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publication da monitoire, et d'avoir à en informer le Saint-Siège trente jours après les avoir délivrés : qu'autrement, le roi et ses adhérents seraient et demeureraient séparés de la saiqte Église. En outre, il le citait à comparaître à Rome soit en personne, soit par un envoyé spéciij, dans le terme de soixante jours, afin de se justifier en jugement de ses méfaits, et de Temprisonnement du cardinal et de rarchevêque. Dans lesdits soixante jours, il en assignait vingt pour le prei^er avertissement canonique, vingt pour le second et vijigt pour le troisième.
Ensuite, s* adressant aux cardinaux, il leur parla en ces termes, ainsi que le rapporte le secrétaire du Consistoire. « Nous savons que les ministres du roi et d'autres $e lamentent de notre résolution présente, mais ils se lamentent à tort, car ils n'ont aucune apparence de raison de se plaindre de nous comme pontife, puisque nous l'avons (le roi de France] attendu avec patience, silence et bonté pendant cinq mois con^cutifs« et que nous n'avons jamais pu obtenir de lui aucune marque de pénitence. 11 n'a jamais vou}u délivrer 1^ prisonniers, ni demander l'absolution des censures ancourues par leur incarcération : il s'est permis de recevoir les sacrements et d'intervenir aux offices divins; il s'^st fait nommer chanoine de Tours, et, d^n3 uoe cérémonie solennelle^ il a pris place au chiûdur, ne tenant aucun compte de rexcommunication, non plus que de ses péchés. II s'est allié et à fait une trêve avec le roi de Navarre, et son lieutenant, Alphonse Corse (d'Ornam)), en a fait autant avec Lesdi^ guières et avec les hérétiques. Tous ces faits sont incontestables, et môme il s'est abouché avec le Navarrais excommunié et séparé de l'Église. » Ici, Sixte
rappela rexcommunicatipn fulminée par le pape Constantin contre l'empereur Philippe, et celle de l'empereur qui avait envoyé en exil saint Jean Chrysostome. Il ajouta qu'il aurait pu, depuis longtemps, imiter ces exemples, mais qu'il avait voulu attendre, afin de voir si, par douceur, il pourrait obtenir la soumission du roi. Il fit donner lecture des articles de la paix conclue par Alphonse d'Ornano avec les hérétiques ; il continua, en faisant remarquer que le légat aurait dû faire en sorte que Henri eftt demandé Tabsolution sur-le-champ : « Et alors, ajouta-t-il, nous n'aurions pas tardé à la lui accorder ; car le roi n'ignore pas Tamour que nous lui portons : il sait tout ce que nous avons fait dans son intérêt, alors que nous lui avons permis de retirer un demi-million des biens ecclésiastiques, d'après ses instances réitérées, et nonobstanlTopposition du clergé, opposition injurieuse au Saint-Siège. Nous lui avons offert vingt mille fantassins et mille cavaliers entretenus, non à ses frais, ni à ceux de son royaume, mais entièrement à ceux du Saint-Siège, et le roi les a refusés. En outre, il y a deux ans, nous ayant demandé notre intervention pour empêcher le passage des reitres, nous nous sommes employé pour qu'ils en fussent empêchés par les forces de la Flandre espagnole. Nous lui écrivîmes alors pour lui faire connaître entièrement nos intentions, l'informant que nous ne voulions pas lui envoyer de l'argent, parce que, lorsque nos fonds auraient commencé h produire un bon effet, la reine-mère n'aurait pajs manqué de conclure un accord, et qu'ainsi tout secours se serait trouvé perdu. De plus, la paix négociée avec tant d'efforts et de soins, avait enfin été obtenue, grâce à notre vigilance, et nous ne savons pas ce que
nous aarions pa faire de plus avantageux pour loi z et néanmoins, méprisant nos attentions paternelles. Il a voulu se perdre lui-même dans un précipice. Si nous vous rappelons ces choses, ce n'est pas pour reprocher aux autres nos bienfaits, mais pour que, instruits de la vérité, vous puissiez, en temps et en lieu, rendre témoignage de notre bon cœur envers ce monarque. » En terminant, il intima à tous les cardinaux présents, sous peine d'excommunication, de garderun silence absolu sur ce monitoire, tant qu'il n'aurait pas été publié.
Prononcé le 5 mai en Consistoire, le monitoire fol envoyé le 12, dans le plus grand secret, au cardinal légat en France, afin qu'il en procurât l'exécution le jour même où il devait être affiché à Rome, ce qui eut lieu le 24 mai, dans les endroits ordinaires. Dès le 20, le secrétaire du légat était reparti pour la France, n'emportant ni instructions nouvelles, ni Taulorisation pour le cardinal de revenir à Rome. 11 paraît que la dépêche du 12 mai, dans laquelle on lui avait adressé le monitoire, fut perdue ou enlevée en route : il ne put donc pas le faire publier le 24, en même temps qu'il Tétait à Rome. Mais comme un grand nombre de copies de cet acte avaient été déjà répandues parmi les ligueurs, il fut lu, dès le mois de juin, dans les cathédrales de Meanx et de Chartres, au grand désespoir de Henri III, qui avait espéré, jusqu'au dernier moment, échapper à l'excommunication pontificale.
Avant la publication du monitoire à Rome, le card inal de Joyeuse et l'abbé d'Ossat quittèrent cçtte ville et se rendirent à Venise, tandis que l'ambassadeur ordinaire, le marquis de Pisani, allait s'établir à Florence.
Le légat en France, ne recevant aucune instruction
du cardinal de Montalto, qui se bornait à lui écrire qu'il s'en remettait à sa prudence, prit le parti de renvoyer à Rome son secrétaire, afin d'insister de nouveau sur son rappel. Il l'obtint enfin, grâce aux instances de son cousin, Alberto Badoer, alors ambassadeur de la république de Venise près du souverain pontife ^
Après la publication du monitoire, Sixte se trouvant affranchi de tout ménagement à garder envers le roi de France, reprit ouvertement le projet d'encourager le duc de Savoie à entreprendre la conquête de Genève. Le 6 juin 1589, en réponse à deux lettres du prince précédemment reçues, il lui adressa de sa main une dépêche pour l'inviter àperslster dans son dessein, lui promettant, en cas de succès, un subside de cent mille écus pour l'année 4589, sauf à déterminer plus tard, d'accord avec le roi d'Espagne, dans quelle proportion chacun d'eux devrait concourir à la dépense exigée par cette expédition. Mais après plusieurs combats de peu d'importance, cette entreprise n'eut aucune suite.
Cependant Henri III, retranché du sein de TËglisc par l'excommunication pontificale, avait été assassiné à Saint-Cloud le 4" août 1589, par Jacques Clément, moine dominicain. Cette nouvelle, parvenue le 4 au légat, qui était alors à Lyon, fut transmise à Rome sur-le-champ. Le M septembre Sixte réunit le Consistoire, et adressa aux cardinaux un long discours sur la mort de Henri de Valois, dans lequel on trouve le passage suivant, qui, dans sa naïveté singulière, peint bien l'état des esprits à cette triste époque.