CHAPITRE IX
Origine des cardinaux qui élisent actuellement le pape. -^ Sixte fixe leur nombre et leurs titres, et les répartit en quinze congrégatiouB.— Beerétaire particulier du pape. — Obligation aux évéques de visiter les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul. — Renouyellement des stations dans certaines églises de Rome.
Le pouvoir spirituel des souverains pontifes n'est pas borné, comme leur gouvernement temporel, aux limites de leurs États. Il s'étend sur le monde entier; car leur autorité apostolique, appuyée sur les conciles, règle le dogme, la discipline, le culte et les consciences catholiques: tâche immense, bien plus importante à exercer qu'aucun gouvernement politique. Au temps de Sixte-Quint, la réforme de Luther et de Calvin avait violemment enlevé, au chef de l'Église romaine, ' la direction spirituelle de plusieurs contrées de TEurope, parmi lesquelles il faut placer en première ligne le royaume d'Angleterre. Mais Philippe II, resté le flfidèle champion du catholicisme, luttait partout, de con-
cert avec le pape, contre le principe nouveau et non encore publiquement reconnu de la liberté de conscience. Dans le livre suivant, nous exposerons la politique que Sixte suivit au milieu de cette lutte, en France, en Allemagne et ailleurs, et nous ferons connaître les mesures qu'il crut devoir adopter, en qualité de chef de TÉglise catholique, contre les dissidents. Nous nous bornerons à rapporter, dans celui-ci, ses actes purement spirituels, c'est-à-dire ceux qui se rapportent exclusivement au gouvernement de l'Église, au dogme et à la direction des consciences.
On se rappelle que Sixte avait été élu pape à l'unanimité des suffrages de quarante et un cardinaux, luimême ayant donné son vote au doyen du Sacré-Collége, Alexandre Farnèse : il y avait donc eu quarante-deux cardinaux présents au Conclave. Quelques autres n'avaient pu s'y rendre; mais, en totalité, le nombre des cardinaux à cette époque ne dépassait pas cinquantecinq. Ce nombre n'avait jamais été fixé d'une manière définitive; les papes en variaient le chiffre au gré de leurs affections, de leur politique, ou des influences (ju'ils subissaient.
Les auteurs ecclésiastiques ne sont pas d'accord sur l'origine de la dignité cardinalesque, inconnue sous les premiers pontifes. Les uns veulent qu'on ait désigné du nom de cardinaux, dans le commencement de l'Église, les curés des différentes paroisses de Rome ^ D'autres soutiennent ^ qu'on appelait cardinaux, dès la
t . Voy. le traitté (sic) de l'origine des cardinaux du Saint-Siège, et particulièrement des François, etc., — Cologne, Pierre ab Egmont, 1665, petit in-18, — passim^ et spécialement p. 49 et suivantes.