I. Tempesli, ibid,^ n®* xxxi à xxxv, p
cause de la ruine de tout le royaume et de la religion catholique, parce que le roi, afin de pouvoir faire la guerre au duc de Savoie, s'arrangerait pour conclure la paix avec le roi de Navarre, ne pouvant pas entretenir deux armées à la fois.
Henri III se montra en effet extrêmement irrité contre Charles-Emmanuel. La noblesse française partageait son indignation, et demandait à marcher contre ce prince. Mais le roi n'était pas en mesure d'envoyer une armée reprendre les places que le gendre de Philippe II avait enlevées. D'ailleurs, les débats élevés au sein des États sur la réception et la publication du concile de Trente, toujours poursuivies par le souverain pontife, etjusqu'alors éludées parle monarque, absorbaient l'attention générale. L'affaire avait été soumise à l'ordre du clergé, qui s'était divisé sur la question. Après de longues discussions, il était tombé d'accord de proposer au roi la publication du concile au bout de deux ans, temps jugé nécessaire pour régulariser la composition des chapitres et Tadministration de certains biens ecclésiastiques ; mais, à la condition de réserver l'autorité royale, les libertés de l'Église gallicane, et les exemptions et privilèges particuliers accordés à plusieurs chapitres pour cumuler la possession des bénéfices.
Mais Sixte, auquel les résolutions des députés du clergé furent communiquées, s'opposa de tout son pouvoir à ces conditions, et fit dire au roi que le concile devait être reçu sans réserve aucune :
1° Parce que le concile de Trente était légitime et général, et qu'un grand nombre de prélats français y avaient pris part, avec le cardinal de Lorraine et les ambassadeurs du roi ;
2o Qu'il n'était jamais arrivé, dans l'Église de Dieu, qu'un concile général fût reçu avec des exceptions;
3** Que ce qui avait été arrêté et confirmé par le Siège apostolique, avec Taccord des pères les plus doctes et les plus pieux de toutes les nations catholiques, et avec l'assistance du Saint-Esprit, ne devait pas être jeté au vent par ceux qui n'avaient aucune autorité, et que cet outrage causerait une douleur infinie au souverain pontife.
4** Que Sa Majesté, tenant le titre de Très-Chrétien, n'aurait pas dû tarder si longtemps à publier le concile, au grand scandale de toute la chrétienté, tandis que c'était à lui de donner l'exemple aux autres; et que cette hésitation ne manquerait pas de provoquer l'indignation de Dieu contre lui et contre le royaume. »
Mais le roi, soutenu par le clergé inférieur, résista à cesinstancesetàces menaces. Cependant, pour montrer personnellement son désir d'être agréable au souverain pontife, il autorisa le légat à écrire qu'il était prêt à publier le concile, en écartant la réserve relative aux libertés de l'Église gallicane, et sous la seule condition de la conservation des droits du roi et du royaume, Salvis junbus régis et regni. Mais Sixte ne voulut faire aucune concession : il fit répondre par le cardinal de Montalto : « Que non-seulement il n'acceptait pas la clause Salvis juribus régis et regni ^ mais qu'il la maudissait ^ et que le roi de France, qui voulait faire des pactes avec Dieu, s'apercevrait bientôt où cela le conduirait; car il devait bien savoir que
l. La clauiula, — Salvis juribus retjis et regni f. — nostro signore non solo non Vaccetia, ma la maledice. — Tempesll, t. 11, llb. VH, noxi.v, p. 113.
les paroles des conciles généraux sont paroles de Dieu, pnisqtie les pères disent : Vismn Ht Spiritui Soneio et mbiê. il demeura donc inflexible , et cette négociation fut rompue.
Peu ayant cette rupture^ le pape atait dicté à son petit neveu une dépêche destinée à être communiquée au roi de France parle légat, dans laquelle il traitait ce prince arec le dernier dédain, s'efforçant, pour ramener à la publication pure et simple du concile, de rintlmiderpar la menace de la vengeance divitie. Mais le roi, contre ses habitudes^ ne changea pas de résolution, et le pape flt dire au légat de ne pas pousser plus loin ses réclamations.
Soit que, dans cette discussion, le cardinal eût été mécontent du duc de Guise, soit que Tambassadeur d'Espagne Teût amené par d'autres arguments à servir les intérêts du roi son maître» toujours est-il qu'il reprit avec lui la négociation précédemment entamée, pour la conclusion d'une alliance entre Philippe II et Henri de Valois. La raison apparente de cette union était la destruction de l'hérésie protestante en France et dans les Pays-Bas; mais en réalité, le but principal de l'ambassadeur d'Espagne était d'amener le roi de France à déclarer Philippe II son successeur^ à l'exclUsioii du roi de Navarre et de tout autre. Depuis là formation de la Ligue < le roi d'Espagne avait préparé la réussite de oe projet, en soudoyant une partie des ligueurs^ en intimidant les autres, en pesant de lout son pouvoir sur leâ prêtres^ les religieux et les évéques partisans de la sainte Union. Mais pour les attacher définitivement à sa cause, il lui fallait l'appui du souverain pontife : Mendoza, son ambassadeur en France, lui avait gagné le légat; il s'agissait mainte-
nant de décider le pape à prendre ouverlement ce projet S0U8 son patronage.
A cette fin 4 rambassadeur de Philippe ayant été inTité à diner ches le légats décourrit au cardinal le fond de la pensée du roi son maître et ses intentions les plus secrètes; il rassura, de plus^ qu'il en arait fait déjà part au roi dé France, et qu'il Tavait trouvé si bien disposé, qu'il en concevait le nieilleur espoir; en outre, il lui remit une dépêche dictée par Philippe 11 lui-même^ qu'il venait de reoevoir4 dans laquelle ce prince concluait : « Que si le Roi Très-Chrétien consentait à s'unir avec lui contre l'hérésie^ il le trouverait bon ami et frère , et prompt à devenir une môme chose avec lui, ainsi que ses œuvres le prouveraient, a
Le légat envoya sur-le-champ cette lettre au pape, en le pressant d'entrer dans le projet d'alliance des deux couronnes, et de l'appuyer de tout son pouvoir auprès de Henri III et de la Ligue. Mais Sixte, plus désintéressé que le cardinal, et qui, bien que de loin, appréciait mieux l'état des choses en France^ accueillit froidement cette ouverture. Il refusa de s^assocler aux espérances de Philippe, prévoyant sans doute que le patriotisme des Français opposerait ti ne barrière insurmontable à l'ambition d'un roi étranger, et se tournerait d'autant plus facilement du côté de l'hérétique Henri de Navarre. 11 parut môme s'éloigner du roi d'Espagne, en recommandant au légat de faire con-^ naitre à Henri III, qu'il avait écrit lui-même au duc de Savoie, pour lui dire de restituer le marquisat de Saluces, après qu'il en aurait extirpé l'hérésie : « Qu'en conséquence, le roi ne devait pas s'en préoccuper, mais prendre exemple sur Neptune, au premier livre
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de Y Enéide^ lequel s'élant aperçu que les Vents avaient mis la main à son empire de la mer, les reprit et les menaça : — Quos ego/... mais réfléchissant ensuite, il pensa qu'il convenait mieux d'apaiser les flots : — Sed motos prœstat [componere fluctus; lesquelles choses, bien qu'elles soient des fictions, apprennent cependant à faire d'abord ce qui convient, et, par exemple, de la part de Sa Majesté, à pacifier son royaume, et ensuite à se tourner contre le duc de Savoie^ »
Sur ces entrefaites, les États-Généraux, poussés par le duc de Guise, les partisans du roi d'Espagne et le légat, avaient déclaré Henri de Bourbon roi de Navarre incapable de succéder à la couronne de France, comme hérétique, relaps et excommunié. Informé de cette résolution par l'archevêque d'Embrun, Henri HI en avait paru satisfait. Cependant, il dit qu'il lui paraissait convenable, avant de mettre cette loi à exécution, que les Étals envoyassent au roi de Navarre des délégués choisis par chaque ordre, lui-môme devant en désigner un , de son côté, afin d'inviter ce prince à rentrer sous l'obéissance de l'Église. Mais les Etals refusèrent d'accepter cette proposition, sous le prétexte qu'Henri étant excommunié, on ne pouvait pas entrer en négociation avec lui. Le roi insista de nouveau sur ce que le pape lui avait écrit: « Qu'il jugeait nécessaire, avant de déclarer la guerre au roi de Navarre, de l'exhorter à se réconcilier avec l'Église, laquelle recevait dans son sein, comme une pieuse mère, tout fils repentant. » Mais les chefs qui dirigeaient les États, et qui étaient gagnés soit aux Guise, soit au roi d'Espagne, s'adressèrent au légat, le priant d'obtenir