‹ Histoire de Sixte-QuinteChapitre 89 sur 174 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Intrifoet qui précèdent Pouverture des États de Blois. — Henri 111 ebaiig« ses œinislres et refuse de les reprendre. — Il promet de Tciller i U sAreté du duc de Guise. — Le pape ne veut pas s'associer aox projets de Philippe 11 sur la couronne de France. — OuTertnre des États de Blois. -> Nouvelle de l'occupation du marquisat de Saluées par le due de Satme. — Discussions sur la publication du concile de Trente. — Henrila repoasse, malgré les efTorts du pape. — Le légat se rapproche de l'Espagne. — Siite rejette ses propositions.— Les États déclarent Henri de Navarre incapable de succéder au trtoe de France. — Puissance des Guise.^Relation dn légat éciite au pape de l'assassinat du duc et du cardinal de Guise.— Démarches du légat auprès du roi. — Réponse de ce prince; il se justifie par un bref obtenu du pape. •— Indignation de Siite ; son allocution au Consistoire. — Le cardinal de Joyeuse.— Cardinaux chargés d'examiner la conduite de Henri III.

— Ce prince communique le bref du pape au légat. — Réponse de Sixte.

— Embarras du légat. — Alliance de Henri III avec le roi de Navarre. — Excommunication du roi de France. — Le légat Morosini obtient son rappel. — Assassinat de Henri III. — Singulières paroles du pape à ce sujet.

— Henri de Navarre nommé roi de France. — État de ce pays. — Le pape favorise les vues du roi d'Espagne et fait alliance avec lui. — Le cardinal Gaetano envoyé légat en France : ses instructions. — Succès de Henri lY ; il envoie le duc de Luxembourg à la république de Venise et au pape. — Sixte l'accueille avec bienveillance , malgré la protestation d'Olivarès. —

— Le légat à Paris. — Victoire d'Ivry. — Le pape repousse les prétentions d'Olivarès. — U penche du c6té de Henri IV. — Il tomt>e malade et meurt.

Henri III, accompagné de sa cour, était arrivé à Blois le !•' septembre 1588, se préparant à ouvrir en personne les Etats-Généraux du royaume. Tenu dans une crainte continuelle des Guise et de leurs adhérents, il changea quelques-uns de ses ministres, qui lui étaient devenus suspects, entre autres le chancelier

de Chiverni, Bellievre, Villeroy, Pinard et Brulard, conseillers d'Etal. Ce remplacement contrariait le légat, qui avait des relations intimes et confidentielles avec plusieurs d'en tr' eux. 11 résolut de faire une démarche auprès du roi en leur faveur; mais il ne réussit pas à le faire revenir de cette détermination. Henri, dans cette circonstance, lui répondit en prince : «Je veux entièrement, dit-il, apprendre du pape à me faire obéir et craindre de tous; mon ambassadeur près de Sa Sainteté m'écrit par son ordre que je dois me faire obéir et craindre de mes ministres et de mes sujets. J'ai maintenant trente-sept ans, et je veux, à l'avenir, me consacrer entièrement au gouvernement de mon royaume, et voir si, en le dirigeant à ma manière, je pourrai ramener les affaires publiques à un état plus satisfaisant que celui qui a été la conséquence des conseils de ces ministres. Alors même que je ne les éloignerais pas du gouvernement, il arriverait probablement que leur renvoi serait demandé par les États, parce qu'ils ont servi d'instruments à beaucoup de factions qui ont occasionné dans le royaume un grand dommage, au détriment de mes peuples. » Cette réponse ferma la bouche au légat.

Toutefois, connaissant l'esprit versatile et irrésolu du roi, il revint bientôt à la charge, poussé par le duc de Guise, dont il paraissait alors servir les intérêts. Ce prince lui avait montré une lettre écrite par un certain abbé d'Orbes, dans laquelle on l'engageait, au nom même du pape, à se tenir sur ses gardes, parce qu'il se tramait un complot contre sa vie. Le légat ayant été trouver le roi, fit tomber adroitement la conversation sur ce bruit, et ne craignit pas de représenter au prince : « Que rien ne pourrait être plus in-

ftme pour son nom et plas dangereux pour son royaume, que l'assassinat qu'il aurait laissé OKécuter dans son propre château. » Henri répondit : « Qall veillerait à la vie du duc de Guise comme sur sa propre vie , et que ledit duc n'avait aucun motif de craindre. * Le cardinal répliqua qu'il en était pleinement convaincu , mais que , selon la voix publique parvenue jusqu'au trône pontifical, il n'en était pas ainsi. Il insista ensuite sur la nécessité d'un rapprochement sans réserve avec les Guise et la Ligue, afin de combattre l'hérésie. Henri, avec sa dissimulation habituelle, parut approuver le conseil du cardinal, mais en réalité, il était encore, s'il est possible, moins sincère cette fois que les précédentes, car il songeait sérieusement à se défaire du duc de Guise.

De son côté, le légat n'ajoutait aucune foi aux paroles du roi. Aussi, revenant à l'idée poursuivie par l'ambassadeur d-Espagne en France, et abandonnant la cause du duc de Guise, il écrivit au cardinal de Montalto : « Que le moment lui paraissait favorable pour que le souverain pontife reprît la négociation précédemment ouverte, d*unir par un traité le Roi Catholique au Roi Très-Chrétien, parce que rien ne pourrait mieux servir à l'extirpation de l'hérésie et à la tranquillité de la chrétienté. «Autrement, concluait-il, jamais il n'y aura de paix ni en France, ni dans les Pays-Bas. »

Mais Sixte répondit : « Que la déplorable issue de Tenlreprise espagnole contre TAngleterre rendait sa proposition intempestive, parce qu'il paraîtrait au Roi Catholique qu'on ne lui faisait cette proposition que pour le déshonorer, le croyant incapable de rétablir ses forces; que, peut-être, Dieu avait réservé à la

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Fr^ce Tentreprise eoDtre TAngleterra, parc^ qu'^sn portant la guerre au dehors, la tranquillté se rétablirait au dedans, comme on Tavait toujours vu chez Im Romains. » En ce qui concernait les soupçons conçus par le duc de Guise, il faisait remarquer : « Que Sa Majesté Tayant reçu en grâce, et le duc s'ôtant réconcilié avec Elle, on ne devait pas rappeler les événements £^rrivés à Paris ou ailleurs, mais pardonner tout, copime il convient surtout aux princes, lesquels sont obligés de montrer un cœur au niveau de leur grandeur, et disent eux-mêmes aussi àDieu Notre-8eigneur : Dimitte nobis débita nostra, u Pardonnez -nous nos péahés ^. »

Au milieu de toutes ces intrigues, l'époque fixée pour r ouverture des Ëtats-G^néraux du royaume était arrivée . EUo eu t lieu à Blois le dimanche i octobre 1 586, par une procession solennelle, à laquelle assistèrent le roi, les reines, le cardinal légat et les députés des trois ordres. Pour appeler la protection divine sur les délibérations de rassemblée, un jeAne de trois jours (ut ordonné, comme préparation à la communion générale qui devait avoir lieu le dimanche suivant. Le lundi 3 octobre, Iqs trois ordres élurent chacun son président, rassemblée reçut les communications royales, et commença ses travaux au milieu d'une sombre inquiétude.

Le 19 octobre, un courrier, envoyé à Catherine de Mëdicis par le grand-duc de Toscane, arriva à Blois, et apporta la nouvelle que le duc de Savoie venait de s'emparer de toutes les places du marquisat de Salaces. Aussitôt, le duc de Guise vint trouver le légat, et se plaignit amèrement que cette usurpation serait

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