‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 145 sur 174 · Lib. LXIX, cap. i · texte numérisé non relu

Lib. LXIX, cap. i

que le temps à cette destruction. Dion apprend ' que cette colonne fut érigée non-seulement pour servir de tombeau à Trajan, mais aussi comme témoignage du travail immense que ce prince dut mener à fin pour rjétablissement de son Forum, Cette assertion est confirmée par l'inscription primitive, qui existe encore sur le piédestal. On y voit que ce monument colossal a été élevé et dédié à Trajan par le sénat et le peuple romain, pour indiquer la hauteur de la montagne qu'il avait fait déblayer; -^ en voici le texte:

Senatu$ popuZusgtie romanus

Imp. Cœsari. Divi. Nervœ. F. Nervœ,

Trajano. Aug, Germ, Dacico, Pontif.

Mcucimo. Trib. pot. XVII, imp, VI

Cos, VI PP. ad declarandum

Quaniœ altitvdinis mons et

Locus tantis operibus sit

Egestus.

Cette inscription prouve que le mont Quirinal, qui s'étendait de ce côté vers le mont Capitolin, s'élevait à une hauteur de cent vingt-huit pieds romains, exactement égale à celle de la colonne, et que Trajan fut obligé de faire déblayer cette énorme masse de terre pour niveler son Forum.

La colonne Trajane est d'ordre dorique et du genre de celles que les Romains nommaient cochlis^ c'est-àdire creuse avec un escalier en limaçon. On atteint son sommet au moyen de cent quatre-vingt-cinq degrés, éclairés par quarante-cinq petites ouvertures. Elle est

] . Lib. LXVIII, cap. x? i.

entièrement formée de trente-quatre énormes blocs de marbre blanc Lunense^ dont huit composent le grand piédestal, ou la base, vingt-trois le fût, un le chapiteau, et un autre la plate-forme sur laquelle était placée la statue de TEmpereur. Les bas-reliefs qui se déroulent à Textérieur, en suivant le fût de la colonne, et qui représentent les victoires de Trajan contre les Daces, n'ont été sculptés qu'après, sa construction. L'escalier entier est taillé dans ces blocs de marbre. Aucun autre monument antique ne présente une aussi grande perfection soit dans l'assemblage des blocs, soit dans Tart employé pour le fini des détails. Sa beauté fait d'autant plus regretter le Forum, la basilique, les temples et les autres édifices dont il était entouré : ils devaient former un ensemble admirable par sa disposition, et non moins remarquable dans les accessoires les plus minimes de l'ornementation. Cette époque de l'empire, qui commence avec Nenra et se termine à la mort de Marc-Aurèle (de Tan 96 à 184] a été , au point de vue politique , la meilleure, la plus longuement heureuse de l'ère des Césars : sous le rapport de l'art, elle n'a pas été moins remarquable. L'architecture, la statuaire et même la peinture, autant qu'il est permis de juger de cette dernière par des restes à moitié effacés, s'élevèrent à Rome, pendant cette heureuse période, à une grande perfection et y brillèrent presque à l'égal des plus beaux temps de la Grèce.

Le Forum et la colonne de Trajan échappèrent assez heureusement aux premières invasions des barbares. Le Gaulois Sidonius Appollinaris, qui fut préfet de Rome en 468, célèbre dans ses vers sa propre statue, qui brillait, à côté de beaucoup d'autres, dans le por-

tique de la basilique ulpienne ^. L'enlèvement des statues qui ornaient ce Forum ne fut pas l'œurre des barbares, mais bien celle d'un empereur romain dégénéré. Nibby rapporte *, d'après Paul Diacre et le bibliothécaire Ânastase, que lorsque Constant II ou Constantin III vint en 663 à Rome, où il ne resta que douze jours, il dépouilla cette ville de tous les ornements de bronze qui la décoraient depuis plusieurs siècles, afin d'en orner Constantinople, où il voulait les faire transporter. Mais arrivé à Syracuse avec ces objets précieux, il y fut assiégé par les Sarrasins, qui s'emparèrent, avec celte ville, de tous les bronzes qu'il avait enlevés de Rome.

Parmi ces bronzes, se trouvait la statue colossale de Trajan, que le sénat avait fait placer sur la colonne érigée en l'honneur de ce prince. Les déprédations opérées par l'indigne successeur du vainqueur des Daces, furent renouvelées au commencement du moyen âge par les Romains eux-mêmes : vers le dixième siècle, te Forum Trajanum, dépouillé depuis longtemps de tous ses ornements, n'était plus qu'un monceau de ruines, au milieu desquelles se dressait la colonne isolée, comme pour protester au nom de l'art et de la civilisation antique contre cette barbarie. Rome et rÉglise étaient alors plongées dans une anarchie profonde. Au milieu des troubles sans cesse renaissants de la guerre civile qui désolait Tancienne capitale du monde, le Forum et la colonne de Trajan devinrent la propriété d'un couvent de femmes situé dans le voisi-

1 • Nil vatum prodest adjectum laudibus illud

Ulpia quod rutilât porticus «re meo.

Carmin., tiii, t. 8.

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