Tempestî, t. U, lib. YIII, n» xvi, p
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avec sa fausseté habituelle, qu'il approuvait beaucoup ce conseil , et il ajouta : « Dites-moi, et quel serait le moyen, croyez^vouSf le plus efficace pour donner satisfaction au duc ?» Le légat répondit : c II y a trois moyens : le premier est de Taimer en toute sincôrîté de cœur; le second est de ne point prêter Toreille à ceux qui rapportent à Votre Majesté du mal du duc; le troisième est que le duc, étant pauvre et chargé de dettes, Votre Majesté lui fournisse les moyens de aou^ tenir son rang, en le tenant toujours employé à quelque entreprise conforme à son inclination.» Le roi se coii«> tenta de répondre qu'il l'engageait à en causer avec sa mère, laquelle, bien qu'étant malade, le recevrait avec plaisir.
Quelques jours après cette conversation, Henri écrivit au pape, pour le prier de donner au cardinal de Guise la légation d'Avignon, devenue vacante par la résignation qu'en a^ait faite le cardinal de Bourbon « Dans sa lettre, le roi s'étendit tellement en éloges des deux frères, que Sixte, complètement trompé par cette apparence de réconciliation sincère, communiqua cette dépêche aux cardinaux en consistoire, l'appelant une recommandation merveilleuse^
Mais ces éloges, cette recommandation n'étaient qn'un moyen employé par Henri de Valois pour tromper plus sûrement le pape et pour dissimuler sa haine et ses desseins de vengeance contre les deux frères.
En effet, quelques jours après avoir écrit cette lettre au chef de TÉglise, le vendredi 23 décembre 4588^ le duc de Guise tombait assassiné par les gardes du roi de France, de l'ordre de ce prince, dans son palais, à
1, Tempesti, lib. Vlil, qos x^^vh | ^Ui p. 126-136.
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la porte même du cabinet royal. Et cependant, quelque» Instants avant ce meurtre, le roi venait d'appeler son aumônier pour lui dire que ce jour se trouvant un vendredi, il voulait, selon son habitude, se confesser et recevoir la communion ' !
Voici la relation que le cardinaMégat, qui était à Bloi», s'empressa d'envoyer ttu pape, le jour même de ce tragique événement.
«Le roi, ayant été averti de plusieurs côtés de Titttention sinistre que le duc de Guise nourrissait contre sa personne, reçut, lê 18 décembre, la visite d'Alphonse (Ornano), Corse envoyé par le duc de Mayenne, eu apparence pour la seule affaire du marquisat de Saluces, mais venant apporter au roi Tâvis secret du duc,) qu'il devait faire faire bonne garde, parce que monseigneur de Guise, son frère, complotait contre 8a Majesté, et que lui-même serait venu à Blois, s*ll avait cru possible d'y arriver assez à temps pour le détourner de ses desseins.
«Le jour précédent, ledit duc de Guise avait dit au roi^ que si les États du royaume ne s'étaient pas trou*vés en session, il aurait tué de sa main plusieurs de ceux qui entouraient 8a Majesté, et qui inculpaient constamment sa conduite, ajoutant beaucoup d'autres paroles menaçantes.
« Henri, sans communiquer sa pensée à homme Vivant, décida en soi-même de lui ôter la vie, et répandit le bruit qu'il sortirait le jour suivant pour aller à la chasse. Il fit avertir ensuite plusieurs de ses Intimes (lesquels on ne nommait pas alors), de se trouver à cinq heures du matin dans sou cabinet; ce qu'ils
i. îempesli, litre Vin, ti" xlv, p. 127-128.
firent. Leur ayant exposé son intention, et les ayant trouvés disposés à l'exécuter, il les retint dans sa chambre, et envoya dire au duc de venir assister au conseil d'Etat.
«Dès qu'il fut entré, le duc fut attaqué de chaque côté par deux gardes, et jeté à terre par d'autres, percé de coups de poignards, après avoir opposé en vain la plus grande résistance avec les mains et les dents, sans néanmoins avoir jamais pu tirer son épée. Pendant ce temps, Sa Majesté se tenait retirée dans son cabinet^ ayant auprès d'elle pour sa défense au besoin le seul Alphonse, Corse.
« Le duc mort, le roi fit arrêter et enfermer en prison le cardinal de Guise, qui se trouvait également au conseil, les ducs de Nemours et d'Elbeuf, le marquis de Joinville, l'archevêque de Lyon, le prévôt des marchands de Paris, le président de Neuilly ; et il fit placer des gardes à la porte du cardinal de Bourbon. Jl alla ensuite faire visite à la reine mère, et lui expliqua les motifs qui l'avaient contraint à prévenir les desseins du duc, pour préserver sa propre personne, et délivrer le royaume de sa tyrannie.
« La reine demeura stupéfaite et ne put répondre une parole. En même temps, les gardes prirent les armes et occupèrent toutes les portes de la ville, dans laquelle aucun mouvement ne survint.
« Averti par mes serviteurs qu'on fermait les portes du château, et que les soldats se réunissaient en armes, je cherchai à en savoir la cause. Mais il fut dit que le roi voulait faire prendre un homme qui, dans la chambre de Sa Majesté, l'avait menacé de son épée.
« A ce moment, voici que m'arrive un mot rempli d'inquiétude que m'adressait la duchesse de Nemours
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(mère des Guise), laquelle me priait, avec les plus vives instances, de porter secours à ses fils, dont la vie était en danger. Ce message me perça le cœur et me remplit Fâme d'une affliction incroyable. Je m'avançai vers le château, et j'en demandai l'entrée au capitaine des gardes, promettant d'entrer seul avec un de mes familiers.
« Il répondit qu'il avait reçu ordre du roi de ne laisser entrer âme qui vive, et il resta inflexible, bien qu'à trois reprises je cherchasse à vaincre sa résistance, allant presque jusqu'à employer les injures. Mais bientôt arriva le cardinal de Gondi, lequel, au nom du roi, m'informa du fatal événement, et me fit connaître les raisons qui avaient obligé le roi à faire cette exécution, afin de sauver sa propre vie, par suite de ce que lui avaient révélé, même les ducs de Mayenne et d'Aumale.
« Je restai à demi mort à ce récit, et je répondis brièvement que je déplorais la disgrâce de ces princes, et que je priais Dieu que cet événement ne tournât pas au plus grand dommage et à la ruine du royaume.
« J'usai de tous les moyens en mon pouvoir pour obtenir une audience du roi; mais je ne pus pas réussir. Je ne cesserai pas de la demander pour m'employer, ainsi que je le dois, en faveur de ceux qui restent vivants ; et, à cet égard, le cardinal de Gondi m'a dit de tenir pour certain qu'on ne les ferait pas mourir. » — Le légat raconte ensuite que le roi entendit la messe, et dîna en public, sans montrer aucune altération sur son visage, et que le cardinal de Vendôme lui donna la serviette pour laver ses mains.
Le lendemain matin, 24 décembre, le légat apprit.
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par une seconde dépôche, au cardinal de Hontalto, que le cardinal de Guiae av^t été mis à mort également par ordre du roi, qui avait découvert que ce prélat avait formé le dessein de s'échapper. Il ajoutait : « On a répandu le bruit que le roi a fait interroger le secrétaire du duc de Guise, lequel aurait déposé, entre autres choses, que, quelques jours avant, le pape avait écrit au duc une lettre de trois pages, tout entière de sa propre main, en faveur du duc de Savoie, approuvant la surprise du marquisat de Saluces, et que le roi avait dit à la reine, sa mère, que ce n'était pas là une conduite digne du père commun des fidèles, et que si Sa Sainteté voulait agir avec lui de cette manière, lui, de son côté, ferait ce qu'il lui conviendrait. »
Henri III avait refusé jusqu'alors toute audience au légat ; mais , le 25 décembre , il lui adressa , de sa propre main , le billet suivant, qui atteste bien l'absence de tout sentiment moral dans la conscience de cet indigne prince : « Monseigneur légat, maintenant je suis roi, et j'ai pris telle résolution de ne plus souffrir les injures ni les mauvais procédés, si bien que je continuerai à suivre , au risque de quiconque m'y obligera, ma généreuse résolution, à l'exemple du pape , notre Saint-Père ; m'étant bien souvenu de la manière de parler dont il se sert continuellement, qu'il faut se faire obéir et ch&tier ceux qui vous offensent. Puisque j'ai obtenu cette fin, je vous verrai demain, s'il vous plait. Adieu. (Signé) Henri. »
Le lendemain, S6 décembre, le cardinal s'empressa d'aller trouver le roi, qui se promenait dans le jardin du château de Blois. Voici en quels termes il rapporte, dans une dépêche au cardinal de Mqqtallo, l'entretien qu'il eut avec le monarque. Au mo-
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ment où le cardinal Tabordalt, le roi lui dit: «81 vous n^aviez vu d^ vos propres yeux le mépris et le mauvais traitement que me faisaient subir le duc et le cardinal, Je vous en aurais plus amplement iastrult que je n'ai Tlntention de le faire ; mais sa* chant que vous en êtes pleinement Informé, et que vous avez souvent employé vos bons offices auprès d*eux , afin qu'Us ne me traitassent pas ainsi qu'ils faisaient, je ne veux pas en dire plus long, si ce n'est que, outre qu'ils me faisaient passer pour couard, le cardinal avait dit, depuis peu, qu'il ne serait satisfait que lorsqu'il m^aurait fait faire la tonsure de moine, lui-même me tenant la tête pour me la faire raser, et m'enfermant dans un monastère de capucins, afin que J'eusse à y finir mes jours,
« De différents cétés, j'étais informé de leur mau* vaise intention contre ma personne, et leur propre frère, le duc de Mayenne, leur cousin, le duc d'Anmaie, m'avaient averti de me bien garder d'eux.
tt En outre, le duc, dans les Etats, s'opposait à toutes les choses de mon service, et excitait les Ordres à faire en sorte que je fusse obligé, à mon déshonneur, de consentir à des choses indignes et injustes. Plus que jamais, ils continuaient à solliciter les peu^ pies, à m'alléner les cœurs de mes sujets, à tenir ordinairement oonseil pour rabaisser et annihiler mon autorité ; et ils eft étalent Venus à ce point d'avoir corrompu mes gardes, et, presque dans mon cabinet, gagné mes valets de chambre.
« Me voyant dans cette affliction, et sachant que je ne pourrais éviter les maux et les embûches qu'ils m'avaient préparés, que par la mort de ces deux frères, 11 m'a paru que, pour ma propre défense et par
pure nécessité de sauver ma vie, je devais en arriver à la résolution que j*ai prise, appelant le Seigneur Dieu en témoignage que, pendant six jours consé— ctttifs, j'étais demeuré fermement résolu à ne pas le faire, craignant d'offenser Dieu. Mais, connaissant que sa divine majesté m'avait fait naître roi, et que toute raison voulait que je me fisse obéir comme tel, me rappelant aussi ce que le pape m'avait fait dire par monseigneur de Luxembourg, et avait souvent répété au cardinal de Joyeuse et à mon ambassadeur, qu'il fallait me faire obéir et châtier ceux qui m'offensaient, je suis arrivé à la résolution de faire mourir ces hommes plutôt que d'attendre qu'ils me fissent mourir.
« J'aurais plus volontiers exécuté cette justice par la voie ordinaire que par celle que j'ai suivie, ayant contre eux beaucoup de chefs de lèse-majesté, dont chacun méritait la mort : mais ils avaient pris un tel pied, et acquis tant d'influence dans le royaume et à la cour, qu'il était impossible d'arriver à bonne fin par cette voie, sans mettre tout en confusion. »
Le légat repondit : — « L'emploi et le rang que je tiens auprès de Votre Majesté, et ma profession de prêtre, excitent en moi une telle horreur de ce qui vient d'arriver, que je ne puis me résoudre à croire qu'il n'en résultera pas le plus grand dommage pour le royaume et pour Votre Majesté. C'est pourquoi j'en ressens une grande douleur, à cause de l'amour que je porte à sa personne. Toutefois, puisqu'il n'y a plus de remède à ce qui est passé, je l'exhorte à apaiser la colère de Dieu, à faire pénitence sincère, etàsolliciter du Saint-Siège l'absolution de son péché. En attendant, je l'engage à s'abstenir d'aller à Téglise, à poursuivre avec vigueur la guerre contre les hérétiques,
afin de montrer au monde entier que Yotre Majesté ne yeut, en aucune manière, les supporter dans son royaume. Voire Majesté verra bien que ce que je lui dis vient de Tamour que je lui porte, et du désir de la voir régner sur la terre, et, après la mort, aller au ciel. »
Henri parut surpris de cette réponse ; il répliqua : — « Je croyais n'avoir encouru aucune censure, les rois de France ayant le privilège de ne pouvoir pas être excommuniés. » — Mais le cardinal répondit : — «Je ne sais rien de ce privilège, mais il ne me parait pas la bonne voie pour apaiser la colère du ciel. Votre Majesté doit faire comme le roi David, lorsqu'il fut averti de son péché par le prophète, après la mort d'Urie : il confessa sur-le-champ sa faute, demanda pardon à Dieu et l'obtint. » — - Le roi reprit : — a II n'est aucun prince qui, en cas de lèse-majesté, ne procède librement, même contre les ecclésiastiques, et spécialement, lorsqu'il s'agit de la défense de sa propre vie, et je ne dois pas être moins qu'eux. » — Mais le cardinal répliqua : — « Non, même en cas de lèse-majesté, il n'est pas permis de mettre la main sur les ecclésiastiques, et, dans les choses qui regardent la conscience, il ne faut pas disputer, mais se repentir, s'humilier et reconnaître sa faute, parce que ce sont les moyens les plus efficaces pour en obtenir de Dieu le pardon. »
Le cardinal rendit compte au pape de cet entretien ; mais Sixte se montra très-irrité contre son légat. — « Comment, lui fit-il répondre par son petit-neveu, un cardinal ayant été assassiné en présence de votre illustrissime Seigneurie, légat a /o^ere, comment n'avezvous pas publié l'interdit, quand môme vous auriez
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risqué O60t foia voira viaf » *»* L« légat avait essayé de juitifiar sa conduite daus une dépêche du 24 janyler 11189; niais quatorae jours auparavant, Sixte a^ait adressé aux cardinaux, réunis en consistoire, ralloca-* tion suivante^ :
a Nous sommes contraint de vous faire connaître une ineffable douleur : elle nous enlève réellement aujourd'hui la faculté de parler, et nous ne poUTons rexprimer comme nous la ressentons, attendu que c'est la perpétration du crime le plus inouï qui nous cause un si grand chagrin,
« On a tué, oui, tué un prêtre cardinal, lequel était en outre archevêque da Reims, sana procès, sans jugement, sans loi, sans légitime pouvoir, avec les armes séculières, sans notre autorité, ni celle da ce Saint-^ Siège, dont il était uu des nobles membres : comme si nous n'étions pas dans ce monde, comme si ce Siège apostolique n'existait pas, et finalement, comme »'il n'y avait pas un Dieu dans le ciel et sur la terre!
« La loi divine oblige, sans axoeption, tout homme; et la même loi divine lui commande : Tu ne iueru$ point. A qui donc sera-^t-il permis de tuer? Certainement à qui que ce soit, serait*il même roi. Et lorsque le prince ou le juge, selon la loi humaine, fait mourir quelqu'un, on ne dit pas alors tuer, mais punir et châtier, si on a observé toutefois les prescriptions da la loi et des juges.
« Mais il a été tué sans avoir été jugé ni condamné selon le précepte de la loi, et encore moins sans l'ordre ou la permission de son supérieur, qui est nous.
< // a été tué comme un homme vil et plébéien, sans
1. Tefit|Nj8li, t. )l, lib. IX, tio* xxiil à xxy, p. t39 à 142.
VIE un SIXTB-QUINT. S67
qu'on ait eu aucun égard au droit et à Tordre ponti« ticaU ni à la dignité et à rhonneur du cardinalat!
« Et il eit inutile de dire qu'il avait comploté, dit ou fait quelque chose contre le roi, parce que cette ao* cusation ne paraît ni vraie ni vraisemblable. Gar, peu de joura avant, le roi nous avait écrit pour nous le recommander, par le moyen de Gondi, son ambaisa» deur, nous priant d'accorder audit cardinal la légation d'Avignon, vacante par la résignation du cardinal de Bourbon; et dans ses lettres, le roi le reoomman^ dait merveilleusement.
«J'en appelle aux témoignages des deux ambassadeurs du roi, Tordinaire et ledit Oondi, lesquels, peu de jours avant, nous présentèrent les lettres du roi, au nom duquel ils nous prièrent avec instances d*ao^ corder ladite légation, et d'autres avantages en faveur des Guise. Il n'est survenu depuis rien de nouveau qui puisse faire supposer qu'il avait comploté contre le roi.
(iMais en admettant même qu'il eût dit ou fait, et que les délits reprochés eussent été commis par lui, le roi devait-il pour cela se précipiter dans un si grand parricide sacrilège? même, le roi sachant avec quelle sévérité nous procédons pour punir les mè(^ants et les scélérats, ne pouvait-il nous le remettre, afin qu'il fût puni par nous?
« Ne pouvait-il pas, en attendant, le tenir enfermé en prison, bien gardé, ensuile nous écrire, et savoir de nous ce qu'il devait foire de lui, et attendre nos ordres '? Et quand môme il n'aurait pas voulu attendre , ne pouvait-il pas se concerter avec le cardinal Morosini, notre légat, et traiter avec lui du sort de la
1. £d mpettare i nosiri commandi? — Têmpeat^ltoc. clf., p. 141.
personne du cardinal de Guise, ou le lui confier pour le garder en prison? et s*il craignait qu'il ne prit la fuite, le faire garder, en attendant, par ses propres soldats?
« Il est pourtant cardinal-légat, il est pourtant son confident, il a été pourtant fait cardinal par nous à ses prières, à ses instances ; et à cause de Tamour qu'il lui portait nous Tavons fait notre légsii a latere, avec une si grande autorité, que nous n'y aurions pas consenti si ce n'eût été pour contenter le roi lui-même!
«Et maintenant nous remercions Dieu de l'avoir fait, parce qu'on ne peut pas nous reprocher en face de ne pas avoir donné satisfaction au roi, comme on dirait peut-être aujourd'hui que cela ne serait pas arrivé si nous l'eussions créé cardinal et légat. Et nous Tavons fait, même en nous exposant aux reproches de ce Sacré-Collége, qui renferme des personnes si remarquables par leur science, leur expérience, et la pureté de leur vie, parmi lesquelles nous pouvions choisir, pour envoyer en France comme étant convenable, un autre légat a latere.
a Et néanmoins, nous n'en avons envoyé aucun autre, et nous n'avons pas craint de blesser les cardinaux présents, pour donner satisfaction à la volonté du roi. C'est ainsi que nous avons créé à la fois cardinal et légat un absent, uniquement pour faire une chose agréable au roi, qui n'a tenu aucun compte de tout cela, et n'a pas même voulu se concerter avec lui sur la conduite qu'il devait tenir, n'accordant rien à l'autorité et à la dignité de notre représentant.
(c Ainsi donc, le cardinal a été tué par la puissance laïque, sans la permission du Siège apostolique.
« Nous rendons grâce à Dieu de ce qu'un tel fait.
un pareil excès soit arrivé de notre temps, puisque telle a été sa volonté : mais nous espérons encore dans la divine bonté avec laquelle il nous a toujours soutenu depuis notre enfance, nous espérons qu'il nous assistera et nous protégera, nous donnant conseil et secours, afin que nous puissions porter remède à de si grands maux.
« En vérité, nous sommes tellement accablé par la douleur, que nous ne pouvons pas bien expliquer ce qui est arrivé. Donc, l'ambassadeur du roi est venu nous trouver, et prosterné humblement à nos pieds, avec l'autre ambassadeur Gondi, il nous demandait avec instances le pardon et l'absolution du roi ; ce qu'ils sollicitèrent avec une si grande insistance, affirmant qu'ils ne se relèveraient pas et ne quitteraient pas nos pieds avant d'avoir obtenu de nous l'absolution et le pardon, qu'ils nous faisaient presque violence.
(c Nous répondîmes qu'ils nous demandaient l'absolution, tandis que le roi dans ses lettres, que nous avions reçues deux jours avant, ne faisait aucune mention ni d'absolution, ni de pénitence, tant il était éloigné de se montrer repentant et contrit de son sacrilège et parricide.
«Et l'ambassadeur nous répondant que lui, représentait à nos pieds la personne publique du roi, qu'en conséquence on devait le croire, le roi lui en ayant écrit, nous répliquâmes que le droit de représenter à nos pieds la personne du roi, ne s'étendait pas à autre chose qu'à la faculté de traiter les affaires temporelles qui intéressaient le monarque ; mais qu'il ne pouvait pas faire lui-même la confession des péchés du roi, attendu qu'une partie de la pénitence est la confession orale : d'où il suivait, qu'autre chose était traiter les
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affaires^ aalre ehose reconnaître sen péchés, les cotl* fesser, en demander pardon à Dieu, et en recevoir rabsoltttion de notre propre bonche^ C'est pourquoi nous les avons congédiés, puisqu'ils n'avaient aucune lettre ni commission pour nous demander Tabsolutlon d'un si grand crime*
«Henri VU, roi d'Angleterre, fut accusé d'avoir fait tuer le bienheureux Thomas, archevêque de Gantorberjf non qu'il eût commandé de le tuer, mais parce qu'ayant avec lui des discussions et des controverses relativement aux libertés ecclésiastiques^ 11 paraissait avoir consenti à sa mort : en effet, les sicaires assassi* nèrent le bienheureux Thomai, non par ordre du roi^ mais parce qu'ils crurent lui faire chose agréable en le tuant ; ce qu'on lit dans les actes de sa passion, et ce qui a été prouvé depuis*
« Néanmoins, le pape remit alors la cause et le procès contre le roi à plusieurs prélats et cardinaux ; le roi y envoya ses représentants, la cause fut informée^ le procès suivi près du Siège apostolique, et le roi se justifia de l'accusation d'avoir donné l'ordre précis de ce meurtre.
« Mais, comme il avait réellement proféré des pa-^ rôles qui montraient le désir de sa mort, il reconnut sa faute» la confessa humblement, recevant la pénitence et l'accomplissant, se mettant pour cela en pèlerinage avec tous ceux qui avaient commis ce sacri" lége, y avaient consenti, en avaient été instruits, ou y avaient participé de quelque manière que ce fût*
« £t cependant, Thomas n'était pas cardinal, mais seulement archevêque. Et si quelqu'un alléguait quo c'était un saint, nous répondrions que, pendant qu'il vivait, il n'était pas déclaré saint, et que ce n'est que
VIE DH SIXTB-QUIÎfT. * 2H
plttt tard qu'il fut inscrit par l'Ëgliie dans le catalo* gue des saints et qu'on décréta sa fête.
« Théodose Auguste, empereur, à cause du massacre des Thessaloniciens, fut écarté et repoussé de TÊglise par saint Ambroise, évéqué de Milan, et il obéit avec humilités Et cependant Théodose n'était pas une personne vile et plébéienne, mais un homme aa-desstts des autres, un empereur éminent et très« illustre^ qui atait remporté un grand nombre de vie» toiros signalées, non sans la protection divine, ce qui fit dire au poëte Glaudien :
0 Himium dilmite Dio^ tui militât tÊiher^ Et conjurati veniunt ad elaitka vmti^.
a Théodose était l'empereur du monde entier, et non le maître d*un ou de deux royaumes, comme le roi de France : même, avec Tempire romain, il possédait tous les royaumes, puisqu'il avait les Gaules, c'està-dire la France, l'Espagne, la Germanie, la Bohême, la Hongrie, la Dalmalie, la Grèce ; et en outre, il possédait TÀsie, avec ses royaumes et ses provinces, la Syrie, TÉgypte, l'Afrique.
a II n'était donc pas seulement roi d'un royaume, mais il commandait en maître absolu à un grand nombre de royaumes et d'empires; et néanmoins il confessa son grave méfait avec larmes et avec un profond regret, reçut la pénitence de saint Ambroise, la fit avec la plus grande humilité, se montrant prêt à obéir non aux ordres d'un pape, mais à ceux d'un archevô-
1 . « 0 Prince trop aimé de Dieu , pour lequel Tair lui-même combat, et les vents favorables se réunissent au son de ses trompettes... »
que seulement, et c'est ainsi qu'il fat reçu dans rËglise et admis aux sacrements.
«On dira peut-être qu'Ambroise était saint ; et nous, nous répondrons qu'il était encore vivant, et qu'il n'était pas encore admis au nombre des saints ; qu'il était archevêque, et peut-être évêque, attendu que l'Église de Milan n'était probablement pas encore érigée en archiépiscopat. De là vient, que Dieu protégea Théodose et le favorisa, en faisant réussir toutes ses entreprises. C'est pourquoi il eut des fils empereurs et augustes. Si donc une personne qui n'était ni basse, ni vile, mais un si grand empereur, obéit trèshumblement, reçut et fit la pénitence, combien plus doivent la faire les autres princes et rois?
« Et cependant, quelques cardinaux ont osé, en notre présence, excuser un si grand crime, non sans noire profond étonnement; puisque, oubliant leur propre dignité, ils veulent approuver un fait qui tourne à leur honte, à leur péril et à leur détriment.
«Pour nous, nous vous affirmons et vous assurons en toute sincérité, que nous ne voudrions pas être cardinal, et que, pour obtenir cette dignité, nous ne ferions aucun traité avec aucun prince ou roi qui se chargerait de notre cardinalat. Certainement, nous ne voulons pas être cardinal, car cela importe peu à notre personne, mais quant aux vôtres c'est très-imporlant.
« Et pour cela, réfléchissez bien si vous voulez que nous vous privions et dépouillions de la liberté, de l'autorité, des prérogatives, des prééminences et des autres privilèges dont vous êtes investis. Si cela vous convient, nous ferons en sorte que, avant peu, privés d'honneur, de respect et de dignité, vous tombiez dans le mépris des rois et des princes.
(( Et nous VOUS assurons, à n'en pas douter, que si nous dissimulons les outrages et les assassinats des cardinaux, si nous les laissons impunis, il en pourra facilement arriver autant au reste des cardinaux.
« Mais nous ferons justice, et ce qu'il plaira à Dieu, et ce qui sera juste. Et si.on nous dit qu'il pourra en arriver et qu'on devra en craindre beaucoup de maux, nous répondrons qu'on n'a rien à craindre en faisant ce qui est juste.
a II est écrit que Dieu lui-même fait la justice et le jugement, que le Seigneur est juste et aime la justice; c'est pourquoi nous n'avons rien à craindre, excepté le péché, et c'est le péché qu'on doit craindre et non la justice.
« Nous ne pouvons, tant est grande notre douleur, dire autre chose ni parler plus longtemps, alors que nous aurions beaucoup de choses à dire ; mais nous déléguerons plusieurs cardinaux pour examiner entre eux ces affaires, el, pour ce, nous prions Dieu qu'il daigne protéger et secourir son ÉgNse dans ses besoins pressants. »
Cette allocution, interrompue à plusieurs reprises par l'oppression de la douleur et de l'indignation, fut prononcée par le pape, selon le témoignage du secrétaire présent au Consistoire \ d'un ton grave et sévère : Graviter severeque hœc verba locutus est.
Le passage dans lequel Sixte inculpe plusieurs cardinaux d'avoir osé, en sa présence, excuser le crime commis par le roi de France, se rapporte à la défense du roi, que le cardinal de Joyeuse avait prise dans le Consistoire même. Le pape, suivant le récit du car-