‹ Histoire de Soissons (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · DE S0IS80MS · texte numérisé non relu

DE S0IS80MS

me S cet ëvéqiie avait extirpé de son diocèse les. restes de Idolâtrie; c^ést-^à-dire sans doute qu'il: présida, ^daus lè tarritoire soissonoais, à la fermeture des temples et à la. proscription des cultes antiques décrétées par Femperem* Théodose ^ de 302

Les é^fices payens. furent détruits ou appliqués à d'autres usages ;-au temple d'Isis succéda, une maù «on de l'auméne chcétienne (aujourd'hui l'Hôtel-. Dieu)) et| près de l'emplacement du temple ruiné, fut peut-être construit dès ce temps^làuu oratoire 9 une diapelle , sous Tiavoçation de la Ste-Y ierge et de^t-Gervab et St-Protaîs , martyrs célèbres dont . les reliipies, a la grande j^oie de toute la chrétienté, venaient d'être découvertes à Milan, par St-^Ambrôise. Les chrétiens choisissaient de préférence, foâr élever les autds du vrai Dieu, les. «droits consacrés naguère à ces divinités vain-i ooes qu'ils traitaient de dénums, et ceux honorés par la mort ou la sépulture des martyrs. Ainsi on. bâtit une église ;au IVIont-de-Mars (Martimont, du coté de Pierrefonds ) ; une autre dans le lieu ou Rur. . fin etValère a^atc^t été décapités'; le pays se couvrit ainsi de basiliques {éffhsés) et d'oratoires (chai:ielles>« écOifiés en partie avec les matériaux des

' Jp. BolliÊnd^ t. 3; Afa», p. 204^ tiréo d^uo manuscrit de Tabbaye de LongpoDt.

* Carlier, ffist, du Valois, t. i, p. 23, dit que ce boarg ne prit le nom de Basilica ou Basoche , qn^aprés la construction de la basilique de St-Rofin et St-Valère.

1 12 HTSVOCftE :

temples rénrénéû ; nmt le ptw comaiàévMe .ùm monanMns chrétien» de la conltde «[àfe étr« 1» boiiUque q[ui rcmphça bientôt le siinpfe oiraiôire' érigé sur la crypte de St-^Çvépiik et St*Gifépèiiei^t et i\n!ou nomma TégKse de St^^Crépin^'le^Graiid i pour la distinguer de St-Crépin4e-Petit, chapelle située dans Tintérieut debvîUe oka^aîtéké la maisonnette de RogerS Ancun hîistorien oa.dii:^?: niqaeur bV parlé de St-Crépin-le-Grand antérieur rement au VI* siècle; mais il est presipie c^lavi que cette basilique existait dès le !¥% et- que m fut Ik qu'habitèrent Té^que et son clergé aumoiiis jusqu'au YI* siècle. Quant à la cathédrale de St^ Gervais , elle est mentionnée pour la première foit> . a la date de 646 ou 647, dans lalégende deSt -]^loy \ On a cru, chose assea irraisemUable , mais impos* sible k proiiT«r, que résèque etses dcvcs oacha*? noines transférèrent leur rélid6nee etlesiége oalhé* dral a cette église dans rintérieor delà iFiIle^ veva le milieu du Y I"" siècle ^ abandonnant St**Crépm à . des religieux de la règle de Si-Benoit récenunent instituée.'

Ces premiers monumens du cfarktiarasnic ^ biea qu'ils aient été le point 4^ départ de la f^ande

' Gallia Chrisiiana; t. ix, p. 395.

* AudoënuB; in ffitd S. Eligii. Nous avions, à la page 389, donné à la cathédrale le nom de Sie-MaHe^ St-Gervaiê ^i St'Protaiê ; ms(i8 nous nous soramefe coiivaincas depuis^ qae cette église n'avait été dédiée à la vierge qa'au xii* siècle ; la question est fort obscure et a donné lieu à beaucoup Ae controverses*

architecture cadiolique , différaient presque autant de$e'difices du Moyen-Âge que des temples payens. Les étroits sanctuaires des religions antiques , ouverts seulement aux hommes du sacerdoce , et .entourés de: vastes parvis où Ton retenait le peuple , ne. convenaient point à une foi plus large et plus égalitaire, qui voulait admettre tout le monde dans 569 temples : les chrétiens , rejetant donc Tarchitecture religieuse des payens , cherchèrent leurs modèles dans Tarchitecture civile , et empruntèrent le plan et le nom de leurs constructions aux basiliques ^ gréco^latines , longues salles entourées de galeries , précédées d^un péristyle et terminées par une abside arrondie, dans lesquelles se rendait la justice et se traitaient les affaires politiques , municipales et commerciales. U emploi des arcades sur colonnes , usitées chez les Romains dans les cirques, les amphithéâtres , etc. ; mais non dans les basiliques ^vïm\\xye% , et surtout Finterposition d^une seconde nef ou galerie transversale jetée en forme de croix entre la grande salle et Tabside , furent les innovations les plus importantes adoptées d^abord par les chrétiens. La grande nef {capsus) était occupée par les fidèles : la croisée transversale parait avoir été nommée d^abord preshyterium et réservée aux prêtres , jusqu^à l'introduction du chœur entre la croisée et Pabside.

* BasileuM , roi ; oikoê , maison ; maison royale ; pa-

Les basHrques des premiers siècles , étant généralement d'une constraetion peu soli^ , et r«^o«vertes d'uiié simple toiture en boisj îi'ont laissé qae peu de vestiges dans la Gaule.

Soissotis posséda , presque jusqu'à nos jours , deux précieux débris du vieil artebrétien : c'étaient deux sarcophages d'une pierre très dure et presque semblable au marbre ; autour de l'uli courait nine gutriande de pampres ombrageant le fem^ux CAr^^'Dio^ ou mono^amm^ du Christ , placé en- Ire l'alf^à et l'oméga. L'autre, plus riche et plus varié dé sculpture , était couvert dé figures diverses : au milieu se ti^ouvait également le monogHAxÈae du Christ , 'avec une croix près de la- ^pêlle étaient assis deux soldats vêtus k la Rotniuné *.

* Ge^ Açux tombeaux, que MabUlon pieoao être du IV'sié^ cle, avaient été placés de temps immémorial dans Téglise de Tabbaye JNotre-Dame de Soissons. On les appelait les tombeaat de St-Dransin et de St-Wouêl, peut-être parce que les restes de ces deux personnages du VII" siècle avaient été déposés dans ces monumeus , demeurés vides à la suite de qiiélqiié4m]^tiôu des^rbàl^s^. Nous n^avcms pu acqaérir aucnne lumière sur le sort du plus beau des deux , oelui Se St-W0nêl» qui a disparu lors de la ruine de Fabbaje No* tre-Pame a la Révolution. Le second , dit le tombeau de St-Drauaih, après être resté long-temps dans le jardin de MM. Brayer, fut transféré au musée national des Petits- An gustins par M. Lenoir. Depuis la destruction à jamais déplorable de ce musée, il n*a pas été rendu à la ville de Soissons.

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Sl-Onësyme, qui avait été contemporain du grand St-Martin , de St-Hibûre , etc. , qui avait va le triomphe définitif de la foi et sans donte Térection de la basiliqae St-Crépin , moumt vers la fin du IV' siècle , et fut inhumé , non point dans cette basiliqae ni dans le cimetière environnant , mais dans on autre cimetière , situé au nord de la rivière d^ Aisne, où Ton avait érigé une chapelle sous Tinvocation de St*Georges« Ce cimetière attenaità une villa cœaariana^ ourpropriété impériale , qa^on nommait le/Stfc ou le domaine deCrouy {Croviacum^ Cr&ndactsm, Crooiacum^).

Aucun souvenir ne se rattache a»x trois évéques qui se succédèrent après St-Onésyme; le catalogue de r église soissonnaise les nomme Yincentius, Lubéramis et Onésymus II*

Sous leur pontificat , la cité des Suessons ressentit le contre-coup des malheurs de la Gaule.

Les incursions des Germains trans-rhénans en Gaule avaient été toujours grandissant depuis la fin du III^ siècle , et le christianisme , .malgré sa puissance , ne pouvait sauver le monde romain de Timmense péril qui le menaçait : il avait pu adou* cirla condition des esclaves, mais non supprimer i'eselavage , ni rendre instantanément la vigueur

V. MablUon; Annahê Ordin. Benedici. \ Martenne et Durand , P^oyage ÎUiémire; Lebeuf, Dissertation sur rétablissmMnl du ckriêtianisfne dans le Soissonnais.

' VitaS. Onesymi;ap, Bolland. 4 St-Georgea snccéda la fVuneniM abbaye St-Médard.

116 HISTOIKE

et la \re à une société en dépérissement , et 'métne il avait dû contribuer, par son mépris désintérêts terrestres, à aflFaiblir F esprit militaire et la force de résistance qui restait à TEmpire. La décroissance de la population libre continuait , et Taristocratie municipale des £îuWa/6^ succombait a son tour sous la fatalité qui avait riiiné les petits propriétaires. Les Curiales^ chargés de la répartition des impôts et rendus solidaires , par les décrets impmaux , avec leurs concitoyens de la classe inférieure pour la quotité imposée à la cité, sedébattaient en vain sous cette solidarité écrasante : on en voyait beaucoup, pour s'y soustraire, abandonner leurs foyers, et les empereurs furent obligés de promulguer des lois afin de les enchaîner a leurs honneurs comme a une glèbe de servitude , de même qu'on enchaînait les artisans a leurs corporations, . et que, piour remplir les cadres toujours incomplets de Tarmée, on forçait les fils des gens de guerre a suivre la profession paternelle , sans leur laisser la liberté d'y renoncer par l'abandon ' des bénéfices territoriaux ou solde en fonds de terre accordés aux soldats ^ Les empereurs tentèr^t d'arrêter la dépopulation et la décadence de l'agriculture, en transplantant ou en attirant de bon gré dans le liord et jusqu'au centre de la Gaule des bandes nombreuses de Germains, qualifiés de lœti ou Ze^e* (les conf en*) , par* cequ'on les avait satisfaits en leur donnant des

' Ces bénéfices romains sont Porigine priniilive des fijefs.

terres à charge de service militaire ; mais ces barbares colonisés^ , dont on établit des essaims sur les terrains qui étaient en friche chez les Rèmes , les Belle vakes, les Sylvanectes , etc. , furent une . faible barrière contre les autres barbares. Une fatale mesure de Constantin avait d^aiUeurs supprimé Fobstacle le plus efficace qui eût jusqu^alors contenu les Germains: cet empereur ,. afin d'obvier aux révoltes militaires , sépara la belle armée cantonnée à demeure sur la ligne du Rhin , et la dispersa dans rintérieur de la Gaule , où il n'y avait jamais eu jusqu'alors garnisons de troupes régulières ; l'intérêt à venir de la société, fut ainsi sacrifié k l'intérêt immédiat du pouvoir^. C'est au temps de Constantin , selon toute apparence , qu'il, faut rapporter la construction de ia plupart 4cs castra stativa ou camps permanens dont les vestiges sont si communs dans nos départemens septentrionaux. Les principaux, situéssur les confins duSoissonnais, étaient, 1® le camp de Condrep (Contraginnum) près Chauny , occupé au IV^ siècle par. un corps de létes ou colons bataves transférés un peu plus tard à Noviomagus ou Noyon ; 2^ le camp du Yieux-Laon , prés Berrieux ou Bébrieux (peut-être Bibraœ); 3* le camp de Ghamplieu, entre Verberie et Crépy, près de la chaussée romaine d'Augusta des Suessons a Seulis ou Sylvanectes ; ce camp pouvait être la résidence du préfet des Létes payens , répartis.

' Zosym. hist,^ lib, II.

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sur les territoires sylvamecte et rémois , suivant 1^ Notice de l'Empire^ rédigée sous Honorius au y» sièele. On y a trouvé beaucoup de médailles impériales, des tuiles romaineii et uo grand nombre de sépultures qui devaient êtoe le cimetière du camp. On pense que d'autres campa purent exister a Muret, près des sources de la Crise, et a Pasly , près de Soissons, au nord de FAisne : le corps de Sacmates, pajens à la solde imf^nale , que hk Notice de l'Empire dit* établis entre les Rèmes ei les Amhiens^ devait av(Mr des détachemens chee les Suessons. La 25^ légion fut fixée à demeure sur le territoire suessonnais. Tous ces corps étaient sous la dépendance du due ou chef militaire de la Seconde-Bdgique, lequel avait sous kd , dans chaque cité , un comte ou tribun distinct du cmnte

Mais les jours de deuil et de terreur s'étaienit levés avec ce Y* siècle, qui fut conune le tombeau sanglant du monde antique: les Franks, nom collectif adopté par les tribus germaniques qui habitaient la rive droite du Rhin depuis le Mein jusr qu^k r Océan , les Franks avaient £eiît récemment une irruption terrible dans les pays de la Meuse et de la Moselle, et saccagé Trêves, résidence du préfet du prétoire des Gaules. Ce fut le prélude de répouvantable invasion de Tan 406: des masses énormes de barbares de toute race se précipitèrent a la fois sur la Gaule et sur Fltalie ; en vain les Franks , dont les Romains venaient d'acheter mô-

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DsenUnëm^ent TaUiance, youhirent-ils arrêter le torrent \ les Àlai^s, les Waadçdes , les Suewes , les Qépide^, etc. leur passèreofc sur le corps et se ruèrent en Gaule. La Seconde-^elfique se yit eu proie à des calamités inouïes ; les villes au^si l^ien que les campagnes furent ravagées par le fer et la flamme , et une partie de la population fut traînée en esclavage au-delà du fihin par les barbares qui ne restèrent pas deçà le fleuve. St-Jérôme , dans une lettre où il raconte les misères de la Gaule ^ npmme leç: cités d^s Rèpies , des Nerviens et de$ Ainfaiens pan^ celles qui furent pillée^ et saccagées ; niais les documens contemporajins sont ^î rares et si incomplets quUls nous Isiisent ignorer le destin d^ Augusta des Suessons w mîUçi^ de ces affreuses catastrophes : fut-elle du nombre des villes, qui, assiégées j)ar le glaive au dehors, "pw la fai'm au «(^«^an^, suivant F expression de Str Jérôme, échappèrent du moins aux horreurs du pillage P On BfS peut rien affirmer à cet égard : c^ qui est certain, c^est cp^après que le flot dévaçtataur des Âlain;^ des Suewes et des Wandales e;ut f:ouIé de Gaule en Espagne , lorsque les provinces du TVacius a/rtnorica/ntis ou commandement m,aritim.e (qui ccmiprenait toute la Gaule occidentale et uBe partie de la centrale) renoncèrent à Tobéissance du pouvoir impérial qui n'avait pas su les défendre *, la cité des Suessons resta fidèle au gouver-

' Zozym.hisi., lib. VI, c. 3. Le Tractus armoricanua

nement romain : le fameux maître des milices Aé'tius et son lieutenant Majorien , depuis empereur, la préservèrent des armes de Chlodion, chef d*une tribu de Franks qui avait poussé ses incursions des bords de la Meuse à ceux de la Somme , et qui fut refoulé par Àëtius au fond de laTongrie (le pays de Liège), vers 447. >

Mais ce ne fut point par Tépée que la cité des Suesson^ fut aussi préservée d'un conquérant plus terrible que Chlodion ; la tradition attribue aux prières de Pévêque Edibius , secondées par les mérites de St-Crépin et Sl-Crépinien , le salut de là ville à l'époque de l'invasion d'Attila : on sait que ce farouche Kfaacan des Huns , en 451 , désola une partie de là Belgique avant de succomber,- daiis lés champs Catalauniens, sousl'effbrt d'une vaste ligue de Gallo-Romains et de Germains. Edibius , évêque des Suessons , alla , dit-on , avec son clergé , au-devant d'Attila, désarma, par ses paroles et son aspect vénérable , le fléau de Dieu , et obtint de lui qu'il se détournerait de la cité des Suessons. Ce fait , consigné seulement dans une vie manuscrite du saint évêque *, n'a rien de bien authentique ; ^- ï

comprenait les deux Aquitaines , la 2*, la 3*" et la 4tl»ugdur naisc, et la partie maritime de la 2"" Belgique. La l''" Aquitaine et la 4* Lugdunaise , toutes deux éloignées de la mer, figuraient dans le commçkndement maritime à cause des stations navales de leurs rivières.

* Gallia christiana-, t. 9, p. 335, et duSaussay ; martyro^ loge français.

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mais , il n^est point invraisemblable : les historiens citent beaucoup d^événemens analogues ; les cheFs des barbares payens sentaient confusément quelque cbose de puissant et d^auguste dans la nouvelle religion des Romains , et les pontifes de cette religion leur inspiraient souvent une sorte de terreur superstitieuse. La reconnaissance des Suessons entoura Edibius d'une auréole merveilleuse : on dit qu'il guérissait les possédés et les malades, qu'il faisait des miracles , et on le plaça au rang des bienheureux.

St-£dibe eut pour successeur, avant Pannée 460, Principius ou St-Prince , issu d'une famille sénatoriale de Laudunum ou Laon , alors château-fort (cas^rum) dépendant de la cité rémoise. Principius était le frère aine du célèbre Remigius, que nous appelons St-Remy : il avait été marié et avait un fils appelé Lupus ou Loup , qui entra aussi dans les ordres sacrés. Sans avoir le génie politique de son frère , Principius était un prélat recommandable par ses bonnes moeurs et ses lumières : il fut lié d'amitié avec Sidonius-Apollinaris , le dernier représentant de la belle littérature et du goût antique en Gaule. On a conservé deux lettres de Sidonius à l'évéque des Suessons : le poète y loue Principius et son frère Remigius du zèle avec lequel ils s'acquittent tous deux des fonctions épiscopales , l'un chez les Suessons , l'autre chez les Rèmes *. Ces

' Voy. EpUtolœ Sidonii Jpollinaris; lib. vui, cp. 14, et Hb. IX, ép. 8.

123 HtSTQIA&

lettres paraissent avoûr été éeribcs de l'an ^72 W 48Z

Le pontificat de St>Prince fut sâgnalé par le» plos grands événemens dont la cite suesieioniiaAie e^l }amai» été le théâtre*

inigusta des Suessons, ou plutôt Sueasofts on Soisson» (car ce nom payen d'Augusta, qui rappelait Tapothéose d^ Auguste , éiaîl tombé en désuétttde depuis Gonstantin) eut pour comte , vers le miUeu du V* siècle, un homme d'jon rare mérite et d'un grand caractère, appelé iEgidius-Afr^Ufi* Syagriuft , issu de la famille Sy$^ia de Lyon ou Lugdunum y raee , sénatoriale qui a^vait fourni un consul à FEmpîre en Vannée382\ iSgidîus s'était signalé pour la prfflfiière fois dans ime des campagnes d'Aëtius et de Majorien^ ecmtre celles des populations armorikaines qui persistaient dans leur rébellion (an 446): tandis que Majorien protégeât eon* tre les insurgea la cité fidèle i^e Tftur» y i^idiiis assiégea le château de Chinon (Cainenensey qui avait pris le parti des rebelles , mdis ne put s'en empara: '« Il fut pUia heureux dans d'autres entreprises , acquit une très grande influe^e m Gwle, et e» usa pour aider le brave M^orien à obtenir la courcmne impériale (an 457) : Majorien , p^r reconnaissance y lui conféra la plus haute dignité mili-

' Grégoire de Tour» le dit sorK d'entre les RoPKxiui , KkB^ doute parcequ'il était de Paacienne colonie romaine de L»gdiiniim.

' Gregor. Turon. de Gloria Confeêsorum, c. 2.

DE soissoas. 123

taôre de Teippîre d'Occident; il le nomma maître de la milice du prétoire des Gaules , c'est-à-dire chef-supréme de toutes les forces impérialeis dans la Gaule, TEspagne et Pile de Bretagne. Le comte de Soisscms était difpa^ d(^ cet honneur » que les circon3tances rendaient un effrayant fardeau. Sidonitts , dans ses poésies , le compare un peu emphatiquement a tous les héros de l'ancienne Romç: il Sylla, s'écriert-il , lui céderait dans Vart. de ranger les .armées ; Fal^iu^hii était inférieur en ressources ; MéteUus, en piét(Q ; Appius ^ m^ éloqu^ncç ; Fulyîos^, an énergie; Camille, en science guerrière • >i Un autre eoDtemporain )e qualifie d^hon^w ûluêtre por ea valeur , mode phM ^enearapar 901 vertus, çfi grand par ^^f foi qui l'4iàve au-^^Miii de^ (Hdre^i hommes '•

^gidin»- avait bescun en effet d'une forc^ d'âme et d'une inteltigence extraordinaires : comme Stilicon'i coQ(une Aëtius, comme Majorien , cQmpie tout ce qui fut grwd parmi les hommes civilisés en ce siècle funèbre , iËgidius usa ^ vie à retarder \^ mine du grand édifice romain «re vissé 4^ tQutes paris et toujours prêt à croujer sur la tétç de s/ça défenseurs. I^'une des trois régipns dont le c<untQ

' Ea; Carminé V; poHeffifriûo Majoriani Augusii.

* Paulin. Féiroo. de itiUS. Martini, lib. vi.

* M. Faoriel» dans sa savante hi&ioire de la Gaule Miri- Honale^A démcHitréla fansseté de ropiniou accréditée» touchant la prétendue trahison de Siilicon.

de Soissons était censé posséder le commande' ment , en qualité de maître des milices, la Grande- Bretagne, était entièrement perdue pour TËmpire. et évacuée par les troupes impériales : la meilleure partie de FEspagne était occupée par les Wisigoths qui tenaient , du consentement forcé des empereurs, trois provinces gauloises presque entières , la première Narbonnaise (Languedoc), la Novempopulanie ( Gascogne ) et la seconde Aquitaine (partie de la Guyenne , Saintonge , Ângoumois , Poitou) : les Burgondes ou Bourguignons , autre peuple teutoni^é, avaient envahi trois autres provinces, la Grànde-Séquanaise (Suisse et Franche-Comté), la première Lugdnnaise(Lyon, Bourgogne, Langrois, etc.), et une portion de la Viennoise (Dauphiné, Savoie, etc.); une nombreuse tribu d^Alains était cantonnée sur la Moyenne-Loire ; les Franks , la plus vaillante des races tudesques, pesaient sur le nord de la Gaule comme les Wisigoths surle midi et les Burgondes sur Test ; leur principale tribu , sans être découragée par la défaite de Chlodion, était rentrée, de la seconde Germanie , presque toute franke , dans la seconde Belgique , sous la conduite d- un jeune chef appelé Childerik (ou plutôt, en aspirant rudement TA, Hilderik), et s'était peut-être déjà emparée de la cité de Tournay, Enfin la pointe occidentale de TArmorike (la Basse-Bretagne) , où le latin n'avait jamais pu détrôner la vieille langue ni les vieilles mœurs kimriques, était retournée au régime gau-

DÇ SOISSCHVS. 12S

lob antâiear a la civilisation romaine, et beaucoap d^antres cités du Tractus amioricanu9 (Bretagne, Normandie , Anjou, Touraine , Orlëaxiais , pays Ghartrain , Parisis, etc.) , ne. reconnaissaient plus ,' depuis bien des années , Fautorité des gouverneurs et des comtes impériaux.

jËgidius concentra tous ses eflfbrts en Gaule , parcequ^il jugeait que le sort de PEmpire dépendait du raffermissement de. la puissance romaine dans cette contrée. Trêves, ancien séjour du préfet du prétoire ou premier magistrat et du maître des milices ou généralissime des Gaules , Trêves avait été quatre ou cinq fois prise et horriblement dévastée par les Franks, et se trouv-ait d^ailleurs trop écartée dans le nord-est. Il fallait que le chef romain fût plus rapproché du centre de la Gaule, alors que le péril n^ était plus seulement sur le Rhin, comme autrefois , mais partout! ^Egidius. conserva donc, comme maitre des milices, la résidence qu'il avait eue à Soissons en^ qualité de comte : le château d'Alhastre fut la dernière citadelle, de la civilisation gallo-romaine , et Soissons devint : véritablement , sous iËgidius, la capitale de la Gaule; car Fautorité civile du préfet du prétoire , retiré à Arles, était effacée de fait devant celle du guerrierdiplomate en qui les amis de F Empire avaient placé toutes leurs espérances. , .

TËgidius déploya une activité plus surprenante encore dans les négociations que dans les combats: sentant'F impossibilité d'exterminer ou d'expulser

126 HfSTOtKE

les barbares, ce cheF romain tenta de leslûre entrer dans Tordre politique et social qu^ils rénaient détruire. iEgidius, d'un ç^të, parvint à containere les Armorikains rebelles qu^îls se perdaient en se séparant de rEmpirê , et les amena , sinon à se soumettre k ses ordres , du moins à s*u- «ïir à lui pour le salut de la Gaule , ainsi qu'ils s^étaient associés a Âétius ccmtre Attila : d^une autre ^^t y il travailla si habilement Tesprit des Fraâjks Ae Toumay , et obtmt tant de crédit parmi €ux , que «:ette tribu redoutable, ayant chasisé son chef national Childerik , qui lui avait domié de g;rayeg ^ets de meconteûtemcfnt , dâFéra le titre de Koming ou roi au maître des milices romaines , et , se retournant , ^our ainsi dire , contre la barbarie , servit à couvrir la Belgique dont elle avait été Teffiroi. Pendant ce temps , les Alains de la Loire , «excités ssms doute par les Wisigoths , et révoltés contre le pouvoir romain qui avait autorisé leur ^taUissement , désolaifent les pays voisins de leurs Hciafttonnemens : T empereur Majorien se mit en Toute pour aider £gidius à réduire ces bwbares; mais ee prince fut assassiné au mois d'août 461 h Tortone par ses propres soldats , qu'avait soulevé le perfide Rîkimer, maître des milices d'Italie. Ri- Idkner^ dont l'ambition égoïste devait achever la ruine de FEn^pire d'Occident , mit sur le trône un fimléme d'empereur appelé Sévérus. iEgidius reinsa ée recôimaltpe Sévéras : alors Rikimer, cruiignant que le chef gallo-romain n'entreprit de ven-

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