XVI. Universi bomines infrà murum civitatis , et extra
in'suburbio commorantes , in cujuscumque terra commo-
rentur, Gommunionem jurent : qui verè jurarc noluerit,
plus ou moin3 de boime grâce et de sincérité, on avait seulement circonscrit et réglé leur pouvoir sans le détruire. Ainsi , les bourgeois de la
illi quijuraverunt dedomo ipêiuset de pednniâ îasUtiam facient.
XVII. Si qais etiàm de Commuoione aUquidforbfecerit, et per Jurâtes emendare nolaerit ^ homiaes Goaunuoiœ exindè focient jastitiam.
XYIIL Si quis verô ad sonum factum pro ooQgrej^afiilâ Commun iâ non Tencrit, dnodecim denariis emjendabit.
XIX. P rester has consaetudiaes à patribus nostris eift cbncessas et indultas concedimus, utnullus infrà ambîtam TilloeSuessionum alîqaid possit capere, m'si Major et Jurati, quamdiù de eo justitiam &cere volaerint. Et si aliquis de Communia nobis aliquid forisfecerit, oportebit ut nos in caria Episcopi SuessionensisperMajorem-TUlse ad judiciom Juratorum j^ustitiam de eo capiamus» nec eos e&trà praedictam curiam velplacitare. Tel chartam monstrare compellere poterimu^, nec cuiquam lîcebit ab aliquo tcI abc aliquà de Communia manum-mortuam exigere.
Hasitaqi^e consuetudines prœtaxatas, et eas quœ ab aTo nostro eis concessœ fueruntet confirmât^ salvo jure nostrp et Episcopi et dominorum et eoclesiarum,. quae ia prœdictâ villa aliquid juris habent, concedimus et confirmamus. QuaBomniautperpetuum robur obtiueant, etc. Preecepimus confirmari. Acta Suessioni; Anno Incarnat. Dom. 1 f 81 ; Regni nostri II. Data per manum Hugonis Gancellarii. »
On Toit, par le dernier article de cette charte, que Philippe-Auguste consentit à un notabfp accroissement des franchises et libertés de 1116. Si quelqu'un de la Commune, dit-il, forfait en quelque chose contre nous , . il faudra que nous prenions justice de lui en la cour de Tévêque
ville et des fanbourgâ étaient sujets eemitaires de l'évé^iie, da chapitre, da comte' oa de quelle abbaye, et en même tempfs membres dû la Cornmttne, garantis par elle contre les tailles , les corvées , les amendes , les emprisonnemens arbitrai res , jugeant leurs paifs en cas de forfaiture contre la Commune , pf etianl Tafc et la pâque au i^gnal da beffroi communal^ panicipmn enfin si T élection da corps^ie-ville , composé d'ttnrBvaÎFe ,de douze jur^ erde deui: procurettvs, lequel exerçait le pou* iroir judiciaire , administratif et militaire , et avait sons sa garde les principaux insignes du droit êm O ommune, si savoir : le trésor, la banni^e, le scel
ée SoissoM, pàrFintermédiaire du mai^e de la ville et atl jugement des jarés, etaons ne poivrons les bontraintlfe (\ù maire et le« jurés) à plaider ai à exhiber leur charte hors de ladite «our, et il ne sera permis à personne d'exiger la fnain-moriê d'an homme on d'nne femme de la Commune. »
La charte de confirmation a été insérée dans Pérard , p. 336; dansl^ Spicile^ium , (t. m, p. 54fr, édit. irf-fblio) , et dans le recueil des Ordownnneea , t. xi ; p. 219 , d'après tes êeux tegistteê MSS- de PhiUppe-Aargpute , du trésor dç« chartes, fol.ii» verso; ^i de k bihl. royale, n' 8962 , fol.
57, recto.
On ne peat a]^i?écier qa'approtimatiTement la valeur réelle àcs 5 soh d'argenf adoptés comme Urif des amendes dans la charte de So^sons; c'étaient sans doutedea^oh néreiê, un pou inférieurs aux sols parisis ou^ tournois. Eu égard au prix des denrées , ces 5 sois représentaient peut-être une quinzaine de francs de notre monnaie.
484 fiisToniE
avec lequel on scellait les actes et délibérations du corps- de-ville , et la grosse cloche ou tocsin , qui appelait les Communiera aux armes du haut de la tour du befiFroi , cette citadelle de la liberté municipale.
La Commune avait seigneurie sur les placeêy remparts^ m^arais , fossés et plaines environnantes : la banlieue de Soissons\ le terrain soumis à la juridiction de la Commune, s^étendait, au midi , a partir de la porte St-Christophe dans la plaine de Maupas jusqu^à la montagne de même nom: au nord , elle était bornée par le coude de FAisne vers l'endroit oii fut bâti St-Grépin-en-Chaye ; a l'est, le village de Crouy ; à l'ouest, le rû (ruisseau) de Voidon, lui servaient délimites'. La Tour des Comtes était enfermée aitre la rivière et les murailles., dont la propriété et la garde appartenaient a la Commune , et cette circonstance causa plus tard de graves querelles , lorsque les comtes, pour assurer leurs communications avec le dehors, voulurent s'emparer du rempart qui régnait autour de leur château (vers St-Léger)«
La tour du rempart qui commandait le pont de l'Aisne, fut érigée en beffroi, et la bannière rouge
' Bamnum-léugœy BfMÏeugai littémiemeiit juridiotiou dé la lieue, paroeqae la jaridiction des i^lUes a^étendait à une lieae,p/tM of»fnoifi«, autoar de leon murailles, diiDucangc, art* Bannum.
* MSS. de Cabaret, t. i. chap. Commune et HâteUde- FUle,
et blanche des Cammtmiers*^ flotta sur la plateforme , comme pour défier le pennon faormand des comtes , arboré sur la forteresse des enfans de Guillaume-Busac. Le corps municipal tenait ses séances dans un bâtiment attenant a la tour (oiifùt plus tard la grande-boucherie ) et donnant sur la rivière ; cette maison fut appelée Hôtel du Change ou de la Monnaie , parceque le rez-de-chaussée , dit un historien soissonnais (Cabaret) , servait de halle et démarché où Ton échangeait et Ton vendait les* marchandises. Peut-être faudrait-il voir plutôt , dans cette dénomination fort ancienne , un souvenir delà mànnaierie royale qui avait existé à Soissons sous les Karolingiens.
Cependant , en face de la liberté populaire qui venait de surgir, subsistaient toutes les anciennes juridictions cléricales et féodales : dans cette Commune qui jouissait de droits comparables à ceux des petites républiques de rantiquité,ily avait encore des main-mùrtables^ d'anciens serfs , qui, affranchis du despotisme de leurs maîtres par leur entrée dansla conjuration communale, et àssujétis désormais à un simple cens annuel , restaient néanmoins sous le coup delamam-worfc?, ne pouvaient disposer de leurs biens par testament , et avaient leur seigneur pour héritier de droite sUls mouraient sans enfans légitimes (la main-morte fut abolie à
' Lu couleurs de la vUle étaieni le ro.uge et le blcmcy M6S. de Rousseau, t. II.
Soldons len 1181). Toutes h» fMrofeBsians n^^tiueirt pas iibP6s et indëpencUBties des sdigncxuisi par e%emfli9^ nul ne poirrait ouvrir boutique pour ^endre cbnir ^ cire ou sel, sam en avoir ohUmi Le privilège du comte ^ CTéiaifc cepaidant; le pouvoir du eomie qui avait le pfua perdu .à T^bablissegnent de la CoounuDe ; riaterv^Hion dveeie du roi dans ia charte municipaile , la r^coimaissanoe implicite de la suzeraineté del'ëvéque, qui est mentionné cinq
eu six fois dans c^tte pièce , tandis que le comte
* Les comtes accordaient ce privilège en faveur demor^ ria^^ : « les époux qui voulaient dévenir marchands et débitans de diair, de cire ou de sel , avaat d^cntrer à l'élise pour nec^yoir la bénédiction nnpti^Ie ^s'arrêtaient s^^ le po^pçbcovidantsle cimetière, et là se faisait publiquement leur réception en celui des trois états susdits 4]u'ils embrassaient : en reconnaissance du privilège concédé, ils encensaient le seigneur dans la personne de son bailli, et lui présentaient deux souliers de maroquin , une chausse d'écarlate, deiix gâteaux , deux lots de via, deux éeuelles d^étain ransplies 4c noix, et an s^uids plein de charbon. A quoi ayant aatî^ipit , le greffier dç Ifi jpstîipe du comte leur délivrait, fiprâs lectpre publique , )a permission de vendre ea l^putique particulière la dre façonnée^ la chair crue et habtlUe, et le sel à la petite mesure. » MS. de D. Frique, bénédictin soissonnais, cité par Cabaret^ 1. 1.
Cette cérémonie, à Fépoqne où s^effiicèrentles eoâtumes pittoresques et bizarres da Moy^-Age , fut remplacée par un simple droit de réception ; les débitans , du moins les bouisbjers, payaient encore, eu i7^& , un droit de 14 livres au duc d'Orléans comte de Soissons*
DE SOISSON?. 487
D'y est pas même nommé et s^y trouve confondu entre les seigneurs i ont qquuelque choit sur la tille , ce furent là de rudes coups portés à l'autorité du suzerain laïque , et la prépondérance décidée des éTèques sur les comtes, data probablement de cette époque.
L'évéque et les autres seigneurs ecclésiastiques ~ avaient conservé mille prérogatives qui déifient heurter k chaque pas Texercice de la juridiction et des franchises communales, et la bonne intelligence ne pouvait durer long-temps entre les bourgeois affranchis et leurs maîtres. Quelles que fussent ses lacunes et ses imperfections II peu près inévitables , la charte de Soissons acquit néanmoins une grande renommée par toute la France , et servit de modèle a beaucoup d^aulres i on la copia textuellement a Fimes, Il Sentis, à Gompiègne, à Sens ; elle fut transmise jusqu'en Bourgogne , et adoptée par les Dijonnais * ; les petites villes et même des villages du Soissonnais suivirent l'exemple de la cité , et s'efforcèrent de a'affrandiir ; six bourgades de la riv e droite de l'Aisne , Vailly , Gondé ^ Chavonnes , Gelles , Pargny et Filain , qui ne relevaient pas du comte de Soissons , mais du comte de Bar-sur-Seine et de l'abbé de Gorbie, se réunirent en Goomiune, et leur charte, calquée sur celle de Soissons , fut confirmée par Louis-le-Gros ^. Les
'Aug. Thierry , XIV* Letére sur V Histoire de France p. 278.
* Ordoonances des rois de France, t. xi, p. 237. La chsv^o
paysans du Mont-de-Soissons secouèrent le joag de leur seigneur , qui réclama le secours de Thomas de Marie, car Guibert de Nogent (lib* ui, c. 12) raconte que ce féroce baron alla porter secours à quelqu'un contre ces campagnards, et en massacra plusieurs de sa propre main.
L^évéque Lisiard survécut peu d'années à Finstitution de la Commune. GVtait un prélat lettré et fort considéré dans tout le royaume ; Guibert de Nogent lui a\ait. dédié son histoire de la première croisade : Gesta Deiper Frcmcos. Lisiard écrivit le troisième livre de la Fde de St-Amoul de Par-
melle, dont les deux premiers étaient Pœuvre de Fabbé d'Outtembourg , monastère fondé en Flandre par St-Arnoul. Lisiard , en 1120, présenta, au concile assemblé à Beauvais^ ce livre qui servit de fondement a la béatification d'Arnoul. La prospérité de St- Jean-des-Yignes avait été croissant sous répiseopat de Lisiard : Hugues-le-Blanc , châtelain de La F erté-Milon et vassal du comté de Valois *,
royale de la Commune de^Grépy'date de 1215, et La Ferlé- Milon obtint diverses franchises en 1221. Mais la Commune de Crépy existait bien avant la charte qu elle reçut de Philippe-Auguste, et n^était probablement guère postérieure à la Commune de Soissons. Béthisy , qui appartenait à la couronne, futafiFranchi par Louis-le-Gros.
' La postérité directe des anciens comtes de Yexin- Amiens était éteinte , et leur comté de Valois était alors réuni au Vermandois entre les mains des comtes de Vermandois de la maison de France , qui avaient hérité, par mariages/ des maisons de Vermandois et de Vexin.
appela des chanoines de St-Jean à St-Wulgisde Xa Ferté ; Thibauld-^le-Grand , comte de Champagne, donna également miL clercs réguliers de St*Jean, Féglise Ste- Marie d'Oulchy-le-Chàteau (église d'architecture romane qui subsiste encore). Guy, châtelain du donjon d'Oulchy^la-Ville , qui avait usurpe les àniels ou revenus paroissiaux d'Oulchy-la- Ville et d' Arcy-Ste-Restitue , les donna, en 1125, à-St- Jean-des-Vignes , au moment de partir pour la Terre-Sainte ^. Hugues , sire de Basoche, un des principaux feudataires de Févéque de Soissons , remit entre les mains de Lisiard les biens de Féglise St-Rufin et St-Yalère , qu'il retenait contre le droit; on ne voyait que restitutions de propriétés ecclésiastiques, lesquelles déterres d'Église étaient devenues fiefe, et, defie£s, redevenaient terres d'Eglise ! Richesse au clergé , liberté à la bourgeoisie , tel fut le double résultat du mouvement immense qui agitait la chrétienté depuis le XP siècle et la première croisade.
Lisiard mourut le 17 ou le 18 octobre 1126, après avoir donné à St- Jean-des-Vignes la moitié d'un four banal, situé rue de la Chaîne j auquel fournies bourgeois vassaux de l'évéque étaient obligés de faire cuire leur pain *. A Lisiard de Crépy, succéda Gosselin ou Josselin àe Vierzy , dit le Roua: (suivant Orderic Vital ) : d'abord très célèbre mai-
/P. Legris, Chronicon. S. Johannis^ etc., p. 96. * Dormay, t. ii, p. loi-.
le ciel pour implorer sa pitié. Ce mélange imprudent des malades et des personnes j^ncore saines , cet entassement dWe multitude d^hommes dans un étroit espace , semblait devoir accélérer le progrès de la contagion ; néanmoins, Tintensité du mal n^augmenta plus : Tépidémie S'éteignit assez promptement , et Soissons attribua sa délivrance à la vierge Marie. Le légendaire Hugues Farsit prétend que tous les malades furent guéris au même instant, et que, la veille de ce bienfait^ plusieurs de ceux qui languissaient étendus si^* le pavé de réglise , avaient vu des clartés célestes flamboyer à travers les verrières.
Pendant neuf jours consécutifs , par Tordre de révéque Gosselin, tous les ardent guéris vinrent Tun après Tautre baiser le Saint-Soulier qu^on promenait processionnellement autour de Téglise Notre-Dame^; cette étrange relique était , suivant la tradition, un véritable soulier {soccui)àe la vierge Marie, et on Ta gravement exposée a la vénération des bonnes âmes jusqu^au XYIII® siècle.
Une fête annuelle , sous le titre de la Déclarorlion des Miracles de la Ste-Vierge , fut instituée le 6 octobre à Soissons, en mémoire de la délivrance miracidetise de la ville , et le pape Alexandre IV , en 1254, ordonna l'observation de cet anniversaire dans tout le diocèse soissonnais.
Les donations que ces événemens attirèrent
' Hut de l'abh. Notre-Dame, p. 362.
k Tabbaye, permirent d'entreprendre la reconstruction des églises de Notre-Dame et de St- Pierre. L'abbaye était gouvernée en ce temps-la par Mathilde de La Ferté, fille d'un vicomte de La Ferté-sous-Jouarre et d'une damed'Âizy : cette abbesse donna au monastère le village d'Aizy en Valois avec la voierie de Charly, par acte passé entre les mains de Gosselin a Septmonts^. C'est la première fois qu'un monument authentique mentionne Septmonts comme résidence épiscopale.
Un grand nombre de fondations religieuses et de faits mémorables appartiennent a l'épiscopat de Gosselin: ce prélat assista, en 1128, au concile de Troyes, qui fut tenu sous la présidence ji'un légat dupape^ et qui établit la règle de Tordre du Temple , récemment fondé par quelques chevaliers français pour la défense du saint Sépulcre. On sait à quel degré de puissance et de richessts parvint rapidement cette congrégation de moines soldats. Beaucoup de terres et de maisons leur furent données dans \e Soissonnais : à une lieue et demie
' Hiêi. de Vahb, Notre-Dame , p. 14&. - — Par une charte doanée à Gompiégne en il31 , Louis-le-Gfos céda à Fabbayo Noire-Dame les denx femmes Hawide et, Grosse avec lears enfans , qu'il avait revendiqués comme serfs du domaine royal, et les déclara libres de tout joug de servitude. Les seris d'Eglise n'étaient point considérés comme serfs des hommes, mais de Dieu etdessaiuts, et leur condition, en droit, sinon en fait, était meilleure que celle des autres serfs. Hist. del'abb. Ifotre^Dame.i}. 438.
nord-est de Soissons^, fcè$ la roate de Laon y sur une colline escarpée qni domine une tallëe verte et profonde, on découvre de loin , paarmi les bàlimens modernes d'une grande ferme , les arches élégantes et hardies d'un double portail du XIII* siècle ; ce sont les restes de la commanderie de la Perrière,, principale forteresse des^ Templiers dans la contrée. Les Templiers possédaient aussi un manoir à Maupas , et plusieurs maisons a Soissons même , dans les rues de St'-Nicolas et de TÉckelledu-Temple ; le nom de cette dernière rue atteste que Tordre du Temple eut à Soissons le droit de baute-)ustice , que représentait l'échelle patibulaire toujours debout dans Le lieu de la juridiction.
Sur ces entrefaites , le diocèse de Soissons reçut la visite du pape Innocent II ; un schisme ayant éclaté en Italie, et Anaclet, compétiteur d'Innocent ^ s'éiant tendxL maître de Rooie , Innocent venait chercher im asile en Fr9a^e, et y réchauffer le zélé de ses partisans. L'abbaye de St-Médard avait subi , outre les réparations intérieures , des changemens considérables , et . il n'y restait plus trace des dévastations normandes et féodales. Eudes , ancien chanoine de Reims devenu moine, qui , trois semaines auparavant , avait été béni abbé par le Saînt-Përe à Orléans , malgré les réclamations du diocésain Gosselin, prit occasion des travaux opérés dans la grande basilique de son abbaye ,, pour faire dédier de nouveau cet ^édifice par le pape , le 18 octobre 1131, Cette pompeuse
cérémonie attira un immense concours de peuple : la commémoratioa en fut célébrée depuis par une fête annuelle accompagnée d'indulgefwes plénières , qui la firent nommer les pardon^ St-Médard. La grande basUique élant trop étroite pour la foute des pèlerins qui accoururent, le pape oedonna de planter, dan$ T enceinte du monastère , des bornes entre lesquelles les pieux voyageurs pouvaient s^accfiûtter de leidrs^ vœux et gagner les pardons ^
Au séjour d'Innoceiiyt U en France , s€< rattache unci anecdote fort curieuse relativemient a Tbistoire ecclésîastii|ae« Tandis^ qiu^Innocent séjournait a Reims avant d^ se rendre à Soissons,^ Févé^e de Gbâ)on9 , Geoffroy^ ancien abbé de St*Médard , lui raconta qu'un moine de «cette abbaye , nommé Guemon,, s'était confessé faussaire à rarlicle de la mort , « reconnaissant avmr muni de faux privilèges^ sous le wxtai apestolique (papal), les églises^ St-Ouen de Rouen ^ St-Augustin de Ganterbury, et plusieurs autres ^ et en avoir reçu de& ornemens précieux en récoa>pense de son iniquité ^* »
Les faux titres^que forgeait ce moine étaient de& privilèges d'immunité visrà-vis des évéques ,. des* exemptions de la juridiction épiseopale, etc. C'est p€nt.-étee la> seule révélation explicite et directe
« GàHia Chrùt. t. ix, coif. 466-416.
* Eisi.deëGaulêê et de la France, i. xv, p*. 961. Cette anecdote se trouve dans ano lettre écrite vers 1178, par Gilles, évoque d'fvreus, au pape Alexandre IJI.
qu^on possède sur ces fraudes monastiques dont les monumens assez multipliés ont été signalés par les savans modernes.
A. trois lieues sud-ouest de Soissons, au fond d^une vallée marécageuse de la.forét de Retz, s^ élevait un obscur petit village, nommé Longpont, à cause d^uiie longue chaussée qui y aboutiissait a travers le marais.
Gosselin , qui fut surnommé a bon droit le père de beaucoup de monastères ^, installa , en 1132 , dans cette paroisse presque déserte , des moines de Glairvaux , qu'il avait demandés à leur fondateur et dbbé, St-Bemard, et Gérard, sire de Kiersy ou Cherisy ( comme on appelait dans le cours du Moyen- Age cette fameuse résidence des rois franks ) donna aux religieux Yautel de Longpont, dont il était détenteur. Gérard, sire de Cherisy et Muret, était chef d'une branche cadette de la maison de Pierrefonds. Cette fondation fat confirmée par Louis*le-Gros dans une cour gênéraie (^curia generalis) ou joor/emenf d'évêques et de seigneurs , Jtenu a Soissons vers la Peut ecôt de l'an 1133. Louis-le-Jeune souscrivit la confirmation comme associé au trône.
La charte de fondation avait été signée par tous les dignitaires du chapitre de la cathédrale, par plusieurs prêtres , diacres et sous-diacres , représentant sans doute le corps du clergé diocésain ,
' Epifaphe de FéTéqne Gosselin, citée pins haut.
DE SOISSOMS. 497
et par les abbés de St-Grëpin, St-Jean-des-Vignes , St-Ived {Evodius) de Braine, Ste-Marie de Châleau - Thierry , Viviers, Essome {Isêomay. Plusieurs de ces abbés appartenaient a un ordre religieux voisin encore de son berceau , mais destiné h un essor rapide et à une grande célébrité : c^était Tordre de Prémontré , fondé en 1120 par St-Norbert , dans un val solitaire et sombre de la foret de Vosagus , partie de Fantique foret de Cuise , qui s^étendait entre l'Ailette, l'Oise et la Serre, et c(ui commençait à porter le nom de foret de Coucy, depuis que Coucy était devenu le séjour d'une puissante maison féodale.
Les chanoines réguliers de Prémontré , qui suivirent la vieille institution de St-Âugustin, de même que ceux de St-Jean-des- Vignes et que tous les clercs réguliers , eurent bientôt mainte succursale dans les diocèses de Laon et de Soissons , d'oîi leur institut se propagea par toute la chrétienté en peu d'années. L'évéque Lisiard avait pris part, en 1122, à la dédicace de leur première église ; en 1126, le doyen et les chanoines de l'église de Viviers , bourg du comté de Crépy ou de Valois , ayant embrassé la règle de Prémonlré , Hugues-le- Blanc, châtelain delà Ferté-Milon, se dessaisit de V autel de Viviers en leur faveur , et l'évéque Gosselin confirma cette donation ainsi que l'adoption de la règle de St-Norbert^ parles chanoines
' Gallia Chrisi, t. ix , coi. 473 , et x , Instrumenta , col.
de Viviers , qiii , plus tard, quittèrent cette 'bourgade populeuse ( pr opter tumultum populorum ) et se retirèrent près de Queuve ou Cœuvres, dans un frais vallon entouré de collines riantes , dit le VaUSerein ( Vallis-Serena; Valsery ). En 1130, André de Baudiment , sénéchal de Champagne, et sa femme Agnès , comtesse de Braine , remirent entre les mains de Gosselin Vautel de St-Ived de Braine , dont ils possédaient les revenus ; Gosselin remplaça par des Prémontrés les chanoines séculiers de St-Ived, <jui étaient fort déréglés dans leurs mœurs. Les chanoines séculiers disparais^ saient presque partout devant les réguliers , sauf dans les collégiales des cités, Gosselin , d^accord avec ThibauldîV, comte de Champagne, envoya pareillement des Prémontrés à Château-Thierry en 1133, lesquels se transportèrent àVsd-Secret en 1140, sans se dessaisir de Féglise de Château- Thierry ; les Prémontrés formèrent aussi des colonies monastiques à Chartreuve ( Cartovorum ), à Lieu-Restauré , et quelques chanoines de St-Jean de Laon fondèrent, en 1134, l'abbaye de Val- Chrétien sur Ourcq , dans le Tardenois.
Pendant ce temps, le comte Rainauld III, d'enfant devenu homme, gouvernait son comté sans bruit et sans éclat : l'histoire n'eût pas conservé le moindre souvenir des vingt premières années de son gouvernement, sans un démêlé qui s'éleva entre ce seigneur et l'évéque Gosselin, au sujet de Vautel de Terny. Cette paroisse , appartenant au prieuré St-Paul-aux-Bois , avait été usurpée jadis
p^r le comte Jean, et restituée par les tuteurs de Rainauld, durant sa minorité; mais, lorsque le jeune comte eut atteint Fâge d'entrer dans Tordre de chevalerie {postquàmin militem aptattiê esset), « poussé par les instigations d'hommes pervers , il ressaisit cet aiUel^. » La querelle alla aussi loin que possible : Tévéque excommunia le comte en 1132 , et il y eut sans doute des troubles assez graves k Soissons , la cité et le diocèse se partageant entre les deux puissances belligérantes. Le roi chercha peut-être à ménager un accommodement lorsqu'il vint tenir sa cour dans la ville de Soissons , a la Pentecôte de 1133; le comte céda, et rendit l'autel de Temy, moyennant toutefois une prestation de sept muids de blé-méteil et trois muids d'avoine. Une transaction analogue termina un différend de même nature élevé entre le comte et les chanoines de St Jean-des-Yignes , pour la possession du Fourl'Évéque \
On rencontre , vers cette époque, dans les annales de l'abbaye St-Crépin, un procès beaucoup plus intéressant par les détails curieux qu'il renferme sur les mœurs judiciaires du XIP siècle» C'est Téoul (Teulfus), abbé de St-Crépin, qui fait lui-même le récit de cette affaire dans une charte de l'an 1135.
. <c Un certain homme de Soissons, appelé Alauld, raconte Téoul , avait quelques rentes dans la ville
* Martenne, Thesaur. Anwioi.^ t. ui.
* Dormay, t. u, p. 159. »
( OU village ) de Bëthisy , h savoir de2$ vignobles , des hôtes (des vilains qui lui payaient un cens annuel ), des terrages ^, qu'il disait tenir en fief {infeodo) de notre église. J'interrogeai à cet e'gard les plus anciens moines : ils m'assurèrent par sernient que cet homme ne disait pas vrai , mais avait extorqué ces biens de ladite église plutôt par suhreption que selon le droit et l'équité... • Je mandai par-devant moi Alauld à plusieurs reprises , et l'invitai , par menaces et par caresses , à restituer aux saints ce qu'il avait ravi injustement a leur église, de peur d'être excommunié.... Il ne promettait ni ne refusait absolument , et me tenait en suspens par ses délais : sur ces entrefaites , il maria sa fille Ade à un certain Wilard de la porte St- Wouèl , et lui donna tous les biens ci-dessus dits à mon insu, puis, bientôt après, sortit inopinément de cette vie.... J'ordonnai b notre prévôt Jehan de mettre ses soins a recouvrer la possession de ce qu'Âlauld nous avait soustrait.... Alauld donc enlevé de ce monde , Wilard vint vers nous , avec sa femme , demandant l'investiture du fief qu'avait tenu le père de son épouse, et, comme je ne lui accordai pas sa requête , il m'accusa d'agir injustement à son égard. Je lui assignai alors un jour de plaid dans notre cour (devant la justice abbatiale), en protestant que je ferais ce qu'ordonnerait la loi <les plaids {lea causidica) on la. loi ecclésiasti-
' Têrrage on Champart^ portion de la récolte quVn payait en nature au seigneur.
DR SOISSONS. sot
^e. Il vint au jour fixé, accompagne d'une grande troupe d'amis et d'hommes experts dans le droit : sachant cela d'avance , j'avais mandé par écrit tout ce qui se passait au très glorieux Louis , roi de9 Français, qui avait envoyé y ers nous de son côté {eûf latere suo) son prévèt royal , Hugues , dit Âchaire , avec ordre de juger défmitivementhi cause {^definire). Lorsqu'on eut pris place de part et d'autre, Wilard demanda derechef que je lui rendisse le fief qu'avait tenu Âlauld , afin qu'il m'en fit hommage selon la coutume. Je refusai , et le pressai vivement de dire ou, quand, comment et de quelle main Alauld avait reçu ce fief. Il affirma , sans pouvoir préciser le temps ni le lieu, qu'un certain Eudes , qui régissait autrefois notre monastère et le couvent de St-Âmoul de Crépy» avait donné le fief. A ces mots , deux servans de notre église, Richard et Martin, tous deux accablés de vieillesse , s'avancent au milieu de l'assemblée , et protestent par serment qu'ils ont vu et entendu Eudes , siégeant dans sa chambre {in camerd ), donner ce fief à Alauld , mais sans l'octroi ni le consentement de tout le chapitre \ pu plutôt mal* gré l'opposition de tous les frères et les servans de l'égUse. Wilard s'écria que Richard et Martin avaient faussement juré , et qu'il n'ajoutait point foi à leur serment. Alors , par la loi commune des plaideurs ( lege causidicorum communi) et par le
' Ainsi le terme de ehapUre s'appliquait & une cong^régation de moiacs.
droit forain^ ^ il fut décrété qae le duel devait avoir lieu* Comme le combat s^apprétait , que les champions allaient en venir aux mains , et que la décision du procès s^agitait déjà , pour ainsi dire , souB le bâton ', le vénérable Gosselin , évéque de Soissons , le comte Rainauld , Farchidiacre Ebles^ etc., prièrent iiKtamment nos frères d'empêcher que le duel eût lieu, parce qu^il s^ ensuivrait des haines et des périls divers , surtout Tissue du duel étant incertaine..*. Nous arrêtâmes donc, d^un commun accord, que F église (St-Crépin) aurait la moitié du fief, et que Tautre moitié demeurerait à l'épouse de Wilard, tant qu^elle vivrait, pour retourner à T église après sa mort , sans revendication de la part de ses héritiers.... Wilard et sa femme , s^ayançant au milieu de rassemblée , confirmèrent cet arrêt par serment devant toute Passistance....
« De cet accord ou pacte entre nous et eux , furent médiateurs et témoins le seigneur évéque Gosselin avec le comte Rainauld. Du côté de St- Crépin comparurent Fabbé Téoul, le prieur, le trésorier, le cbambrier, le chantre, le cellerier, le maître des écoles , quatre clercs , deux archi-
' For€nae\ extWQPr ; étranger ; c^eai apparemment ioile droit féodal, par opposition au droit canon.
* Sub baculo ; faut-il prendre ici bctcuîum dana le sens propre de bâton, ou dans le sens général d^arme , de béion de guerre? Les roturiers , dans leurs duels, n*aTaient droit d'employer que le bâtoo ; mais il nous parait peu vraisemblable qu'Alauld et Wilard aient été roturiers.
diacres (de la cathédrale); les chevaliers Guy de Galardun, Hugaes, vicomte de Bucy, Gamier-le- Boux, de Cuffies; les servans (vassaux) de Péglise, Nocher^ maire de Soissons , avec son fils Gaultier; Dominique le doyen ^ avec son fils; Guiard, vicomte de Soissons ; Jehan le sarteur (artiste ; fabricant d^omemens d^église ) ; Ives , maire de Béthisy *.
ce Du coté de Wilard et d^ Ade , Guiard de Falleboin ( Vauxbuin), etc» »
Les deux sceaux de Tabbaye St-Crépin et de Févêché étaient appendus a cette charte ; lé premier, représentant St-Crépin avec la palme du martyre dans la main droite, et la légende suivante : sigillum sanct. t. Mariœ, Crispiniet Crispiniant; le second , portant Pimage de Tévéque GosseUn , assis dans sa chaire , sans mitre , tenant le bâton pastoral en la main droite , et un livre dans la gauche \
Ce fut sans doute comme étant personnellement vassal de St-Crépin, que le maire de Soissons figura entre les partisans de Tabbaye : ce Wilard , adversaire de Tabbé Téoul , ne devait pas être un bour. geois, membre de laComrimne, mais un noble homme ayant quelque maison à tourelle et à créneaux dans la ville , prés la porte St-Wonël '•
' Le cîhâteaa et boarg do Béthisy appartenait au domaine royal: Louis^le-Groé y séjournait fréquemment et en avait a£Eranchi les habitans.
* Mabillon , de re diplotnaticâ \ p. 600. .
' On remarque aux alentours de la cathédrale diSé^
S04 fiisToms
Le roi Louis-le-Gro& interrint bientôt dans des contestations plus importantes : de graves conflits éclataient chaque jour entre la Conunune, qui -voulait compléter son affranchissement , et les sei^ gneurs, qui s^ efforçaient de restreindre les effets de la charte communale. Cette charte contenait bien des germes de discorde : elle avait laissé trop de prérogatives aux suzerains pour que la Commune De fut pas entraînée kdes empiétemens inévitables, et ne cherchât pas à se débarrasser des mille entra* yes qui gênaient tous ses mouvemens. Un des jurés , nommé Simon , homme énergique et remuant , excitait et dirigeait ses concitoyens : malheureusement pour les Soissonnais , la lutte ne resta point concentrée dans leur cité, et l'évéque Gosselin en appela à un pouvoir supérieur, qui, suivant Fintérét du moment , protégeait ou opprimait tour à tour les Communes. Le roi manda les parties contendantes devant sa cour de justice, et une lettre de ce prince, adressée à Gosselin, promulgua Tarrét du plaid royal*
« Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français, a Gosselin, par la même grâce , vénérable évéque de Soissons , et à tous ses successeurs canoniques , salut.. ..
i< Il est advenu que , pour la paix du pays , nous
renies maisons très anciennes, dans lesquelles existe encore une tour ronde ou carrée qui semble annoncer un fief d^orîgine noble. Nous citerons seulement les maisons habitées aujourd'hui par MM. Lagarde , Desèyre ^ Chastel , Mile Lecrocq» Mme Desboves , etc.
avons ëtabli en la cite de Soissons une Commune formée des hommes qui avaient alors une maison ou un emplacement dans les limites de la ville et des faubourgs, et nous les avons déchargés de quelques grévemens {gravamina) qu41s souffraient de la part de leurs seigneurs ; ce pourquoi nous leur avons fait une charte. Mais ils ne se sont point contentés des immunités par nous accordées; bien plus , ils ont usurpé témérairement mainte chose sur toi , sur Téglise épiscopale, sur les autres églises qui te sont confiées , et sur les hommes libres (les seigneurs laïques ; les nobles).
« A savoir.... ils enlevaient à leurs seigneurs des hommes et des femmes étrangers à la Commune, en les mariant à d^autres personnes qui étaient de la Commune , et ils retenaient ces hommes et ces femmes dans ladite Commune malgré leurs seigneurs. . • Ils enlevaient aux églises et aux hommes libres les justices de leurs terres, en sorte que , si. un homme de la justice desdits seigneurs refusait de débattre son droit devant eux, la Commune empêchait le seigneur suzerain de saisir sur ses terres les biens du rebelle. . . Si un homme de la Commune allait demeurer dans un village hors de la Commune , il ne s'acquittait point des tailles et . corvées que devait la terre et que payaient les autres habitans, et la Commune le soutenait par force contre le seigneur de la terre. . . Si des hommes qui n'étaient pas de la Commune, déposaient, pour les mettre en sûreté , du blé , du vin ou d'autres choses sur les terres des églises ou des hommes H-
breg^ situées en dedans de la cité ou des faubourgs^ ou s^ils apportaient lesdites denrées au marché^ ceux de la Commune en exigeaient des tailles. • » Ils empêchaient la perception des portageg*^ que les vassaux de Févéché tenaient en fief de Févéque. Ils ne permettaient pas aux seigneurs de recevoir plus de cinq sols d'amende pour les effractions (infracturts) et les autres forfaitures qui se faisaient sur les terres sises en la Commune ^. Ils faisaient leurs assemblées dans les maisons de rêvéque, et incarcéraient leurs prisonniers malgré lui dans sa grande cour (dans la geôle de sa cour de justice).
ce Desquelles choses, toi, Gosselin , évéque , et ton église, avez porté plainte devant nous , et êtes comparus à St-Germain-en-Laye au jour indiqué (pour juger) entre vous et laCommune; etlà, parle jugement de notre cour, il a été décidé que laCommune avait usurpé toutes les choses susdites , et le maire Lootes (Lootus) et les autres jurés présens ont engagé leur foi en notre présence qu'ik ne commettraient plus dorénavant de telles usurpations. Le reste delà Commune, qui était à Soissons, a donné semblablement sa foi , en présence de Guillaume ,
' Ce mot peut désigner , 8oit une taxe frappée sur les msLTchandiies portées à àoê d^homme , soit un droit perçu auxportes de la yille. Yoy. le Glossaire deDucange, au root poriagium,
* Les violences avec effraction étaient seules exceptées par la charte, du tarif de 5 sob; voy. plus haut, p. 478.
DE SOISSOMS. 507
notre ëchanson , que nous avons envoyé en notre place ; il a été toutefois convenu, pour la paix publique , que Simon , qui avait été la cause de tout le mal, serait expulsé de la Commline , et que les hommes et femmes , qui , contre les statuts ( la charte de Commune) avaient été reçus dans la Commune , y resteraient k condition de marier un de leurs enfans sous la puissance de leurs seigneurs hors de la Commune ; et ils ne pourront recevoir des forfaitures de la Commune au-delà de XL sols, sans la volonté des seigneurs desquels ils sont les hommes ou les hôtes*^; mais les seigneurs des terres pourront recevoir autant que le comporte la forfaiture, ou saisir les biens des forfaiteurs sans clameur (sans appel aux armes) de la Commune.
(f Et ils (les Communiers) ont donné a toi et à r Eglise , pour garans (pbsides) de leur foi ultérieure , moi et Louis mon fils , et la reine Adélaïde ma femme , et le comte Raoul ( de Vermandois. )
(( Fait à Laon, etc. . . . Pan 1136. • • . Seing de Raoul, comte et sénéchal. . . de Guy, bouteillier. . . de Hugues , connétable. . . de Hugues, chambellan. . • Donné par la main d'Etienne, chancelier'. »
L'issue de cette première lutte contre Fautorité
' Cet article est assez obscar : nous Tavons traduit littéralement.
. * Voy. le texte latin dansMartenne, Amplissima collection 1. 1, col. 748 , et dans les Historiens des Gaules et de la France, t. xiv, préface, p. lxxii.
ecclésiastique, et Texil de ce Simon , <|ui n^ayait probablement commis d'autre crime que d'embrasser avec trop d'ardeur les intérêts de sa Commune, étaient d'nn fâcheux augure pour les libertés soissonnaises. On ne sait si le crédit de Gosselin sufl&t à faire pencher ainsi la balance du côté des seigneurs , ou si Févéque et les autres suzerains employèrent ces argumens pécuniaires auxquels Louis-le-Gros n'était que trop sensible en pareil cas, ainsi que le prouve la tragique histoire de là Commune de Laon.
Il n'est pas plus question du comte de Soissons dans la lettre royale de 1136 que dans la charte communale : le comté semble tout à fait anéanti sous la seigneurie de Bainauld III. La carrière de ce comte fut obscure et malheureuse : victime des vices de son père , il portait dans ses veines le triste héritage d'un sang corrompu; sa santé débile l'empêcha sans doute de prendre une part active aux événemens politiques de son temps. Ayant perdu sa femme Bathilde , qui vivait encore quand il se réconciha avec l'évéque Gosselin S il épousa eu secondes noces une fille de la maison de Nesle ; mais il ne vécut pas long-temps avec cette nouvelle épouse : une afiFreuse maladie dont il avait reçu le germe de son père , le fit bientôt descendre au niveaude ces misérables quenos ayeuxrejetaient avec horreur du sein de la société , et ensevelissaient , comme des cadavres vivans, dans la funèbre en-
' MSS. D. GremeTp pagus Suessonicus^ paquet 20, n** 6.
ceinte des ladreries. Rainauld III fut attaqué de la lèpre ! '
LMnfortuné comte s'efforça d'attirer sur lui la miséricorde du ciel a force d'aumônes et d'oeuvres pieuses ; ses dernières années n'offrent qu'une se* rie d^ donations aux églises et d'établissemens religieux. Une nouvelle abbaye avait été fondée en 1131, près de la rivière d'Aisne, dans la plaine dont une partie était encore occupée alors par le faubourg St-Léger^ et qu'on nommait la plaine de Chaye, du latin cavea^ qui pouvait désigner également l'arène d'un amphithéâtre et l'ancienne chartre ou prison romaine. Il y avait la une maison qui passait pour bâtie sur les cachots où avaient été renfermés Crépin et Crépinien, et, jusqu'au XVIII* siècle, on montra en ce lieu les prétendus restes de la prison des martyrs^ laquelle , vraisemblable^ ment, ne fut point aussi éloignée du château d'Albâtre. Quoiqu'il en soit, cette maison fut érigée en monastère par son propriétaire appelé Wiard^ qui prit l'habit monastique dans son propre logis ; on bâtit une église sous l'invocation de St-Crépin*, et le comte Rainauldse joignit aux divers particuliers, nobles et bourgeois, qui dotèrent l'abbaye St-Crépin-en-Chaye ; il lui donna des terres a Margival et ailleurs. Le pape Innocent II confirma l'érection de cette abbaye en 1142.
' Le Gallia Christiana et Dormay dUent qu'une église ou chapelle de St-Crépîn existait en cet endroit avant rétablissement dti .monastère ; mais ils n'en donnent point de preuve suffisante.
La fondation de St-Crépin-enChaye fut suivie de celle de l'abbaye St-Le'ger: les comtes deSoissons tenaient en fief de révéché , V autel du faubourg St-Léger ; Bainauld III, en 1139 , re'solut de restituer ce A^ntf/îcekrEglise. Gossëlin, d'accord avec le comte, ayant mandé de l'abbaye d'Arrôise près Bapaume un abbé et quelques chanoines réguliers , Rainauld se rendit à la cathédrale le jour dé Pâques, et là, en présence du clergé et du peuple, il déclara se dessaisir de V autel de St-Léger entre les mains deTévéque; ilpria Gosselin d'octroyer cette paroisse aux clercs réguliers de St-Âugustin, et gratifia la nouvelle Communauté de quelques dîmes en blé et en vin sur les paroisses de Bucy , St-Martin, Âmblegny, etc., d'une vigne, et de deuxmuids de sel à prendre annuellement au grenier public du comté^. On ne saurait déterminer aujourd'hui avec certitude l'emplacement précis de l'ancienne église paroissiale de St-Léger; le faubourg de ce nom et le vaste faubourg romain dont il n'était luimême qu'un débris, ont disparu tout entiers , et l'on distingue à peine, sous les sillons verdoyansde la plaine de Gbaye , d^ indices qui révèlent un sol fouillé et remué par la main de l'homme, des mouvemens de terrain qui semblent correspondre aux lignes effacées des rues détruites'.
' Dormay, t. n, p. 111, d'après le cartolaire de St-Léger.
* Les laboureurs nous ont assuré positivement que, quand les blés de la plaine de Ghaye sont mûrs, on reconnaît , aux différences qui existent dans Pélévation et Vépaisseur des épis , la configuration de Taneien faubourg, tellement
DE SOISSOXiS. 511
Vers ce méaie temps , Soissons ayait eu à souffrir une seconde invasion du mal des ardens, moins terrible toutefois que la première , ain^i qu^il ar* rive ordinairement dans les grandes épidémies. Cette fois , on eut recours à la protection des patrons delà ville, Grépin etCrépinien, et Ton transféra leurs reliques de la vieille fierté (feretro ) de St-Anserik dans une châsse d'argent ornée de figures d'un travail précieux, qu'on a conservée jusqu'à la révolution de 1793 : cette chasse avait été forgée avec la vaisselle des religieux de St-Crépinle-Grand , aidés par les dons de Gosselin et des bourgeois les plus riches» La translation fut célébrée solennellement le jour de la Pentecôte , en présence de Samson de Mauvoisin , archevêque de Reims, et du comte Rainauld. Tandis qu'on faisait laprocession autour de l'église St-Crépin-le-Grand, le battant de la grosse cloche, qui sonnait a pleine volée , se rompit , et vint tomber avec fracas du haut du clocher aux pieds du comte de Soissons , qu'entouraient une foule de gentilshommes , de clercs et de bourgeois. Le fer s'enfonça de deux pieds dans la terre sans toucher qui que ce fût parmi cette multitude , et l'on ne manqua pas de crier au miracle^.
qu^on pourrait désigner remplacement des rues et celai des maisons.
' J. Elie, HUi. de Vabbaye St-Crépin , MS. Fonds de St Germain français, n'^QOS. — Dormay, t. n, p. lia. Une procession solennelle fat établie , en mémoire de cette
Le comte fiainauld eût été plus heureux de fnourir alors que de traîner encore plusieurs années sa misérable existence ; nul remède* humain ou divin ne le délivra de ses maux , et la lèpre qui le rongeait fut reconnue incurable. Il se résigna enfin à cesser toutes relations civiles et politiques avec ses égaux et ses sujets , pour lesquels il n^ était plus qu^un objet de répugnance et d^effroi , et il se re trancha lui-même , pour ainsi dire, du nombre des vivans; n^ ayant point ^ hoirs de son corps^, et voyant plusieurs prétendans prêts a se disputer sa succession les armes à la main , il ne voulut point laisseraprèsluiaux Soissonnais une cause de guerre civile , et, dans une assemblée tenue à Soissons , il régla le sortdu comté d'accord avec Tévêque Gos-
translation, le lundi de roctave de PÂscension; les religieux de St-Grépîn, suivis des échevins et , du peaple , portaient leur châsse en grande pompe à la cathédrale.
' Dormay (t. ii, p. 91) vent que Rainanld ait eu de la comtesse Jeanne un fils nommé Uugues, qui fut sur le point d'éponser ïa fille de Thibauld, comte de Champagne, et qui mourut de chagrin parceqne le roi Louis VII empêcha cette alliance. Cette anecdote est évidemment contronvée. Rainanld n*épousa Jeanne qu'après li3& et abdiqua en 1141 : s^il eut un fils dans cet interTalle , ce fils lui fut enlevé au berceau , et ne mourut certainement pas d^amour à trois ou quatre ans. Des lettres écrites par St-Bernard au roi Louis VII en 1142 ou 1143, nous apprennent qu'il exisla en effet un projet d'alliance entre le comte de Soissons et la fille de Thibauld de Champagne , et que Louis s'y op* posa ; mais le comte de Soissons, à cette époque, n'était autre qu'Ives de Nesle, déjà en possession du comté.