Tempeatl, 1. 1, lib. XIÏ, n<» xxxiii, p
rains, n'obéissait, dans cette circonstance, qu'à son dévouement à ses sujets, et u sa charité toute chrétienne envers ceux qui étaient réduits à un état voisin de rindigence.
Pour encourager l'agriculture et retenir la population dans ses États, il prescrivit deux autres mesures. Des lois anciennes défendaient aux sujets du Saint-Siège de vendre leurs biens à des étrangers; mais ces règlements étaient tombés en désuétude: par une bulle de juillet 1585^ SnlUcitudo pastoralis^^ Sixte les remit en vigueur, et défendit à ses sujets de vendre leurs biens immeubles à des étrangers non établis dans le pays. Il déclara nulle toute aliénation consentie à un étranger, lorsque celui-ci aurait laissé passer deux années sans venir se fixer dans la commune où était situé le bien vendu.
Une autre bulle, d'avril 1586, renouvela la défense faite par Pie V d'aliéner les biens des églises, et ordonna de rechercher ceux qui avaient été vendus^ afin de les faire rentrer à la Chambre apostolique.
Enfin, sachant que les terres de la campagne de Rome étaient louées par des baux emphytéotiques, à très-longs termes , à des fermiers qui les abandonnaient au pâturage des bestiaux, sans y cultiver du blé, il défendit de louer les biens des églises pour plus de trois années \
Ces actes attestent la vigilance de Sixte, et le soin qu'il prenait de ne pas laisser s'amoindrir le patrimoine des églises, ainsi que la population de ses Etats.
L'époque du premier carnaval depuis son avéne^
i, Oderra, t. 1» p. 445, 20 eol.
%, Guerra, t. I,p. 444, 2» col.
ment approchait : le pontife n'avait nallemenl Tintention de s'opposer à ces réjouissances, qui ont remplacé les anciennes saturnales. Il savait que le peuple île Rome attendait avec impatience Touverture de ces divertissements. Le froid avait cessé, une abondance momentanée succédait à la disette et à la cherté des subsistances : les bandits, les sicaires à gages avaient disparu de la ville et des provinces, et la sécurité publique, rétablie, attirait à Rome un immense concours de voyageurs de toutes les parties de l'Europe. Sixte, qui veillait avec une attention scrupuleuse au maintien de l'ordre et à la sécurité des personnes, jugea nécessaire, dans cette grande réunion d'hommes venus de tous les pays, de frapper de terreur la populace et les malintentionnés, qui, à la faveur du carnaval, com^ mettaient chaque année des vols et des assassinats. Afin de prévenir le retour de semblables excès, il fit dresser, à l'extrémité du Corso^ deux potences : l'une était destinée à punir du dernier supplice ceux qui se seraient laissé emporter à commettre des meurtres ou des blessures graves; l'autre devait servir, à l'aide d'une corde, à suspendre et à balancer par les bras ceux qui auraient levé la main pour frapper. La vue de ces instruments de supplice suffit pour inspirer une crainte salutaire à tout le peuple, et pour retenir les hommes portés aux violences.
Cependant, le bruit s'était répandu que le pape était décidé à défendre les mascarades, et les autres réjouissances traditionnelles du carnaval romain. C'est pourquoi, un grand nombre d'habitants avaient résolu de ne pas paraître au Corso. Mais le pontife fit savoir qu'il ne voulait pas empêcher les divertissements même les plus vifs : seulement, qu'il ne souffrirait
pas, qu'à Taide des déguisements et des masques, on commît des insolences et de grossiers outrages. Pour prouver que telles étaient ses intentions, et montrer en môme temps qu'il avait à cœur de prendre les plus grandes précautions, afin de préserver les spectateurs des accidents occasionnés par les courses des chevaux libres dans le Corso, il fit placer de chsique côté de cette magnifique rue, de fortes barrières, en dedans desquelles les assistants purent se placer en sûreté, tandis que le milieu de la rue fut réservé pour les courses. De cette manière, on ne vit plus se renouveler les accidents qui se reproduisaient chaque année, lorsque les chevaux, étant lancés au milieu de la foule, renversaient et foulaient aux pieds les personnes qui n'avaient pas d'abri pour éviter leur choc.
Rassurée sur les intentions de Sixte par les précautions qu'il avait prises, la foule accourut au Corso plus nombreuse qu'elle n'avait jamais été auparavant. Mais au lieu de s'y livrer à tous les excès, notamment de poursuivre les passants d'invectives, d'injures, et même de coups, comme autrefois, les masques, retenus par la crainte du châtiment, se bornèrent à des bouffonneries inoffensives. Ce carnaval vit une autre innovation, qui est encore en usage à Rome, celle des confetti^ espèce de petits bonbons en plâtre, jetés aux spectateurs, au lieu des pierres, des cendres et des immondices, avec lesquelles on les poursuivait les années précédentes. Aussi, les contemporains remarquèrent, comme une circonstance nouvelle et singulière, que les juifs eux-mêmes, exposés depuis plusieurs siècles à tous les outrages pendant le carnaval, purent, cette année, assister en sûreté aux divertisse-
lOÎ VIE DE SIXTE-QUINT.
ments publics, et furent respectés par les masques et la populace, comme les autres spectateurs*.
Cette absence de tout désordre, an milieu de l'effervescence populaire des jours de carnaval, fut observée pendant toute la durée du pontificat de Sixte- Quint. Les contemporains, peu accoutumés à jouir d'une sécurité si complète pendant la licence de tous les plaisirs, faisaient des vœux pour que le souverain qui la leur avait assurée, prolongeât son existence, afin de pouvoir eux-mêmes profiter longtemps du plus grand des biens \
La protection que Sixte accorda, dans plusieurs circonstances, aux juifs de Rome et de ses États, mérite d'être particulièrement signalée. On aurait pu présumer , qu'ayant appartenu pendant toute sa vie au tribunal du Saint-Office, le pape se serait montré intolérant et dur envers les sectateurs de la loi de Moïse. Telle ne fut cependant pas sa manière d'agir à leur égard. Il s'efforça, au contraire, de les mettre à l'abri des insultes et des mauvais traitements, auxquels ils étaient exposés de la part des chrétiens. A celte fin, II fit publier par le cardinal Rusticucci un bando^ défendant aux Romains de vexer ou d'insulter les juifs, rappelant aux premiers que les Hébreux s'endurcissaient
1. Secure Judxus ludot tpeetavit^ speetavirB omnes infimorum ordines pet licentiam nobilium aut imolentiam maie habiti^ cœno, roboantibus inter strictos densi papyracei nodos ignibus ^ interdum et latcrihus, saxisque, — Guido GuaUerto, cité par TempesU, t. î, Ilb. XII, p. 202, n» XL, et ad notam (11).
^ 2. Diet carnavalenses ad felicitaimam permançniiam retinerijussit, cum in magna hominum hilaritate ac licentia incredibilis quiesatque tranquillita$ extiterit. Itaque, cum Sixtus quintus tiobfs hsec otia fecerit^ diuturna illi maxima vita optanda etty ut tanto bono, quo nullum in vita hominum majus est^ perfrui quam diutissime possi-^ mus.— Guido Gualterio. — Tempestî, ut iupra, note (13), p. 202.
d'autant plus dans leur impénîtence et leur impiété, qu'ils se voyaient exposés aux outrages des chrétiens : qu'en conséquence, les fidèles devaient s'appliquer à les gagner à Jésus-Christ' par la douceur, eu leur montrant l'exemple d'une sainte vie.
Conformant sa conduite à ce conseil , Sixte refusa d'autoriser le cardinal Santorlo di Santa Severina à exercer des poursuites contre des juifs qui sollicitaient l'autorisation de faire imprimer le Talmud. Au lieu de les livrer à Tinquisition, ainsi que le demandait le cardinal, le pape se borna, pour apaiser son zèle, à renvoyer l'examen du livre à la congrégation de l'Index, décision digne d'éloges par sa tolérance.
Mais l'acte le plus remarquable de son pontificat à l'égard des juifs, fut sa bulle Christiana pietas, du 22 octobre 1586 \ Entraîné par une ardeur mal entendue pour la religion catholique. Pie V avait expulsé tous les juifs de ses États, à l'exception de ceux de Rome et d'Ancône. Sa constitution Hehrœorum gens^ du mois de mars 1569 *, ne leur avait accordé que trois mois pour partir; menaçant de poursuites, d'amendes, de confiscations de biens, et d'emprisonnement, ceux qui seraient trouvés après ce court délai. Cette mesure avait produit dans les provinces et dans les villes pontificales de déplorables résultats. Les juifs, bien que constamment persécutés, formaient dans les États de l'Église une population considérable, adonnée au commerce, aisée et paisible. Sixte comprit le tort causé par leur expulsion. Il s'empressa de les rappeler, en leur offrant des garanties pour la sû-