TempesU. t. II, lib. XII, n° xxv, p
ligueurs reconnaissaient pour principal chef le duc de Mayenne son frère, et ils s'eflforçaient d'amener le souverain ponlife à déclarer Henri de Valois excommunié, et à le proclamer déchu de tout droit à la couronne de France. Ils lui avaient adressé un mémoire en ce sens, signé par le duc de Mayenne et ses principaux adhérents, et ils lui firent également présenter, par des envoyés spéciaux, une consultation de la Sorbonne, du 7 septembre 1589, qui concluait à la déposition de Henri de Valois.
Mais le pape ne prenait aucun parti : il se défiait de la Ligue, et craignait, en proclamant Texcommunication et la déchéance du roi de France, de le pousser dans les bras des hérétiques. Plusieurs mois s'écoulèrent ainsi, pendant lesquels Henri redoubla d'astuce et de duplicité pour cacher ses véritables desseins, et obtenir l'absolution du souverain pontife. Il assiégeait le légat de sollicitations, et protestait de son respect pour le Saint-Siège et de sa soumission à l'Eglise. Mais le légat n'avait reçu aucune instruction du pape; il était fort embarrassé de la conduite qu'il devait tenir, pressé, en sens contraire, d'un côté par le roi, de l'autre par les ligueurs. Plusieurs fois, il avait informé le cardinal de Montalto de la situation désespérée de la France, et de la politique de Henri HI, qui cherchait à se rapprocher du roi de Navarre et des huguenots. Le légat avait transmis au neveu du pape la confidence qu'il avait reçue de monseigneur de Saint-Germain, confesseur du roi, ecclésiastique savant et homme de bien. Ce prélat était venu trouver le cardinal et lui avait dit : « Je me crois obligé, pour obéir à ma conscience, d'avertir Votre Éminence que je vois le roi si dégoûté des mauvais procédés
qu'on lui fait subir à Rome, et de tout ce que les religieux, dans le royaume, en chaire et dans les confessionnaux, font et disent contre lui, que je le vois en grand danger de concevoir une haine implacable contre tous les religieux, et de se précipiter lui-même dans quelque mauvaise résolution. »
Le légat répondit : « Que le roi n'avait pas, jusque-là, lieu de se plaindre de Sa Béatitude, puisque, alors qu'elle avait pu sur-le-champ l'excommunier, elle s'était contentée de renvoyer Texamen à une congrégation composée de cardinaux très-bien disposés en faveur de la France. » Mais le confesseur de Henri répliqua : (f Ce que Votre Ëminence me dit est vrai ; mais on écrit de Rome qu'on traite dans cette congrégation des questions si outrageantes pour le roi, et si préjudiciables à ses États, que je crains fort, si on venait à les lui proposer, qu'il n'adopte toute autre résolution plutôt que de les accepter. »
Henri IH avait quitté Blois et s'était retiré à Tours. Le légat l'y avait suivi, fort inquiet de ce changement de résidence, car le roi se trouvait ainsi beaucoup plus rapproché du roi de Navarre, qui occupait, avec l'armée calviniste, tout le pays au delà de la Loire.
Le cardinal demanda une audience, et insista de nouveau sur la nécessité d'une réconciliation du roi avec le duc de Mayenne, afin de réunir tous les catholiques contre les huguenots; il laissa même ent^jidre, qu'à cette condition, il pourrait obtenir l'absolutioû du souverain pontife. Henri, depuis quelque temps, avait entamé des négociations avec le roi de Navarre, afin de pouvoir résister plus facilement avec lui aux armées de la Ligue; il parut néanmoins approuver la proposition du cardinal. Il lui envoya peu de jours
après Révol, son secrétaire, avec un écrit de sa maip, dans lequel : — « Pour miiei}^ fo^re ppnnaître ^9, bpQn.e intention, il consentait et offrait de remettre à notre saint père le pape l'arbitrage des difficultés, à rocca$|pn desquelles la guprre avait été déclarée par ses sujets, afia d'en être Tamiablp çpmpositeur; Sa Sainteté prenant avec lui pour adjoints, si bon )ui semblait, le grand-duc de Toscape et le duc dp Lorraine. Promettant Sa Majesté, sur sa foi et honneiir, d'observer la composition et Taccord qui seront f^its par Sa Sainteté pour la pacification de la guerre, Texaltation de la religion catholique, ensemble la conservation deTatilorité de Sa Majesté. »
Le légat envoya cette proposition au cardinal de Montalto ; mais avant son arrivée à Rome, il sut, qu'au mépris de toutes ses pronaesses, le roi venait de conclur.e |iji tf aiié ^vec le roi de Navarre. L'année de la Ligue, qui s'approchait sous le commandeoient du duc de Mayenne, avait effrayé Henri III et Tavait déterminé à prendre cette résolution. Le roi la fit connaître au lég^t, protestant qu'il vivrait et mourrait dans la foi cathoUque, apostolique et romaine, et qu'il souffrirait mille morts plutôt que d'abandonner sa religion ' , Le légat répondit que si l'accord avec Henri de Navarrq et les hérétiques devait se suivre, il priait le roi de lui 4ûnn.er un passeport pour 3e retirer, puisqu'il n'aurait plus besoin de ses services. Il en deinanda uu égaleme^jt au duc de Mayenne, afin de pouvoir traverser en sûreté les pays occupés par les troupes de la Ligue.
1. Tempesti, t. il, Hb. XI «t XUt fi^Mimt el flpé«ialemoiit p. 182 à 185.
Avant de quitter la cour, le cardinal crut devoir envoyer à Rome son secrétaire Francesco Sini, avec un mémoire justificatif de sa conduite, dans lequel il sollicitait son rappel ^ En attendant la réponse, il se rendit d'Orléans à Chateaudun pour voir le duc de Mayenne, et l'engager à faire la paix avec Henri III. Mais il ne put parvenir à l'amener à aucune concession, et le frère du duc de Guise, en parlant du roi de France, affecta même de l'appeler plusieurs fois a un misérable, » auquel il ne devait ni ne pouvait se fier*.
Convaincu, une fois de plus, de l'impossibilité de rétablir la paix entre les ligueurs et le roi de France, le légat revint à Orléans, et en repartit bientôt après pour Moulins, où il attendit la réponse de Rome.
Pendant cet intervalle, le marquis de Pisani avait fait de nouvelles instances auprès du pape, pour obtenir l'absolution de son maître. Mais Sixte avait constamment répondu : «Qu'il était très-disposé à recevoir dans le sein de l'Église un de ses fils bien-aimés, qui donnait des marques de son repentir; mais que, pour prouver sa sincérité, le roi devait d'abord remettre à son légat le cardinal de Rourbon et l'archevêque de Lyon, afin qu'ils fussent conduits à Rome, où lui seul, comme leur juge légitime, voulait examiner leur cause et rendre la sentence qui leur était due. Qu'il fallait, en même temps, que le roi demandât l'absolution des censures encourues pour leur incarcération. » Mais Henri s'était excusé de ne pouvoir déférer aux désirs du pape, par la raison que s'il relâchait le cardinal de
t. Tempesti, p. 190-194.