CHAPITRE XX
Aqueduc de Teau Felice. — Fontaine de Moïse aux Thermes de Dioclétien.
Autres fontaines créées par Sixte.
Rome est la ville du monde qui possède, eu égard à sa population, la plus grande quantité d'eau potable, amenée de loin, au moyen de magnifiques ouvrages d'art. Bien qu'une partie considérable de ces monuments si utiles ait été détruite par les barbares, ce qui subsiste encore, grâce aux réparations opérées par les papes, suffît pour donner la plus haute idée de Tabondance extraordinaire des eaux qui alimentaient Tancienne capitale des Césars. Cette ville ne jouissait pas de cet avantage dans les premiers siècles de sa fondation. Jusqu'en Tannée 441, elle demeura privée d'eau de source, et ses habitants durent se contenter de celle du Tibre, presque toujours chaude, trouble, et même fangeuse. Mais, à cette époque, Appius Claudius, surnommé Cœcus^ le même qui construisit la via Appia, étant censeur avec Caius Plautius, fit construire le premier aqueduc pour amener Teau qui, de son nom, fut appelée Appia^ tandis que Plautius était surnommé Venox, pour indiquer qu'il avait découvert la veine ou source de cette eau. Depuis ce moment jusqu'au commencement de l'Empire, plusieurs autres sources furent captées et conduites à Rome, toujours
au moyen , soil de tuyaux soulerrains, soit d'aqueducs en pierres et en briques, portés sur des arcades, soutenues elles-mêmes par des piliers massifs du plas beau travail. C'esl surtout à partir du règne d'Auguste jusqu'à celui de Constantin, dans un espace d'environ trois siècles, que le volume des eaux destinées à la ville de Rome atteignit sa plus grande puissance. Pline, décrivant les merveilles de cette capitale, dans son Histoire naturelle ^^ considère comme des monuments véritablement inappréciables les constructions de Q. Marcius Rex. Chargé par le sénat. Tan 608, de réparer les conduits des eaux Appia^ Aniensis, et Tepula^ il y ajouta, avant que l'année de sa préture expirât, une nouvelle eau, qu'il fit venir par des canaux percés à travers des montagnes, et qui, de lui, reçut le nom de Marcia, Agrippa^, pendant son édilité, y joignit Teau vierge, réunit et répara les anciens canaux, construisit sept cents abreuvoirs [lacus% cent six fontaines à jet [salientes), cent trente réservoirs, la plupart magnifiques, ornés et embellis par trois cents statues d'airain ou de marbre, et quatre cents colonnes de marbre. Le tout fut achevé en une année. Lui-même, dans ses mémoires sur son édilité, dit avoir donné des jeux cinquante-neuf jours de suite, et ouvert cent soixante-dix bains gratuits. — Quelle fortune avait amassée l'ami d'Auguste, pour faire de tels dons au peuple de Rome?
1. Lib. XXXVl, n<> xxiv, t. 20, p. 192, éd. des classiques latins de Panckoucke, traduction de M. Ajasson de Grandsagne.