‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 87 sur 174 · TempesU, t. II, lib. V, iio«xxxiii à xxxvin, p · texte numérisé non relu

TempesU, t. II, lib. V, iio«xxxiii à xxxvin, p

24a VIB DE SIXTB-QniNT.

Comme il arrive presque toujours^ à l'occasion des traités d'alliance les plus importants^ la bulle d'excommunication et le manifeste du roi d'Espagne ne disaient pas tout : il demeura convenu, par un acte secret^ qu'aussitôt que Philippe aurait soumis rAngleterre à Tobéissance de TÉglise romaine, il recevrait les lois du pontife et son investiture, et, en même temps, le titre de Défenseur de la Foi, comme ayant bien mérité de rÉglise, conformément aux conventions stipulées par Henri II, et renouvelées par le roi Jean ' .

Après cet accord définitif, les préparatifs de Fexpé^ dition furent poursuivis, tant en Espagne qu'en Portugal et en Flandres, avec la plus grande célérité. Le duc de Parme, Alexandre Farnëse, qui commandait les troupes espagnoles dans les Pays-Bas et s'était emparé d'Anvers, aurait voulu que l'amiral de la flotte espagnole, qui devait être dans l'origine le duc de Santa-Groce, remplacé ensuite par le duc de Mediitd Sidonia, se fût assuré de la possession d'un port, avant de rien tenter contre l'Angteterre. Ge port aurait servi tout à la fois dé place d'armes et de lieu de refuge^ pour mettre les vaisseaux à l'abri des tempêtes si fré^ quentes et si dangereuses dans la Manche^ et surtout dans le détroit du Pas-de«Galais. Il proposa dans ce but plusieurs ports sur les côtes de la Hollande et de la Zëlande, et, en dernier lieu^ le port d'Anvers.

Ce conseil, appuyé par d'excellentes raisons, et proposé par un général d'une expérience consommée^ fut

1. Cotiifêntuinqtte in ttrcatto dietikTi Ut Phitippuê tegtinin ad jRtf-> man« ecclesiœ obedienîiam redactum , tanqnam éjux benefiektrhtm juxta contractus ab Henrico secundo et Joanne regibus initi et renovati , leges a ponti/ice cum titulo defensoris Fidei acciperet. — SpondanOf eité par TempesU, ibid,, n» xxiix, p. 81 , arf mhm (6).

accueilli avec une grande faveur par le pape. En répondant ail duc pour exprimer son adhésion, il lui fil remarquer qu'il avait déjà garanti au monarque catholique le payement d'un million d'écus d'or^ que par conséquent Sa Majesté était pleinement assurée de ne pas manquer de fonds. Mais le prudent conseil du duc de Parme ne fut pas approuvé à la cour d'Espagne. Les envieux de sa gloire ne manquèrent pas de dire que c'était uue politique du prince pour faire traîner la guerre en longueur, et perpétuer dans les Pays-Bas Tautorité de son commandement. Ils faisaient observer qu'il ne serait pas convenable de dépenser une aussi forte somme pour se borner à s'etnparer d'un port; et que, d'ailleurs, la réussite de cette entreprise paraissait douteuse, attendu Tincertitude où Ton était sur les dispositions du roi de France : ils concluaient qu'il était préférable d'attaquer directement l'Angleterre, avec toutes les forces dont on pouvait disposer.

Le pape, informé que le roi d'Espagne ne voulait pas consentir à la proposition du duc de Parme, écrivit à Philippe pour porter l'armée du prince à trente mille hommeS) afin que, lorsque l'occasion se présenterait favorable, Farnèse pût embarquer ses troupes sur des bâtinients de transport, et les diriger par la Tamise vers Londres, dans l'espoir d'y réunir les catholiques anglais qui n'osaient pas encore se déclarer.

Peu de temps avant, Sixte avait appris que le Roi Catholique se proposait de proposer lui-même à là nomination du souverain pontife les évéques^ les archevêques et même les cardinaux espagnols. Cette nouvelle avait beaucoup irrité le chef de rÉgliâe< qui voyait dans cette prétention un empiétement coupable sur les droits du Saint-Siège. Il saisit l'occasion du traité

conclu récemment contre Elisabeth , pour s'y opposer, et il écrivit ù Philippe II, de sa propre main, en ces termes :

« Nous avons fait exécuter sur-le-champ tout ce que le comte d'Olivarès nous a demandé, relativement au concours que nous devons prêter à l'entreprise, et nous croyons qu'il en a pleinement informé Votre Majesté. Avant de la commencer. Votre Majesté doit d'abord se bien réconcilier avec Dieu Notre-Seigneur, parce que le péché des princes détruit les peuples et défait les royaumes, et que Dieu s'indigne plus de l'usurpation de la juridiction ecclésiastique, que de tout autre péché, ainsi qu'il appert des histoires sacrées et profanes.

« On a conseillé à Votre Majesté de comprendre dans sa pragmatique les évoques, archevêques et cardinaux : c'est un très-grand péché, parce qu'EUe doit excepter ces ministres de Dieu de cette pragmatique, et en faire pénitence; autrement, il pourrait lui survenir quelque châtiment. Que Votre Majesté n'ajoute pas foi à celui qui lui conseille le contraire, parce qu'il faut nécessairement qu'il soit ou un flatteur ou un athée : mais qu'Elle ajoute foi aux paroles émanées de nous, qui sommes son père donné par Dieu, et qu'Elle croie à l'autorité de l'Église, qui est la mère à laquelle Votre Majesté est obligée d'obéir — de necessitate salutis (pour pouvoir être sauvée).

« Si vos conseillers sont versés dans la connaissance de l'histoire, qu'ils consultent Eutrope; s'ils ont quelque notion des saints canons, qu'ils lisent la distinction 9i et 96; s'ils veulent recourir à la loi civile, qu'ils lisent — de sanctis episcopis; s'ils sont disposés à s'en rapporter à la théologie, qu'ils lisent le premier

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et le second opuscule de saint Thomas, et ensuite ils ne donneront pas à Votre Majesté de mauvais conseils.

« César, Octave et d'autres empereurs avaient tant de respect pour la juridiction sacrée, que, lorsqu'ils voulaient faire quelque loi concernant les personnes sacrées, ils se faisaient élire pontifes.

« Nous avons versé beaucoup de larmes pour le péché de Votre Majesté, et nous avons la confiance que, si elle s'en corrige, Dieu lui pardonnera, ainsi que nous le prierons toujours et pour cela, et pour qu'il lui accorde tout autre bien et prospérité '. »

Cette lettre prouve que Philippe II subordonnait la religion à sa politique, et que, de son côté, le pape mettait Tautorité du chef de TÉglise bien au-dessus de celle des rois. Nous ignorons si le fils de Charles- Quint s'humilia devant les conseils impérieux et la menace de damnation du souverain pontife ; s'il le fit, son repentir fut impuissant à rendre le Dieu des armées favorable à sa cause. En effet, Y invincible Armada^ composée d'environ cent quarante navires, dont plusieurs de première force, portant un corps de débarquement considérable, à peine sortie des ports de VEspagne et de Portugal, fut assaillie par de violentes tempêtes, qui la dispersèrent dans toutes les directions avant qu'elle eût pu gagner les côtes d'Angleterre. Après beaucoup d'efforts pour la réunir, elle reprit la mer le 20 août 1588, et fit voile vers le canal qui sépare l'Ecosse de l'Irlande. Là, elle se trouva de nouveau exposée à une bourrasque furieuse, qui poussa un certain nombre de bâtiments à la côte, endommagea les autres, et les força de regagner, avec beaucoup

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