Ibid., \\h, XVlll, n*» II, p
4" Le pape voulait que le roi fût respecté et obéi- de tous, principalement des priftee^dela Ligue;
2"* Que le roi cessât de protéger les protestants;
3" Qu'aucun hérétique ne .pût succéder à la couronne ;
4** Que le nonce obtînt Texécution de sa bulle relative à la visite des lieux saints à Rome ;
5» Que le concile de Trente fût reçu dans le royaume ;
6<» Et que, par dessus tout, il se souvînt qu'il représentait la personne d'un père commun, et qu'il ne se laissât pas gagner plutôt par un parti que par un autre, mais qu*il penchât seulement du côté de celui qui, avec sincérité, procurerait la gloire de Dieu, l'exaltation de la foi catholique, l'extirpation de l'hérésie et la paix si désirée.
Après avoir reçu ces recomii^andations, le nonce partit et il arriva le 8 juillet 1587 à Lyon, où il fut complimenté par Mandelot, gçndre du marquis de Villeroy, conseiller d'État, et par les consuls de la ville. Mandelot, qui s'était; lié avec Morosini, alors que ce dernier était ambassadeur de Venise en France, l'assura que Henri III se disposait à entrer en campagne à la tête de son armée, pour s'opposer au passage des troupes allemandes, qui allaient rejoindre les huguenots. Il lui apprit également que le roi avait eu, à Meiaux, une entrevue avec le duc de Guise, qui en paraissait satisfait. Mais le nonce ayant voulu savoir d'un père jésuite, quelles pouvaient être les véritables intentions du roi, celui-ci répondit que les intentions étaient excellentes, qu'il était tout catholique, trèsdévoué au pape, et très-obéissant au Vatican. Mais, pressé par le nonce d'entrer dans des explications, le révérend père se renferma dans un silence prudent,
2i0 yiB DE SIXTE-QUINT
se bornant à dire « qu'il louait le bon cœur du roi, mais non sa conduite ' . »i
Continuant son voyage, le nonce rencontra, en arrivant à Paris, une escorte composé de l'ambassadeur de Venise, de Jérôme de Gondi et d'autres seigneurs qui étaient venus au-devant de lui pour.raccompagner à son entrée dans la capitale. Il obtint bientôt après sa première audience du roi, et chercha ensuite à se rendre compte de Tétat au vrai de la malheureuse France. Dans plusieurs entretiens quUl eut avec Catherine de Médicis, il avait appris que Henri paraissait redouter beaucoup l'arrivée des troupes allemandes, et qu'il se plaignait d'être sans argent pour mettre les siennes en campagne. Le nonce avait répondu que le pape ne se déciderait jamais à fournir de l'argent, avant d'obtenir la certitude qu'aucun nouvel accord ne serait conclu avec les hérétiques ; que d'ailleurs, en s' alliant franchement au duc de Guise, le roi pourrait facilement triompher de ses ennemis. Comme Morosini était lié depuis longtemps avec le maréchal de Retz, qui avait toute la confiance du roi, il résolut, avant d'écrire au pape, d'avoir avec le maréchal une explication complète sur les affaires publiques. Celui-ci, protestant de son dévouement au roi, à la France, à la religion, et de sa haute estime pour la personne du pape, dévoila au nonce ses plus secrètes pensées en ces termes : — «Le roi s'est laissé envelopper de telle sorte qu'on ne peut s'attendre à autre chose qu'à sa ruine. Les conseils lui manquent, parce qu'il a perdu ses anciens ministres, dont la prudence avait jusqu'alors sauvé le royaume. La reine
t. Tempesti, p. 283, n°* viii-ix.
VtE DE SIXTE-QUINT. 2il
est animée de grands senliments, d'un sens royal; mais finalement elle est mère et femme, très-avancée en âge, et elle ne peut plus avoir sur son fils son ancienne autorité. Parmi les conseillers, les uns sont incapables de connaître la vérit^les autres de la dire, ou tout au moins ils n'osent pas la dire, et d'autres ne peuvent inspirer une entière confiance. Les ducs d'Épernon et de Joyeuse, trop favorisés, font le plus souvent le contraire de ce qui a été décidé dans le conseil . Le premier, ayant très-gravement offensé le duc de Guise, est contraint, pour protéger sa vie, de se tenir éloigné du roi, ce qui fomente et accroît les méfiances dans le cœur du monarque. Le duc de Guise, pour se réconcilier avec le favori, lui a fait proposer en mariage sa fille aînée, nonobstant l'inégalité de rang : mais le duc d'Épernon, attribuant au roi Pinjurieux refus du consentement à cette union, a repoussé ce magnifique mariage, paraissant disposé à épouser de préférence la nièce du duc de Montmorency, afin de Douer une alliance avec le roi de Navarre, et de se mettre à l'abri du ressentiment des Guise. De ces intrigues provient la lenteur apportée aux préparatifs pour s'opposer aux Allemands, qui, semblables à un torrent impétueux, se mettent en mouvement contre le royaume, soudoyés par les princes d'Allemagne et par la reine d'Angleterre. Dans ces conjectures, il n'y a de salut pour le royaume que dans l'union avec les princes de Guise et Sa Sainteté, union qui devrait consister à procurer au roi des soldats commandés par des chefs qui ne dépendissent pas des Espagnols, ni d'autres, mais de Sa Sainteté seule. Il n'est que trop vrai néanmoins, que mon roi, trompé par ses flatteurs, refuse les soldats et demande de l'argent. Mais la né-
cessité lui ouvrira les yeux et le fera changer d'avis. Ensuite, si Sa Sainteté «voulait, commepëre commun, témoigner au roi une tendresse toute particulière, elle pourrait lui fournir une certaine somme d'argent; car le roi, se proposant d'entrer en campagne d'ici à peu de jours, n'a pas un sou pour en faire la première montre^».
Le nonce s'empressa de communiquer au pape ces confidences du, maréchal de Retz.Ëmu du péril imminent que couraient la France et la religion catholique. Sixte parut décidé à offrir à Henri III, un corps auxiliaire de vingt-cinq mille fantassins et quatre mille cavaliers, sous le commandement du duc d'Urbin, général des troupes de TËglise : il consentait également à mettre à la disposition du prince un subside en argent, pour faire face aux nécessités les plus urgentes.
Mais Henri frefusa l'envoi des troupes papales en France, se bornant à réclamer le subside. On accusait alors ce prince d'avoir follement dépensé plusieurs millions pour le mariage du duc de Joyeuse, tandis qu'il refusait de payer la solde des troupes suisses à son service. En outre, on disait qu'il se proposait de donner sept cent mille écus en dot à la fiancée du duc d'Ëpernon, afin de traiter ses favoris sur le pied de l'égalité. Indigné de ces profusions, Sixte donna ordre à son nonce d'aller trouver Henri, et de lui faire connaître les bruits répandus, en protestant qu'il ne pouvait y ajouter foi. Le monarque, avec sa dissimulation ordinaire, remercia le nonce de cette ouverture, et répondit que c'était une pure invention de ses ennemis :
1. Mémoires de Morosini, cUés par TempeBti, ut supra, p. 286,
mais que, plus lard, la vérité finirait par se faire jour. Il renouvela chaudement ses protestations de dévouement à la religion catholique, et pria le nonce d'informer le souverain pontife de la dévotion avec laquelle il accompliçsaij, les saintes cérémonies de la Confrérie des pénitents, dans Téglise des pères Augustins. A la réception de cette dépêche. Sixte demeura convaincu' qu'il n'y avait rien à espérer d'un prince, qui'abanfionnaitle gouvernement de son peuple pour sejliyrer'à des pratiques de dévotion incompatibles avec le devoir d'un souverain. Il résolut donc d'attendre et de, prendre conseil des événements.