CHAPITRE II
ÂUGUSTÀ DÉS SUESSONS, OU SOISSONd SOUS l'EifhftB R&JlXlN:
(DK l'au 42 Ay.~i.-c. a l*av 486 af, j.-c.)
Il . ii/f '
On sait avec quelle facilité la vive et flexible intelligence des populations gauloises s^appropria les arts, les sciences et les lumières des conquérans, et entra, sans perdre toute originalité nationale , dans le sein de la civilisation gréco-romaine. La
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classe inférieure du peuple, surtout dans les campagnes, plus rétive aux innovatjons , et plus soumise à Tinfluence sacerdotale des druides , défendit long-temps ses vieilles mœurs et sa langue primitive ; mais les classes élevées, les familles riches et aristocratiques, entre les mains desquelles était Tadministration des cités, se précipitèrent avec ardeur dans le mouvement romain , et secondèrent les vues du gouvernement impérial, moins par servilité que par une préférence raispnnée pour le nouvel ordre de choses. Le latin devint partout la
langue des gens lettrés , et les noms propres latins se substituèrent peu à peu dans toutes les familles distinguées , aux noms galliques et kimriques. Pour mieux identifier les Gaulois avec les Romains, on fit courir une prétendue traditioi^ suivant laquelle les deux peuples auraient été issus d^une commune origine , et l'on assura gravement que quelques Troyens^ échappés à la fureur des Grecs, s' étaient établis da/nsla Gaule vide encore, tandis que d'autres fugitifs se fixaient dans le Latium avec Enée *•
• Ammian. MArcellin. 1. XV. — Ammièn , historien du
qoatrième.9iècl9, rapporte cette tradition çoinme uqe conjecture d'onci^n^ éqrivainf. I^ucain , 300 anç auparavant , avait déià fait allnsiogçi, dans sa FharsaU , j. i^ v. ^21, aux pi:étc.ntiQn.8 4ff9 Aryernes , <jui opaj^t se supposer frères des Loimfi. Tellç p«t la source de toutes les fables du Moyen- Age et de la ^çnaissance sur. nos prétendues origines troycnnes. Les Franks voulurent plus tard être Troyens comme les Gaulois.
Si quelque frère d^armes de Divitiac ou de Galba, sous le règne des Césars, fut revenu visiter la capitale des Suessons, il n^ eût pas reconnu, dans la cité d' Augusta , les moindres vestiges de l'antique Nôviodun. Une ville nouvelle était sortie du flanc des collines suessonnaises, creusées en carrières pror fondes : Farchitecture romaine avait trouvé d'inépuisables matériaux dans la riche nature minérale du pays suessonnais , et surtout dans les vastes bancs de calcaires coquilliers , débris, étranges d^une création détruite, qui se prolongent au loin, des deux côtés de l'Aisne , sous le sol de ces contrées ; aux groupes de cabanes formées d'ais et de claies, couvertes de joncs et de roseaux , Avaient succédé de larges rues , des places régulières , bordées d'élégantes maisons aux toits de tuiles rouges, aux blanches parois construites avec cette belle espèce de pierres qui abonde dans la province, et que le temps ne noircit pas , mais revêt de pittoresques teintes jaunes et brunes d'une singulière harmonie*. Les vieux remparts gaulois ,
' On ne saurait fouiller à quelques pieds le sol actuel dé Soissonset de la plaineSt-Grépin-en-Ghaye, oùs^avançaient jadis les vastes faubourgs d^Augusta , sans en extraire , parmi des restes plus précieux, mille fragmens de ces tuiles à rehorda qui participaient à la solidité de tous les objets de fabrique romaine, mêlés à des pierres coquilliéres taillées de main d^homme. Leciseau n'a pu y effacer les empreintes des êtres organisés dont Tindustrie humaine utilise les débris. On remarque surtout , entre les coquillages de toute espèce engagés dans ces calcaires , des nérltes ou yi$ d'une
înalgrë restime que Cësar lui-même témoignait pour leur ingénieuse construction , avaient fait place à des murailles romaines offrant des cordons alternatif de briques , de blocs bruts et de petites pierres taillées et carrées , liés par Findestructible ciment romain. Les vestiges qui ont subsisté jusqu'à nos jours ont fait croire que cette enceinte n'enfermait que le centre de la ville' moderne^ et laissait en dehors de vastes et populeux faubourgs. Les quartiers du centre , vers la fin du Moyen-Age, se nommaient encore là Petite-Cité '*.
grandeur surprenante. Les meilleures pierres à bâtir des environs de Soissons paraissent être celles de la montagne de Grouy, au nord de TAisné, et des hauteurs de Belleu et de Septmonts, au midi de la rivière. Ce fut là sans doute quo les architectes , gallo-romains allèrent chercher leurs premiers matériaux: ils purent mettre aussi à contribution^ en s*écartant un peu vers Test , les collines qui environnent Vailly-sur- Aisne .
' jincien ordinaire de la oaihédrale', cité par Cabaret {Mim. M, SSJ). U I, p. 71. L'abbé licbeuf (dissertoHon de 1735), et le chanoine Cabaret, dont les mem. M. SS. onC été achevés vers 1785 , mentionnent également les fondations et les pans de murs romains qui se voient encore dans le palais épiscopal et dans quelques maisons de la rue des Minimes. Lebeuf prétend, ce dont nous. doutons fort, que les murs romains subsistèrent de ce côté jnsqu*au XII* siècle et que ce fut seulement en reconstruisant la cathédrale, qu'on les perça et qu'on poussa la façade de l'édifice vers l'occident à quelques toises hors de la vieille enceinte. Il dit que> d^une tour carrée dont il signale les vestiges dans le palais épiscopal et qui était , suivant lui , à Tangle sud-
58 HISTOIBE
La rivière 4e Crise , selon toiM^ie apparence , entouraJLt la cité, et lui sprvpij; de fos^é , et c'était pour çfitte dlest^nafjpn qu'on avait détoi^é ?pn cçurs.
Augusta déployait , aux bords de ses jdeux ji- Xiè,r^^ , le lu;Le et la splendeur dont la civilisatioi^ f^tiqu^e , plus somptueuse et p^u$ artiste que la jffitxe^ 4.écorait ses brillantes cités. Les pr^nçipau^ ,citayeiis .^^Âugusta , initiés à toutes les jouis- Srances intellectuelles et matérielles de la vie rom^e , eurent dans leurs riçhe^ habitations des pavés de mosaïque aux éclatantes couleurs, des péristyles ornés de bas-reliefs et de statues dignes des palais de l'Italie , ^es tlierpies alii^ejotté^ par l'Aisne, la Grise ^et les sou^pes de? environs *. Parouest delà cité, le mur descendait le long. du côté gauche de la rue des Minimes jusqu'à Pendroit où est l'entrée principale de Tabbaye Notre-Dame ; puis il fait partir VauUre longueur parallèle des remparts , d'un coiu de la rue des .Gordeliers, près de la fontaine de la Grosso-Téte , et la fait continuer derrière les maisons du côté gauche de la rue St.- Nicolas pour rejoindre la rivière vers la Tour des Comtes , n'assignant ainsi à la ville qu'une enceinte carrée, ou plutôt parallélogramme^ ^e quelques cent cinquante toises d^est en ouest, sur cent treut^ environ du nord au sud. Le quartier nord^uest delà ville actuelle et toutes les constructions romaines groupées au bord de da rîif ière et dans la plaine St.-Grépin-en-<]haye , aujourd'hui désert^ , alors couverte d'habitations , eussent été hoiçs des mues.
' Les resCës d'an,ti^uité^ qu'on a trouvés et qu'on trouve encore ch/aquo jour à Soissons attestent assez l'éclat de
DE SOISSQNS. 59
lyi les demeures p^rtkiilières s^éll^Tai^t des xnomiments publics , cks etajUîsftefqeiits i^péri^MX qui
répoqoe romaine. Vers i09t, si^^nt Ronsseaa-Deêfentaiiies, M. Ânttoine>Q«iiiqaet,aif«MMit.(pai»Bt d^ o« Qttinquet éeSoLMWini, qv, dianSiU.coim du $i^le der^i^r, al^« ohfii aoQ.iiom à l'utile i^v^nlioadet lampç^à double pourant dV^)t faisaat creoser nn puUs cbez ]^i , découvrit , ^ 22 pieds de profbndeuv , un beaapiif?^ à la Momainfi, Ce morceau carijsax fut détruit ainsi que bien d^autres. Au mois de septembre 1836, les ouvriers du génie militaire , en tra^ yaiUant aux foj;tj[^c|Btio,ns dç c&té du Mail^ mirent à déoou- Terl,,|i6o« y.^pjiçi^s <}]asol,, une mosaïque longue de 10 piedaejt l^rgede V* et dont la bordure, intacte d'pn côté , est surtout remarquable par la richesse de ses cçulçurs et Félégance 4e ses arabesques entqemêlées d'aniiçaijix. Le musée de Soi^spos a recueilli ce beau fragment ; heureux s'^Lav^it pu sauver de morne un autre monumeqt plijis inté- .ressfiiit .eAQQrp» et qui , après avoir .traversé seize on dix-sept siècles. pe,uit-êtr49.,a'éjcbappa aux dévastatipus,de93 .que pour 4Ji|pajrai(re.i^ll9.l9 papcin de Ti^vasiou. Nous voulonf parler f(lsiJtws;r,QUejf,0X^vé daps le t. & des antiquités de jCajlus , ^^qpi,.prAYe^nt d^me origine inconnue ,^vait été plaqé ja4<9.ai^-dess^s d^la porte de la Procure de TAbbaye St-Médard» Ce ha9-];elief! ,,d'en,virQn 6 pieds de lon^ sur |)lus de 2 de hauteur, était fait d'upe Jpierre trèf dure, et polie comme le marbre : au milieu , se voyait un homme vêtu à la romaine et levant deux doigts oomme peur bénir ; ce personnage était encadré à ml^corps ëaos un ^médailkm soutenu par deux génies ailés; deux autres génies tenant des'flanibeaux renversés contre terre terminaient<la partie supérieure de cette compiosittoii destinée i orner la sépulture du personnage dont elle offrait le portrait, Aordessons du médaillon et des génies , étaient représentés des sujets de moindre dimension; un eufent se jouant parmi des chè-
répandaient dans la \iile et dans les faiiboar|p une vie animée etbrayante: un des arsenaux de la Gaule avait été placé à Augusta , et un grand nooit* bre d^ esclaves du domaine impérial y d^sservaiep.tf une triple manufacture dHécus ou boucliers, de machines k lancer des traits {^halistœ ^ sotlz de grandes arbalètes) , et d^ armures en écailles dé fer pour la cavalerie (clibani) *. La proximité des forets qui fournissaient le bois nécessaire à la con-
vres, une figure de Tabondance , an flenve , TAisne satis doute, les pieds appuyés sur un cheval marin. M. de^Caylus qualifie d'anges les figures ailées' qui supportaient le médaillon, et croit ce monument chrétien et contemporain de Constantin ou de ses premiers successeurs ; cependant aucun signe irrécusable de christianisme ne se remarquait dans le bas-relief /et le fleuve et les génies aut torches renversées avaient la physionoiliie quelque pcu'payenne. Après la révolution, cette œuvre de Târt gàllo-romaih , avec beaucoup de débris gothiques de St-Médârd, passa des mains de M. Brayer (aujourd'hui bibliothécaire dé Sofssohs) dans celles de M. Beuvry, qui doiina- asyle dans sonjanUii à ces restes des monumens soissonhaie. Ce jardin était situé près des remparts, et tout ce quHl renfermait fut' réduit en poudre parle canon de 1814.
' Fàbrica Suessonensis scuiariay balistaria. et çHband" ria, V. Nota, dignitat, Imperii. Le clibanus on cîibanunjt consistait on un étroit pourpoint et des pantalons de toile matelassée entièrement couverte d'écaillcs de fer: le. cheval était enveloppé dans un caparaçon semblable. Les Romains avaient empninté aux Perses cet accoutrement étrange et ijuposant y dont ils revêtirent des cavaliers d'élite.
fection des machines, le voisinage de la rivière par laqaelleon expédiait les convois d^ armes vers les pays de TOise et de la Seine, avaient fait placer à Angosta le siège de ces importantes fabriques , régies par le Maître des offices de l'Empire , sous Tautorité supérieure du préfet du prétoire.
Selon toute apparence , lorsque le Maître* des offices était appelé à Augusta par les devoirs de sa charge, ou lorsque le préfet des Gaules ou F empereur lui-même visitait la ville , ces hauts personnages logeaient dans un château ou palais fortifié qui était situé au dehors et à Touest delà ville., Une ti*adition immémoriale a conservé le souvenir de cet édifice, en Tentourant d'une sorte de merveilleux qui a fait souvent douter de son existence ; mais les massifs de maçonnerie romaine, les tronçons de colonne, les marbres, les débris de tout genre, les mminaies des premiers Césars, et même les belles statues antiques , découverts a l'endroit indiqué par cette tradition, ne permettent plus, de la révoquer en doute. La plus considérable des trois fabriques, la Balistaria^ ou manufacture de machines de jet, fut vraisemblablement établie dans ce château ^ •
' Du latin Balistaria proTieot probablement le nom de cbâteaa à^Albastre on Alèbasire , soua lequel la tradition soisaonnaise désigne cet édifice. On a aonrent extrait des morceaux d*albâtre ou de marbre blanc dans les Ibnîlles exécutées en ce lieu , et on a vouln attribuer le nom du château à un prétendu reTétemeat d'albâtre dont il aurait
62 fitSTOIRE
Ailler, dàM cette (flaine aUjoard^bui verdoyatHé et silencietiâe que TAîsne embrasse a l'ocd^eiit ,
été décoré. Notre étyniologie Aoui paraît plus «érieude ëi pljBLè satisfaiéaûte. L'emplademetit imppoêé ôjêl éhâteaa ro^ matiï a été le théâtre dé décotit^ertes d'an puiisant intérêt. DèslemiMèadaXVI* sfèole, lorsque les remparts furent reconttraits, sous Henri II , dans cet espace proche la ville du câté de St-Crespin-en-Chaye , disent Dormay et le continuateur de Berlette, Michel Bertin , on trouva de vastes caves, la statue mutilée d'une divinité payenne en marbre blanc, et des médaillés à Teffigie de Drnsus , bcau-filé â^kxïs^ gusté, de Tibérè, dé Néron, etc. En 1763, M. de MéillanC, intendant de la ^liéivilité de Soissonsy fit fidre des foailles pour tâcher de déterminer la sitiiation précise dn ohâteau d'Albâtre ; les ouvriers rencontrèrent^à 4 et 6 pieds du sol, des massifs de maçonnerie tellement solides qu^on n'en pui rien détacher, entre antres les fondations de plnsianrs tours rondes; dans la terre était enfouis une grande quantité de fragraens de Jaspe, de porphyre et do marbre de tonte conleur. En 179S, un pavé de mosaïque fut mis an jour dans leitiémelicn. Enfin, sans parler d*une quantité de médailles, de fragmens d^architectnre et de sonlpture, etc. ; une découverte plus précieuse couronna toutes les précédentes eu 1835éLes ouvriers du génie militaire trouvèrent, à quelques pieds sous terre, hors des remparts , à peu près â la hauteur de la rue de Guise, un groupe de figures plus grandes que nature , appartenant au plus beau temps de la statuaire romaine , et représentant un des enfans de Niobé et son pédagogue. Le sentiment avec lequel le sculpteur a traité cet épisode d'un tragique sujet si souvent reproduit par les arts antiques^ est aussi élevé que son exécution est correcte et pure* Ce n*est point une copie, maisune variante du fameux: groupe de Florence. Le pédagogue , ou plutôt Fesclave chargé de la surveillance de Tenfant, et qui porte ,
les arts étalèrent jadis leurs liie^véillës, et iTitipii^ef tovgea ses àniifes conquérstiltes^
La Iràdiiioii tetit qd^nn fécond chàtéàu rdiriàin ait été bâti à r extrémité opp'ofàéë d'Aù^ustà , fort au-delà des rehipàrts et pf è^ de la ()ettté rivière de Grisé, avalit Pendi'oit oîi elle §e détclurnait pour entrer dâiis la Ville ; liiai^ bëttë ailtre forteresâd , û elle a existé , fût tnoiiiâ itiiportante c^ile^ la première : cëptitêire Vëniplaceiiientde la ScutaHdovL de ta Clibdharia\ Le château de Crise ^ eti tous
coiniiiè dans le groupe de Florence, le manteau court et les braies defti barbares; parait moins occupé de son ptopre salut ^ue dé cëidi dé iàiï élé^ë , ëi -sdtîike , àyèc un geste rempli a'kn^8éëëtaekdlIioittidë,«'éiForcfaif de protéger Tenfant qtd prend Ift faite. Ge bèad gitiapid , dont léè têtes sont malheureusement brisées et n^ont pU être retrouvées, appartient maintenant au Musée du Louyre.
' Oa a trbuVé ikirn!ii leto rainas un anheàii de bronie iiur lequel était ^Iravé ce Veré :
JfonHtiélipréiimns seà amaniis aceipe curam^
6'estHà-dire : %c Adcepte cb présent , non pou^ son prix ^ mais en souvenir de la personiie aimé^. »
La délicatesse intraduisible des expresaions latines ^ et jusqu^à la faute de quantité que renferme Thexamétre , attestent assez que ce vers sortit du.cœur d'une femme et non du cerveau d^un poète. Cet anneau dut être le gage d'amour d^une Romaine i quelque officier de Tempire envoyé des bords du Tibre ou de VAnio sur ceux de Vjixona.
' Oti n'ajamais (ait de trouvailles de ce 'côté comme aU château d'Albâtre : seulement dom Grenier et le chalïioîne Cabaret rapportent avoir vu ua mwoeau dé fHiiçùnHene
caS| n^eùt point été isole , mais situé au milieu du faubourg qui existait cerUincment ausud-est , Wen que très inférieur sans doute en étendue à celui de la plaine du nord-ouest.
La nouvelle religion des Gallo-Romains ne cachait pas, à r exemple dePancienne , ses solennités au. fond des forets de chênes et de hêtres, et Augusta voyait surgir, dans ses murs, plusieurs temples consacrés à ce polythéisme cosmopolite qui avait vaincu le druidisme, et qui mêlait dans son Panthéon les dieux de la Grèce, dePÂsie et de FEgypte aux vieilles divinités gauloises. Il y a quelques années , on remarquait encore , dans la ville qui fut Augusta, une petite rotonde de pierre dont le stylq romain ne se pouvait méconnaître: c^était le der-: nier sacellum du paganisme ^ • Le principal sanc-
dans h goût romain^ à la droite do chemin de Reims, vis-àvis St-Pierro-le-Vieil et aa bord du fossé qui foiêaxtjadiê la cléture du faubourg St-Grépin-le-Grand. Ils regardent ces vesti^s antiques comme on reste du château de Grise , ce qui est bien hypothétique (M. SS. de D. Grenier ; paqoet 20, n^'G, pagms SuessonicuB),
' Le culte chrétien se l'était approprié à une époque inconnue, et, Tannexant à des constructions d^'un autre style, en avait fait Téglise St-Pierre-à-la-Ghaox. Les, travaux de fortifications, repris depuis la révolution de 1830 , ont entraîné la destruction bien regrettable de ce dernier débris S'Auguêta Suêêsonum. Ce sacellum, situé presque à Paogle nord-est des remparts , non loin du Mail et de la rivière d*Aisne, devait être, ainsi que le fameux château à'Albastrê, hors de Tenceinte romaine. La rotonde payenne était devenue Tabride d*une église chrétienne.
tuaire d' A.ttgusta était sans doute ce temple d^Isis, dont il ne nous reste qu^une seule pierre ! Entre les diverses croyances répandues dans T ancien monde , le dogme isiaque se distinguait par son caractère général et plulosophique : Isis, sous son épithéte grecque de Myrionyma ou déesse aux Mille Noms, était prise collectivement pour toutes les déesses, c^ est-à-dire pour le principe féminin ou passif de Funivers , pour la nature, comme Osiris, identifié par les Grecs et les Romains II Sérapis et a Jupiter , était pris pour le principe mâle et actif, pour la force divine ; Horus, leur S\s, personnifiait le résultat de Taction de l'esprit divin sur la nature. On allait même plus loin parfois , et on absorbait Osiris dans Isis. Je suis tout ce qui fut , est et sera, et nid des mortels n'a encore levé mon voile, était-il dit 'dans la fameuse inscription du temple de Sais, rapportée par Plutarque. — A toi, Isis, qui es une et toutes choses, dit une autre inscription, Apulée' appelle Isis la nature mère des choses, la souveraine de tous les élémens ", la fille ainée des siècles , la reine des divinités , la face uniforme des dieuœ et des déesses , dont la divinité unique est révérée par toute la terre sous mille aspects ,'avec mille rites et mille noms divers»
Mab la vie intérieure de ces dogmes s'éteignait déjà lorsque les religions de TEgypté entrèrent en Occident , et le culte d'Isis ne put avoir à Augusta une physionomie bien imposante: cette
société de l'Empire, à la fois superstitieuse et sceptique, avide de jouissances présentes, et appelant avec une douloureuse aspiration unayenir inconnu, ce n^était point aux prêtres mendians d^Isis, rejetons dégénérés de la sagesse orientale, qu^dle pouvait demander cet avenir ; car ils ne savaient même plus le passé ni le sens véritable des anciens mystères. Ignorans et avides , ils n^étaient plus bons qii^à amuser la multitude avec leurs processions, leurs sistres sonores et leurs vaines cérémonies. En dépit de Finscriptionde Sais { chaque soir, au retour de leurs quêtes ^ , ils ouvraient le sanctuaire, et découvraient devant tout le peuple leur mystérieuse déesse; mais ce n^ était qu'un simulacre muet et mort qu'ils présentaient ainsi aux hommages de la crédulité populaire.
Les jeux et les fêtes des Romains s'étaient tia-* turalisés dans Augusta comme leurs arts et leurs cultes , et Ton croit qu'il exista un amphithéâtre hors les murs, dans la plaine du nord-ouest, entre la rivière et le château d!Albastre. De nombreuses médailles des empereurs et une dent d'éléphant ont été trouvées en fouillant dans cette di-
' On sait que les prâtres d%iê quêtaient par les villes et les campagnes, comme firent depuis nos Ordres Mendians. Leur cérémonie du soir , dans laquelle ils faisaient saluer parle peuple la statue de leur déesse , offre une analogie assez curieuse avec le at^lui chrétien: au reste , plus d-un fite antique dut être ainsi emprunté et transformé par la religion chrétienne.
reclion^. Peat*étre même Augosta, outre Tamphi* théâtre destiné aux combats de gladiateurs et d'animaux, posséda-t-elle un cirque pour les courses de chars et de dhievaux \
' Adrien de Valois, dans sa noHHa Gallwrutn, place Famphithéâtre hors de la Tille, près de TAisne, sans doute dans le voisinage daMail. Le nom de Chays^ que porte la plaine an nord-ouest de Soissons, dériverait de Cavea , cage , caveau où Ton enfermait les animaux de combat, et par extension, arifi«, partie infiârîeare de Tamphithéâtre où se livraient les combats et autour de laquelle étaient les caveaux des bétes. Celte étymologîe est cependant contestée , et quelques auteurs du pays , entre autres Rousseau-Desfon* laines, dans son HistairB manuêcriie , sans nier que Chaye vienne de Cavea , donnent une autre acception à ce root , et loi attribuent le sens de tkarUré^ de prison, parce que le» prisons romaines, suivant la tradition , étaient de oe côté , etleehampdes exécutions était entre les prisons et la rivière. A Textrémité opposée de la ville , dans le jardin du séminaire, près des i^emparts , une espèce de petite énûnence demin^ifculaire évidemment feite de main d'homme, a depuis long-temp« attiré les regards des antiquaires. On a trouvé à peu de distance quelques médailles des premiers Césars , mais les fondations mises à découvert par les fouilles tentées en ce lien, quoique assurément fort anciennes, ne panassent point d'origine romaine. Voyez plus loin Ghap. 3.
* On s'étonnera peut-être que nous n'ayons point attribué le changement des mœurs et de l'aspect de la capitale suessonaise à la colonie romaine qui , dit-on , y fut envoyée par Auguste. Hais, malgré Tautorité des Jlf^motres de V Académie des InêcripiioHS, t. ui, p. 252, malgré celle de D. Grenier, qui foit rebâtir Augusta par les colons ; enfin , mal-
L^aspect général du pays suessonnais n^avàit pu changer aussi rapidement ni aussi complètement que celui de la ville ; néanmoins la civilisation romaine y avait bientôt marqué sa puissante empreinte : la hache avait entamé la région des forets, l'immense Sylvacum^^ qui s^étendait sans interruption des frontières parisiennes jusqu^aux plaines de Loon, et , malgré les prédictions menaçantes des druides, le fer n'avait point rebondi contre les troncs sacrés de9 chênes / et ne s^ était
gré Topinion assez généralement accréditée à cet égard , nous avouons que rétablissement d^nne colonie à Augnsta noas parait plus que problématique : la liste des peuples gaulois donnée par Pline dans ses 3* et 4* livres, nous semble même décider négativement la question ; Pline , distinguant les villes selon leur condition politique , qualifie les - nnes.de colonies^ les autres de vUlet îaHnes (jouissant des droits attribués aux habitans du Latinm) , celles-ci de confédérées, celles-là de libres ; un nombre plus considérable encore n*a point de qualification, c'est-à-dire point de privilèges, et forme la masse des sujets proprement dits. Les Suessons portent dans cette liste le titre de libres^ incompatible avec Papplication du droit colonial à leur chef-lieu , ce qui eût £ait d*eux , non plus des vassaux libres , mais des citoyens romains. Â.u surplus, ces distinctions ne tardèrent pas à perdre leur importance.
'L'auteur de V Histoire du Valois, fait dériver de ce nom, imposé par les Romains à la région forestière , le nom de deux petits pays qui en formaient les deux extrémités , savoir : le Servais en Laonnois, où les roisfranks eurent une métairie célèbre , et le Servais entre Senlis et Louvres.
point reloumé contre les bras sacrilèges qui s'en servaient. L'agriculture élargissait ses conquêtes : la vigne , autrefois inconnue hors des limites de la province I^arbonnaise, avait remonté, à travers la Gaule orientale, jasques aux confins de la Belgique , et commençait à tapisser les coteaux de la Marne, de l' Aisne et de la Vesle; d'élégantes villas s'élevaient dans ces vallons'verts dont les RomaioB admiraient la fraîcheur et la fertilité {Vallis- Bona ; Vaux-Buin; Vallis-Sercna ; Val-Sery, et ça); des bourgades nouvelles, des tics (vici) aux noms latins se formaient de toutes parts , surtout dans le voisinage des chaussées dont la construction immortalisa les loisirs laborieux des légions aidées par les populations des provinces. Le légionnaire ne croyait point se déshonorer en exécutant des travaux plus durables que les triomphes de Rome , et d'un bout à l'autre de la Gaule on voyait se dérouler ces routes dont les* vestiges sillonnent encore la France moderne.
Les voies romaines étaient de deux sortes : h les grands chemins , appelés levées ou chaussées publiqties militaires ^ que suivaient les armées , et où étaient établis les relais des postes impériales et les étapes (mansiones) des légions ; 2* les chemins de traverse, pratiqués pour la commodité des relations entre les villes et les provinces de l'intérieur, et un peu moins forts et moins fournis de matière que les grands chemins ^ ; toutes les routes étaient
' Bergior j Hiat, des grands chemins de V Empire romain.
entretenues par voie de corvées aux dépens des cités dont elles traversaient le territoire. Aucune des régions soumises jadis à TEmpire , ne présente peut-être plus de traces des chaussées romaines que Fancienne Belgique ; elle est coupée dans tous les sens par ces voies , moins larges que les fastueuses routes royales'de Louis XIV, mais construites avec une solidité qu'aucune nation moderne n*a jamais essayé d'égaler. Suivant la nature des lieux ^ on les voit tantôt planes , unies et rampant au niveau du sol, tantôt s' élevant avec les hautes terres, s' enfonçant entre deux collines comme entre deux murailles ou s' ouvrant un passage dans les flancs des rochers, tantôt exhaussées sur des terrasses de dix, quinze et vingt pieds au-dessus des campagnes voisines, et se déroulant, durant cinq ou six lieues, comme des cordcms verdoyans étendus à perte de vue à travers les champs, à cause que la pente desdites levées est quasi tonte chargée d'herbes et de mousses ^. Dans cette sorte de chaussées , la levée {agger) était généralement large d'environ vingt pieds, et bordée de deux marges ou pentes aussi de vingt pieds chacune, faites de grosses pierres et de cailloux alignés au cordeau et alliés d'un fort as$em,hlage, afin d'empêcher les éboulemens et crevassemens. La construction de la levée était plus compliquée: elle comptait ordinairement jusques a quatre couches dans les grandes routes qaiUtaires ;
* BcTQxer ^ ibidem.
le stiUumen ou fondement consistait en gros cailloia ou pierres larges et plates Uës avec chaux et ciment ; puis venait un second lit nommé rudus , formé de cailloux concasses, de tessons , de petites pierres ; ensuite une couche très épaisse d^un cimenk {ntêclerug) ftût avec de la craie mêlée de chaux, et enfin une dernière orùûte{iumma crwtci) de gravois. « Le peuple des campagnes , dit Bergier^ les appelle chemins ferrés^ soit pour la dureté et fermeté de Touvrage qui résiste au froissement du charroi depuis 15 ou 1600 ans, soit pour la couleur des petits cailloux, dont leur surface est composée, noirâtres pour la plupart et tirant à la cou* leur du fer \ »
' On lenr donne aB88i, dans le Nord , le nom de CI^oim- 9ieê'BtunehmÊi ^ queTosage a fait prévaloir. On a cherché rorigine de cette dénomination dans des traditions îdiMr leuaea sur nn prétendu roi do Hainant , Bmnehaldus ou Brunehault, inventé, dit-on , par un poète du XIIP siècle. L^àbbé Lebeuf a donné une autre étymologio tudesque ou soi-disant telle qui n'est guère plus admissible ; nous ne voyons pas là matière à tant de discussions : la reine Brunehilde ou Brunehaut, qui aimait et défendait de tout^ son pouvoir les débris de la civilisation , fit réparer les voies romaines dans la partie de l'ancienne Belgique qui dépendait du royaume d'Anstrasie , et le nom de ohausêies- Brwtiduuêi fui appliqué plus tard par extension aux anciennes routes même dans la Belgiqno neustrienne, où Brunehilde n'avait pas régné. Le nom d'Estrées, que portent plusieurs villages du Soissonnais, du Laonnois, du Vermandois, etc. ; vient du latin strataf chemins.
72 HI5TOIRB
Suivant le précieux docament , qu^on a mal a propos surnomme V Itinéraire d'Antonin et qui parait être du lY'' siècle , trois grandes routes un* périales traversaient le territoire des Suessons : la première était la fameuse voie de Mediolanum à Gessoriacum{à&M}\iàn. à Boulogne), laplt^ admirable de toutes celles de la Gaule ensa longueur , dit Bergier. Elle passait la Marne a Durocatalauni (Châlons)y gagnait Durocortorum (Reims), en sortait par la porte de Mars, tirait à gauche, et se dirigeait vers Âugusta par Fines (Fîmes) et Basilica (Basoche-sur-Yesle) , où étaient les magasins de blé^ les gremers de la réserve impériale (on transportait les blés soit par la grande route , soit par la Yesle, qui était alors navigable au moins depuis Fimes jusqu'à son confluent avec T Aisne). De Basilica , la chaussée , laissant Brana (Braine) sur la gauche , allait traverser la Yesle au poM romain de Quinque-pagi (Quincampoix) , dont les derniers vestiges n'ont disparu qu'au XYIIP siècle *, et, suivant la rive méridionale de l'Aisne, entrait à Augusta par le faubourg de Crise', . puis en ressortait
' Garlier, HUt. du Valois^ 1. 1, p. 25. Le nom*de Quinquepagi indiquerait que ce lieu était situé 9ur les confins de cinq cantons. Braine existait certainement sons lesRomains: on y a trouvé des médailles d'Auguste , d' Agrippa , et de divers empereurs avec d^autres antiquités. Voy. la disser. tation de M. Jardel sur Braine , t. 1, des nouvelles recherches sur la France.
* Par la porte TArcher, suivant D. Grenier ^ qui prétend
à Touest par la porte de Grise , située près de Tendroit où la Crise , tournant autour des remparts , faisait un coude pour s^aller jeter dans F Aisne , et à quelque distance de Tangle méridional du château romain {chdt. d^ Albâtre). La grande route ^ arrivée à Pont-Archer, arait un embranchement au travers des forets , vers le pays des Sylvanectes , puis franchissait r Aisne au lieu ditle Pont-Fert dans les anciens titres , près de Ripa/rick (Bemy-Rivière) oii était établi uix péage impérial , traversait la prairie de Ficus (Vic-sur-Aisne) et tirait droit II Novtomagus (Noyon) pour rejoindre Ambicmi (Amiens) et la mer..
Le fondement de cette route , du moins au sor* tir de Reims où il fut mis a découvert en 1618 , avait environ dix pouces d^épaisseur : la seconde couche, onrudtbs^ ^ peu près huit pouces ; elle était si compacte et si dure que les memceuvres n*en pouvaient tirer en une heure autcmt quils en eussent pu porter ; lenuclerus ou ciment qui formait le troisième lit avait un pied de profondeur, et la croûte supérieure, six pouces ^. On a retrouvé , il y a peu d^années, le pavé de cette fameuse voie à sa sortie de Soissons , prés et à droite du point de départ de la moderne route de Paris : sa con-
qu^Aug^ta n'en arait que deox, la porte PArcher , au sadest , dn côté de Reims , et la porte de Grise , dite depois porte l'Evêque on de la Grosse-Téte , àTouestde ta Tille.
' Bei^er, Hisi, des Grands Chemins^ etc.
struction différait peu de la précédente description.
Une seconde voie militaire , celle de Taruenna (Térouenne), chef lieu desMorins, a Durocortorum, passant par iVi^iTiétooum (Ârras), Canmraoum (Cambray), Augusta des Véromandues (St-Quentin), et Contraginnum^ ^ rejoignait la première route dans la capitale des Suessons.
La troisième y oit puhUqvs était cet embranchement qui partait , à Pont-Archer , de la route de Gessoriacum , et gagnait la cité des Sylvanectes (Senlis) par \epagtbs vadenHs ou Valois. De Senlis , cette chaussée allait passer TOise du coté de Litanobriga (place dont Tassiette est contestée), rejoignait Cœsaromagus (Beau vais)) ^urmiliacaj lieu incertain aujourd'hui, et Samarobriva '•
Outre ces routes impériales , le pays était coupé
' Contraginnum fut , suivant Adrien de Valois ,. le nom primitif de Ghauny : un camp romain fut établi à demeure , au lY' siècle, dans un lieu voisin de cette ville , lequel a connervé le nom de Gondrea. De là la voie romaine passe par Folembray et PontnSt-Mard pour gagner Soissons.
' Voy . la note 34 do cbap. 1*". Quand à Samarobrive « on sait que deux rivales se disputent son béritage ; ritinéraire d'Â.ntonin est plus fsiTorable à Amiens qu'à St-Quentin par les mansiones intermédiaires quUl indique entre la cité des Suessons et Samarobrive , mais il est assez singulier que Amiens et St-Quentin soient nommées ailleurs toutes deux dans Titiuéraire] par leurs noms bien connus d^Ambiani et d' Augusta des Véromandues, comme si Samarobrive n'était ni Tune ni Tautre.
DE SOISSOMS. 75
par plusieurs chemins de traverse , dpnt les traces apparaissent en maint endroit: il y en avait un qui se dirigeait au sud vers la Marne ^ ; un second quittait probablement la chaussée de Senlis pour aboutir à Criêpéium ou Crépy, où Ton a trouvé beaucoup de monnaies des empereurs , et où, suivant la tradition , s^ élevait une forteresse romaine ; d^autres encore se détachaient des grandes routes en divers sens ; mais il ne serait guère possible aujourd'hui d'en suivre les sinuosités , ni d'en décrire le parcours.
Ces vastes travaux avaient été l'œuvre de plusieurs générations , et, avant qu'ik fussent achevés, la cité des Suessons avait vu son existence civile et poUtique modifiée par d'importans évcnemens; beaucoup d'empereurs avaient occupé le trône d'Auguste , en laissant une mémoire tour à tour odieuse ou chère aux peuples que l'Empire avait absorbés. Après la mort d'Auguste , le sombre Tibère , rapace et cruel a froid , et l'insensé Caligula , avaient tyrannisé successivement la Gaule ; elle respira sous le bon empereur Claudius, le protecteur d^provinciaux, des pauvres, des esclaves et de tous les opprimés. Claudius , en même temps qu'il défendait les esclaves contre la barbarie de leurs maîtres par des lois où semble déjà briller le
' Il passait prés de Noyan , Berzy-le- Sec , Rosières, Aconia» Busancy, Than, Artenne, à Oalchy, Recourt, etc* , et aboutissait & Ghàteaa*Tliierry.
reflet de rÉvangile, ouvrait le sënat et confiait toutes les plus hautes charges de TEmpire aux fils d^affranchis adoptés par des chevaliers romains, et aux principales familles des cités gauloises, qui prirent dès lors le titre de familles Sénatorialeg (an 48 ap. J.-C). Ces mesures, par lesquelles Claudius s^ efforça de diminuer, autant quHl était en son pouvoir, les inégalités sociales et politiques , lui ont valu la réprobation des historiens du patriciat romain ; mais son souvenir dut inspirer d'autres sentimens aux Gaulois qu'aux patriciens de Rome. On peut seulement lui reprocher d'avoir employé des moyens violens pour extirper le druidisme : Au* guste s'était contenté de déclarer la profession de cette farouche religion, incompatible avec la qualité de citoyen romain ; Claudius en proscrivit le culte sous peine de mort.
Le règne de Néron offrit un lugubre contraste avec celui de ce bon prince: ce fut delà Gaule centrale et orientale que partit le signal de la chute du tyran et la proclamation de l'empereur Galba , dont le nom indique une origine gauloise ; mais la Belgique tint une conduite différente. Les cantons belges situés près du Rhin, avaient été, peutêtre dès le temps d'Auguste , séparés de la Belgique et divisés en deux provinces appelées Germa^ nies supérieure et inférieure : les huit légions romaines qui étaient cantonnées dans ces provinces frontières, furent blessées devoirles Galls imposer unmaitre à l'Empire, s'y opposèrent par la force, et
entraînèrent avec elles les cités belges, voisines de leurs cantonnnements , animées par de vieilles rivalités contre les Galh da centre ^. Galba monta cependant au trône pour quelques mois : il témoigna sa reconnaissance à toutes les cités gauloises qui sMtaient déclarées en sa faveur (c^ était le plus grand nombre), et leur accorda le droit de oità romaine^ xpn les assimilait complètement aux colonies sorties du sein du peuple romain* Les cités belges qui s^étaient montrées hostiles , ne participèrent point II cet avantage ; on ne peut établir avec certitude si les Suessons figurèrent parmi les exclus.
Cette exclusion, accompagnée d'autres rigueurs, laissa dePirritationdansFesprit des Belges, et, lorsque les légions du Rhin se soulevèrent de nouveau contre Galba et proclamèrent YitelUus, la Belgique orientale les seconda cnergiquement ; mais bientôt. Galba étant mort , Vitellius étant aux prises au-delà des Alpes avec Othon , puis avec Vespasien, une insurrection d'une autre nature succéda à cette révolte militaire. Les Galtes de Batavie et d'autres tribus germaniques, transportées en-deçà du Rhin par les Romains eux-mêmes pour garder la frontière contre les autres Germains, prirent les armes, appelèrent les Germains trans-rhénans, et invitèrent les Gaulois a s'unir a eux pour chasser les Romains de la Gaule. L'ordre proscrit des druides
'TacU. JK</or.,1.1,c. 8.
embrassa avec ardeur celte dernière chance d^affranchissement et de vengeance , et insurgea tout ce qui lui restait de partisans dans le nord et dans r ouest: les druides et les bardes sortirent de leurs asiles sauvages , reparurent en triomphe , le front couronne de verveine, chantant la ruine prochaine de Rome, et annonçant que la domination du monde allait passer aux nations transalpines. La vieille Gaule sembla un moment prête a renaître ; mais les cités qui s^ étaient accoutumées aux moeurs et aux idées de la civilisation nouvelle, sentirent toute la portée d'une révolution qui n'eût arraché la Gaule à l'empire de Rome que pour la livrer aux barbares d'outre -Rhin: les Rèmes, toujours fidèles à X alliance romaine, convoquèrent \ Durocortorum les députés de toutes les cités , pour délibérer sur les intérêts communs , et , dans cette assemblée, où lesSuessons appuyèrent l'avis des Rèmes, la Gaule décida de conserver les liens qui l'unissaient a Rome (70 ap. J.-C). Cette résolution arrêta les progrès des Germains et assura Tempire à Yespasien.
Le seul fait qui intéresse les Suessons souis le ttr gne de la famille Vespasienne , c'est le singulier édit par lequel Domitien ordonna d'arracher les vignes dans la Gaule-Chevelue, vers 95 ap. J.-C. Cet édit impopulaire parait avoir été maintenu durant près de deux siècles , jusqu'à l'empereur Probus , qui , l'an 281 , non-seulement autorisa la culture des vignes , mais , suivant l'exprès-
sion d^un auteur latin S remplit la Gaule de vu gnobles.
La mort du tyran Domitien ouvrit ce dernier beau siècle de Tantiquitë , qui vit la philosophie, l'art et la vertu sur le trône , et <jui dura depuis le vieux Nerva jusqu'au sage Marc-Âurèle. Les grandes voies de communication commencées sous Auguste furent reprises et continuées par Trajan. Sévère et son fils Garacalla réparèrent ou achevèrent les chemins, après Fextinction de la race impériale des Antonins , et y firent poser des bornes milliaires , non pas de mille en mille , comme dans ritalie » mais de lieue en lieue, suivant la manière de compter des Gaulds (la lieue gauloise valait une demi-lieue de 25 au degré). On a retrouvé plusieurs de ces bornes dans le Soissonnais ; deux, entre autres ; dont les inscriptions étaient fort lisibles encore : la {Nremière, découverte en mars 1708 a une demi-Ueue de Soissons, et fort loin de l'endroit ou die avait du être posée, portait ces mots:
Imp. Cœt. L. SepUmo. Severo. Pio. Pertinaoe. Aug. Arabica. Adiaheni. Parthico. Mait. PP. III. Et Ifnp. ÙB^.M. Aurelio.ArUonino. Pic...» Ce.... G..: CunmteL. P. Postumo. Leg. Attgg. PP. Aug. Ab. Suess. Leug. VII.
Cest-k-dire : <c par l'ordre du César Lucius«Septimus-Sévéms-Pius-Pertinax Ai^;uste^ vainqueur
' Aarelias Victor; de Cœsaribuê, c. 37.
80 filSTOIHE
des Arabes , des Adiabènes , des Parthes , trèsgrand , père de la patrie , pour la troisième fois (consul, sans doute), et par les ordres du César Marcus-Aurelius-Antonius-Pius , HeiH^eux, Auguste; par les soins de Lucius Publius Postumus , lieutenant des Augustes , Proprëteur ; depuis Augusta des Suessons , lieue septième. »
On sait que Sévère avait donné à son fils aîné le nom de Marc-Aurèle Antonin , par reconnaissance pour la mémoire de cet illustre empereur ;.Caracalla n^était qu'un surnom, comme Caligula.
La seconde borne, trouvée en 1700, à Vic-sur- Aisne, oii eUe avait été plantée , portait Tinscription suivante :
ce Imp. Cœs. M. Aurelio. Antùnino. Pio. Aug. Britannica. Max. Trib. Pot. XIF. Imp. IL Cos. III.. P. P. Procos. Ab. Aug. Suess. Leug. VII. »
<( Parles ordres du César Marc. Aurel. Antonin. Pius, Auguste , vainqueur des Bretons , très grand, (revêtu) de la puissance tribunitienne pour la XIV' fois, Imper ator (triomphateur) pour la IP, consul pour la III*, père de la patrie , proconsul; depuis Augusta des Suessons, lieue septième. »
La première borne est de T époque ou Çaracalla régnait avec son père comme assossié a TEmpire (de 109 à 211) ; la seconde date de Tannée oii Çaracalla fut tribun pour la XIV* fois : les empereurs
DE SOISSOIiS. 81
se feisant accorder le tribunal tous les ans par le peuple y c'était donc la XIV' année de 3on règne , ou Tan 213 de notre ère. Ces colonnes milliaires étai^fit des faloçs de pierre aplatis , de cinq pieds de haut sur autant de circonférence ^
Caracalla , que Tjbistoire a justement flétri poui: ses crimes et ses folies sanguinaires, fut cependant Fauteur d'une mesure qui, au premier abord, impose par nne apparence de grandeur et de génie : il couronna Toeuvre de Jules César, de Claudius, de Galba , de tous les princes qui avaient travaillé à l'unité de l'empire, en accordî^it le droit de cité romaine à tous les habitans de l'Empire sans distinction, de sorte qu'il n'y eu); plus déçormsiis qu'une seule loi et un seul droit pour tous.. Mais ce grand décret fut peut-être inspiré moins par l'amour de l'ordre et de l'unité que par celui de la fiscalité. L'empereur ne voulut par la que créer de nouveaux tributaires en assimilant aux citoyens romains les confédérés exempts de tribut par leurs anciens pacte3 avec Rome. La décadence de
' Mémoires de TAcad, des Inseript,^ t. lu, p. 253. — Carlier, hist, du Valois^ 1. 1, p. 45. — > D. Martenne et D. Durand ; voyage liUér. -^ Ronsseaa-Desfontaines ; kûL ms» de SaUêmUj 1. 1. M. Arnaald de Pomponne, abbé eommendataire de St-Sédard, fit plaeer la deuxième de ces bornes dans la baaae-ooar da ohâtean de Yic-sor- Aisne , dépendance de St-Médard : Vautre était dans un petit jardin de cette abbaje. M. Cabaret prétend qa*elie avait été trouvée,
comme la première, à Yic-sur* Aisne.
TEinpire avait commencé, et ce n^ était plus dëp chose bien désirable que le droit de cité ro*^ maine.
Quoiqu'il en soit , à partir de Caracalla , T organisation des cités de laGauIe et du reste de FEm*pire , fut complètement uniforme. Chaque cité avait son sénat formé par cette aristocratie , par ces familles sénatoriales , qui avaient droit de participer aux grandes charges impériales et se recrutaient a volonté par voie d^adoption : au-dessous du sénat fonctionnait la curie , sénat inférieur ou conseil municipal composé de tous les citoyens jouissant d^une certaine fortune , et élisant , dans son sein , des magistrats revêtus de divers titres. Le reste des hommes libres se subdivisaient en deux classes , les possesseurs ou petits propriétaires sans droits civiques , et les artisans réunis en collèges ou corporations industrielles : cette dernière classe, peu nombreuse , car Findustrie était presque exclusivement livrée aux esclaves, ne comptait guère que des affranchis ou fils d^affrancbis, et n^avait encore que peu d'importance sociale ; la classe des petits propriétaires n^en avait plus. Apres avoir été la force et la vie de la société antique, elle avait disparu en Italie et décroissait partout, devant la plaie croissante de T esclavage et les envahissemehs de l'aristocratie territoriale. Là était le mal qui rongeait FEmpire, mal incurable, qui ne gisait pas seulement dans des formes politiques et administratives , et qui survivait et
grandissait à travers toutes les révolutions de pa* lais et de prétoire. Rien n'était moins complexe que Tadministration impériale : Pempereur n'avait pour tout délégué civil dans chaque cité qu'un comte , magistrat qui réunissait les attributions administratives , judiciaires et financières , et relevait du recteur ou président de la province , subordonné à son tour au préfet du prétoire des Gaules. Le comte représentait l'empereur auprès du sénat , qui avait la haute main dans tes affaires de justice et d'administration de la cité , et auprès de la curie , chargée des fonctions municipales , de la répartition et perception des impôts >, de la levée des oontingens militaires , etc. Une telle organisation ne semble pas bien oppi^^sive/et pourtant le monde romain était en proie k des misères bien profondes, et ces misères remontaient peu à peu d^s rangs inférieurs jusqu'à la classe des ouriorles^ qui devait être ruinée et annihilée k son tour , les charges de l'état augmentant sans cesse en proportion inverse des ressources des citoyens. La population libre des Gaules, si considérable lors de la conquête et sous les premiers empereurs , diminuait sensiblement ; beaucoup de petits propriétaires, accablés par les impots et évincés de leurs terres saisies par le fisc lorsqu'ils ne pouvaient payer , rompaient tout lien avec une société qui ne savait plus protéger l'existence de ses membres, se jetaient dans les bois et dans les montagnes , péle-méle avec des esclaves fugitifs , et faisaient la
84 HisTOine
gua*r<i aux officiera de l'empereur , aux rickes, aur grands, k tous les privilégies S
Quant à Taristocratie, à TaltHri des eouffranees matérielles des autres classes , elle avait ses souf^ frances et ses angoisses a die : blasée , usée , dévorée d'^inui au milieu de sa gigsmtesque opulente , elle flottait du matérialisme le plus morne aux foUes exaltations de la magie et de la théurgie, cherchant des émotions partout et à tout {xrix , dans les nobles jouissances des arts et dçs lettres comme dans des orgies féroces , dans le délire du crime comme dans le sentiment du danger, comme dans Ta^pect du glaive de Damodès étemeUement suspendu sur toutes les hautes tètes par la défiance du prince ou par la fureur aveugle des guerres civiles*
Cependant / grâce k la situation gâiérale de la société, une religion nouvelle , qui promettait aux pauvres et aux opprimés la liberté et le bonbeur , sinon dans la. vie présente , du moins dans une autre, et qui offrait un but d'activité au scepticisme douloureux des puissans , marchait de progrès en progrès ^ et étendait chaque joiu* ses eeviquétes pac^ques. Le christiapisme avait, dit-on, compté quelques confesseurs en Gaule dès Tannée 177 de notre ère , vers le temps oii les célèbres martyrs Gervais^el Protais furent suppliciés à Milan ; mais
' On les appelait les &o^at»ie«,du^alliqae hagai, attrou- {>eineat, rasseinblement.
Dft SOISSONS. 8S
ce ne fut que plu» d^iin siècle après , cjue TEvan*- {pie pénétra dans la Belgique avec éclat pour h^en plus être exfmlsé. Les noms des hommes qui furent les insiruinens de la réYoUilîon religieuse dans la cité des Suessons et dans les contrées voisines , sdttt parvenus jusqu'k nous , et ne sauraient être révoqués en doute; mais les circonstances et les dates sont beaucoup moins certaities, et il est assez difficile d'établir si les apôtres de la Belgique subirent le martyre au commencement ou k la fin du règne de Dioclétien et de son collègue Maximien- Hercule; Fopinion de la plupart des écrivains ecd^iastîques et des historiens locaux se partage entre deux époque distantes Tune de Tautre d'une quinnaine d^années : 287-288 , et 302*303. On rencontre des deux côtés quelques sérieuses difficultés : suivMit le témoignage du célèbre Eusèbe de Gésatée, Diociaien, proclamé empereur en284, lot très favcnrable aux chrétieps-dans les premières années de son règne^ et leur donna long-temps accès à toutes les fimctions de la cour et de Tétat , ce qui semble repousser Thypothèse d'une persécution cruelle en Bdgique, vers 287. On pense généralement que le fameux édit de proscription contre le cfaristiaÈnîsmê ne (ut publié qu'en 303 , et cetW date favoriserait la seconde opinion; mais, en cette année , c'était le César Constantius-Chlorus qui commandait dans la Gaule , sous Tautorité des deux Augustes Dioclétien et Maximien/ et Thumanitéde ce prince, sa bienveillance pour les chrétiens , font croire qu'il dut se borner a interdire
le culte public en exécution dePédit, sans poursuivre avec acharnement les sectateurs de la foinou* velle ; on pourrait avancer ^ pour justifier la première date (287) , que Maximien , qui sëjouma presque toujours en Gaule de 285 à 290, persécuta les chrétiens en Occident , tandis que Dioclétien les tolérait et les accueillait encore en Orient, si le bon accord qui régna toujours entre ces deux empereurs ^ n^éloignait cette supposition. Une troisième version , moins accréditée, mais plus satisfaisante peut-être qi^e les deux premières , s^interpose entre elles , et place le supplice des apôtres de la Belgique, en 296-297, lors d'un voyage de Maximien en Gaule ; alors, les bonnes dispositions dç Dioclétien avaient été changées par Tinfluence du César Galérius,son fils adoptif, et, quoique Constantius fût déjà César en Gaule, son autorité dut s^effacer temporairement en présence de VAuguiie Maximien , qui put sévir sans obstacle centre le$. chrétiens ^.
Les faits , tels que nou$ les ont transmis les légendes religieuses , n^ont pas une certitude plus absolue que les dates : Thistoire c^t néanmoins se garder de les négliger ; les circonstances extérieures de ces faits ont été altérées par le temps et transfigurée^, pour ainsi dire, parTimaginationdes
' Les auteurs du Gallia ChrisHana, Tillemont , Baillet , D. Grenier, Tauteur de Vhist. du Falots , placent le martyre des apôtres de la Belgique en 287-288 ; Marlot , Donniay, etc. Vers 303 ; Golliette, auteur des Mémoires sur le Vermandois^ et quelques autres, eu 206 297.
légendaires ; chacune des églUês-mèreê de Belgique voulut que son fondateur n^eùt rien k envier. 9UX patrons d«s églises voisines en fait de souffirances et de miracles ; une sorte de merveilleux uniforme enveloppa donc )es actes de ces saints personnages, dont les passions se ressemblent comme jutant de calques d'un type unique ; mais y k travers cette espèce de poétique convenue , brille Tesprit des premiers âges religieux, conservé avec fidélité par les vieux agiographes monastiques. On n'a d'ailleurs nulle raison de rejeter le fond des traditions de toutes nosvilles du Nord, traditions qui se prêtent un mutuisl appui , et qui présentent un ensenoble fort admissible.
Ce fut donc , selon les légendes religieuses , avant la ^n du troisième siècle, qu'un certain nombre de jeunes gens , romains ou italiens (ils étaient douze , dit-on , en mémoire des douze premiers apôtres), allèrent demander a Tévéque de Rome ^ auprès du tombeau de l'apôtre Pierre % l'impo^
' Ad sanctum Pefrum aposfolum in episcopum benedictus^ etc. Acta sancti Memmii, ap, Boîland. — C'est-à-dire» bini comme èvSque ou oonscusré évéque ptès ds Si-Pierre apo" ire, poar signifier près du lieu sa ikUeni les restes de «Slf- Pierre» Dee manascrits des Actes de St-Memme , apôtre do Châlons, où se trouvent ces paroles, portaient fautivement : à sancio Peiro pour ad tanctutn Petrum , ce qui jeta dans une lourde erreur le vieil historien de Féglise de Reims , Frodoard, et lui persuada que St-Memme, ainsi que StSixte et St-Synice , premiers évéques de Reims et de Soissons ,
dtion des mains et le bâton de Nro'yage. Après cette simple et auguste cétémoni^ y ^ui leur avait con^* férë la mission apostolique , ilis prirent le chemin àû la Gaide, ^en recrutant sût leur route des hommes enthousiastes et dévouer comme eux. Quel* ques^uns s^arrétèrent dans le Midi , oh. leur$ noms sont demeurés fameux, tels (Jue Trophime à Arles, Martial à Limoges , etc. ; les autres gagnèrent la Seine, FAisne , la Somme, et se partagèrent la Belgique. Deux frères appeléi» Qnspinus (Crëpiti) ^ Grispinianus (Orépinien)^ q[ui, sans avoir reça le caractère de prêtrise , s'étaient joints aui premiers missionnaires , s'établirent k Augusta des Suessons, et commencèrent k y prêcher la foi : ils n'eurent pas d'abord grand succès; personne ne voulait les héberger ni les fréquenter, de peur d'encourir l'animadversion des officiers impériaux; Car les temps étaient durs pour les ckrctiens* L'hostilité dé Maximien et de Galérius , qu'ib avaient fini par inspirer k Dioclétien, était d'autant plus redoutable qu'elle ne reposait point sur un caprice despotique; ces deux princes voyaient avec e&oi les progrès d'une doctrine qui tendait k renouveler la face du monde , et ils persécutaient le christianisme par la même raison qu'Auguste et Claude avaient persécuté le druidisme, conmie in •
avaient été enToyés parSt-Pierreen personne dans la Gaule, dés le milieu du I" ûècle. Baronius, Marlot, etc., ont copié Terreur de Frodoard.
coiUpatible non-seulement avec la foule de dieux entasse» dans le Panthéon romain, mais avec les bases de la civilisation' romaine ; ûs cherchaient a étouffer la religion de Favenir , comme d^autres avaient détruit la religion du passé.
Le gouverneur qui , sous le titre de Consulaire, f'égissait la Belgique, Riccius-Yarus, secondait avec un zèle impitoyable les intentions de Maximien, et chacun tremblait de s^ exposer ^ sa vengeance. Crépin etCrépinien, ne trouvant Thospitatité nulle part, résolurent de vivre du travail de leurs mains, selon le précepte de V apôtre , et apprirent le métier de cordonniers. La légende, voulant faire de ses héros des hommes extraordinaires en toutes choses , prétend qu^ils surpassèrent tellement les autres cordonniers, que beaucoup de gens les eu* rent en adhiiration , surtout parce qu^au lieu de faire valoir leur talent , ils ne fixaient point de prix à leur travail, se contentant de cequ^onleuroffirait. QuiquUl en fût de cette vogue, les deux frères profitèrent des telations que leur donnait leur profession pour insinuer leurs croyances a tout ce qui les approchait, et acquirent peu à peu bien des prosélytes. Us n^ exercèrent pas long-temps en paix leur mission , et de sinistres nouvelles leur arrivéretit de toutes parts : les rigueurs du pouvoir devenaient de jour en jour plus cruelles ; une légion entière de chrétiens d'Egypte (la Thébaine) avait été passée au'fil de Fépée dans la vallée Pennine (le Valais) par Tarmée de Maximien, pour avoir re-
fusé de concourir à Foppression des cfarëtiem gaulois qui étaient très nombreux dans les provinces méridionales. La Belgique fut bientôt ensanglantée à son tour ; c^était parmi les classes inférieures des grandes villes que le christianisme se propageait plus rapidement, et Trêves, métropole de la Belgique , et la . plus populeuse cité de la Gaule , s'éts^t remplie de sectateurs du Christ. Riccius-Varus y porta la terreur par des exécutions multipliées ; puis il continu^ de poursuivre les novateurs dans Tintérieur de la province. Quintinus ou Quentin, jeune homme appartenant à une famille sénatoriale , qui avait prêché avec succès dans les cantons riverains de la Somme , fut supplicié avec des circonstances effroyables , à Augusta des Y éromandues ; Piaton eut le même sort chez les Nerviens (k Toumay) ; beaucoup d'autres encore périrent ; le prêtre Maur, Timothée, Apollinaire, avaient été mis à mort chez les Rèmes avec une cinquantaine de néophytes ; la persécution franchit bientôt les limites delà cité des Suessons.
Riccius, suivant les actes de Sainte-Macre , étant vequ sur le territoire de la cité d' Augusta , fut averti qu^une vierge, appelée Macra, enseignait incessamment le Christ aux incrédules : il la manda, devant son tribunal.
-^J'apprends, femme, que tu prêches aux hommes des superstitions nouvelles, comme si un crucifié pouvait être à la fois Dieu et homme. Je veux
bien qu^ tu saches qu^une loi a été portée par les très augustes empereurs , laquelle condamne a des tourmens insupportables quiconque refuse de saluer et d'adorer les images de Jupiter. C'est pourquoi prends-garde a toi , de peur de perdre la fleur de ta jeunesse. Si ta acquiesces k mes avis , et que tu sacrifiesaux dieuxinvinçibles, tu recevras honneurs et^ richesses en récompense.
— Mes trésoi^ sont le Christ> fils de Dieu, auprès de qui tu es déjà condamné : que ton or et ton argent soient avec toi en perdition !
Riccius alors la fait torturer , puis Finvite derechef à se tourner vers le Capitole et à sacri^ fier.
— Le Christ est mon capitole: ma passion me vaudra la couronne de la vie éternelle ; je vais \oîr les biens du Seigneur dans la terre des vivans!
Le Consulaire^ , lassé de cette constance , demande alors à ses assesseurs (apparemment les sé-
' Le« Acte» de Ste-Macre , ap, BoUand. 6 janvier , d*oa ce récit est tiré j qualifient Riccius de président {prœses); maÎ8 c'est uue faute du légendaire. Les gouyerneurs des provinces viennoise, lugdunaise, bélgique et germaniques, 'portaient le titre de consulaires , et ceux des autres provin* ces, le titre de présidons, Yoj'lsi Nota, digniiat. Imperii. Les actes de Ste-Macre , insérés dans le recueil des BoUandistes 9 furent extraits par Nicolas Beaufort , chanoine de St- Jean-des-Vigues de Soissons , d'un vieux manuscrit conservé à Braine.
natetirs de la cité suessonne) ce qu^il feat faire d^une chrétienne si obstinée* Macra est condamnée il être bràUts Tire : en la conduit dans une île nommée Litia ^ oii le rqisseau diAtida ( la Nore ) se jette dans la V esle, toat près de Fifieê ou Fîmes , sur r extrême frontière des Suessons «t des Rèmes; la, on la dépouille de Ses vétemens et on lui coupe les mammeUes ; puis on la ramètie en prison jusqu^au lendemain. Mais la nuit, Toici qu'une grande lumière éclaire le cackôt ; les murs tremblent et cbancelleut , les gardes s'enfuient et vont raconter ces prodiges au gouvenieur. Pendant ce temps un vieillard , coUTert de long cheveux blancs, portant un onguent d'une merveilleuse odeur y se présente à la captive ^ et lui dit : •^*- Voici que je suis envoyé vers toi par mon seigneur Jésus-Christ pour guérir ton sein avec cet onguent.
Mais ellerefuse de se laisser guérir^ de crainte de perdre h couronne du martyre.
— Le Seigneur sait que nul remède chanpiel, ni aucuiie dhose iàventëe par Part des hommes à Tusagé de ceux qui souffrent , n'a jamais touché mon corps. Si ta volonté, Seigneur, est que je sois guérie I je sais que t^ parole suffit pour une telle œuvre.
A peine a*t*^elle parlé , que ses blessures sont cicatrisées, et que la trace même en a disparu» Le lendemain , elle reçoit la palme du martyre.
Cette légende est très curieuse , non pour son
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merreitteox qoi se retrouve daiu mille autres histoires du même genre , mais pour son caractère moral. On y voit jusqu'à quel excès le$ premiers chrétiens, ou du moins certains d^entre eux, poussaient la réaction contre le sensualinDe des payens. Macra parait regarder comme péché tout recours a ia science humaine contre les maux physiques^*
Gr^in et Grépinten apprirent , * peu dç temps après , que deux de leurs amis et compagncms , éta«^ hlis à Basiiica (Basoche) près de Fimes , . étaient devenus aussi victimes des bourreaux de Macra.* Rufinus et Yalérius , employés aux magasins de la réserve publique (gr ema*s d'abondance) de Basiiica , figuraient parmi les plus ardens propagateurs de TËvangile. Riccios, en passant par ce lieu où se trouvait un palais destiné a loger les préfets des Gaules et les gouvemeiurs de Belgique , ordonna l'arrestation des deux préposés rebelles k la volonté impâriale : Bufinns, et Yalérius se cachèrent en vain dans une crypte voisine de la grande route ; ils n'échappèrent point aux recherches des satellites du gouverneur , et Biccius les fit décapiter'.
' Les restes de la sainte , inhoipés au lien même où elle avait été snppliciée , furent transférés pins tard dans une chapelle consacrée à St-Martin, et ce ne fut pas avant le règne de Gharlemagne qu*on érigea à lunes une basilique sous Tinvocation de Ste-Macre. GalUa ehriêtianay t. iXyp. 3.
* SurTcmplacement du château de Basoche , selon Topi-
Grëpin et Crëpinien attendaient leur sort, sans tenter de s^y soustraire : Riccius Tint à Augusta ^ et les envoya prendre par ses soldats, qui les trouvèrent occupés \c<yudre les chaussures des pau^ vres gens. Ils déclarèrent hautement cjuUls adoraient le seul vrai Dieu , et non Jupiter , Apollon , Mercure ou telles autres mon^ruonï^ {porténta\ Riccius les envoya devant Maximien , qui était arrivé en personne a Aug;usta des Suessons , et descendu au château de l^Balistaria (ou d^Albastre); mais la présence de TEmpereurne les intimida pas et ils confessèrent à haute voix leur croyance.
— Issus d^une famille honorable de Rome, nous sommes v^us en Gaule pour Tamour du Christ, qui est, avec le Père etTËsprit-Saint, unSeulDicii créateur de toutes choses, régnaût dans les siècles des siècles !
Maximien, conformément à Finvariable usage des tyrans payens du martyrologe , emploie tourà-tour promesses et menaces afin d^ obtenir une apostasie ; mais les deux frères :
— Tu ne nous épouvanteras point , nous pour qui le Christ est la vie , nous pour qui la mort est un bien : donne aux tiens les biens et les honneurs que tu nous offres ; nous avons depuis lopg-temps méprisé toutes ces choses à cause du Christ , et nous nous réjouissons de les avoir méprisées. Toi
nion commune; à Qaiacampoix , suivant une autre version.
aussi, si tu connaissais et si tu aimais le Christ , tu dédaignerais non-seulement les richesses et Tempire même, mais aussi le vain culte des démons ! Mais, si tu persistes dans ces vanités, tu seras précipité au fond du Tcvrtare avec ces méchans démons dont tu adores les simulacres.
— Cessez de corrompre mes peuples , repf end r empereur : qu^il vous suflBse d^ avoir causé la perte de tant de gens par vos maléfices et vos séductions!
"— - Ah! malheureux/ tu renies le Dieu de bonté, qui t'a laissé, toi indigne, t'élever k Tempire, tandis que tu t'efforces inutilement de détruire sur la terre son règne immortel! »
Maximien les rend à Riccius-Varus quMl charge de leur châtiment , et le Consuladre déploie a leur égard un luxe de tortures extraordinaire. Les agiographes ont fait de ce persécuteur des chrétiens belges un être d'une cruauté vraiment fabuleuse. Riccitts ordonne d'abord qu'on batte de verges les deux frères: eux, contemplant dcms leurs Ames les choses célestes , implorent l'assistan* ce du Christ. Riccius, irrité de les entendre prier au lieu de pousser des hurlemens de douleur , commande qu'on leur enfonce des aiguilles entre les ongles et la chair , et qu'on leur découpe la peau du dos en courroies. ... Les aiguilles sautent des doigts des victimes avec tant de vioience qu'elles' blessent ou tuent plusieurs des tourm^enteurs. Riccius alors fait jeter les martyrs dans l'Aisne froide
et glacée (c'était le 24 octobre) , avec de grosses pierres au coa : ils surnagent, et, ai^ilieu d'être gla* ces par le froid , se sçntent ravivés comme par ^n Ibain d'été ; ils se débarrassent des n^eules qu'on leur avait attachées aucou, et|;agnent l'autre rive. Riccius^ insensible a ces merveilles , fait rattraper let plonger dans du plomb fondu Crépin et Crépinien. Alors, du milieu delà cuve ardente , ils s'écrient : <c Secours-nous , Dieu notre sauveur , et , pour l'honneur de ton nom, délivre-nous, de peur que les nations ne disent : où est leur Dieu? »
Une goutte de plomb brûlant jaillit aussitôt dans Fbeil de Riccius-Varus et l'éborgne. Le |;ouverneur n'en devient que plus furieux : loin de ce if^ndre \, ce rude avertissement et de chercher le refnède de son corps et de son âme , il fait bouillir péle-i^le de la poix, de l'buile et du souffre ; on y rejette les deux confesseurs; mais un ange les en tire sains et saufs* Riccius, pour lors , tourne sa ra^e contre lui-même , et prend le parti de se précipiter dans le feu qui n'a pas voulu consumer ses victimes^
On reconduisit Crépin et Crépinien en prison ; mais, dans la nuit, il leur fut révélé d'en hqmtquils recevraient, à l'aurore suivante, la récompense de leur labeur ; en effet, Maximien, peu touché du sort de Riccius-Varus^ donna ordre Iq lendemain de leur trancher la tête , ce qui fut exécuté , suivant la tradition, derrière le château, dans la plaine dite depuis de St-Crépin-en-Chaye , entre les prisons de la cité et la rivière d'Âi^ne.
Leurs corps furent laissés sur la grève pour elre dévorés par les chiens et les oiseaux de proie ; mais, étant sous la garde du Christ^' ils ne souffrirent nul outrage. Tandis qu^ils étaient là gisans, un ange apparut en songe a un vieillard de la ville, appelé Roger*, et l'avertit d'aller recueillir les restes des maints martyrs pour leur donner la sépulture. Roger se leva sans balancer, et s'en plia avec sa soeur Pavia , qui était aussi de grand âgfi , au chan^p de l'exécution : la demeure de Roger et de Pavia n'étant pas éloignée de la ^'ivière*^ les corps saints pouvaient être transportes par eau ; mais. Qç? pauvres vieillards n'avaiej;it point de barque, ©l ^eus^eirt point eu d'ailleurs la force de
' Ce nom tudeaquo de Roger oa Rotgher noa8 avait paru d*abord asse^ suspect ; cependant les relations qui estfstaicnt entre les Oermaips des deux provinces germaniques et leurs voisins belges, peuvent expliquer cette circonstance ; d'ailleurs, Maximiéh aVtiit récemment transporté beaucoup de FranS,0 ecd^atttreé Germains, en qualité de létes on Colons, dans rintérieuir de la Belgique , sur les terres incultes des cités tréviroise et nervienne.
* La maison de B^ger était , dit-on , à Tendroit où fut établie Véglise des Filles de la congrégation Notre-Dame 4 en 16*22; quant au logis des deux saints , le chanoine Dormay, qni écrivait il y a prés de deux siècles , se raillait déjà de ces gens ^i vous menireni des maisons où ils croient que les sainiê ont euleurbautique^ et des càvee où iie dieeni quih ont prêché Viva^gUe*, Du temps de domOveaier , quelques anoée^ avant la Révolution, on montraU encore une prétendue maison Creepinei, La critique n^a rien à voir là,
diriger uiie barque contre le courant du fleuve. Us allèrent cependant , trouvèrent les corps et aperçurent une nacelle abandonnée près de la rive. Saisis de grcmde confiance ^ ils prennent chacun un des cadavres, et animés d'une vigueur miraculeuse, ils marchent d^un pas si assuré qvCils semblent non point porter des fardeaux , mais être portés par leurs fa/rdeausc ; ils déposent l'es corps dans le bâtelet, vont contre le fil de Teau sans gouvernail et sans rames, débarquent en face de leur logis , et y ensevelissent clandestinement à grande joie les bienheureuses reliques *.
Telle est la légende des apôtres du Soissbnnais : le lecteur éclairé distinguera facilement le fond vrai et touchant de cette vieille tragédie chrétienne sous le merveilleux qui le voile; mais il était du devoir de Thistorien d'exposer la tradition dans toute sa naïveté , telle que Tont crue nos pères , telle que Fout reproduite les monumens de la religion , des arts et de la littérature catholiques ', telle enfin qu'elle passa dans la mémoire, et, pour ainsi dire, dans la vie de tant de générations.
Cinq habitans de la cité des Suessons , convertis par Crépin et Crépinien , imitèrent, dit-'on, la
' jicêaSS. Crispinie^ Crispiniani, ap, Surium,- de Prohaiis Sanciùrum FlHs ; au 36 octobre.
* Un de8 plus anciens drames du Moyen-Âge e»t le Myêtère de Si.^Crespin et St.-Cre^men , pablio, en 1836 ^ par MM. DessaleB et Chabaille.
constance de leurs maîtres au milieu des toucmens: la tradition y dont Tauthenticité est contestée par les a{^ogra{dies |es plus dbtingués , nomment ces prétendes ipartyrs Quadratus, Qaudianus , Roga- .tus , Carisius et Mercurius«
La Tiolence de la persécution ne tarda point à se ralentir : si' le supplice des apôtres de la Bel|;ique eut lieu dans les années 296-297 , durant le séjour de Maiimien en Gaule, il est probable qu'aussitôt après le départ de l'empereur , la tolé*^ rance du César Constantius*Ghlorus permit aux chrétiens de respirer , quoique ce prince ne pût s^opposer ouyertement au redoutable édit qui fut rendu au commencement du lY* siècle , et qui frappa tant de victimes en Orient. Ce fut selon toute apparence , dans Tintervalle écoulé entre la mort des martyrs et T abdication de Di(9blétien et de Maximien (an 305), que deux saints personnages. Sixte et Synice, arrivèrent dans le pays des Rèmes et des Suessons.; ils avaient été revêtus du caractère épiscapal , soit par le pape de Rome^, soit par quelque évéque du midi de la Gaule , et chargés d'aller réconforter les fidèles des cités rémoise et suessomiaise privés des apôtres qui les avaient convertis au Christ. Il est raconté , dans
' fyUcopoê, êurveUlani ; le prêtre qui surveille et dirige les autres prêtres ; papa y père ; ce titre, dans les anciens temps, n^était point Papanage exclusif da pontife romain , etsc donnait à tooft les é? éqoes.
les Adtes de Saint-Sixte et de Saint-Synice^ que les deux martyrs Grepin et Crépinien , ce malgré leur assomption dans le repos céleste , s^iiitéressant à ce que leur œuvre ne deiùeurât point inachevée sur la terre, se montrèrent par vision au pontife romain, et l'invitèrçnt à envoyer, vers les brebis gagnées au Seigneur par leur sang , des pasteurs aclife et courageux pour en prendre soin. )) Le pape, tout ému de cette apparition , convoque les prêtres de Rome afin de choisir ceux qui seraient envoyés en Gaule , et , de Tavis de tous , Sixte eât ordonné évéque a cause de sa grande prudence et de sa mansuétude ; on lui adjoint le prêtre Synice, et ils se rendent ensemble à Durocortorum et à Augusta^.
' jtp, Bollandj Fehruar%i\ t. 1. — Ces actes furent rédigés 8ar de vieux manuscrits conservés à Notre-Dame de Reims et à St-Nicaise de Reims ; un autre manuscrit , qui se trouvait à St-Grépîn-le-Grand de Soissons , ftit détruit lors du sac de cette abbaye par les huguenots ^ suivant Michel- Bertin etRousseau-Desfontainos.
* Un manuscrit de St-Jean*des-Vignes , cité par Dormay , nomme Marciellusle pape qui aurait envoyé les deux saints. Ce dut être plutôt le prédécesseur de Marcellus , Marcellinus, qui exerça lepontificat de Tan 296 à Tan 30S. L'époque de la mission de Sixte et Synice a été vivement controversée. L*opîniun qui fait des deux missionnaires les délégués de St-Pierre lui-même , est insoutenable; mais une autre Torsion , qui place leur venue dans le courant du IIP siècle , avant le martyre de Crépi n et Crépinien , compte assez de
Mal reçus d^abord , à ce qu^on prétend , dans la cite des Rèmes, ils se rendirent a Augusta des Suessons , et y trouvèrent pleine de vie et d'ardeur la petite église fondée par (^répin et Crépinien. Les deux vieillards Roger et Pavia, qui avaient quelque temps caché avec soin aux impies le trésor enfoui au fond de leur demeure , Tavaient joyeusement révélé aux fidèles aussitôt que le plus grand péril fut passé, et les chrétiens affluaient déyotieusement dans cette humJble maisonnette {tuguriam) ^ plus honorée qtte cour ou palais de roi. Ce fut la première maison^ de -prière qu'eut le christianisme dans la ville 4es Suessons : cette maison fut changée en un oratoire ou chapelle dédiée sous Tinvocation des deux frères martyrs ( remplacée au XYIJ.
partisans, et s^appuie sur le témoignage du célèbre Uincmar, archevéqne de Reims au IX* siècle, qoi, dans sa lettre à son neveu Hinemar de Laon , dit SixU de JI^mim envoyé par Sixte de Rome. Le pape Sixte EL , désigné sans donte par Hinemar, remplit les fonctions apostoliques en 357-258. Dormays^st rangé de ee sentiment, inconciliable, qnoiqn^il cndi^, avec les traditions consignées dans les Actes de Si-Grépin, tout aussi bien qu'av^ec les Actes de St-Sixte et St-Synice, recueillis par les Bollandistes. H y aurait une distance inexplicable entre ces premiers évéques et leurs successeurs du lY* siècle, ^ous avons adopté sans hésiter lopinion qui n'amène ces deux prélats qu'après le supplice des mactyrs; elle a été embrassée par les BoHandintes , par les auteurs du Gallia ChrUHana , par Tillemont , Baiilet , Sirmond, de Launoy, Lebeuf , ainsi que par Micbel-Bertin , dans sa conUnuaHon tnanuêcrite de BerleHe.
siècle par Féglise des Filles de la Congrégation). Quelques années s'étaient écoulées : Constantin , fils de Constantius-Chlorus , était devenu empereur dans la Gaule en 306 , et, quoique ce prince h^eùt point encore publiquement embrassé la foi chrétienne, le culte s'exerçait librement partout, etPérangile triomphant se propageait avec rapidité. Les prscmiers chrétiens avaient les cimetières en^^rande vénération et s'y réunissaient souvent pour prier , ^oitparceque ces lieux funèbres et les pensées qu'ils inspirent étaient en harmonie avec le génie mélancolique de la religion nouvelle , soit parceque les magistrats, avant la pleine liberté du culte, toléraient plus volontiers les assemblées religieuses dans des endroits situés hors des murs que dans leur enceinte (on sait que les lois romaines interdisaient rétablissement des cimetières dans l'intérieur des villes). Les chrétiens d'Augusta avaient un cimetière dans le faubourg de Crise , au sud*est de la ville : peu de temps sans, doute après Favè- Aement de Constantin , ils y transférèrent par eau les restes de leurs apôtres Crépin et Crépinien , et les vénérables reliques voyagèrent cette fois siir l'Aisne , non plus dans l'ombre et le silence de la nuit , mais au grand jour, au chant des psaumes et aux acclamations populaires* La légende raconte qu'au moment où la ne/* qui portait les corps saints aborda au rivage , un enfant , aveugle , sourd et muet, ayant touché la couverture de la bière des
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martyrs, ftd guéri inamUnenJk , et se joignit^ en louant Dieu , à la foule des fidèles ^.
Les reliques furent déposées dans une crypte ou cadeau , au-dessus dnijoel on érigea un ora* toire, et, chaque année , au 25 octobre, on célébra la commémoration des deux martyrs.
On pense queSixteetSynice présidèrent à cette trandatioa, et que les deux pastemrs gouvernèrent indivisément le troppeau des fidèles rémois et suessonnais^, jusqu'à la mort de Sixte , qui ne tarda guère. Synice, voyant alors le nombre de se$ oliailles infinimei^ accru et jugeant nécessaire de séparer les deux églises, se fixa 2i Durocortorum des Hèmes , et, du consentement des chrétiens suessonnais , conféra Tépiscopat dans leur cité à Divitien ou Divitianus, qui était, dit-on, son tieveu. Syiftce ne survécut pas long^temps a Sixte , car , en 314, révéquedesBèmessenonmiaitBétausius^, et un autre prâat, Amantius , avait siégé entre Synice et lui.
<]!epeiidant la-idctoire de Févai^e était complète : Gcmstaiitin, après avcHr embrassé le christianisme, avait vaincu ses com^titeurs et réuni
^ Aeta SS. Crispini et Cri^nniani , ap. Smrium. Dormay fNPéleiid que, de «od temps, une croix plaatée 'prés de la mière, marquait encore l'endroit où Ton débarqua les corps; Histoire de Soiêsons , t. 1. p. 108.
* C'est le tentîmeui de Tillemont et des aalewrs da GaUim ChHêiiana. D'autres fbnl de Sixte le premier évéque de Reims , et de Synice le premier éirêque de Soissons.
l^Empire tout entier dans sa main : les vieux insignes de Rome , l^aigle de Jupiter et la louve de Romuluâf, disparaissaient devant le labarum et le monogramme du critcifié ; la nouvelle société religieuse, investie d^une existence légale, s^organisa en face de la société politique qu^ette tendsût ii absorber dans son sein. A chaque cité y régie par un comte, correspondit xm diocèse épkcopaP: a chaque province , administrée par un gouverneoir (consulariSy prœées etc.), correspondit un évéehé métropolitain , dont le titulaire avait le privilège de CQi^férer V ordination épiscopale aux autres évéquesses comprovinciaux , de les convoquer en synodes pour délibérer des affaires de TÉglise , etc. Vers la fin du règne de Dioclétien* ou l'avènenement de Constantin, la Belgique, dont on avait déjà retranché les deux Germanies dès lesprenuers temps de l'Empire, avait été partagée en deux provinces f la première et la seconde iKelgiqueS;,
. ' Le terme dé diocèse, grec d^origine , ne déôgaait d'abord que le8 grandes divisions administratives ou religieuses comprenant plusielit^ provinces; on l'appliqua ensuite à tous les districts épiscopaux , appelés très long-temps paroûsea {paroohim)>
* Si Ton s'en rapporte aux légendes religieuses, («tnoiis ne voyons pas pourquoi l'on repousserait leur témoignage), la Belgique ne formait enoorc qu'une seule province du temps de Riccios-Varos, puisque ce persécuteur des chrétiens est représenté comme exerçant ses fonctions à Tréycs aussi bien qu'à Reims et àSoissons.
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ayant pour métropoles Augusta des Trévires et Durocortorum des Rèmes , ou, comme on les appela plus hrièyement, Trêves {Treviri) et Rèmes ou Reims (Rémi). Uëvéque de Durocortoioun fut le métropolitain (ce qu^ on nomma plus tardrarche^véque), des douze évéques delà seconde Belgique, et Tévéque d'Augus4a des Suessons tint le premier rang après lui, de même que la cité des Suessons tenait le premier rang après la cité métropolitaine des Rémes entre les douze cités de la province : les dix autres étaiaait, par ordre de préséance : V celles des Catalaunes ou Catuellaunes (Cbâlonnais) ; 2^ des Véromandues (Yermandois); 3^ des Atrébates (Artois) ; 4^ des Camaracensiens (Cambrai^s) ; 5® des Turnacensiens (Tournaisis) ^ ; 6P des SyWanectes (Seblis); 7® des Bellovakes; 8^ des Ambiens ; 9* dasMorins ; 10^ de» Bononiens (Boulonnais)'.
Yis-k-yis des autorité&impériales et municipales, s'éleva donc un pouvoir nouveau , qui devait leur survivre, et dans lequel se réfugia, en quelque sorte toute la vie de la société. L'organisation de ce pouvoir , qui, durant le lY'' siècle, se renferma exclusivement dans la sphère intellectuelle et morale, fut d'abord puremept démocratique : les évéques
' La cité des Nerviens ayait été partagée en deux pour former celles des Cambraisiens et des Tournaisiens.
* Le Boulonnais était un démembrement de la cite des Morins.
étaient ëhis par l'assemblée des fidèhs du diopèse, c^ est-à-dire des chrétiens baptis& et vivant dans la communion de l'élise , tant laïques que clercs ^ , eng^ages dans les divers degrés des ordres sacrés (lecteurs, sous-diacres, diacres^jor^e^ouancieiis); l'évéque élu recevait ensuite Tordination des mains du mikropolitatn, qui lui-même avait ^é ^lu par les fidèles de la eité métropolitaine et par les évéques compro vinciaux , et qui reeonnaissait une certaine suprématie a Tëvèque patriarche. On sait que la chrétienté était divisée en quatre , puis en cinq patriarcbats ; le plus vaste étaitle partriar- <;liat d'Occident ou de Rome , dontrévécpie , successeur de Tapôtre Pierre , et fixé dans la vieille capitale du monde, devint le chef de l'église catholique. Les évéques , sauf ces différences honorifique», étaient égaux entre eux, dans ce sens qu'ils ne pouvaient empiéter les uns sur les autres, ni élve déposés que paor les conciles provinciaux.^
Au-dessous des évéques étaient les archidiacres, chargés d'attributions très^importantes : ils tenaient en éveil la charité des fidèles vis-a-vis de leiurs frères malheureux , dirigeaient la distribution des aumônes faites, soit avec les revenus de rÉglise , soit avec le prodiût des collecta et des dons publics et particuliers , et prenaient soin des
' Clercs ; clergé ; da grec cl^m ; «ort , part ,• loi ; « parce qu'ils ont la bonne part, parce que le Seigneur est leur part t » disent St-Jéromc etSt-Isidore.
infiimes, des veaves^ des orphelins dont les noms étaient inscrits sur im re^^istre appelé ftaUrùmle ; caria prâaitiTe société dbréti^cme croyait devoir à ses membres le pain de la vie matérielle comme cdoi de. la yie ^iritoelle. Les archidiacres yeillaiôit aussi aux besoins des clercs , qui vivaient généralement sous une règle commune et à une màofte table , dite tahl^ oatiomoaU {mensa eano" nioa\ ce qui iait que les écrivains des premiers âèdes confondent fréquemment le titre de clercs avec cdoi de moines: Tinstruction des clercs, conmie leur ekitretien , était du ressort des archidiacres , qui cumulaient, avec leurs antres lonc* lions, hiehargeà^ écoldêree{schol€utiio{), c^ est-à-dire la direction des écoles ecclésiastiques. Chaque évéché fut divisé enpluâeursarchidiaconnés:révêchédes Suessonsen compta quatre : V le grand archidiaconné (ardiidiaconné de Soissons), comprenant le coeur du pays suesson ou soitsônnais proprement dit ; 2^ Farchidiaconné de Brie , formé des cantçns voisins de la Marne , pays forestier appelé , dans la Basse-Latinité , Brieium et Brigek/un ; 3^ l'archidiaoonné de Rivière (de Riparia)^ ainsi nommé parce qu^il avait son chef-lieu a Bemy- Rîvière , où était une villa cœsariana (maison du domaine impérial) elle bureau du péage de FÂisne; il renfermait les cantons occidentaux ; enfin 4®rarchidiaconné de Fère ou Fora (Tardenois et Ourceois).
Les clercs, qui régissaient les églises des campa-
gnes , ne portaient encore que le titre de prétr&F ^ et même de simples diacres remplissaient parfois cette fonction : les noms de curés et de paroisses n'étaient point encore en usage. Ceus de ces prêtres qui avaient autorité sur les autresse qualifiaient d*0rchipréireg. Il semble* que ce fut là 1^ origine des doyens; les archidiaconilés furent subdivisés plus tard en doyennés ^ Les églises paroissiales où Ton conférait le baptême et les autres sacremens, s'appelaient titres (tituli)^ désignation commune aux édifices religieux et aux édifices du domaine public, ot Vonnommsitprétres-cardinaiMa, c' està-dire jorm^fjoati^ , les clercs qui desservaient les principaux tituli ou paroisses, etformatent^en quelque sorte le conseil de l'évéque. Le sacré-oollége des cardinaux romaim n'était donc'originairement que la réunion des curés des paroisses de Rome. Tandis que l'usage de la dénomination de cardinal dbparaissait dans presque toute la chrétienté pour se concentrer à* Rome , les curés soissonna» eontinuèrent de s'appeler cardinaux jusqu'à nos jours>'
' Le grand-archidiaconné fat partagé en quatre deyea* nés ; 1® de Soîssons ou de chréUenté ( parce qa^il était au siège de l'évêché) ; 2<' de Yailly ; S*" de Ghacrise , et 4^ de Viviers ; rarchidiaconné de Brie, en doyennés de Ghâtillon' sur-Marne, de Château-Thierry, Orbais , Chézy, Dormans et Montniirail ; rarchidiaconné de Kîvière, en doyennés de Vic-Sur-Aisne, Gollioles , Béthizy et Bléraiicoart ; rarchidiaconné de Fére , en doyennés de Basoche, d*Oulcby , de Neuilly-St-Front et de Fére.
parlicutarité curieuse qui a produit mille hypothèses bizarres ou absurdes , faute de remonter aux vieilles op^es ecdésiastiques. Les tituli ou églises paroissiales avaient pour succursales des oratoires ou diacreries dans lesquelles on célébrait seulement la messe. L'importance des curés cardinaux diminua , lorsque les évéques commencèrent d'à- Toir près d'eux, dans leurs maisons, non plus seulement des diacres , mais des collèges de prêtres qu'on appela chanoine {canonici) ; les cardinaua de boissons conservèrent toutefois quelques traces de leurs relations primitives avec Tévéque^ et contmuèrent de siéger au-dessous de lui dans le sanctuaire de la cathédrale , lors de certaines fêtes annuelles , entre autres celle des patrons Gervais et Protaûs.
On ignore Tamiée de la mort de Févéque Divitismus: selon le Gallia Christiana, il £ut inhumé a St-Crépin , c' est-a-dire apparemment dans la crypte où reposaient les restes de St-Crépin , sous l'oratoire récemment bâli dans le cimetière du foubourg de Grise. On ne sait que les nows de ses deux premi»:^ successeurs Rufin et Fillan ; quant au troisième , Mercure , Mercurin ou Métaire , sa mémoire est associée a une phase emportante de l'histoire de TÉglise. Le christianisme, a peine vainqueur , était déjà en proie à de violentes querelles intestines: la chrétienté s'était divisée sur la grande question de la nature de sou fondateur, et, malgré la décision du concile de Nicée (an 325),
110 HISTOIHB
les Ariens, reconnaissant dans Jésus-GhrisI le verbe de Dieu , mais croyant ce verbe créé dans le temps connne les autres créatures et pai? conséquent inférieur au Père-Etemel ^ les Ariens luttaient avec opiniâtreté contre les catholiques. En 346, eut lieu à la Colonie Agrippiniûnne (Cologne), un concile d'évéques gaulois , où Mercure , évéque des Suessons , se fit représenter par un délégué : ;immédiatement après , Mercure se nût «i route pour le concile oecuménique convoqué à Sardique en Thrace par les empereurs Gonslans et Gonstsmtius , successeurs de Constantin-le-Grand ; car , depuis que les empereurs étaient chrétiens , c^ était le pouvoir impérial qui convoquait les conciles généraux, à la différence des conciles particuliers assemblés par les métropolitains. Mercure prit pai^t aux actes de ce concile , où les évéques occidentaux firent la loi , condamnèrent les principaux évéques d^ Orient comme fauteurs des Ariens , et vengèrent St-Athanase et ses amis des persécutions que leur avaient infligées les partisans de TArianisme (an 347). Au reste , cette secte, si puissante dans d^autrics provinces de TEmpire , se répandit peu diez les populations gallo-romaines.
Le bâton pastoral passa des mains de Mercure dans celles d'Onésymus, que TÉglise a {^cé au rang des saints : il est difficile de savoir lequel de Mercure ou d'Onésymefut témoin du dernier effort tenté en faveur du paganisme par F empereur Julien (an 361-363) ; mais , diaprés la vie de St-Onésy-