Tempesti, 1. 1, lib. X, no» xi kuv, p
aux pieds avec le plus insaltant mépris par le soaverain pontife.
Le Parlement de Paris se fit l^orgape de la première protestation. « La Cour de Parlement^ rapporte un contemporain ^, fit remontrance au fioy^ très-grave et très-digne, disant pour conclosion qa*elle avait trouvé et trouvait le style de cette bulle si nouveau et si éloigné de la modestie des anciens papes, qu'elle n'y reconnaissait aucunement la voix d'un successeur des apôtres, et d'autant qu'elle ne trouvait point par les registres, ni par toute l'antiquité, que les princes de France eussent jamais été sujets à la justice du pape ; qu'elle ne pouvait délibérer en ce fait que, premièrement le pape ne fit apparoir du droit qu'il prétendait avoir en la translation des royaumes établis et ordonnés de Dieu, avant que le pape fût au monde. «
Mais cette remontrance du Parlement de Paris était bien modérée, si on la compare à la protestation violente et injurieuse que le roi de Navarre adressa au pape. Ce prince commençait par s'opposer à la déclaration et à l'excommunication, et il en appelait comme d'abus en la Cour des Pairs de France. En ce qui louche le crime d'hérésie qui lui était reproché, il accusait le pape d'être lui-môme hérétique, ce qu'il ferait prouver en plein concile libre et légitimement assemblé. Il terminait, en espérant que Dieu lui ferait la grâce de venger l'injure faite à son roi, à sa maison, à son sang, et à toutes les Cours du Parlement de France, sur lui et ses successeurs. »
Cette protestation fut affichée à Rome, jusque sur
1. De rEstoiles, Journal de Henri 111, Henri IV et Louis XIJI; édit. 1826, iii-8, t. I, p. 299.
la porte da Vatican, le 6 novembre 4585. De plus, on répandit dans cette ville plusieurs libelles ^ écrits tant en latin qu^en italien, fort injurieux pour le pape et outrageants pour la religion catholique : ces pamphlets eurent ensuite en France, en Angleterre, en Allemagne et dans les Provinces-Unies, un grand succès, parmi les luthériens, les anglicans et les calvinistes.
Le pape ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait donné dans un piège tendu par l'Espagne et la Ligue. Le motif principal qu'on avait fait valoir pour le déterminer à fulminer sa bulle, c'était l'accord fait par le roi de France avec les ligueurs pour exterminer les protestants. Mais déjà Henri III, avec sa duplicité ordinaire, cherchait à éluder l'exécution de cetaccord, qui ne pouvait manquer d'accroître la puissance des Guise. Le pontife crut que l'hésitation du roi provenait de la tiédeur du nonce, Giacomo Ragazzoni,qui ne semblait pas exercer à la cour de France une influence assez décisive. Il résolut de le rappeler, et de nommer à sa place Fabio Mirto Frangipani, napolitain, archevêque de Nazareth, qui connaissait bien la France, où il avait représenté le Saint-Siège sous le règne de Charles IX. En conséquence. Sixte manda le marquis de Pisani à son audience, et lui communiqua son intention, en manifestant l'espoir que le choix du nouveau nonce serait agréé par le roi de France. L'ambassadeur ne fit alors aucune observation : mais,
1. Entre autres : — Vavvho piacevole dato alla hella italia^ da un giovane nobile Franciese^ dans lequel, dit Tempesti, avec Dante, Peirarque et Boccace, on vomissait des outrages contre le pape, en prouvant, avec ces auteurs, qu'il était le véritable Antéchrist. — Un autre pamphlet intitulé : Fulmen brutum, était attribué à François Hotman. — Loc. cii,f n*' \xï, p. 161, t. P'.
a|(rè6 randience, ayant canaé de ce choix avec les cardinaux d'Esté et de Medicis, ila Ini firent remarquer qae Frangipani était Napolitain, c^est^'à-dire snjet da roi d'Egpagne, et, de pliu, aussi soumis à toutes ses volontés qu'affectionné à ses intérêts ; qn*en conaé^ quence, le nouveau nonce soutiendrait la Ligue et TEspagne, et augmenterait les embarras du roi de France. Frappé de ces raisons, Tambassadeur de^ manda une nouvelle audience, et déclara au pape qu'il savait de source certaine que Frangipani était partisan de la Ligue, qu'en conséquence, au nom de son souverain, il le refusait.
Sixte irrité répondit : « Tant que nous aurons un souffle de vie, nous ne souffrirons jamais que d'autres aient la nomination de nos nonces : nous avons dési» gné Mirto, et nous vouions qu'il aille à Paris. S'il n*est pas reçu, alors nous, et non d'autres, le ferons revenir k Rome, et ensuite nous verrons ce que nous aurons à faire. »
Frangipani partit donc sur -le «-champ pour la France. Mais arrivé à Lyon, Henri III lui ayant fait dire de ne pas avancer plus loin, il retourna immé* diatemant à Rome, se conformant aux instructions du pape. En même temps, arrivait dans cette ville un courrier du roi, transmettant à Pisani l'ordre d*aller trouver le souverain pontife, et de lui expliquer que le refus d'admettre son nonce ne devait pas être interprété par Sa Sainteté comme un manque de respect, mais comme une absolue nécessité. En effet, selon le concordat conclu entre Léon X et François I«% le roi de France ne pouvait pas recevoir, comme envoyé du pape, un sujet du roi d'Espagne,
L'ambassadeur demanda audience, et s'étant pré-<
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sente pour entrer au Vatican, il se yit refuser la porte par la garde suisse. A peine de retour dans son palais, il reçut, sans aucune explication, Tordre de quitter les États de TÉglise dans nn bref délai ^
Cet événement transporta de Joie le roi d*Espagne : il écrivit au pape pour le féliciter de sa fermeté, lui réitérant Tassurance du respect et de Tobéissance qu'il professait pour Sa Sainteté, l'informant qu'il avait ordonné à ses ministres en Italie d*obéir à Sa Béatitude comme à lui-même.
Quant à Henri III, attéré du renvoi de son fidèle ambassadeur, il se décida ignominieusement à réclamer lui-même le retour du nonce Mirto en Francei ce qui détermina Sixte à laisser rentrer à Rome le marquis de Pisani.
Au reste, le mépris du pape pour le roi de France éclatait chaque jour. Le cardinal Santorio raconte, c( qu*il avait montré au souverain pontife une lettre du provincial des capucins de Paris, dans laquelle il faisait connaître les jeûnes, les pèlerinages, les coups de discipline reçus, les processions suivies, et autres gemblables œuvres que le roi de France accomplissait avec les pères capucins et d'autres personnes, prouvant quMl était adonné entièrement à des exercices de dévo* tion. » Le pape lut cette lettre et s'en réjouit ; mais il ajouta : « Que le roi de France ferait beaucoup mieux d'employer son temps à gouverner son royaume et les peuples que Dieu lui avait confiés, et encore mieux de veiller à Textermination de Thérésie, à purger ce flo^
1 . « On lui donna huit jours, mais il sortit le même soir de Rome, disant que l'État du pape n'était pas si grand qnIL n'en lorlU tn vingt-quatre heures. • — Journal de VEstoHê, 1. 1, p. )97| ad noiafrt.
rissant pays des troubles qui Tinfestaient, et à le ramener à son ancienne splendeur : que cette tâche était proprement celle d'un roi, et d'un si grand roi engendré par des ancêtres très-chrétiens*, d Ainsi, loin d'approuver les processions des pénitents et des flagellants, dans lesquelles le roi de France jouait un si triste rôle, le pape aurait voulu rappeler ce prince au sentiment de son véritable devoir de souverain.
Une circonstance nouvelle vint ajouter au mécontentement que la conduite de Henri avait inspiré au chef de TËglise.
Le duc de Savoie, excité par le roi d'Espagne, son beau-père, avait depuis longtemps formé le projet de s'emparer par un coup de main de Genève. Cette ville était le foyer et le rempart du calvinisme ; mais Charles- Emmanuel la convoitait, plutôt pour agrandir ses Ëtals que pour étouffer l'hérésie dans son berceau. De son côté, Philippe II voyait dans cette entreprise un moyen assuré de causer des embarras au roi de France, allié des cantons suisses, et d'ailleurs intéressé, à cause du voisinage, à faire respecter leur neutralité. Quant au pape, il feignait d'entrer dans ce projet, d'abord pour combattre l'hérésie, ensuite pour être agréable au duc de Savoie et au roi d'Espagne ; mais, en réalité. Sixte commençait à redouter la puissance espagnole : il craignait, qu'à l'exemple de Charles-Quint, Philippe n'eût la pensée de réunir les États de l'Église au duché de Milan et au royaume de Naples, qu'il possédait déjà en Italie. Il espérait faire diversion à ce projet, en excitant le duc de Savoie contre Genève ^
. 1. Tempesti, t. I, lib. X, passim^ p. 155 à 169.
2. Telle est au moins Topinion du père Tempesti. — « Quesio maneggiOf che a prima vista comparve un primo moto del Duca e
Il avait donc promis à ce prince des secours en hommes et en argent.
Quel qu'eût été le secret gardé sur cette entreprise, Henri III parvint à le pénétrer. Il fit représenter par son ambassadeur, au souverain pontife, les dangers d'une expédition qui ferait naître une guerre entre les prolestants et les catholiques, guerre dangereuse pour le Saint-Siège, et dans laquelle le roi de France aurait beaucoup de peine à ne pas se trouver mêlé, attendu que, depuis longtemps, la ville de Genève était sous la protection de sa couronne. Mais Sixte, indigné des tergiversations du roi à rencontre des hérétiques, répondit à Tambassadeur : « Nous vous avons déjà fait entendre, et nous étions convaincu que vous en aviez informé votre roi, que les affaires n'iraient jamais bien en France, mais au contraire tomberaient de mal en pis, tant qu'il n'aurait pas détruit cet asile de toute abomination, duquel est née la corruption de l'Église catholique dans son royaume. Sa Majesté se plaint à chaque instant des princes de la Ligue, elle les accuse de mépriser son autorité : mais elle devrait bien savoir que tout le mal qui lui a été fait vient de Genève; qu'elle détruise Genève, l'héritage de l'hérésie, qu'elle poursuive sincèrement les huguenots, et elle verra la Ligue se dissoudre ^ » Mais dans cette circonstance, Henri ne céda point aux conseils du pape; il fit avertir les Genevois, qui se tinrent sur leurs gardes, et Charles-Emmanuel fut obligé de renoncer à toute tentative contre le foyer du calvinisme.
delRèf fà in realta unafinissima arle di Sislo per divertirequi due principi d^alVidee che nvevano formate sovra NapoH, sovra buona parie d'Italia, e sovra il dominio Ecclesiaatieo , che divide NapoU dalla Lombardia. » — T. ï, Mb. XII, n» i, p. 189. 1. Ibid.f p. 104, nos xviii-xix.
Peu de temps après^ menacé à la fuis par les ligueurs et par les protestants, et cédant aux obsessions de sa mère, le roi de France eut la faiblesse d'écrire au pape, BOUS le prétexte de la collation de certains bénéfices réservés à la cour de Rome, en réalité pour solliciter des soldats et des subsides, afin de faire la guerre aux hérétiques. Mais le pontife lui répondit avec dédain : « £n ce qui concerne la demande d'argent, il est vrai qu'en ce moment le Saint-Siège peut se procurer assers facilement dôs fonds, et nous avons Tintention d'augmenter ces ressources, dans le but de subvenir aux nécessités publiques de la chrétienté. Mais, pour parler franchement, nous ne pouvons pas avoir la pensée de donner de l'argent, à cause de l'expérience que nous avons du passé. Car alors que nos subsides commenceraient à produire un bon effet, la reine, votre mère, ne manquerait pas de se mettre à traiter un accord, et ainsi tout résultat favorable se trouverait perdu. Que si Votre Majesté veut réellement faire la guerre, nous lui enverrons un prince, avec des forces telles qu'on ne pourra plus le braver, ainsi, du reste, que notre nonce lui fera plus amplement connaître notre intention, n
Ce prince, dont parle Sixte, était Alexandre Farnèse, général de Philippe II dans les Pays-Bas, et les forces , l'armée espagnole qu'il commandait. ~ C'est avec ce mépris que Sixte osait traiter le roi de France.
Alexandre Farnëse était cher au pape à cause de son origine, mais plus encore pour l'ardeur qu'il apportait à faire la guerre aux hérétiques. Excité par les sollicitations de Sixte, il venait de reprendre sur les bords du Rhin, une petite ville dont les protestants s'étaient emparés par surprise. Le souverain pontife
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rivait félicité, ohaudément de cô sunsèd^ et lui avÀtt promis son appui datii la cofite^tation peildante alors entre le dac de Parme, Ottario Farnèse^ et l'empereur d'Allemagne, au sujet de la possoMioii du val de Taro. Rodolphe réclamait ce val comme ua flef de TËmpire^ et le duc de Parme refusait de se soumettre à eette prâtentiott. L'empereur avait envoyé une ambassade extr«tordiuaire au souverain pontife pour le gagner à ses intérêts. Mais Sixte^ d'accord avec le roi d'Espagne^ qui ménageait la maison f'amëse, et ne voulait pas voir reconnaître un fief impérial si voisin do duché dé Milan, refusa d'accueillir les arguments allégués ait nom de Rodolphe. Il lui écrivit pour lui faire remar* quer que les titres du 8aint»8iége à la possession du val étaient beaucoup plus anciens que ceux de rEm*" pire ; qu'en conséquence, il lui était impossible de soutenir sa demande : au surplus, il l'engageait à soumettre cette question à la prudence du roi d'Espagi^ son parent, qu^il savait fermement décidé à repousser la prétention de l'empereur.
Après avoir reçu cette réponse, Rodolphe n'insista plus, et le duc de Parme resta en possession du val de Tare, à la grande satisfaction d'Alexandre Farnèse, qui espérait un jour succéder au duc Ottavio dans le gouvernement du pays. Son dévouement à la cause de VÊglise n'en devint donc que plus grand, et il attendait avec impatience le moment où il recevrait, du roi d'Espagne, l'ordre d'entrer en France, pour combattre les huguenots*
Ge moment n'était pas encore arrivé, mais l'état du royaume devenait de jour en jour plus déplorable. Le duc de Guise, chef principal de la Ligue, mieux obéi que le roi, menaçait ouvertement son autorité. De leur
côté, les protestants attendaient ]*arrivée prochaine des retires levés en Allemagne pour le soutien de leur cause. Placé entre ces deux périls imminents, Henri 111 s'était adressé de nouveau à Sixte, réclamant an secours en argent, et Tautorisation d'aliéner certains biens ecclésiastiques. Hais le pontife montra dans sa réponse encore plus de hauteur que la première fois. — « Que Votre Majesté, répondit-il, fasse observer les lois de la couronne, et elle n'aura besoin ni d'aliéner les biens de TËglise, ni de solliciter notre subside : car, selon les lois du royaume, tous les nobles sont obligés, à leurs frais, de suivre le roi allant à la guerre en personne. Votre Majesté n'a donc qu'à se mettre elle-même à la tête de son armée contre les huguenots^ y> Le malheureux monarque dut subir la nouvelle humiliation de ce refus méprisant.
Sur ces entrefaites, le nonce Mirto Frangipani était mort à Paris, dans le mois de mars 4587. Le pape choisit pour le remplacer Gian Francesco Morosini, noble vénitien, évéque de Brescia, lequel, avant d'entrer dans les ordres, avait été ambassadeur de la république à la cour de France. Ce prélat avait la réputation de bien connaître les hommes et les choses de ce pays alors si agité : il passait pour un négociateur à la fois prudent et habile, et il avait, sur son prédécesseur napolitain, l'avantage de n'être pas sujet espagnol , ce qui devait ménager à ses conseils un meilleur accueil de la part du roi de France. Le pape le fit venir en hâte de Brescia pour lui donner lui-même ses instructions. En voici le résumé, tel qu'il est rapporté par Morosini dans ses propres Mémoires^ :