Etudes 9taii9tûpÊa nw Borne, par M* le ecmiie de ToomoOi
toute participation sérieuse au gouvernement. Les conservateurs le savaient aussi bien que lui, et ils n'avaient pas la moindre envie de résister à ses ordres. Ils avaient d'ailleurs appris, par les mesures inexorables employées pour la répression du brigandage, à craindre son autorité : ils s'empressèrent donc d'obéir à ses injonctions. Ils publièrent les ordonnances les plus sévères pour obtenir la diminution du prix du pain et des autres denrées : ils achetèrent des approvisionnements considérables de blés qu'ils livrèrent à prix réduit aux boulangers, les obligeant à vendre le pain à bon marché, à le fabriquer de bonne qualité et aie livrer au poids voulu; ils poursuivirent ceux qui furent trouvés en contravention, et firent condamner à mort un d'entre eux, convaincu d'avoir mêlé de la cendre à la farine.
Apaisé par ces mesures, le pape admit à une nouvelle audience les conservateurs, et leur dit: — « Allez, ne craignez rien, faites bien votre devoir, et pour le reste, laissez-en le soin à nous seul. »
Ensuite, il fit mettre en liberté tous les prisonniers condamnés pour dettes contractées envers les boulangers : il paya lui-môme ces dettes sur son revenu particulier, et, en outre, il distribua aux prisonniers élargis, à titre d'aumône, six cents écus d'or, à répartir entre eux tous. Enfin, pour encourager les boulangers à observer les règlements, il renouvela en leur faveur les anciens privilèges qui leur avaient été accordés par Léon X, Jules III et Grégoire XIII. En conséquence, il prescrivit que les crédits qu'ils feraient pour vente de pain seraient préférés à tonte autre dette, voulant que les procès intentés pour cette cause pussent Hre jugés, non-seulement pair leurs
consuls, mais par tous autres tribunaux publics, auxquels les boulangers auraient le droit de s*adresser.
Il fit ensuite publier, par les surintendants de Tabondance, un édit défendant à ceux qui possédaient dans leur maison du blé ou de la farine, d'acheter du pain chez les boulangers publics, « afin que le blé ne devînt pas plus rare et plus cher de jour en jour, par Tavarice des hommes. »
Il réunit en conseil les cardinaux Gaëtano, Cesi, Guastavillano, le sénateur de Rome, Giovani Pellicano, le trésorier général, Benedetto Giustiniani, et Fabio délia Corgna, clerc de la chambre, et il leur prescrivit de faire sur-le-champ rechercher tout le blé tenu caché. Avant de faire procéder à cette perquisition, il fit publier un édit obligeant tout détenteur de blé à le déclarer et à le vendre à la Chambre apostolique, au prix que lui-même se réservait de fixer. L'exécution de ces mesures amena, en peu de temps, à Rome et dans les provinces, la découverte d'une très-grande quantité de blé, que les détenteurs livrèrent au prix fixé. Comme cet approvisionnement ne suffisait pas pour assurer les besoins de la consommation, il fit venir du froment de la Sicile, et il employa pour payer ces différents achats» plus de cent mille écus de son revenu particulier, ou, comme on dit aujourd'hui, de sa liste civile. Il fit ensuite revendre ce blé au prix, relativement inférieur, de sept écus le rubbio^.
1 . Il y a deux espèces de mesures portant le nom de rubbio dans les Étals romains : l'une est le rubbio de superficie qui équivaut h 18,484 mètres carrés, ou 184 ares 84 centiares; l'autre est une mesure de capacité pour les grains, et elle contient 294 lit. 465 millilit. — Voy. l'ouvrage de M. de Tournon, t. I, p. 27, et l'jlnnuaire des longitudes^ pour 1848, p. 83.
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Il employa les mômes moyens pour procurer aux habitants de Rome deThuile d'olive. Il ordonna que tout ce qui existait de cette denrée, dans un rayon de quatre-vingts milles (120 kilomètres environ), serait transporté dans cette ville, menaçant des peines les plus sévères ceux qui la cacheraient ou la transporteraient ailleurs.
Non content de pourvoir aux nécessités du présent, le pontife, par sa bulle Abundantes^ de février 4588 ^, fonda une caisse de la boulangerie, pour éviter que Rome pût être jamais atteinte par la disette. Â cet effet, il constitua un fonds de deux cent mille écus, à perpétuité, « destiné, dit-il, à combattre la faim, si elle venait à se faire sentir parmi le peuple » . Il voulut que cet argent ne fût jamais dépensé, mais plutôt augmenté ; et comme il avait institué des cardinaux afin d'assurer l'abondance, il les députa pour veiller à l'exécution de cette bulle : que si un de ses successeurs venait à se servir de cet argent pour une autre usage, il veut qu'on puisse poursuivre les cardinaux qui ne s'y seront pas opposés. — «C'est ainsi, ajoute un historien % quô Sixte donna un noble exemple aux gouvernements, en leur faisant connaître que la disette, bien souvent, provient de la cruauté des particuliers. »
De toutes ces mesures, la dernière était la meilleure, la seule que ne désavoueraient pas aujourd'hui les principes modernes de réconomie politique. Mais vers la fin du seizième siècle, ces principes étaient méconnus chez toutes les nations de l'Europe. Sixte luimême, plus avancé que la plupart ies autres souve-