DE VERMANDOIS
Le nouveau comte hére'ditaire n'eut d'aulres limites que le comté amovible ou que Fancien pagu8 suessonious : il était borné au nord par TAi-
' L'avènement de la maison de Ycrmandois sépare Thistoire de Soissons en deux parties bien distinctes: dans la
DB SOISSOiNS. 411
ktte, qui le séparait de rëvéché-comlc de Laon et de la seigaeorie de Goucy , usurpée d^abord par Héribert-le-Grand sur TEglise de Reims , puis possédée, par divera barons jusqu'à ee qu^elle se fixat^ vers le milieu du XI« siècle , dans la célèbre maison des Enguerrand; à Test, le comté confinait encore au Laonnois (la frontière passant entre Bray , qui était laonnois, etOstel, qui était soissonnais ) , puis à rarchevéché-comté de Reims et à la terre de Braine, qui^ .devenue comté, s'accrut considérablement au XP siècle , sous les seigneurs de la maison de Baudiment , et comprit le Tardenois presque entier. De ce côté , la frontière faisait un angle rentrant de Bray sur Sermoise , en traversant TÂisne et la Yesle : tournant au sud, elle passait ensuite par Lesge , Cuiry-House , Arcy-Ste- Restitue, Servenay , et longeait le comté d'Ourceois, alors régi par un vicomte relevant du comte de Troyes et de Meaux et siégeant a Oulchy ;
première, Soissons, chef-lien d'on peuple libre, puis importante cité gallo-romaiae , et enfin ville royale durant cinq 8iècle8, voit ses annales continuellement mêlées à Phistoire générale de la Gaule , et y figure prettqne incessamment avec éclat comme centre des grands moa?emens politiques et militaires : dans la seconde partie, Soissoos nVst plus quo la capitale d'un petit comté , d'abord cité féodale partagée entre divers maîtres, puis commune incomplètement affranchie ; Fîntérèt alor*i se resserre et Iliistorien, rarement obligé de franchir les limites du pays soîsson nais , doit imprimer désormaisjà son œnvre un caractère plus local et plus monographique.
de Servenay, elié joignait Moràienval en enfertnani une portion de la forêt de Villers-C otterelz et côtoyant le comté de Valois, domaine de la puissante maison de Vexin ; a l'ouest , le Soissonnais ne s'étendait plus jusqu'à rOise , mais seulement , à ce qu'il semble , jusquà l'anciemie chaussée romaine de Vie-sur- Aisne à Noyon , vers Autresche et Sorny ; les forets royales de Cuise ou Compiègne et de Laigtie, les métairies du fisc que les Capétiens avaient héritées des Karolingiens , • et qui s'enchevêtraient avec les terres des comtes de Valois-Senlis et de Vermandois , et de l'Eglise de Noyon, bornaient à l'occident le comté de Soissons.
Le comte avait sous lui un vicomte , qui l'assistait dans les plaids et cours de justice où il convoquait ses feudataires : plus tard , pour fournir des apanages à quelques fils puînés des comtes, le comté fut divisé en quatre vicomtes héréditaires , celles de Busancy , Cœuvres , Fromentel et Ostel*.
' MSS. de Roussean-Desfontaines, t. i. — Dormay, t. ii, c. 3 et 4. — On portera plus amplemeut de» quatre Ticomtés aux diverses époques de leur création. La vicomte d'Ostel formait la partie nord-est du comté ; Fromentel, le nord -ouest; Busancy, le sud-est ( la vallée de Grise et les plateaux voisins), et Gœuves ou Cœuvres , le sud-ouest. La vicomte héréditaire de Fromentel ou Vic-sur-Aisne dura peu, et fut cédée, ou plutôt restituée à TabbédcSt-Médard, car elle se composait, pour la meilleure part , de biens d'Eglise usurpés. Dormay pense que le vicomte de Busancy
Toutes les terres contenues dans les limites du comté de Soissons ne relevaient pas du comte , bien que soixante bourg^s et villages fussent soumis à sai juHioe (suivant Dormay) : beaucoup de villages, dé hameaux , de métairies, appartenaient à TEglise diocésaine ou aux diverses abbayes de la vUIe et du plat-pays ; les seigneurs ecclésiastiques n^ étaient pas les feudataires du comte; c^était lui au contraire qui tenait en fief quelques biens de FEglise épiscopale , ainsi que faisaient la plupart des seigneurs laïques. Telle fut certainement T origine de Vhommage que les comtes rendirent aux évéques, et que ceux-ci parvinrent à changer en hommage lige pour le comte même, comme si le comté eût été un fief de Tévéché et non de la couronne.
La ville , comme le pays , était donc partagée entre le comté et les seigneurs ecclésiastiques: Févéque avait juridiction sur un quartier qui comprenait les rues de Sl-Ândré, de Crise, et plusieurs
était le successeur do Ticomte primitif de Soissons. Ea «ffet, la Ticomtéde Basancy comprenait la partie de la ville qui appartenait an comte.
Tous les fiefii da Soissonnais ne furent pas compris dans les quatre vicomtes, et il parait que la plupart d<;8 feudataires qui continuèrent à relever directement du comté , prirent par la suite le titre de vicomtes ; de là, les vicomtes de Berzy, Acy, Sorny, Ambrief, Leury, Billy, Clamecy , Montgamy, Ghaudau, Chazelles, Vauxbuin, Arcy-Ste-Restitue, Espagny, Jouagne. Margival, T Echelle.
autres ; le chapitre de la cathédrale , dont les biens avaient été séparés de ceux de Tcvèché depuis la cessation de la vie commune, BY^itjiisHcô sur son cloître, sur la rue St-Nicolas, etc., jusqn^à la porte St-Chrîstophe : le principal siège de la justice du chapitre était au cloître , dans une maison dite la Chartre^ parcequ'elle servait a la fois de prison aux sujets du chapitre , et de tribunal au juge pré-^ posé par les chanoines sous le titre de sous-prévôt laïque ; cet officier rendit aussi la justice près de la porte St-Christophe. L'abbesse de Notre-Dame exerçait droit de seigneurie sur un quartier delà ville, et le chapitre de St-Pîerre-au-Parvis, émancipé de sa dépendance primitive vis à-vîs de l'abbesse depuis qu^il avait obtenu la propriété de son logis , possédait aussi droit de justice non-seulement sur son cloître , mais sur la mode la Fourberie , et depuis la tour de Contreval jusffuau Port-auX'Peissons , suivant d'anciens titres cil es par Dormay (t. ii. c. 3).
EnBn, les abbayes St-Médard et St-Crépin avaient pareillement juridiction , la première sur le faubourg de Crouy et le bourg d'Aisne ou faubourg St- Waast ; la seconde , sur le faubourg St-Crépin et Venisel ; le tout sans parler des justices foraines oa extérieures appartenant aces chapitres et abbayes; du chapitre de la cathédrale , par exemple , ressortirent les villages d'Amblegny , Bucy, Taux, Tigny, Vîllemontoir, Chelles, Pasly, etc*,
* Dormay, t. ii, c. 3> — MSS. de Cabaret, t. u. — Il se-
Du comte amovible au comte héréditaire , il y avait presque la distance d^un o Acier royal h un pe lit sou verain ; car les obligations du comte vis-àvis du roi se bornaient désormais à Tassister dans ses guerres ; le fait de la justice et des impots ne regardait plus que le comte seul , et ^ entre autres attributions souveraines , il s^ empara du monnayage, à l'exemple de tant d^ autres grands barons; les évéques se mirent aussi à battre monnaie , et la cité de SoisscHis eut ainsi trois monnaies diffé-rentes , en comptant celle de St-Médard , qui datait de Louis4e-Débonnaire , mais qui changea son type lors de la chute des Karolingiens , et supprima le nom royal de sa légende. Ce fut, sans doute, sous le comte Guy de Vermandois et Tévêque Guy d^ Amiens qu^ apparurent la monnaie des comtes et la monnaie épiscopale ; mais les monumens font défaut pour changer les vraisemblances historiques en certitude : onn^a point de pièce des comtes antérieure à Pavénement de la maison de Ncsie (1146), et aucune pièce des évéques n'est parvenue jusqu^à nous, bien queTexistence de leurmonnaiesoit un Sait incontestable^.
leva encore de nouYelles justices dans Soissons durant le ôours du Moyen-Âge, de là fin du Xl'siécle à la fin du XII'; celles deSt-Jean-des-Vignes, St-Léger, St-Pierre-à-la-Clinux, St-Grépin-en-Ghaye, qui aTait juridiction à la porte Bérald, enfin la justice du Temple ou de Maupas , Le nom de rue de PEchelledu'Temple rappelle encore cette juridiction dei$ Templiers.
' T. Duby, Monnaies des ducê, comtes , etc, Ghoppin (Do-
Les comtes héréditaires résidaient dans un donjon, oii avaient probablement siégé avant eux les comtes royaux, et qui était enfermé dans le mur d^ enceinte delà villes A ce château attenait une
maine de Fra/nce, liv. 2) nomment le comte de Soissons le septième, et Févéqae do Soissons , le vingtième entre les trente- et-an seigneurs ayant droit de battre monnaie au XIV"* siècle. Dans le pays, on désignait exclusivement , sous le titre de monnaie deSoissons, la monnaie des comtes : la plus usitée était le nérei ou noiret^ ainsi appelé parcequ^il était fort mêlé d'alliage et avait Vceil plus terne et plus noir que les parisis ouïes tournois. Les n^refs soissonnais avaient cours dans le Valois et une partie dç TOurceois. Dormay dit qu'il existait^ outre les nérets , des doubles -blancs au chapelet, qui valaient huit deniers. Voy. Dormay, t. ii^ c. 2; Carlier, Hist. du Valois, 1. 1, p. 533; et Nie. Oresme , Biicours' contre le changement des monnaies. D'après diverses chartes des XI.l'' et XIIP siècles, dont les copies se trouvent parmi les MSS. de D. Grenier, il y avait des oboles, des deniers, des sols et des livres soissonnais. Lorsque rautorité royale commença de dominer la féodalité et régla les monnaies seigneuriales, les deniers des évéques furent fixés au poids de 16 grains , les 20 deniers épiscopaux valant 12 deniers parisis ; on en devait tailler 298 dans un marc d'argent. Les deniers des comtes étaient un peu plus forts ; on n^en taillait que 276 au marc. Duby« Monnaies des ducs, , comieSy etc. A propos de numismatique , nous avions oublié de mentionner parmi les monnaieries fpankes du diocèse de Soissons , celle de Mornienval { Mauriniana-Fallis) y où furent frappées des monnaies sous Charles-le- Chauve.
' Le château des comtes était sur l'emplacement deTIntendance, dont les vastes bâlimens renferment aujour*
cbapette desservie par un collège de six chanoines dits de Si-Prince. Les ëvéques supposèrent que le château et le comté même avaient appartenu à St-Prince, par donation de Chlovis , et que le comté avait relevé de révéché depuis le temps du premier roi chrétien : ils firent de cette foble le jpondement de leurs prétentions à Thommage des comtes* Peut-être la Tour deê Comtes^ d'où rele- TÛenttous lesfiefe du Soissonnais , était-elle bâtie sur un terrain qui avait appartenu a TEglise diocésaine, et lui devait un ceiw; peut-être les évéques partîrent-ils d'abord de ce point pour traiter la seigneurie ducomté, comme la tour qui en était lenége, fiefépiscffpal (episeopale ccbêOMtentum). Ils amenèrent les comtes a s'avouer leurs feudataires.
Le règne de la maison de Y ermandois ii Sois sons n'eut rien de brillant, et a laissé peu de traces dans l'histoire ; c'est à grand'peine qu'on glane , parmi les pièces di^omatiques du temps, quelques souvenirs relatifs auxpremierscomtes héréditaires. Guy de Yermandois souscrivit , en 995 , avec les rois Hugues et Robert, et divers barons et prélats, entre autres l'évêque Guy d'Amiens et l'abbe de St-Medard, Odolen, une charte par laquelle Gaultier, comte d'ximiens, de Valois, etc. , restitua au monastère de St-Crépin de Soissons plusieurs mé-
d'huila tous-préfecture y la mairie, h biMiothéquc^ publique, etc.
tairies situées à Orouy {OraU>rium) et aax Eluats {Lupi'Salttês) y dans le pays* de Valois, lesquels les avaient été enlevées a cette abbaye par le comte Raoul, père de Gaultier. Cette restitution fut faite à la prière de Tévéque Guy, frère du comte Gaultier^. L'évéqueGuy mourut dans Tannée 905: le comte Guy poussa un peu plus loin sa carrière ; mais on ignore s^il vit commencer le XP siècle : uii historien de Soissons (Elousseau) le fait «mourir en 090; rien ne garantit Texàctitude de cette date. Le comte Guy eut pour héritier son fils Rainauld {Rainoldus).
A 1 evéque Guy avait succédé Foulques , onde de Notcher , comte de Bar , qui épousa la veuve du comte Guy , Adèle ou Adelheide^, et cpii possédait quelques biens à Soissons ; car il donna un clos de vignes voisin de St-Pierre a la cathédrale '. Foulques fut, dit-on, un prélat guerrier et turbulent : il accompagna le roi Robert (1005) . dans Texpédition que ce [grince fit en Bourgogne .pour obliger les seigneurs bourguignons à reconnaître sa suzeraineté après la mort du duc , son onde ; mais ilnese contenta pasde suivre leroi àla guerre; il 'la fit lui-même aux moines de St-Médard, et, malgré l'opposition de Tabbé Richard, zélé défenseur .des droits du monastère , îi s^ empara debeau^
' Annal. Benedici, t. m, p. 665.
* MSS.'dfe D; Grimer, pcn^. êueston\ ' Dormay, t, u, c. 21.
coup de fiefii de St-Mëdard pour les distribuer à ses gens d^annes. Le monastère fut ensanglanté par ces querelles, et les domestiques de Tabbé tuèrent ou blessèrent quelques-uns des hommes de Tévéque dans la basilique même de St-Médard. L^abbë Richard, qui avait ordonné ou toléré cette y engeance , réconcilia F église et y célébra les saints mystères comme s^il eût été étranger à Facte qui avait souillé le sanctuaire ; ce qui lui valut une sévère admonestatioja de Saint-Fulbert , évéque de Chartres , le régulateur de FEglise de Gaule en ce temps-là ^ Foulques mourut sur ces entrefaites, laissant a son église épiscopale un alleu avec une église à Pommiers (apud Pomerias)^ suivant Tobituaire de la cathédrale cité par Dormay. Un certain Déodat occupa un moment le siège épiscopal entre Foulques et son neveu Bérauld [BeroU dus)^ frère du comte Notcher. Le siège métropolitain de Reims étant vacant , ce fut Gérard , évéque de Cambray, qui consacra Bérauld dans la cathédrale de Soissons, et la cérémonie de F ordination fut trouUée par une rixe scandaleuse entre les évéques de Cambray et de Laon qui se disputaient la préséance \
Bérauld fit mentir les présages qu^on avait pu tirer d'une telle inauguration: ce fut un digne prélat, pleindc zèle et de charité, et, lorsque Fépisco-
■ Fulbert. EpiHolal^. — Bolland. t. ii. Mart. p. 750. ' Gallia Ckrisiiana^ t. IX, col. 349.
pat gallican, secouant Tignorance et la corruption da X" siècle , tenta de mettre un frein, par Pëtablissement de la Paix de Dieu^ à la sanglante anarchie qui désolait la Gaule, Bërauld deSoissons prit une part active à ces ge'ne'reux efforts. Bërauld de Soissons , Guarin de Beauvais et d^autres ëvéques de France , dit le chroniqueur Bauldry de Cambray, voyant que, par iMmpuîssance {imbeciJr litas) du roî (Robert) et les péchés du peuple , le royaume s^en allait à sa ruine , imitèrent les prélats de Bourgogne, et tâchèrent de soumettre tous les hommes de France au serment ou àranathétne (10314033). »
Les évéques bourguignons avaient obligé les barons de leur duché à jurer, sous peine d^ excommunication , de renoncer à toutes guerres et à toutes vengeances particulières. Pour arrêter tant de violences et de meurtres , les évéques interdirent le port habituel des armes, inconnu du temps des Romains et introduit par les barbares. A Texempie des Bourguignons^ Bérauld et Guarin proclamèrent la Paî^ c/e jDtet^ dans leurs diocèses, et Bérauld écrivit à Gérard de Cambray pour l'engager à suivre cet exemple: Gérard s'en défenditpar d'assez mauvaises raisons, prétendant qu'il n'appartenait qu'aux rois de décider de la paix ou de la guerre ; il eût mieux fait d'objecter que la Paix de Dieu ne serait pas observée , et que les barons qui venaient de la jurer dans un beau mouvement de ferveur chrétienne , fausseraient leur /btàla
pr.emière occasion. La barbarie féodale était trop forte pour se laisser ainsi museler par Tautorité relig[ieuse. La tentative était trop radicale: mais elle ne demeura pourtant pas sans eflFet : k la Paix de Dieu succéda la Trêve de Dieu , qui restreignit k ^atre jours par semaine Tinterdiction des guerres particulières ; ep exigeant moins , on obtint plus, et la Trêve de Dieu^ bien que fréquemment violée par les gens d^armes et par les clercs eux-mêmes , procura quelque soulagement aux populations.
Depuis Tavènement des Capétiens, l'Eglise reprenait peu à peu sa puissance morale et matérielle : les monastères , débarrassés des abbés laïques, rentraient en possession d'une partie de leurs biens envahis, et les restitutions de terres d'Eglise usurpées étaient fréquentes. Parmi les propriétés qu'avait perdues l'abbaye St-M édard , se trouvait Donchery-3i|r-Meuse, tombé au pouvoir des seigneurs de la maison de Chartres, héritiers des comtés de Meaux et de Troyes par l'extinction de la branche de Y ermandois-Meaux : le puissant Eudes, comte de Chartres, Blois , Tours , Meaux et Troyes, ayant été vaincu et tué dans une bataille contre Gothelon , duc de la Haute-Lorraine ( an 1037), le roi de France Henri I^, charmé d'être débarrassé de son redoutable vassal, ôta Donchery aux enfans d^Eudes et le donna en bénéfice au TÛnqueur , au lieu de le rendre à St-Médard , malgré les réclamations de cet abbé Richard, qui avait si rudement défendu son abbaye contre l'évéque
422 âisTOiÀÊ
Foulques. Richard alors eut recours au menaçant appareil de V Interdit^ qui produisait un effet si terrible sur les imaginations superstitieuses des vieux temps : un silence de mort remplaça le concert étemel qui retentissait sous les voûtes de St- Mëdard; les offices divins cessèrent dafïs les sept églises de Tabbayé ; les châsses des nombreux mar-^ tyrs dont St-Médard possédait les reliques, furent descendues de leur place accoutumée et couchées^ surle pavé des basiliques. Ces moyens extraordi^ naires réussirent : le duc Gothelon eut peur du courroux des saints; une nuit , il rêva qu^il voyait apparaître autour de Itii tous les bienheureux dont les os étaient gisans a St-Médard, et que^ sur sentence rendue par St-Grégoire contre lui , comme détenteur du bien du monastère , St-Sébastien s^ apprêtait a le transpercer de sa lance. Le duc s^éveilla en grand émoi , et se hâta de rendre Donchery*.
Quelques années après (1047), un noble honmie appelé Hugues, pour \e remède de son âme et de Pâme de ses proches , remit intégralement à St- Médard un bénéfice qui avait été usurpé par ses devanciers et quUl tenait à titre héréditaire , consistant dans le village de Violaine ^ {Villenà) , et quelques autres biens ; laquelle restitution fut opérée dans le monastère des vierges, de Ste-Marîe , entre les mains de Tabbé Rainautd, successeur de
' Lib, detransïat. S, Sébastian, Annal, BenedieL
iiichard, en présence de Guy, archevêque de Reims, de Béraald, évéque de Soissons , et de quelques grands du palais du roi, à savoir le comte Rainauld% Hugues, surnomme Bar doul , etc. Bien que Hugues eût déclare dans cet acte n^étre mu par aucune avidité d'argent , il se fit payer son bénéfice 40 livres, en se réservant le droit , pour lui ou ses hoirs, de ressaisir ledit bien , si jamais Tabbé Rainauld ou quelqu^autre abbé détournait les terres restituées des usages du monastère et les donnait en bénéfice. Le roi Henri P confirma ce diplôme à Laon-le-Cloué le jour de Noël 1047, et y apposa de sa propre main le scel royal , dans une grande assemblée de prélats et de seigneurs qui souscrivirent tous après le roi'. Le roi Henri , deux ans auparavant (en 1045), avait enlevé Vavousrie et mainbourdie de l'abbaye St-Médard à Etienne de Chartres, comte de Troyes etdeMeaux, ets^en
' Ces paroles de la charte de restitution indiqueraient quç le comte Rainauld de Soissons fig^urait parmi les oflBiciers de la maison du roi ; Dormay dit quUl étAÎt premier maùreêThoiel, Nous ne savons ce que Dormay entend par là : le titre de maUre-d'hétel du roi est le même que celui de maire âupeUais (major^omAs)^ qui disparut sous les Capétiens , et fut remplacé par le titre de sénéchal. Jamais comte de Soissons ne fut sénéchal ni maire. Un Rainauld était camélier ou chambellan du roi en iOâS et 4060, d'après les chartes de Henri l" ; maïs ce n'était pas le comte de Soissons , qui mourut en 1057.
* La charte est dans le Gallia C4iri$Hana^ t. x. Instrumenta^ col. 96.
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était inresti lui-même ; il restitua au monastèife le château de Yic-sur-Âisne , u dont St-*Mëdard , dit la chronique de Tabbaye , était prive en ce tempslà par TincQcie et la frivolité du comte Etienne, » qui Tavait laissé envahir par les barons du voisinage. « Le roi, poursuit la chronique^, défendit virile* ment Tabbaye contre les vexations et les entreprises de Robert, seigneur de Choisy , et annida force coutumes et droits que ledit Robert prétendait avoir envers T église St-Médard et ses possessions, p ^
Vers ce même temps (1047), Téglise de St-Crépin essuya une grande catastrophe : elle fut incendiée pour la première fois, et rebâtie surJe*Ghamp par les soins de Tabbé Anseau ÇAnsellus), à ce que rapporte la GcUlia Christicma , diaprés une cédule fort cmcien/ne renfermée dans une châsse '• Un historien de Soissons (Melchior Regnault) cite un extrait d^un calendrier de St-Crépin-le-Grand , suivant lequel r église aurait été brûlée en 1057, et reconstruite seulement par iermXouis({e Gros). Il n^est pas facile de décider entre ces deux verrions di£Férentes d^un même fait.
£n 1049 , eut lieu à Reims un événement important dans les fai?tes de l'Eglise gallicane : le pape Léon IX vint présider, dans Tabbaye de StrRemy, un concile composé de vingt évéques , d'une cinquantaine d'abbés et d'un grand nombre de clercs
' Hiêioriena des Go/uleê et de la France ^ t. xi, p. 367. ' Gallia Chriei.^ t. ix, col. 396.
0£ SOISSOKS. 425
et de moines. Les pcékts s'assirent em cek*cle autour du Souverain Pontife : Guy de Châtillon , alors archevêque de Reims , après avoir été cba* noine de la cathédrale de Soissons , fut placé a la droite du pape, et Tarchevéque de Trêves, a la ^uche : Tévéque de Soissons , Bérauld , s'assit le premier après son métropolitain; Rainauld , abbé de St-Médard, est nommé, dans les actes du concile , le sixième entre les abbés présents : les seuls français nommés avant lui sont les abbés de St-Remy , de Cluny et de Corbie- L'issue du concile fut fâcheuse pour Rainauld : le principal but du voyage du pape en France était la réforme des mœurs cléricales et la répression de la simonie qui viciait les élections ecclésiastiques; Rainauld, qui avait acquis son abbaye à prix d'or , fut saisi d'épouvante en voyant avec quelle vigueur procédait le Pontife romain, qui avait déjà fait excommunier Tévéque de Langres par le concile, et menaçait du même sort fdusieurs autres prélats. Rainauld se retira de l'assemblée sans permission^ et fut excommunié avec Tarchevéque de Sens et les évéquesde Beauvais et d'Amiens. Hugues, seigneur de Braine , fut aussi retranché de la communion des fid^es pour avoir délaissé son épouse légitime et pris une autre femme en mariage ; puis a le seigneur pape renouvela maints décrets des Saints- Pères, dont on ne tenait plus de compte , et prohiba sous peine d'anathéme beaucoup de coutumes illicites qui s'exerçaient dans l'Eglise de Gaule , »
telles que les promotions d^évéques faites sans élection , et les rétributions exig^ées par les prêtres pour le baptême , la sépulture , reucharistie^.
La volonté du pape ne rencontra point de résistance: c'étaient alors les jours de gloire de la papauté , déjk dirigée par le génie du moine HiU debrand , qui devait être le grand Grégoire VIT; car tout ce qu'il y avait en Occident d'amis de la civilisation et d'hommes opposés au despotisme aveugle et capricieux de la force matérielle, se ralliait par nécessité au despotisme de l'intellrgence.
L'abbé Rainauld , après le concile , partit pour plaider sa cause a Rome et tâcher d'obtenir sa réhabilitation ; mais , pendant ce temps , le roi , irrité que Rainauld se fut mis en route sans l'autorisation royale, s'empara de l'abbaye et y installa un au tire abbé, Gérauld ou Gérard.
Les documens du XP siècle ne parlent guère de Rainauld, comte de Soissons, que pour mentionner l'apposition de son seing sur quelques diplômes. Rainauld et son fils Guy assistèrent à un plaid convoqué dans l'abbaye St-Medard en 1047 pour forcer Robert , châtelain de Choisy , a renoncer aux exactions qu'il exerçait contre les biens et les vassaux du monastère. Choisy , comme tant d'autres fiefs d'Eglise , était devenu la forteresse féodale de V avoué a qui les abbés en avaient con«
' Labb. Concil.^ t. ix^ ool. 1036.
de' soissons. 427
fié la garde , depuis le rétablissement des abbës réguliers. Aulbry, fils de Robert de Ghoisy , suivit r exemple de son père, et voulut plus tard obliger tous les paysans {riMUci) et habitans des terres de St-Médard , à venir à sa justice ; le roi Philippe , fils de Henry , prit encore la défense de Tabbayé (an 1066) *. Bainauld et son fils Guy souscrivirent-, en 1053, deux chartes deTEglise de Reims, où Guy est qualifié de chevalier {miles).
(1057). Le comte de Soissons termina^ trois ans plus tard , sa longue et obscure carrière : sa fin semble avoir été tragique , et son fils le suivit immédiatement dans la tombe ; les détaib de la mort de Rainauld sont complètement ignorés. Nulle chronique n'a parlé de cette catastrophe , vaguement indiquée par quelques mots d'une charte que donna Henri T' en faveur du monastère de Notre- Dame. Voici cette pièce :
« Au nom de la Sainte et indivisible Trinité ;
« Moi , Henri , parla grâce de Dieu roi des Français, je veux qu'il soit su de tous ceux qui régisî sent la sainte Eglise de Dieu , et de tous mes fidè^ les présents et à venir, que Heddes (Heddo), évêque de Soissons (successeur de Bérauld depuis 1053)^ est venu en ma présence, et, d'après la prière de l'abbesse Ermengarde, a donné en don perpétuel \ l'église du monastère des filles de Ste-
" Hiêtoriens des Gauleê H de la France, t. xr, p. 580 581.
428 UlSTQlt^É
Marie de Sois&çdos , m mUels (revenus d' églises , paroisses), à savoir les autels des villages de Gha-* crise {Ca/rcr%8ia\ Corcy {Cùrc%aoum\ Coormell^ {ColomeUa) , Coloisy (ColisiiMum) 9 Breuil ÇBrue^ 2f um) y J^anteuil Ja-Fosse {Nantoilutn) ^ a conditioixque lesdits autels ne. demeurent jamab sans desservans {sine pereonis) , en sorte que, si cpielque desservant était condamné pour un crkoe quelconque, ou sortait de cette vie, un autre soit présenté à sa place (par Tabbesse), et mis en possession par l'évéque sans rétribution pécuniaire, « » • et que ledit monastère des filles Ste-*Marie ait toate justice, savoir: V infraction (le jugement sur les iDfractions)\ le vicariat, etc«; sauf le bapnisseïwnt{sine banno; bannissement est ici dans le sens spirituel, pour eœcommunicationy S'ilarrirait une excommunication dans lesdits lieux, révéq[ue réconcilierait les églises sans délai, afin que le service de Dieu ne demeure point suspendu pour quelque forfait que ce soit {fwrie facium , chose faite en dehors de la loi). Uévéque ne devra rien téclamer dorénavant desdites églises, si ce n^est le synode^ et la circade. Afin que ceXXe préception demeure ferme et stable , je Tai fait signer de mon scel.
' La charte porte : m» /*0O/ii»f9m; mais o^est infraûturam qu'il faat lire. Vuy. Dacange, Glossar. art. fkoiura.
* Droit que révéqae prélevait sar ses prêtres à Tépoqae de raanée où ils se rendaient au synode ^isoopal.
«( Seing du seigneur f Henri , roi des Français, ^oi a confirmé cette prescription dans Téglise de Si-Michel (nous ne savons on se troaTaîf cet ëdî* fic€, k moins que ce ne fût une des sept églises de rabbayeSt-Médard)^Ie cinquième dimanche après Pâques.
<c Fait le 5* des nones de mai (3 mai) à Sotsaons, Tan du verbe incarné 1057, le 27* du règne du roi Henri , le S* de l'épisc^^t da seigneur Heddes. Le comie Rainauld et son fils Guy iiani morts cette même amnée , et la tour de Soissons ayant été 4zssiégée par le roi Henri.
« Seing du seigneur Heddes , évéque de Soissons , etc., à qui , pour son aumône et bienfiût , devant le roi et les évéques comprovinciaui Baoldouiii de Noyon et Ëlinand de Laon^ et Gérard , abbé de St-Médard, en présence de beaucoup de deres, de moines , de laïques, de nobles, l'afabesse en tête et toutes les religieuses ont promis de prier Dieu pour lui tous les jours de sa vie , et 4e garder dignement sa mémoire par oraisons et aumônes , célébrant <mnuellement son anniversaire après sa mort, ainsi que celui de tous les évéques ses prédécesseurs. » Parmi les signatures qui suivent, on remarque les noms de plusieurs dignitaires de TËglise soissonnaise , archidiacres , prévôt €t cfaanlre , et celui du fncomte Willerme de Coaçy (de Coueiaooy*
* Voyez le texte latin aax preuves de PHiêf. iê Vahhe^e
, L^annee commenfant alors à Pâques^ et cet acte étant daté du 3 mai, il ne pouvait s^étre écoulé qae
^ quelque semaines depuis le aîége de la tour et la mort du comte , arrivée en cette même année : les seigneurs quij signèrent la charte étaient sans doute les mêmes qui avaient fait le siège sous les
^ordres du roi. Mais quelle fut la cause de celte aggresmon de Henri P% qui coûta la vie au vieux comte; car il est vraisemblable , d'après les ternies de la charte , que Rainauld mourut les armes a la main*en ^défendant son château? Les chroniques contemporaines ne fournissent aucunes lumières à ce sujet. Il est prenable que le comte deSoissons
, avait pris part a quelque entreprise de ses cousins , les princes de la maison.de Chartres, contre le roi, qui était fréquemment en lutte avec ces seigneurs ; Rainauld etsonfilspillaient sans doute les domaines ecclésiastiques, et le roi fut introduit dans la ville parrévéque et les abbés qui lui prétécentmain forte pour se saisir de la Tour des Comt<es.
Mais, si le comte Rainauld périt* en combattant, tel ne fot pas le sort de son fils : un grand crime
Notre-Dame^ p. 436. Cette s^bbaye avait perdu beaacoap de ses propriétés durçint le X" siècle. Elle en recouvra peu à peu une partie : Albert, comte de Vermandois , lui rendit les ^^/we« (lès revenfus eéclësi asti que s) de s -villages de ■.Pairgny'(Pa*ri(Jei»«), Morchain (Môroiiietuê) et Fresniches (^Fresnicia) , dans le pays de Vermandois , sùivaiii une charte donnée par les rois Hugues et Robert vers 993 ; preuves de
DE sùissa^s. 431
trancha les jours de Guy de Spissons ; il mourut par le poison^ et non par le.fer. La jeune sœur de Guy, Alaïs . de Soissons , fit mourir par maléfice , at^ec l'aide d'tmjuif, eon frère dont elle convoitait le comté. En punition de ce forfait, le juif expira dans les fioMmes^; mais sa complice recueillit le fruit du crime, dont elle ne fut point ouvertement accusée. La tutelle de rhéritière d'un grand, fief appartenait de droit au suzerain ; Alaïs devint donc comtesse de Soissons sous la tutelle de Henri T'. Il y avait alors a la cour de France un proscrit de sang illustre, un petit-fils de Richar ^ans-Peur , chassé du comté d^Eu et de la Normandie pour avoir voulu s^ emparer de la couronne ducale et détrôner son cousin Guillaume4e-Conquérant. Ce prince , appelé Guillaume-Busac , après le mauvais succès de sa révolte, s^ était réfugié auprès du roi Henri, i^mVsiy ait reçu bénignem^nt y commue chevalier noble de ra^e et de visage (nobilem génère et forma militem) , dit Phistorien normand Guillaume de Jumiéges'. ce Henri, ajoute cet écrivain, compa* tissant à son infortune, lui donna le comté de Soissons avec une noble épouse , de laquelle Theureux exilé eut par la suite une généreuse postérité. )> Une charte de Tan 1066, citée par Thistoriende Reims (Marlot, t. i, p. 620) , prouve que cette
' Guib^t. De Novigent. De vitd stêAy Hb. m, c. 17. * WiWelm.GemQiiG.Hisioria Normannorum ; dans le» Hut. dêê Gaules et de la France , t. Xi^ p. &5.
4^2 HIStOfRE
noble épouse était rhéritière des comtes de la maison de Vermandois ; dans cette charte figurent Guillaume ou Wilhelm , comte de 'Soissons , et sa femme Alaiê, fille de Rainèuld, jadis comte de Soissons.
Ainsi fut transfère le comté de S<Hssons delà maison de Vermandois dans la maison d'Eu ou de Normandie.
DE SOISMBS.