‹ Histoire de Soissons (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · DE S0IS90KS · texte numérisé non relu

DE S0IS90KS

ger Majorkn et de porter la guerre en Italie, poÉMa, par ses mtrigaes, les barbares contre iE^jidtus, fit donner le titre de maître des milieos de Gaule à un roi des Burgondes, et encovira|g^ea Théodonitll, roi des Wisig^oths, h ass0ilKr lescitës (encore romadméê et indépendantes dam le midin ^gidius aecoorut ^ leur secoutv.

On eonnait^u les détails de cette guerre : ^gidiuS {^erdil Narboniie , livrée a Thëodotik par un trsfttre da patti tle Rikimto , mais se défendit si bien dans Arles que léS Wisigotks ne purent la pi^endre^ ^r ces entrefaites .£gidius ftit rappelé dans le nord par une révolution menaçante. Les Franks de Toumây s'étaient bientôt repentis d'avoir chassé , au profit d'un chef de sang^ étranger , leur koning chevelu, Théritier de la race héroïque dies MéroWifigiens , dans laquelle, à ce qu'il semble, tontes les tribus frankes avaient coutume de choisir leurs chefs. Ghilderik , qui s'était retiré dans la Gremde^Germanie , Ait rappelé par eux, Tan 462 ou 463, et rattiena probablement des bandes nombreuses de Frsmks des bords du Rhin ; car son rétour cdmcide avec une violente aggression , faite sansdoute d'un cottimun accord parles Franks d'<dutre Rhin et les Franks ripuadres d'entre le Bas-Rhin et la Basse-Meuse , contre les villes rommne$ des deux provinces gèrmamiques et de la première Bdgique. Cologne , où ^gidius s'était jeté en toute hâte , fut forcée par les Franks avec un grand carnage malgré les exploits du maître des

milices, qui s^ échappa de la ville emportée d'assaut, et n'évita qu'à peine la mort ou la captivité*. Trêves et tout son territoire furent également saccagés. : ,

Les événemens postérieurs sont encore plus obscurs que tout ce qui précède ; car on a perdu les histoires de Renatus-Profùturus-Frîgeridus, de Sulpitius-Alexander , et d'autres qui avaient écrit en témoins oculaires les fastes de la Gaule au Y® siècle. Grégoire de Tours, très-bref et très-sec dans le récit des faits antérieurs à la mort de Chlovis, dit qu'iEgidius et Childerik vécurent en bonne intelligence après le rétablissement du chef mérovingien, et même commandèrent ensemble aux Franks : Frédegher (Fredegarius) , abréviateur et continuateur de Grégoire de Tours , raconte au contraire que Childerik livra plusieurs combats à iEgidius , et tailla plusieurs fois les. Romains en pièces ; ces deux versions opposées ont été .adoptées par deux historiens modernes'. Ce qui est certain, c'est que dès l'année 463, date fixée par les chroniques de Marins et d'Idatius ; iEgidius retourna sur la Loire pour s'opposer aux Wisigoths qui envahissaient le pays armorikain', secondés par les Alains de l'Orléanais et par une flotte de pirates, saxons : une rencontre sanglante eut lieu, dit la chronique de Marins, auprès d'Orléans , entre la Loire et le Loiret ; iEgidius défit

* G esta Francorum , c. 8.

* L^abbéDuboseiM. Fauricl.

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«t tua Fréderik, frère durai wisigoth Thëodorik , et Childeiik avec ses Franks prit part aux oombats livres tians FOrléanais *■ ; mais en quelle qualité , ami ou ennemi? Grégoire de Tours ne nous rapprend pas.

On peut croire qu^iËgidius , hors d^état de tenir tête en même temps aux Franks et aux Wisigoths , avait abandonné aux premiers Cologne et une partie des places qu'ib venaient d^ envahir , et s'était réconcilié avec Childerik pour obtenir l'alliance des tribus frankes, qui ne demandèrent pas mieux que d^aUer combattre les Goths sur la Loire. Suivant la vie de St-Remy , écrite au IX* siècle par rarcheveque Hincmar^ d'après desdocumens très anciens, Childerik entra dans Orléans et pilla cettQ ville ; mais les Franks étaient bien capables de pilier leurs alliés. QuoiquHl en soit , iEgidius ne put profiter de sa dernière victoire sur les Wisigoths ; îi mourut, sans doute à Soissons, dans le courant de Tannée 464 , empoisonné, dît-on , par les agens du traître flikimer , et dut emporter au tombeau la triste <;onviction que FEmpire ne lui 'Survivrait pas.

Les chroniques frankes le qualifient de roi ou prince de^ Romains , parceque, n'ayant pas voulu reconnaître Tusurpat^ur Sévérus, il commanda pendant trois années en Gaule sans recevoir d'or-

' ChUdéirieuê Aurelianis pugnas egit, Grigor. Turon,

lib. II, §18.

dres supérieurs d% Rome , mais il ne porta jamais d^autre titre que celui de maître dus milices. Il n'est pas nécessaire de démontrer Fimpropriété du titre de roi de Soissons que lui donne Thistorien Dormay.

iEgidius avait laissé a son fils Syagrius , le. gouvernement de la cité soissonnaise , mais non la haute fonction de maître des milices ou généralissime des troupes gallo-romaines. La mort d'iEgidius fut suivie d'une déploraMe anarchie : les cantons voisins de la Loire-Inférieure se virent obligés d'acheter au poids de lV)r la retraite des pirates saxons; les Wisigoths reprirent le cours de leurs conquêtes, pendant que TltaUe était «n proie à la tyrannie de Rikimer. Enfin , , lé de^rnier prince qui ait porté avec quelque honneur la couronne impériale a Rome , Anthémius , eqvoy^ 0n Italie par T empereur d'Orient après la mort de Sévérus (an 467)y tenta encore une fois de sauver la Gaule romaine. Le maître des milices JEcdicius, et le comte Syagrius ,' qui avait conservé, au nord de la Loire quelque chose du crédit de son père , secondèrent l'empereur avec zèle ; une coalition, se forma , grâce à Syagrius ^ contre les Wisigoths et contre les Saxons, qui venaient par mer des bouches de l'Elbe et remontaient la Loire avec leurs flottilles dévastatrices. On vit se réunir sous les mêmes étendards les Gallo-Romains , les Franks de Ghilderik, et les Kimris de l'Ârmorike occidentale, qu'on commençait h nommer Bretons, parce-

que des flots d^ émigrés de Tile de Bretagne , fuyant rînvasion saxonne , accouraient chaque jour se mêler k la population armorikaine. Les Bretona furent battus par les Wisigoths ; mais les Romaine de Syagrius et les Franks de Childerik écrasèrent les Saxons, pendant qu^Ecdicius disputait pied-kpied au fameux Eurik (Ewarik), roi des Wisigoths, les restes dé TAquitaine romaine Jtt surtout TArvernie.

Ces courageux efforts demeurèrent inutiles: TEmpire s^ éteignait en Italie tandis qu'on défen* dait aind dans les Gaules sa cause expirante. Rikimer traita Anthémius comme Majorien : il le déposa et le fit assassiner ; mais il le suivit de près dans la tombe \ an 472 ) ; quatre impuissans et ineptes monarques, dont Tun céda aux Wisigoths l'Arvernie et le reste de FAquitaine , se succédèrent dans Tespace de quatre années , puis les cohortes i^iiuœiliaires barbares^ qui avaient eu pour chef Rikimer , barbare de cœur aussi bien que de race, et qui tyrsmnisaient dès Imig^temps Fltalie , se lassèrent de cette ombre d'Empire , proclamer rent roi un de leurs capitaines, THérule Odoacre (Odowaker) 7 et s'empar&'ent du tiers des propriétés territoriales dans toute la Péninsule , comme avaient fait les Wi^goths et les Burgondes dans la partie de la Gaule quUIs possédaient (476). A cette nouvelle, les cites gauloises fidèles au pouvoir impérial, envoyèrent des députés à Constantinople^ proposer à F empereur Zenon d^agir simultané-

ld2 HISTOIRE

ment contre Odoacre et contre les Wisigoths pour délivrer la Gaule et Tltalie. L^ empereur d'Orient ne jugea point a propos de bazarder une telle entreprise, et préféra s^accommoder avec Odoacre qui offrait de lui reconnaître une sorte de suzeraineté honorifique ^

Ainsi furent brisés les liens de la Gaale avec Rome après plus de cinq siècles d'union sous un même gouvernement. L*agonie de l'Empire avait duré 70 ans , depuis l'invasion de 406 et la première prise de Rome par les Wisigoths en 410 !

Après cette grande catastrophe, une sorte de trêve s'établit en Gaule: les Wisigoths , maitresde presque toute l'Espagne et de plus du tiers de la Gaule , se reposaient sur leurs armes ; les Burgondes , la moins active des nations teutoniques, restaient tranquilles dans les provinces de Fest et fin sud-est ; quant aux Franks , ils avaient des bandes établies dans la première Germanie et la première Belgique, sans être maîtres des grandes villes de ces deux provinces, oîi se tenaient enccure des officiers gallo- romains '; ils occupaient entièrement la seconde Germanie , et trois de leurs principales tribus étaient en avant dans la seconde Belgique , sur l'Escaut et la Lys ; la plus importante des trois était celle de Childerik , fixée sur le territoire de

' Biblioih, PhoHi, p. 175.

* On foit, par les lettres de Sidoine Apollinaire^ qu'il j -avait encore un comte romain à Trêves.

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Toumay, etappelëe communément par nos chroniqueurs la iribu des Saliens^ quoiqu^l faille probablement la distinguer des anciens Saliens cantonnés en Toxandrie dès le milieu du IV* siècle ; les deux autres étaient dans le Cambraisis et la Morinie. Les Franks passèrent quelques années sans tenter de nouveaux envahissemens, et les contrées gauloises encore libres du joug teutonique , respirèrent un peu. Il n^y avait plus de préfet du j^étoire , plus de maître de la milice , plus d'autorité centrale ni même provinciale : chaque cité portait, avec effort , le fardeau de son indépendance éphémère et forcée. Ici dominaient les anciens comtes ou les tribuns militaires , la les sénats et curies locales, presque partout les évéques, qui, depuis un siècle, s^immisçaient de plus en plus dans les affaires publiques , et voyûent croître leur influence à mesure que tous les autres pouvoirs s'affaissaient.

Le seul chef politique qui eut encore une importance notable dans la Gaule indépendante , était Syagrius : réunissant entre ses mains l'autorité civile et militaire avec les vastes propriétés du fisc impérial dans la cité de Soissons , il commandait peut-être égalemient aux cités de Troyes ^ et de Yermandois , si cette derraère n'était point déjà occupée par la tribu franke du Cambraisis. C'était là que le fils d'iEgidius, suivant l'expres-

' Suivant Tabbé Dubot; malt cela est incertain.

sion d^un historien latin, avait recttetlU le $ ép a/ces du grand naufrage de V Empire, et conservait , dans les étroites limites du Soissonnais , quelque ombre de la va^te puissance romaine. Les dernières espérances, ou, si Ton veut , les dernières illusions des défenseurs dupasse reposaient sur sa seule tête, et, suivant les traces de son père, il travaillait avec beaucoup de perséyérance et d'habileté à étendre son crédit non-seulement chez les Gallo-Romains , mais chez les barbares , qui le qualifiaient de roi des Soissonnais ou même de roi des Romains. Une lettre fort curieuse de Sidoine Apollinaire , seul monument qui nous donne quelques lumières sur le caractère de Syagrius, montre ce chef usant de sa supériorité intellectuelle d^homme civilisé pour se mêler aux intérêts des Franks et des Burgondes, pour leur imposer son intervention et les balancer les uns par les autres.

« Sidonius à Syagrius, salut : Gommei]it vous, descendant d'un consul , et qui plus est , d'un excellent poète , comment avez-vous pu conquérir avec si peu de peine la science du jargon germanique? C'est vraiment une chose merveilleuse ! Je savais bien votre jeunesse nourrie dans les études libérales ; je savais que vous possédiez tous les secrets delà déplamation et de l'éloquence latines , mais comment avez-vous . pu aj^rendr e si bien la prononciation et l'accent de la langue des barbares P. •. Je ne puis vous dire combien nous rions tous lorsqu'on nous conte que devant vous les barbares

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tremblent de «foire des bftrbansmes dans leur propre lanipie ! Les Tienx Germains au dos voàtë ^ TOUS entendent ayec étonnement leur traduire les lettres écrites en latin , et tous prennent pour arbitre et intermédiaire dans leurs différens. Nou- Teau Solon des Burgondes, vous leur expliquez leurs propres lois ; et Ton tous aime , on tous recherche, on TOUS écoute , onfeit foule autour de tous; tos décisions sont des oracles ! Ces barbares, aussi étrangers aux arts qui forment rintelligence qu^à ceux qui déTcloppent les grâces du corps , TOUS parTenez à tous en faire admirer , et à leur insinuer des sentimens de respect pour la race dont TOUS sortez , pour la nation romaine (Romain est ici pour Gaulois, pour quiconque est de Umgus romaine).:» Continuez donc a tous faire aûner et d^eux et de nous.... Et entretenez-TOus toujours dans Tusage de leur langue , afin de la po0séder assez pour *ne prêter à rire à personne , et d'en tirer un parti qui votts permette de rire des cmtres!^ »

Cette dernière phrase parait une alluâon à des projets politiques que nous ignorons : peut-'étre Syagrius Tisait-â à pousser les Franks et les Bur* gondes contre les Wisigoths • peut-rétre, à Texem-

* Par Germains, Sidonias, sans doute, entend! ici les Franks qui étaient , aux yeax des Romains, les Germains par excelleiioe.

* Sidon. ApoUinar, lib. v. EpisMa v.

pie de son père , aspîrait-il k se faire éUre chef de quelque tribu germanique au détriment des prin* ces nationaux* Sidonius-Apottinaris ^ alors évéque des Arvemes et sujet, bien msJgré lui^ des Wisigoths , avait horreur de la domination barbare et devait embrasser avec ardeur le» vues du comte deSoissons, qu^il eût voulu voir libérateur de la Gaule romaine. Mais la plupart des évéques ne partageaient pas ces chimères d^uneâme généreuse^ et le célèbre Remigius de Reims (St-Remy) , ainsi que son frère Principius de Soissons , s^ étaient peut-être dès lors rattachés secrètement a d^autres desseins « Aux yeux de tout homme qui jugeait de sang-froid la situation de la Gaule , il était évident que les cités encore indépendantes seraient plus ou moins prochainement envahies, et qu^on ne parviendrait point à créer un centre de r^istance capable de repousser Tinvasion. Ce n^est pas que les forces des peuples germains fussent très considéra* ble9 ; mais celles des cités gauloises étaient à peuprès nulles: la campagne n^avait presque plus d'autres habitans que des esclaves (fnancipia)fiTOvt^ pés dans les vUltis , ou des colons , espèce de serfs de glèbe qui avaient peu d^intérét à la défense du territoire ; dans les villçs mêmes , la masse de la population était dans une condition trop précaire et trop sou£Freteuse pour redouter beaucoup une révolution quelconque. Voilà ce que la civilisation romaine avait fait de la belliqueuse Gaule ! n était loin, le temps oii 50,000' hommes libres se

levaient en armes an premier sigpnal sur le seul territoire des Saessons !

La plupart des évéques comprirent qu^il ne restait plifi qu^à opter entre les Franks , les Wisigotbs et les Burgondes : ces deux derniers peuples étaient Ariens zélës, et les Wisigoths surtout montraient un zèle ardent de prosélytisme; les Franks étaient payens, mais assez tièdes, et ne persécutaient pas les catholiques dans les cités dont ib étaient maîtres ; ce fut pour eux que le clergé gaulois se décida, et une sorte de conjuration générale se forma peu-a-peu dans toute la Gaule au profit des Franks contre les deux autres nations teutoniques.

Syagrius ne fut donc point secondé par la seule classe de la société qui eut de Ténergie et de la vitalité : ses menées chez les barbares échouèrent, et, quand il eut besoin d^appui , il n en trouva pas hors du territoire soumis directement à ses ordres.

En 481, Childerik avait eu'pour successeur dans le commandement des Franks du Toumaisis son fils CUodoivig (Chludowtcus, ChlodovtBchus) , que nous appelons Chlovis^ âgé d^ environ quinze ans* A Faudacede la jeunesse, ce nouveau chef joignait une ambition et une intelligence singulièrement précoces. Autant qu^on peut le jugçr de si loin et sur des documens si incomplets , Chlovis était né avec toutes les qualités politiques et militaires , sans aucun des défauts qui eussent pu entraver sa

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fortune; invariaUe dans ses projets^ tou|ours maître de lui-même , il n'avait ni la mobilité d^impressions, ni la brutalité féroce ordinaires aux barbares; mais aucun sentiment moral, aucune notion du juste et deTinjuste ne modifiait ses plans et ses actions, et il ne connaissait ni scrupule , ni pitié , ni remords.

Tel était le redoutable rival conjtoe lequel Syagrius eut bientôt à se défendre. L'envie de s'agrandir , le désir de posséder une des plus belles contrées de la Gaule , suffisaient pour motiver Taggression de Chlovis : peut-être le prince méFOwingien eut-il encore d'autres raisons pour prendre l'offensive , et, se sentant circonvenu par les menées du comte romain parmi les populations germamques , peut-être voulut-il emjJoyer la foirce contre la ruse. Bref, dans le cours de Tannée 486 , Chlovis , alors âgé de 20 ou 21 ans, se prépara à la guerre, et , ne croyant pas pouvoir à lui s<^ul dé« pouiller Syagrius , il sollicita l'alliance des deux tribus voisines, dont l'une occupait le Cambtai^$ et une portion du Yermandois; l'autre habiitait. la Morinîe (partie de l'Artois , de la Fioardîe maritime et de la Wést-Flandre). Ragpak^r , .chef des Franks du Cambrai^is , )Se .réunit a Chlovis :..Cs|rarik, chef des Franks dis JMoriiiie , deiyiieurii neutri^ au contraire^ et retint à l'4oart , iritendan^ ViMfiMment pow lier cbmitié avec te lyainqumr ; on ne sait si Grégoire de Tours indique, par ces termes, f[ue Cararik accompagna Chlovis en Soisscmnais ,

mais le laissa combatlre sans prendre part au combat .

Quoiqu^il en soit, CbloTis , s'ava/nçant avec son parent Ragnaker ,. envoya défier Syagrius, et, suivant la vieille coùiome des temps héroïques, remise plus tard en vigueur par la chevalerie , il invita le comte romain à désigner le champ de bataille oii le sort des armes déciderait de la possession de Soissons. Syagrius répondit au défi sans hésitation et sans crainte, et Ton fut, des deux côtés, fidèle à ce terrible rendez-vou^. Les Franks de Chlovis et de Bagnaker, qui habitaient le long du cours de TEscaut , avaient dû s'assembler près des sources de ce fleuve, aux environs de Cambray, et suivirent , selon toute apparence , la voie romsMne de Térouenneà Reims (qui passait par Cambray, StrQuentin^ Chaui^y et Sobsons). Il est assez probable que le choc eut lieu aux bords de la rivière d'Ailette , peut-être dans la plaine au-dessus de Juvigny (Jnviniacupi) et de Mont-Escouve ; Syagrius put se cQuyrir de TÂilette , petite rivière marécageuse. L'abbe Guibert de Nogent, qui écrivait au commencement du Xir siècle ,. rapporte que, de son temps , on découvrit auprès de No^ent-sous-Coucy un très ^ grand nombre d'anciennes sépultures qui pouvaient indiquer l'emplacement d'une bataille meurtrière.

Les deui( armées n'étaient pas fort nombreuses: les troupes de Syagrius se composaient vraisemblablement de la 25*" légion, des milices de, Sobsons

et de quelques \illes voisines, et des restes de ceft fcobortes létiques ou barbares d^origine établies dans les camps pertncmens de la contrée, au Yieux- Laon , à Cfaamplieu , à Noviomagus ou Noyoït , peut-être à Y ermand près de St-Quentin. Il avait sans doute attiré à son service d'autres débris de troupes régulières des cités du nord , et rallié sous ses enseignes quelques escadrons {alœ) de ces invulnérables clibanaires dont les armures en écailles d'acier se fabriquaient à Soissons. Quant à Chlovis, sa tribu , suivant des indices assez positifs, ne comptait guère que 5 ou 6,000 combattans : celle de Cararik était certainement moins considérable encore ; mais une foule d'aventuriers de toutes les tribus frankes avaient nécessairement grossi la petite armée conquérante. On peut croire qu^il n'y eut pas 30,000 combattans dans cette journée si célèbre par ses conséquence^.

Les détails n'en sont point parvenus jusqu'à nous : on sait seulement que l'im{)ébuosité des barbares l'emporta sur la tactique des hommes civilisés; la hache desFranks brisa Fépée gallo-romaine; l'armée de Syagrius fut anéantie. Ce brave et matheureux chef, quand il jugea tout perdu, abandonna enfin le champ de bataille couvert dès cadavres des siens, et, n'espérant point être secouru , après sa défaite , par les cités qui lui avaient dénié leur assistance lorsque le sort était intertain , il quitta rton-seulement le Soissonnais , mais la Gaule indépendante , et alla chercher un asile a Toulouse ,

chez le roi des Wisigolhs, Alarik II, successeur du conquérant Eurik.

Tandis que le général vaincu fuyait par la route du midi , les habitans de Soissons voyaient avec effroi s'approcher de leurs murs les farouches vainqueurs ; il n'y eut ni résistance ni massacre : la consternation était trop grande pour qu'on songeât encore il se défendre ; làviUen'en fut pas moins livrée au pillage ; les églises , le château , tous les édifices publics et particuliers furent saccagés ; le butin, entassé en masse sur la place publique, fut , suivant l'usage germanique, divisé en lots et partagé par la voie du sort entre les deux Koning$ ou chefs de tribus , leurs antrtutiùns ^ ou leudes et tous les guerriers de la nation franke', qui avaieQt assisté a la bataille. Il ne dépendait pas de Chlovis d'empéoher ce résultat de la victoire , lors même que ce chef eut désiré traiter la ville avec moins de rigueur par ménagement pour l'évéque Principius y dont le frère St-Remy , métropolitain de Reims, avait un immense pouvoir sur l'esprit des populations gauloises.

GUovis s'établit ensuite dans la résidence des comte» romains , tandis que Ragnaker s'en retournait au nord de la Somme , emportant sa part des

' Guerriers d'élite attachés à la personne des chefs , vivant à lear table et formant lenr escorte habitaelle.

' Frankene Liude.

dépouilles de Soissons pour prix de sa coopération dans cette guerre.

Peu de temps après, un acte sanglant , qui eut lieu dans les murs de Soissons , fut le dénouement de cette lugubre tragédie. Syagrius sV'tait retiré à la cour du roi des Wisigoths , et sV£Fbrçait sans doute de P exciter contre les Ftanks : Gfaloyis envoya vers Âlarik, le somma de lui rendre Syagrius, et lui signifia qu^un refus équivaudrait }l une de* ^ claration de guerre; le jeune prince goth-, qui n'avait^ ni l'énergie ni rintellîgcnce politique de Chlovis, était engagé dans une guerre contre les Burgôndes, qui tâchaient de' profiter de là mort du fameux Eurik pour s'agrandir; il ne voulut point s'attirer sur les bras im nouvel adversaire , pour protéger un homme qui avait été l'ennemi héréditaire des Wisigoths, et, cédant a de fâches conseik, il remit le malheureux comte chargé de fers entre les mains des hommeê de Ch\oYi$. On ramena Syagrius à Soissons , et ce dernier défenseur de la civilisation gallo-romaine fut jeté dans cette même prison ou avaient été enfermés jadis les apôtres du christianisme , Cfépin et Crépinien : il ne subit point, comme eux , le martyre au grand jour ; Chlovis, se croyant mal affermi dans sa victoire tant que vivrait le vaincu, et n'osant le Uvrer publiquement au supplice, de peur que la population conquise ne tentât d'arracher son ancien chef aux bourreaux , fit secrètement égorger Syagrius au fond de son cachot.

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