'atteste l'inscription suivante, placée sur l'entablement, au-dessoius de Tattique, à droite et à gaucl)^ d'un écusson aux armes de Sixte :

Sixtus P.P. V. ad benedîciiones Extruxit MDLXXXVIir. Pont, anno im.

4° Comtructvdn da palais' ek Lafran.

En même temps que Fontana commençait les travaux de la loge des Bénédictions, il recevait du pape l'ordre d'étudier un plan poui* la reconslruction de l'ancien palais ou patriarcat de Latran, abandonné comme \xne ruine depuis plusieurs siècles. Ce palais avait été donné dans l'origine par Constantin à saint Sylvestre, et les successeurs de ce pontife l'habitèrent longtemps. Il fut brûlé vers la fin du onzième siècle par les Normands de Robert Guiscard, réparé après leur départ et habité de nouveau, jusqu'à l'époque où les papes se décidèrent à fixer leur demeure au Vatican,, où ils se trouvaient plus en sûreté. Le patriarcat était presque inhabitable lorsque Clément Y alla fixer, en Î309, le siège de J'Église à Avignon. Il tombait en ruines au retour des papes à Rome en 1378; et depuis, il avait

t. Fontana en donne la descrîplîon, sans nommer les artistes qtii les ont exécutées, voy. son ouvrage, p. 57.

été complètement abandonné. Sixte, étant cardinal, avait vu avec un sentiment religieux d'amertume les restes délaissés de l'ancienne demeure de saint Svlvestre; devenu pape, sa piété ardente lui fit entreprendre de les relever.

Selon le témoignage de Domenico Fontana, ce palais est le plus grand qui ait été élevé tout d'une pièce, depuis les fondations, par le même pontife. Il renferme un très-grand nombre d'appartements, tant à Tusage du pape et de son entourage, que pour servir au Consistoire et autres assemblées qu'il deviendrait nécessaire d'y réunir. Un grand nombre d'escaliers, dont un très-vaste pour le pape et sa cour, établissent des communications commodes entre toutes les parties de l'édifice. Deux portes le mettent en communication directe avec la basilique de Saint-Jean de Latran , tandis que trois autres sont percées au milieu de chaque façade extérieure. De ces trois façades, deux seulement furent élevées par Fontana, pendant le pontificat de Sixte : ce sont celles au couchant et au nord. La troisième, qui regarde l'orient et fait suite au grand portique de la basilique, a été exécutée par l'architecte Alexandre Galilei, sous Innocent XII, Corsini, plus d'un siècle après la mort de Sixte.

La cour de ce palais est, après celle du Vatican, la plus grande de Rome. Au premier étage elle est entourée de loges ou portiques, soutenues par des pilastres, présentant sept arcades de chaque côté ; au second, les loges ne régnent que de trois côtés, le quatrième étant occupé par des appartements doubles, en profondeur. Les loges existent tout autour au troisième étage ; mais les arcades y sont remplacées par

de grandes fenêtres. I/archi lecture présente trois ordres : le dorique, rioniquQ et le composite, avec différents ornements. Les murs des escaliers sont décorés d'arabesques, et ceux des appartements, ainsi que les plafonds, sont peints à fresque et ornés de stucs dorés. Les peintures représentent les portraits des principaux papes, des sujets tirés de TÉcriture sainte, et surtout des entreprises exécutées par Sixte- Quint. Ces dernières fresques sont accompagnées de distiques latins qui en expliquent la signification.

Nous allons en donner une description succincte, empruntée à celle que Domenico Fontana a laissée dans son ouvrage.

Dans la grande salle, au premier étage, sont les portraits de seize papes, dont le premier est saint Pierre et le dernier saint Sylvestre , avec des inscriptions rappelant ce que chacun d'eux a fait de plus remarquable.

Au-dessus de la porte, dans l'intérieur de la salle, on lit les vers suivants :

Nutantes humeris Lateranas sustinet œdes Franciscus fidei lîrma columna sacrae.

Francisco Sixtus teneris addictus ab annis Restituit lapsas amplificatq. magis.

An minor est virtus quam sustentare labantes Rursus collapsas aedificare domos?

« François, ferme colonne de notre sainte foi, soutient sur ses épaules le palais de Latran qui chancelle : Sixte, voué à François dès ses plus jeunes années, le relève de ses ruines et l'agrandit. La gloire de reconstruire des édifices écroulés est-elle moindre que celle de les empêcher de tomber? »

A l'extrémité de la même salle, du côté droit en en-

426 VIE DE SiXTE-QUINT.

tranty une fresque représenle Jésw?-^hriâè aree saint Pierre- On voit au-dessous en perspective le tovtmencement de YAqua Felice^ avec eea vers :

Sicca velul Nilo stagnante ^gyplus* inundat

Dum sol siderei rfgna Leonis habet :

Sic quoq. magnanime terras mtKierante Leone

Aridas felîci Rom a redundut aqua.

« De même que l'Egypte desséchée est mondée par le débordement du Nil, alors que le soleil est entré dans le signe du lion céleste; de même sous un souverain qui gouverne la terre comme un lion magnanime, Rome voit arroser son sol aride et jouit en abondance de Teau Félice, »

Au-dessus d'une fenêtre de la même salle, une fresque représente le port de Terracine, et les marais Pontins, dont Sixte avait entrepris le dessèchement. On y lit :

Cyntlîius ut Sixtum vidit siccare paludes,

Pallenli taies misit ab ore sonos :

Sol suus est terris, quid ego mca lumîna fundam ?

Non mihi me licuit qiiod tibi. Sixte, licet.

« Apollon voyant Sixte dessécher les marais Pontins, laissa échapper ces paroles d'un air troublé : la terre a son soleil ; pourquoi y répandre maintenant mes rayons, puisqu'il ne m'a pas été permis d'opérer ce que toi, Sixte, tu peux faire. »

Au-dessus d'une autre fenêtre, on voit le coffrefort renfermant le trésor déposé par Sixte au château Saint-Ange, avec ces vers :

Aurum lege sua Plato quondam ejecit ab urbô; Lege sua Sixtus condit in arce pater.

VIE DB SrX'TE-QCriNT. 427-

ScHket aurum essé exddflum Pkto c^nsuiturbis : Urbis praesidium Sixtus id esse probat.

« Autrefois Walon, par sa constitution, bannit l'or de la ville d'Athènes : Sixte, par sa constitution, conserve For au château Saint-Ange. Platon avait pensé que Tor serait cause de la perte d'Athènes ; Sixte prouve que l'or est le soutien de Rome, yy

L'inlérreur de la bibliothèque du Vatican est figuré au-dessus de la fenêtre vivante, avec ces distiques :

Non sat erat Sixto classem nummosq, parare ;

Èxtructa est etiam bibliotheca sibi :

Scilicet ut pacis bellorum et tempera curef ,

Atq. utruùïq. obeat Martis et artis opuâ.

« Il Me suftsait pas à Sixte d'équipier une flotte et de réunir un trésor; il a votïlu en outre élever une bibliothèque : car ses soins s'étendent aux occupations de la paix comme aux préparatifs de la guerre, et il va au-devant de Mars, en même temps qu'il cultive les arts de Minerve. »

Au-dessus d'une autre fenêtre est représentée la ligue des princes chrétiens contre les Turcs, formée à la sollicitation du pontife; on y lit :

Disjunctas Sixtus dum jungit fœdere gentes.

Et dictis mulcet peetora dura piis, Jussa Dei aut perfert, animas aut evocat Orco.

Mercurius verus dicier anne potest?

« Tandis qu'il réunit dans une seule alliance les nations jusque-là divisées, et qu'il amollit les cœurs les ' plus durs par de pieuses paroles. Sixte exécute les ordres de Dieu et retire les âmes des ténèbres. En

agissant ainsi, ne peut-il pas être appelé le véritable Mercure? »

Le port de Civitta-Vecchia et Teau conduite dans, cette ville se voient au-dessus de la fenêtre suivante^ avec ces vers :

Undae sunt liquidae, solidum sed marmor habetur;

Marmor vi trahitur, sponte sed unda fluit. Quid mirum est igitur ducat si fornice rivos,

Quando etiam Sixtus marmora vasta trahit?

« L^eau est liquide et le marbre passe pour dur : on exploite le marbre avec de grands efforts, tandis que l'eau coule d'elle-même. Comment pourrait-on donc s'étonner en voyant Sixte amener des rivières dans des conduits, lui qui remue d'énormes blocs de marbre? »

On voit ensuite le palais du Quirinal commencé par Sixte, la rue ouverte par lui à côté, ainsi que les chevaux antiques restaurés et transportés à Monte- Cavallo, avec ces vers :

Structa domus, ducti fontes, via aperta, caballi Transpositi, atque uno est area strata loco;

0 felix nimium via, equi, domus, area, fontes, Dum vivent vatis carmina. Sixte, tui.

« Un palais construit, des sources amenées, une voie ouverte, des chevaux transportés, une place nivelée dans le même lieu. Heureux les chevaux, la rue, le palais, la place, les sources, tant que vivront. Sixte, les vers de ton poëte! »

La ville de Montalto est peinte dans la même salle, au-dessus d'une autre fenêtre, et on y lit :

Cum te. Sixte, olim sub luminis edidit oras Patria, dicta fuit tune tua vera parens.

Sed modo dum firmîs circumdas mœnibus illam Quis patrîaB verum te negat esse patrem?

c< La patrie qui te donna le jour autrefois fut considérée alors comme ta véritable mère; mais aujourd'hui qu'on te voit Tentourer de fortes murailles, qui oserait nier que tu ne sois le vrai père de ta patrie? »

Sur une autre fenêtre, une peinture allégorique d'un lion, mettant en fuite une troupe de loups, fait allusion à la destruction des bandits et à la répression de la licence des mœurs :|

Dum sibi commissum Sixtus tutatur ovile^

Praedones mira perculit arte lupos ; Paxq. pudorq. vigent una : nam tempore eodem

Perculit illa lupos, perculit ille lupas.

« Tandis que Sixte garde le troupeau commis à ses soins, il frappe avec un art merveilleux les brigands semblables à des loups dévorants. La paix et l'innocence fleurissent à la fois; car en même temps qu'il frappe les loups, il frappe également les louves. »

Un poirier couvert de fruits que secoue et fait tomber un lion, est l'emblème deTabondance rétablie par Sixte, comme ces vers l'indiquent :

Vesana Hebreai compressit murmura gentis Suppeditans plena dux alimenta manu :

Sic querelae plebis Sixtus frumenta ministrans, Compressit Môses murmura prisca novus.

« Le chef des Hébreux apaisa les plaintes furieuses de son peuple, en lui fournissant la nourriture à pleines mains. De même Sixte, nouveau Moïse, en fournissant du blé à son peuple, apaisa ses anciennes plaintes. »

Au-dessus de la dernière fenêtre, est peinte la Santa Casa de Lorette, avec la ville nouvelle que Sixte y fit construire, on y lit :

Fœtam urbem populis Piceno in Httore Sixtus Mœnibus incinxit^ pontifîcemq. dédit.

Sic teneros septis includit villicus agnos, Custodemq. illis donat habere suum.

« Sixte entoure de murailles une ville populeuse, située sur le rivage Picentin, et il lui donne un pontife : ainsi le berger enferme dans une enceinte ses tendres agneaux, et il leur donne un gardien. »

La salle contiguë est décorée de vastes frises sur lesquelles ont été peints quatorze anciens empereurs romains, depuis Constantin jusqu'à Heraclius, en souvenir des choses notables qu'ils ont faites pour rÊglise, ainsi, que l'apprennent les inscriptions placées audessous de chaque portrait. En outre , on voit dans cette salle deux fresques, sur Tune desquelles est représentée l'Eglise, sous la figure d'une femme, tenant dans sa main le globe terrestre, dans l'autre un temple : elle est entourée des empereurs qui l'adorent en se soumettant à ses décrets, ainsi que l'atteste l'inscription :

Impp. Christiani submissis fascibus Sacrosanctam Romanam Ecclesiam supplices venerantur et colunt.

L'autre fresque en face représente Sixte-Quint au milieu de plusieurs cardinaux, bénissant les médailles marquées du signe de la croix, trouvées en creusant les fondations du palais de Latran.

Les autres chambres, après la salle des Empereurs,

VIE DB SIXTE-QUINT. 43i

renferment toutes des peintures à fresque tirées soit de l'Ancien et du Nouveau Testament, soit de l'histoire des premiers siècles de TÉglise.

(( En somme, conclut Fontana , satisfait de son œuvre, après en avoir donné une description abrégée, ledit palais ne laisse rien à désirer sous le rapport de la beauté, de la magnificence, soit au dedans, soit audehors^ » Et pour mieux prouver cette assertion, ii adonné un dessin gravé de la façade extérieure tournée au levant, et cinq gravures des portes et des fenêtres de cet édifice.

La postérité néanmoins n'a pas ratifié l'éloge sans réserve que l'architecte de Sixte s'est décerné à luimême. La masse du palais de Latran est réellement très-imposante : mais, à Textérieur principalement, elle manque de beauté pittoresque. La grande cour carrée intérieure est plus remarquable , bien qu'elle ne puisse pas être comparée à celles de San Damaso, du palais Farnèse et de la chancellerie. Quoi qu'il en soit, le monument érigé par Fontana produit un grand effet sur la place de Saint-Jean de Latran, et sa solidité, mise en doute par les envieux de l'artiste favori de Sixte, a résisté victorieusement à plus de deux siècles et demi de durée. Cette immense fabrique, sortie de terre en moins de quatre années, atteste la toute -puissance du chef de l'Église, obéi sans hésitation et même avec bonheur par son architecte : elle ne témoigne pas moins des grandes vues du pontife, de son goût pour le faste et la magnificence, de son penchant à se laisser flatter, comme notre Louis XIV,

i . In somma, il deiio palazzo iton a com da desiderarsi circa fa bellezza e magnificenza di dentro e dijuori^ fol. C4.

par des peintures, des allégories, des inscripiions et des vers composés uniquement à sa louange, avec une exagération et un style que la religion, Thistoire et le bon goût doivent s'accorder à blâmer. Mais au point de vue du pittoresque, ainsi que du souvenir de son pontificat, ces diverses compositions sont très-intéressantes, car elles font connaître à fond le caractère du pontife, ses sentiments d'orgueil et de vanité, en même temps qu'elles sont comme des médailles de l'état de l'art à Rome; vers la fin du seizième siècle. Paris Nogari, Baldassare Croce, Ventura Salimbeni, Gio. Baltista Ricci da Novara,'Andrea d'Âncona, furent les principaux peintres employés à jeter ces fresques sur les murs des salles, des loges et des escaliers. A défaut de génie, et même d'un talent supérieur, ils ont donné, dans l'exécution de ces nombreuses compositions, des preuves d'une prestesse, d'une habileté de main peu commune, sans néanmoins pouvoir s'élever au-dessus du médiocre.

Fontana n'indique pas le chififre de la dépense de cette immense construction : commencée dans les derniers mois de 1585, elle était totalement achevée, en dedans comme en dehors, vers la fin de 1588. Autant qu'il est permis d'en juger par sa solidité, sa grandeur et son ornementation intérieure, elle a dû coûter des sommes énormes. Après son achèvement, Sixte vint de temps en temps l'habiter. A sa mort, ce palais resta de nouveau abandonné, comme l'avait été l'ancien patriarcat de Latran. On ne doit pas s'en étonner :il est situé à Textrémité de Rome, dans un lieu presque entièrement désert, que la mal aria rend inhabitable pendant une grande partie de l'année. De plus, les appartements donnent sur la place, sans être précé-

dés d'aucun jardin, ni clôture , inconvénient grave , surtout pour un souverain.

Vers la fin du dix-septième siècle, Innocent XII, Gorsini, voulant utiliser cet édifice, y établit un hospice et un conservatoire de jeunes filles. En 1766, Tastronome de Lalande \ le visita : il le trouva mal tenu et fournissant une nourriture insuffisante à ses pensionnaires. Plus tard, ces jeunes filles furent transférées à rtiospice Saint-Micliel, et le patriarcat demeura de nouveau délaissé. Touché de cet abandon, Grégoire XYI en ordonna la restauration. Elle a été faite avec beaucoup d'intelligence, et tout ce qui a pu être conservé des peintures et des décorations du temps de Sixte a été préservé d'une ruine certaine. On a transporté à cette époque, dans une des salles du rezde-chaussée, la célèbre mosaïque trouvée dans les thermes de Caracalla, qui représente des gladiateurs de toutes sortes, prêts à combattre dans le cirque. Dans une autre partie durez-de-chaussée, on a créé un nouveau musée de sculpture antique, où l'on admire déjà plusieurs chefs-d'œuvre de la statuaire grecque et romaine. Enfin, dans ces dernières années. Pie IX a fait établir dans une des ailes du premier étage, un musée chrétien, composé entièrement de peintures, de sculptures et d'autres objets antiques, tirés des catacombes de Rome. Cette collection est du plus haut intérêt, au double point de vue de l'histoire, de la religion et de l'art chrétien, dans les siècles de la primitive Église.

Il est permis d'espérer que, grâce à cette destination, le palais élevé par Sixte-Quint et Fontana sera désormais préservé de toute nouvelle dégradation.

Page 1