‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 141 sur 174 · Loc, cit,, fol · texte numérisé non relu

Loc, cit,, fol

2. CeUe de Trévi ne consistait alors que dans trois bouches jadllissantes, et la fontaine Pauline, sur le Janicule, n'existait pas ^eore.

grise, encadrant trois niches, el supportant , avec les pilastres placés aux deux angles , Tarchitrave sur la frise de laquelle on lit :

Gœpit Pont. an. I, absolvit III, MDLXXXVII

pour indiquer avec quelle rapidité cette entreprise fut menée. Sur Tarchitrave s'élève Tattique, terminé par une corniche portée par deux pilastres. Les armoiries de Sixte, soutenues par deux anges, sont au-dessus ; à chaque extrémité s'élèvent deux petites aiguilles, en forme d'obélisque, correspondant aux pilastres placés au-dessous et accompagnant ceux qui encadrent les armoiries. Au milieu de cet attique, trop lourd et d'une trop grande élévation, relativement à la partie inférieure de la fontaine, on lit :

Sixtus Y. Pont. Max. Picenus

Aquam ex agro Golumnae

Via Prœnest. sinistrorsum

Multar. collectione venarum

Ductu sinuoso a receptaculo

Mill. XX a capite XXII adduxit

Felicemq. de nomine ante Pont, dixit.

Entre les quatre colonnes de marbre ci-dessus décrites , s'ouvrent trois niches en forme d'arcades , avec des pilastres. Les deux latérales sont ornées chacune d'un bas-relief en marbre, représentant, celui à droite du spectateur, Gédéon faisant l'épreuve de la manière de boire de ses soldats ; celui de gauche, Aaron guidant le peuple vers les eaux désirées. La niche du milieu renferme la statue de Moïse, tenant dans sa main droite le bâton avec lequel il montre ler> eaux qui jaillissent du rocher, et portant dans sa main

gauche les tables de la Loi, tandis que de son front sortent des rayons de lumière. Les théologiens et les savants* ont fait observer, à Toccasion de ces rayons et des tables de la Loi, que c'est mal à propos que Prospero Bresciano, Tauteur de la statue, a donné ces attributs à Moïse, puisqu'à l'époque où il fit jaillir Feau du rocher, il ne les avait pas encore reçues de Dieu. Cette critique est fondée au point de vue chronologique : mais elle n'a pas arrêté Sixte, car Moïse n'est pas représenté ici au moment du miracle des eaux, mais pour rappeler les principaux événements de son histoire, et les attributs qui le font ordinairement reconnaître. Quoi qu'il en soit, on a fait au sculpteur un autre reproche plus juste, et qui, malheureusement, causa sa mort. Le Baglione, dans sa vie de Prospero Bresciano S rapporte que cet artiste « travailla à une statue plus grande que nature, d'un Moïse qui fut placé dans la niche du milieu de la fontaine de l'Eau Félice, aux Thermes : mais dans cet ouvrage, ajoute-t-il, Prospero ne donna pas de lui une haute opinion , d'autant qu'on en attendait de grandes choses. La cause de sa faute fut, qu'il s'obstina à vouloir travailler à cette statuç couchée par terre, ce qui l'empêchait de s'apercevoir de ses défauts et de ses manques de proportion. Bien qu'il en eût été averti par des amis, il n'ajouta pas foi à leurs observations. C'est ainsi qu'il demeura trompé par son propre entêtement, étonnant tous les professeurs de dessin, qui, ne pouvaient comprendre comment un homme si habile dans son art, avait pu commettre une si grande erreur, sur-

1. Voy. Nibby, Roma, etc,^ parte moderna^ t. II, p. 18. ?. Ëdition di Napoli, t773, in-4o, p. 40-41. Ce passage est également cité par Nibby, ut supra ^ i, II, p. 19.

tout dans la sculpture, art qui a ses mesures, lesquelles ne peuvent pas tromper, à moins que Tartîste ne yeuille pas tenir compte du conseil d*autrui. Cette statue fit perdre à Prospero toutrhonneur qu'il avait acquis depuis longtemps par de nombreux ouvrages exécutés avec talent. Il essaya néanmoins de prouver à tous, avec une grande obstination, que cette statue était proportionnée et belle; mais flnalement, s'apercevant que chacun en disait du mal, il tomba dans un chagrin si profond , quMl fut atteint d'une humeur noire qui l'abattit, et, en peu de temps, le conduisit au tombeau. Il mourut dans la demeure d'un célèbre amateur, le seigneur Fui vio Orsino, grand ami des artistes.»

(( Chacun, ajoute le Baglione, en terminant la biographie de Prospero, devrait prendre exemple sur cet homme, et ne passe fier à son propre jugement, lorsque, de l'avis des autres connaisseurs, il ne doit pas élre suivi : car bien souvent nous restons trompés par noire passion, ou par notre intérêt, qui nous fait perdre, en un moment, toute la gloire précédemment acquise à l'aide d'un travail opiniâtre pendant un long espace de temps. »

Le reproche que les contemporains adressaient à Prospero Bresciano est fondé : la statue de Moïse est trop courte, elle manque de proportions. Néanmoins, l'expression du chef des Hébreux, même après celle de la statue de Michel-Ange , est énergique et pleine de majesté. Elle dut plaire à Sixte, qui aimait la force, et il l'accepta en outre avec satisfaction, comme une allusion à la réussite de cette entreprise, et des principaux actes de son gouvernement.

Le bas-relief à gauche du spectateur est de Gio. Battista délia Porta, qui a également exécuté un des deux

anges qui soutiennent, dans le haut de Tattique, Técusson aux armes du pontife. On lui a fait le reproche d'avoir représenté Aaron en habit de grand prêtre, alors que cette dignité tf était pas encore établie au moment où Moïse fit sortir Teau du rocher. Mais cet anachronisme ne nuit pas à la beauté de sa composition.

L'autre bas-relief fut exécuté par Flaminio Vacca. En. résumé, l'ensemble de cette fontaine, quoique lourd, présente un aspect noble et imposant, et l'on doit louer l'architecte qui en a tracé le plan et choisi les sujets exécutés par les sculpteurs.

Au-dessous de la statue de Moïse et des deux basreliefs latéraux, l'eau se précipite par trois grosses bouches et va tomber dans trois vasques , entre lesquelles on voit quatre lions lançant l'eau par la gueule dans trois autres bassins placés devant. Ces lions ne sont plus les mêmes que cqux qui avaient été mis là, par ordre de Sixte. Grégoire XIV a fait transporter ces derniers au nausée égyptien du Vatican et les a fait remplacer par d'autres modernes en marbre blanc.

Les anciens lions méritaient bien d'être conservés avec soin dans un lieu couvert, car ils sont très-précieux sous tous les rapports : deux d'entre eux sont en porphyre gris antique , pierre très-dure, ainsi que le fait remarquer Fontana, et qui ressemble au granit oriental. Ces lions avaient été trouvés près du Panthéon, et l'on croit qu'ils faisaient partie du tombeau de M. Agrippa. Les deux autres sont de marbre statuaire, et ils étaient placés de chaque côté de la porte de Saint-Jean de Latran, lorsque Sixte ordonna de les enlever pour décorer sa fontaine '.

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