‹ Histoire de Soissons (volume 2)Chapitre 14 sur 17 · DE S0IS80RS · texte numérisé non relu

DE S0IS80RS

tes de Soissons a été réellement appelée ChMeau- Gaillard ; mais ce nom Ait assez commun en France au Moyen-Âge , et Torigine que lui attri^ bue ici le chanoine Cabaret est tout a fait hypothétique.

Le comte Guillaume souscrivit , en i067 , la charte de fondation de St-Martin-des-Champs par le roi Philippe.

L'évéque Heddon était mort vers 1083 , après aVoir donné au monastère Sfc-Crépin les paroisses {altarid) de Pemant et Coulombs, ce Josselin, qui avait acquis Tarchidiaconat de Paris , non-seulement par simonie , mais par homicide , obtint pareillement , à prix d'or , Févéché de Soissons (du roi Philippe I""); mais le souverain pontife Alexandre II défendit k cet homme de recevoir Tordina^ tion, jusqu'à ce qu^il se fût justifié devant lui ou devant son légat, etprescrivit a Gervais , archevêque de Reims, de ne point le consacrer^. » On élut donc un autre évéque , Adélard , qui exerça les fonctions épiscopales depuis 1064 jusqu'en 1072 , et fut remplacé par Thibauldde Pierrefonds, frère du sire Nivelon de.Pierrefonds ; cette maison feé* dale , cantonnée ' dans son fort château au milieu des bois , commençait a tenir un rang émineiil dans la contrée ; .elle possédait une partie des io-^

' Gallid Christiana, t. ix, col. 349, — Voy. adftsî Uttereé Aîexandri papœ ^ dans les conciles de Labbe, t. ix, col. 1130 ctU52. . : ; ♦

rets de Cuise et de Retz, avec les terres de Monli- Ipny-Langrîn, Reteuil, le Crotoy^ Couloisy^ Jaulzy, Haute-Fontaine, Taille-Fontaine, Morte-Fontaine, Neuf-Fontaines , Cbamp-Baudon , Cbelles , St- Etienne, et sa seigneurie s^ étendait de la rive sud de l'Aisne aux chviroFns de Villers-Cotteretz ; en outre plusieurs iwoueries ecclésiastiques s^y trouvaient annexées , celle de Vic-sur-Aisne , par exemple^

Thibauld de Pierrefonds présida , en 1076 , à une fondation pieuse qui devait doter Soissons du plus beau de ses monumens. Il y avait en ce temps-^ la, hors les murs de Soissons et sur la colline qui commande le quartier sud-ouest de la ville , une église paroissiale assez obscure , dédiée à St-Jean- Baptiste, régie par un curé-cardinal , et servant d^asile depuis peu à quelques clercs qui vivaient canoniquement sous la règle de St-Augustin; car ^ depuis que la vie régulière avak cessé presque généralement dans les chapitres de chanoines, ii s^établissait ça et là des communautés de clercs plus rigides, qui reprenaient volontairement Taiv cienne régularité , oanfortnément aux canons de l'Église et aux préceptes de St-jiugustin* L'église de St'Jean-lès-Soissdns changea bientôt de situation, grâce aux bienfaits qu'attira sur elle Tévéque Thibauld. Hugues de Château-Thierry , vassal du comte de Champagne, possédait en fief quelques

' Hiêi. du Faïais, t. i,p. 237, etc.

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terres usurpées sur TÉglise de Soissoifs ; sa conscieuce.s'en alarma , et il communiqua k réyécpe riutention qull avait de renoncer au bien mal acc|uis. Peu de temps après, fut promulguëela charte suivante :

c< Au nom de la Sainte . et indivisible Trinité , Thibauld, parla miséricorde de Dieu, évêque de Soissons , etc.

i< Â tous ceux qui pratiquent la religion chrë- ' tienne* • • faisons savoir quHin certain chevalier de Château-Thierry, nommé Hugues, est venu humblement en présence de notre sérénité , nous demandant et priant de recevoir entre nos mains les autels (paroisses) de notre domaine épiscopal (de benefioto nostro) qu^il tenait sacrilégement comme font :d'autres princes de ce siècle , à cette condition, qu'après Tavoir. absous de Finjàste ienure (tentttrd) des dits autels , nous les assignericNis à perpétuité a Téglise du saint et vénérable Jean*JSaptiste-du-Mont, c'est^a-dire aux clercs qui vivenit là servant Dieu nuit et jour sous la règle de Saint- Augustin. Condescendant bénignement à sa demande, et tenant ledit Hugues par la main., en présence d'une grande .multitude ,de laïques, je me suis dirigé vers réglise da biienheui^em susnommé, afin de ratifier et .confirmer tous deux, moi et lui, ce qu'il avait obtenu de ma bienvcillaince par ses prières. Alors, Hug.u«s, venant en ce. lieu), commé'iLa été. dît, a conféré^aulo/cleccsqui vivent la réguhèrement , Téglise ! tAiïûex de Stslean-tBap-

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tîste avec lotttes ses dépendances , tattt terres qn^wa&tes choses, et les ûtUelg dont nous avons parle plus hauft, savoir , Ton^ Charly, le second au Montr^Tivon, le troisième à St-Aignan dans le pays de Brie, le quatrième à Bosoy {in Roseto) , le cinquième à Arthèse , et deux moolins k farine. Après quoi, retournant au palais (ad aulam) ëpiscopal , j'ai imposé audit chevalier une pénitence convenable pour Tinjuste et sàcrîlé^e teniure des auieh ^ ainsi qu'il Tavait demandé, et, de peur que quel* que évéque de mes successeurs ne détourne vers d'antres usages^ « • . cette aunednfl de sainte mémoire, )'ai &it écrire cette charte eft y imprimant mon scel, etc. »

Thibauld accorde ensuite aux clercs de Si-Jéan le droit d'élire parmi eux un chef, im prêtai (ptvrlatam)^ <pii recevra Finv^titure des mains de Tëvéqne sans que cdui-*ci la puisse refuser , Téleedoo étfant canonique* te Mais, le pritre-cardinal de ce lieu, a^ute Thibauld, rendra raison^ selon k co4tame, k moi et à mon archidiacre, du soin des paroissiens. » La charte est signée de Tévéque , des quaUrearchidiaeres , et du doyen et chancelier de l'églÎBeHnière de Soissons.

Il parait, aux termes de la charte, que Hugues deChatcau^Thierry détenait les rte venus de l'église StsJean 'Comme: des jcmq autres auteh ^ puisqu'il .tfon/<Ana celte église aux clercs»' ... '•: >Ge diplôme: fut cdiifimié' la^Éumeanhée par ie 'i;QKi(Pàîlippc, donlnTInbattldei: Hlqfues) avaient sol-

licite la garantie , et la confirmation fat souscrite jpar Manassès de Rouéy; archevêque de Reims, et par plusieurs autres prélats ; par Thibauld , comte de Champa[p)e, de Brie , de Chartres et de Blois , suzerain de Hu^es ; par Etienne, fils de Thibauld; par Guillaume, comte de Soissoils ; par le donateur Hugues et son neveu Evrard ; par Aulbry , seigneur de Choisy (et non pas Coucy), et par Guy de ChâtilIon-sur^Mame^.

Hugues de Château-Thierry ne se borna pas à ce premier bienfait: il donna à Téglise de St-Jean trente arpens de vignes qui tapissaient la colline où s'élevait cet édifice ; telle fut l'origine du nom de St-Jecm-des-Vignes ^ qui prévalut sur celui de St'Jean^du'Mont. Les chefe du chapitre de St- Jean prirent le litre d'abbés , et cette communauté de chanoines téguKers obtint une renommée fort honorable quant aux mœurs et à la doctrtnù^ suivant l'expression consacrée. Il en sortit plusieui^s grands clercs , entre autres maître Hugues Farsit, qui fut en correspondance avec St-Bernard, et qui écrivit^ vers 1128 , un livre sur If s miraides opères par Sainte-^Marie mère de Dieu dans l'abbaye Notre-Dame de Soissons , oîi les pèlerins venaient

,. ' Liea dcuK chartes de. donation et de oonfirataUtMi se trouvent dans le Gallia Chrièiiana^ i.3i\ InAtruniénM^. <$ol. 9798. — Voy* auftiDkiFipay, t. n, c, d2 et 13, — P. Legrié; ChronUon S, J^hofinù^-de-Fineiê , Paris , 1610. — *< Ch« de Loucn , Hiii, de l'ahbaye Saint- Jean^e-Vi^ji^êi -P«mt

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par troupes en ce temps-là implorer la gùérison de leurs maux , comme on fit plus lard h. Notre- Dame de Liesse ^ Les évéques, le chapitre delà cathédrale y et divers seigneurs , favorisèrent à Tenvi les progrès de Tabbaye St^Jean , et Tabbë Boger reçut ^ en 1089, une bulle du pape Urbain II, approuvant les statuts de la communauté et confirmant ses privilèges'. Urbain II , célèbre pour avoir prêché la première croisade an concile de Clermont, était né dans le diocèse de Soissons, à Ghàtillon-sur-Marne , et avait commencé par être chapelain de Tévéque Thibauld de Pierrefonds, avant que de s^ élever de degré en degré jusqu'à la chaire de St-Pierre.

St-Médard ne présentait pas un spectacle aussi édifiant que le nouveau monastère St-Jean : Tancien abbé simoniaque , Bainauld , déposé au concile de Reims en 1049, avait été rétabli joor la faveur, d'hommes puissans , (selon le Gallia ChrUtiand) ; excommunié pour la seconde fois au con-

' Lo Liheîlus demiraculis , etc., écrit aa comme ncemeot du XJIe giécle , est inséré entre les prenved de Vn%$i. de Vabb. Notre-Dame, p. 481. Il donne quelques Inmièrcs sar les circonstances locales: on y Toit', parei^nplo, qnele village (pilla) de Crony était déjà au-delà de St-Midard, eu pied delamonlagne, enfin dans son assiette actnelle; le vide s'était èéjk opéré dans la plaine , autour de Téglise St- Etienne ; les villages de Grouy et Ciiffies s'étaient Ibnn^ft aux deux extrémités du fauboarflp de Crouy ,• ruiité durant les guerres an X" siècle.

* Dorroay, t. ii, c. 16.

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cile de Chalon par le légat Pierre Damiani , en 1063, il se maintint. dans le gouvemement de Fabbaye, malgré le légat et malgré les moines sonle* vés contre cet usurpateur. Tout le couvent écrivit au pape contre Tabbé , et plusieurs des religieux partirent pou^ Rome: le pape Alexandre II ratifia la sentence du légat et la résistance des moines ; Rainauld, soutenu par la cour de France, ne céda pas, et Ton ne put le chasser de St-Médard , où il mourut vers 1076. Uabbaye ne gagna rien a sa mort, et le roi Philippe vendit St-Méd^vd à un certain Pons {Pontius)^ qui dévora toute la mhgtancê de Tabbaye, et dissipa jusqu'aux ornemens du culte , en sorte qu'on ne pouvait plus vaquer aux oflSces divins, pour la pénurie de toutes choses*. Lç scandale devint si éclatant que le roi Philippe n'osa soutenir Pons , ni refuser aux moines, qu'appuyait vivement l'évéque Thibauld, l'autorisation de renvoyer Pons etd' élire un autre abbé (1077).

Il y avait alors à St-Médard un noble brabançon, nommé Amoul.de Pamelle, qui avait endossé la robe monastique malgré sa famille , et qui , ne trouvant pas la vie des moines assez rigide à son gré, avait obtenu de l'abbé Rainauld la permission de. se faire reclus comme autrefois S t-Wouel. Cet homme, dont T austérité était aussi excessive que l'avait été le libertinage de Pons , se martyri-

f Harialf..etLMiar4i. fitaS. Arnulfi. - — Smeul» vi. jéct, Bênedict, pars, ?. — Et â»^^ Surius, t, 4V. , ; . . - . , .

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sait loi-méme : ua autre reclus , tarëpassé depuis long-temps^ lui étant apparu en songe, lui raconta qu^il avait été confiné quelque peu en purgatoire pour s^étre rafraîchi en buvant du lait durant une fièvre ardente ; Ârnoul, depuis cette vision, s^in-* géniattsans cesse à tourmenter son cqrps : ils^était creusé une fosse sous un égoùt, et y restait souvent exposé à la pluie et à la neige , il ne mangeait que du pain d'orge^ ne buvait que dé Teau fétide, estimante eau de puits chose trop recherchée et trop délicate, et gardait un silence perpétuel. Il passait donc pour un saint: il avait mené cette étrange vie pendant trois ans et demi , lorsque les moines 9tles vassaux de St-Médardy hn déférèrent la di-^ gnité abbatiale par le conseil dé TévéqueThibauld. Amoul s'eiifuit du côté de Laon pour ne point être abbé , et ., s^il en faut croire Phktoire de sa vie , ayant rencontré un loup par les chemins , il suivit cette béte sauvage avec Tespoir dé gagner ainsi quelque retraite ignorée au fond des bois» Mais le loup le ramena vers Soissoni :.Jb-noul se soumit à la volonté de Dieu , et se laissa enfin crosser et mitrer ; il rentra dans la vie active , et rétablit le boa ordrô et la prospérité dé St^Méckrd ; mais il ne coQse^a guère âes fonctions* Eudes , un dé sed moines, qui convoitait :fort l'abbaye ^ suggéra au rot'Bhilippe. l'idée d'exiger de Tabbé le service féodal et de le mander pour aller en guerre, avec lea vassaux de St-Médard ; car i^aiicienne t. exemption de service ittiilitaire,^ dont avait joui autrefois

DE soiasoiffs. 446

St-Mëdard y éti|it tombée en dëfiuétade ; l'homme de Dieu aima mieux résigner sa dignité que dt transgresser les sainte oamans en prenant les mr^ mes y et rentra dans sa cellale bien-aimée , après SYoir engagiéses moines a élire un nommé Gérard.

Le jaloux Eudes ne parvint donc pokit à son but ; mais Gérard ne posséda pas Fabbaye en patxr la reine fieribe de Hollandes^ était déclarée hautes misit la protectrice de Tabbé Pons , dégradé dfeux ou trois ans auparayant ; elle le réinstalla de vive foirce, malgré les refMrésentations du pieux Ârnoulr, qui était sorti de sa cellule pour tacber d^empéeher cette violence.

. L^auteur de la vie de St-Arnoul assure que ce saint homme prédit alors à la reine qu^elle serait préciptée du trône et mouiraîli dans Talflictioii.el r oubli*

L'évéque Tbibauld était décédé ie 26 janvier 1080 : on a de lui une charte asse^ curieuse de Pan 1077 , par laquelle , à la prière du comte de Ghdmpagne , maire du palais royal {mmjor d^mvHb» r^ ^œ), il reprend aux chanoônes de V ÉgUse^Mèw et Soissons Pautel ou revenu paroissial du filage 4e Bainscm^ qu'il leur avait donné , etle concède à la petite abbaye {abiuMolœ) récemment fondée \l Ckiincy par le comte Tbibauld de Champagne ( ep 1072), à condition que les moines de- Goincy paieraient annuellement «n cens de 20^o^ de denier^

' Soh de 12 deniers tanadouts, «ois ayant le poids légUime.

446 HtSTOIRE

aux chanoines de la cathédrale, et que le doyen de VÉgli^e-Mére de Soissons serait àperpëloité letiti/tluire (persona) dudit auiel \^ quoique la partJ^issé fut desservie par un prêtre dépendant du monastère. Parmi, les signataires de cette pièce, figurent Hugues de Château-Thierry et sob neveu Evrard, Thibauld , prévôt du comte de Champagne a Ouichy , et Hesselin, sénéchal de Tévéque ^

Les scènes qui avaient troublé St-Médard bouleversèrent TEgUse épiscopale après la mort de Tévéque Thibauld : le ix>i Philippe octroya révêché , sans élection canonique, à un nomme Ursion, frère de son sénéchal Gervais. Grégoire YII, à cette nouvelle , enjoignit a son légat Hugues , évéque. de Die , d^ assembler un concile en Gaule pour juger Ursion : le roi ne voulant pas permettre au concile de se réunir dans ses domaines , le légat convoqua les évéques à Meaux, sur les terres du .comte de Champagne (1081) ; Ursion ne se présenta > pas, fut condaûioié par contumace , et les cleri^s et vassaux de Tégiise de Soissons, qui étaient accourus eh foule au concile ^ élurent évéque le reclus Amoul; on renvoya chercher dans sa cellule .de St-Médard , et on le força de s'asseoir parmi les prélats du concile ; puis Ârnoul accompagna le légat, qui s'en retournait dans son évéché, et fut ^acré évéque k Die , après avoir signalé son avènement par un miraoie , suivant Fauteur de sa vie,

' GMia ChriêHana, t. x; Insérumenia, col. 99>

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en annonçant à la reine Berthe qu^elle était enceinte en ce moment d'un fils qui régnerait après son père. Les deux prédictions d'Arnoul à la reine, fiiites ou non après coup , furent conformes aux éyénemens ; car Berthe mit au monde un fils qui devint le roi Louis^le-Gros , et elle n'en fut pas moins répudiée par Philippe sous prétexte de/^a-

Le renom du saint homme ne décida pourtant pasTinlrus Ursiôn It lui céder la place, et, lorsque Âmoul, revenu de Provence, voulut faire son entrée dans sa cité épiscopale , le sénéchal Ger* vais, frère d'Ursion , marcha au-devant du prélat avec une troupe de gens d'armes , et déclara qu'il le tuerait s'il entrait dans Soissons. Arnoul tenta courageusement de passer outre ; Gervais et les siens n'osèrent exécuter leur menace, et ne frappèrent pas le légitime évéque ; mais ils continuèrent à iui barrer le passage, et Arnoul, ne voulant pas recourir à la guerre civile , se retira au château d'Oqlchy , {Ulcheiam , par corruption pour Ur*cetum^ du nom de la rivière d'Ourcq): il y exerça les fonctions épiscopales sous la protection du comte de Champagne, tandis qu'Ursion les exerçait à Soissons sous la protection du roi. Philippe !•' eût payé cher sa conduite, sans la fameuse guerre. des Investitures , qui ne laissa pas 2i Grégoire yil le loisir de diriger ses foudres apostoliques contre le roi de France.

L'évêque Arnoul quitta sa résidence d'Oulchy

448 HISXOiAE

pour remplir en Flandre un^ qii^HNR vrainuent ëvangélicjue que lui av^^ cQnftée Grégoire YII : il pacifia cette contrée ^ors livrée à uma san^^Unte anarchie , puis revint dans &Qn dioc?&e , tCMi joon divisé entre lui et Tusurpateur Ursion ; le chi^prin que lui inspirèrent les déportemens du roi et la triste situation . de la province ecclésiastique de Reims, qui était sans métropolitain, sans conciies provinciaux , sans ordre m gpuveimeoient quelconque , le porta enfin a sic d^iflu^titre de ré{HSCopat , et a rentrer dans »a oeUfde.iie St-'-Médard, qu^il abandoQQ^i encore po^û ^Uer moiuir en Flandre (an 1087). Il fut caooiîtaé. Irente-troîs ^ns après au concile de Bf^uvais.

Ursion était n;iort ^vant loii , on avait abdi^é ; car un autre évéque npnuné Hilgot régissait le diocèse dès 1085*.

On ne sait trop q^el p9rt^ iç^brassèrenile comte Guillaume-Busac et ^ famille dans toutes ces querelles cléricales : au.malqi;^ d^ d^eu^ le chroni^ queur Guibert , abbé de Nogettt>^ous-Coiicy , on peut croire, qu'ils soutinrent les pîUards ict le^ usurpateurs, Fabbé Poùs et J['évéq<^ Ursion. Malfaea-' reusement pour la r^nonimée du :CQnite et des siens , le témoignagne de Giiibert , ^m vivait dans le pays et, pour ainsi dire , à la porte de SoissiMps , a plus de poids que les louanges banales du Normand Guillaume de Jumiége^. « U tenait cette mé-

/ Labb. Concil. t. x,j). 406.

chano€të de son père , » dit Guibert a propos des mauvaises actions d^un des fils de GuiUaume-Busae« Quant a la fratricide Alaïs , Guibert raconte qu^un jour elle fit crever les yeux et arracher la langue k un diacre qui lui avait déplu.

Guillaume ne vivait plus en 1082: le nom de son fils aine Rainauld, comte de SoùsonSy figure près de celui du sénéchal Gervais , au bas d'un diplôme donné cette année là par Philippe 1^', en faveur de Notre-Dame d^Étampes ^ Le comte Rainauld II signa aussi la charte de fondation de l'abbaye St-Nicolas de Ribemont, en 1083, et sa confirmation par Philippe I*' en 1084^. Cest là tout ce qu'on connaît de Rainauld II , a qui succéda son frère Jean. GuiUaume avait eu trois fils et quatre filles : le troisième fils , Manassès, entra dans les ordres sacrés , et parvint plus tard à F é-

' Ordanftaneeê des rois de France \ t. xi, p. 17&. Dormay n^a pas connn ce comte Rainauld II, et il {ait à tort de Jean» frère de Rainauld , le successeur immédiat de Guillaume. Une généalogie latine des rois de la troisième race , etc.; écrite vers 1160, et insérée dans le tème xiv des Hist, dee Gaules ^i delà France , établit la succession des trois comtes^ Gnillaumey Rainauld et Jean, et plusieurs chartes corroborent sQn témoignage. Cette généalogie , copiée par Aulbrf de Trois-Fontaines , chroniqueur du Xllb siècle , renferme toutefois une grave erreur sur Forigine de Guillaume-Busac, qu'elle prétend issu de la maison de Roucy. La science héraldique n'était point encore bien constituée an XII* siècle.

* Gallia Christ. y t. x^ Instrumenta^ col. 189-1 ttO.

véché de Soi^ons; une des filied, Rtaieairude (soÎTant une génédogie da XII* siècle)^ épousa le seigneur de Nesle , attiance qui devail porter le comté de Soissons daus la maison de Nede. La comtesse Alaïs mourut le même jour que son filsBainauld, un 31 mars, on ne saut en quelle année^. « La veille du jour où commençaîtle jevme (le carême) , rapporte Guibert de Nogent , elle avait soupe copieusement : durant la nuit , eUe fut frappée de paralysie , perdit Pusage de la langue , et^ qui pis est, ne se soucia plus aucunem^it des choses qui regardent le Sei^eur^ et vécut jusqu^à la fin comme un vrai pourceau. • . . £n essayant de la guérir , on Im coupa presque entièrem^oit la langue, par un juste jugement de Dieu^ eteUe resta ainsi du commencement du carême jusqa^à Foctave de Pâques oii elle mourut. ... Ce n^ëtalent pas seulement des querelles , mais des haines mortelles qui existaient entre elle * et ses fils Jean et Manassès; ces haines, ils les avaient conçues dès leur naissance ; car tous ceux de cette famille sont perpétuell^Qient ennemis les uns des autres. Aussi , poursuit GuSiert , les choses que je viens de rapporter ci-dessus (la mort delà comtesse et le fratricide qu^ elle avait comnûs jadis), m'ont-elles été racontées par le comté Jean lui-même tandis

* Suirant l'obituaire de SlrJean-de^Vignes. Domiav, ignorant que Rainaùld eut possédé le comté , le qualifie de troiêième fils de GwiUaufnê , tandis qu'il était i'ainé.

qvCcak partait sa mère à la sépulture ( Guibert ^ Km, c. 17). »

•^ Pourquoi^ ajoutait le comte , soîs-je généreux envers elle, quanta vouki faire aucun sacrifice peut le sdut de son àmef

11 se reprochait apparemment les dons pieux qu^il avait faits , suivant Tusage , au profit de Vàme de sa mère ; aussi reprit-*il k Four^rEvéque, four banal situé près de la porte TEvéque ( ou Porte-Bosanna ) , et octroyé par Alaïs a St-Jeandes-Vignes* Il usurpa bien d^autres possessions ecclésiastiques^

Ce comte Jean était un singulier personnage sur lequel Guibert (liv. m, c. 17), a laissé de curieux récits : c'était une sorte d'esprit-fort , protecteur zélé des Juifs, des hérétiques, des pil* lards , de quiconque sittaquait TEglise en parole ou en action ; Isijuiverie *■ était en grand honneur à Soissons de son temps : il parlait du Sauveur on termes plus criminels que les Juifs eux-mêmes n'eussent pu faire , et avait rempli la ville d'une foule de mécréans comme lui , vrai gibier du diable , dit Guibert. On peut bien croire qu'il ne favorisait pas ainsi les infidèles par tolérance philosophique , mais parce qu'il trouvait son compte à soutenir Icis Juifs persécutés ailleurs et à trafic^er avec eux; l'impatience de toute loi morale et religieuse était le principal motif de la haine que

' On prétend que les Juifs avaient une synagogue rue Si- Martin.

beaucoup de ces petits tyrans féodaux tënioi-* gnaient contre l'Eglise.

<( Quoiqu^il approuvât dans ses paroles la secte des Jui& , il pratiquait extérieupement la religion chrétienne: aux fêtes de la naissance et de la passion du Sauveur , il afifectait une telle humilité , que nous n^ eussions jamais pUi, dit Guibert> le croire infidèle a sa foi. Mais , une certaine année , la veille de Pâques , il vint dans Téglise pour veiU 1er durant la nuit , et engagea un clerc à Fentre** tenir sur les mystères de ce saint temps : quand ce* lui-ci en fut à lui raconter comment le Seigneur avait souffert et était ^ressuscité , le comte se mit a rire, et s^écria: — Voila la fable , voilà le mensonge ! — Mais , répliqua le clerc, si tu penses que ceci n'est que fable et mensonge , pourquoi fais -tu la veillée arec nous? — • Pourquoi? Parce que je prends plaisir a regarder les belles femmes qui viennent veiller ici la nuit de Pâques !

(c Son incontinence était telle qu il abusait sans aucun scrupule des vierges et .des religieuses consacrées à Dieu. »

Il avait épousé Aveline de Pierrefonds , petite^ pièce du feu é véque Thibauld , et fille de Nive* Ion II , sire de Pierrefonds : quoique sa f enune fat jeune et belle , il lui préférait une vieille et laide concubine qu^il entretenait dans la maison d'un certain Juif^ son entremetteur, et il n'épargnait ni dédains ni affronts à la comtesse. La crainte de la vengeance des Pierrefonds F eût peut-être engagé

DE SOISSOKS. 453

à mieux traiter sa femme ; car le père de la comtesse avait une grande puissance, et, de plus, Tëvéchë de Soissons était retombé, depuis quelques années, entre les mains d'un PierreFonds , oncle d'Aveline* ; mais le sire Nivelonet Tévéque

' L'évèque Qilgot ou Helgaod avait abdiqué ré[)i8Copat, dès 1087 , pour se iaire moine à Mannoûtier^ après avoir donné à Tabbnye de Coincy les revenus eeclésiastiques {aliaria) du bourg de Dormans et de trois autres paroisses recouvréen ttes mains de détenteurs la^ques^ , et à Tabbaye de Chàtean-Tbierry les revenus du la paroisse defiosu. L*épiscopat avait été ensuite conféré a Henri, parent, dit-on, du roi d'Angleterre et du duc d'Aquitaine : ce fut ce Henri qui accorda une des prébendes de la cathédrale à Pabbé de St-Jcan-des-Vignes, SuivautTexeniple de son prédécesseur, il déposa la mitre et la crosse pour prendre la robe monastique à Gluny (avant 1092). Hugues de Pierrefonds , fort jeune encore, fui le suoeesseur de Honri, Hugues confirma la donation que ses. devanciers avaient faite de l'église St- Thibauld de Basoche aux moines de Marraoûtier {Majuê- Monaatarium^ St- Martin de Tours), et leur concéda une métairie ou maison de campagne que les évêques de Soissons avaient à Basoche ; cette bourgade était une ancienne propriété de TEglise soissonnaise , et ses seigneurs tenaient leurbaronnie en fief des évéqnes. Gervais, sire de Basoche, fut un des héros de la première croisade : les Turks , qui le regardaient comme un de leurs plus redoutables adversaires, s'étant emparés de lui par surprise, le firent mourir sans vouloir le mettre à rançon. L'évéque Hugues, ainsi que ses frères, Nivelon , sire de Pierrefonds , et Jean , vicomte de Chelles, se croisa en 1102 , et partit après avoir restitué la paroisse de Oamery à St-Médard , et octroyé de;}^nombreux bienfaits au chapitre de la cathédrale , à St-Jean-des-Vi-

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Hugues, son frère, s'en allèrent mouriràla croisade (an 1103) ; la seigneurie de Pierrefonds passa aux jeunes frères d' Aveline, qui n^inspiraient pas de crainte au comte Jean, et Manassès de Soissons devint ëvéque à la place de Hugues de Pierrefrmds* Le comte Jean ne conserva plus aucuns ménagemens , et projeta de répudier Aveline avec éclat r il ne voulut ou ne put recourir à ce prétexte de parenté ou d'alliance, qui, grâce a la susceptibilité outrée de TEglise touchantles mariages entre parens, facilitait m souvent le divorce ; il se mit en tête d^accuser sa femme d'adultère , et ne trouva pas de meilleur expédient , afin d'arriver à son but , que de rendre la comtesse coupable sans le savoir. c< Une nuit , quand les lumières furent éteintes , il envoya un de ses parasites prendre sa place dans le lit de sa femme. Mais la comtesse reconnut à 1^ peau unie decetbomme que cen'étaitpasle comte, qui avait le corps couvert de boutons purulens , et, appelant ses domestiques, elle battit et meur^ trit (cœdit) rudement le parasite avec leur aide*, n

gnes, etc. Aucun des trois ne revint dans son pajs , et Bagnes moumt en route, dans la ville d'Aquilée. Le troisième frère, Jean de Pierrefonds, avait vendu , en partant , sa vicomte de Chelles au chapitre de Soissons moyennant seize marcs d'argent comptant, denx sols de cens annuel pour ses héf;itiers, une messe hebdomadaire pendant son absence , et une messe anniversaire après sa mort. {Hi$t. du FialêUf 1. 1, p. 242 et 353).

* Guibert. de Movigent. Deviii f«a, ïib. lu* c. 17.

DE SOISSOMS. 4S5

Mais Jean de Soissons ne se déoMiceria pas , et n^en porta pas moins contre sa femme l^impudento accusation qu41 avait préméditée : il s^efiBorça de Tobligerà subir Y épreuve du fer chaude, dans Tes" poir qu^elle serait victime de cette coutume barbare, en dépit de son innocence. L'épreuve ou pur g (Mon par le f er >chaud , coi^istait a placier un fer chauffé à blanc {c€mdeni) dans la main de Tac* cusé ; si la main ne restait point intacte , Faccusë était censé criminel. Cette scandaleuse affaire causa beaucoup d'ag^itation dans tout le pays ; les frères d'Aveline commençaientà montrerdes dispositions menaçantes; Tun d^eux, Ancoul, était chanoine et archidiacre de la cathédrale , et il soutenait vivement sa sœur auprès de Tévéque , qui présidait de droit aux (^euves^ et avait juridiction sur le crime d'adultère.

M anassès de Soissons n'était pas resté long-temps évéqueimort vers 1108% il avait été remplacé paii

' Son épîscopat dura environ cinq ans. Manasêés donna tu chapitre de la cathédrale , tant ponr son salui que pour celai de sa mère , les auiêiê de Cuise » de Béthisy , et six antres. Il érigea Péglise paroissiale de St-Pierre-à-la-Chanx en un pri^oré qa'il réanit à Tabbaye de Goincy^ et fat enseveU dans cette abbaye de Tordre de Clany, qui, grâce à la munificence des éyéqaes et des seigneurs , posséda jusqa^à vingtret-ane paroisses dans le diocèse de Soissons. Les prienrs de St-Pierre oontinaèrent de figarer entre les eardi' nauw de Soissons, comme avaient fait les curés auxquels ils succédaient.

Lisiard de Crépy , ancien préyât du chapitre dcf la cathédrale, et fils d^ Adam-le^Riche , seigneur de NanteuiMe-Haudouin et châtelain du donjon de Crépy , qui était chef d^une branche ciulette de la maison de Y exin-Valois. Lisiard , homme de bien et de capacité, n^ était pas capable de se prêter aux rues du eomtCir Lisiard toutefois n^osa prendre sur lui de décider seul un pareil procès , et fl autorisa le jeune archidiacre Ancmil de Pierrefonds a se rendre auprès du fameux Ives , évéquè de Chartres , un des théologiens les plus savans et des casuistes les plus renommés de T époque (dans lespre* miersmois de 1115).

Ires de Chartres s^ empressa de répondre dîrec* tement a Févéque de Soissons :

€( A Lisiard , par la grâce de Dieu évéque de Soissons, Ives, par la même grâce humble ministre de TEglise de Chartres. (Il faut) veiller avec la vigilance du bon pasteur sur les brebis à soi commises.

<c Votre archidiacre est yenu vers nous avec quelques honnêtes frères (chanoines de Soissons), et a consulté notre humilité {parvitatem nostram) sur les moyens légaux par lesquels il pourrait délivrer sa sœur de l'infamie que le comte de Soissons, son mari, veut \eleY^\3LvéXehaineusement{odiosè). Il nous a paru que le comte n^ attaquait pas sa femme selon Tordre judiciaire, et que V épreuve qu'il provoque n^était point légitime. Car les Institutes^y

' Jusiinian, novell. 117, c. 15.

DE SOlS&OZfS. 457

que suit et observe TEglise romaine , disent que rhomme qu^unmari soupçonne de vouloir abuser de la pudeur de son épouse , ne peut élre ni réputé convaincu ni livré au châtiment , à moins que le mari ne lui ait défendu par trois fois , devant trois témoins dignes de créance, d' entretenu familièrement sa fpmme en sa maison ou en maison ëtranrgère. Après cela, sMl trouve derechef sa femme et cet homme s^ entretenant en particulier , et quMl ait trois témoins du fait , alors il peut ou les appeler en jugement, ou leur infliger la punition méritée (se faire justice a lui-même, apparemment). Au* trement, ni les lois de cemondenilesIoisdeDieu^ ne permettent de traiter qui que ce soit en criminel ^sur de simples conjectures , et votre prudence sait bien quePesprit des accusateurs et des témoins doit être sans passion, que rien ne doit être fait parunaccord frauduleux (j)er gimultatem) , et surtout que Taccusateur lui-mêmene doit pas être coupable de ce qu^ilimpute à un autre. QxxBntdiVicombatsinguHer ou à V épreuve du fer chaude que le comte veut imposer a sa femme , en prétendant qu^elle s^y est spontanément offerte , les lois ecclésiastiques interdisent ces choses plutôt qu^ elles neles prescrivent. « Les sacrés-canons y écrivait le pape Etienne à u Luitbert de Mayence , n^admettent pas qu'on arec rach'e d'aveux aux accusés par l'épreuve du fer « chaud ou de l'eau bouillante , et ce qui n'a point « été sanctionné par la parole des Saints-Péres , ce on ne doit point l'établir témérairement par des

458 HlSl OIRE

« ioventions superstitieuses. H appartient aux jug^ « humains de punir les délits révèles par la confes- (( sion volontaire du délinquant, ou par la preuve ce testimoniale ; mais les choses secrètes' et incon- « nues n^ appartiennent qu^a un autre juge^ qui seul « connaît le cœur des enfans des hommes. » — « Le combat en champ clos , dit le papcNicolas , « ne saurait être érigé en loi , car il n'a point été ce prescrit (par Dieu). . . . Ceux qui font ces ce choses et d'autres de même nature nous sem- (( blent tenter Dieu. » II est évident, par ces sentences et d'autres semblables, que le comte ne peut convaincre d'adultère son épouse sinon par des témoignages suffisans, surtout lorsqu'il n'a lui-même témoigné aucune tendresse a sa femme, et s'est a peine acquitté envers elle du devoir conjugal. Je pourrais écrire plus longuement sur ce sujet ; mais, parce que j'écris a quelqu'un qui sait la loi, je pense que ceci suffit. Adieu*. »

La comtesse ne fut soumise ni à l'épreuve du fer chaud ni au jugement de Dieu par hs armes : t'évéque Lisiard, encouragé par Ives de Chartres , prit le parti de cette victime innocente , etïe comte fut forcé de renoncer a ses desseins , sans toutefois changer de procédés à l'égard de sa femme ; mais Aveline n'eut plus long-temps k souffrir les outrages de son indigne époux, (c Le ciel , dit Guibert de

' Ivon. Carnot. Epist,2^0, dans Dachcsnc, ScripCor. rer. francic.^ t. iv, p. 247.

JNogent^ ne put supporter davantage ce misérable: un soir qa^il revenait d^une guerre où il avait com- Jbattusous les ordres du roi (r expédition de Louisle-Gros contre Thomas de Marie , en 1115, ) il expulsa sa femme de son Ut et y entra avec cette vieille prostituée dont il a été question plus haut ; mais ce fut avec la mort qu^il coucha ! . » , Comme il se sentit pris de cruelles douleurs , il manda le clerc avec lequel il avait conféré lors delà nuit de Pâques, et le consulta ; rautre(qui exerçaitla médecine) lui répondit qu^il allait mourir, et le pressa de songer à son âme et dé se repentir de ses débauches ; mais le comte répliqua : — ^ Tu veux , je le vois , que je donne mes biens aux parasites, c^ esta-dire aux prêtres; ils n^en auront pas une obole. Quant au demeurant , j^ai appris de gens qui te surpassent en savoir , que toutes les femmes doivent être communes à tous , et qu^on ne pèche pas en s^ unissant charnellement avec elles.

« Ayant proféré ces paroles, il ne fit et ne dit plus rien qui ne fût d^un fol enragé , et voulant chasser son épouse de la chambre à coups de pieds, il en donna un si furieux à un de ses hommes d^ armes quHl faillit le jeter par terre. • • On fut obligé de lui tenir les mains , jusqu^à ce qu'enfin , épuisé de fatigue, il rendit à qui de droit son esprit diabolique. »

Sa seigneurie échut à un fils en bas âge qu'il avait eu d'Aveline et qui fut appelé Rainauld III.

Après avoir raconté la méchante fin du comte

Jeani, GuibertdeNogent donne des détsrils assez remarquables sur les hérétiques qu'aimait ce mauvais comte , et qui étaient alors assez nombreux dans le Soissonnais.

« A Bucy, près Soissons , demeurait uil certain Clément, avec Evrard, son frère. C'était, disait-on, un des chefs de Phérésie , et Timpur comte prétendait n'avoir jamais connu d'homme plus sage. Il ne soutenait pas hautement ses croyances damnables, mais les insinuait pour ainsi dire à la dérobée , et par des conversations a voix basse. • '. Ces gens traitent de fable le crucifiement du fils de la Vierge: ils déclarent nul le baptême des petits enfans qui ne peuvent répondre pour eux-mêmes ; ils ont en horreur le mystère de l'autel , et appellent bouche de l^ en fer laLhovLche des pTètre&. . • . Ils condamnent le mariage et l'union de l'homme et de la femme *dans le but d'avoir des enfans, et font disparaître tous les fruits de l'union des deux sexes. Ces gens là sont répandus dans tout le monde la/tin (l'Occident); aussi voit-on partout des hommes habiter avec des femmes sans être conjoints par mariage. • • • »

Guibert les accuse ensuite de se livrer, dans leurs

* T.Daby, dans ses Monnaies des prilaU et barons, etc. ,|cite deux monnaies de billon portant sur la face : Joanes Cernes^ avec le mot Suesêionis , sur le revers , qui représente une sorte de portail d'église grossièrement dessiné. On ignore si ces pièces appurtienneut à Jean P** ou a quelqu'un des cinq autres comtes qui portèrent le même nom.

assemblées nocturnes, à une promiscuité honteuse, et leur impute même Thabitude du vice contre nature ; il prétend que les hérétiques brûlent les enfansqui naissent parmi eux, et font, avec les cendres, une sorte de pain qu^ils se partagept en guise de communion. Ce qui ressort du récit de Guibert, en écartant ses exagérations ou ses absurdités, c^est queleshérétiques soissonnais avaient pour principe la condamnation absolue de la chair et du monde visible , dogme qui entraînait presque infailliblement ses sectateurs à tous les désordres de cette chair qu^ils estimaient fatalement vouée au mal ; c^ étaient de purs Manichéens.

Le comte Jean ne put ou n'osa protéger efficacementces infidèles: pendant la querelle du comte et de sa femme , et quelques mois avant la lettre doives de Chartres, Tévéque Lisiard manda, devant son tribunal épiscopal, les deux frères Clément et Evrard, et << les pressa de dire pourquoi ils tenaient des assemblées autres que celles ^ePEglise , etd^où venait que leurs voisins les qualifiaient d^hérétiques? Clément répondit : — ' N'avez-vous donc pas, Seigneur, lu dans TEvangile ces paroles: Beati eritis^? »

Guibert , qui assistait a Tinterrogatoire auprès de son ami Lisiard , assure que ce Clément était illettré aupoint de croire que beati eritis sïgni&dit: heureux les hérétiquesl et c^vC hérétiques équivalait

' Guibert, lib. m, c. 18.

462 HISTOIRfi

àr héritier $ de Diai. i2émtat et Errard nièreni da reste tcnit ce qu'on leur reprochait, et on ne pat les cotiTaincre par témoins : on résolut donc de les soumettre à V épreuve de l'eau eœorcisée. Pour cette épreuve o% les conduisit dans la cathédrale : Li- «ard célébra la messe , et , au moment de la consécration, il se tourna vers les accusés : --« Je vous adjure par le Père , le Fil» et le Saint^-Esjxit , et par le vrai christianisme que tous avez reçu , et par les saintes reliques qui sont dams cette église, ef par le baptême qui vous a régénérés , afin que vom ne TOUS hasardiez pask communier, nia approcher de Fautel , si vous avez fait ou ccfnsenti ce qui vous est imputé ^.

* Formule de V épreuve par Veau ; dans Dacange , art. Judicium. L'archevêqae Hiiicmar , grand partisan de ces absurdes coûtâmes, a laissé nne cariease explioation delVpreuve par Veau.

« Le baptême, ditrîl, est nu Jugement par lequel le menteur prince etpère de ce monde est chassé dehors , et le baptême est le conseil {consilium) de Dien ;' c'est pourquoi des hommes inspirés du ciel (divini viri) ont ibyenté le jugement de Teau froide pour découvrir les choses cachées. Dans ce jugement de Fean froide, à TinYocartion de la vé^ rite , qui est Dien , celui qui veut déguiser la vérité tous le mensonge, ne peutélre submergé dans les eaux sur lesqoeUes a retenti la voii du Seigneur , parce que la pure nature de Teau , reconnaissant l'impureté de la nature humaine , qui , lavée de toute souillure de mensonge par le baptême, s'est de nouveau salie par le mensonge , ne la reçoit point, mais la rejette comme étrangère^ etc. Hincmar. de divortio Loiharii et Tetbergœ, p. 60.

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