‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 132 sur 174 · P. 185, éd. de Naples · texte numérisé non relu

P. 185, éd. de Naples

l>ncienne mosaïque à fond d'or qui décorait dans le patriarcat de Latran le Triclinium de Léon III, n'était point adossée auxmurailles A^X^l Scala Santa^ elle n'y fut placée que sous Urbain VIII.

6° Nivellement de la place de Saint- Jean de Latran,

« Cette place, dit Fontana dans son livre, a été embellie par notre seigneur (Sixte), non-seulement au moyen des susdites constructions, mais parce qu'il fit jeter à terre les restes d'édifices antiques, entièrement tombés en ruines, et enlever une très-grande masse de terre. Aussi, tandis qu'auparavant elle était inégale, basse dans certains endroits, haute dans d'autres, au point de dominer le pavé de l'église, maintenant elle est entièrement unie, et l'on monte à la basilique par cinq degrés. En outre, il y a fait aboutir plusieurs rues principales, si bien, qu'après cette merveilleuse transformation, cette place, ol)scure et affreuse auparavant, est devenue maintenant un des lieux les plus beaux et les mieux décorés qu'il y ait dans la ville de Rome. »

Pour apprécier la justesse de cet éloge, il ne faut pas oublier qu'au moment où Fontana publiait son ouvrage (en 1390), les deux portiques grandioses que le Bernin a disposées circulairement au-devant de Saint-Pierre, comme pour annoncer le plus remarquable monument du monde chrétien, n'existaient pas encore ^ Par conséquent, la place Saint-Jean de Latran devait être, du temps de Sixte-Quint, la plus belle de Rome.

1, Hs n'ont élé achevés que sous Alexandre vil, Oliigi,vers t6G7.

7° Transport et érection de robélisque de Saint-Jean

de Latran.

En parlant de Tobélisqae du Vatican, nous avons dit que celui de Saint-Jean de Latran, le plus ancien, le plus grand et le mieux travaillé de tous ceux qui sont à Rome, y avait été transporté par ordre de l'empereur Constance, et dressé dans le Circo Massimo^ à côté d'un autre antérieurement érigé par Auguste. Ces deux obélisques gisaient à terre depuis un grand nombre de siècles, lorsque Sixte résolut de les faire redresser. Il avait eu d'abord l'idée de faire disposer le plus grand sur la place des Saints-Apôtres, en face l'église et le couvent de son ordre, dans lesquels il avait institué le collège de Saint-Bonaventure. Mais il y renonça, ayant trouvé cette place trop étroite, comparativement à la hauteur de cette aiguille ^ Il ordonna donc de l'élever devant la nouvelle loge des Bénédictions, qu'il venait de faire construire à Saint-Jean de Latran. Il destina l'autre à la place du Peuple.

Fontana rapporte ^ que le premier de ces obélisques ne fut découvert que le 15 février 1587, et que, dès le 20 du môme mois, il recevait commission du pape de le conduire sur la place de Latran. Cette opération fut difficile, à cause du sol mouvant et de l'eau qui sortait de terre continuellement de tous côtés; ce qui obligea Tarchitecte à employer constamment cinq cents hom- . mes, dont trois cents étaient jour et nuit occupés à épuiser Teau. En outre, cette grande pierre était enfoncée à vingt-quatre palmes de profondeur ; enfin,

t. Tempesli, t. Il, lib. IV, n»» xxxi à xxxvi, p. 66 à 63. 2. Fol. 70, vo.

lorsqu'elle fut entièrement déblayée, on s'aperçut qu'elle était cassée en trois morceaux. Le trajet à faire pour la conduire du Circo Massimo jusqu'à l'endroit où elle devait être dressée était de plus d'un mille et demi (environ 2,000 mètres) et très-difficile, tant parce qu'il fallait avancer toujours en montant, que parce qu'on ne pouvait éviter de tourner dans des rues étroites.

Les moyens employés par Fontana pour le transport et l'érection de cet obélisque furent les mêmes que ceux dont il s'était servi pour manœuvrer celui du Vatican. Il y eut toutefois cette différence, que l'échafaudage dut être plus élevé, et disposé de manière à pouvoir y introduire séparément et successivement les trois morceaux brisés de l'aiguille, afin de les poser, ajuster et consolider l'un sur l'autre. Le rejointoiement de ces trois morceaux, sans laisser apercevoir aucunes traces des fractures, préoccupait beaucoup l'architecte; il y pensait souvent et ne trouvait pas de solution satisfaisante, car il savait bien qu'il ne devait pas songer à lier à l'extérieur les morceaux brisés les uns aux autres, a Réfléchissant à la manière dont je devais m'y prendre, dit-il, une nuit il me vint dans l'idée de faire, dans l'un des morceaux et dans l'autre, à l'endroit où on devait les réunir ensemble, une entaille en forme de croix, creusée aussi bien dans le morceau du bas que dans celui du haut, laquelle invention me servit à deux fins : la première, pour permettre d'enlever les cordages passés sous les bouts des morceaux; la seconde, pour ajuster et fixer ensemble un morceau avec l'autre, cette entaille devant être faite à queue d'aronde, c'est-à-dire large au fond et étroite à l'entrée. Les revêtements nécessaires pour

remplir les vides farenl façonnés dans la même forme et de la même pierre; ils pénétraient jasqa'au centre même de Taiguille sur ses quatre faces, et ayant été plombés avec soin, ils rattachaient et enchaînaient ensemble le dessus et le dessous avec une telle solidité, que si Ton avait voulu élever Taiguille en la tirant par la pointe, les trois morceaux se seraient dressés ensemble, comme si elle eût été d'une seule pièce. On croirait maintenant, ajoute-t-il, qu'elle n'a jamais été brisée. »

Fontana ne dit pas que, pour faire ces ligatures, boucher et revêtir les vides et les cassures, et trouver du granit semblable au fût, il acheva de détruire le piédestal antique, déjà brisé en plusieurs morceaux. Il y avait sur ce piédestal une longue inscription en vers latins hexamètres, en Thonneur de Tempereur Constance, par ordre duquel Tobélisque fut transporté à Rome. Cette inscription, rapportée par Fontana \ fut relevée par Angelo Rocca, qui la fit rétablir sur un piédestal semblable à l'ancien, lequel fut placé, par ordre de Sixte, dans la bibliothèque du Vatican'.

Le 45 août 1588, jour de la fête de saint Laurent, martyr, tout étant disposé, Tobélisque fut consacré avec les mêmes cérémonies que celui de Saint-Pierre, et la croix élevée à son sommet sur les quatre lions de bronze, les trois montagnes et l'étoile des armoiries de Sixte. Le pontife accorda la même indulgence que précédemment à ceux qui, en passant, viendraient s'agenouiller au pied de cette croix en faisant leur prière. Du niveau de la place jusqu'à l'extrémité de

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