TempesU, t. Il, lib. Xlll, passim, de la page 195 à
« — La mort de Henri est digne d*exciter tant
d'admiration et tant do stupeur, que c'est à peine si la postérité .pourra y ajouter foi. Un roi très-puissant, alors occupé à faire le siège de Paris, un roi qui avait réduit cette capitale à lui demander grâce, un roi entouré d'une très-brave armée, un tel roi est tombé mort dans son cabinet, tué par un faible moine, avec un seul coup d'un petit fer. Certainement, cette chose est arrivée afin que chacun reconnaisse en elle la
force des jugements de Dieu' Ce Saint-âiége a
coutume de célébrer un service solennel pour les funérailles des rois Très-Chrétiens : mais comme le roi Henri, autant qu'il est permis à TÈglise de juger d'après l'apparence, est mort impénitent, il n'est pas permis de lui en célébrer, et cela ne doit causer aucun préjudice au royaume, puisque le Saint-Siège refuse les funérailles non à un roi de France, mais seulement à Henri de Valois. »
Ce n'est, en effet, que longtemps après, sur les sollicitations de l'abbé d'Ossat^ que Clément VUI se décida à ordonner un service funèbre pour le repos de l'âme du malheureux monarque.
Aussitôt après avoir appris la mort de Henri, le
t. 5ia;/o,,, parlando in ConsUiorio fcce una grave e copiosa orazione sopra ta morte di Henrico 111, — « Degna di tanta ammiro' x$êne edi tento êtupore, ehe appena iposieri favrebber ereduta; un re poientitaimOf ntH' auuale vs$ëdi9 di Farigi^ che avea tidotta questa capitale a chiederli misericordia ; un re circonvallato da vo* lidissitno esercito ; un re nel suo medesimo gabinettOy da un ineirme fratieelh eon un colpo solo di piccolo ferro è restato ucciso, Certamente quesia eo9a h aceoduta^ acciocchè ciascuno conosca nella medesima laforza de' giudizii de Dio, » — Teaipesli, t. 11, lib. XIV, n»xiv. p. 22t.
2. Voy. sa letlro à la reine veuvede Henri 111, citée par Tempesti, ibid,^ p. 222.
pape avait adressé un grand nombre de brefs aux principaux seigneurs français, les exhortant à faire la paix et à s'entendre pour élire un roî catholique. Il écrivit également à Tempereur d'Allemagne, lui demandant de s'opposer de tout son pouvoir* aux levées des retires protestants, destinés à soutenir en I<^rance la cause des hérétiques.
£n dépit de ces exhortations, le pontife reçut bientôt la nouvelle c|ue Henri de Bourbon, roi de Navarre, avait été proclamé roi de France par les principaux chefs de la noblesse et du clergé.
Presque au même moment, le cardinal de Bourbon était élu roi par ta Ligué, sous le nom de Charles X, elles ligueurs envoyaient à Rome le frère Jacques dé Dieu, commandeur de Tordre de Malte, pour obtenir du pape la confirmation de cette élection, et une nouvelle bulle déclarant inhabile à exercer l'autorité royale de France le Navarrais, qu'il avait précédemment excommunié, comme hérétit^ue relaps.
Avant de prendre aucun parti, Sixte voulut avoir des renseignements cetlains sur l'état du royaume de France. Le légat Morosini se trouvant en route pour rentrer à Rome, le pape écrivit au grand-duc de Toscane, auquel ra parenté avec la reine Catherine et ses relations avaient créé beaucoup d'amîs dans ce pays. Le pape apprit de ce prince que tout y était ^ trouble et confusion. On y croyait que le duc de Mayenne aspirait au pouvoir souverain ; que les ducs d'Aumale, de Nemours, de Mercœur et d'autres encore cherchaient à profiter de la guerre civile pour augmenter leur fortune et leur influence; qu'ils aspiraient à se rendre indépendants, chacun dans la province où il commandait, et qu'ils songeaient à par-
tager le royaume ; que le duc de Lorraine cherchait à réunir Sedan, Verdun et d'autres places yoisines'à ses États; et qu'on avait proposé au roi d'Espagne de faire occuper la Bretagne par ses troupes, afin d'avoir en France un pied assuré. Le pape sut également que le duc de Savoie avait, dès le mois d'aoAt, fait présenter ses prétentions à la couronne de France devant le parlement de Grenoble. Il soutenait que, seul, il était rhéritier légitime de Henri III, puisqu'il descendait d'une tante de ce prince, c'est-à-dire, de Marguerite, sœur de Henri II, père du défunt monarque, et qu'il avaitpour femme l'infante d'Espagne, fille de. la sœur du roi assassiné. Mais le parlement avait répondu, qu'au milieu de tant de prétendants à la couronne, on ne pouvait reconnaître, comme roi de France, que le prince qui serait élu tel par l'Assemblée des États- Généraux du royaume.
Tout au contraire, le parlement de Toulouse, suivant l'exemple donné par celui de Paris, avait proclamé roi, sous le nom de Charles X, le cardinal de Bourbon, et lui avait reconnu tous les droits et toutes les prérogatives dé la couronne.
Ces nouvelles laissaient le pape dans une douloureuse perplexité. Il était fermement décidé à ne jamais reconnaître comme roi de France un hérétique ; mais, parmi les princes catholiques, quel était l'homme le plus capable, par ses talents, ses vertus, son courage • et son influence, de bien gouverner la ïYance, en y maintenant la reli'gion romaine? Sixte considérait le cardinal de Bourbon comme au-dessous de cette difficile mission : il doutait également de la capacité du duc de Mayenne : enfin, il craignait l'ambition du roi d'Espagne. La république de Venise, dont la
sagacité politique ne pouvait être mise en doute , venait de reconnaître le roi de Navarre comme successeur de Henri lU. Cette reconnaissance avait profondément impressionné Sixte, qui paraissait craindre qu'il ne fût très-difficile d'enlever à ce prince le trône de France. Mais le comte d'Olivarès, qui avait vu écarter du tréne, par des assassinats successifs, les Guise et Henri de Valois, et qui redoutait pçu les candidatures du cardinal de Bourbon et du duc de Mayenne, redoublait d'efiforts en faveur de Philippe II, son maître.
Effrayé des progrès de Henri IV, Sixte finit par céder aux obsessions réitérées de l'ambassadeur d'jEspagne. L'ayant fait venir au Vatican, il le chargea d'écfire à Philippe que le moment était venu d'acquérir une gloire immortelle, en secourant le royaume de France et la religion, afin qu'elle n'y pérît pas; qu'il y avait intérêt à cause de ses Etats voisins de Flandres et d'Italie ; qu'en conséquence, ill'engageait à mettre sur pied une puissante armée pour combattre le roi de Navarre, et établir en France un roi catholique : qu'il fallait donc qu'il se tînt sur ses gardes, et donnât des ordres prompts et précis au duc de Parme et à ses autres ministres, afin qu'ils n'y manquassent pas de leur côté^
Ensuite, il chargea le cardinal Sanlorio de rédiger le projet d'alliance avec le roi d'Espagne. Ce prélat entra en pourparlers. avec le comte d'Olivarès et avec le duc de Sessa, envoyé extraordinaire de Philippe, qui lui firent connaître ce que leur maître désirait,
1. Mémoires du cardinal Santorio. — Tempesti, ut supra, lib. XV, n» VIII, p. no.
id
promettant de sa part une fidélité à toute épreuve à exécuter ses engagements, et une reconnaissance sans bornes à Sa Sainteté. Par cet accord, le pape s^engageait à envoyer en France, au secours de la Ligne, nn corps de quinze mille fantassins et huit cents cavaliers, sous le commandement du duc d'Urbin, pour se réunir à Tannée espagnole, qui devait être bien plus nombreuse; et il était entendu que le pontife ne fournirait un subside, que lorsque le roi d'Espagne aurait mis cette armée sur pied ^
Après avoir conclu ce traité. Sixte ordonna un jubilé, fit, avec les cardinaux, des processions solennelles aux principales églises de Rome, et implora Dieu par ses prières en faveur du royaume de France.
C'est alors que le duc d'Olivarès, qui, depuis Tassassinat de Henri III , paraissait exercer sur le pape une influence irrésistible, lui suggéra l'idée d'envoyer en France comme légat, en remplacement du cardinal Morosini, le cardinal Gaêtano, sujet napolitain, dont le neveu était au service du roi d'Espagne, et dont le frère, le duc de Simoneta, recevait une pension de Philippe. Sixte, qui avait eu d'abord l'intention de choisir le cardinal Rusticacci, nomma Gaêtano après quelque hésitation, lui assignant un traitement de cent mille ducats, et mettant en outre à sa disposition^ pour la Ligue, vingt-cinq mille écus par mois, et une réserve de cent mille écus; subsides que les partisans de l'Espagne trouvaient insuffisants '.
Avant de quitter Rome, le nouveau légat reçut du souverain pontife les instructions suivantes, que Sixte avait rédigées lui-môme.
K Tempesli, n» XXIV, p. 23G, 2. Ibid,, 11»» IX àxH, p. 231.
!• Qu'il eût à employer toute son industrie, toute sa vigilance, pour faire en sorte qu'un roi véritablement catholique fût créé en France , lui rappelant la gloire acquise en Pologne par le cardinal Aldobrandini *, afin de Texciter, par l'exemple d'un de ses collègues , à faire de même, en procurant une véritable paix.
2* Qu'il obtînt la liberté du cardinal de Bourbon et de l'archevêque de Lyon, l'introduction de la sainte Inquisition, la rupture de l'alliance faite depuis longtemps avec les Turcs, et l'annulation des privilèges de l'Église gallicane, contraires àTautorité du Saint- Siège.
3" Qu'il s'assurât si le cardinal de Bourbon, déclaré roi par la Ligue, sous le nom de Charles X, avait été réellement reconnu roi par tous les ligueurs sans exception ; ou s'il avait des opposants, et vers quel prince du sang ceux-ci inclinaient; et si, parmi les princes du sang qui avaient adhéré au parti du roi de Navarre, il s'en trouvait quelqu'un qui fût disposé à s'attacher au cardinal de Bourbon.
4» Quelles menées étaient pratiquées par le duc de Vendôme et par le duc de Lorraine ; si elles étaient en faveur du roi de Navarre ou du cardinal de Bourbon, ou même dans leur propre intérêt.
5" Qu'il considérât et protégeât la Ligue, uniquement comme soutien de la religion catholique, et lé duc de Mayenne comme son promoteur; mais qu'il cherchât, en toute sincérité, à découvrir si la Ligue était une rébellion ou une réunion guidée par
1. Il venait d'obtenir la mise en liberté de rarchiduc Maximi- \wn, et la soumission du roi Sigismond à rautorité du Saint- Siège.
le zèle pour la religion, et si le duc de Mayenne visait au trône, ou avait en vue la destruction de T hérésie.
6« Qu'il essayât, par tous les moyens, de savoir quelle était la conduite des princes du sang et du roi de Navarre ; si véritablement ils observaient les con- •ventions jurées, si le roi de Navarre se montrait hostile aux catholiques, s'il donnait un espoir fondé de se faire vrai catholique , et si, d'un autre côté, il y avait lieu d'espérer sûrement qu'il pût être défait par le duc de Mayenne.
7* Si les Parisiens aimaient le roi de Navarre, et quelles pouvaient être les visées des ministres espagnols; si c'était d'établir en France un roi catholique, ou de constituer une monarchie universelle.
8"" En dernier lieu, il lui recommandait de s'informer des secours que l'Espagne donnait ou pourrait donner à la Ligue , et de se bien garder de se faire jamais fauteur de factions et de guerres ^
Muni de ces instructions, le cardinal Gaëtano prit congé du pape le 25 septembre 1589, et il s'achemina vers la France par Florence et Bologne. Dans cette ville, il rencontra l'ancien légat Morosini, qui le mit au courant, dans plusieurs entretiens, du déplorable état du royaume de France.
Mais, avant l'arrivée de Gaëtano à Paris, les choses avaient commencé à changer d'aspect, et la cause de Henri IV avait gagné du terrain. Après plusieurs entreprises heureuses, il venait, dans la journée d'Arqués , de battre et de disperser l'armée de la Ligue commandée par le duc de Mayenne. Sixte n'avait pas
1. TemposU, d'après un manuscrit de la bibliothèque Barberlna, tif supra, lib. XV, n» xviii, p. 233-^234.
encore reçu la nouvelle de cet échec, lorsqu'il apprit Tarrivée à Venise du duc de Luxembourg, que Henri envoyait en ambassade, remercier la sérénissime république de ce qu'elle l'avait reconnu roi de France. Dans son premier mouvement et à l'instigation du comte d'Olivarès, Sixte ordonna à son nonce de quitter Venise, avec les ambassadeurs d'Espagne et de Savoie , ce qu'il fit, se retirant à Ferrare. Mais, informé bientôt de l'éclatant succès remporté par Henri dans la journée d'Arqués, Sixte donna l'ordre au nonce de rentrer à Venise, où se trouvait le duc de Luxembourg. Le i 4 octobre, le duc expédia vers Rome un de ses gentilshommes, que le pape reçut et admit au baisement des pieds; il le confia ensuite à un des prélats de sa cour, pour le loger chez lui et en avoir soin. Le gentilhomme ayant demandé un passeport ou saufconduit pour l'ambassadeur, le pape lui répondit : « Écrivez au duc qu'il vienne, que nous l'attendons, et qu'un personnage tel que lui n'a pas besoin de passeport. » Le duc, néanmoins, ne quitta Venise pour Rome que dans le mois de janvier 4590; il était arrivé à Rome le 26 du môme mois. Comme il y avait été envoyé, quatre ans auparavant, en qualité d'ambassadeur extraordinaire par Henri HI, il connaissait bien la cour pontificale, et les influences opposées qui la divisaient et qui cherchaient à prévaloir dans l'esprit du souverain pontife. Et de fait, le comte d'Olivarès et tous les cardinaux et prélats partisans de l'Espagne et favorables à la Ligue^ avec l'ambassadeur du duc de Savoie, montraient leur mécontentement de ce que le pape avait laissé venir à Rome l'envoyé d'un hérétique excommunié, et des princes ses adhérents. Par contre, l'ambassadeur de Venise, avec les cardinaux et
les prélats attachés à la France et à celte répabliqae, parmi lesquels il faut noter le cardinal de Montallo, comme un indice des dispositions du pape, louaient Sixte de sa résolution ; ils voyaient dans la mission du duc un gage de paix et de réconciliation du roi de France avec TÉglise, et un acte de soumission de sa partàTautorité du Saint-Siège.
Introduit à Taudience du pontife, renvoyé de Henri en reçut un bienveillant accueil. Après Tavoir admis au baisemenl des pieds, Sixte lui dit : u Nous avons plaisir à vous revoir : venez donc, car vos pareils n'ont pas besoin de sauf-conduit. Eh bien ! quelles nouveautés nous apportez-vous de France ? i> Le duc alors exposa Tobjet de sa mission, et remit au pape le manifeste des princes du sang qui avaient élu roi de France Henri de Navarre, à la condition expresse, acceptée et jurée par lui, de maintenir inviolable la religion catholique, promettant de se faire lui-même catholique, après avoir été instruit de certains articles. 11 représenta le malheureux état du royaume, les injustices criantes commises par les ligueurs contre le véritable souverain, alors que lui-même avait promis d'observer précisément ce que réclamaient les ligueurs.
Le discours de l'ambassadeur fit une grande impression sur les cardinaux présents à cette audience. Sixte répondit : « Nous avons déjà écrit au Roi Catholique que jamais un hérétique ne régnera en France, tant que nous régnerons à Rome. Les conditions de Télection et les promesses du roi de Navarre nous plaisent, mais avant de traiter la cause de sa réconciliation avec rÉglise, il faut qu'il mette en liberté le cardinal de Rourbon^ son oncle, et ensuite nous exa-
minerons avec maturité ce qu'il sera coQvenable de faire pour Faccueillir comme un fils qui revient au repentir : qu'il cesse donc de persister dans son obstination, qu'il nous prouve son obéissance, et ensuite nous le recevrons dans notre sein, parce que nous ne haïssons en lui que la faute qu'il a commise. Et assurez-le que s'il ne commence pas par exécuter nos reconunandations, il lui est inutile d'essayer aucune autre démarche ^. »
Le duc de Luxembourg envoya sur-le-champ au roi le compte rendu de cette réception. Henri se réjouit en voyant, qu'à la place de cette indignation dont on l'avait menacé, le souverain pontife n'avait témoigné que douceur et bonne disposition en faveur de sa personne et de la paix du royaume.
Après cette audience, le 29 janvier 1590, Si|[te réunit le Consistoire et dit aux cardinaux : « Le duc de Luxembourg est venu nous trouver, en qualité d'ambassadeur des princes du sang, et nous l'avons volontiers admis, parce qu'il devait traiter avec nous de la conversion de Henri, roi de Navarre, qui nous Tavait adressé à cette fin. Nous vous le. faisons savoir, afin que vous puissiez répondre à ceux qui prétendraient interpréter autrement cette ambassade, tandis que nous vous assurons que, en toutes choses, nous procéderons toujours avec la plus mûre délibération. Nous voulons assurément accueillir tous ceux qui se présentent, et ils doivent être tous indifféremment accueillis par nous, qui sommes le père de tous et le vicaire de Jésus-Christ. Et plût à Dieu que celle qui se fait appeler reine d'Angleterre, que le duc de Saxe,