‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 88 sur 174 · Tempesti, t. II, lib. VI, n» xxî, p · texte numérisé non relu

Tempesti, t. II, lib. VI, n» xxî, p

de diflicultés, les ports espagnols. Telle fut la fin de ce grand armement, dont Tanéantissement porta le plus rade coup à la puissance de Philippe II. Cet événement fut à la marine espagnole ce que la victoire de Rocroy , environ un demi-siècle plus tard, fut à son armée de terre. La dispersion de ce formidable armement excita en Angleterre et dans les Pays-Bas rassurés une explosion d'enthousiasme, qui se traduisit par des prières et actions de grâces, et par des réjouissances de toute espèce. Pour perpétuer le souvenir d'un événement, dans lequel les puritains anglais et les protestants hollandais voyaient un signe manifeste de la protection divine, on frappa dans les deux pays plusieurs médailles. Une des plus curieuses, comme monument de Tépoque, est celle que les États des Provinces-Unies firent composer et répandre en grande profusion ^ Elle représente le pape, des cardinaux, des évéques , Tempereur d'Allemagne et le roi d'Espagne assemblés en conseil, ayant des oreilles d'Ane et des bandeaux sur les yeux ; dans le haut de la médaille on lit ce vers de Lucrèce :

0 cmeoi hommum iMntes, opeetora emea!

Oh! que l'esprit de l'homme est plein d'aveuglement!

Autour de la médaille, ce passage des Actes des apôtr^s, chapitre neuvième :

Burum est contra stimulas recalcitrare.

]) est dur de regimber contre raiguilloq.

t , Klle est reproduite dans V Histoire métallique de la République r^^ Hollande t par Bizot, gravures de Sébastien Leclerc. — Paris, hunlol Hortemels, 1667, avec privilège du roi, 1 voi. in-4*, p. 59.

Au revers, une flotte battue par la tempête avec ces

mots :

Veniy vidCj vive.

Tu Deus magnus et magna facis :

Tu solus Deus.

Viens , vois, vis.

Seigneur, vous êtes grand et vous faites les grandes choses :

Vous êtes le seul Pieu,

A Rome, la nouvelle de ce désastre réjouit les ennemi» du roi d*£spagne. Le pape déplora en sileaca la funeftte issue d'une entreprise, dont la non-réussite ajoutait à Torgueil et à la force de l'hérétique Elisabeth et des confédérés, qui luttaient contre le duo de Parme : mais il ne se crut pas obligé de débourser le ïpilUon d*or qu'il avait promis, aucune des d^ux conditions imposées par lui à la délivrance de ce subside n'ayant été réalisée, A partir de cet événement. Sixte Q^a résister aux exigences du roi d'Espagne, al dans sa politique avec la France, il se montra moins disposé à seconder les desseins de Philippe JI,

Ce prince, en apprenant le sort de sa flotte, dissimula son dépit et son chagrin, et ordonna de rendre, dans tous ses Êt^ts, des prières d'actions de grâces au Dieu des armées, de ce qu'il avait bien voulu permettre qu'une partie des vaisseaux et des soldats espagnols eussent échappé à une perte qui semblait certaine.

En France, les ligueurs, vendus à TEspagne, furent frappés de stupeur. Mais le duc de Guise vit avec satisfaction rhumiliation d'un de ses rivaux à la couronne. Henri III et le petit nombre de ses sujets restés fidèles apprirent également avec joie cet éclatant échec. Quant au roi de Navarre, il s'empressa d'en féliciter la reine Elisabeth, son alliée.

Page 1