NOVIODUN, OU SOISSONS GAULOIS
DU IT* SIÈCLE ▲ l'an 12 AYANT J.-C.
Les premiers hommes, qui, dans des siècles inconnus , vinrent disputer aux bétes sauvages la vallée de l'Aisne et les contrées environnantes , appartenaient a la race Gallique ou Gaélique , cette branche ainée de la grande fan^Ue gauloise. La
beauté de ce pays abondant en toute sorte de bienSy suivant T expression dVn historien de Soissons"^, ses forets giboyeuses , ses prairies arrosées de mille sources vives , durent séduire et fixer des hordes de chasseur^ et de pasteurs ; les rives de TAisne furent sans doute occupées avant beaucoup d^autrès parties de la région k laquelle le nom de GalU tachd ou terre yallique (la Gaule) fut donutf par les Galls , que les Grecs et les Romains appelaient Celtes^ d'après unmotgdiWiqaesigtix&dLnt hommes des forêts. Onnepeut toute fois rien préciser à cet égard. L'histoire n'a pas conservé le souvenir du temps où les Galls, s' avançant du Levant au Couchant, sans autres guides que le soleil et les étoiles, peuplèrent F Occident encore inhabité. Seulement, les découvertes delà philologie moderne, cette science qui cherche les titres de parenté des nations dans les racines comparées de leurs langues , croit pouvoir rattacher les divers peuples gaulois a la plus vaste et à la plus illustre des familles humaines , celle dont TAsie centrale aurait été le berceau^ et qui compterait parmi ses enfans les Indiens , les Bactriens, les Iraniens ou Perses, les Gaulois, les Teutons, les Pélasges et les Hellènes.
Aucune tradition ne nous est parvenue sur les fastes hislQriques d^s habitans primitifs du nord de laGai4e, ou plutôt ces peuples sauvages n'eurent point 4e fastes : marchant à peu près nus , le
* RûQSseau-Desfontaines , histoire manusc. de Soisso9iM^ conservée àla blMiothéq. de la ville de Soissons ,t. 1. p. 2.
corps peint ou tatoué , ayant pour armes des flè« ches garnies d'un caillou tranchant en guise de fer, des pieux durcis au feu appelés gaU^ ou des hackes de pierre , qu'on retrouve parfois enfouies dans les sépultures des premiers Galls , ils s'abri* taient sous des huttes de branchages ou dans des cavenies creusées au flanc des rochers et au fond des bois ^, s'adonnaient au fétichisme grossier ipii caradtérise Tenfance des nations, et ib végétèrent long*temps au plus bas degré de F échelle sociale. Lejs Galls du nordsurtout ne durent ressentir que faiblement Tinfluence lointaine des élémens de civilisation apportes aux tribus méridionales par les Phéniciens et les Rhodiens.
(63X A 587 AVANT J.-c.) Vers la fin du septième siècle avant J.-C.*, un peu avant la fondation de
' Les Ganloia devenus un pea plus civilisés, et, après eux, les Romains firent de ces retraites souterraines leurs ateliers, leurs granges et leurs magasins» Les Romains les nommaient Crêpm ou Cryptop , qa^on traduisit en vieux français par erauf^et ou erêuUe$ ; les noms de beaaeoup de lieux du Soissonnais et des contrées voisines ont conservé la trace de cette antique étymologie ; delà les Creuttes de Laon, les Grontes-sous-Béthisy , les Groutes-sous-Oulchy , les Groutes-sous-Muret, le Groutoy, le Grotoy, et peut-être les deux Grépy en Valois et en Laonnois.
* 19ou»avoas cru devoir suivre, pour Tépoque de Tiiiva* sionkiairique, rJGR#to»r«^M Gaulois^ de M. AmédéeThierry, qui nous parait avoir démontré la coïncidence de cette in-
la célèbre Massalie (Marseille) par une colonie de Phocéens , les Galls septentrionaux furent assaillis et dépossédés par une horde venue d'outre-Bhin , qui faisait partie de la race des Kimris , nommés Kimmerioî par les grecs , et Cimbri (prononcez Kimbri) par les Romains. Ces Kimris ou Cimbres, qui parlaient une langue fort rapprochée de celle des Galls ^, étaient le second rameau de la souche gauloise ; les Grecs et les Latins les confondaient avec raison sous les noms génériques de Galatoi et Gain. Le nord et Fouest de la Gaule et Pile d^Âlbion furent envahis par les Kimris, que conduisait un homme d^un puissant génie, divinisé après sa mort, et connu dans les légendes kimriquesdupays de Galles sous le nom de Hu-Cadam (Hu-le-Fort ou le Terrible) et, chez les écrivains latins, sous le nom de Heus ou Hesus. Ce fut ce personnage mysté* rieux, à peine entrevu au jour douteux de quelques antiques traditions, qui apporta en Gaule la théocratie druidique , soit qu^il en fut le fondateur , soit qu^elle existât antérieurement plus ou moins développée chez les Kimris, et bientôt les conquêtes
vasîon avec le débordement des Teuto-Scythes en Europe , rapporté par Hérodote , liv. iv^ c. 21, 22, 23. Nous avons siÛTi également cette excellente histoire pour la date de rintrodaction du drnidisme^ et de rétablissement des Belges.
' Nos Bas-Bretons et les Gallois d'Angleterre parlent encore le kimriqae ; le gallique primitif s'est conservé avec plus ou moins d'altération dans la Haute-Ecosse et Plrlande.
religieuses du Druidisme s^ étendirent plus loin que les conquêtes matérielles des Kimris. Toutes les populations gauloises adoptèrent ce culte , qui , a travers son extérieur sombre et ses rites atroces , laisse deviner le reflet lointain de la philosophie brahmanique, mère vénérable de la plupart des religions humaines.
(350 A 280 AVANT j.-c). Onignore les détails de rétablissement des premiers Kimris dans la Gaule et dans le midi de File d'Albion (r Angleterre) : ils possédaient depuis deux ou trois siècles les contrées enlevées aux Galls , lorsqu'ils furent dépouillés à leur tour d'une grande partie de leur territoire , par des hommes de leur propre race. De nombreuses tribus kimriques , confédérées sous la qualification de Bolgs où Belges % après avoir longtemps erré sur la rive droite du Rhin , passèrent ce fleuve comme avaient fait jadis Hésus et ses Kimris, et, chassant devant eux ou assujétissant les populations ^ ils s'emparèrent de tout le pays jusqu'à la Marne et jusqu'à la Seine*. L'époque de cet événement est incertaine: c'est vers l'année 280 avant Jésus-Christ, que les tribus belges étabhes en Gaule figurent pour la première fois dans
* Ce nom vient peut-être da radical Bel , guerre , qui existe également dans les langues gauloises et latine : Bel* luntj Bellona,
* Gœsar, liv, i, § 4 . liv, ii, § 4.
/KViM^w%ivy\^WiMAMKMM^M^n^^M^M^^
DC