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son fils, était de le pousser, si lui-même ne pouvait y arriver, sur le trône de France ; il savait que Henri de Valois, condamné par ses excès honteux à ne point avoir d'enfants, était attaqué d'une maladie de langueur qui devait le conduire au tombeau. Aidé de l'appui moral et de l'argent du souverain pontife , le duc espérait faire accepter par la Ligue son fils comme roi de France, en excluant les princes de la maison de Bourbon, et particulièrement le roi de Navarre, le principal fauteur de l'hérésie. Mais Sixte, après avoir fait force remercîments au duc, refusa cette proposition de mariage, prévoyant, dit un historien, qu'il ne tarderait pas à s'élever entre la Ligue et le roi de France les plus graves dissentiments, et ne voulant pas donner soit au roi, soit aux Guise le moindre prétexte de mécontentement*. — Cette raison ne nous semble pas la vraie : il paraît plus naturel et plus problable que, se trouvant engagé avec le roi d'Espagne dans la grande entreprise contre l'Angleterre, Sixte n'ait pas voulu, dans la crainte d'exciter les méfiances de Philippe, accorder sa petite nièce à un prince qui paraissait alors, avec le roi de Navarre, le compétiteur le plus dangereux que le Roi Catholique dût avoir à combattre un jour, pour saisir la couronne de France qu'il convoitait.
Le cardinal d'Esté et la république de Venise, qui avaient découvert le secret du duc de Guise, et pénétré la proposition d'alliance soumise par lui au chef de rÉglise, en donnèrent avis à Henri III : ce prince en conçut une haine encore plus violente contre les Guise, et parut touché du refus du pape, auquel il fit dire par
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son nonce : «Qu'il avait agi comme le véritable sage, n'étant attentif qu'à procurer la paix du royaume, sans chercher des avantages pour les siens. »
La connaissance de cette tentative d'alliance, proposée au pape par le duc de Guise, disposa Henri III à un rapprochement avec le roi de Navarre. Les reîtres allemands, après avoir été surpris et battus dans plusieurs rencontres, venaient d'obtenir un sauf-conduit du roi pour quitter la France et rentrer dans leur pays. Henri se sentait plus fort, et moins exposé aiix attaques des protestants. De son côté, le nonce insistait tantôt auprès du roi et de sa mère, tantôt auprès des Guise , et plus souvent encore auprès du duc d'Épernon, pour opérer un rapprochement entre eux. Une réconciliation sincère eût été, en effet, le seul moyen de combattre efficacement le roi de Navarre et l'hérésie, but principal de toutes les démarches du souverain pontife. Mais il n'y put jamais parvenir. Henri III répondit à toutes les ouvertures avec une dissimulatign profonde; et s'il paraissait approuver les conseils et les propositions du pape et de son envoyé, il faisait, en réalité, presque toujours le contraire, soit qu'il y fût naturellement porté par son caractère versatile, soit qu'il se laissât diriger entièrement par la haine irréconciliable que son favori, le duc d'Épernon, nourrissait contre le chef des Guise et de la Ligue. Ce dernier n'était pas plus sincère que le roi, et il ne songeait nullement à se soumettre à son autorité. S*il se montrait obséquieux, et, en apparence, plein de respect dans ses rapports publics avec le monarque, il devenait de jour en jour plus hautain dans ses exigences. Il avait adressé au chef de l'Église un long mémoire justificatif de sa conduite, dans lequel il
chargeait le roi et le duc d'Épernon de nombreux griefs. Sixte, à Tinstigation de Morosini, avait répondu par un nouveau bref, dans lequel il complimentait le duc de ses succès contre les Allemands, l'engageant à se réconcilier avec le roi afin de combattre Thérésie^. Mais, loin d'amener un accord, ce bref avait excité de nouvelles méfiances dans l'esprit de Henri III» les ligueurs ayant répandu le bruit que le pape leur était entièrement favorable, et qu'il en donnait une preuve évidente par cet écrit. Dans un long entretien avec le secrétaire d'État Villeroy, le nonce s'efforça d'effacer l'impression que ce bref avait produite ; mais il échoua, bien qu'il eût communiqué à ce ministre une dépêche écrite par le cardinal de Montalto, dans laquelle il protestait de l'attachement du souverain pontife pour le roi, affirmant que le chef de l'Église ne souffrirait jamais que sa dignité royale fût mise en question ^.
Le nonce ayant voulu rendre compte au pape de cet entretien, et de l'influence irrésistible que le duc d'Èpernon exerçait sur le roi de France, Sixte se contenta de dire : — « Que Henri de Valois voulait être un autre Saûl des livres saints '. »
11 ne s'était pas trompé : peu de temps après eut lieu la journée des Barricades, et le roi de France fut obligé d'abandonner sa capitale, A la réception de cette nouvelle, Sixte fit écrire au nonce par le cardinal de Montalto une dépêche qui peint bien l'énergie de son caractère, mais qui ne montre pas moins l'esprit de son temps. — « Notre seigneur, écrivait le cardinal, a perdu le sommeil et l'appétit, prévoyant la ruine du royaume