‹ Histoire de Soissons (volume 2)Chapitre 8 sur 17 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

SOISSOJÎS sous LBS BOIS M É RO WING lE NS.

(DE L'AN 486 à 638 AP. S.'C.) '

(AN 486). K établissement des Franks d^ns le Soissonnais et dms les autres cantons qui avaient obéi à Syagrius, fut accompagné de grands boule-versemens : ce ne fut point une simple conquête politique ainsi que celle de César; mais une con-

quête territoriale. Ragnaker, ayant agi seulement comme auxiliaire, n^ eut part , \ ce qu^il semble , qu'au butin mobilier : Chloyis , en qualité de chef de Texpédition y et d'héritier du pouvoir romatn détruit, prit pour lui les châteaux , les villaê , les métairies, les haras du domaine impérial et toutes leurs dépendances en terres, bois, esclaves artisans ou agriculteurs , colons ou cultivateurs attachas à la glèbe. Ces possessions , dont une partie était af-> . fermée, et le reste , exploité directement par les délégués impériaux , formaient une masse très considérable, accrue par les misères mêmes de FEmpire, et par la ruine des petits propriétaires dont les biens avaient été réunis au fisc pour cause de déshérence ou de non-paiement des impôts. Chlovis se servit de ces richesses pour augmenter sa truste^ c' est-a-dire pour attirer k son service immédiat et attacher à sa personne T élite des aventuriers de toutes les tribus frankes, auxquels il donna viagèrement des champs et des métairies comme terre confiée (terra commendata) autrement dite bénéfice ou propriété-solde {feh^d)^ à charge de service militaire.

Mais les biens du fisc ne furent certainement pas les seuls dont se saisirent lesFranks : les historiens ne nous apprennent pas qu'il y ait eu , dans les cantons de TOise, de TAisne et de la Marne ^ un partage régulier des terres pareil à celui qui fut opéré par les Wisigoths et les Burgoades dans le sud-est et le midi de la Gaule ; les leudes victo-

DE 90usam. 14$

vieux »*eropai^eÉtTkilënttnent des propriété» pat^J tietibèrcs, ab mcme titre ^pie leur'cbef s^tapunât despr<^iélë8 pàbliques, tetioe fat h l'ori^n^ étH aUhods ovkfiranca-^lêiae, ppoprtëtës primitivèméAe libres de teute oUkpidaia «wer» h couronne , et identiqaes, sdon téute apparence , à la foniëûse' terr*^ aaliiqtM^ terre 4é» ayeua, on patrintôiii^ {terrmae*atioa,ttrrapaterim)^ dont les femmes* «taient exclues. i

L'aristocratie sonssonnaise , les famîHes sénato-^ nà)es,iui!ent, donc dépouillée» d'une grande pai^é dedeur» possessions : aycc la constiCntiott de la pro-priété alors existante , cette spoliation ne frappa' point directement lamaioritë de» faabitâns du Soissonnais ; ce dntétreiiéiamotQ»ite étrange et triste* spectacle cpel'itètaHAtioft des barbares aux crins» &wra enduite de beurrerrance, dans ces bettes villagbààes ponr^s enfonsde h éiriitsalion la* plus élégante et la. phi» rafinée. lyaiHenrs Pesprit decharité et de fratM^é in^oduit par le christiànîs-' me, avait all^éj«Bqu'k ti6 ceftain point rautorité de» ricbes sur ïev pauvre» et des màîtoes surles escla:fcs ; b domination bmtide et fantasque des' noinreauxvenfas rendit donc plus dure la «ondîtion' des daases inAsiieure», en même temps qu'^e ah i mihit le pouVoi» cita eUpciitique de l'aristocratie .* Le séiiatet la duvie Aàifent désorganisés; im ^d waûxf de prvpnëfés sénatoHales et corîâlès se trouvant occupées par des Franks, qui ne connaissaient d'autre assemblée politique que leur mail

iO

national. Le pouToir religieux, a qui les lois du dernier siècle de rEinpire avaient' déjà ociroyé une part; notable d^infliiienee'adminbtratiye / conserya seul une attitude imposante vis-k-Yis des conquérans , et devint Tunique appui des populations etl^urseul organe respecté par t étranger. Gklovis, tout payen qu^il fut , sentait la nécessité d^ avoir des égards pour les évéques dans Pihtérét» de ses projets ultérieurs, et, par rintennédiaire:de'Prin« cipîus, il était déjà en relations avec . St-Remy , écoutait ses avis en mainte occasion, -tt s ahite'* nait de beaucoup de tnéchanceU» pour lui corn- HJlgîre^.

Cest vraisemblabLement dans les premiers temps qui suivirent la conquête de la cité 'qu'ilfeuit placer Tanecdote fameuse du vase de Soissons. Les Fi*a|iks, sans se soucier si cda; convenait ou non à

leur chef, pillaient les égUses, partout où ils pas^ saient. Un jour, GhlQvis et sas guerriers y revenant de quelque expédition contra las cités voisines ,^ traversaient le territoire de Raîihs et côtoyaient les remparts de cette ville , qui n^àvait point en^' core reconnu la royauté^du vainqueur de Syagrius:- Chlovis, par déféreocie pour St-Remy , n^y voulut point jsiettre le pied, de peur ^ue quelque chose de mal n'y fâlcommiêpar son armié\ mais des' gens de .guerre , indociles- a ses ' ocdres ; y pénétrèrent san^ résistance, nulle. puHêiBinoetemporelU^

* Hinciiiar. in vitd S, RemigiiL ^

ne 9(jppùêantà eu^\ entrèrent dans les éf^se», et enlevèrent beaocoâp d'ornemens et dé vases sacrés, entre autres' une Mitro^ d'uiie grandeur 01 d'une beauté mwveilleuses. St-^Reniy v^flige de cette perte,' envoya vers Chlovis, et pria ce prince de hû faire rendre au moins la bmire , s^îl n'était pas possible dé recouvrer le reste.

Le roi répliqua aux clercs de Remy :

--^ Suivez-nous jusqu^à la cité de Soissons, parcaque là sera partagé tout ce qui aura été acquis^ et, quand cette ibutre sera tombée dans mon lot, je remplirai le désir du pape^.

De retour k Soissons, les Fraid^s mirent en cooi* mun toute la proie ^ et , quand la masse du butin fut réunie , Chlovis dit \ ses leudes :

— Je TOUS prie , mes braves guerriers^ . de ne pas me refuser ce vase hors part.

Tons acquiesçaient d'une commtme voix, lorsqu'un Frank, à^ esprit léger , levant sa franhiske (hache à deux tranchens)avec une clameur sauvage.

s^-écria :

— Tu n'auras rien ,6 roi, que ce que le sort te donnera!

Et il frappa la buire d'un grand coup de hache. ' ' .

' Urwuê, Vase dans lequel ou met le vin destiné à la consécration ; aujoùrd*)iui burette»

' Pa/M ; Gregor. Turon. Ub. 3. — Nous avons dit pltis haut que ce titre équivalait à celui d evéque.

14S HISTOIRIS

Le roi soufifrk celte inîwe avec patience , el « de Tavctt de, tcm» les autres guerriers , mécootens d^une teUe action., il prit le vaae fraeaasé/et le pendit dan$ cet état aux clercs de Reiias ; msiis il gan^détiui colère enfermée en mk009ur» Clia^n^ année , suivant Tanlique usage des Germaîm,. à la fin de rhiver, la tribu des Salnem se réuiûssait sous les armes en assemUae générale pour déUbérer touchant les expéditions à ent]?efH*^ndre , les afiaires d^intérét public et les procès, civils ou criminds les plus- graves. Ce sont ces assemblées, nomméesmall, malien, dans le dialecte desFranks, ^enos chroniqueurs latins, contemporains des liérowingiens^ appellent cATfipufmarCtWj Champde-Mars^ parcequ^ elles se tenaient comimuiéaient au mois de mars* L'année suivante^ le mail étant formé , Chlovis commença Tinspection de$ ^rme& de lèqa le» gnenrier» : arrivé devant celui qui avait briàélevase:

-«r Nul ici , llii dil»-il.> n\ de$, armes aussi mal entretenues et aussi sales que les tiennes ; ni tan booeber, m t9ii(Hme (^wiée; pfriem^ endialecte frank) ni ta f rankiske ne sont en état 4^ ser-

vice!

Il lui arracha sa frankiske, et la jeta par terre. Comme Fautre se baissait pour la ramasser , Chlovis leva sa propre hache, et lui fendit la tête :

— Qu'il te soit fait , s'écria- Vil,> coname tii as fait au va^e l'an passé dans la cité de.Soi^pns!

Cet événemeiU si cotinu arriva probablement

DE SOISSOMS. 149

dmê Ift plakie qui s^ctead un nord de TAisn^ ^ entre b ritiire y la tmonUi^e et ie TÎUage de Crouy , ;el h ViUngt At îBucy. Celle partie delà ysiiée de rAigftê a conserve -jiMqd'aaz temps modernes le nom de€hamp-d€'Mars^^ et te fotla qoe le mail eut lieu maintes fois sous les t*Ois mérowingiens. Suivant ThistoHeii du Valois , Mail ou May-cn- Mal tien , su^rôur<!q ^ tirerait son nom de mail et aurait élë MSsi le diëâtre des assemblées frankes*

Rien ne rëtèle mieuiK que Tfaistoire du rase de Soissôns , ce quêtait Tautorité toute militaire d^un roi frank : Cblovis n^ avait pas ose distraire du butintm seul objet sans raveu desleudes^ ni se von* ^cr de Topposition violente et injurieuse d'un d'entre eux ; mais il put- le mettre a mort pour avoir laissé rouiller ses armes , sans que personne osâtseplaiiidre< A la vérité, les Fraaks n'eussent peut-être pas souffert une justice si expéditive delà part d'un chef moins redouté.

Quelques lignes éparses dans les chroniqueurs et les légendaires sont tout ce que nous possédons sur rhistoire du petit royaume Salien , depuis la conquête de Soîssous jusqu'au mariage de Cblovis vers 403* Chlavû fii beaucoup de guerres et rem-* pcria mainte victoire^ dit Grégoire de Tours : de ces guerres, les unes furent dirigées contre des ci-

' Voy. Cabaret ; nUm. MSS. p9ur âervir à riU$t» é$ Sêu ianê. Il cite, à celte oocasioa , !«• obaries de la oathédrale , qui était propriétairo d'uub partie de ce terrain.

150 HisTOiaB :

tés gallo*romaines cpe le prinee mérowÎBgien ^Ott- }ait assnjétir^sadomiiuition, les autres, conlireides tribus germamques, par exemple^ les Thvrii^iens (T^orififfen). C^ est, sans doitte dans cet^ intervalle que les Franks firent le blocus de Paris, mentionné daris les Actoê deSie-Génetiève. . .

Mais tout \ porte à croire que les progrès de Chlovis dans rintériéur de la Gaule ne furent pas bien étendus pendant ces {^revtièrts années. Quelques milliers de barbares ne suffisaient point à sou* mettre les provinces encore indépendantes, même dans r espèce d'atonie où elles se trouvaient , et ce n^ était point le glaive qui devait assurer la haute fortune de Ghlovis. Soîssotis était un vaste foyer d'intrigues politiques et religieuses : la plupart des évéques, non-seulement dans la Gaule indépendante ^ mais dans les états wisigbtlis et burgondes , tournaient les yeux vers le roi des Saliens, et souhaitaient son règne avec une passion. indicible, (dit Grégoire de Tours) , ne doutant pas qu'il n'embrassât quelque jour la foi catholique. Les nobles^^ gallo-romains du Soissonnais et des environs se faisaient aussi les agens dévoués du nouveau maître, pour conserver leurs biens où être dédommagés de les avoir perdus : uii certain Auréitanus joua surtout ce rôlç avec, grand :succès , et devint le confident et le favori du conquérant; on ne sait pas s'il était Soissonnais , mais un lieu appelé Ville-d'Arlaînes, et dont le nom semble dériver de Villa- Aureliana^ pourrait bien avoir été sa rési-

dence. Ce fat cet Aarëftanas qui négocia la grande et difficile affidre da mariage de GUotis avec la seule fille catholique qui ezislàt alors parmi les princes teutons de la Qafùle , ' mariage • plus profitable au héros ,frank« qu« dix- TÎctôires. Aurélianus \ après avoir obtenu avec peine pour Ghiovis Chiot hilde, nièce catholique de'GôndebàM (Gondeband), le roi arién desBurgcmdes, la ramena de Ghalonsur^Saéne' jusqu'au territoire deTroyes , limitrophe du royaiime* burgondien ; Ghiovis , qui s'était rendu makre de cette cité après la débite de Syagrius, attendait k la frontière sa fiancée, qu'AuréHanus avait déjà épousée en son uom par le sol éTor et le denier (P argent^ selon T usage des Franks, analogue à la coutume romaine touchant Vemption fictive, de l'épousée ( notre denier de mariage en est un dérmer vestige). Ghiovis reconduisit triomphalement Cfaibdiilde à Soissons , et recueillit sur-le-champ les frtnts de cette aHiance : touteades cités des province au nord de la Seine , entraînées par leurs évéqueset surtout par St-Remy, cessèrent de résister aux Franks et subirent Tautorité du Koning des Saliens. ' '

• En ces jours là^ dit Fauteur de la vie de St-Rcmy , Cklodowig élargit son royawnejusguà la Seine: dans ces pays au nord delà Seine, il faut comprendre probablement les cités de Test , comme Trêves, Metz, Toul , Verdun , Maycnce , etc. (An 4Ô3).

- L'espoir du clergé ne fut pas réalisé tout de suite;

.fiepepâmi GhlolitiUilç acquit une grande influesoe ^r,soqt v^vly qui lui Içûssa: lii^recaent exercer sm Religion et m pr ote'ger,lQ5 minisires. Les rois franks^ .qi4 donjliaîf Ht à 1^ chasse presque tiout la temp^ qu^ils,ne pi^s^ai^sppii pas à la guerre, se plaisaient pèa jdans les; villes t Çhlovis devait pr^férear habituellement au châneau roosain de Soissons les tniU^s -et l^s métairies des alentours ^ et Ton croit qise ses ^ësideii«ti$ Le$ plus ordinaires, étaient Janiniacum iffx Jttvigny , ^t Croviapum o» Crwfy ^ ancienBea VilluS'Céswi0imB$ ou terres du fise ; on poMe que la terre de Crouy aoniprenait toute la partie de la vattée de Soissons qui s^étend* au nord^est depuis r Aisne jusqu^à la montagne de Crouy ; i( y avait déjà sur cette terre un oratoire du nom de St*Georges. Chlothilde érigea, dans rint^eur delà frilhi^ un second oratoire pour son usage personnel et celui des chrétiens de la trusta et de ia domesticité .royale^ alors aaéme que Chlovis était encore ,payen. La jeune reine prêchait incesaamment le Dieu des ^hrétiensàson q)Ou&, et rassîégeaitdW* gumens fournis sans doute par St-Prince et par St-Remy ; mais elle avait beau disserter sur les vanités du paganisme et sur Vutiité de Dieu, Chlovis ^couait la tête et répliquait que le monde était l'œuvre de ses divinités et non du Dieu.de Chiot* hitde : — Il est certain , disait-il, que votre Dieii ne .peut rien: ce n'est pas même un Dieu ; car il n'est pas de la raoo divine.

Cette race des Dieux dont parlait Chlovis ^ de-

DE SOISSONS. iSS

Tait «ire la race des Ases , femiHe héroïque dont le chef Odm on Woden , venu jadis du fond de FAsie, avait été dhrinisé cke£ les peuples teutons comme Hésus chee les peuples {[aulois. Les Franks adoraient en outre le Dieu Tentsch, père des Teutons, et Irminn ott Arminn (Arminîus), héros qui avait gmdë leurs ayeux à la vietoire contre les Romains.

€3dovis néanmoins accorda aux instances de Gilothilde la permission de présenter au baptême leur premier né : la reine , toute joyeuse, fit orner Tégtise de voiles et de riches tentures, et préparer ime cérémonie pompeuse a/Sn de toucher le iXBur du roi et de V incliner à cvùire^ On ne saurait déterminer si cette église fiit la grande basilique de Si4>ëpiii, ou qodque titre paroissial de Tintérieur de la^le; car il y en avait certainement plusieurs dont la aitttalion ne se peut guère précber* Quoiqu'il en soit , T enfant Ait baptisé eiï présence du M>i et nommé Ingomer ; mais il mourut étant encore <i^an« /«««uiE^e^ (in albis), c^est-à^dire dans la t!obe blanche que portaient les nouveaux baptisés durant la semaine qui suivait leur baptême , en signe de régénération et de pureté. Le roi fut fort chagrin de cette perte et prétendit que T enfant ne fat point mort s^il eût été consacré au nom de ses Dieux ; Ghlothilde toutefois ne se découragea paSf et^ ayant enfanté un second fils , elle parvint encore à le faire baptiser. Le nouveau-né, Chlodomir, tomba malade à son tour.

— Il en sera de celui-ci comme de Tautre, s'écriait déjà Chlovis ; il va mourir pour avoir été arrosé d'eau au nom de votre Christ !

(An 496). Si cette prévision se fût vérifiée, P^ccomplissement des vœux do Cfalothilde et des chrétiens eut été rejeté fort loin; mais Tenfant recouvra la santé , et bientôt un événement imprévu amena Chlovis à cm fesser le Dieu qu'il avg,it ,nii jusqu alors. Les AUemans Çdllemannen^ peuples qui habitaient la Souabeet une partie de la Suisse), avaient autrefois ravagé cruellement la Gaule sans tenter de s'y établir : jaloux des conquêtes des Franks, ils s'unirent avec les tribus Suewes restées en Germanie et avec les Boiowares ou Bavarois , et envahirent tout-à-coup les cantons situés entre le Bas-Rhin et la Basse-Meuse, et occupés par la tribu franke des Ripuaires. Sighebert, roi des Ripuaires, appela à scm aide les autres che&.mérowingiens, et surtout le roi det Sahens, le plus puissant et le plus illustre de tous. La confédération franke et la confédération allemane, se heurtèrent prés de-Tolbiac, (Zulpick) , à quelques lieues de Cologne. On sait les détails de cette fameuse journée : suivant les. légendes dé St-Remy et deSt-Arnoul, ce futle Gallo- Romain Auréliani^s^ qui, au mom^t;oii i l'issue ; de la bataille semblait désespérée ,. suggéra; au .roi frank l'idée d'invoquer le Diéa > de ) Chlothilde. Chlovis^ au plus fort delamélée, fitvœu de deve; nir chrétien s'il était, délivré de. ses ennemis : . la chance tourna après un horrible carnage'; le roi des

AHemans'fut tué, leur armée, mise en déroute, et GMoVis , poursuivant les vaincus au fond de la Grande-Germanie , obligea le» chefis des Âllemans, des Suewes et des Bavarois , a reconnaître sa suze* rainèté et à lui promettre le service militaire.

Le roi Chlovù revint victorieux, selon sa coutume, à Juvigny dans le ca/nton de Soissons^ , et raconta les circonstances de la bataille à sa reine ^ qui y de concert avec St-Prince , manda aussitôt Févêque de Reims pour décider le roi à tenir parole au Christ ; car Remy , singulièrement adonné à V étude de la rhétorique^ ^ était doué du dofi de persuasion au plus haut degré. Chlovis d' ailleurs notait plus arrêté que par la crainte de mécontenter sa tribu, qui ne voulait point abandonner ses Dieux : après avoir en secret disposé les ieudes

' Viator rmneaviiy êieuSêoliêus erat^ad/uviniaeum inp&go SutssiMÙco ; vita S, Amidfi ; ap» SellfMd , au iS joiliet. L'abbé Lebeiif a prouvé Pidentité de Jitviniacum et de Juvigny, village situé à deux lieues nord de Soissons , prés de la ohauseée romaine de Contraginnum ou Gondren. Au temps où écrivait Tabbé Lebeuf, on voyait encore à Juvigny deux bornes milliaîres qui avaient été transportées de la chaussée dans le village. Un distinguait eur Tune les noms de Ssverus et de M. AurMus (Caracalla); Tautre n'avait d'intacts que les mots vias et ahaariis. Yoy. Lebeuf: Recueil, de dUsertaiions publiées en 1741 ; t. 2 p. cxiii. Les objections du chanoine Cabaret {Mém, MSS.) contre l'identité de Juviniacum et de Juvigny, nous ont paru tout à -fait sans fondement. ' * Gregor. Tnron. lib. 2.

saiiens a seconder ses mtentions , il les réunit loiis en un mail extraordinaire , tous ceux au moins ^gci habitaient le Soissonnais et n^étaient pas retournés dans leurs anciennes demeures du Toumaîsis ^ et il commença de les exhorter à confesser le Dieu qui leur avait donné la vietoire, tandis que leurs Dieux n'avaient pu rien faire pour eux dans lepérih L'assemblée, suivant les chroniqueurs, s'écrîatout d'une voix tju'elle consentait à croire au vrai Dieu immvrtel prêché par Reniy ; cependant Fauteur de la vie de St-Remy avoue que beaucoup de Franks, renonçant a leiu* chef plutôt qu'a le«rs Dieux, abandonnèrent leurs terres du Soissonnais et se retirèrent au nord de la Somme, quittant la truste de Chlovis pour celle de Ragnaker, le roi du Cambraisis.

La conversion de Chlovis ne s'en accomplit pas moins, et ce grand acte 4 attqiiel durent assister St-Prince tl tous les étéqueà dé la Gatdè septen^ trioi^ale, fat consotnmé à Reims par les mains de St-Remy, métropolitain de la province ecclésiastique où résidait le roi. Plus de trois mille guerriers saiiens reçurent le baptême en même temps que leur chef^ le jour de Noël de l'an 406. L'entréedu héros mérowingien dans le giroil del'église catholique eut Un retentissement immense dans la chrétienté : les princes de toutes les autres nations bai"bares étant ariens , et Fempereur d'Orient luimême ayant une orthodoxie très suspecte, le clergé, comprime par les souverains hérétiques , montra

DE SOfSSOTVS. 157

partout une riMgresse menaçante , lorsqu^il apprit qa^une si redoutable épée s'cftait mise au service âe la Foi, etChlovis obtint en récompense quelque chose de mieux que des fëlicitations ; les Gauloîs des provinces entre Seine et Loire, qui avaient jusqu^alors résiste opiniâtrement aux aggressions des Franks, et qui avaient même fait essuyer deséchecs aux Keutenans de Chlotis , cédèrent enfin k des adversaires devenus chrétiens comme euikr , au moins die nom ^ et reconnurent Ghlovis pour leur; roi ; les restes des légions romaines cantonnées dans les places de la Loire , sur la frontière des Wisiffotfas, passèrent au service de ce prince, et il nV ent, au nord de la Loire, que les Kiniiro-Bretorm de Textrémîtédc TArmorike (Basse-Bretagne), qui ne se réunirent point aux Franks et conservé^ rent leur nationahté indépendante ^ (an 497).

Gblovis et les prim^ipaux des leudes saliens témoignèrent leur reconnaissemce a St-Hemy , leur père êpirituel et Itnt puissant auxiliaire temporel, en kit attribuant des terres et des métairies considérables, que le prélat partagea entre diverses églises de la province. Ce fat la première source de la richesse eedésiastique dans toute la contrée. Le petit pays^ de Mége ou Mégre, situé sur les conftns des lerrîtOÎKs de Reims , de Soissons et de Vermandoi^, fut donné par Chlovis k Pévéque de Reimfs : rhistoire dfe cette donation , teite que la

^ IVocep. deheUo pothico ^ lib. 1«

rapporte Hiacmar , est assez curieuse : St-Remy venait de démembrer le vaste diocèse de Reims (an 500) pour établir a Laon le siège d'un nouvel évêché, formé du Laonnpis et de la Tbierrache , et il avait cédé à Févécfaé de Laon et à , d'autres fraisons de Dieu les villas (villœ) que lui avaient octroyées le roi et les Franks , entre autres Anizy ; il ne possédait plus auprès de la cité de Soissons qu'une petite métairie (t?t7ZuZa); alors le& colons du pays de Mège , qui dépendaient du fisc royal et se voyaient accablés d'exactions, supplièrent le roi de Us donner à St-Remy , afin de payer dorénar vant à l'église de Reims ce qu'ils devaient au roi. A la sollicitation de Chlothilde , Chlpvis « qui se trouvait probablement dans sa maison de Juvi* gny, promita St-Remy tout le terrain dont ce prélat pourrait faire le tour , pendant que lui-même ferait ^, méridienne. St-Remy monta à cheval , . et le roi dormit si long-temps , ou bien le saint :ç)ievaucha de telle vitesse, que la promenade équestre de Remy enferma dans son circuit une grande et belle terre , dont les principales villas ou villages furent Codiciacum^ depuis si célèbre sous le nom de Coucy, etLuliacum ou Lc^uilly. Le vieil historien de Reims y Frodoard^ enchérissant sur sondevaoQÎer .Hincmar, raconte que. St-Remy poussa son coursier jusqu'à Chavignon, et voulut, enclore cette villa dans son bénéfice , mais que les haifaitans s'y opposèrent, ne se souciant point d'être serviteurs de l'Eglise ; Remy alors leur prédit qu'eux et leurs

DE SOISSOlfS. 150

descéndans travailleraient toujoun sam être jamais riches.

Ce qaine saurait être révoqué en doiite , c^est la donatiôii deCoucy et Leuilly par Gilovis k Féglise de ReiMs : ce fut peut-être une sorte de consécration religieuse de sa première victoire; car sa bataille contre Syagriils avait eu probablement pour théâtre les environs de ces terres. CUovia dut aussi faire des dons notables 2i St-Prince et ii l'église de Soissons ; mais Fliistoire n^en a point gardé la trace.

(An 507). Le Soissonnais avait été le berceau du nouveau royaume , déjà bien agrandi au commencement du yp siècle ; c^ était là que Chlovis avait jeté les foiidemens de sa puissance; mais Soissons allait perdre , après vingt et un ans , ce rang de capitale qu'acné avait acheté si cherl La position de Soissons n'était plus assez centrale pour un prince qui aspirait à la conquête de la Gaule * entière, tl Ghlovis, en 507, transféra de Soissons a Paris sa résidence et le chef-lieu de la nouvelle tcrre.franke(FranAene-/anrf, en tud'esque; Fram.cia^ en latin), dont la portion située entre FÂisne , rOise, la Seine et la Marne, la seule où les Franks se fussent établis en grand nombre , conserva le nom dH Ile-de-Frcmee ^; puis le conquérant catho-

' Ce fat là la primitive. Ile-de-France : les délimitatlQns dé la provitico désig^née sous ce «nom ont été étendaes ou resserrées â plusieurs reprises dans les temps modernes.

160 BKIOlEfi

lique, après avoir reçu solen^emeiU; U^^bènédkh tion de Dieu par la main de révéque Remjf^ pâiiit pour aller vaincre , tuer et dépouiUeF le roi des Wisigotlij^ ar^as , ee même AUrîk qui loi ayatt aur trefois livré Tiafortuné Syagri^i^. On sait que I^ tripmphe de Voaglé, qucâque rendis incomplet {lar Fassistance que les Wisigoths reçurent di^ Oatro^ gotbs, alor» maîtres de ritalie., vaj^t àOhlpvî&la possession 4^ toute la région eiUare la Loif^ , les Céyennes.etles Pyrenées.^ Vers le même tensips-,. Ghlovis, qui avait sans doute , par rmtermédîrâre des évoques , engagé des négociations avec la cour impériale de Gonstasïtinople, et qui voidaîlt légiUu»er en quelque sorte sa^ deniina(i«ipkanx yeva des Gallo-Komains par Taveu de Femjpereor 4^0rient , reçut ,du monarque byzantin nn diplôme (cadicellti») qui lui conférait oa le consulat , oa di| moins les honneurs consulaires ^ et Inî WQomisi&sait le pouvoir civil et militaire en Gaule* CUovi^ se qualifia dès-lors de consul et même é^AuguM0 ^ et, tandis qu^il affermissait aiji;isi son aulQcité. si^r les G^llo-Romains, il epiiploya lal^aojie e& lepoi-) gnard poui; réumr sous son commandement Âmmén diaJt toute la nation franke.: sédak^m^par s^ glGffrq efc ses richesses les anfrta£Âa»« des diversi ckefo de ti:ibus. , il déposséda et massacra cemi-ei les una après les autres. Ces chefs étaient tous parens de leur meurtrier : la race mérowingienne. fut exterminée presque tout entière. Toutes les tribi^s pas* sèrent sous T empare de la branche salienne , sans

se fon^f e complètement aveq les Sfdi^m ; car ]a U:ibu des Bipu^res y la plus qofisidisrfible d'eutre elles, et qui tenait, Cologne et les deux jdves «du j^kin,, cqnserTa falpi pai^ticuli^re, dîffénenjte de la Ipi falique^ et le4tri)>us iidférieur^s se partagèrent entre les deux coutumes.] La division postérieure de la jQaule si^ptentiripnale. en Nioster-Rike ou jl^çustrie (^o.y^)i4ie,de Fou^est) et QsterrRike 9U Austrasie (royaume de Test). cori:espondit, jusqu'à un cert^ii^ point , a la distinction :de9 Franks dç^lpi salique et.des Franks de loi rjpoaire; on sgit que les Franks orientaux forent toujours bien, moins attachés à la postérité^ de jÇlfilo^is que lesi; Franks occidentaux*

. Quant aux Gallo-Bom^ains sujets du. monarque

(rank , comme dans tp^tes les contrées, soumises

aux rois barbares , ils gardèr,entjeur propre loi, la

loi romaine, le code tl^épdosien, promulgué en

438 ; jmaijs, les hommes de languQ latine n'étaient

pourtant pas sur le pied d'une égalité réelle avec

les Ilotes farouches de laGaide: c'était un Frank

qui régnait a la fois, sur les Franks et suries^ Ro-

,mffins'j c'étaient des Franks. qui présidaient a la

fois, ^comme graafs (iQagistrats germaniques) à

. l'exécuJ^oip des lois salique et ripuaire, et^. comme

j^ijbcc^euiçsdes.çpqite^.romaûi^^ à Tobs^rvation

. : ^u cç|dç|| tl^éqdpsieix dans les comtés , qui ne çor-

. ^espofidaient pkm ai^ anciennes cités^ c» il y avait

.jiprc^ue £)utant d^ Qomteâ que depagi ou cantons.

^Quelques Qallo-Romains, étaient cepejidant admis

dans là truste, dans le vasselage du roi , et occti-' paient des emplois élevés ; Aurélianus, par exemple, avait eu la ville et le canton de Melun eti bénéfice avec le titre de duc , qui , sous les empereurs , ne s^était donné qu'aux généraux chargés des grands commandemens militaires ; mais ces Gallo-Romains étaient considérés par la loi saUque comme gens de moindre valeur que les barbares de même rang , et leur meurtre était puni par une amende moindre de moitié que Tamende imposée au meurtrier d'un officier frank. Quant à la distinction du pouvoir civil et du pouvoir militaire , établie jadis par C!onstantin et annulée de fait du temps d'^gidius et de Syagrius, elle avait entièrement dispam, ou plutôt le pouvoir civil n'existait plus , et ses attributions étaient disputées entre l'autorité militaire et l'autorité ecclésiastique.

(An 511). A côté ou au-dessus de la double législation romaine et tudesque , s'élevait un autre droit, le droit ecclésiastique, formé par les canons ou décisions des conciles généraux et provinciaux, et admis également chez les barbares récemment chrétiennég et chez les Gallo-Romains : cette loi religieuse , interprétée et modifiée incessamment, du moins dans ses dispositions réglementaires , par le corps des évéques , tendait naturellement à se superposer à la loi civile , à l'absorber, pour ainsi dire , dans son sein ; mais , par une sorte de compensation , elle-même n'était nullement indépendante du pouvoir temporel ; les rois barbares , a

Texemple des empereurs , convoquaient les conciles ou synodes dans les provinces soumises a leur couronne. On ne contestait pointa Vévéque de Rome sa prééminence sur les . évêques d^Qccident ; mais on n\en tenait nul compte , et on ne le con * sultait pas pour réunir les é véques gaulois* Ce fut Chlovis , et non le pape 0)i un vicaire du pape , qui rassembla, en 511, à Orléans trente evéques de la Gaule fraake , et le synode présenta ses canons à la ratification du roi. Ces ccmm» confirmèrent et étendirent le droit d'asile accordé aux églises par 4es empereurs, droit aussi bienfaisant dans une société violente et désordonnée qu^il eût été anar- <;hique dans un autre ordre de choses. On confirma aussi là juridiction épiscppale dite qour {curia) de ckréUenté^ sur tous les clercs et leurs enfans , •ce qui enlevait une classe nombreuse de citoyens ^ la juridiction des <:omtes royaux ; car la cléricatare était héréditaire chez beaucoup de familles, dont les membres s^ engageaient de génération en génération dans les rangs inférieurs de TEglise et vivaient à Fombre des basiliques. Les évéques s^obligèrentà ne pas conférer les ordres aux laïques fik de laïques, sans Taveudu roi ou de ses comtes, de peur que trop de gens ne c^ierchassent à se soustraire k Tautorité militaire et civile.

St-Prince n^ assista point au concile d^Orléans : il était mort, à la fin du Y* siècle ou au commencement du VP ; son frère St-Remy , et son fils , Liupus> ou Loup , qui fut élu évéque à sa place ,

lui avaient rendu les derniers devoirs, et l'avaient enseveli dans la crypte de la chapefle Ste-Thèclehors-les-murs ^, qui parait avoir été une déjpendance delà jurande basilique'St-Qrépin. La ti^dition attribue beaucoup de "fondations rèligpëiise^ ' à St-Prince et à Loup sbn fils , canonisé cbiîime lui: sànsdôûte en effet ces 'deux prélats reçurent de Qilovis des'Z»^^/Ece# Âxibcs d'impôts eii tout ou en' partie , et employèrent cet accroissement dé 'richesse h agrandir elbihier les édifice^ reli^eux existans et & bâtir de nouvelles églises ; mais les ' môiiuméns contemporains ne fournissent ^ère de dbciimèns précis à cet égard. On a dit l[}ue St- Prihce et St-Loup firent Tenir dil feineux monastère de Lerins (nes^Ste-^Margti'ërite) des cénobites qu'ils instatfèrent à St-Gré^-le-Grand ^ ; bn a dit ^que St-Prince transféra le siège épi^co(>al de la ' basilique St-Crépin ^ Pé^Iise dédiée sotii Tinvocatîon die là Ste- Vierge , de St-Gervais et de St-Protais , eV qu'il fonda les églises ou cfiapelles de St- Victor prés là porte de Crise , de St-Ghristôpne , de St-Quentin, de St-Adnen dans Tilè d'Aisne (depuis St-Waast) ; mais tout cela est fort obscur; seulement, il est vraisemblable que St-Princë fat le fondateur dé la chapelle' b&tie' dans t'endëiAté de

l'édifice public qui devint le 'dkâteau des comtes, et desservie par six dercs régulière '^ui tonserve-

' EatreSt-Gërmaîn et Miîé^npai^t /suivant borotay. ' Gatlia'ChrièHana ; il ix\ p. 393.

rejitU nom de chçbnoine* de StrPrince: il est à peapri^jqcjilfKJiq.que St-Loup établit a. Basocb^e, da^f l'ejplise St-Ru^ et St-VaJère, un chapitre de soix^nteTdouzje; clercs réguliers , ei\ niémoire d^s sQÎ|;,apjt^jdpi}ze di^ciple^ de Jjésus-C hrist ; ce chapitrée, f^sistai t. eficpre au ^''siècle, du temps de Frpflp^^d, rhifitprifsi) dp Reims; c'e'tait.une sorte de siçmmairQ^de FégUsie de So^sqns* Le nom de St-Loup figure entre les noms des prélats qui siég^e^t au coi^pile d^Orléan^ :,Cl^lp.yis ne survécut qHfiP^Wid^.sçnîfûnesà cette qélèbre assemljlée, et moiff^ut ^, Ps^js au mois d^e njpyeinbre 51L

Op a prçlien4^ * qHÇ ç^ pri^nc^, après, sa victoire sui; Sty^gjçîu^^ a;vait fait frapper, d^e^ monnaies d^^or à SoisgpQs,, et Tapjteu^ du. Trffft^^ des monnaies rQjfalfiiK4êx Ifpm^oe. (Leblanc) lui^ î^ttribue trois ^x^'à^-^{tffiens) d'or, 49?>t deux portent le noipg^ d^ Soi^joa^ç orjl^grapl^é barbareqient Soecip eti Sff^Ha* ^^xxiip de ces deux, qiédailles repre'sente un prof^ chev.çlu s^ai^ çourpniie ^i diadème, avec la legiçnjijde St^qciof^ij^^ et, §ur \e. rever§ , une figure eu p^çd tenant une espècç de ]^ache ou de massive, aV;ÇÇ Is^légçnide Betto ^h\Bepto, mqnetarius), qui se^. irçAVQuvc sur diverses n^oçnaies. Les autres pièce$ fr^ppéen par Qe monétair» Be^to, directeur de Isi mppnaiç royale de Soisspns , portent une croix ; mais le trions ^e ^hpinme à la hache, n'offre aucun

' Bouteroue ; Recherches curieuses des monnaies de Fra^nce,

indigne de christianisme , ce qui a paru, sam fondement, à quelques auteurs une preuve de la fabrication de cette pièce avant le baptême de Chlovis ; les croix manquent également, bien que par exception, sur d'autres pièces mérowingiennes^. La seconde médaille représente une tête barbue et coiffée d'une couronne radiée , avec la légende Suesianis , et, au revers , une croix haussée sur plusieurs degrés.

Lors même qu'il n'y aurait point d' objection plus radicale à faire , il serait peu probable' qu'un monétaire , au temps du conquérant de Soissons , eût inscrit son nom sur les monnaies : cet usage , inconnu avant la conquête, ne s'introduisit qu'a* pires que les monnaimes, peu nombreuses sous le gouvernement romain , se furent multipliées sous les successeurs de Chlovis. Mais on conteste à Chlovis bien autre chose que nos pièces soissonnaises frappées ou non par Betto : on refuse au monarque frank, et cela avec raison , toutes lés médailles qui lui ont été attribuées. Chlovis ne battit jamais monnaie à son image , qu'il eut pris ou non à cet égard des engagemens positifs avec la cour de Constantinople en recevant la pourpre consulaire. Les premiers rois franks, comme les autres princes barbares, se contentèrent d'abord d^imiter le type monétaire romain sans chercher a en créer im qui leur fût particulier, et , jusque vers le milieu

' Voy. Lelewel; Numismaiiq.du Moyen-Age i pi. nictiv.

DE 80ISS0NS. 167

du Vr siècle, ne placèrent ni leur nom ni leur figure sur les monnaies, toujours marquées deTimage impériale qui faisait encore une sorte dHUusion aux Gallo-Romains devenus sujets des barbares. Procope, historien grec du VP siècle, précise Té* poque à laquelle les fils de Ghlovis commoiicèrent d'avoir une monnaie a çux : après que Justinien eut confirmé, vers 540, la cession faite aux Franks par les Ostrogoths des provinces que ceux-ci tenaient en Gaule (la Provence), les rois franks frappèrent a Arles des monnaies d'or à leur effigie , et non pltés à l'effigie de l' empereur, admi qu'il eH d'usage même chez les rois ba/rbares. Ainsi disparut le dernier vestige de la domination impériale! Les premières pièces frankes ne portèrent toutefois encore que le nom des princes qui les avaient fait frapper , car les bustes gravés sur ces médailles gardèrent pendant quelque temps le caractère romain et le costume impérial \

* Théodebert, roi d*Au8trasie, petit-fils de Ghlovis, est le premier roi frauk dont on possède une médaille incontestable. M. Lelewel afait^ pour la numismatique dès barbares, ce qu'a fiiit M. Aug. Thierry, dans un ordre d'idées plus vaste, pour leurs mœurs, leur caractère et leur vie sociale ; il a débrouillé le chaos et porté la lumière au sein des ténèbres. Voy. Numismatique du Môyen-Age ^ t. 1, et atlas. Ii*abbéDi^os {Hiê^, critique defétahlissemeni de la monarchie françaiêé , t. in, c. iO), et Pabbé Lebeuf (Dttsi^ffation sur CMovis et sur quelques monnaies de Soissons ) avaient levé un coin du voile que M, Lelewel a déchire.

VBS' HISTOIRE

(An 511). c< Le roi Ghlodawig {Chl&dotceohus) étant donè mort /dit Grégoire dé Tours, ses quatre fils, à Savoir: Thettderik (ou Théodorik) , Chlod^iuir , Ghildèbert et C&lother {Chlotitacharità, Chhthariu^, reçureilt son'r(>yaume , et se le piâkdgèretit également (iQ^g««4/anê6^) ; >^ c*est4^ dire qu^îls diTisèreilt en quatre lots les trésors alii&ssés par léut^ j^re durant ses conquêtes , et les* setfs, les colons^ les terres^ les'bois , les palais , les vilids^ les itiétairies , doiit Ghibvil^ s^était emparé dans les provinces gauloises. La royauté' n'était ]^oint, pour ces chefe de l^arbares ,. tme fonction abstraite ; feroyaumê {régmim) était une propriété patriin'Oiii^e , un' bien partageable comme tout autre bièii; et le pouvoir de commander atu: Franks et a'ùï RomdiM dans cha^'e éantoii' ne leur seniblait en' ^ù'etc^e soicte que Ta^endite nécessaire et natùrèt dé fà possession dés fiscs royaux.

Le partage ne fut pomt égal , qûoiqu'en' dise Grégoire de Tours. Théodorik , Tainé des fils de Chlovis , né d'une autre mère que ChlothHde^ était déjà connu par ses exploits , tandis que ses trois frères étaient trop jeunes pour avoir participé aux victoires de leur père : Théodorik s'appropria le lot le plus considérable ; il prit pour lui toutes les contrées entre la Meuse et le Rhin , qui furent appelées Osterrike ou OMrie^ (par corrupûcm, AttstroHé)^ avec le vieux pays frank d'outre Rhin et la suzeraineté des peuples germains vassaux des Franks, et en outre, décala Meuse^ les diocèses de

Reims, Ghâlons et Troyes ; Ghlodomir, le second, eut les diécèses de Seiis, d'Aïuerre , TOrléanais , TAnjonj laTouraine, le Maine, etc. ; aa troisième, Ghildebert; échurent Paris , Meaux , Senlis , Beauvais, la seconde Lugdonaise (Normandie); Nantes, Rennes, Vannes, etc. ; le qaatrième enfin, Chlothcr, âgé d'environ quatorze ans*, obtint les diocèses de Soissons, Laon , Vermandois, Amiens, et larégion située entre la Somme et la Meuse. Cha<* cun eut de plus sa part dansles possessions frankes d'outre Loire.

Les quatre Konings établirent leurs principales résidences au cœur du nouveau pays firank'; Théodbrik, à Reims ; CUodomir, b Orléanà ; ChiWebert, à Paris ; Chlother, à Soissons. Les quatre capilîales étaîenl ainsi resserrées dans un rayon de cinquante a âoixamte' fiéues , si l'on peut employer P exprèssîôïi' dé ca/pîtaie enr parlant de tefe royaumes et de tels rois. On vit donc reparaître à Soissons un pAnce chwelu ^ et le plus jeune des héritiers de Chlovis promena sa cour barbare, du fisc de Crouy au palais de Soissons ^ du palais romain aux vih las éparses dans les vallées et les forêts soissonnaises.

Ces métairies , enlevées a l'ancien domaine im-

' Ghtother était le quatrième fiU de Ghlothilde , dont le premieif né n'avait pas vécu : Chlothilde s'étant mariée en&93, Chlother ne pouvait avoir plus de quatorze ans en 611.

përial ou aux propriétaires gallo-romains , acquircnt une importance toute nouvelle dans Tordre de choses amené par la conquête. Sous le régime romain , les officiers impériaux et les sénateurs ou cu/riales étaient retenus dans les cités par. leurs goûts et leurs Habitudes autant que par leurs fonctions; les chefs germains au contraire ne se montraient que par exception dans Pintérieur des cités, et passaient le temps à errer de villa en villa^ avec ceux des leudes qui vivaient a la table royale et ne s^ étaient pas fixés sur leurs propres terres ; rhiver, loin de les ramener dans les palais urbains, était pour eux la saison de la vie forestière par excelleiice , la saison de ces grandes chasses qui duraient des semaines et de;; mois entiers. Les métairies , qui servirent alternativement de gites aux princes franks et à leur trtate , furent donc agrandies, rebâties , peuplées d'un plus grand nombre d'esclaves; ces édifices ne ressemblaient en aucune façon aux châteaux féodaux qui leur succédèrent ; c'étaient généralement de grands bâtimens non fortifiés , construits en bois plus ou moins élégamment travaillé par les artisans gaulois , et entourés de portiques d'un style empruntera l'architecture romaine. Autour de la demeure du roi étaient disposés les logemens de ses officiers et des leudes de sz truste; puis les haras, les étables, les bergeries , les granges , et enfin les cabanes habitées par les fiscalins ou esclaves du fijsc royal , que les Franks, dans leur langue , nommaient lites , c'est-à-dire

les petits, les petites gens, {minores persanœy. Ces lites ou fisoalins n'étaient pas seulement des cultiyateurs ou des gardeurs de troupeaux , mais des artisans des deux sexes exerçant, au profit du roi , toute espèce d'art manuel depuis PorfèTrerie et Fârmurerie jusqu'à la tisseranderie et la mëgisserie , dépuis la fabrication des étoffes les plus grossières jusqu'à la broderie en soie et en or. La plupart étaient gaulois^ nés sur le domaine royal ou enlevés soit dans les expéditions des princes franks contre les Goths et les Burgondes , soit dans leurs luttes intestines : d'autres , faits prisonniers et réduits en esclavage, appartenaient à toutes les races diverses que la guerre mettut en contact avec les Franks *.

Il y avait donc, dans chaque t)f7Ja , outre la population mobile que le roi amenait à sa suite et remmenait avec lui , une population permanente de petites gens, d'hommes de condition servile ; que surveillaient et dirigeaient quelques hommes libres choisis par le roi. Tie& villas royales et des villas seigneuriales , organisées sur le même pied que les premières , sont sortis tous ceux de nos villages et même de nos villes qui ne doivent pas leur origine aux cités , aux oppida , aux castra ni aux vici gallo-romains. De là, tous ces noms de

' En Anglais moderne , liiile signifie encore peiH. • Voy. les Nouvelles UUre» sur VHUt. de France , par M. Aug. Thierry (i'*^ lettre); Revuedes deux Mondes (1833).

villette (viUuM), devillers {viUar0)4^viflierSf de villmne ^tviti^Mn^Xvill^fia)^ q^^ portent. tapt,d^ bourgs, tan( de viUiiges, tiqit de famâUes, et tpo&ces noms de lieux terfDinés enr»7/e qui couvrent la carte de la. France'*

Malgivé les progi^ de Tagnculturie en, Gaule sousJa domination impérialp ^ Is^ . fim grande par,tie duiSôissoimais Qt descaptons voisins, était encore couvenle de J»ois; l^s Romainç^ avaient défriché^quelqoes coins de ces foséts ; ils les. avaient sillonnées de chauaaée&pubbqu^^etde chemins dp traverse; mais ilsiie les. ayaientps^détroites^ Ver^ Touest surtout^ les. QhAwdfiS: druidiques étaientencore aussi denses , au^si snuvag^s qu^au^ temps primitife de la Gauler Cette portion la plus imppcta»te des vieilles forét& soissopnajjsies , s'appelait, sous lies. Mévowingiens^ ^% probablemei^t dès V^{>o~ que romaine , k foret de Cuise {Cot^ia Sf/l%fa)if du niom d'une métairie cachée dai^ ^^ prafQnde^rs lespkis solitaires, k readiroit oii fut depuis St-Jçan: aux-Bois , à trois lieues environ dç Co^ipiègne'.

' Sauf toutefois les Ftlleneuves et les Villefranches qui datent 4e Père comipunale du XIP siècle. Les noms en court ont la même origine qiie les noms en eilh', curtis et plus anciennement cors ou coor«, signifiait un n^noir, une maison rustique avec ses dépendances ; voyez^ dans leGlossaire de Dlicange, les mois villa et curtis,

* Et non pas à Guise près Attichy , comme Ta dit Â. de Valois. Voy de re diplomaticd; p. 278.

'Coiia j Coia , Colta (de Colère , GuUmm) dcsigaait les villas bâties damsr des claîrièfM pntiqaées parrai lès bots- ayec la hache , et entourées de quelques défnchemens. La maison de Guise (domus (^fr^) avait probablement été le séjoiiT'd^un conservateur impérial des forêts, et futcdui d'uafo- ' restîer des rois méroVrin^iénis , que les Franks^ap- ' pelmeht graàf^ kt ieé Rétnmins, juge ijudex)^ 'fwr-' eëqu^ûjugèuif soiiamisûrement les malhem^ux qui s^avisàient de prendre -du poisson dans les viviers et les étangs bu de poursuivre les bétes*fauves> a travers les futaies, crime irrémissible aux'yeux des chëfe germaine ; plus jaloux de la possession exclusive^ de^ leur chasse (}ue de -toutes les {prérogatives 'focales cais^nble^. La foret de Gompiègne ,• telle 'ij[u^ elle existe a^ourd'htai, formait à peu près le ceilfre de làfcxrét de Cuise , qui franchissait* -au ^ iTKtt-d Piïisne, r Ailette, la Senre ^ et'^attaitfse con- ' 'fôtfdre avec -les bois dé la Thierrache ^ et avec Ja ' ^ fdrét* £7ietr£^(mmèrtf, attenant aux imMenses^ Ardennes; tandis 'qù'àù- sûd-Ouést ,• ^ll6 s'étendait jus-

* ihssdilcfeft^restiersétaieiitHlftdes perécmiiages inipor- ' tans r le» flun6ux:4BOiate8 de Flandre ne f^dnt d abdrd que les fikrestiers du if aclti«n0rp»cafiu«. Lors de la décadence des rois karolingiens , les forestiers ou juges de Guise se rendirent héréditaires sous le titre de Gruyera , qui passa ' dans la' maison des Gherisy, seigneurs de Béihisy;' la forêt fut alors démembrée outre les matsedsléedaleade la eontirée, sauf quelques portions conservées |>ar la -oodronue (Voy. Hisi. de Faî&ie^ t. 1, 1. 1).

qu^aux confins du Parisis et du Vexin , vers Chantilly et Luzarches , et , au sud-est , embrassait presque tout le pays de Vadois on Valois avec la bourgade de Vadum (Vez), son chef-lieu, et même Villers-Cotteretz ^ premièrement appelé Villersen*Cuise, Une foule de métairies royales , situées dans Fintérieur ou sur la lisière de la grande forêt, portaient, comme la résidence dnjitge frank, ce même nom de Cotia , lequel s^altéra de mille manières dans la latinité corrompue des temps barbares; ce fut Cauciacum (Choîsy) et Codaoum ou Codiciac!um (Coucy), et £<»l«oia (Coyoles ouÇoUioles); ailleurs Cuiciacum-in-alto-monte (Cuisy-en-Almont) , Cuisa ou Cmsia (le village de Cuise près Attichy), Coysu (Coye près Luzarche). La ville àe Guise n^a pas non plus d'autre origine \ Les souvenirs de la région forestière et de ses sauvages habitans^ sont partout écrits dans les étymologies loches : vingt endroits ont emprunté leurs noms aux loups, aux cerfs , aux bêtes fauves qui avaient été leurs premiers hôtes ^; \e^ BreuiU {Brolia) étaient les bois les plus giboyeux , les plus propices pour lâchasse , les bois qu'on entoura de haies et plus tard de murs , pour en faire des plesHs ijplexitià) ou parcs. Leis épais taillis qui bordaient

' Le mot anglaié ooUmge , ferme , maison ro&tique , doit dériver au8ti d« coHa ou coia',

* Gerfroid, Haleu, Pîsselen, Damiea, Loiivry, Louatres , Betz, Béthisy, etc.

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