‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 80 sur 174 · Tempesti, loc, cit., n9 xxix, p · texte numérisé non relu

Tempesti, loc, cit., n9 xxix, p

senter Tétat du royaume $0U8 les couleurs les plus sombres. Les reîtres étaient entrés en Lorraine, et bien que le duc de Guise eût surpris et défait leur avant-garde, comme il n'avait sous ses ordres qu'un corps de troupes très-inférieur en nombre aux Allemands, les soldats hérétiques continuaient à pénétrer dans le cœur du royaume. Effrayé de leurs progrès, Henri III s'était décidé à se mettre lui-même à la tête du peu de soldats restés fidèles à sa cause. Au moment de son départ, le nonce était au Louvre ; il rendit compte au pape de cet événement en ces termes : a Le roi se leva du lit, et, sortant de la chambre de sa femme, entra dans le cabinet, en chemise, ainsi qu'il se trouvait. Il se mit à genoux nus par terre, pria pendant une longue heure, en versant tant de larmes, que ses plus intimes courtisans, qui étaient présents, en restèrent tout émus. Sortant ensuite du cabinet tout joyeux, il se vêtit d'un pourpoint de toile, de bas blancs, et par dessus d'un manteau gris, avec un chapeau à plumes de la même couleur, et ayant entendu la messe dite en particulier, il y reçut la sainte Eucharistie. Entrant ensuite au conseil, qui dura deux heures, pour décider les affaires relatives à son départ, il fit appeler le Parlement, et tous les capitaines de la ville, auxquels il en recommanda expressément la garde et conservation. De là, ayant entendu publiquement une seconde messe, il accueillit avec beaucoup de bienveillance les ambassadeurs des princes, à l'exception de ceux d'Espagne et de Savoie, et je me présentai aussi moi-môme. Ayant ensuite pris congé de sa femme, il alla au palais de la reine-mère en faire autant : il y monta à cheval, accompagné des cardinaux de Bourbon, de Vendôme, de Vaudemont,

de Lenoncourt, de plusieurs évéques et d'une nombreuse noblesse, au milieu d'un immense concours de peuple^ à rinexprimable satisfaction du roi. Arrivé au pont Notre-Dame, il descendit de cheval, alla à pied jusqu'à Téglise, où il pria quelques instants, puis, remontant à cheval, il fut accompagné, jusqu'en dehors de la ville, par plus de soixante millepersonnes, faisant entendre les plus bruyantes acclamations. »

Mais cette ovation, cet enthousiasme du peuplepour un prince si peu digne de régner, n'était, comme il est souvent arrivé à Paris et ailleurs, qu'une vaine démonstration d'un moment, impuissante à le tirer d'embarras. Il manquait toujours d'argent pour payer sa petite armée. Paraissant ne pas comprendre le véritable motif du refusde Sixte, il était revenue la charge pour obtenir, non pas un subside, mais un prêt de trois cent mille écus. Mais il avait éprouvé un nouveau refus. D'un autre côté, nonobstant la bulle du pape et les efforts de àon nonce, le clergé de Paris, soutenu par les ligueurs, se refusait à l'aliénation des biens ecclésiastiques, sur le prix desquels Henri avait compté. Dans son extrême détresse, il n'avait trouvé que le sénat de Venise, disposé à lui venir en aide. La sérénissime république lui avait prêté cent mille écus. avec lesquels il put faire face à ses plus pressants besoins.

Des intrigues de toutes sortes s'agitaient autour de lui, à la cour, dans Paris, à l'armée du duc de Guise. Le duc d'Épernon, invité par le nonce à se reconcilier avec le chef de la Ligue, pour combattre avec plus d'avantage les huguenots, accusait Henri de Lorraine d'avoir tenté de le faire assassiner, et réclamait la protection du souverain pontife pour le soustraire à ce

danger. Le duc de Guise, entré en campagne avant le roi, se montrait extrêmement désireux de défaire seul, avec les troupes qu'il commandait, les reîtres allemands, afin d'augmenter sa gloire ei son influence dans Paris, et de rabaisser celle du roi. Henri III n'osait pas risquer dans une bataille le peu de soldats qui lui fussent restés fidèles. Le roi de Navarre et le prince de Gondé, chefs des huguenots, cherchaient à tirer profit des embarras du roi de France, et attendaient, pour aller à sa rencontre, leur jonction avec les reitres. Dans le Languedoc, le connétable de Montmorency ménageait les protestants et les catholiques, afin de mieux assurer son autorité, presque indépendante de celle du roi. Enfin, tout était trouble, confusion et guerre dans la malheureuse France, et le nonce Morosini était dans le vrai, en écrivant à Sixte : « Qu'on y voyait à la fois des armées nationales et étrangères, des factions d'État et de religion, des factions de catholiques et de protestants, des factions de politiques et de ligueurs ^ »

Les choses étaient dans cette triste situation, lorsque le pape apprit la victoire du roi de Navarre à Contras, et la mort du duc de Joyeuse, qui commandait dans cette journée l'armée catholique. Graignant que le succès du parti protestant n'amenât le faible Henri III à conclure un arrangement avec leur chef, et que ce rapprochement n'ouvrît par la suite à un prince huguenot le chemin à la couronne de France, Sixte s'empressa de renouveler, par son nonce, ses efiforts et ses instances pour déterminer un accord entre Guise et les

1. TempesU, lib. XX, ad finem, p. 318 à 343; et lib. XXI, n«»» I et If, p. 344 el 34G.

ligueurs d'une part, etj le duc d'Épernon et Henri de Taulre; mais aucune des parties n'agissait avec la moindre sincérité. Le duc de Guise visait au trône de France, et il espérait se servir de la Ligue pour y arriver ; tandis que bon nombre de ligueurs, vendus au roi d'Espagne, s'étaient faits les instruments de sa politique. Quant au duc d'Épernon, il aurait préféré, à défaut de Henri HI, avoir pour maître le roi de Navarre. Les nouvelles tentatives du nonce, essayées soit auprès de madame de Nemours, mère des Guise, soit auprès du duc d'Épernon, demeurèrent sans aucun résultat; ce qui détermina l'envoyé du souverain pontife à lui écrire : « Qu'il avait su de la reine-mère et du maréchal de Retz que le roi et les Guise tendaient à terminer cette scène par une tragédie; » information qui troubla profondément le pape^

Toutefois, comme il apprit bientôt le succès remporté sur les troupes allemandes le 26 octobre 4567, par le duc de Guise, à Vimory près de Montargis , il adressa un bref à ce prince, dans lequel il le comparait à Judas Machabée.

Soit que le duc de Guise , enflé par ce succès, eût conçu encore une plus haute opinion de lui-même, soit qu'il vît dans le bref du pontife une avance dont il devait profiter, toujours est-il qu'il résolut de lui demander en mariage pour son fils aîné, le duc de Joinville , Flavia Peretli , petite nièce du pape , qui épousa peu après Virginie Orsini, duc de Bracciano : il écrivit donc lui-même à Sixte pour lui exposer cette demande.

L'idée du duc, en faisant contracter cette alliance à

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