‹ Histoire de Soissons (volume 2)Chapitre 9 sur 17 · DE S01SS02IS · texte numérisé non relu

DE S01SS02IS

la grande foret et qui formaient a eux seuls de véritables forets, s^appelaient haies (en tudesque, hagen; en latinbarbare, Aii^o?); de là proviennent la forêt deHallate(^a^a-Xala),leboisdesÂgeux> etc/. Aa midi de la foret de Cuise , vers la Marne et bien au-delà de la Marne , se déployait une vaste contrée, dont les bois , moins touffios et moins sombres \ étaient entrecoupés d^une multitude de boai|^des, de métairies, de cultures, de labours , de vergers ; on la nonunait Brietum ou Brigeium (la Brie), du vieux mot gallique Briàj Briga , Brira, (pont, passage de rivière), peut-être à cause des pcmts de la Bflame, qui servaient autrefois de com. mumcation entre deux des grandes régions de la Gaule, laBelgique et la Celtique ou Gaule centrale. Une partie considérable de la foret de Brie dépendait du victis ou bourgade gauloise de Nant {NanJtoUumy Nanteuil-le-fiaudouin) : s^il en fallait croire la vie de St-Walbert', Chlo^is aui<ait donné Nant et ses dépendances en bénéfice héréditaire

' La haie VAhheêse, qui joint la foret de Retz à celle de Gompiègne, n'a été plantée que sons François P", mais sur an terrain anciennement défriché et dépendant jadis de la foret de Cuise. HUi. de Valait, t. i, p. &8«

* Les écrivains de la basse latinité la qualifiaient de Saltus, et non de Sylva, comme la Guise. Nous n'avons pas de terme qui exprime nettement cette nuance en français. Voy. Festns ; de verbor» signif. in Saltus,

' Duchesne , Rêrum francicarum scripiores ; t. 1, p. 556; Acta SS, orâ. S, Behed. Sœc. 3, pa'r82.

au chef frank Chagnerik. QuoiquHl ^n sait, sou§ la domination franke , le forestier . coyal de la JBrie , qualifié de^ji^e aiAsi que celui de Guî,^e , résidait dans une.métairie du petit pays de Multien, appelée Mail (aujourdlhui Mail ou May), , sQit que les assemblées nationales ou. ^no//^ gf^nérs^ux s^y; fussent quelquefois réunis , soit à.c^u$6de$.m<i^/f }iebdomadaires ou plaids partippliers.que. tenait le juge Anlh^ii sous les ormes de la plaine de. Jarnon, Yoisine de la métairie. La foret de Brie , couyr^t au nord de la Marne presque, tput FOuro^oîs , le Multien et^une partie du Yalpis , se dév^ppait à Test jusque y^rs Goinçy^ et au inîdii^par del^ Jouarre , (Jotrum)y fit par delà les deqx iMAnn^ :.wr unc^ longue ligne du nord au sud-ou^t ^ elle tQucbait à la foret de Caise^ presque depuis. leç.pprties de Soissons, jusqu^à celles de Senlis: Micy-aux*Bois et Breuil-sous-Saconin étaient wivexés à la foret qjii venait san& interruption, jusqu^àVauxbnin el Maupas» La foret; de Brie fut.subdiviséç plus tard en forets de Retz , de Grépy et de Brie proprement dite ; celle de Retz subsiste seule , et a hérité de quelques terrains autrefois englobés dans la foret de Guise;elle finissait jadis à Gœuvres (dit premièrement Quetùe ou Queuife)^ et à Yillers-en-Cuise ou Villers-Queue-de-R etz ( Fillare-ad-Caudam-Resti; Villers à l'extrémité de Retz) , que nous nommons par corruption Villers-Gotteretz*. La métairie de

'Ce moi de Keii {Re$tum , Redum, Hélium), dérivé du

Rets en Muhien , où fiit établi un ihnonastère vers le VIP siècle , a donné son nom 2i ce grand bois.

La forêt de Brie enfin, était bornée k Test par la forêt de Dole , comme ^ Touest par celle d^ €uise : la fèrét de Dole couvrait le Tardenois, et s^étendait sur les deux rives de rOurcq vers la Marifie d'un côté et laYesle de l^'autre ; les bois de Dole, de Fère et de Bis en sont encore lés vestiges.

Plusieurs des ttllas établies dans les forêts et sur les rivières du diocèse de Soissons, contenaient des atefiers monétaires qui ont laissé à la science ntimismatiqne quelques traces de leur existence. Sous leà Romains ^ il n^y avait de monnaieries que dans un petit nombre de grandes cités : les rois franks, tout en conservant les ateliers des villes , qui dépendaient des ducs et des comtes, fondèrent une foule de monnaieries nouvelles dans les principales métairies du fisc ; on en compta jusqu^à cent-cinquante ou environ *. Les économes ou intendaiis des eillas faisaient vendre au profit

tatin barbare Rotkîtê ou Rotia^ ne. différait goére , quant au «ena, de Guise, Ceiia ou Colta, Le dpché de Rets en Bretagne en tire son nom comme notre forêt de Retz.

' Voy. Lelewel; NumùmaUq, du Moyen- Agé: monnaie mérowingienne ; Toy. aiusi une excellente dissertation de M. Cartier, Tun des directeurs de la Revue Numiêmatiq. ;

insérée dans le n° 6 de cette ReTue \ novembre 1836.

176 HISTOIAE

du roi une partie des produits de la terre quUb administraient , et refondaient et frappaient aux types nouveaux, les anciennes monnaies que ces ventes amenaient entre leurs mains. Il existait aussi vraisemblablement un atelier ambulatoire à la suite des rois, sous la direction immédiate du trésorier royal , et de cet atelier sortait la monnaie proprement ap^elé^palatiale. Les lieux du diocèse deSoissons qui possédaient des monnaieries étaient les villfM de Kiersy (Carisiacum)^ de Yailly-sur- Aisne {Valliaeum ^ Felliacum)^ de Tidericiacum (probablement Château-Thierry) , et le bourg ou Vie sur Aisne, dans lequel la grande voie militaire traversait l'Aisne^. Les noms de trois monétaires de la cité de Soissons , soi^t arrivés jusqu^a nous avec leurs monnaies ; ce sont Elalius, Betto et Ragnola; mais on ne peut dire sous c(uek rois mérowingiens vivaient les deux derniers de ces pers<mnages '; les

' Près de Vie étaient la métairie royale de FmMoctM ou Berny, qui fat donnée, yers le milieu da VII" siècle , anx religieuses de Marchiennes, et la maison de Tofficier fiscal appelé Riverain {Riparius), préposé au double péage de la rivière et de la grande route. Cette maison était qualifiée de RivUre ou Cour-de- Rivière , et donna son nom à Tun des arcbidiaoonnés de Tévéché de Soissons.

* M. Lelewel croît qn'Elalius fonctionnait vers l'an 640 : la pièce frappée par ce monétaire porté autour de la face le mot SuESSioms, écrit dans la direction rétrograde, et, au revers, un calice surmonté d^une croix avec la légende Elalius MomiT. Elle appartient à M. Chalon, de Mons. Une

princes barbares attachaient peu d^ importance au droit dUmprimer leur nom sur les monnaies ; ils punissaient de mort la moindre usurpation sur les chasses royales , et souffraient que de simples monétaires usurpassent la légende des sols et des trions d*or, au profit de leurs noms obscurs.

Les monétaires de la cité de Soissons étaient subordonnés aux comtes , dont le pouvoir ne dépassait pas les limites du pays soissonnàis (pagtis stiessonicus) : les pays ou cantons de Valois, d^Ourceois et de Tardenois, avaient aussi leurs comtes , résidant & Vadum ou Vez, a Ulcheium (Oulchy) et 'kFara ouFère: Fautorité de ces officiers devait s ouvent se heurter contre celle des forestiers.

pièce de Betto a été troutée dans *uii jardin de Soiflêdns et donnée au Musée de la Tille par M. Laurendeau; la légende locale porte : Sobssionisfit; la légende monéttaire : Bbtto. M. q. ; an reTers est a*e croix latine portée «or un globe ; c'est on tiers de sol d'or. Une antre monnaie soissonnaise, gravée dans la Numùmatiq. du MoyenrAge^ pi. IV. fig. 18; porte un profil chevelu sur la face, nne croix sur le revers, avec le mot Suessionis des deux côtés sans nom de roi ni de monétaire. Les monnaies usuelles àù% Franks, sons la première race , étaient le sol {taoliduê) d'or, pesant 85 grains, et valant 40 deniers dWgent(lô francs 36 c), le demi-sol (nemiê) ; le tiers-do-sol {triens ; ce dernier est le moins rare), et le satga , denier d'argent pesant 21 grains et se rapportant à nn sol de 12 deniers , qni n'était qu'une monnaie de compte. Ce denier d'argent , qu'on ne doit pas confondre aveo le denier romain , devint la monnaie dominante sons les Karolingiens.

Au reste, tout n^ était que désordre , confusion et violence, depuis rétablissement des Franks : le conquérant Chlovis avait eu sur ses compagnons une certaine supériorité de génie qu'il ne légua point a ses fils ; les Mérowingiens n'empruntèrent à l'ancien goiivemement romain , que quelques titres et quelques formes extérieures ; ils n'étaient guère moins barbares sous la pourpre , l'or et les pierreries dont ils se couvraient, que les vieux Germains sous leurs saies de peaux de bétes , et ils ne comprenaient pas mieux la religion chrétienne que la civilisation romaine. La morale évangélique était aussi incompatible avec leurs passions effrénées que le dogme était inaccessible àleur grossière intelligence, (^hlother, le roi de Soissons, entretenait plusieurs femmes épousées par le sol et le dendersms Tinterv^ition de l'Église, et les gynécées de ses villas étaient de véritable^ harems : il avait épousé k la fois les deux soeurs , Ingonde et Arégonde ; il épousa ensuite Gontheuke, veuve de son frère Chlodomir, puis ramena de Thjiringe une quatrième femme a la suite d'une expédition qu'il avait faite dans cette contrée avec son frère aine Théodorik (vers 531).

Cette quatrième femme était Radegonde , fille d'un des chefs ou rois desThûringielis vaincus par les Franks. Chlother et Théodorik avaient failli se battre pour sa possession, puis l'avaient tirée au f^pri avec le reste du butin ; elle tomba dans le lot de Chlother , qui l'envoya dans sa villa d' Athies

{Aîeid) en Vermandoi») oii elle fut initruUg aua lettres et à la religion dirëtienne. L'ëdacation que reçQt la jeune Thuringienné porta des fruits que CMother n^avait pas prévus : une exaltation ascéti. que et un ardent désir de la vie contemplative s* emparèrent de son esprit , et fortifièrent la répugnance qu^elle éprouvait à vivre avec le prince (rank , ennemi de s(i race et destructeur de son pays. Lorsque Ghlother voulut l'épouser solennellement , elle s^ échappa d^Âthies pendant la nuit : elle fut reprise^ et conduite a hivilla deMicy {Mi-^ ciaeum)^ \ deux lieues de Soîssons, qui a conservé le nom de Micy-Ste-Radegonde^ Elle se résigna enfin a accepter Tamieau du roi ; mais ils ne véoa-* rent pas long-temps en bon accord : la nature éle* vée et spiritualiste de Radegonde ne pouvait sympathiser avec l'humeur brutale , luxurieuse et sanguinaire du roi frank, qui dùmt avoir pour femme non point une reine , maie une nonnmn. Un juste et terrible grief décida Radegonde k se sé^ parer de son farouche époux : un frère de cette princesse avait été amené captif avec elle de Tha« ringe ; Gldolher conçut quelque ombrage sur lés

' Aa siècle dernier, on allait encore en pèlerinage dans ce lieu pour obtenir, par Tintercestion de Radegonde , la gnérison de la gale : les galenx se lavaient à la fontaine le Micy. C'était sans doute en mémoire des bonnes cenVres de Radegonde , qui soignait et pansait les malades de ses propres- mains , sans s*înqnièter de la nature de leur mal.

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desseins de. ce jelme homini^ , et. le .fit égorger : alors Radegonde quitta le roi , courut se .réfugier dans la basilique de Noyon, et pria le célèbre Médard, évéque de Vermandois, de la consacrer au Seigneur. . Les antrustions du roi , qui ayaient poursuivi Radegonde, faisaient retentir Fégli^e de leurs menaces, criant à Médard qu^il ne donnât pas le .voile à la femme du roi, et qu'il n'eût pas la présomption d'enlever au [M*ince sa reine léffitinie (publicam; épousée publiquement). L'évéque hésitât.

— Si tu diffères davantage de me consacrer , s'écria-t-elle , et que tu craignes plus un hmmne que Dieu , le paHeur te ; demandera comj^e • de l'âme de sa brebis !

Médard céda, et, lui imposant les mains, la consacra diaconesse^. Elle se retira en Aquitaine , et fonda un monastère a Poitiers , où elle passa 1^ re^e desesjours\ Ghlother n'osa ni reprendre sa femme de vive force, ni punir4'évéque Médard, quilui inspiraiit un respect mêlé de frayeur , et qu'il croyait doué d'un pouvoir sumatureL Médard , fils d'un père trank et d'une mère gaUo-romaine , était un des premiers hommes de sang germanique

' Le second concile d'Orléans , tenn en 533 , venait cependant de défendre qu'on accordât dorénavant aux femmes laiBénédiction (ou consécration) diaçonala,

^ Gfjeg^or. Toron, lib. m. — Venantius Fortunat. vt/a S.. Radegundis^ hh. i.

qui (àt entre parmi les clercs efc parvenu à Tëpiscopat : cVt^it peut-être le plus influent des prélats de la GanVe , depuis que le grand St-Remy était mort accablé d^annéès , en désignant pour son exécuteur testamentaire le fils de son frère , Loup , évéque de Soissons , quHl avait toigours aimé d*tt>n amotir ions égal^^

St-Loup survécut quelques années a St-Remy , et eut pour successeur au siège épiscopal, un clerc soissonnais appelé du nom germain de Bandared ou Banderik (St-Bandry), qui , au dire de la légende , fut élu avec acclamation et d'une voix unanime pa/r tout le^ peuple , et confirmé par le roi Chlother. Bandared n* exerça pas long-temps en paix son ministère. Comme il vivait plus chrétiennement que ne T eussent souliaité les hommeê du roi , et employait les revenus de T église a soula-

' TettOÊneni. S. Remigii^ Marlot. Ecd. rem. Hiii. St-Remy mourut vers 533, tuiTant; Lecointe Annaleê Eocleêiaê' tUd. Les termes da testament de St&emy sembleraient attester que Téglise de St-yictor existait à Soissons dés le VI, siècle : St-Remy légna deux sots d'or à Figtise de St-Victor près laparte de Soiêêonê. Cependant Marlot, {Eeeleê. Rem, Miêi.) assure qa*ily eut autrefob à Reims une église de St-Victor, détruite fort anciennement, sur remplacement de laquelle on voyait, de son temps , une croix de pien« qui portait encore le nom de ce saint. Les mots : porta Sueteoftû», suivant Marlot , doivent s*entendre de la porte de Reims qui donnait sur la route de Soissons. Marlot renvoie, sur ce sujet, au rituel de Reims , uhi ttgiiur de suppUcaiionihuê rogaHouum.

gci: \ef& pauvres fl^tfA qu'à gagoisr la . faveur de^ pùis^an^,, beaucoup ^e gens $' élevèrent contre^ lui, Qt mille men^ongiss volettent dan9 Voir : Iqç uns Faccusaient de stupidité ; les ^autres prétendaie^l^ qu'il dissipait les biens de la maîsco de Dîfe;U., et portait le trouble parnû $e$.frères^

« Voici que les gen$ du palais dirent au roi ; •-— Seigneur roi ^ nous avons vu de nos propres y eus;, et nous avons appris de nos devanciers que toujours les pontifes, qui président après^ vous, à votre royaume , vous doivent offrir des èfm& royaux dignes de votre grandeur* Or, voici que Bandaredy Févéque de Solssons , se tient éloigné de la cour royale et ne vous adresse aucun présent,, bien que vous Fayez élevé gratuitenient à ce baut degré d'honneur. y>

Le roi^ trouvant Tobsei-vation a son gré , dé-? pèche vers Bandared ces hommes de mauvaise intentioa/qui invitent le prélat a réparer son omission.

— Pobéirais aux ordres du roi , répond Bandared, si le vouloir tenait lieu de pouvt>ir ; mais Dieu sait que je n'ai rien à offrir qui soit dignin du roi » f t ne^ puis satisfaire ainsi wr-le-'cbampa votre exigeanee !

Les messagers reviennent vers Chlother :

— Seigneur roi, nous sommes allés vers ce sot évéqiie Bandared , mais nous n'avons trouve que folie en ses paroles : il a juré par serment qu'il ne fréquenterait jamais tes palais , et qu'il ne rendrait

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jamais aucuo honneur k toi ou aux tiens. Si tu soudes cela saos yengeance , sois sûr que ton royaame sera livré k la donûnation d^me autre race!

Ghlother ordonne alors qu^on envoie Tévéque en exil : les courtisans retournent vers Bandared de to^te la vitesse de leurs chevaux.

— Evéque, quitte ton évéebé : nous qui trayons élu^ .nous te déposons par Tordre du roi l

// fut mnH ahm$^ de ^an siège sans synode, s^ms jugsment d$s éi>4qu0s , par l» tyrsmnie des kdqtêss: il s'en alla vera l'ou^est , marchant devant ki jusqu'à ce qu'il fût parvenu du bord de la mer; là , il s'embarqua sur, un navire qui faisait voile pour la terre des Anglo-Saxons , après avoir^ suivant la légende, inscrit sur un rocher l'année , lejeu/r et l'heure de son départ, i^rrivé en Angleterre , il se fixa dans une abbaye : j ou , cachant avec soin &Ott rang et sa science , il remplit , sept années durant, l'humble office de jardinier sous l'habit cunonic^L

Le diocèse deSoissons n'avait pas tardé à regretter Bandared : une disette , une épidémie afiUgèrentla contrée; on attribua ces malheiirs à l'injustice faite au saint prélat ; les peuples de la cité , ées faubourgs et de la campagne redemandèrent leur évéque à grandes clameurs ; ils, vipreni au par bis de Gblpther, frémissant et criant hçrribl^ blâment piille ifijures au roi , qui 0ut grand effroi de la fureur de ce peuple irrité. Ghlother

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promit de rappeler Bsmdared , et des serviteun du roi partirent avec quelques habitans de la cité afin de chercher partout V homme de Dieu. Après qu^ils eurent long-temps cherché en vain , depuis Soissons jusqu'à la mer , comme ils perdaient tout espoir , ils aperçurent le rocher oii étaient les caractères tracés de la main de Bandared. Ils passèrent la mer ^ et errèrent long-temps par TÂngleterre. Un jour quMls étaient entrés dans une abbaye pour prier Dieu de favoriser leur entreprise, voici qu^ils entendirent appeler Bandared par un des frères, et soudain , parmi plusieurs moines qui sortirent de Tintérieur du cloître, ils reconnurent celui qu^ils cherchaient. Ils embrassèrent aussitôt ses genoux, pleurant et le suppliant de revenir avec eux en Gaule.

-^— Ce que vous demandez , mes enfans , leur dit-il, est chose impossible ! Irai-je quitter le père c|ue Dieu nï*a donné et qui m^a daigné accueillir étranger et voyageur errant , pour retourner vers vous qui m^avez chassé de votre pays comme im chien^ enragé? Je suis maintenant d'ailleurs asservi {mtmciputus) à l'autorité d'un autre , et ne puis rien faire sans Taveu de Tabbë de ce lieu.

Les messagers alors vont porter leur prière aux

pieds de Pabbé^ qui, à leur récit, jure n'avoir jor

mais rien oui de pareil , et , tout en regrettant

fort de ne plus garder Bandared avec lui tous hf

jours de fa vie^ lui permet de retourner veré le peu-

fct5

pie auqtiel il est H néoêssaire. Toute la. communauté le conduisit jusqu^k la plage où il se rembarqua : il fut reçu par les Soissoimais avec des transports de joie , et le légendaire prétend qu^un miracle renouvelé de Mb'ise signala le retour de Bandared. Une foule innombrable de cavaliers et de gens de pied étant allés a sa rencontre du côté de la f orét de Giise, comme la chaleur était inf o/érable^ et que nul courant d^ eau ne se trouvait en cette campagne^ tout ee peuple brûlait d'une doublé ad f corporelle et epirituelle. Bandared satisfit Tune par ses saintes paroles, l'autre par un prodige. £q un lieu nommé Arthèse, il enfonça son bâton dans la terre, et, lorsqu'il le retira, après une oraison et un signe de croix, une source jailUt , si abondante etsilargequ'ellesufiità désaltérer toute cette multitude.

Ârthèse est le village de St-Bcmdry , à deux lieues et demie ouest de Soissons.

Le légendaire ajoute qu'aux approches de la ville, le reste du peuple sortit au-devant de Bandared, avec tout le clergé , tcmt de tordre monastique que de f ordre canonique, en tétemens blancs, ^ec l'ordre des vierges consacrées à Dieu, On a conclu de ces mots qu'une congrégation monastique était d^à , dû temps de Bandared , établie à St-Grépin-le-Grand , et que la chaire épiscopale {cathedra) avait déjà été transférée de cette basilique a St-Gervais. Cette dernière assertion aurait besoin de preuves plus positives.

Le ïnofftBfAke du saint évé^e raconle ensaiie que 6attdM*ed ayant d^ivré la fille du roi de la possession du dëmon, qui la poussait à se jeter tantôt dans Teau, tantôt dans le feu , Ghlother fit écrire par un notcdre {CommènîarienHs)^ et sceHa du scel royal une prescription {pfceceptum) par laquelle il donnait à Bandared Celles et deux autres terres du fisc ; le prêtât k son tour donna ces biens à la imsilique de St-Crepin^

Bandared^ après sa restauration , fut témoin et acteur dans un des principaux ëTenemens de Phistoire soissonnaiie ; à savoir : la translation des restes de St-Mëâ»d m/isc de Crouy , et la fondation de la fameuse aUliaye'qin port^le nom de cet ëvéque du Veriâftndois et du Tournaisis.

LMpoque de la mort de $t-Médard est incei^

* Acia sanct. Bolland^ i" août.— La l^ge^de de St-Bmndry nous a pari^ assez intérçssajatç pour mériter d'être résumée dans ce livre « mais sous toutes réserves, pour le fond aussi bien que pour les circonstances merveilleuses. Ce n'est pas là en effet un monument authentique et contemporain comme les jieiêM de Ste-Radegonde. La rédacfimi i^séltée dans le recueil des Bollandistes n'est pas antérietire au XII' siècle, puisque son autour Va. dédiée ^ Tévéque lisiard, et Ton ignore entièrement si ce légje&daire a travaillé sur des documens dignes de foi et s'il les a fidèlement suivis. Bandared ne tenait pas entre les éveques du VI« sièclé un rang aussi distingué que le prétend son biographe ; autrement, Grégoire de*Tours eut parlé de cet évéque> tandis qu'il ne cite même pas son nom.

taiae : les uos , la placent en 545, les autres, %n 558, ou même en 560 : la date de 558 est celle <juî s'accorde le mieui avec le texte de Grégoire de Tours» Ce qui est du moins certain, c'est que le roi CUother survécut kréréque de Vermandois^ etconti* noa de le révérer et de le craindre mort aussi bien (jue vivant* Au retour d'une de sed expéditicms , (un des biographes de St-Médard prétend que ce du s^^rès la guerre de Bretagne , où GUother d^t et brûla vif son fils rebelle Chramne) , le roi frank {Mssa par le ckéteau de Noyon : Médard , que U Seigneur rappelait à Imi , gisait sur son lit d'home. Le roi et ses leudes visitèrent le mourant, pow lui dire un dernier adieu , et recevoir sa bàié* diction : Médard avait téitnoigné le désir d'être in* humé au diàteau de Noyon , où il avait transféré sa thmre épiscopale qui était auparavant en la oiti de Fermandaiê (St-Quentin) ; mais C3ilother, attachant apparemment une sorte de vértn magique a la possession du corps de ce saint personnage, dit qa'il voulait remportera Soisions , afin de construire sur sa tombe une basili^e et if y établir tm HMmastère. <c Le bien aimé de Dieu céda aux in^ tances dn roi.*.. Plein de votus et de grâce, il s'cnallavcrs le Seigneur; x> i^rès qum on enleva* le corps^ et le roi, les évéques^ les seigneurs, tous les assistans prêtèrent tour-a-tour leur épaule au ^dean : le cortège chemina ainsi de Noyon a la

' Lecoiale ; Aetm mmei. ; Flevrf (Hisi. Eeelhiustiq),

ttUa d^ AlticlïY {Attipiaoum) ^ où Ton trayérsa TAisne^ et Ton se dirigea vers Soisson^^ par la rive mëricQonale. Toute la cité vint au-devant du cortège avec son évéque, le vénérable Bamdaréd, afin de fcÂre féîe au nouveau patron e$ protecteur que le pays avait acquis^ Après quelque station aua églises de la cité y ont*epassata rivière pour transporterie corps saint à la métairie (prœdium) de Crouy , lieu affrwichi du culte profane des antiques idoles ^ dit le légendaires et destiné par Ghlother à recevoir les reliques du bienheureux. Mais, au moment de descendre le cercueil dans la fosse, il arriva, suivant la légende, un incident plus surprenant encore que le miracle opéré naguère par Bandared : le corps devint tout-à-coup si pesant, que personne ne put le remuer ; les plus robustes y perdirent leurs peines. Chacun demeura â>ahi : le roi , d'un esprit sagaoe^ devina ce dont il s'agissait, et, appelant un notaire , fit rédiger la donation de la moitié du fisc de Crouy a St-Mér dard , et la scella de son anneau. On s'approche alors de la bière, avec bonne espérance , et on la soulève d^un càté sans la moindre peine, mais Vnur tre bout demeure inébranlable et plus lourd qu'une masse de plomb. Ghlother , comprenant qu'il ne

' S. Medardi iaita; ap, i^icilegium; t. S. On ne sait si le biographe qoi a écrit cette légende à la fin dn IX" siècle » fait alluêion à quelque ancien fanum romain qui aurait existé en cet endroit, ou seulement à la conversion de Chlovit, qui posséda Groay lorsquHl était encore payen.

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faut pas élre libëral à demi , rappelle le notaire , et octroie au saint a perpétuité le fiêo tout entier. St- Médard pour lors se fait aussi lég^r qu'un fétu de paille^ et deseend paisiblement dans la fosse.

La seule Tenté que renferme cette anecdote un peu burlesque , c^ est la donation de la terre de Grouy et de tous ses revenus à la future basilique ; Chlother toutefois se réserva l'habitation royale, qui demeura contiguë à Tabbaye de St-Médard , et dans laquelle les rois continuèrent de séjourner fréquemment.

On avait érigé provisoirement sur la tombe du saint une cabane.de feuillages, remplacée par une crypte ou chapelle souterraine , et bientôt, grâce à la mumficaice du roi et des fidèles chrétiens de toute çMidition , on commença de bâtir en ce lieu un vénérable temple du Seigneur^ au nord de l'habitation royale et près d'un breuil ou bois de chasse, qui, s'étendant à Torient delà métairie, fut défriché en partie pour les usages de cet établissement religieuxMJn certain nombre de moines furent appelés sur-le-champ auprès du corps de monseigneur Médard^ et on leur construisit un cloître fen même temps que la basihque. Ces religieux adoptèrent la i^gle de St-Benoit {Benedictus\ le réformateur et le lé|;islateur du monachisme en Occident , qui était mort en 543 dans son monastère du Mont- Cassin , après avoir envoyé en Gaule St-Maur et

* MabilloD *, de re diplomoHed; lib. iv^ p. 300.

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quelipie» autres de ses disciples. Les moitiés de St- Oépin^é-Grand se firent aussi B4néi4cHM.

S'il eii faitàît croire les prëteiitioiis des Bénédictins de St-Médard, Mtitenaes par beaucoup d^ëcri- 'tains de leur ordre, le noùveatlmottàstère eût étë, dès son origine, éleré au plus haut point de gleni^ et de puissance, et, jusqu'^k la destruction de St'Mëdard, les moines montrèrent avec orgueil un vieux parchemin qu'ils regardaient comme le plus précieux titre de leur abbaye. CT était une bulle conçue en ces termes :

« Aux princes présens et k venir de tout l'Univers, gouvernant la machine du monde sous la touvecainété du Christ , Jean , tth» infime par ges mérites, mais par la volomé du Christ , ptélnx, du saint-siéjgfe de Rome , etc.». Pur Tinspiration de la ^ràce divine et le conseil du trèâ clément et très excellent roi Clotc^itiSj nous accordons ce privilège à perpétuité au monastère de la bienheureuse Marié et du bienheurejix Pierre ^ situé hors la cité de Soissons , où repose le seigneur Médard et où préside l'abbé Daniel, afin qa't/«(ie$ SS. patrons ou led moines? ) tiennent et possèdent les terres que leur a conférées notre fik Clotarius

jpiour le ialat de son âme, k savoir : Crouy (Oohiàc%éià) ; nous accordons aussi au présent abbé et à ses successeurs , de donner la bénédiction durant la solennité de la messe, {inîer miaarum sohnnia benedictione agere ) et de prêcher le peuple ; le tout en l'honneur de la mère de Dieu , du bien-

^euretu^ Pierre, d'Etienne, premier martyr du Christ^ et dubieiibisureux Médard, dont les mërite6 font resplendir ee lieu consacre (de leurs iMip()#).«,« Lequel nous constituoiis oU^ (oaput) des monastères de toute la Gaule , et affranchiesom de teUe autre autorité que ce soit , youlant <pie, plaidé sous la protection royale, il n'ait recours et à{^el qu'aux éyeques de ce satnt-siëge de Rome. — Souscrit et scellé par moi , SimpUcius , notaire du saint-siége, etc. Donné en Téglise de St^lvestre le V des Ides de mars , Tan de Tincamation 562 , îndiction X* \ »

* Dormay; Hi$t, de Saiiêon*, t. 1, p. i 92 ; Meïchior Regnault ; Ahrégé dé VHiêi. de Soisâtme. A Tépoque où s^é- 7«iUat la crittqae fakloriqae et arebéologîqiie , celte préleodue )>aUe du pape Jeaii IU,Dlsa prétendue confirination p^ le pape Gréçoîre-le-Grand, en 593« dooi^éreiil Ueu à de longs débats entre les champions du pririlége monacal et ceux des droits épiscopanx. On entassa volume sur Tolame de part et d'antre dahs cette jo&te d'érudition ecclésiastique : à YInqwitiHo in privilegium, etc. ; publiée en 1657 per J. de Launoy, decteur de Sorboime , surnommé le Demiéhmtr 4e Mnie^ lépondit le : FfiMegium S. Medmrdij^&pugnqtum^ par Kobert Quatremsire , bénédictin, (1^9); Panl Moreau * cenfrère de de Lauooy, iaoçapour lors^spn^ele Privilegiuni ses Vindiciœ jurium eviscopi Sues$ionçnsi$ (1659); puis, de Launoj rentra en lice avec un 19-4'' de Dourelles dissertations (1864). Un jurisconsulte toulousain, 'fianèe^Serre, se mit de la partie , et eut encore affaire à rinfiitigabie de Laaaiyy. Les bulles papales restèrent sur le eluMiip de bataille , tmi/onéms sous teoi ce loard useras.

Par malheur , cette pièce était non-seulement akëréeôu interpolée, mais radicalement fousse: en supposant que le roi Chlother né fût pas mort avant 562, ce qui est bien douteux, T église commencée sur la tombé de Médard n^était alors ni terminée ni dédiée sous les noms de Ste-Marie , St-Pierre et St-£tienne , car cet achèvement Fut Toeuvre du fils aine de Chlother ; lés monastères de Gaule ne reconnurent point de chef d^ ordre , et Tépiscopat gaulois, au YP siècle, n^ eût pas souffert queFévéque de Rome, affranchit un monastère de Tautoritéde Tévéque diocésain; nul ne pouvait appeler de Tévéque qu^au concile provincial , et, si Fabbay e de St-Médard reçut , dès son origine , un privilège ou exemption,^ chose assez vraisemblable, cç futderévéqueBandared et non dû pape. On peut voir la formule de ces sortes de privitégéâ dans le recueil de Markhulf , compilé au VIP ou au VHP siècle : un évêque , qui voulait favoriser un monastère, promettait, pour lui et ses successeurs, de conférer Tordre de prêtrise à ceux des moines qui lui seraient désignés par Tabbé et la congrégation pour remplir les saints offices dans Fintérieur du couvent, et dUnstalier abbé, en cas de vacance , le frère que la congrégation aurait choisi dans son propre sein, sans exiger de récompense pour cette installation ; il renonçait du reste à tout pouvoir sur les choses et les personnes du monastère , défendait à ses archidiacres et a qui que ce fût d^en exiger aucuns présens ou de s'ingérer dans l'admi-

Dfi SOISftONS. 106

nistration des biens monastiques , s^ obligeait à ne point entrer dans Tabbaye sans y être appelé , et laissait k Fabbë le soin de corriger ses moines , ne se réserrant d'intervenir que si Fabbé msmquait a son devoir. On faisait confirmer ces privilèges^ non parle pape^ mais parle roi, afin d'obtenir au besoin la protection temporelle, i

Le vieux Chlother ne vit pas s'achever la. nouvelle basilique. Après maintes vicissitudes, il était arrivé au comble de la puissance : le lâche, assassinat des fils de son frère Chlodomir , lui avait jadis livré la moitié des possessions de ce prince ; l'extinction de la postérité de Théodorik , l'ainé des fils de Ghiovis^ valut ensuite (an 555). à GUother le commandement des Franks; orientaux et des Germains ; puis, Childebert étant mort à son tour sans enfens mâles (an $58)^ CSilother se trouva le seid chef de toute la race frsmke, et le roi de Soissons devint roi de tout l'Empire de Ghlovis^ accru du pays des Burgondes , que les Franks avaient conquis en 534*535. ,

Il ne jouit pas long4emps de sa fortune, et sembla concevoir qudque pressentiment d'une fin prochaine, ou du moins quelque repentir de ses crimes , ce jour ,,ou , visitant le tombeau de St-M^rtin k Tours, et repassant dans son esprit totUes le§ HQ- 4tofiê qu'il avMt peutrétre commises caaec légèreté (jqtuis fortassè negligenter egerat)^ « il pria le saint confesseur , avec grande effusion de larmes , de lui obtenir le pardon des choses qu'ilavaît faites con-

196 HiSTOIRK

tare raison*. )è Ces iàgénêù éuiattt, ccHOftOM on sait, le massacre de ses (deux noTeux , du frère de $a feniBieRad^^nde, ^ de beaucoup d^autres, accompa^és dje parjures , de pillages et d'incwdies sans M>inbre.

II revint de Tours dans le SoissonnaiSf versks métairies de rOise et de TÂisne : en ta cMqfMMfti# et unième €M%née de êon rignê (561 ou S62)^ taadis qu'il chassait dans la foret de Guise, il fut pré de la£èvre, et retourna très malade à la pilla de ûompemdium (Compègne) : la , gisa»l anr son Ut de douleur, et sentant que son heure approchait , il s^ écriait:

-~ Weh ! (hëlas !) que pensez-yous que soit donc ce roi du ciel, qui f^t mourir de si grands rois ea telle manière ?

n considérait le roi du ciel comme on ennemi nrrtsible qui le frappait sans qu'il put se défenAr^ , et qu'il avait tenté en vain d'apaiser par de riches présens.

// rendit l'dme , plein de triitoeee^ âgé de soiaantensinq a sohcanle-sia ans. ce Ses qnatre fils , Charibert (Haribert), Gontramn (Gnnde-Hranm), Chil*perik (ou plutôt HilperâL, en aspirant rudement l'H) et ^gfaebert, l'emportèrent en grande pompe h Soissons , et reuevdirent devant le tomhcatt du glorieux pontife Médard, dans la hasiliqfie qu'il

* Gftfor. Turon« Ub. iv«§31.

DE toisscms. 107

arait cMMuuencëe, tt qtCû avait enrichie de maints teTenaftdeit'fJ/M royales S »

Au tofnd de la mlin de Braine^snr la Vesle, une des prmeipate» résidences royales de la contrée ^ était caché le trésor du vieux Ghlother^ nagnîfiqne entassement d'or monnayé ^ de lingots, de joyaux , âfê vMe^ prëcienx, de fiches étoffes , fruit des expéditions de Cfalovis 01 de ses fils depuis quatrevingts ans, déponUle de la Gauk et de ritalie , des jReméifiit, des Gotks et des Bnrgondes. Chil^ perik, mssîlAt après ks ftméraiUes de son père ,

' âS*. Medardi rtto, ap. SpicUegiu/tn , t. 8.

* Srannacum , Srinnaeum ^ Brênnaoum , Brinna ^ dans tes divers MSS. de Grégoire de Toars. L*o|>iiiion générale yeutqnetéîteifilhwmi Bmine. L*abké Lebeof^ suivi par ràlitofiea da Valois , a prétanén 4p»e Brêmnmêum était Baiyny« vîilsfe sfttaé anjourdliai au nsidSl de la fevéi de ReUr entre ViUers-Cottere^ et ff anteuil-Ie-Haudoin , et ca* ché autrefois au fond de la grande forêt de Brie. Bargny avait été probablement un fisc royal d'nne certaine importance, et demeura le séjour d*aii jage, d^abord royal, pais seigneurial, qualifié de maint {major), qt/i tenait ses plaids wcma titt orme , éemat le eMteaa , et aTSit «leore, aa XVI* •ièole^ TÎ9f t et une paeoîases aoussa joridîoliM. Aïs#. dU FmloU^ t* 1» P^ i2ft^ La «Msrst de Baigaf fitisaiC alors partie de la châtelleDie de Crépy. Les argomens d« Lebeuf, quoique spécieux, ne sont point assez décisifs pour déshériter Braine au profit de Bargny : LebeuFavoue queBargny, dans les titres du IX* siècle et des siècles suivaiis, ne porte d'autres nsMis que Bernêfimmj BêrinnêUim, Msrifnêium^ tandis que la viUm royale dent il discute la position , est encore appelée Brennacum par les Annales de Metz en 751 .

courut à Braille, s^ empara du trésor , app^. près de lui les Franks les plus capables de' seconder se» ' projets ^, les gagna par ses présens , et^ marchant à leur tête vers Paris , il ocoupa la réHdenoe du rot Childebert (le palais des Thermes, ou le palais de la Cité) ; mais il n\en garda pas long-temps la possession ; car ses trois frères réunis s'avancèreiit contre lui et le chassèrent de Paris.^ Ghilperik , se voyant le plus faible, abandonna ce qu^il avait usurpé par fraude, et se sovamUsknnpaMrtagelégitifHey c^ est-a-dire , a la division des biçns paternels par la voie du sort (an 562).

Les quatre fils de Ghlother prirent à peu près pour basç le partage qui avait eu lieu, cinquante an$ aiiparayant, entre les quatre fils de Ghlovis : Charibert eut le royaume de Childebert, avec Paris pour chef -lieu ;* Gôntramn eut la meilleures partie du royaume de Chlodomir ou d'Oriéans,'avec laBurgondie; Sighebert reçut TÂustrasie ou royaume de Test, etChilperik, Fancien royaume de Soissons, dont les délimitations avaient toutefois changé ; TAustrasie engloba cette fois tout le pays entre la Meuse et r Escaut , avec la cité de Laon, et même la portion du territoire soiâsonnsùj^ au nord de TÂisne ; le palais de Crouy et Féglise inachevée où gisaient St-Médard et Chlother, dépen-

^ * Franoos uHliorea ^ dit Grégoire de Tours. L^épiibète à^êUUiê a une singulière énergie, chez les écrivains ,de la basse-latinité.

dirent du royaume de Sighebert , et T Aisne seule sépara des.teires austrasiennes la capitale de Ghil-perik. Rien de plus bizarre que rencheTetrement des cités et des fiscs qui composèrent les quatre royaumes ; Chilperik , entouré dans Soissons par quatre cités qui ne lui appartenaient pas ( Reims , Laon , S^Uis et Meaux), possédait Nantes, enclavée dans les état$ de Charibert, et beaucoup de villes d^ Aquitaine et.de Novempopulanie (Gascogne).

S<NSSons était échu au pire des quatre frères. Les trois autres avaient de bonnes qualités : Charibert, alourdi par Fabus des plaisirs , était d^humeur pacifique ; il parlait latin avec facilité , copiait les manières giraves des sénateurs gaulois , et se vantait d^étre très versé dans la jurisprudence romaine. Gontramn , à part son penchant à la luxure, était dévot et vivait bien avec les évéques : il avait un fond de bonhommie, pialgré les accès de brutalité sauvage qui le prenaient de temps à autre ; chea^ces deux aines, les voluptés de la Gaule avaient amorti à la fois„ F énergie et la férocité de leur race. Sighebert, le roi de l'est , possédait au contraire Fard^vtr et Tactivité des premiers conquérans germaina, mais sans avoir leur cruauté ni leur pei^die ; c'était une de cies natures héroïques et généreuses qui se développent parfois spontanément au sein de la barbarie, et qui servent de type aux épopées primitives. Quant au rpi de Sois' sons, il était aussi débauche que Gharibert et Gon-

Iramn, aussi actif que Sighebert ; mais sa laftorè n^atàit point amdii ses penchans fëroces , et Mn activité ne se déployait que pour le mal. '

Glu^erâL attira bientôt de (grands maux sur Soissons et sur la Gaule* Les HuAS*Awares , arrièregarde de la liorde d^Âtlila ^ qui habitaient alors lat Pannonie (Autriche et Basse*Hongrie)) ajraht a^^aîUi les cantons germains vassaut des Fraiïks, Sigheberi; passa le Rhin poui* repousser cette aggression. Ghilperik profita traîtreusement de l'absence dé son frère, et envahit Reims et d'iêuttes cUés^ vùiMinw (Laon, Ghâlons ; Troyés , etc.); mais Sigfaebert ) vainqueur des Awarés , ne tarda point li reparaître en' Gaule, reprit Reims sans coifp férir , iivarcha droit ^ Soissons, s'en empara, y fit prisonnier Thëodebert, fils aîné de Chilperik, puis , poiursuivant €hi)pmk, qui ti'avait point osé faire face sous les murs de sa capitale , il le battit et le mt en fbite (an â64)t» Ghilperik eàt été probablement dépouillé de toutes stô possessions et abandonné de tous ses fidèles; car les^ leudes franks n^ étaient guère ^é^e^ qu'aux forts et auit victorieux ; mais les deux frères aînés s'^interposèrent, et obtinrent dé Sighebert qu-il se contentât de recouvrer se^ c^és ; aptes quoi, comme il était clément^ S remît en liberté, avec de riches présens, le jeune Tbéodebert , qui atait été gardé un an captif h. h. villa dePontion. lliéodebert seulement jura cfe nejamaie agir contre son oncle , serment qui fat viêlé plus ta/rdégrtmd péché, dit Grégoire de Tours.

Cliilperik rentra donc dans Soissôns, et sa puissance s'accrtrt, eil 567, d'une partie dé la succession de Gharibert, qui mourut sans laisser d^enfans mâles. Ghilperik eut la seconde Lugdunaîse (Normandie) et devint aii^'^i roi de la partie de la Gaule qui s'était appelée jadis Tractus armoricanus et queVon commença de nommer Neustrie {Ni-Ostet' fiké)^ ou royaume de l'ouest. Ce nouveau partage fot signalé par une circonstance assez remarquable : chacun des trois frères survivons voulait avoir Paris dans son lot ; aucun des trois ne cédant , ils divisèrent en trois parts la cité et son territoire, et chacun s'engagea , par serment prêté sur les reliques de St-Martin , St-Hilairë et St-Polyeucte , à lie pas entrer dans Paris sans Taveu des deux atitres t oti eât dit qu'ils avaient l'instinct des grandes destinées de Paris ; sans doute ils sentaient du moins Tknportance de sa positfon géographique ^.

* Après que Soissons fut retourné au pouvoir de Ghilperik, il se passa dans les rustiques palais de ce prince, certmns événemens analogues iaux révolutions des harems orientaux. Le roi de Soissons avait une reine nommée Audowère, qUi hii avait donné trois fils ; parmi les gens de petite condition attachés au service de la reine se trouvait une lite frknke ou germaine de rare beauté ^ appelée Frédegonde. Durant un voyage du roi, Audowère mit au monde une fille ; Frédegonde alors donna

' Gregor. Turôn,, lib. vn, § 6.

par astuce un avis à la reine: — Ma dame et maîtresse, voici que le seigneur roi s^en revient*..» comment pourra-t-il faire accueil à sa fille ^ si elle ti'est point baptisée P

L^ reine ordonne qu'on prépare le baptistère, et envoie chercher Févéque (Droetighisil , successeur de Bandared ou Bandry) ; m^is^ Hévéque arrivé, il ne se trouva poifit là de matrone (Femme libre) qui pût tenir Tenfant. Et Frédegonde dit à la reine : — Qui peut mieux que toi la tenir ? Que ne la présentes-tu toi-même ?

Audowère suivit ce perfide conseil .^ et , quand le roi revint , Frédegonde alla au devant de lui , en lui disant : — Grâces soient rendues à Dieu de ce que notre seign^eur le roi est de retour et de ce qu'il lui est né une fille ! Avec qui le se^neur mon roi dormira-t*il cette nuit, puisque la reine ma maîtresse est 1^ marraine {commater) dç votre ,fiUe Chil4eswinde ? — Si je ne puis dormir ayec elle, répliqua-t-il , je dormirai avec toi !

Et, lorsqu'il aperçut Audowère qui .accourait avec FenFant : — > Femme, s'écria-t-il , tu as £ait par simplicité une chose défendu^, et tune peux plus être mon épouse !

(c Et il l'invita à prendre le voile sacré SLvec sa fille, et lui donna plusieurs métairies et villas^ et exila l'évéque qui avait baptisé l'enfant; mais il s' ae/;ot^m^ Frédegonde pour reinç*. »

' Gesta regum Francorum, § xxxi.Lecointc (Annal' Fr an-

' On sait que T église interdisait les alliances entre les parens selon V esprit (parrain et maraine) et les parens^ir/on 7a e^^atr. Les parrain et marraine d'un enfant ne pouvaient vivre conjugalement ensemble ni avec les père et mère.

Les trois jeunes fils d^Audowère , Théodebert , Mérowig(Mérowée) etChlodowig(Chlovis), étaient restés auprès de leur père , et la haine mortelle qui naquit entre ceux-ci et Theureuse rivage de leur mère, enfanta plus tard de sanglantes catastrophes.

(AN 567.)Prédegonde avait promptement perdu le rang où elle s^ était élevée par surprise, et qu'elle partageait avecplusieurs autres femmes. Sighebert, qm méprisait la vie polygame de ses frères et leurs viles alliances avec des filles serves , épousa la fameuse Bnmebilde {Brimekaut) , fille du roi des Wisigoths ; Ghilperik, alors, voulut aussi avoir une fille de roi pour femme. Comme il avait déjà plusieurs penses, il demanda Galéswinthe , sœur ainée de Bnmehilde , promettant de quitter les autres. Le roi wisigoth, Athanaghild, sur cette parole , envoya sa fille a/teo beaucoup de richesses ; elle fut reçue avec de grands honneurs, et Chilpe*rik Pépousa k Rouen, et l'aiifia d'abord de gramd

cor.) conteste cette anecdote, dont Grégoire de Toors n'a point parlé. Le rôle quV joue Tévéquc ne doit point toatefoUla fiiire rejeter: Droctîghisil était très capable , comme on le Terra pltts loin, de déroger aox canons de l^Eglise sans • en douter.

amour ^ parce quelle lui avait apporii 4^ riches tréeore. Elle abjura rariamsaie , à reumple de sa sœurBrunehilde, et fat ointe du çJkrétHe (ChriemO' to), c^est-à-dir^ marquée dttsigne du Christ^ cérémonie qui était le complément du baptême et qui fut depuis ai^elée confirmc^ien*

La bonne intelli^encejM dura pas iongrtempi entre Chiiperik et Galeswinthc : u un jg^and scaor dale s^ éleva entre eux à cause de Fréde^^onde, que le roi avait eue auparavant. >^ Cette dangereitee créature avait déjà reconquis sur les seiafs et T esprit de Chiiperik un empire qui ne lui fut plus ravi, et elle bravait insolemment la femme légiUme, jusque dans le palais. Galeswiatbe , lassfte de se voir en butte à des a£Eronts journeiliers , déclara au roi qu'elle ne pouvait plus vivre bcmorablemiait avec lui, et offrit d'abandonner le^ trésors 4|tt'eHe avait apportés , ne demandant qu'à retotutier librettietf dans sa patrie. Chiiperik était, trop rapae< p<Nii^ croire à la sincérité de cette offre: il adûueit Is reine par de bonnes paroles ^ et di^omilla quelqiie temps. Un matin « on trouva GaleswÎBthe morte dans sQn lit! Elle avait été étranglée durant iinuît par un serviteur du roi. Chiiperik. feignit de plearer sa victime ; ptiis^ au bo«t de p;eu de jours , il reprit Frédegonde en mariage.

L'assassinat de Galeswiïithe , tjui souleva une indignation universelle ^ chez les barbares comme chez les Semaine , fut suivi d'une révolution qu'on est forcé de deviner a travers les paroles obscures

DB SOiSSOIfS. 306

de Grégoire d« Toiurs* — Les frères de Qiilperik, dîl ce chrosûqaeur , « pensant que la rame araii été tuée par son ordre^ T expulsèrent de son royaume. X» Et Ton Toit ensuite Gktiperik reparaître €<»im« roi dans les récits de Grégoire, sans savoir les circonstanees de sa réintégration. Un historien moderne ^ a rêiHtué en quelque sorte ces é vénemens avec une sagacité mervc^euse, secondée par une connaissance profonde des mœurs et des lois barbares, et a prouvé, à Faide d'un passage du IX* Uttc de Grégoire de Tours (§. 20), que Taggressien de Sighebert et de Gontramn contre Gtiilpenk ne fut point une guerre ordinaire. Le meurtrier, délaissé de ses lendes, qiu avaient juré fidélité sur teutê armeêi. la malheureuse Gales winthe^ dut comparaître devant le maM général de la nation Iranke ; sa mort seule eut satisfait la sœur de la -victime , lafière Brunehilde ; mais, par Pentremise de Gronlramnet des leudes, Sighebert et Bruneliîlde, en leur qualité d'héritiers de Galeswinthe, forent obligés d'accepter le racAa^<ft^^an^ (wehreyhifd) aux termes de la loi safiqne. €e weh/re-ghild consista dam cinq cités d^ Aquitaine et de Novempopolanie qui avaient été données à Galeswinthe par CUlperik' comme mergtme-ghiba (présent de nooes; douaife).

* M. Ang. Thierry. Ifonvelies têUreê $ur VHUtaire de Fnmeê.

* Veoanl. Fortaaal. Carmina hiaê^riea^ lifa. vi«

.!^06 HISTOIRE r

Les rois franks n^étaîent pas en effet des souverains complètement indépendans, et la portion des Franks auxquels chaque roi commandait , ne se croyait pas séparée politiquement des autres : les partages , entre frères ne rompaient pas Tunité et la solidarité de la r^tce franke ; les divers, royaumes luérowmgiens n^étaient que les membres d'un même corps , et ce grand corps , la noble nation franke (edele-frankeneMude) dominait ses che£s e ses rois*

Les ressentimens de ^runehildç n'étaient point apaisés, et la guerre civile se ralluma bientôt* Ce ne fat point toutefois Sighebert , mais Chilperîk qui lui-même prit Toffensive, et envoya Cblovis , Tun de ses fils , envahir les cités de Tours et.de Poitiers, attribuées a Sighebert dans le partage de la succession de Gharibert : cette invasion échoua , et le jeune Chlovis se trouva trop heureux de regagner Soissons sain et sauf (an 573). Gontramn , après avoir assisté Sighebert dans cette campagne, tenta de rétablir la paix , non plus par Tintervention du mail national , mais par celle des évêques de son royaume, réunis dans la ville- neutre de Par ris. Les deux partis ^'acceptèrent pas la médiation du synode, et Théodebert, Tainé des fils de Ghilperik, violant le serment qu'il avait prêté a son oncle Sighebert , renouvela , avec plus de succès, l'entreprise de son frère Chlovis, et commit d'horribles ravages dans tous les cantons de la Loire et de l'Aquitaine quiappartenaientauroi d'Austrasie.

(574). Sighebert , exaspéré , manda ses vassaux d'ouire Rhin , les Germains payens de Saxe , de Thuringe, de Suewie (Souabe) et de Bavière , et fondit sar le royamne de Soissons à la tête des Âustrasiens et des Germains : Clûlperik s^ était retiré derrière la Seine avec ses leudes ; Sighebert remonta ce fleuve , et le franchit sur le territoire burgonde, domaine de Gontramn, quin^osarefu^ ser le passage à là formidable armée austrasienné. Cbilperik recula jusqu'au fond du pays Carnute ouChartrain, où il reçut un message de Sighebert, qui lui mandait Viejpréparer le ohamp^ c^ està-dire de fixer le lieu et le jour de la bataille. Chilperik ne répondit qu'en demandant la paix à son frère qu'il avait si grièvement offensé : Sighebert eut la générosité d'accueillir cette demandé, et de se borner à exiger la restitution des cités <}ui lui avaient été traîtreusement enlevées par Théodebert. Une lettre écrite à Brundiilde [par l'évéque de Paris, Germantis (St-Germain), influa probablement sûr la détermination du roi d'Austrasie, qui voyait avec douleur le beau pays frank de la Seine dévasté par ses vassaux germains, et qui renvoya le plus vite possible ces sauvages auxiliaires, fort irrités de ne pouvoir piller la Gaule à leur

aise.

(575.) Mais a peine Sighebert eut-il congédié son armée, que Ghilperîk recommença les hosti- Utés, et se jeta sur le pays rémois, incendiait et ioccctgecmt tout. Sighebert , poussé à bout , rap-

208 ^i^TojLAe

pela les g^s(i'put,re-Rhiiiy et, de^ flote ^e barWes inondèrent une seconde fois la Nenstrie : ChilperiVi bor3 d^^'tat de soutenir sca a})6ard|Ç et çdieme ai^res^Qi^, ne se défendit ni sur T Aisne i^ m^ rOise , s'enfuit yers Iç nord jusqu'à l'Escaut j et se renferma avec Frédegonde , dans la cité d<s Toumay, berceau de la puissance frange , tandis qu'en Aquitaine, son. fils ainq The'odebert étajt Taincu et tue' par deux des lieutena^s deSighebert. Toutes les villes de la Seine , et tou$ les leudcjs de Tançien royaume de Cbaribert , se donnèrent au roi d^ Auslrasie > qui entra -dans Paris sans t^ir e(»npte du femeux serment prêté après la mort de Cbvibcrt : les leudes du royaume 4^ Soissons ne panûasaient 'pas mieux disposés en faveur de leur prince ; un seul , disent le^ (testes d^ nds fnrnks ,

suivit Cbilperik à Tpumay. Briinebilde, alMrftP 4^ T^IP^eance, était accourue à Paris avec ^e$ ^pfaos pour exciter son éppux à ne pas épargner l'fissp^^iii de Galesvirinthe : le pieux évéque Gern^nus qe|at plus écouté y et Sighebert marc|x^ sur Tournay , résolii d'ôter à Chilpenk le pouvoir de renouveler ses parjures* A la viUa de Fictordiwt^m (Yitry sur la Scarpe, enUe Douay et Arr<^) , tous les leudes dn roywma de Soissons vinrent se joindre aui^ Austrasiens et aux guerriers du royaume de Paris : ils éb^v^f eut Sigbebert sur un paypis , et le proclamèr^t leur cbef e( leur roi. Çhilperîk , seul et tremblant défrise le^ murailles de Tournay, semblait perdu sans reçsource^ Iprsqu'une catastropiie

inattendue interrompit l'inauguration de Sighebert , et changea le sort de la Gaule. Ghilperik, plongé dans une lâche consternation , baissait la tête devant le péril qu'il avait provoqué : Fréde gonde, plus forte et plus perverse que lui , lutta contre le danger avec l'énergie d'une béte fauve forcée dans son dernier repaire. Cette femme étrange, qu'on entrevoit, à travers les brèves narrations de la chronique , comme une espèce de nome ou de sorcière, une Médée franke entourée de philtres , de poisons, de superstitions sanglantes et de sicaires fanatiques, se souvint de ses sciences criminelles^ : elle enivra de philtres ^ deux de ses serviteurs , jeunes Franks du pays de Térouenne , et les envoya.au camp de Sighebert. Les deux émissaires s'approchèrent de ce prince qu'on promenait encore sur le pavois , et lui enfoncèrent dans, les deux flancs de grands couteaux («cramutf^Kâr) empoisomiés.

Le roi Sighebert jeta un grand cri , tomba du bouclier, et mourut, pendant qu'ons'entr'égorgeait autour de son cadavre ; car les dévoilés de Frédqgonde avaient des complices dans Xemall^ et beaucoup de Franks étaient mécontens de ce que Sighebert avait promis des terres en Gaule aux Germains, afin de les rappeler sous sa bannière. Le mail se sépara au milieu d^un effroyable désordre:

' MemerarHwn suarum. Gêsia regum Francor. §. xrxii.

* Maieficavit ; Grégor. Turon. lib. iv, § 53.

210 HISTOIEE

les leudes neustriens et plu^eurs chefs australiens reportèrent leur hommage k Ghilperik, tout étourdi de son bonheur , et Brunehilde fut arrêtée a Paris par les partisans que la fortune avait refiidus au roi de Soissons. Ghilperik eût non-seulement recouvré ses domaines , mais usurpe ie royaûtne d^Austraisio, si un duc ou hérexoghe austrasieu , fid^e a k mémoire de son malheureux chef, ne fut parvenu à enlever de Paris le petit Ghildebert , seul enfant mâle qu^eût laissé Sighebert, et ne Peut, «[i^orté dans le royaume d^ l'e^^ qui recomiutce roi de cinq ans.

Sighebert, couvert encore de ses habitis royaux, avait été d'abord inhumé a Lambres , non loin de Victoriâcum : il fut ensuite transporté auptèlt de son père,» dans la basilique élevée sur le tombeau de St-Médard , et dédiée sous Pinvocation de la Ste-Vierge, de St-Pierre et de St-Etienne. La construction de cet édifice, quelque temps suspendue après la mort de Chlother, avait été reprise et achevée par les soins de Sîghebert , qui le décora pompeusement et lui attribua les revenue dé diverses métairies ^« Sans doute il Toma de vitraux,

* FUa S. Medardi , ap, Spicileg. t. S. — Avant la Rérolation, on Voyait dans la crypte de St-Médard, deux tombeaux surmontés de deux figures couchées, qui étaient censées représenter Chlother et Sighebert , ani termes des inscriptions qu'elles portaient : Clotarius res et fundcAor hujus ecclesiœ : Sigebertus res, fiUua Clûkmi régie. A en juger parla gruYure insérée dans le t. 2 du Voyage liHe-

aiinsi , qu'avait fait son oncle Ghildebert à la cathédrale de Paris ; car ce fut au VP siècle que s'introduisit celte innovation qui, plus tard, amena Tinven* tion de la peinture sur verre, et eut une si heureuse influence sur Fart monumental du Moyen-Age. Si- {{hebert avait donné, entre autres biens , à la basilique et aux moines une terre de grande étendue et d^un produit considérable j située dans le pays du Maine et appelée Mc^Valliê^ de deux mots, Fun latin , Fautre breton (kimrique) ; signifiant la bonnemllée. Les produits du Mat-Val se vendaient sur les lieux au profit de Fabbaye, ou s'échangeaient contre les denrées qui se conservaient et se transportaient le mieux , et, chaque année , des chariots chargés de miel, de sel, de beurre salé, etc. arrivaient du Maine à Soissoms. * Ges chariots devaient être souvent pillés en route.

(An 576)« Chilperik et Frédegonde eussent im-

ffiÀre des PP. Marteniie et Darand , ces irionnmens n*é(aient probablement pas antérièarsau XlIP siècle. Les deux rois a?aieiitdes coaronnes flcurdclysées , des vétemens et des chaussures à la romaine, et posaient les pieds , Fan sur nn chien, Fantrc sur un basilic ou un dragon. L'on avait donné à Sigbebert un visage imberbe et presque adole!«cent. Les deux figurés étaient encadrées dans des frontons trèfles très élégans, et terminés par de sveltes clochetons dans le goût du temps de* St- Louis , époques laquelle fat construit ce beau cloître de St-Médard dont la destruction est une des perles les plus regrettables qu'ait éprouvées Sois* sons

• Fita S. Meâarâi. Voici la cbarle de dotation qui éUit conservée au carlulairè de St^Mé'dard.

mole satis pitié le jeune héritier de Sighebert , sll fût tombé entre leurs mains; mais, cet enfantétant hors de leur pouvoir, ils crurent la mort de Brune-

« Sigebertus rex^ etc.

« Goguoseat omnium industria quèd Glotarius genitor no8ter quondam rex in prospectu urbis Suessonicae domni Medardi ixiembra sacratissima tnmulaverat , et desuper ccclésiam œdificandam curaverat. Yerùm ego ecclesiam illam qaam iste cœpcrat conetraere , complcTi quo potui opère. Nanc verè et œqaom est ne servi Dei cam penuriâ serviant Domino. S. Medardo in pago Genomaoniéo quemdam fiscom iiostrom MatYallem in perpetuum delegamas. Quam nosti*am auctoritatem Àpostolicâ ciuctoritate ac episcoporum à stîpulatione firmari decrevimus , et manu nostrâ conscrip- 8imas8obter. »

S'il n-existe point d'interpolation dans la charte que nous Tenons de citer, d'après les MSS. de Gilleson , et que les mots ApoètolicA auctoriMe soient authentiques , on doit les traduire par yautorité épiscopale , et non par ïautarUé papale, La qualification de siège apostolique se donnait encore en ce temps à tous les sièges épiscopaax. Voy. dans Grégoire de Tours, liv. ix, § 42 , le modèle d'un rescHté^iscopal. Sighebert assurément ne fit pas confirmer ses /)r0W/>tions royales ^ar Y évéque de Rome.

Une seconde charte de Sighebert figure, à c<^lé de la précédente, parmi les extraits du vieux chartricr de St-Médard insérés par le bénédictin Gilleson dans ses Mémoires Manuscrits; Biblioth. royale; fond de St-Germain français; n. 902* Gette seconde pièce est la donation du fisc d'Estina {in pago gausiatensi) avec sa mine de plomb, et du ter ritohe. à' 01 f {01 fi) à St-Médard. Nous ne pouvons faille nos citations que d'après Gilleson ; le cartnlaire deSt>Médard que possède la Bibliothèque Royale (cartul. 106), ne contient point de pièces antérieures à la seconde moitié du xa'' siècle.

DE SOISSOHS* 213

lùlde inutile, et se contentèrent de Tenvoycr prisonnière a Rouen , après Tavoir déponîHëe de ses trésors , qu^elle air ait apportés avec elle a Paris. Ils n^avaient pu dépouiller cette reine de sa beauté ni de sa haute intelligence , et , durant sa captivité à Paris, Brunehilde avait inspiré une vive passion au propre fils de Chilperik. Le jeune Mérowée [Méroicig^ Merowéechus)^ avait été chargé par son père d'aller surprendre Poitiers et les autres cités aquitaniques dépendantes du royaume de Sighebert ; arrivé à Tours , il quitta brusquement son corps d^armée, courut joindre àRouenlabelle reine d'Âustrasie, et Fépousa en mariage chrétien, quoique les canons de TEglise défendissent au neveu d'épouser la femme de son oncle. A cette nouvelle, Chilperik, saisi de courroux , se dirigea p/t^ vite que la parole vers la ville de Rouen : Brunehilde et Mérowée se réfugièrent dans la basilique de St-Martin de Rouen ; Chilperik , redoutant la vengeance du grand St-Martin , n'osa violer le droit d'asile, et jura aux deux amans de ne leur faire aucun mal et de ne pas les séparer , s'ils voulaient quitter leur refuge. Il les accueillit en effet avec un air de bonhommic , et la réconciliation parut complète ; mais, au bout de peu de jours, il força Mérowée de repartir avec lui pour Soissons , en laissant à Brunehilde la liberté de retourner dans TAusIrasie.

Chilperik retrouva la guerre sur les rives de TAisne. Plusieurs seigneurs auslrasiens quis' étaient

214 HISTOIAE

donnés à Cliilperik, entre autres God^vin et le référendaire (gardç-des-9ceaux) Sîgge ou Siggh^^ se rattachant à lacause du petitroîChildebert, avaient attaqué brusquement Soissons à la tête des guerriers de la Champagne (Qwipania) ; Frédegonde et Chlovis, troisième fils de Cfailperik et d^Audo- %vère, avaient été obligés de 3^ enfuir de la ville. Chilperikf assemblant a la hâte ses fidètes^ marcha au devant des Champenois , qui Tattendaient de pied ferme et lui barraient le chemin de sa capitale: on rude choc eut lieu près de Soissons; \t parti de Chilperik prévaltU ; dans le parti opposé beaucoup de vaiUans hommes tombèrent ; Godwiti s^enfuit avec les débris de ses compagnons , et Chilperik rentra victorieux dans sa cité royale. Gpdwin et Siggo furent chassés des villas et des terres du fisc que le roi leur avait octroyées dans le pays soissonnais en récompense de leur défection. Le roi con-: céda les terres de Godwin à St^Médard^ et accorda celles de Siggo en bénéfice à Anspwald , le seul d^ entre ses leade$ qui Teùt suivi dans sa fuite à Toumay*.

Frédegonde , qui n^aspirait qu^b perdre les fik de son ancienne maîtresse Audowère pour que ses propres enfans eussent plus de terres et plus de trésors, persuada au roi qucFamant de Brunehilde, Mécowée, était complice de Ts^gression des Austrasiens, et dès lors la destinée de ce jeqne homme

' Gregor. Turon. lib. y, § 3.

DE soissons. 215

ne Fut plus qu'une aerie de malheurs, terminés par une mort tragM|iie. Toute la Gaide était en (eu : le roi d'Oiiéans et de Burgondie^ Gooiramn , s'étaîjt uni aux Auslrasîeiis contre Ghilperik ; les barbares s^attaquaient avec fureur les uns les autres dans toute Pétendue de FEmpire frank ; les cités gauloises , contraintes de prendre part aux querelles de leurs dominateurs , se battaient entre elles , tantôt pour obéir aux rois franks, tantôt pour satisfaire leurs animosités locales ; Thumeur brutale , grossière et désordonnée des barbares était contagieuse pour les popukiticHis gallo-romaines, qui perdaient chaque jour quelque chose de leur ancienne culture au milieu de la sanglante et sauvage anarchie devenue Fétat habituel du pays. Le roi Gontramn , et les leudes austrasiens j au noni de leur petit roi , avaient signifié a Ghilperik qu'il eût à rendre les terres qu'il avait usurpées en diverses provinces ou a fixer un champ pour la bataille. Mais Ghilperik méprisa leurs paroles , bien qu'un de ses ducs eût été vaincurécemment en Aquitaine par les Franko-Burgondes avec un effroyable carnage. 11 n'accepta point la bataille, et, commepour se railler des menaces de ses ennemis , il fit conslraire des cirques dans les deux villes de Soissons et de Paris , et y donna aux peuples des spectacles dans le goût romain. Ces spectacles ne devaient point être de vrais jeux de cirque^ mais plutôt des jeux d'amphithéâtre , surtout des combats d'animaux^ auxquels se plaisaient beaucoup les

Franks. CIiilf>er]k se contenta peat>étre de re'parcr Tancien amphithéâtte romain/ ou d^éleVer des gradins de bois pour les spectateurs > (an 577). (An 579). Les fêtes du roi de Soissons coûtaient

' Dom Grenier, dans son MS. iaiiiuMpagusSuesêonieM, a prétendu que le cirque de Chilperik avait été établi non loin de St-Jean-des-V ignés. En jetant les yeux , da hantdu rempart de Soissons, sur le jardin du Séminaire , on coni' prend aisément sur quoi se fonde l'assertion de ce bénédictin. DaniSf'un enclos dépendant de ce jardin, et situé entre le séminaire et Véglise des Capucins, aujourd'hui détruite, on remarque une éminence de mi- circulaire, dont les extrémités sont engagées, d'un côté dans le jardin de M..deGlerck, et de Pautre dans un cavalier inachevé qui fait partie des fortifications de la ville. Cette terrasse s^abaisse vers le niveau de Tcnclos par une pente uniforme d'environ 20 pieds. Elle s'appuie sur un mur de 4 pieds d'épaisseur , enfoni depuis 40 ans sous des terres rapportées; et récemment mis à découvert, du moins en partie. Ce mur est formé .de grbsies pierres liées par un ciment très dur. mais ne présente pas les cordons alternatifs de pierres et de briques signalés par les archéologues dans les restes de constructions romaines, trouvées à Tévêché et dans la rue des Minimes. Le sol de l'éminence se coDnpose de terres noires , de sables mêlés de glaise, analogues aux terrains voisins de la routé de Paris , tandis que le «ol de Fenclos est de pur sable ; à un pied et demi sous la surface de ce dernier sol, on a cru reconnaître une arène battue. Une tourelle ronde s'élève vers le milieu du mur de soutènement. Les fondemens de deux autres tourelles se voient en outre au bas de l'éminence et plus avant dans l'enclos, et, près de la première de ces deux tourelles^ se trouvent six excavations maçonnées et disposées trois par trois, dont il n'est pas facile de concevoir Tosage; L^empla-

cher à ses peuples : il avait fait faire de nouveaux rôles d'impôts {descriptionei) dans tout son royaume, et porté les tributs à un taux si accablant que beaucoup de gens quittaient leurs cités et leurs biens, et s^en allaient dans les royaumes voisins , faute de pouvoir satisfaire la rapacité du roi , qui avait coûtiune de terminer les préceptions adressées à ses juges par cette formule : si quelqu'un n obéit point a nos coînmandemens^ qu'on lui arrache lesytuxl Tout propriétaire de vignes était astreint à payer au fisc une grande cruche {am-

ccnient de cette éminence était assez loin au dehors de la petUe cUé romaine, et dut rester égalemeat en dehors , mais fort près , de Tenceinte du Moyen- Age (la tour Macée, une âea principalestonrsde cette enceinte, existe encore dans te jardindeM.Viety voisin de celoidu séminaire). Si réellement co tertre a Tantigoité qu'on Ini suppose , il fut sans doute compris dans les défenses extérieures de la ville à l'époque du siège de 14H, lorsqu^on changea en bastillon Téglise St-Reroy, et qu^on démolit le couvent des Gordellers; peutêtre le mur et les tourelles ne seraient-ils pas antérieurs au XV** siècle. Tout ce terrain fut enfermé daiis la ville avec St-Jean-des-Yignes sous Henri IL Noos nous sommes assurés sur les lieux qu'on n'avait découvert nulle trace de gradins; peut-être Ghilperik se contenta-t-il de faire placer des gradins en bois sur la pente de cette élévation artificielle. Jusqu'à présent les fouilles exécutées dans Tenclos du séminaire n'ont pas fourni d'indices assez conclnans pour qu^on paisse rien affirmer de positif sur l'origine de la terrasse. Les médailles romaines et les débris de tuiles ne prouvent rien ; on en trouve partout dans la vieille Auguêta,

phora) de vin par arpent ^ ; les autres terres n'étaient pas mieux traitées que les vignobles; les possesseurs d^ esclaves se voyaient enlever leurs maair cipia pour des corvées continuelles* Jamais les populations gauloises n^avaient été si misérables depuis Tavènement de Chlovis. Quant aux Franks , ilsn^avaient point été assujétisjusqu^alors àrimpot, up roi germain n^ayaat droit de demander à ses fidèles que le tribut de leur hache d'armes ; mais Chilperik enveloppa Les petits propriétaires franks dans ses exigeances fiscales , et soumit au tribut public tous ceux qui n'étaient point assez forts pour résister; les plus puissans leudes se dérobaient seuls à ses vexations.

Sur ces entrefaites (an 580), les maux de la Gaule furent comblés par une cruelle épidémie , que Grégoire de Tours qualifie de dysenterie , et dont les symptômes étaient une fièvre ardente accompagnée de Yomissemens, d'insupportables douleurs de reins, et d'une grande pesanteur de tète. On employait pour moyens curatifs les ventouses , et les herbes qui servent de remède contre le poison. Cette maladie attaqiuait surtout les enfans: les deux jeunes fik de Ghilpenk et de Frédegonde en furent assaillis ensemble k la villa royale d'e Braine. Frédegonde, prise d'un tardif repentir , et craignant

' Grégor. Turon. Ub. v, §29, ci lib. vii,§ 16. L'arpent gjiulois (Haripennia), suivant A. de Valoie , ne valait qa'uu d0ui-arpcntde 120 pieds.

DE SOISSOMS. 210

que les larmes des pauvres et les soupirs des orphelins ne tuassent ses fUs , jeta au feu les livres qui contenaient les rôles d^împôt de ses eitcfs ; car, bien que les feoimes n^héritassent pas de la terre saliqtie , les rois assignaient cependant à leurs femmes et à leurs filles les revenus de certaines villas et même de cités entières pour leur entretien.

— Que tardes-tu de faire ce que j'ai fait P ditelle à Çhilperik : brùionstous ces injustes registres, et contentons-nous désormais de ce qui suffisait à ton père le roi Gblother, afin de ne point perdre nos cbers enfans , et d'écbapper aux chàtimens étemek.

Gbilperik suivit Texemple delà reine ; mais cette bonne œuvre ne sauva pas les enfans : le pbis jeune mourut le premier, et on envoya son corps a St- Denis ; Tautre , appeH GUodobert , fut porté en litière de Braine à la basilî^pe de St-Médard ; on le déposa au pied du saint tombeau, en votumt des vœuapour lui au bienheureux Médard ; mais la nuit suivante, il rendit Tesprit , et on Tensevelit dans la basiUque des martyrs Crépin et Crépinien , avec grandes plaintes et gémissemens de. tout le peuple qui suivit le convoi envétemens de deuil, m Le roi Ghilperik, dit Grégoire de Tours, fit ensuite beaucoup de largesses aux églises ou basiliques et aux pauvres* i»

Frédegonde avait repris toute sa férocité , en voyant que son repentir ne lui avait point été payé sur-le-champ par le ciel : après les funérailles du

petitCblodobert, le roi et sa femme ^ pleins de deuit^ allèrent passer le mois d'octobre au fond de la grande forêt, dans la métairie solitaire dé Cuise. Fre'degonde voulut venger la mort deses enfans sur Chlovis , le dernier des fils d'Audowère , et contraignit son mari , qu'elle gouvernait en toutes choses^ de renvoyer Chlovis à Braine , où la maladie continuait de sévir avec fureur. L'espoir de la marâtre fut trompe : Chlovis évita les atteintes de l'épidémie ; mais ce ne fut que pour mourir , peu de temps après, sous le couteau des sicaires de Frédegonde, qui l'accusa près de Chilperik d'avoir causé , par maléfice (par le poison) , le trépasse ment des deu^ig enfans. Frédegonde, jugeant les antres par elle-même, était de bonne foi dans cette imputation; son atroce et absurde vengeance enveloppa lamère^la maîtresse et tous les amis de Chlovis ; la nqpttieureuse Audowère périt d'une mort cruelle.

Pendant ce temps , le roi Chilperik s'occupait de théologie et de beUes-lettres pour se distraire de son chagrin ; car il avait des prétentions au bel esprit , et se croyait plus grand docteur qu'aucun clerc romain. Ayant voulu approfondir les dogmes religieux, dont le sens métaphysique lui échappait complètement, il s'imagina que la religion chrétiemie partageait Dieu en trois individus , et, comme il trouvait cette doctrine peu convenable , il s'avisa d'écrire une préception royale contre la Sainte-Trinité, disant que nulle différence n'exis-

tait entre le Père , le Fils et le Saint-Esprit, et défendant de donner dorénavant à Dieu cette triple qualification. Les évéques ne Tamenèrent pas sans peine à renoncer a cette fantaisie. Sa littérature était de même force que sa théologie : il voulut imiter Sédulius, auteur du V'siècle, qui avait compo* se un long poème sur TAncien et le Nouveau Testamens, et fit deux livres de prétendus vers latins , boiteux et informes, oii les syllabes brèves usurpaient la place des longues^ et réciproquement : il écrivit encore d^ autres opuscules, des hymnes et des offices divers, entièrement dépourvus déraison^ dit Grégoire de Tours. Toutes les inventions de ce singulier novateur n^ étaient cependant pas également ridicules, et Tidée qui lui vint un jour d'ajouter à Falphabet latin , quelques caractères destinés à exprimer les intonations particulières à la langue tudesque, dénotait une certaine intelligence ^.

Ce fut pendant rhiver de 580 à 581, que fut tenu le concile ou synode de Braine : après que Tépidémie eut cessé, Ghilperik manda tous les évéques de son royaume dans cette villa pour juger Grégorius, métropolitain de Tours (le célèbre historien Grégoire de Tours), que le comte de-cette ville accusait d^avoir diffamé la reine Frédegonde. C'était une intrigue ourdie entre ce comte et un prêtre de Tours qui aspirait à usurper Tévéché. L'éyéque Grégoire sortit victorieux de ce procès , qu'il

' Grégor. Toron., lib. v ; §. 45 , cl lib. vi ; §. 46.

a tticonté dans sa grande Histoire des Prankk , liv. V.

Les luttes civiles des trois royaumes franks avaient été plusieurs fois suspendues et reprises. La siluation de TÂustrasie empêchait toiit événement décisif: deux factions s^y disputaient le pouvoir avec acharnement ; Tune était celle de la reine Brunehilde , et , autant qu^on peut le deviner dans les récits obscurs de Grégoire de Tours, s'appuyait, d\in côté , sitr les hommes qui conservaient quelques idées d'ordre et dé civilisation, dé Tautre , sur la classe inférieure des guerriers^ franks ; ce parti conservait une haine implacable pour Chilperik etFrédegonde, et voulait que l'Austrasie restât alliée contre eux avec le roi Gontranm ; l'autre parti , la faction anar/5hique dé l'aristocratie barbare, ennemie de Brunehilde , se rapprochait au contraire de Chilperik, et, au commencement de 581 , elle obtint le dessus , s'empara du gouvernement, rompit le pacte qui unissait le petitroi Childebertà son oncle Gontramn, et lui fit contracterai' liance avec les as^assinÉS de son père ; l' Auâtràsie se réunit donc a la Neustrie^ contre Gontramn, k qui

' Ce nom de Ni-osier-rihe, Neustria, Neuêtrasia , semblerait avoir été d^abord exclasivement appliqué aux proviaces de Tancien Tracius armoricanuSy et employé par opposition à Frankene-land on Francia , c^cst-à-dire aux contrées où les Franks s'étaient établiS'en massé , s'il en fallait elroîre la charte de donaUori d'Issy an monastère S t- Vincent de Paris par le roi Ghildebcrt, rapportée dans le t. iv des hiêtariens des Gauhê et de la /Vance; p, 623 Cum eofiêemu Frcmeorum

les ducs d& Chilperik enlevèrent beaucoup de places en Aquitaine, et Tinvasion de la But*gondie fiit convenue entre les coalises ; mais Fissue de ce dessein ne répondit guère à Tàttente de Chilperik : au moment où les herezbghei {dttces) des Austrasiens s^apprétaient k meiler l'armée de Childebert au roi de Soissons, le petit peuple de cette armée {minor papulus) , qui tenait pour Brunehilde , se révolta contre les chefe qui pendaient le royaume, et voulut les tuer ; le parti de Brunehilde ressaisit Tavantage, et Chilperik, réduit à ses propres forces , fut battu par Gohtramn prè^ de Melun , et se trouva trop heureux d'obtenir la paix du frère qu^il voulait dépouiller.

L'»mée qui suivit ce revers de Chilperik (an 582), t( divars signes apparurent, »^dit Grégoire de Tours : « la lune subit une éclipse, la terre trembla , et les murs de la ville de Soissons tombèrent. » Ce ne (tet poittl sans doute Tenceinte romaine toute entière qui s'écroula ainsi , mais quelques pans de mars minés peut-être par les débordemens de FAisne. Ce présagé , ce signe , était un peu prématuré ^ car deux années environ se passèrent sans nouvelles catastrophes. En 584 . Gontromn et le jeune Childebett, animés par de récens griffe t nfenacèrellt la Neustrie d'une aggression

0l iVeuf^fonorufii, y est -il-diti mais oetteshar te est contestée. Qnoiqu^il en soit, la qualification de Neustrie ou terre de Vouesl s'étendit bientôt à toute la région qui ayait formé les royaumes de Paris et de Soissons , par opposition à VAus- Irasie ou royamme àe Vf et.

qui effraya beaucoup ChUperik; mais la guerre n'ëclatapas^ grâce aux intrigues de' Frëdegonde avec les seigneurs austrasieos , et le roi d^Austrasie, laissant Cbilperik en paix, alla faire sespreobières armes en Italie contre les Lombards ( Longobards) , qui se reconnurent ses tributaires.

Cbilperik mourut bientôt après : un soir , à son retour de la cbasse , comme il descendait de cheval à la porte de sa villa de Chélles (£b^)*sur- Mame , quelqu'un^ s^approcbant a la faveur de Tobscurité , le frappa de deux coups de couteau à Taisselle et au ventre, et il rendit sur ThiBure sa méchante dme^

c< Il ne se réjouissait qu^au milieu dés pillages et des incendies : il punissait injustement les iimocens pour s^emparjer de leurs biens; il était adonné d «a gueule (Grégoire de Tours emploie ^u/a fréquemment dans le sens de bouche), et se faisait unDieu de son ventre ; il haïssait les pauvreâ; gens, et injuriait sans cesse les éyéques ; il cassait les testamens faits au profit des églises, et foulait aux pieds les préceptions (ordonnances) de son père ; en fait de débauche et de luxure , ses actions Surpassent tout ce que peut rêver Fimagination ; il s^ingéniait perpétuellement à trouver des moyens noiiveaiix d^op* pression contre son peuple ; il n^aima jamais personne, et personne ne Taima , et, quand il fut mort, tous les siens Fabandonnèrent.)) Telle estroraison funèbre que fait a Cbilperik Thistoricn Grégoire de Tours, qui le connaissait bien. Son corps eût été laissé en proie aux loups et aux corbeaux, si Tévé-

DE SOISSOMS. 2%

qu6 de Sddis n^était «ryenu , et n^avait conduit le cadavre par eau juacp^à Paris.

Grégoire de Tours ne dit pas de quelle main Ghilperik reçut k mort qu'U avait H l(mg4empM cherehée: Fabréviateur Frëdegaire prétend que Branehilde avait emprunté a son tour les arine«» familières à sa rivale ; les Gestes des rais frank , avec assez de vraisemblance, accusent au contraire Frédegonde elle-même ; suivant cette chronique, Frédegonde ayant révélé par distraction au roi le commerce adultère qu^elle entretenait avec le maire du palais (majûr-domûs) Landerik , recourut à sa ressource accoutumée pour se tirer du péril où elle s'était jetée: elle enivra quelques-uns de ses dévoués et les Imça sur son mari au retour de la chasse* Ce qui est certain, c'est que BrunefaUde et son parti imputèrent sur-le*champ le crime à Frédegonde.

Frédegonde ne se fut certaineonent pas résolue ^ce nouveau forfoit, si ^e n'eut été .menacée d'mie mort immédiate; carie meurtre de son mari deyait avoir pour elle de funestes conséquences ; sa pmsssaice s'évanouit avec le dernier soupir de Chilperik. Les jaunes fenatiques qui l'entouraient et les leudes qu'elle" avait attachée à ses intérêts , n'étaient poUit assez forts pour la défendre à la fois contre les attaques du dehors et ccmtre l^s sou< lèyemoisdes populations exaspérées : elle ewporta de GheUcs a Paris un enfant de trois mois, seul fils qui lui restât , et douteuse progéniture de Chilpe-

226 HtSTÛtRE

rik, et se réfugia dans la cathédrale de cette cité ayec quelques-uns de ses complices et les trésors amassés dans les palais de Paris.

Le royaume de Chilperik était déjà en lambeaux : le fils de Brunehilde , Childebert, avait envahi les cantons orientaux de la Neustrie, et s^ était saisi des trésors laissés à Chelles par le roi assassiné. Un seigneur appelé Raukhing,' persoraiage puissant dans le Soissonnais et la Champagne, occupa Soissons et la contrée environnante au nom du roi Ghildebert, et les gouverna sous le titre de duc. Childebert , espérant recueillir toute la succession du défunt, s^avança de Meaux sur Paris ; mais les portes lui furent fermées : il avait été prévenu par le roi Gontramn, accouru a l'appel de Frédegonde, qui, dans sa situation désespérée , avait livré son enfant , sa personne et les domaines de son époux à la discrëtioD de Gontramn.

Le roi Gontramn garda pour lui la cité de Paris , et r ancien royaume de Charibert , mais promit sa protection sb Frédegonde et à l'enfant, qui fut nommé CMother. « Si tu ne veux point me donner ma part de Paris , manda Childebert à son oncle Gontramn, remets-moi du moins cette meurtrière, qui a étranglé ma tant» Galeswinthe , qui a tué mon père Sighebert et mon oncle Chilperik , qui a mis a mort mes cousins par le glaive! »

Gontramn répondit qu'on déciderait ce qi^il conviendrait de fa/ive , dans un mail on' plaid {pladtum) général , mais , en attendant^ il reçut le ser-

DB sorssoNs. . 227

ment d'Ânsowald et de la plupart des leudes de Cbilperik, et des cites neustriennes , tant en son nom qu'au nom de r enfant: il relégua Frédegonde dans une villa du diocèse de Rouen , laissa le petit Chlother aux soins de quelques-uns des fidèles de Chilperik, qui relevèrent dans cette même villa de Victoriacum où avait péri Sighebert , et prit en main le gouvernement de la Neustrie , restituant aux particuliers et aux églises les villas , les terres et autres biens qui avaient été usurpés violemment par Chilperik «t par ses fidèles , et se montrant bienveillant envers tous et libéral envers les pauvres^. Le roi Gontramn eut souhaité régner sur toute la race franke , ainsi quavadt fait jadis son père Chlother , et traiter ses deux neveux comme ses enfans et ses héritiers ; car il n'avait plus de fils ; mais ces vues ne convenaient ni aux grands d'Austrasieni aBrunehilde, et XepUiGiiiimi ou plaid (nom que donnaient les Gallo-Romains aux assemblées appelées maZ/^parles Franks), qu« Gontramn avait convoqué , se termina par une querelle violente et brutale entre Gontramn et les seigneurs austrasiens. Cependant Gontramn , inquiet d'une grande révolte qui avait éclaté dans le midi de la Gaule , se réconcilia bientôt avec Childebert , lui garantit solennellement la succession du royaume de Burgondie , et alors une apparence de paix se rétablit entre les trois royaume franks.

' Gregor. Taroa. lib. vu, § 7.

Soissons, pendant ce temps, subissait lé )oug de fer du duc Baukliing , «|ui , tout en reconnaissant nominalement l'autorité du jeune roi d' Austrasîe , régissait toute la province en midtre absolu. La malheureuse cité de Soissons ^ depuis la conquête des Franks^ passait incessamment d'un tyran sous un autre. Le duc Raukhing, plus pervers «pie Chilperik lui*même, faisait le mal pour le plaisir de le faire : il aimait le sang comme une bète féroce , et n* avait rien qui fût de l'homme^ dit Grégoire de Tours. Le spectacle des tortures lui causait une atroce volupté : souvent , a son repas du soir , lorsqu'il voyait quelqu'un de ses serviteurs se temr , suivant la coutume , debout près de la table , un flambeau a la main , il forçait cet esclave d'éteindre entre ses jambes nues la cire enflammée y et répétait sGSk horrible jeu tant que les jambes du patient n'étaient pas brûlées jusqu'à Tos. Un jour ^ un jeune honune et une jeune fille , du nombre de 9es serviteiirs, s^ aimant d'un amour mutuel depuis deux a/ns et pltês , s'unirent par mariage sans son aveu, etse réfugièrent dans une église : Raukhing alla trouver l'évéque {sacerdotem)^ et redemanda ses esclaves. L'évéque les lui rendit , mais après l'avoir obligé de jurer sur l'autel qu'il ne sépare^ raît pas les deux époux. Raukhing tint parole , et ne sépara pas ses victimes : il les fit enfouir enseml>le toutes vives. L'évéque accourut à cette nouvelle, et retira les deux amans de la fosse ; mais la fille était déjà morte: le jeum» hommeseul fut rendu

DE ftOISSONS* 229

à la TÎe. Grégoire de Tours ne dit point si ce fut à Soissons qu^eut lieu cette effroyable scène.

(An 586). Raokhing était digne de s^associer à Frédegonde ; cependant il ne jugea pas convenable a ses ihtéi^ts de seconder les complots que tramait cette reine dëpossédëe. Frëdegonde, furieuse de voir sa rivale Brunehilde en meilleure condit4(m qu elle-même , arma de nouveau le bras de ses sicaires : une première tentative eoiitre la vie de la reine d'Austrasie , échoua ; Frédegonde ne se découragea pas , et envoya en Austrasie deux jeunes clercs armés de coutelas empoisonnés pour tuer Brunehilde et Gkildebert. Gomme ils hésitaient au moment de partir, elle leur fit boire des philtres qui ranimèrent leur audace en troublant leur raison, et leur donna un vase rempli de la m^émehoisson^ leur prescrivant d^ en prendre le matin du jour oii ils accompliraient l'œuvre^. Les deux clercs ne purent toutefois exécuter cette mission : à leur passage à Soissons, ils furent arrêtés par ordre du duc Raukhing, avouèrent tout, furent jetés en prison, et conduits garrottés vers le roi Ghildebert, avec un troisième émissaire qui était venu à Soissons de la part de Frédegonde pour s^informer dn sprt des deux autres. Tous trois moururent dans les supplices.

(An 587). Raukfaing n^avait donné cette marque d^apparente fidélité à (Ibildebert que pour le mieux

' Gregor. Turon.Ub. viii, § 29.

trahir, et parcequ'il n'eût point été encore prêt k profiter du meurtre de ce roi : Tannée suivante , il se mit à la tête d'une vaste conspiration ; les bases en furent arrêtées dans une conférence tenue entre les principaux seigneurs d'Austrasie et deNenstrie; Faristocratie barbare, irritée des efforts que tentait la cour d'Austrasie pour rétablir un peu d'ordre en Gaule, jura la mort de Childebert et la ruine de Brunehilde, aBn de se rendre, complètement indépendante sous un vieillard (Gontramn) et trois enfans au berceau; Childebert ; à peine âgé de dixsept ans, avait déjà deux fils appelés Théodebertet Théodorik. On convint , cpi'après avoir tué ce roi, le duc de Soissons, qui^ rempli çle.toiUe vanité, se prétendait fib de Chlother l'ancien , régnerait sur la Champagne avec le petit Théodebert ; le reste de l'Austrasie devaitétregouvemé, sous le nom de l'autre fils de Childebert , par les ducs Ursion et Berthefred; le petit Chlother «demeurerait roi titulaire de Neustrie ; mais on ne reconnaîtrait plus l'autorité de Gontramn hors delà Burgondie. Raukhing, se vantant de parvenir bientôt à la gloire du sceptre royaly partit pour, aller trouver le roi d' Austrasie , qu'il devait tuer en trahison. Après avoir attendu quelque temps au palais , Raukhing fut introduit dans la chambre-à-coucher de Childebert , qui V entretint de choses et d'atUres , puis le congédia sans témpigner le moindre soupçon et sans que Raukhing eût trouvé apparemment l'occasion propice pour frapper. Mais, à Tinstant où il

sortait, deux gardes de la porte {oitiarii , huis* siers) le saisirent par les pieds et. le renversèrent sur les marches de la chdmbre-à-coucher, en sorte qu'une partie de son corps était dans la chambre , et r autre dehors. Aussitôt des hommes apostës fondirent sur lui le glaive au poing , et lui fendirent la tête avant quHl pût seulement se reconnaître ; puis on jeta par la fenêtre son cadavre nu et de<pouillê. Ses complices Ursion et Bethefred périrent les armes à la main ; beaucoup d'autres grands furent enveloppés dans la perte des chefs de la conjuration , et le pouvoir de Childebert , ou plutôt de sa mère Brunehilde , fut aflFermi pour quelques années. Ce tait le vieux Gontramn, qui, le premier, avait été informé ducopiplot et en avait donné avis a la cour d'Âustrasie,

Grégoire de Tours semblerait indiquer que cette catastrophe n'arriva pas très loin de Soissons^ Reims en fut peut-être le théâtre, a Un des serviteurs du duc, raconte Grégoire , s' élançant d'une course rapide {cv/rsu veloci evolans)^ vint annon* cer a la femme de Raukhing ce qui s'était passé. » Cette femme , qui était la veuve du duc Godwin autrefois vaincu par Chilperik , traversait en ce moment les rues de Sçissons , à cheval , resplendissante d'or et de pierreries , précédée et suivie de nombreux serviteurs , et se rendant en grande pompe à la basilique de St-Crépin et St-Crépinien pour voir {spectaiu/ra) les offices , parceque c'était le jour de la passion des deux martyrs. Au récit du

messager, eOe retourna sur ses pas , jetant à terre toutes ses parures, passa la rivière, et alla chercher un asile dans la basihquedu saint éfvéqtte Medard. Bientôt après arrivèrent (es gens du roi Childebert, qui s'emparèrent des trésors de Raukhiiig, et « y trouvèrent plus d'or et de choses précieuses que n'en possédait le fisc même du roi. » Tous les biens du traître furent annexés au domaine royal , et Childcbert envoya dans Soissons, en remplacement de Baukhing, un certain duc Magnowald ^ dont Grégoire de Tours ne dit rien de plus , et qu'on ne doit pas confondre avec un autre Magnowald mis il mort précédemment par ordre de Cbildebert.

Le pouvoir de Magnowald s'étendait sans doute sur les cités de Meaux et de Senlis ^ dont le territoire, dém€^mbré de l'ancien' royaume de Paris, appartenait à Childebert^S

(An 589). Les habitans du Soissonnaiset des cantoifs voisins avaient été trop durement opprilAés dû temps de Ghilperik pour désirer d'être réunis de nouveau au royaunie de Neustrie , oii Frédegonde ressaisissait peu à pi&u son ancienne

' Gregor. Tigron. Id. lib. ix, § 30# Oontramn avait un tiers de la cité de Senll« qu^il céda au mi d'Austrasie en échange du petit pays de Ressontois {Roasontensia), On ne sait si le Re88onto%8èi9i\i la portion du Soîssonnais avoisinant Ressonle-Long (entre Soissons et Vie-sur- Aisne), ou bien le canton de Resson en Beauvaisis, que Childcbert avait pu enlever aussi à la Neustrie,

DB SOISSONS. ^iSa

puissance ; néanmoins la domination austrasienne leur déplaisait ^ et ils souhaitaiient d'avoir un roi à eux seuls. Deux ans après la mort du cruel duc Raukhing , les personnages les plus importans (viri fortiores) des cités de Soissons et de Meaux , raconte Grégoire de Tours , vinrent vers Childebert, et lui dirent: — « Donne nous un de tes fils, afi|^ que nous le servions, et que^ gardant parmi nous ce gage confié a notre foi , nous résistions plus facilement à iaos ennemis , et défendions avec plus de zèle les frontières de ton royaume ! » Childebert crut devoir accueillir cette demande^ et envoya a Spissons Tainé 4c ses deux enfans , Théodebert , « avec des çomte^ , des domestiques , des maires et des nourriciers, et tous les serviteurs nécessaires pour former la maison d'un roi, et le peuple le reçut îoyeqsen).ent, en priant la bonté divine d'accorder une longue vie au petit prince et à son père.

K Or Tévéque de la ville de Soissons était , en ces jours-1^, Droctighisil, qui, pour avoir trop aimé à boire (propter nimiam potationem\ à ce qu'on disait , avait perdu la raison depuis quatre ans: beaucoup de citoyens prétendaient qu'un archidiacre^ qu'il avait dépouillé de sa dignité, lui avait jeté t|n maléfice , parceque sa folie le prenait avec plus de force dans l'intérieur de la ville , et qu'il se conduisait plus convenablement au contraire dès qu'il était hors des murs. Lorsque le roi Thcodebert arriva dans la cité, on ne permit point a Droc-

thighisil d^y entrer poar la venue du roi , bien cpi^il se comportât mieux alors. Au demeurant, s^il était avide de bonne chère et de vin (vùraar cibi et potator vint) outre mesure , et au-delà de ce qui convient à la prudence épiscopale , on ne lui re^ procha jamais d'adultère, (adtdtère doit s^ entendre ici dans le sens général de fornication). » Par la suite , un synode d'évéques , s'étanfe assemUé à hi villa de Sauriciacum ^ autorisa DroctigltîsiU rentrer dans sa cité ^.

La grossièreté tudésqueenvahissait rapidement le haut'<:lergé, dernier aâile de Tàncienne civilisation : Grégoire de Tours parle ailleurs (Kb. v, § 41), d^un autre évéque qui était H vilainement ivre la plupart du temps ^ qu Un eût pas su faire unpassams se jeter par terre 4

Tandis qu^on installait à Soissdns le petit-fils de Brunehilde , un des principaux habitans de cette cité , chargé d'une haute mission par le roi d'Anstrasie , péiîssait sur la terre d'Afrique. Bodeghbil, fils du Soissonnais Mummolen, dontrévéque-poëte Fortunatus a célébré l'hospitaliiré somptueuse et la

' Gregor. Taron. lib. ix, § 36 et ZT .-^Sauriciacum seraitt ace qu'onacra, Saarecy-eu-Rethelois. L'auteur de VHisti du Valois inclijDe pour le Mont- Notre-Dame, dans le Solssonnais, où se trouvait un endroit appelé Sauriacus dans les titres latins, et dit en français Saurele. Nous ne pouvons deviner «ur quel fondement Dorniay et le chanoine Cabaret se sont imaginé que c'était Septmonts.

DE S0ISS02IS. 235

riante habitation dans les vertes prairies de F Aisne^ avait été expédié II la cour de Constantinople par Childebert, avec deux autres ambassadeurs , pour conclure une alliance avec T empereur Maurice contre les Lombards. Dans le cours du voyage, le navire qui portait les envoyés f ranks relâcha au port de Carthage-lorGrUnde , qui avait été reconquise sur les Wandales par l'Empire d'Orient. Tandis que l'ambassade séjournait à Carthage , vu serviteur d'Evantius d'Arles, • collègue de Bodeghisil , vola quelque objet a un marchand ^ et poignarda cet homme qui voulait le forcer à restituer son vol , puis se sauVa au logis de son maitre. Les ambassadeurs, sommeillant en ce moment après leur repas, furent tout-k-eoup éveillés par un tumulte efiroyable ; c'était le préfet de la ville qui arrivait avec ses soldats et tout le peuple en fureur , et qui enjoignait aux étrangers de sortir sans armes de leur demeure pour qu'on jugeât l'homicide qui venait d'être commis. Bodeghisil et Evantius obéirent après que le préfet et les siens leur eurent garanti sûreté ; mais la multitude irritée n'écouta pas les ordres du préfet , et les deux ambassadeurs furent saisis et massacrés sous ses yeux. Le préfet ne put qu'empêcher le meurtre du troisième envoyé , le Frank Grippon, qui s'apprêtait à vendre chèrement sa vie. Grippon remonta donc seul sur le navire , remplit sa mission a Constantinople , où l'empe-

' Venant. Fortanat. lib. vu, carm. 14.

reur lui promit îustice pour la mort de ses colle* gués, et revînt en Austrasie Vsxmée suivante. Uem* pereur tint sa promesse , eidouze des Carthaginois qm avaient tue les deux ambassadeurs, furent con* duis en Gaule charges de chaînes , et livrés aux hommes de Ghildebert. Leurs conducteurs dirent au roi qu il choisît eu de mettre k mort leà coupables, ou de recevoir trois cents pifeces d^or pour la rançon de chacun^ Childebert fit le dioix le moins rigoureux et le plus productif.

Fr^degonde cependant dominait derechef en Neustrie avec son amant , le maire du -piJais Lan-* derik, et continuait de menacer, par firahison, les jours des adversaires qu^ellen'osait attaquer a force ouverte : elle avait tenté de (aire assassiher jusqu^au bon roi Gontranm , qui lui avait sauvé la vie , et qui avait préservé d'une ruine totale le royaume de Neustrie , maïs qui voulait empêcher Frédegoif*' de de régner sous le nom du petit Chlother. En 500, eUe dépêcha douze de ses dévoués en Austrasie et à Soissons poiur tuer le roi Qhildebert et le petit Théodebert son^fils. Mais un de ces assassins, ayant été pris et mis à la question, dénonça les autres ; plusieurs expirèrent dans les supplices , ou ftirent r^ivoyés sans mains, sans nez et sans oreilles ; la plupart , quand ils se virent découverts , se percèrent de leurs propres poignards.

Xie vieux Gontramn , tant qu'il vécut , empêcha cependant la guerre civile de recommencer parmi les Franks ; mais sa mort (an S03) fut le signal de

nouvelles erises moins connues que lés ^écëden^ tes ; la barbarie croissante rendait les monumens historiques plus rares et plas défectueux. L^liistoire de Grégoire de Tours s^arréte en 501, et Ton n^a plus pour guides que la chronique de Frëdegaire et le livre des Gegteê desroi» fremkSy relations aussi brèves qu'incohérentes, rédigées par des hommes beaucoup moins intelligens et moins lettrés que Tévéque de Tours.

Le roi Childebert avait été adopté par G ont ramn, du consentement des grands du royaume Orléanais burgondien: tandis qu'il allait recueillir la succesâoA de Gontramn, Frédegonde et son maire Landerik, vaillant homme de guerre et politique habile, armèrent les populations de la Neustrie, alors resserrée -entre l'Oise et ta mer, et se jetèrent sur le petit royaume de Théodebert (Soissons , Meaux et Senlis), où ils s'étaient sans doute ménagé des partisans. Théodebert, apparemment , fut obligé de s'enfuir avec ses comtes et ses fidèles^ devant l'autre enfant-roi, qui entra dans Soissons, conduit par Frédegonde et Landerik: les chroniqueurs n'en disent rien , et, dans leur récit confus et mal ordonné , les Neustriens , qui évidemment furent les aggresseurs ; ont l'air de ne faire que se défen** dre contre un^ armée venue d'Anstrasie. Il est pourtant très probable que Soissons avait été d'à* bord pris par Landerik ; car ce fut a Braine , audefêi de Soissons, que ce maire et Frédegonde rassemblèrent leurs troupes afin de résister aux ducs

austrasiens Wintrion et Gondebald , qui s'avançaient de la Champagne ds^ns le Soissonnais avec des forces considérables : « Frédegonde , dit la chronique , octroya a ses Franks nombre de dons et de bénéfices, et les exhorta de combattre valeureusement contre leurs ennemis. » Puis^ le défi des Austrasiens fut accepté, et Ton fixa le jour et le lieu de la bataille , dont le champ fut assigné à Truccia ou Trucciagum , aujourd'hui Droisy , dcms le pays de Soissonnais {in page Su^ssonico ) *.

c< Quand Frédegonde eut vu que les Austrasiens étaient trop supérieurs en forces, elle donna un conseil aux siens : — Marchons de nuit contre eux, dit elle : que tous nos compagnons portent en main des rameaux d'arbres , et que tou& nos che^ vaux, aient des clochettes au cou, afin que les sentinelles des ennemis ne nous reconnaissent pas. Au point du jour nous fondrons sur eux, et peut-être de la sorte les vaincrons-nous !

« Ce conseil plut aux Franks, et Frédegonde et ses fidèles montèrent à cheval , la reine portant

' Gesia Regum Francor, § 35.. — Truccia est Droi«y ou Drusy , à 3 oa 4 lieues sud-sad-est de Soissons , et ne peut être ni Traey ou Troucy-en-Laonnoi8% sûr la rive nord de

la rivière d'Ailette, ni Troioy près de Dormans , sur la rive sud de la Marne, ces deux villages n'ayant jamais été compris dan8le/>a^tf5 Suessonicus, La bataille se livra dans la vallée de la Grise et dans la plaine élevée que traverse la route de Château-Thicrrv.

DE SOISSO.NS. 239

entre ses bras le petit roi. » Cette dernière circonstance du récit des GeHa ne doit pas être prise à la lettre ; car le petit roi, né en 584 , avait alors aumoÎBS neuf ans. On gagna ainsi Trucoia ^ sscas doute en tournant rexttémitë méridionale de la vallée de la Crise. Lorsque parut le crépuscule du matin , les sentinelles austrasiennes aperçurent les rameaux d^ arbres derrière lesquels se cachaient les guerriers de Neustrie : « Fun des Austrasiens dit k son camarade : -^ Est-ce qu'il n'y avait point làbas des champs hier soir? Comment s^y trouve-t-il des bois aujourd'hui? Mais l'autre , se moquant , lui répondit : — Tu étais ivre hier : tu es fou auj^ourd^hui. N^entends-tu pas les clochettes de nos che* vaux qui paissent jautour de ce bois? »

Les Franks, en campagne, attachaient des clochettes à leurs chevaux pour les empêcher de s'égarer , et n' étaient ces sonnettes que lorsqu'ils voulaient surprendre leurs ennemis. Frédegonde , tout au c(Mitraire, surprit les Austrasiens par l'omission même de cette précaution. Tout-à-coup les trompettes sonnèrent : le prétendu bois taillis s^ abattit et laissa voir les cavaliers de Neustrie accourant au galop. Les Austrasiens , assaillis impétueusement, avant d'avoir, pour ainsi dire, ouvert les yeux , furent mis en fuite avec une perte très considérable; mais les plus braves d'entre eux se rallièrent et soutinrent le choc ; le massacre fut bien grand da/ns l'une et Vautre armée ^ dit Fréde-» gaire. Le champ néanmoins demeura, aux Neus-

triens, et les ducs Winlrion et Gondebaldn^ échappèrent que par h, vite^e de leurs ' eoursiers à la poui^uite de Landèrik et des leu4ês dé Chlotkér. Frédegonde et son armée p<ms9cfrent jusqu^aux portes de^Reim? / saccageaift et inb^nt^nt an loin la Champagne, pids^ retiaréÀt à S^mssoiis chargés d'un riebe butin.

Cette Tkt(!we réunit li la Néustrie SoSs^ens-et tes autres viHes qm avatent eu pour roi ie^efit Théodebert* Frédegonde suécîtà ensuite fttitôî^Qyiiifebert d^ embarrais qui' né lui pébmY^t pas de recouvrer ces cités, et il iiioùriit^en 60S^' ftyaitt d^avoir put venger la défaite de ses '4t^c» €!t*kf désolation de sa terre. Son fils aîné Ttiëddebett kii sfte-

céda en Austrasie; son fils puméTfaéodt^k, en Burgondie et h Orléam. it^ëyaume àe Paris a^it été occupé par Glrildebect îiv'eé le reste de Fhérîtage de Gontramn : Fréd^onde profita de iâ mort de ce prkîce peur envahir Paris elles autres cités de la Seinie , à la manière des barbe/fes {ritub€trb€Mro) ; dit Frédegairè, c'est-à-dire sans déclaraticm de guerre , ce qui indiquerait qu'on avait conclu la paix après la bataille deTruccia. Lesleudes etles cités du royaume de Parîs, gagiiés par les meâées de Frédegonde , retournèFenC dans le parti netistricHn. Les deux héritier de GhUdçbert, ou du moins les^chefe qui commandaient sous leur nom, rassemblèrent une grande anAéé ânstroburgondienne, et la rencontre eut lieu zLaiofaOy qu'on croit être Lafaùx dans le Sôissonnais, à trois

iietves nord-Dord-etft de Soissons*. Les Neustriem, se ruant swr leurs ennemis^ en firent un grand carnage , et les mirent en déroute complète* On appela cette journée la bniaille des trois rois^ parceque les trois petits rois de Neustrie , d^ Austrasie et deBurgcmdiey assistèrent en personne: le plus âgé , Clhother, nVvait que douze ans. La possession du royaume de Parts lui fut assurée par la victoire de Lcutofao. L'énergie déployée par les Neostriens dans cette guerre atteste qu ils apportaient une sorte d'intérêt national à se débarrasser de la suprématie austrasi^ine ; peut-être, dans le parti opposé, y eut-il au contraire quelques trahboBS, les grioids d'Austrasie étant toujours disposés à miner par tous les moyens Tautorité de Brunehilde, qui gouvernait sous ses petits -fils comme elle avait gouverné sous son fils.

(Aff 587^598)« Frédegonde ne survécut guère plus d'un an à la victoire de Latofao : elle termina sasjnistre carrière dans la puissance et dans la gloire, triste emblème du triomphe de la barbarie sur la eiviUsation* La veuve de Chilperik sembla emporter- avec elle la fortune de son fils et

' Yoy. Tabbé Lebeaf ; DiaserMions, etc.» t. i , p. 363 et siiiv. (1739). Ltat^foù est appelé ailleurs Lucofoù et Lucofikgo , ee qpi a fiiii penser à quelques personnes que ce lieu était le Bois-Fay .^rès Gros-Dizy, dans le canton de Rozoysur-Serre : Lucofago parait signifier le hoisaux-fays , le

hoit -aux -hêtres .

de la Neustrie ) car , en Tan 600 , les Austrasiens et les Burgfondes prirent une terrible revanche de Latofao : ces deux royaumes s' étant confédérés contre la Neustrie , le jeune Chlother marcha au devant de Tarmée ennemie jusque dans le pays de Sens; mais il perdit une bataille décisive àDormelle sur l'Orvanne , petite rivière dont le cours , disient les Gesta^ fut arrêté par la multitude de cadavres qui encombrèrent son lit. La Neustrie fut envahie: les pays et les cités de la Seine furent cruellement dévastés en châtiment de leur défection de Tan 506 ; Chlother, pour éviter sa ruine totale , se vit forcé de consentir au démembrement de son royaume, et de subir un traité désastreux , par lequel la région entre Seine et Loire fut cédée au roi de Burgondie , et la contrée entre la Seine, rOise etrOcéan, appelée alors le duché deDen-. t^lin ou Danzilen, au roi d'Austrasie*. Chlother ne

' Fredegar. Chronicon, § 30. On ignore Porigine de cette dénomination , qui signifie duché du fils de Dent. D'ent , J>entel , est le diminutif dn nom Uadowing ou Hadewind. On a retrouvé , il y a quelques années, à Si- Quentin, en remuant le soldes anciens remparts, un débris assez -curieux de cette époque , antérieur de quelques mois ou de quelques semaines à la bataille de Dormelle. C'est nne pierre carrée on plutôt parallélogramme , portant nne inscription rédigée dans un latin singulièremeot barbare.

Anno sexto centec...

positus fuit hoc

conserva que douze cantons (pagi) entre TOise , ia Seine et la mer , probablement ceux du nord , Tcrs la SoDune et PEscaut : Soissons et tout le pays situé sur la rive gauche deTOise redevinrent Austrasiens. Cihlotber, en 604 , ayant tenté de recouvrer la partie de ses domaines cédée au roi de Burgondie, fut encore battu prés d^Etampes par les Bnrgondes : il eût été écrasé, si le roi d'Austrasie eût secondé son frère; mais Théodebert au

MoinMElITOM*

J11WU..LOT

Frakcoruii R£x(oaREG...) Ghilpsiuci fiuus. . .

ItER FAC1EN8 SeSIONES DlES JANOARI f IGENTI.

« L'an 600, fat posé ce monument par Tordre de Cklother, roi des Franks , fiU de Chilperik , faisant route vers Soissons, le 20* jour de janvier. »

L'ancien cartnlaire de St-Médard avait conservé deux autres monumens de la même époque , qui rappelaient la domination de la reine Brunehilde et *dé son petit-fils Théodebert : 1* nue charte de donation de la viila de Cusiaeum, dans le ierniaire de Saiêsont , par la reine Brunehilde, en mémoire de son époux (jugaUs) Sighebert, 2'' et une confirmation par Théodebert de la donation de Mercin {Muricinctus) , faite antérieurement par Brunebilde. (MSS. de Gilleson; biblioth. royale). Mercin appartint réellement à St-Médard; Cusiacum n^cst ni Chézy-sur-Mame {Ca$iaeum)y qui ne parait pas avoir jamais dépendu de St- Médard , ni Ghoisy (Cauciacum) qui ne lui fut donné qu'au iX* siècle , ce doit être Guisy-en-Almont.

contraire, traitant avec le roi de Neustriedansia villa de Gompiègne, se brouilla mortelleinent av ec Thëodorik de Bargondie, et la lutte acharnée qui s^ engagea bientôt entre les deux frères laissa res|>irer Chlother, et obligea Théodorik à lui accorder la paix.

(An 605). Cette lutte n^était que la continuation delà vieille querelle de Brunehilde et des seigneurs austrasiens. Théodebert était Tinstrument aveugle des seigneurs; Théodorik, Tinstriunent intelligent de Brunehilde. Cette princesse, irritée contre Théodebert qui s^était joint a ses ennemis, prétendit que le roi d*Austrasie était le fils âixm jardinier et non de Childebert , et excita Théodorik à détrôner cet intrus, qui, disait-elle, n^ était pas son frère. L'armée burgondienne, conduite par lemaire du palais Protadius, ministre favori de Brunehilde, passa la Seine , pénétra dans le Soissonnais , et se trouva en présence des Austrasiens à Caraciacum (ou plutôt Carisiacum ou Kiersy) ^ villa royale v4)isî]ie du confluent de VOise et de T Ailette. Mais là, les grands de Burgondie, dont les intérêts étaient les mêmes que ceux des seigneurs austrasiens , soulevèrent l'armée , massacrèrent Protadius^ et forcèrent leur roi à rentrer en paiœ avec Théodeberti

(An 612). Quelques années s'écoulèrent, durant lesquelles Blrunehilde et Théodorik travaillèr^t assiduenvenl à venger Protadius et a comprim^rles grands ; puis la guerre recommença entre les deux

DB SOISSQNS. 243

frères parauiie desfirovocations du roi d' Austrasie, qui saisissait à son tour TofiFensive. Tbéodorik pro* mit a Ghlothier la restitution du dy^hé de Dentelin pour obtenir la neutralité de ce prince, et marcha en Austrasie avec toutes ses forces : cette foîs^ il ne fut point trahi par les siens ; il était aussi brave et aussi actif que Thëodebert était inepte ; la victoire ne demeura pas long-temps douteuse : Thëodebert, vaincu dans deux grandes batailles, à Toul et à Tolbiac, fut poursuivi au-delà du Bhin« pris et ramené à TbéQdorik, qui T envoya captif a Chalon-sur- Saône , et eut la cruauté de faire briser la tête du jeune fils du roi vaincu. Frédegaire ne dit pas ce que devint Théodebert: une chronique du XP siècle (la chronique de St-Bénigne de Dijon) veut que Brunehilde ait fait tonsurer, puis mettre à mort ce priuC6, qu^elle disait toujours n^étre pas son pe^ tit-fils.

(An 613). Qilother, durant la guerre d^Austra-: sie, s^était remis en possession du duché de Dentelin, conformément à ses conventions avec Théodorik; mais celui-ci, enfié dse son tripmphe, signifiât au roi de Neustrie qu il eût k se retirer dudit duché ^ et qtf^' autrement lui Théodorik couvrirait de ses armées totU le royauf^ da Chlother*

Mab, au moment oîi Théodorik s'apprêtait à ac* câbler le fils de Frédegonde , il tomba malade à Metz et fut emporté par un fluic de ventre : les in? nombrables guerriers qu'il avait rassemblés contre la Neustrie se dispersèrent aussitôt, et sa mort fut

suivie d'une révolution inouie, même dans ce siècle de révolutions incessantes. Théodorik laissait quatre fils en bas-âge : Brunehilde , voulant conserver Funité du royaume austro-burgondien , s^ efforça d'établir Faîne seul sur le trône de son père , ten^ tative toute nouvelle dans Fhistoire des Franks; mais la faction des grands , quelque temps réduite à Fimpuissance sous le vaillant et impérieux Théo* dorik, avait déjà renoué ses complots, etCUother, assuré de trouver de nombreux auxiliaires hors de la Neustrie , pénétra en Austrasie et s'avança jusqu'au Rhin, offrant de soumettre ses prétentions au jugement des principaua: Frcmks {Francorum electorum). La vieille reine répondit par la publication du ban de guerre en Austrasie , en Burgondie et en Germanie ; Farméeaustro-biu'gondienne , lorsqu'elle rencontra les Neustriens aux bords de FAisne, dans les plaines de la Champagne , s'enfuit au lieu de combattre ; Chlother envahit la Burgondie sans résistance , prit et massacra le petit roi Sighebert, et fut reconnu roi de toute la race franke presque sans coup férir. Brunehilde, arrêtée a Orbe dans le pays d'outre Jwra (la Suisse) , fut amenée à Chlother aux environs de Pontarlier , et , après l'avoir livrée , pendant trois jours , à d'affreuses tortures , le digne fils de Frédegonde fit attacher l'ancienne rivale de sa mère à la queue d'un cheval indompté qui la mit en pièces.

Tel fut le dénouement de cette longue et sanglante tragédie qui avait commencé , quarante-six

ans auparavant, par le meurtre de Gales winthe, et qui se termina par Textermination de la branche austrasienne des Mërowingiens. La mort de firunehilde fut moins la victoire de Cblother que celle de Taristocratie barbare : Chlother avait acheté la défection des seigneurs d'Austrasie et de Burgondie par des concessions immenses, qui annulèrent presque entièrement V autorité royale sur ces deux royaumes, et appauvrirent singulièrement le fisc. Les seigneurs ou Parons de Burgondie et les leudes d^Âustrasie , à peu près indépendans chacun dans saterre^ n^ eurent plus réellement pour chefs que leurs maires du palais^ dignitaires qui n^ avaient de monarchique que le titre, et qui, de ministres delà couronne , devinrent les chefs électifs de Taristo-cratie. Les Austrasiens obligèrent bientôt Chlother à leur donner pour roi son fiU Dagobert, afin de ne pas dépendre , même nominalement, de la couronne de Neustrie (an 622) , et Chlother ne régna véritablement qu^en Neustrie , oii les populations gallo-romaines étaient façonnées a la forme monarchique, et où les descendans des Franks-Saliens avaient conservé de rattachement pour le sang de Chlovis.

Soissons, après tant de tempêtes, respira sous le règne de Chlother , qui , au dire des chroniques , fut libéral envers les églises , awmônier pour les pauvres , et ne garda pas , dans sa conduite habituelle, la férocité qu^il avait montrée contre Brunehilde. H mourut en 628 : Tainé de ses deux fils ,

Dagobert, d^à roid^Austrasie, entra sur-le-cbamp, du Rémois dang le Soissonnais k la tête des leudes austrasiens ; la plupart des leudes de Neustrie et de Burgondie vinrent joindre Dagobertà Soissons^ et le saluèrent roi ; son frère puiné, Cfaaribert, enr core enfant , n^ obtint aucune portion de la terre franke ; on lui fit seulement , outre Loire , en Aquitaine , un royaume qui ne subsista pas longtemps.

Dagobert fiit le dernier des Méroivingiens qui mérita le nom de roi : il déjidoya beaucoup d^éner* gie et d^activité pour contenir les grands et tâcher de relever le pouvoir central , et, jeune encore , mourut au bout de dix ans de règne^ après avoir été contraint de renoncer à gouverner TAustrasie , et d'y envoyer, comme roi titulaire , un de ses fils en bas-âge, appelé Sighebert^. Son autre fik , Chlo-

' Le village de la Croix StOaen ^ «ar la lisière de la fbrét de Gompiègne , entre Gompiègne et Verberic , dépendait jadis d'une abbaye qui releyait de St-Médard^ et qui passait pour avoir été fondée par le roi Dagobert , à la sollicitation de son référendaire (chancelier) Audoên ou AldTvio (St- Onen), depuis métropolitain de Rouen. On racoatait qn'Audoën, chassant avec Dagobert dans la foret de Gnise, avait vu se détacher , sur un ciel serein , une croix plus blanche que la neige , et avait montré ce prodige au roi, en Texhortantà bâtir une église en ce lieu solitaire. Audoên, qai était né à Soissons et avait été élevé à St-Médard » ^^ donner la nouvello église i cett&abbaye. Quoiqu'il en soit de cette fondation de Dagobert , la charte rapportée par Labbe (misce/Zanea; c. 3) et Dormay,est évidemment fiiusse.

dowîg ou Chlovis, lui succéda de nom enNeustrie et en Burgondie ; mais on peut dire qu^avec Dagobert mourut la royauté mérowingiemie. Uère des rois fainéans avait commencé : le peu qui subsistait de pouvoir politique , d^autorité publique, passa aux mains des maires du palais , et les Mérowingiens , usés par les voluptés, ayant perdu la force physique des barbares, sans acquérir la supériorité intellectuelle des hommes civilisés, ne durent plus la conservation de leurs vains honneurs qu'au reste de prestige qui environnait encore la postérité des héros chevelus.

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