‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 86 sur 174 · IbUl., n® XII, p · texte numérisé non relu

IbUl., n® XII, p

France. Le cardinal de Monlalto ]ui écrivit à cette occasion, le 21 août 1588, pour stimuler son zèle, qui venait d'être récompensé par les plus hautes dignités de rÉglise. En outre, le pontife lui envoya de nouvelles instructions, motivées sur Tétat de la France, et la situation du roi vis-à-vis de la Ligue. On y voit que Sixte penchait alors complètement du côté des Guise et de la Ligue; il recommandait au nouveau légat, entre autres choses :

1" D'obtenir que le concile de Trente fût reçu librement en France, comme il lavait été dans les autres Ëtats catholiques; qu'il le fallait absolument, et que sans cela on ne devait faire aucun arrangement.

2^^ Que dans la réception en France des balles et constitutions apostoliques, le Parlement, le Conseil ou tout autre tribunal ne devait pas avoir la témérité de les déclarer comme d'abus.

3** Que les hérétiques devaient être poursuivis à la fois par les armes spirituelles et temporelles;

4k'' Qu'autant qu'on le pourrait, on devait faire une loi très-sévère pour empêcher qu'aucun prince hérétique ne pût succéder au trône de France.

5o Que le duc de Guise et tous ses adhérents devaient être embrassés et favorisés comme les premiers promoteurs et défenseurs de la religion catholique dans ce royaume : c'est pourquoi le Saint-Siège apostolique les prenait tous sous sa protection spéciale.

6^» Que si le roi de Navarre avec ses partisans voulait revenir à la foi catholique et à l'obéissance du roi, il devait y être reçu selon la forme qui serait déterminée à Rome; et que s'il s'y refusait, on devait lui faire la guerre selon les lois canoniques et civiles.

Dans le môme temps que Sixte envoyait ces nou-

velles instructions, le comte d'Olivarès le pressait vivement de fulminerrexcommunication contre la reine Elisabeth. Le pape réunit les cardinaux, leur fit connaître le traité signé avec le roi d'Espagne, et sa résolution bien arrêtée de prendre part à l'entreprise dirigée contre TAngleterre. Ensuite , renouvelant .et confirmant les excommunications prononcées par Pie V et Grégoire XIII contre la fille de Henri VIII, il exposa les raisons qui déterminaient le roi catholique à faire de puissants armements, non pour la ruine, mais pour le salut de l'Angleterre.

Et d'abord, il démontra qu'il était impossible de réduire ces peuples à redevenir comme autrefois les véritables sectateurs de Jésus-Christ, s'ils n'étaient pas débarrassés auparavant du gouvernement tyrannique de leur prétendue reine, laquelle, imitant l'impiété que son père avait montrée dans ses dernières années, et même la dépassant, persécutait particulièrement tous ceux qui avaient encore conservé dans ce royaume l'ancien zèle de la religion envers Dieu et envers la sainte Église romaine. C'était pour ce motif, qu'excité par les sollicitations réitérées de ces Irès-fidèles catholiques, et spécialement sur les instances du roi d'Espagne, il s'était décidé à porter remède à ce mal, même pour le repos et la tranquillité de toute la chrétienté.

Ensuite, il prouva qu'il était très-conforme au droit et à la raison d'attaquer, avec les armes, cette femme déclarée tant de fois hérétique et schismatique^ qui avait certainement usurpé le trône, contrairement aux conventions stipulées autrefois entre Alexandre III, son prédécesseur, et Henri II, de n'admettre jamais personne à la royale couronne d'Angleterre,

sans le consentemenl du souverain pontife romain. A l'appui de cet argument, il énuméra beaucoup d*injustices, d'extorsions faites ou permises par la fille de Henri VIII, contre des sujets anglais et irlandais; outre qu'elle avait excité, poussé, favorisé et secouru les sujets des princes, ses voisins, contre leurs propres souverains et naturels seigneurs, recevant, caressant et fomentant les sujets rebelles. Après le bienfait infini que Dieu avait accordé à Elisabeth, en la faisant naître catholique, il lui reprocha d'avoir eu le cœur assez dur pour répondre à cette grâce par une monstrueuse ingratitude, excitant et agitant les armes de l'ennemi éternel des chrétiens contre les fidèles. Il ajouta que des évoques, des prélats et d'autres personnages sacrés, recommandables par leur excellente vie, avaient été traités par elle de la manière la plus inhumaine; qu'elle avait, pendant longtemps, tenu prisonnière la reine Marie d'Ecosse, appelée d^àbord et assurée d'un sauf-conduit par elle-même, et finalement mise à mort par son ordre avec la dernière injustice, à l'aide d'un prétexte supposé. Il rappela les ruines, les profanations des églises et des monastères, avec l'usurpation des dignités et des biens de l'Église de Dieu, faisant ainsi trafic des lois divines et humaines.

En conséquence, par ces motifs, il exhortait tous les peuples, soumis jusqu'alors au joug de cette reine intruse, à secouer son autorité : leur ordoniïant d'aider l'armée qui, sous la conduite du duc Alexandre de Parme, devait entrer dans cette île, afin de la délivrer de cette servitude insupportable; déclarant et protestant que son intention, celle du roi catholique et du duc de Parme, n'était pas d'opprimer leur patrie, ou de

changer les bonnes lois et les bonnes coutumes du pays; mais seulement de }eur rendre la liberté^ de confirmer et d'accroître leurs privilèges, en rétablissant la très-ancienne religion catholique, apostolique et romaine, professée avec tant de gloire par leurs ancêtres : finalement, il promettait une large et générale absolution de toutes ses fautes, à quiconque, s'étant confessé et ayant communié, irait s'associer et prendre part à cette entreprise ^.

Telle était la substance de la bulle de Sixte : il la fit traduire en anglais par le nouveau cardinal AIlan, afin de pouvoir la répandre en Angleterre, dès que l'armée catholique aurait débarqué dans cette île.

Le roi d'Espagne, de son côté, venait de publier un manifeste, par lequel il expliquait les raisons qui le déterminaient à porter la guerre en Angleterre. Il y disait qu'il avait reconnu, de l'avis de son conseil et du duc de Parme, qu'il lui était impossible de posséder paisiblement son patrimoine dans les Pays-Bas, tant qu'il aurait pour ennemie la reine d'Angleterre, ou du moins tant qu'il n'aurait pas affaibli ses forces. Il ajoutait que par lui-môme et par ses ministres, il avait usé de tous les moyens qui semblaient les pi as convenables pour la détourner de fournir des secours à ses sujets rebelles, mais qu'il n'avait jamais pu y parvenir; qu'il ne lui restait donc que l'unique remède de chercher à affaiblir tellement ses forces, qu'elle se vît réduite à l'impossibilité de secourir, par des soldats et des subsides, les sujets révoltés de la couronne catholique.

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