‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 147 sur 174 · Traduction de M. Louis RaUsbonBe · texte numérisé non relu

Traduction de M. Louis RaUsbonBe

Chambre apostolique; on sait seulement que sous Martin V, en 1420, elle excitait déjà Tattention des savants italiens, précurseurs de la glorieuse renaissance des lettres et des arts. Elle demeura néanmoins abandonnée et enfouie, en partie, jusqu'au pontificat de Sixte-Quint. Vers 1570, Pie V avait fait ouvrir la rue qu'il nomma Alessandrina, de son titre de cardinal, et qui conduit de l'église de S. -Maria in Campo à celle de S.'Urbano; mais il n'avait entrepris aucune fouille, aucun déblai sur l'emplacement de l'ancien Forum Trajanum. Ce pape ne s'occupait guère des monuments antiques. Il était tout entier absorbé par son zèle à combatire l'hérésie. Sixte n'était pas moins dévoué aux intérêts de la religion catholique, mais il avait l'âme ouverte aux grandes entreprises et aux beautés de Tart, et il s'efforçait de faire tourner les monuments païens à la gloire du Saint-Siège et du christianisme, en les purifiant et en les consacrant par le signe de la Rédemption. Ce motif Tavait déterminé, on l'a vu, à relever les obélisques antiques; une raison analogue le porta à faire restaurer les colonnes Trajane et Antonine. Fontana, entièrement initié aux pensées de son maître, dit à ce sujet : — «Que comme la colonne Trajane était dédiée au plus grand et au meilleur des empereurs païens. Sixte voulut la consacrer au prince suprême des apôtres, vicaire de Jésus-Christ. De même l'Antonine, qui était dédiée à l'empereur Marc-Aurèle, grand écrivain et philosophe illustre, a été consacrée au premier philosophe de la religion chrétienne, c'està-dire à saint Paul, vase d'élection. »

C'est en 1588 que le premier de ces projets fut mis à exécution. On commença par déblayer le pied de la colonne Trajane et à isoler son piédestal, de manière

à ce qu*il ne fût plus exposé à se trouver enfoui de nouveau. Pour cette opération, on fut obligé d'acheter et de détruire plusieurs maisons. Ensuite, quelques parties de la colonne, qui paraissaient avoir souffert du feu, furent restaurées avec soin. Lorsque les réparations eurent été terminées, la statue en bronze doré de saint Pierre, haute de dix-neuf palmes, fondue par Sebastiano Torresani, sur le modèle de Tommaso délia Porta, fut dressée sur la plate-forme, à la place qu'occupait, quatorze siècles auparavant, celle de Tempereur romain \ Sur l'entablement du chapiteau, le pape fit graver :

Slxtus V, Pont. Max. B. Petro apostolo. Pont. IV.

Selon Fontana, la dépense occasionnée par l'acquisition des maisons démolies, la restauration de la colonne et la statue de saint Pierre s'éleva à i 4,528 écus romains (environ 80,000 francs).

Les réparations que cet architecte eut à exécuter à la colonne Antonine, avant d'y placer la statue de Saint-Paul, exigèrent beaucoup plus de temps, de

1 . La colonne Tnjane resta dans Tétat où Sixte Fayait mise jusqu'à l'époque où Rome devint la seconde Tille de l'Empire ft'ançais. Son piédestal était alors enfoncé dans une espèce de puits carré, entouré d'un mur qui avait cinquante pieds sur chaque face. Tout autour, au niveau actuel du sol, s'étendait une petite place, circonscrite par des maisons, des couvents et deux églises, des noms de Sainte-Marie de Lorette et de Sainte-Marie, qui existent encore. En 1813, l'administration française fit agrandir cette place et déblayer l'ancien sol du Forum au niveau qu'il avait du temps de Trajan, ainsi qu'on le Toit aujourd'liui. Ces travaux ont été les derniers dus à Tintelligente initiative de M. le comte de Toumon, alors préfet du département du Tibre. — Voyes-en la description dans ses Études statistiques sur ilome, etc., t. II, chap. x, p. 253, et la planche XXVIII de l'Allas.

soin et d'argent. Comme elle avait considérablement souffert du feu, probablement de l'incendie allumé par les Normands de Robert Guiscard, vers la fin du onzième siècle (en i084), son fût était ouvert et crevé dans beaucoup de parties, et, dans d'autres, il manquait de très-gros morceaux de marbre : — « Tellement, dit Fontana^, qu'elle effrayait ceux qui la regardaient. C'est pourquoi il devint nécessaire d'établir un échafaudage tout autour, jusqu'au faîte, afin de remplacer partout les marbres qui manquaient, et de sculpter dessus, avec un grand soin, les basreliefs : si bien, qu'avec beaucoup d'art et une grande dépense, elle a été rétablie presque dans son premier état. La décoration du piédestal a été faite en entier à neuf en marbre gentile, parce que cette antiquité était entièrement gâtée et détruite par le feu. On plaça sur le faîte la statue en bronze de saint Paul, haute de dix-neuf palmes, toute dorée, et la hauteur de la colonne, à partir du niveau du sol, est de cent quatre-vingt-huit palmes. »

Fontana n'explique pas que cette hauteur est moindre que du temps de Marc-Aurèle, par la raison que le sol actuel est plus élevé que l'ancien niveau de Rome. Aussi, ne peut-on pas pénétrer dans la colonne par la porte antique, aujourd'hui complètement enterrée*.

Cette colonne, que l'on appelle Antonine, ne fut pas dédiée à Antonin le Pieux, comme le dit par erreur une des inscriptions que Sixte y a fait placer, mais bien à Marc-Aurèle, dont les victoires sur les

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