‹ Histoire de Soissons (volume 2)Chapitre 10 sur 17 · SOISSONS SOUS LES MAIRES DU PALAIS · texte numérisé non relu

SOISSONS SOUS LES MAIRES DU PALAIS

La période qui suit la mort de Dagobert, n^ offre cjuWe monotone série de débats et detiraillemens entre les trois royaumes, ou plutôt les trois mairies de Neustrie , d'Austrasie et de Burgondie , tantôt gouyeméespar trois maires différens, tantôt réunies sous le même maire. Le Fait caractéristique de cette

ëpoque est une opposition toujours plus tranchée entre la Neustrie etTAustrasie : dans cette dernière contrée dominent Pesprit germanique et Taristocratie barbare , à la tête de laquelle figure la célèbre famille de Landen et de Hëristall , qui avait puissamment contribué à la perte de Brunehilde ; en Neustrie au contraire , les mairies du palais semblent imbus des idées romaines^ et, sans oser heurter de front les leudes , ils s'efforcent de défendre Tautorité royale qu'ils exercent au nom de rois perpétuellement mineurs. Tel fut du moins le rôle des maires Œga (Eghe) et Erkinoald , qui occupèrent la mairie neustrienne depuis la mort de Dagobert jusqu'à celle de son fils Chlovis II (de 638 à 656).

L'église de Soissons était régie , au temps de ces deux maires, par un saint personnage nommé Anserik (St-Ansery), né à Epagny-en-Soissonnais, qui avait succédé a quatre évéques insignifians et inconnus; Anectarus, Théobald, Tondfaulf et Landhulf. Anserik, en 634, bâtit, dans le faubourg de Crouy, une église sous l'invocation de St-Etienne , premier martyr. Ce faubourg , qui s'était formé au nord de l'île d'Aisne ou bourg St-Waast, et à l'ouest de l'abbaye St-Médard et du palais de Crouy, était peuplé principalement des tites du palais et des colons et serfs de l'abbaye , et son étendue devait être considérable; il s'était élevé à mesure que décroissait le faubourg romain de l'aulre rive de l'Aisne, et à mesure que la métairie franke de Crouy

effaçait le château abandonne d^^Ëgidius et de Syagrius. Anserik y établit donc une église paroissiale dont le titulaire prit rang parmi les curéscardinaux de Soissons. Une quinzaine d'années après, Anserik transféra solenneUement les reliques d'e St^G*épin et St^Crépinien , de la crypte où elles reposaient , dans la basilique bâtie au-dessus de cette crypte (vers 640). Parmi les prélats qui assistèrent à cette cérémonie, figura le célèbre Eligioi (St-Eloy), évéque de Noyon et de Tournay , qui avait été orfévre et monétaire avant que d^étre cvéque, et qui se souvint de son art pour décorer d'insignes ornemens * Iskfkrte (châsse ; feretrum) où furent placés les deux saints. Audoën ou St-Ouen , métropolitain de Rouen , ami et biographe de St- Eloy , vint aussi a la translation : il était fils d^un des leudes franks du Soissonnais , Aldeher ou Auther , qui possédait la fameuse villa de Brâine pour lavoir apparemment reçue de Chlothér II, en récompense de services rendus pendant les grandes guerres. Cette famille jouissait d'une haute faveur à la cour^ de Dagobert. Audoën était le référendaire, et son frère Radon le trésorier du roi ; leur frère aine Adon avait embrassé la vie religieuse et fondé le monastère de Jouarre (Jotrum) dans la forêt de Brie; Radon fonda le couvent de Rexùi {Radolium) sur la Marne, et Audoën, celui de Rebais , puis il entra dans les ordres et parvint à Tévéché de

' Audoën. m vUd S Eligû ; Spioile^. t. v, p. 156.

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Rouen ; il dortna la terre de Braine a son église épîscopale , sans doute de Taveu du roi et du maire régnant ^«

Ânserik mourut rers 662, et fut enseveli dam réglise qu^il aurait édifiée en Thonneur de St- Etienne. On y voyait encore son épita^^e en 1789, sur une pierre tomulaire qui avait été renouTelée phis d'une fois depuis le VU' siècle , ainsi que Téglise elle-même.

A cet évéque succéda Bettolen , abbé d^tm monastère institué par les premiers rois franks dans l^ villa àe Cauciacum (Choisy) , près du confiufsnt de PAisne et de TOise. Ce religieux parvint ii Vépiscopat par une voie fort peu canonique ; il acheta cette dignité moyermant une grcmde somme d'ar^ gent^ selon la vie de St-Drausin. Le légendaire ne dit pas à qui Bettolen donna cet argent ; ce ne fut point sans doute aux clercs ni au peuple , k qui appartenu le droit d'élection, mais plutôt aux hommes puissans qui envahissaient et usurpaient ce droit au nom du roi , malgré les défenses et les réclamations réitérées des conciles. Quoiqu^il en

* Idem. — 5. JmdBëni vita ; dans les Miêi. des Gaules ; t. ui,p»'6|l,ei don^Siiriqs. -^ Gallia ChritMana^ t. ix, p. 337. — S. ^nêmid vita^ af^ BoUand. 25 teptombre. — Garlkr, Eist. du Faloiê, My, i — Dormaf , t. l,p. 263 274. Qn9nt aa miracle de la fontaine qni jaillit sous le pied de St-Ânsery à Richebourg, nous n'en avonf p98 raconté Thistoire, parceqa*elle ne nous a para qu'une contrefaçon assez insignifiante du miracle de St-Bandry.

soit, Bettolen ne garilà pas long-temps le bâton pastoral qu^il avait eu par simonie: le repentir s^ empara de lui, et, rassemblant les grands et le peuple de sa cité , il leur annonça qu'il voulait des* cendre du comble d'honneur où on Pavait porté , et retourner finir sa vie dans le couvent où il avait embrassé premièrement la règl e monastique . Quand on vit la résolution de Bettolen bien arrêtée , tous les citoyens, grands et petits, jeunes et vieux, riches et pauvres , demandèrent pour évéque Drauscius ou Drauscion {Drausch ; St-Drausin), le bienaimé de Dieu^ héritier d'une des principales familles du pays , qui avait été élevé par le pieux évéque Anserik. Tel est du moins le récit dubiographe de St-Drausin. Bettolen obtint du roi , ou plutôt du maire Erkinoald , la confirmation duvœu populaire (an 654).

Le nouvel évéque se signala par son zèle : il acquit de son prédécesseur un terrain situé près de la rivière d'Aisne, et presque entièrement caché aux regards dès hommes par les forets de Cuise et de Lesgue ou Laigue (Lisga, nom que l'on commençait à donner a une partie de la forêt de Cuise aunord de l'Aisne) : Drauscius fonda , dans cette retraite sauvage , appelée Rotonde ou Retonde , une congrégation de moines bénédictins et une église dédiée sous le nom de St-Pierre (an 657). L'année suivante, a ce qu'on croit , il entreprit a Soissons unétaUissementqui devint beaucoupph^* célèbre.

En ce temps la , sur la Neustrie et sur tout l'Empire des Franks , dominait le maire du palais Ebroïn , qui avait récemment succédé à Erkinoald, et qui était Soissonnais de naissance , sUl en faut croire Adrien de Valois' (Jîer. francica^. lib. 21), ou qui du moins résidait fréquemment dans la royale cité de Soîssons. Drauscion révéla d' abord ses vœux à Voreille de la Près noble matrone Leutrude, femme d'Ebroin , et la pria d'engager son époux a bâtir, de concert avec elle, en quelque lieu des environs, un monastère de vierges consacrées au Seigneur , ou du moins a en permettre la construction. Ebroin accueillit favorablement les instances de sa femme et celles du saint de Dieu^ et le couvent fut d'abord établi hors les murs de la cité de Soissons^ sur le lit même de V Aisne ; c'està-dire dans Pile d'Aisne^ qu'on ne nommait point encore le bourg St-Wàast, sur l'emplacement actuel de la rue des Graviers. Ce fut là que Drauscius et Leutrude appelèrent un chœurde vierges servant dignement le Seigneur , sous la direction d'une abbesse appelée Ethérie, qu'on avait fait venir du monastère de Jouarre. Les nonnes (motif ales) demeurèrent peu de temps au bourg d'Aisne : soit que les débordemens de cette rivière rendissent leur habitation trop incommode , soit que Drauscius jugeât le couvent trop exposé en cas de guerre, cet évéque sollicita vivement Ebroïn d'autoriser la translation des religieuses dansla cité, et le maire du palais non-seulement y consentit , mais

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donna aux protégées de Févéque tout un quartier de la cité, situé entre T église St-Gervais et la ri- -vière , et appartenant en propre à lui Ebroin , ou provenant peut-être du fisc royale dont il disposait à son gré. On y jeta les fondemens d^une église qui fut dédiée sous Pinvocation de Ste-Marie , mère de Dieu, et qui^ grâce à la munificence du maire du palais ).s^ éleva au-dessus de tous les monumens de Soissons , dit Tauteur de la vie de St-Drausin , comme la maître&se de la ville : deux autres églises de moindre dimension furent édifiées daosP enceinte du monastère , sous les noms de Ste-Geneviève et de St'Pierre; celle-ci fut destinée aux moines WiàBAé» pour administrer le spirituel et le temporel de U communauté , sous la suprématie de Tabbesse, ain$î c|tie cela se pratiquait dans les couvens de filles^ on bâtit pour ces religieux un petit monasitère auprès du grand ; leur église n'a jamais changé de situation ; reconstruite au XU"" siècle , elle subsiste encore^, mutUée , ruineuse et enlevée au culte* L'^évêque Pvauscius octroya au couvent uae charte de privilège qu'il fit souscrire par un grand nombi^e d'évéques«

tf Aux s€%neur& très saints et frères apostoliques conqprovinciaux de la cité de Soissons , Nivon (métropolitain), Landebeirt, etc., etc. Drauscius, évéqiike quoique indigne » envoie le salut. • • • Pareequ'Ebrow, vàsire du palais , homme illustre et de bonne vie» et son illustre épouse Leutrude , et leur très cher fils unique Bove (Bovo), ont frappé

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nJDs oreilles et touché notre cœur par leur religieuse prière, il nous serait imputé à irreligion de ne point souscrire a leur demande avec grande joie. Enflanunés de Tardeur d'un saint désir , ils ontdonc construit ( ou plutôt, commencé de construire) des basiliques en Thonneur de Ste-Marie , mère de Notre-Seigneur J.-C, et de St-Pierre, de Ste-Geneviève et des autres saints, dans Tenceinte du monastère sis entre les murs de la ville de Soissons, où des filles vierges et consacrées k Dieu, avec leur abbesse ^thérie, délaissant la pompe du siècle, ont été placées sous la règle des bienheureux pères , pour chanter jour et nuit les louanges du Christ et gagner la récompense éternelle ; et ils ont supplié notre très infime bassesse {Nostrœ vilitatis extremitatem) , ainsi que nos frères (les évéques), les abbés, préu*es , diacres et tout le clergé de rÉglise de Soissons, de vouloir souscrire à leur fondation. C'est pourquoi , selon I4 charité que nous devons aux serviteurs de la foi , nous avons accordé ce privilège au nom de Dieu audit monastère. . . • afin que ces vierges , chastement recluses , servent le Seigneur dans T enceinte du monastère sans avoir permission d'en sortir., selon le vœu des hommes craignant Dieu qui leur ont imposé la règle de Saint-Benoit, et selon le niode du monastère de Luxeuil qu'a dirigé le bienheureux Colomban. Et que les évéques , nos frères et successeurs, ne croient pas que nous ayons décrété le présent privilège, de notre seule inspiration, ou

par manière de nouveauté , puisque la même règle et la même constitution régissent le monastère des saints d^Âgaune (St-Maurice en Valais), et ceux de Lerins, de Luxeuii et de St-Marcel (de Chalon). Nous ayons donc décrété, d'un consentement unanime, que nul des clercs , des évéques ou des rois présents et future, ne pourra détourner k son profit aucune des choses qui ont été ou seront données audit monastère ou aux vierges vivant en ce lieu sous la religion évangélique , soit par les illustres Ebroïn, Leufrude et Bove, soit parla munificence royale, soit par quelques chrétiens que ce puisse être ; en terres , serfs , arnemens ( ministerium ; objets quelconques servant au culte), livres saints, etc. Et, lorsque Fabbesseaura été rappelée de ce monde, toute la congrégation des servantes de Dieu en élira dans son sein une autre qui possède bien là règle. . . Nous voulons que nous et notre archidiacre (ceci semblerait indiquer qu'il n'y aVait encore qu'un archidiacre à cette époque, ou bien il s'agit du grand-archidiacre) , et nos successeurs , n'aient dorénavant aucune puissance sur les biens du monastère , m sur les ordinations et les prises de Toile, à moins que les servantes de Dieu ellesmêmes ne le réclament unanimement ; et , dans ce cas même, qu'on ne puisse rien exiger ni emporter dudit monastère à titre de présent (ou rémunération) comme on fait dans les paroisses et les autres monastères , et que l'évêque tf y séjourne que le temps nécessaire. Nous voulons encore

qu^aucun des nôtres h' entre dans les murs du cou^ vent sains y être appelé par Tabbesse ou par la congrégation, et que nul du sexe masculin ne mange ni ne boive en dedans des portes du monastère , si ce n^esteti recevant la sainte communion. • • Et si par bazard , ce que nous nc/croyons point , les religieuses venaient à se conduire tièdement et a sortir de la règle , il n^appartiendra qu^à leur abbasse de les corriger* • • Si quelqu^un, par fraude et cupidité, porte témérairement atteinte à ce qui est écrit ci-dessus, que , terrassé par. la vengeance divine, il subisse Tanathéme dû à son crime , et demeure , trois années dursuat, séparé de la comnmnion épîscopale ; qu^il ait le partage de Judas tror hisseurdu Seigneur J*'C<, , et quUl soit tenu pour Tennemi des pauvres et des serviteurs de Dieu ! • • Laquelle constitution , souscrite de nos mains et valable a perpétuité , nous envoyons à vous et aux autres ^véques, vous priant de la fortifier par votre confirmation. Fait à Auguata des Suessiong le vi deskal. de juillet, Tan x de notre seigneur le très glorieux roi Œlotarius (c^est-àdire, l'an 666, Gfalovis^ père de Gdother TU , étant mort en 6S6). »

Suivent les noms de Drauscion ; du métropolitain de Reims, Nive ou Nivon ; d'Âudoè'n ou St-Ouen, métropolitain de Rouen; Gén^sius, de Lyon ; Leudegher (St-Léger), d'Autun; Bose ou Boson, de Grenoble ; Gautzbert , de Chartres ; Désidératus , de Chalon-sur-Saône ; Virgilius , d'Auxerre ; Importunus , de Paris ; Burgundo (ou Faron) , de

les pc^mlatîons gallo-romaines et par les guerriers de petite condition auxquels il distribuait les bénéfices des leudes vaincus , gouvernait de nouveau la Neustrie et la Burgondie au nom du Merowingien Théodorik , les grands d'Âustrasie , ne reconnaissant plus ni roi ni maire, vivaient dans une indépendance absolue. Une Foule de leudes neustriens et burgondes allèrent rejoindre les Âustrasiens : une lutte violente s^ engagea promptemènt entre la mairie neustrienne et raristocratie austrasienne, confédérée sous les deux frères Peppin et Martin, chefs de la célèbre maison delléristall. En 679 ou 680, les deux ducs ou herezoghes (chefs de jgpierre) dés Austrasiens prirent l'offensive , entrèrent en Neustrie et rencontrèrent Ebroïn dans un lieu que les divers manuscrits de Frédegaire et des Gesta nomment Locofao^ Lucofao^ Lucofago, Lufao^ et qui semble identique au Latofao où s'était donne une première bataille en 596 ( aujourd'hui Lafaux). f< Ils se livrèrent là un très grand combat: une multitude infinie dépeuple tomba départ et d'autre ; les Austrasiens vaincus tournèrent le dos , poursuivis avec un cruel carnage par Ebroïn. Martin se sauva dans Lcton-le-Cloué , et Peppin s'enfiiit d'un autre côté (vers la Champagne). Ebroïn , après avoir achevé sa victoire (en poursuivant et chassant au loin Peppin) , revint avec son armée à la t^7/a d'Ercheregum (ou Erchrectun^ oaErcariacum; Ecry-sur-Aisne, près Neuf-Châtel). La, il manda au duc Martin de se rendre en toute con-

fiance près du roi Théodorik , lui jurant sûreté sur des châsses de saints , mais ce n^était que dol et fourjberie , car les châsses étaient vides ^ et, quand Martin arriva à JErchreoum^ il fut tué avec ses compagnons^. »

(An 681). Ebroïn n^eut pas le temps de consommer sa victoire ni d'^accabler le ducPeppin : il fut assassiné par leNeustrien Ermenfrid (Hermanfrid), et il ne légua pas son génie à son successeur, le maire Waratte {Waratto)^ qui, faisant la paix avec Peppin de Héristall, laissa aux Âustrasiens le temps de se remettre de leur défaite, Berther , que les Neustriens élurent après Waratte , était encore moins capable, et fut peut-être élu à cause de son incapacité même par les leudes avides d^ndépendance. S'ils firent ce calcul, il ne leur réussit pas. Peppin de Héristall, qui s'était acquis un parti en Neustrie, recommença les hostillités , et , en 687 , une nouvelle bataille eut lieu a Testry ou Tertry en y ermandois: Berther fut défait et tué; Peppin s'empara de Théodorik, esclave royal qui passait de main en main au gré de laibrtune, se proclama maire de Neustrie et de Burgondie , et do^ mina toutTEmpirefrank durant vingt-sept années (de 687 a 714), mus en chef deraristocratie germanique plutôt qu'en maite du palais et dépositaire du pouvoir central. Les coutumes tudesques, souvent attaquées par les rois et les maires , furent re-

' Fredcgar^ continuât. § 97. — Gesta reg, franc. ^ 4*0.

mises en pleine vigueur ; les Franks n'eurent plus k craindre qu'on les soumit aux mêmes charges^ aux mêmes impôts que les Romains^ et le joug de ceuxci dut devenir plus pesant a mesure que s'accroissait la liberté des autres. La mémoire de Brunehilde et d'Ebroïn fut vouée à l'exécration dans les chroniques écrites sous l'inspiration du parti vainqueur; l'évêque Léger fut glorifié comme un martyr, et, à Soissons même , on bâtit une église eu son honneur dans le faubourg du nord-ouest , qui fut nommé, depuis, le faubourg St-Léger ^.

St-Drausin ne vit pas cette révolution qui assura la grandeur de la maison de Héristall: cet éveque de Soissons n'avait pas long-temps survécu au retour d'Ebroïn, et mourut vers 674, suivant le GaU lia Chriêtiana, Âpres lui, ducomntun consentement du roi (ou plutôt du maire) et des citoyens^ fut élu Warimbert, personnage très accrédité a la cour , et qui possédait , depuis quelques années, l'abbaye de Sl-Médard pa/r préception royale ; car la liberté des élections ecclésiastiques était fréquemirient faussée par les usurpations laïques. Warimbert, gardant tout a la fois , en dépit des canons , l'abbaye et l'évêché, édifia aussi peu ses diocésains que ses moines : sa vie était plus scandaleuse encore que celle de l'ivrogne Droctighisil ; Warimbert « en-

' Une petite rue Toisîne de Tabbaye Notre-Dame , et aujourd'hui enfermée dans la caserne , avait conservé le nom de rue Ebroîn.

fermait dans ses coffres tout ce que les fidèles donnaient a ses religieux pour Flionneur de Dieu et de St-Mëdard, et, se souciant peu des besoins des serviteurs de Dieu, il distribuait aux satellites dont il s^ entourait le^ revenus de son église^. » Un jour , les moines de St'-Médard , qu^il laissait mourir de faim , avertis de Tarrivée des chariots qui amenaient annuellement a Tabbaye les produits de la terre de Matval (dans le Maiiie), allèrent au devant, ets^en emparèrent avant que Warimbert eut mis la main sur ces biens selon sa coutume. Puis , tout épouvantés de leur audace , ils découvrent les autels, éteignent les lampes, font taire les cloches, cessent les saints offices, et se mettent en prières dans leur basilique après en avoir barricadé les portes. Warimbert, furieux , accourt a Tabbaye avec ses soldats et menace de briser les portes fermées ; le frère portier (oBclituiui) tout tremblant, se décide a ouvrir ; Warimbert lui casse la tête d^un coup de bâton , puis, s^avançant vers le tombeau de St-Médard, les mains teintes du sang de ce malheureux, il fléchit le genou pour faire sa prière devant le mausolée, comme s^il avait eu la conscience la plus nette du monde; mais, s^il en faut croire le légendaire^ ce cruel et rapace prélat fut frappé à Tinstant même par le jugement de Dieu ; les entrailles lui sortirent du corps^ et il expira misérablement sur la place.

' Fïia S.Medardi , ap, Surium^ t. v.

Adelbert, qui fut le successeur de Warimberi:, n^est connu que pour avoir transféré les restes de St-Drausin, le 2 juin 680 , du premier couvent de Tiled^ Aisne, où ce saint avait étéinhiiiiië, dans le nouveau monastère Ste-Marie , qui fut quelquefois nommé le Moûtier St-Dratmn à cause de cette translation^. On ne sait point quand Adel^bert fut remplacé par Gaudinus {Gwalde; St-Gaudin)^ inscrit dans le martyrologe a cause de sa mort tragique. Gaudin ayant repris publiquement quelques citoyens de ce qu^its s^adonnaient à Tusure , ils lui tendirent des embûches , se saisirent de lui , et le jetèrent dans un puits de la rue Herlwin, depuis appelée rue St-Gaudin ^.

C'est vers la fin du VIP siècle, qu'il faut placer la légende d'un personnage très connu dant les tradi-

' Gallia ckrisHana, t. ix^ p. 339.

' Du Sauesaf . — Martyrolog. gallio, — Jasqu'en 1567, époque fatale aux reliques «oiasonnaîses, on promena chaque année^ le 2 juin, les reliques de St-Drausin , de la cathédrale au puit9 où Ton prétendait que cet ovéque avait été précipité. £n ibSk, rapporte Cabaret , ce puits fut enclos dans le jardin d^un chanoine ; son eau passait pour g^uérir la fièvre, et, à la porte de la maison dans laquelle il se trouva enfermé, on plaça Timage deSt-Drausin avec le quatrain suivant :

Qui Teut guérir de fièvres et firissons Vienne céans boire au puits du jardin, Auquel jadis fut jeté St-Gaudin, Noble martyr, évesque deSoissons.

lions soissonnaises , St-AVoaèl ou Wodoël (|>ettt* être Houè'l). Le fond authentique de l'histoire de Wouël n^a rien de fort intéressant : c^ëtait un moine écossais, qui, sorti de sa patrie pour quelque pèlerinage , s^ arrêta parmi les religieux attachés au service de Tabbaye Notre-Dame de Soissons , puis s^ enferma dans une cellule dépendante de l'abbaye, près les murs de la ville, pour y mener une vie plus retirée et plus contemplative que celle des autres moines, et mourut en grande réputation de sainteté* Mais Timagination populaire a singulièrement brodé ce canevas assez simple : St-Wouèl, racontet'On, habitait depuis long-temps sa cellule , lorsqu'un jour Fabbesse Hildegarde lui envoyason repas quotidien dans un plat d'argents Wouè'l donna son dîner a un pauvre ; mais le pauvre disparut sans rendre Tassiette après l'avoir vidée. L'abbcsse , fort irritée de la perte de son plat , adressa de vife reproches à Wouè'l , qui se prosterna sans répondre, puis quitta sa retraite , et reprit son pèlerinage pendant neuf ans entiers avec maintes aventur^.s.

Pendant ce temps, dit la légende, le diable, encouragé par l'èloigncment du saint reclus, agissait en maître dans la ville et les faubourgs de Soissons : il avait étabU son domicile dans une cave de la rue de Montrevers, et s'élançait de là sur les passans , emportant ou maltraitant rudement quiconque avait le malheur de se présenter le treizième. Un serviteur de l'abbaye, faisant le brave, et se mo-

quant des bruits qui couraient , paissa vaillamment le treizième: le diable ne l'emporta pas, mais lui entra dans le ventre , et se mit à le tourmenter si furieusement que cet homme n^avait plus de repos ni jour ni nuit. Dans sa détresse , le possédé ne pouvait que répéter sans cesse : — Wouê , Wouë! Et tout le monde pensait bien qu'il appelait Wouêl à son secours ; mais oîi aller chercher le saint homme, dont personne ne savait la destinée?

Wouël, sur ces entrefaites , s'étant embarqué pour retourner en Ecosse , le vaisseau fut rejeté par une tempête sur les côtes de Gaule , et im ange avertit Yhomme rfeDiew d'aller finir ses jours a Notre-Dame de Soissons. Wouël se mit en chemin , et, a peine de retour, il ne se contenta pas de forcer le diable à quitter le corps du possédé , mais il marcha droit au repaire de l'ennemi, à la cave de la rue Montrevers , précédé de douze individus en état de grâce. Le diable sauta aussitôt sur ce nouveau treizième ; mais , loin de prendre Wouël , ce fut lui qui fut pris, et Wouël l'emprisonna au fond de la rivière d'Aisne , au-dessous delà tour Lardier ou tour du Diable (laquelle , pour le dire en passant, n'existait certainement pas ù cette époque). Wouêl ensuite , pour surveiller de plus près son prisonnier, s'établit a demeure dans cette tour jusqu'à la fin de sa vie ; mais le diable se révolta plus d'une fois, et la tour Lardier fut le théâtre de combats dignes de St- Antoine. Le diable, un beau

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jour , parvint à mettre le feu k la tour , et Wouël eut été brûlé vif , si son bon ange ne fut accouru a Faide , et n^eut enlevé le reclus de sa cellule incendiée, pour le déposer sain et sauf dans une ile de TAisne. Le diable n^y gagna qu'une plus dure captivité , et la mort de Wouël ne lui rendit pas la liberté de retourner k sa cave de la rue du Montrevers ; car^ chaque année, le jour du trépassemcnt de Wouël , le chapelain de Tabbesse alla renouveler , dans la tour Lardier , les exorcismes par lesquels Wouël avait réduit le Mauvais à Timpuis-

sance*.

' Cette cérémonie, établie probablement plusiears siècles après la mort de Woaël, fut supprimée en 1755 , par révoque François de Fitz-James, prélat janséniste et opposé aux Tieilles superstitions, ce qui scandalisa fort les religieuses de Notre-Dame et mémo une portion du menu-peuple de la ville. Le bruit courût que le diable s'était réinstallé dans la rue de Montrevers , et , peu de temps après , un écolier ayant disparu du collège et fait Vioole buiasonnière deux ou trois jours durant^ la terreur fut au comble , et Ton publiait déjà que Tenfant avait étë emporté en traversant la fatale rue, lorsque son retour mit fin aux commentaires des bonnes femmes. Voy. les MSS. de Cabaret, t. 2, chap. de Notre-Dame. Ce n'était pas la seule pratique superstitieuse qui se rattachât àla mémoire de Wouêl : on conservait, an trésor de Notre Dame , un petit bâton qu'on appelait le croaspllon de St-Wouêl, et qui avait , disait-on, la vertu d'éteindre le feu : on le promenait annuellement dans Tintérieur de Fabbayç, le 5 février , jour de la £âte du saint, et l'on faisait le signe de la croix avec cette relique, auprès de toutes les cheminées, pour prévenir les incendies. Hist, de

La légende fontastique de St- Wouèl a conservé trop de popularité à Soissons pour qu^on ait pu lui refuser une place dans ce livre, si peu digne qu'elle paraisse de la gravité de Thistoire.

L'histoire est moins riche que la légende a cette époc(ue , et les annales soîssonnaises sont à peu près muettes pendant les vingt-sept années que Peppin de Héristall fut prince des Franks {tenutt principatum). Le palais de Crouy ou de St-Mé* dard , et les autres villas et métairies du Soissonnais étaient au pouvoir de ce chef austrasien , sauf les biens qu'il avait distribués à ses leudes , et sauf Choisy et peut-être quelques autres terres , dont le revenu servait à l'entretien des roig fainéans. Les héritiers dégradés de Chlovis végétaient obscurémcint au fond de cette vitta cachée dans la foret de Cuise, entre les bois de Compiégne et de Lesgue, et ne la quittaient guère que lorsque le prince avait besoin de leur présence et les faisait venir près de lui dans leur hasterne traînée par des bœufs. Quatre de ces rois passèrent successivement sous le pouvoir de Peppin , et descendirent sans bruit dans les caveaux funéraires du couvent de St*Etienne, contigu k leur palais de Choisy. (An 715). Peppin mourut en 714 ou 715 : sur la

Vahh, Nûire-Dauiê, liv. m, c. 3. G'eM Rousseau , qui dans le t. i de son ^M/otr^ manuscrite, donne les détails les plus curieux sur les aventures de St-Wouêl. La tradition orale était plus originale que la légende écrite.

fin de sa vie , dédaignant le titre de maire du palais qui impliquait encore une dépendance nominale des rois , il ne se faisait plus appeler que le prince ovileduc {herezoghe ^ en tudesque)*, et il avait donne la mairie à son fils , puis à son petit-fils en bas-âge. La domination austrasienne semblait dure aux Franks-Neustriens, ces descendans desSaliens de Chlovis, qui avaient maintes fois imposé leurs rois ^ toute la race franke , et ne pouvaient renoncer sans humilia tion à r espèce de suprématie qu^ils avaient possédée. Leurs moeurs d'ailleurs et leur langage même commençaient à établir entre eux et les Austrasiens une opposition prononcée, et, selon toute apparence , le latin ou plutôt le romain {romaniLs) commençait à absorber le tudesque en Neustrie. Peppin avait laissé la mairie à son petitfils Théodoald encore enfant, sous la tutelle de sa veuve Plecttude : les populations frankes et galloromaines de Neustrie se soulevèrent, et refusèrent de reconnaître le petit Théodoald, que son ayeule Plectrude amenait avec une armée austrasienne pour prendre possession de la mairie et de la personne du roi , qui se nommait alors Dagobert , et habitait Choisy comme ses devanciers. Plectrude tenta inutilement de soumettre la Neustrie par la force : les Neustriens assaillirent son armée avec fureur dans la forêt de Cuise , auprès de Choisy même ; beaucoup des anciens leudes de Peppin

' Gcsta reg, franc. § 49. — 50.

périrent, et les Austrasiens furent vaincus et mis en fuite. . Les Neustriens élurent maire , sur le champ de bataille , un brave guerrier appelé Raghenfred, qui avait eu sans doute la plus grande part dans la victoire, entrèrent en Austrasieet s'avancèrent, l'an 716, jusqu'aux portes de Cologne , tandis que les Frisons , nation payenne qui occupait alors la contrée située entre les bouches du Rhin et les environs du lac Flevo (le Zuidersée) , assaillaient l'Austrasie de concert avec Raghenfred.

Les Austrasiçns paraissaient destinés à passer à leur tour sous le joug, lorsque surgit parmi eux le plus formidable homme de guerre qui fût sorti de la race franke depuis le conquérant Chlovis : c'était Charles (Karl), surnommé plus tard Martel ou ma/rteaiLd* a/rmes ^ fils de Peppin de Héristall , mais d'une autre mère que Plectrude. Haï de son père pour des motifs mal connus *, et frustré de la mairie, il était gardé prisonnier par Plectrude : il s'échappa , rallia autour de lui les Austrasiens et les Franks d'outre-Rhin, surprit et dispersa l'armée de Raghenfred à Amblef , dans la forêt des Ardennes, puis, l'année suivante (717), reporta la guerre en Neustrie. Raghenfred s'avança à sa rencontre avec

'M.Fauriel pense, avec beaucoup de vraisemblance, qae Cbarlcd avait été accusé de complicité dans Tassassinat de son frère Grimoald. Hist, de la Gaule mirid. t. ni p. 483.

le roi Ghilperik , qui venait de succéder à Dagobert : Parmée des Neustriens était innombrable , mais mêlée cTune foule de menurpeûple {vulgari plebé) , c^ est-à-dire de gens des villes et de lites inhabiles aux armes ; Charles , inférieur en force numérique , ne comptait autour de lui que des barbares endurcis à la guerre^. Chilperik et Raghenfred, après que la victoire eut long-temps balancé , furent entièrement défaits par Charles k Vincy, dans te Cambraisîs : les Austrasiens se répandirent comme un torrent dévastateur par tout le pays au nord de la Seine; le désastre de Vincy fut irréparable ; les Neustriens , hors d^état de résister au vainqueur, appelèitent à leur aide le duc Eudes , che^ d^ origine méro\vingienne , qui, à la faveur des révolutions de TEmpire frank, s^ était fait prince souverain de presque toute la Gaule méridionale. (Ah 719). Eudes vint enNeustriîe à la tête d^une multitude d^Aquitains et de Waseons ( Gascons et Basques ), et Chilperik et Raghenfred se réunirent à lui avec les débris de leurs forces : Charles marcha droit aux coalisés , et les joignit près de Soissons ', où il y eut grande tuerie de Franks , dit Tannaliste. Il parait qu'une terreur panique saisit

' Annal, Fréncùr..Meiën$e$ , àti. 747.

*Swiv&ni les Brèves Jlnnales Francarum, Nasariani didi, qui ne donnent d'autres détails que cef mots : anno 7i9; Occiêio Francorum ad Sueseionis civiiatem. Historiens des

Gaules f t. n, p. 639.

Farinée neustroaquitanique , qui se débanda au premier choc ; les Aquitains s^ enfuirent jusqu^à la Loire, puis livrèrent Chilperik à Charles, qui se déclara maire du palais de ce roi, et F envoya soit à Choisy, soit à Noyon , oîi il mourut bientôt , remplacé par un autre Mérowingien aussi nul que lui. Raghenfred, voyant la cause de la Neustrie perdue, traita avec le vainqueur, et reçut de Charles le comté d'Angers en bénéfice.

Les terribles ravages qu'eut a subir alors la Neustrie ne furent pas la seule calamité qu'occasionna le triomphe de Charles-Martel: de vastes et violentes mutations eurent lieu dans toutes les possessions ecclésiastiques et laïques ; le peu de lumières et de moralité qui subsistait encore parmi le clergé gaulois , fut étouffé par V intrusion des compagnons d'armes de Charles dans les évéchés et les abbayes, que ce chef donna par manière de solde à ses leudes. J^e principal (principatus) du père de la dynastie karolingienne {Karlr-ingm^ les enfans de Karl)' fut le règne de la barbarie, barbarie héroïque , il est Trai, qui sauva l'Europe de l'invasion musulmane et enfanta Charlemagne.

Charles-Martel mourut en 741 , à Kiersy , après avoir fait retentir le monde de ses victoires, et relevé la puissance de la race franke affaiblie par un siècle de discordes intestines. Avant d'aller expirer k Kiersy, il partagea , dans un mail tenu à Yerberie, ses vastes états entre ses deux fils légitiines , Peppin-le-Bref et Karloman: à ce dernier

échut r Austrasie ; k Peppin , la Neustrie et la Borgondie. Le roi titulaire, Thëodorik, dit de Cala ou de CheUes, successeur de Chilperik, était mort en 737, sans que Charles songeât à faire un autre roi a sa place ; mais Peppin , n'ayant point encore une renommée militaire quiimposàtsuffisament aux peuples, et se Toyant appelé à régir des contrées mal soumises à la maison austrasienne de Héristall, crut nécessaire d'introniser un obscur descendant des Mérowingiens; nommé Childerik, et de se proclamer maire du palais de cet étrange monarque, sauf à le déposer aussitôt qu'il n'en aurait plus besoin ; car Peppin, selon toute apparence, projetait déjà d'unir plus tard le titre de roi au pouvoir dont il était investi. Son gouvernement fut à la fois prudent et vigoureux : Peppin se montra , dans les guerres 'extérieures , le digne fils du redoutable Martel j et, dans l'intérieur de ses états, manifesta des sentimens d'ordre que n'avait pas eus son père; tout en respectant les coutumes germaniques et en assemblant régulièrement l'aristocratie franke en mails amiuels, il favorisa les tentatives faites pour réorganiser l'église de Gaule, bouleversée par Charles-IVIartel , et lia ses intérêts avec ceux du Saint-Siège de Rorne^ qui travaillait alors activement à donner un centre à la chrétienté et à changer sa suprématie honorifique çn une autorité réelle. Le fameux St-Boniface , l'apôtre de la Germanie, personnage également honoré à Rbme et chez les Franks , fut l'intermédiaire accoutumé de

Peppin et du pape , et présida , comme légat de ce dernier, rassemblée des ëvéques des états de Peppin, qui se réunirent a Soissons le 3 mars 744.

Ce fut là le premier concile de Soissons: on pense qu^il se tint dans la basilique de Tabbaye St-Médard^. Les évéques y promulguèrent divers canons pour le rétablissement de la discipline anéantie : ils défendirent aux moines d^alter à la guerre ; aux clercs, de chasser , de porter des habits séculiers, et de loger avec des femmes; et condamnèrent rhérésie du prêtre Adelbert , espèce de visionnaire, qui, se prétendant doué du don des miracles et de la divination , se faisait honorer par les femmes et par le peuple des campagnes comme un envoyé de Dieu. Des évéques légitimes furent ordonnés dans plusieurs évéchés envahis contrairement aux canons du temps de Charles Martel^ enfin il fut arrêté qu^il y aurait un concile tous les ans dans les pays de Peppin, et que les infractions aux décisions des conciles seraient jugées par le jortne^^, les évéques et les comtes. Les conciles se tinrent désormais aux mêmes époques que les malh ou plaids, avec lesquels ils se confondirent presque entièrement, les prélats et les grands siégeant ensemble dans ces réunions d'où énlanèrent les lois politiques et religieuses connues sous le nom de Capitulaires (jCapituIa , chapitrés).

' Gallià christiema, t. ix, p. 407. -— Labb. Concil. t. vr, p. 1,552. — ^Fleury, Hist, ecclésiast, t. ix, 1. 42.

DE SOISSOJNS. 277

Deux ans après le concile de Soissons (an 746) , KarLoman, frère de Peppin, abdiqua le gouvernement de TÂustrasie el embrassa la vie monastique; Peppin devint , par la retraite de son frère , seul chef de tous les Franks. Il laissa encore cinq ans Chilperik sur le trône ; enfin, en 751 , jugeant le moment venu d'accomplir ses desseins, et, d'accord avec son amiBoniFace, Icgat de Rome et archevêque de Mayencc , il députa à Rome l'évéque de Wurtzbourg et Fabbé de St-Denis , afin qu'ils interrogeassent le pape Zacharie u touchant les rois des Franks descendus de l'antique race des Mérowingîens, lesquels étaient appelés rois , tandis que toute la puissance du royaume appartenait aumaire du palais; seulement les chartes et les privilèges ét^ent écrits au nom du roi, et celui qu'on appe* lait roi, était mené au Champ-de-Mars dans un chariot traîné par des bœufs , et là , siégeant sur le trône roya} en un lieu élevé , il se montrait aux peuples une Fois par an , et recevait les dons publics qui lui étaient solennellement offerts , pendant que le maire du palais , se tenant debout devant lui , annonçait aux peuples ce qui avait été décrété dans l'assemblée des Franks ; puis le roi retournait en sa maison , et le maire administrait toutes les autres affaires du royaume. Peppin pria donc le pape de décider lequel devait être et se nommer roi ^ de celui qui demeurait oisivement en son logis, ou de celui qui supportait le soin de tout le royaume et les soucis de toutes choses.

« Le pape Zacharie, par l'autorité de Tapôtre St-Pierre, manda au peuple des Franks que Peppin, qui possédait la puissance royale , devait jouir aussi des honneurs de la royauté {nominis dignitate^). » Peppin convoqua aussitôt a Soissons l'assemblée générale des évéques et des leudes, et là , « de Favis et du consentement de tous les Franks, il fut élevé sur le trône du royaume {in sedem regni) avec sa femme Bertrade ; les grands lui rendirent hommage, les évéques le consacrèrent , et il fut oint comme toi par le saint archevêque Boniface*. »

Soissons , et probablement la basilique de St* Médard , furent donc témoins du premier êacre royal qui ait eujieu en Gaule; car Peppin fut le premier roi frank qui donna une consécration reli' gieuseà sa royauté , en recevant V onction du chrême à Timitalion des anciens rois d^Israël.

Childerik, déposé et tondu à St-Médard , fut envoyé au couvent de Sithieu (à St-Omer) où il finit ses jours dans Foubli.

' Annal, Francor, Fuldenses ; an 754 et 752. — Annal. Francor, Laureshamenses ; § 13.

' Annal, Fuld, an 752. — Fredegar. continuât, id.

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