L'abbé Fleury, Histoire ecclésiastique^ t. VIII, p
fin du sixième siècle, les évoques, les prôlres et les diacres attachés à certaines églises, à la différence de ceux qui ne les desservaient qu'en passant et par commission. Quoi qu'il en soit, il paraît démontré que les premiers successeurs de saint Pierre furent nommés par le clergé de Rome et par les fidèles, et confirmés par VEmpereur. Ce mode d'élection dura pendant plusieurs siècles. On prétend qu'ensuite le droit de choisir le pape fut remis à Charlemagne et à ses successeurs, dans le concile tenu à Rome du temps du pape Adrien !•% en 744. Mais le choix fait par les empereurs fut presque toujours contesté par le clergé ou par le peuple de Rome, et dès le dixième siècle, on était revenu au mode d'élection anciennement pratiqué.
En effet, on trouve dans le recueil des lettres de Grégoire VII, le procès-verbal ' de son élection, à la-
1. Itapporlé par Guerra, 1. l^r de Romano Pontifice, p. 349, !'• col. — En voici le texte:
Régnante Domino nostro Jesu Christo^ anno clementissimx incarnationi» ejus millesimo septuagesimo tertio ^indictione et luna undrcima, decimo calendas majij feria secundo die xepulttirae Domini AU'xandi bons memorix secundi Papx, ne sedes apostolica diu Itigent proprio desiiiuta paslore^ Congregati in Basilica D, Peiri ad viii' cula, nos Sauctx Romanœ^ Catholicae et Aposlolicx Ecclesix Cardinales, Clerici, Àcolythi, Subdiaconi, Diaconi, Presbyteri^presentibus venerabilibus episcopis et abbaiibus, clericis et monacliiSf conscutientibus turbis utriusque sexus, diversiqut ordinis acclamuntibua : elegimut nobis in Pastorem et summum Ponti/tcem, virum religiosum, gemmx sciendx prtidentia pollentem^ «quitalis et juslitix praesian~ tissimum amatorem^in adversis fortem ^ in prosperis temperatum^ et juxta apostoli dictum bonis moribus ornatum, pudicum, modesiitm, iobrium, castum, hospitalem, domum suam bene gertntem^ in grcmio hujus matris ecclesix, a pueritia, salis nobiliter educatum et doctum, atqiie pro merito in archidiaconatus honorem usque hodie sublimaium, Hildebrandum videlicec archidiaconum , quem a modo et usque in sempiternum esse et dici Gregorium Papam et Àposio- Ucum voluwus et approbamus, — Placet vobis? — Placet, — Vnitis lum? — Volumus, — Laudatis eum ? — Laudamus.
quelle le clergé et le peuple de Rome avaient pris part. On y lit ce qui suit : «Sous le règne deNotre-Seigneur Jésus-Christ, Tan delà très-salutaire incarnation 1073, indiction et onzième lune, le iO des calendes de mai, la seconde fête après le jour des funérailles du pape Alexandre II, d'heureuse mémoire, voulant éviter que le siège apostolique ne fût longtemps privé de son propre pasteur, assemblés dans la basilique de Saint- Pierre-aux-Liens, nous cardinaux de la sainte, catholique et apostolique Église romaine, clercs, acolythes, sous-diacres, diacres, prêtres, en présence des vénérables évéques et abbés, clercs et moines, d'une foule de peuple de Tun et de l'autre sexe et de différentes conditions, donnant son consentement et faisant entendre ses acclamations, nous avons élu pour notre pasteur et souverain pontife un homme religieux, distingué par sa prudence dans Tune et l'autre science, ami très-décidé de la justice et de Téquité, fort contre radversité, modéré dans la prospérité, et selon la parole de TApôtre, orné de bonnes mœurs, pudique, modeste, sobre, chaste, hospitalier, gouvernant bien sa maison, élevé assez noblement depuis son enfance dans le sein de cette mère Église, savant et promu jusqu'à ce jour, à cause de sa vie, à Tarchidiaconat, savoir Hildebrand, archidiacre, lequel, dès maintenant et à toujours, nous voulons et approuvons qu'il soit dit et appelé Grégoire pape et apostolique. — Vous plaîtil? — Il nous plaît. — Le voulez-vous? — Nous le voulons. — Le louez-vous? — Nous le louons, »
Cet acte prouve que, dans le onzième siècle, l'élection du souverain pontife était faite par tout le clergé de Rome, séculier et régulier, et que le peuple ratifiait cette élection. Plus tard, le peuple et le clergé furent
écartés, et le droit d'élection ne résida plus que dans un petit nombre de cardinaux, évoques, prêtres et diacres, nommés eux-mêmes par les souverains pontifes. Plusieurs conciles essayèrent de déterminer le nombre et les prérogatives des cardinaux ; mais les actes de ces assemblées, sur cette matière, furent presque toujours éludés, soit par les papes, soit par les cardinaux eux-mêmes.
Selon Onuphrius Panvinius\ Sixte IV fut le premier pape qui, sans tenir compte du décret du Concile de Bâle, augmenta beaucoup plus largement que ses prédécesseurs le nombre des cardinaux. Alexandre VI suivit son exemple : néanmoins, ni l'un ni l'autre ne dépassa le nombre de cinquante-trois. Léon X n'eut aucun égard à cette ancienne tradition , acceptée comme un statut. Par sa célèbre promotion de trente et un cardinaux à la fois, il en porta le nombre à soixante-cinq, ce qui ne s'était jamais vu depuis l'établissement de cette dignité *. Paul IV alla plus loin, et sous son pontificat on compta jusqu'à soixante-dix cardinaux.
C'est ce dernier nombre que Sixte résolut de consacrer définitivement : sa bulle Postquam verus^ de décembre 1586 ', explique les motifs de cette détermination :
« De même, dit-elle, que le pontife représente la personne du Christ, de même les cardinaux représentent les Apôtres.
t. In Hb» de Episcopalibuê liluUs et DiaconiU Cardinalium ^ p. 18. — n est cité par Guerra, t. ], p. 387, 2« col.
3. Voyez des détails intéressants sur cette promotion, dans la Vie de Léon X par Roseoé, t. iU, p. 128 et suiv.