‹ Histoire de SoissonsChapitre 11 sur 16 · DE .S01S90M · texte numérisé non relu

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les aimes, ai p^r les sciences, nTméme par le cpmmerce, entre les villes diinord^ depuis que lesîëge de 1414 avait détruit toute la prospë&ité du pays, lequel se relevait bien lentement d'aune ruine aussi conaplète* L'iniprimerie , qui se répaqdiôt depuis plus, de i^inquanté ans dans toute FËurope lettrée, ne devait pas s'étaJ)lir à Soissons avant la fin du XVI^ Siècle, ^instruction ecclésiastique était encore flQrissante dans Tintérie^r des cloîtres; mais la littérature proprement diten^avait plus dUnterpréte digne de rappeler Tépoque de Tagiographe Hugues Farsit ^ du poète-dévôt Qauthier de Coincy et du poète-erotique Raoul de Nesle. Cette école poétique du Xni® siècle n^ avait pas Is^ssé de successeurs , et persoim^ ^ Soissons nç prenait la plume pour rédiger des chroniques ds^ns le genre de celle du moine {UQQnym^ de St-Médard , ou des Mstoires aussi bien narrées^ q^cMe de Guibert de Nogent ; seulement le C^rme Jean de Venette ,. natif du vil-, lage dece nom, avait été.up d^s continuateurs de Guillaume de Nangis, et s'était Fait connaître par des poésies assçz ingénieuses , au XXV^ siècle ; dans les, dernières années du XVe, Sébastien Marner ot , de Soissons ^ chantre et chanoiAe de St-Ëtienne de Troyes^ avait publié plusieurs compilations histonques écrites cùmpendieusement ^ entre autres les Chroniques Martiniennes. Soissons pouvait toute;

prouver que le comté n'avait jamais relevé de Tévéque: c*était caniredire les £aits les mieux établis ; mais il eût prouvé très aisément que Tévèque et le roi recevaient Vhommagc du comte , chacun à des titres diflPérens.

fois se glorifier d^avoir produit ie premier autear qui eût traité de la botanique en France , Jean Ruel, qui apprit sans maître ie latin et le grec, qui devint médecin habile et qui puisa dans les anciens naturalistes tout ce que ne lui enseigna pas Tétude des plantes du SoissOnnais; Son livre , de Naturâ Stirpium;^ occupa un rang élevé parmi les ouvrages spéciaux , quoiqu'il ne soit qu^un amas désordonné de citations et d'observations. Soissons fut un peu plus feirtiie en hommes de science sous le règne libéral dé François I*': Gérvais de Toumay, chanoine de la cathédrale, s'adonna aux traductions du grec et du latin ; Gervais de Lacourt s'essaya dans les mathématiques; Hubert Susanneau composa des traités de grammaire et des vers latins ; mais il n'était certainement* pas aussi bon latiniste que l'abbesse de Notre-Dame , Béatrix de Martinmont, qui fut réputée- la plus savante de son temps , au XIII«- siècle , ni qu'une de ses religieuses , Béatrix d'Avesnes , qui rédigea un psautier en style fort élégant. Les nonnes de cette abbaye savaient toutes le latin , puisqu'on leur lisait au réfectoire la Légende doirée de Voragine/de même qu'on lisait St-Angustin a St-Jeandes-Vignes *.

' Les Bibliothèques de Mattaire et de Panzer ne font mention d^aucan livre iraprîraé à Soissons, et ce qui prouve quHl n*y avait pas dHmprimerie dans cette ville , en 1531 , c*eët quo le premier Missel Soissonnais fut imprimé à Paris par Denis Maheu , aut frais de Regnault Ghaùldière V libraire-juré de l'Université. Voy. plus haut, p. 79 de ce volume. Bien plus, la Description de la procession de 1530 , par Jacques Petit, ouvrage essentiellement soissonnais, fut

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L'abbaye Notre-Dame était bien dégënqrée sou$ Tabbesse Catherine. du Hem: les rapports continuels des nonnes avec les chanoines de St-PierreauParvis y avaient, engendre' des désordres qui transpirèrent hors du monastère. La bonne intelligence des uns et des autres fut troublée, en 1517, ï Toccasion de la procession au lard , et , nqnobs*tant une convention relative à la quantité de lard donné par les religieuses , le 4^hait recommençai Tannée suivante. LMvéque, Foucauld de Bonneval, qui gardait rancune à Fabbaye, intervint dans cette querelle et y intéressa François P' , qui pria le pape, Lé@nX , de nommer des commissaires pour réformer cette abbaye pleine de licence et de scandale. Léon X nomma le cardinal de Bourbon , qui visita le couvent, découvrit beaucoup d'abusiet blâma surtout : les communications f^u^dilières des religieuses avec leurs voisins : il força les officier es de la maison de résigner leurs charges , il cas^ leurs réglemens, il en imposa, de nouveaux^ il rendit plus étroite la clôture de la maison , en sorte que repas, processions , promenades en r coiumun furent défendus aux frères et aux sœurs;. enfin, il appela de Fontevrauld dix religieuses pour surveiller la réforme du monastère. Ces intrues ne tardèrent pas à se brouiller avec Fabbesse, et le cairdinal, afin d^arréter cette division j yoplut envoyer Catherine du Hem en exil, au prieuré du Charme:

également imprimée à Paria par les soins de Téditenr-libraire Geoffroy Tory. -WW. dé Lacroiv du Maine et de Daverdier. Manuel hist. du dàp, de VAiêne, par Devism^a. .

celle-ci obeit> mais la vue des sergetis , cjui attendaient à la porte , commandés par le bailli de Yermandois, la Frappa d^mi tel ^roi , qli^elle tomba en syncope et faillit succomber ; comme elle se plaignait des Tioiences exercées sur elle , François I" , considérant que le prieuré du Charme était pauvre et que Tabbésse ne pouvait y être auwbien fruitée qu'il appartenait à sa vieillesse , fit transférer là vénérable exUéc dans Tabbaye d'Yère, avec une pension de âOO livres délivrée par le couvent, Catherine du Hem mourut bientôt de chagrin. c< Nous savons que soeur Françoise Lejeune , religieuse de vOtfe Ordre, écrivit le roi k la communauté en 1522 , est femme fort vertueuse , savante et experte a^ fait de là réformatioh , autant et plus que nulle autre ; nous vous avons bien voulu écrire et prier pcrur la élire en votre àbbesse. ^ L^abbaye se soumit a cet ot*dt*e déguisé. Foucauld de Bonneval , qui avaH tant de pouvoir sur l'esprit dé François !•», grade au crédit de Son frère , favori de ce prince, ne marqua ison épiscopat à Sois^ons que par ce 'procès , plir Touverture de la châsse du Sl-Suaire, kTabbaye St^-ComeiBe-de-Compicgne, et par la confirmation du prieuré de St-Quentin à Berzy-le- "Seé, le seul Chapitre* qui fat de collation laïque et de patronage séculier dans - le diocèse. L^év^que n'empêcha pas un usage très-bizarre de se perpétuer a Berzy jusqu'à la Révolution : le 8 novembre , les villageois s'exerçaient en public a faire des grimaces , et celui qui faisait la plus laide avait droit à une récompense. Le même usage se pratiquait à

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ViOettionloir ; nmis it Ait aboli vers ce temps-fh , où la (frimaGe de Èerzy était en grand honneur. A Villemontoîr, k jonr de la Nativhé de la 'Vierge, trois cbanoillies de la cathédrale et les officiers da Chapitre venaient présider k une fête burlesque, dans laquelle les grimaciers, rangés sur un ëchafoud , donnaient aux juges du camp un échantillon de leur savoir-faire. Cette fête cessa , dit-on , parce qu^un des grimaciers fut tué par la foudre, au milieu de ses exercices. Un bas-relief , reprësentiint le jeu de la grimace, existait àulrefois au-dessus du portail de Téglise de Tendroit. Foucauld de Bonneval, qui s^était pourtant fait aimer de ses diocésains , s^en s^ara pour échanger son évéché contre celui de Bazas , avec Symphorien Bullioud , éveque de cette ville. Cet échange eut lieu en 1528, et Bullioud, qui était d^une famille honorable de Lyon , vint feire son entrée k Soissons la même année : il n^ occupa ce nouveau siège que quatre ans ^.

£n 1621, le Soissonnais était ravagé par les bandes dî^Menturiers^ qui se Formaient dans toutes les provinces de France et qui pillaient pour leur compte , quand ils n^avaient pas de solde 2i prendre sous les drapeaux des parties belligérantes. Ces nouveaux routiers, moins braves et moins disciplinés que ceux des Grandes Compagnies du XIV* siè^ilè , moins cruels et moins sanguinaires que Tes Brigand9 et les ÈeorchéurÉ du XV*,- étaient nom-

' Hièi. de Vahh. if^.-jD. p.24o etsuiv. MSS. dç Cabaret, ce fut le vicomte de Berzy qui fonda le prieuré. Gall. Christ' Donnay, t. u, p. 42T; 517 et 8uiv. MSS. de RouMeau. '

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mes Diubles^ en Guyenne conume en,. Picardie ; a ce nom qui les rendait plus redoutables dans les campagnes , en les représetitant comme, les enne;)çnis de Dieu et des hommes , on ajoatait ordinairenient le nombre des gens qui composaient chaque bande : ainsi, c7étaient les Mille Diables en Guyenne, les Six-MilU-Diable^ en Champagne , les Trente-Mille-Diables en Artois ; ils ne laissèrent espèce de vice ni de méchanceté, que n* ea^er cassent sous couleurs qvûils n^ étaient pan/ es de leur solde, et n^y avait si chaste da/me ni fille tant pudiqiée , que ces galcms ne souillassent^ ni lieua si saints qu'ils ne dépouillasserU de ses ornemens et , riches^ ses. Ces aventuriers , qui avaient rançonné Meaux en avril 1521, refluèrent dans la Picardie, et, quoique le.comte.de Soissons, Charles de Vendôme ,. fût gouverneifr de . cette province , , ils se ^ présentèrent devant les. portes de Soissons et demandèrent qu'ion les leur ouvrit : ils promettaient de ne faire aucun dommage dsips^la, ville.: Le gouverneur de Soissons , capitaine du roi , François de Jodette , seigneur de Fpulembert , éuit peut-être absent ou du moins dépourvu de moyens de. résistance. JeanLévêque, écuyer 9 qui était Élu de Soissons, et les éçhevins qui avaient alors pris en main toute l'autorité , , au détriment du prévôt royal , eurent Pimprudence; de traiter avec les SiohMille-Diables , et de les recevoir par composition : a peine ces pillards furent-ils, maîtr jcs de la ville , qu'ils y firent impitoyable désastre; c2Lr ils jouissaient des biens des habitans comme bon leur semblait et . à leur volonté , jusqu'à ce

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q«'il» ëi^aeuasBeiU leur cdnqaéte ^ oh 1« souvenir de leur funeste- pasédife n'était pas enc<M*e eSticë de ta in«Mire des Scûsoiiiiais li la ftn de <:e siiele, qat (m Uémoiû d'un aïkre pittajfe, plus déplovidile elplns pwoloi^ë , quand les Huguenofts »'empapèreat de Soissons. Le (|ouvemèiur de la Tille , k la smte d'one catastrophe qu'il n'aTaii. pas même tenté d^empédier, tomba sans doute en disgrâce ^ puisque le roi lai donna pour successeur Jean de Sm&j, aeignenr de Hartenne^

Le» Ayenturiers continuèrent de vagabonder dans le Valets et le Y ermandois , surtout durant larëgènce de. la mère dé François I^*^ que la dé-

' MSS. de Berlette. C'est Doraïay, t. ii, p. 418, qnî rattache, au pillage de Soissons par les Aveutariers , le supplice deMiieloQ, qise les historiens désignent seulement comme nn chef de voleurs; voy . AnHquMs de Paris, par Bonfons, p. k6k. ffiêt. de Meauof, par Toass. Dupless. 1. 1, p. 239 : cet histemn ne dit pns, comme Berlette, que Meaux tomba au pouvoir des Six-mille Diables^ mais que les bourgeois de cette ville furent battuset mis en pièces par les Aventuriers: ce sent deux vefs&on» différentes du môone fliit. La d»tê fixée par T. Duplessis nous permet d^en donner unoi à peu près exacte, à l'occupation de Soissons par les bandes, qui ameni mfynsHeaàx le il. avril 1521 , puisque ces bandes vinrent à Soissons au sortir de Meanx. « L*an i^2, queïquepeu devant àu aprèâ^ dit Berlette , les Aventuriers <arprirentla ville de Meaux, puis vinrent à Soissons. » Ao^cane histoire générale ne mentionne ces particularités : Gaillard, lui-même, dans son Hist. de François /"*, n^enf dit lien, et l'on voit seulement lesAventurîeia paraître en lp25oti526, lorsque la ciantivité ^u roi les, eut antqiéa d^oné nouvelle audace; lorsque , renforeés par les ban^e^ itatianne» et eorseSf ils araneèrenirar ^aris ^ ne Aireué arrêtés qu& par les ordonnances de la régente contre le» gens de guerre vagabonds, jinn. de France, par Hell'efbrét, t'U^ ^.4432. Mm^ U^L de VAiêne, parbevisqies^;

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faite de Pavie avak fait tomber au pouvoir de son heureux adversaire^ Gharles^Quint. Quand le roichevalier rentra dans son royaume assaUli en son absence par la peste 9 la famine et les DiaUes^ Soissons ne participa poiilt aux . ëvàiémens qui résultèrent du traité de Madrid; Soissons s'occupait alors spécialement de ses affaires, particulières, et^ en 1525, la Commune prit à fermcy des receveurs du comte , moyaiiiant quatre deniers de cens par chaoun ah. (b coup ^ûr, Berlette se troinpe dans la quotité de la redevance),, le j9or('(/e /a rivière , qui s'éjtendaiE depuis la Boucherie jusqu'^à la poterne de VI\e. Il est probable cependant que François I*' passa plusieurs fois h Soissons , lorsquUl Faisait construire le château de YillersrCotteretz 9 et réparer ceux de Verberie, de Grépy , de Pierrefonds et de La Ferté- Milon. Mais, en 1530 , Soissons se distingua entre toutes les villes qui célébrèrent , par des réjouissances publiques , la délivrance et le retour des Enfans de France , que ramenait avec elle Eléonore d** Autriche , sœur de l'empereur , eii venant épouser le roi. Les feux de joie de Paris, de Lyon et des principales cités du royaume , les Te Deum chantés dans chaque paroisse , les rimes d'allégresse de Clément Marot et des poètes- valets-dechambre du roi 9 ne firent pas tant de bruit alors quë'iâ faiseuse procession dont Soissons fut le tbéàtce. ti^abbédeSt-Médard, Jean OUvier,qui était hoh-séùlement conseiller du roi .mais encore historiographe de.Erance , imagina d'avancer de

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deut àimé08 , eu égard II la circonstance, la grande procession des Pardons de St-Mëdard, laqaeUe avait lieu tous les cinquante ans, an 15 octobre^ et qui s'était célébrée la dernière fois en 1482. n se concerta d'abord avec maître Jacques Petit, procureur du roi, qu'il institua maître des cérémonies; ensuite, il donna ses instructions k mèssiré Louis Martine , avocat du roi en la connétablie , maréchaussée et amirauté de France , maître des requêtes et bailli du Palais, lequel, k cause du fief Roland qu'il tenait de St-Médard, était obligé de convoquer tous les autres t^nans^fîefs au nombre de deux cent vingts et de les obliger à suivre la procession, sous peine de confiscation de Ifeurs fiefs : semonce leur fut donnée pour le dernier jour de juillet , à cinq heures dd matin , dans Pabbaye , et le jour de la procession fut publié à son de trompe , trois semaines auparavant , à Soissons, et pareillement a Laon, à Compiègne et dans les vides eirconvoisines ; de plus , des invitations personnelles furent envoyées aux prélats et aux gentilshômoues de la province : aussi , arri va-t-it des environs et même des pays éloignés une innombrft^ ble multitude de curieux , qui remplirent c les hôtelleries de la ville et des faubourgs, les màilsons des bourgeois et les monastères , sans que tdu^ parvinssent à se loger. La veille du jour indiqué , à cinq heures du soir ^ les châsses ou ftêiréês de» stintols dé Pabbaye S^Médftrd, aysint été desicendue^ en grande solennité , ànr sûnë de PergueetaucpHahnodies des pèêlteè^- les abbés qui dèvaicnfit lea

porter le laMlenuiinf testèrentcIeTaDt ellies^ en Te% diiranf; une partie de la xàxàt.

Aa point du jour , toutes les cloches sonnèrent en carillon, et le Chapitre de la cathédrale , baur nières et croix en tête, vint au-devant des corps saints; la procession commença bientèt à défiler par le grand portail de labbaye 9 au-dessus duquel Tabbé Olivier avait fait iascrire ^atre vers latins de sa composition 9 signifiant qne Soissons rendait grâces au ciel de ce que les deux fils du roi étaient revenus en ramenant la paix avec eux» Les éac^erS) conduits par leurs régens , ouvraient la marche ; ensuite, venaient les confrères et pélerkis de Sti Jacques au nombre de trois cents ; puis y le prince deldJe\me$9e et son cortège. Ce prinoe de la Jet^ nesse étaîtélu tous les ans, le 26 avrils dans la salle eapitulaire de St-Crépin-le-GiHmd , par les jeunes gens de la ville ; après son élection ^ on lui ch<ûsi&' sait un lieutenant , un connétable ^ un amiral et d'autres officiers formant sa maison honorifique. Le matin du l** mai ^ la confrérie de la Jeune$se s'assemblait, à Tappel du tambour, devant le logis desônprince^ qui la rangeait en troupe et la coaduisait) enseignes déployées ^ dans là foret prof^ide pour y chercher un mû : ik revenaient datis le même wdre et tiraient des arquebusades sous les faaetres de Tévéque. Les ccnnpagnons de cette Qotofeme devaient, pendant tout le mois- de bpai ^, aoc6mpagiier leur prince pour se proiutsnâr dw 1a ville, etmpttfeit ramepude ceux qui auraient manque a la êonvôctition i ce rnoii»! était une suc-

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cesnon contÎBiiede létes^ tle jeux elde banqueta* Le jMrince de la Jeunesse arait donc aoflMne ses sujets d^assister à la procession, onetorehe k lamiuD, la tête nue el couro^tiëe de per Tenehe : H allait le dermer de sa bande eemposeè de qitstre cents per* scnmes, vêtu de taffetas-,- prëeédé de sa bannière de soie verte avec une (grande croix blanche : au^ tour de cette bande, resplendissaient plus de huit centsciei^es, des à la dévotion des parensde ces jeunes confrères. Derrière eux, c^ëlaiéntlesarehers de la eonfrërie de St-^baslien ou de TArbalète , en hoquetons de livrée mi-partie aux coaleurs de ht ville qui étaient le rouge et le blanc , avec Tare au poing et la trousse au côté ; les archers de Péronne et des autres villes, œoùuirés de haqueêens^ de broderieê^ précédaient les rois , oonnétahles et capitaines de ces confréries militaires 9 ainsi que leurs étendards armoriés. Ensuite, chenmiaient«sur deux rangs tes Gordeliers, le clergé des églises paroissides-et collégiales dé Soissons , les religieux de St-Pierre^au- Parrîs , de St-Léger, de St-Crépin-en-Chaye , de St-Jean-des-Vignes ; puis ^ à droite , les chanoines de St-Gervais conduits par le s(te*chantre reVétu d^unc riche|chappe fleurdelysée ; et , à gauche , les religieux de St-Médard et de ^-Grépin-le-Grand , mêlés ensemble , parceqne Jean Olivier , abbé de St-Médard , étmt aussi abbé de St-Gr^pin , et accompagnés du chantre de la cathédrale et de celui de St-Médard , tous deux portant le bâton çantoral- Au milieu de cette double file de prêtres et de moines, apparaissaient les châsses , environnées

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de ^ntiiikùt»mt^ yaa&wx de St'Modsird , bi^n emr kàlonné9 (armiés de bacbes^. on de hallebiurdes) §A fforgiasement (richemtDt) iOfOomitréê : jchi^emte ét»t portée par un abbé^ habit pimtifioal y par un cba* noine de St-Gervaîs ^ et par deu:^ préirea habillé^ en diacres, pdur Ifss aider. Ces - cbâsse» de boia de cèdre, d'ivoire, de vermeil, d'ar^pent massif, reiiT ferinaientles rdiques de Ste-Médrisine |, soeur dç St-Medard , d^e depx Saints Jnnpcens , de St-Flor n^nt, de St-Prot, de St-Hyacinthe 9 de St-BIarius , de Ste-Marthe, de St-AudifaX) de St-Audicbun, de St-Tyburce , de St-Marcellin , de St-Pierre Tezorci^te, de St-Médard, de St*Grëgoire et de St-Sébastien. Les abbës de Valsecret^ de GhartreuTe ^ de Lieii-Restaurë, de Tlle, de Yal-Chrëtien, d'^Es; spmme, de l^t-Jean-des-Vignes, d^Igny, de Joyenval,de St-NicqUis-aux-Bois , avaient été appelés successivement pqjur les dit premières fiertés. Les trois dernières furent portées avec plus de pompe que les autres : celle de St-Médard était confiée à Tabbé de St-Bartbélemy de Noyon, et, au-dessus d^^elle, quatre seigneurs soutenaient un dais de dr^ d^or : citaient le sîre de Salency, entrait de la noble lignée de St-Médard^ et les barons de Villers-le- Hélon, de Chevreiixetde.Quadreleux, escortés 4e faallebardiers et de porteurs de torcbes , suivis de plusieurs prieurs en belles dalmatiques de drap d^pr, avec le livre des Epitres, couvert d^argentet de pierreries , devant leur poitrine. La fierté de St-Grég<Hre4e-Grand , portée par l'abbé d'Orcamps et le doyen de la catbédrale, était également

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^lutBOiilée d'un del mvLffuAcpie entre les mains des seigneurs de Diseiix , de Nancet , de Bonnettes et àal^Bj, Éhi de Soissons, arec hsdlebardes, torches et prieurs ayant le livre des Evangiles orne d^'or et de joyaux. La fierté de $t-4Sebastien ^ qui ne pesait pas moins de deux cents marcs d'argent , portée par Tabbë de Prémontrë etpsir Guillaume Vatin , archidiacre de Tardenois et vicaire-gàiëral de Pévéque de Soissbns^ s^ëleyait aumilieu de douse flèches plantées k Tentour, afin quelle fAipluê fc^ cihmmiJt reoonwuêAjeê quatre|;rands feutlataires^ qui devaient tenir les bâtons du dais 9 le comte de Retbeloift, le seigneur de Roye, le seigheur de Han- 2alise, grand-bailli de Liège,- et le seigneur de Genlis ) s'étaient fût représenter par le sire de Longueval, baiUi de Yermandoisje seigneinr d'Estrées, capitaine des Albanais au service du roi , le seigneur de Haraucourt , capitaine de Coucy , et le seigneur de Stanaye , porte-guidon de la compagnie de Qiaries de Vendôme , comte de Soissons. Cette treizième et denûère châsse était gardée , d'un côté, par le seigneur de Hartenne, gouvamenr etca{»taine de la viUe, et, de Taiitre côté, par le sdgneur Colimbert, cafMtaine du • Ghâteau-des^ Comtes, annoncés par huit tronipettes Mtiiumt mélodieuêement k tous les carref omrs des chemins et des rues.

Chaque fierté était environnée de quarante pu ^cinquante torches aux armes de la ville 9 qui en avait fait don, etauxarmesde-Fabbaye^t-Médard, qui partageait les frais de liiminûre \ devant la

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ç^^jB^.de &-S<Gp3^tî«p, dmx hommes , \iitm à^ la liyréQ île 3ois9pn9 cootme tp)i5 les {ipi!fct»|ir9 de tqrches, «çimifDt de$ fl^suis e% ^ herbes i^oyi-

eé44&à^ ^fiignwx dfilifmpfmrtf, vicomte d^ S0Î4- S0ii$j chaîné de rét^a4a?di4e $|-9^b96ti($n^ qu'il ayditr.feit fi^re denfiufy àsesarmes^ c^, ^toiir de lOft 9 J«ir nién^ri0fs iri$mpha4^ des ^ml^oM ^ eemfitê ; dauài9i^ , A#f7»éi^ ef toi|i4«« p^^^^^wtèê iPingtruitUném Le» g^(Hîl$lbainfi90s da pays ee presr ^§bt à U «sîte de cette ch^fsse 9, tows habiUé» e«ra«^ fèmmmt :. le^df'Qpi d'or #^ la mde n'^f àtaisnt 4fmrgné0^ m les gr 0*900 chômes d'ar^ pour eus fHi^isr^ On rem^rquait^psurmi em, douse wchers.de la. içoBApagpie da comte, de Smsons cpii les avait envoyés à cette fête.: X«es SmûUîs de St-Médard et de Vic-sur-Aisne^ leurs verges enmwi, eseortsdefit flieaBÎre Louis Martine ^ possesseur jcki fief Roiand 9 av^ le héraut d^armes alibatial , dont la cotte de taffistas blatic rayédefild^^or reprÀentait, du coté droit, woL bras tenant deux dés^ et, da cotëgauche, ma Jbras tenant une épëe 9 en siffue de juridiction teQnppreU& et. spirituelle. L^ahbé de StrMédard^ ea ichappe d'^or . et la nôtre au front.9 s'^avançait assisté des abbés deSt- Vincent^de-Xjacmetde Gnîssy^ éffalenmut; ehappés et ndtrés^ tandis que leurs chapelains portaient leurs crosses devant eux. La{>rOr ces^c»! se terminait par les seiigéns de Soissons , escortant les gouverneurs et officiors de la ville 9 lesli^is du comté 9 les magisitcsd^s , .marchands 9 boni|;eois et peuple en nombre infi»i , de toute

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la proiraioe^. «yaiitjii leur lét« Maliâêu Lekurc 9 Itevteaaflit da bailli de Vermandois. A^rthos de Joaeii(pic6, prérAt royal de Soissom, movtë sur une petite nmle , allait et Tenait le lon^ da corlége, pour ^rder qu'il y eût êi$wtdre , et distribuait ^ de distance en distance 9 les cinquante sergeiis de sa coopa^pûe : il était eeoondë par Robert de Yaleificourt, grayer deiSt-Médard^ qui fesail ranger la foniey et par le procureur du roi 9 Jacques Petit, qui atak réglé Perdre de la marche*

Quand la procession déboucfia sur lé pont d'Aimé, cBe fat staliiée parrartiUerie des remparts, fille devait se diriger Ters St-Léger, longer le grand, marché et se rfendre par la rue des GordeKers ala caihédrdfe ; tontes les mes qu^elle aurait traversées en mirant ce dbemin étaient tenduef de tapis et joacliées de.Terdpire ; mais le ciel se couvrait et la ploie menaçait : on coupa court par la Groese-^Téte (maison, ainsi nonunée de son enseigne , faisant le coin 4es mes de la Buerie et du Collège) , pour fuiâver pkiafvite.'à St^Servais. La messe fut\dîte par Kid»béxle<St'^Médbrd^ et' servie par Pabbé de StrYincenft comme diaare ,, et par Pabbé de Cmssy comme sons-dncre; lesabibés înitrés et non mitres chanteuent an Intrin^ ^ lesoladrans fireni^leu^ defBmr an moment de Télévatkm. Pendant la meSse , frère JAoqu^ Mautrasse, docteur en théologie 9 depuis pou gardien des Gordeliers de Soissons, pro- Bimç9 dans le Ooitre un sermon sur ce texte : BeaH oculi qui vident quœ 0 sa videtis^ dans lequel il paria de ladâivrance des fib du roi et se réjouit de la ve-

^ue.d:tàie reine qaigarantMsaitlapaxauroyaiinie* Après la mesise , comme la pluie avait icessë , la (ntocessioA s- «a retourna dans la même ordonnance, en passant parles rues St-Bemy, St-Antome et la grande rue jusqu'à la Boucherie ': les châsses forent déposées dans le chœur de Téglise de St-Bf édard et lm%éfs sur des tables couvertes de fin Un traiSnmU ^ ierre^ sous la (farde de vingt -hmt religieux portant les torches et les dais , tout au hng dujewr. Un somptueux banquet, de cent plats, avait été préparé pour quatre cents personnes : il y ^ eut plus de six cents qui trouvèrent place dans la salle du festin. Â la table dé Tabbé, dressée dans le Cha[Htre , étaient les personnages les plus distingués, qui furent servis par quatre maîtres d'hAtel, le prévôt déPSoissons, le sire de Sfaiury, le bailtt de révéché et le procureur du roi; Favoeat du roi, Louis Martine, à cause du fief Roland, Tersait a boire a Vabbé de St-Médard qui -évita d'exiger souvent ce service féodal , en considération des grandes charges exercées par son fendataif e , et qui, Payant fait asseoir auprès de lui, le fçeem tifia delà coupe d'or, pesant trois marcs et dix grains, où il avait bu deux fois pendant le repas* Les Grâces dites , Tabbé remercia ses convives qu le remercièrent a leur tour et lui témoignèrent leur satisfoction pour les effett de sa libéralité. Maître Jacques Petit se leva et prit la parole en s'appuyant de ce texte: HiBc dies quemfeçitDominus , ewuUemus et lœtemur in edj il rappela tous les maux engendrés par la bataille de Pavie et

OB SOIMOTS. 370

la |iri$<m dn roi ; il dia le meilleur augure du mariage de ce prince avec la Meur de Gharies-Quinl^ et il acheva son discours , hérisse de estalioiis de rÉerîlure*Sainte 9 parTéloge de VdAé^ en disant qae c^ëtait un cUvier des champs , lequel avait répandu Todeur de sa piété dans les âmes des tr&iê cent mille acteurs et spectateurs de cettie mémonh- Ue processâen. On se sépara enfin, le cœur rempli de pim» sowr wirs ; toute la mut, les portes de Soissons restèrent ouvertes; on éclaira les rues àv.ec deç eluaidelles et des lanternes 9 et Its ardiers de la ville gardèrent les corps saints qui ne furent remis en place que le lendemain , avec les cérémonies qui avaient eu lieu à leur descente. La procession de Soissons , célébrée en vers français et latins par les poètes contemporains , attira les yeux de la France et du roi sur Tabbé de Sl^-Médard, qui avait de puissans protecteurs dam sa famille honorée des premières dignités de TÉtat , et qui promettait d^écrire les annales du règne de François I**: il fut donc^ Tannée suivante^ récompensé par sa noinination à Pévéché d^ Angers, et Tabbaye de St-Médard, qu^il fut obligé de remettre 9 encore florissante^ à son neveu Pierre Olivier , ne fit que déchoir et se relâcher jusqu^à ce que la Congrégation de St-Maur y apportât la réforme *•

' MSS. dcBerleUe. La Proee9$ion de Saiêiom , éUvoiJ et màmoràble^ faite à la louange de Dieu pour la délivrance de noêeeigueurê les Enfanê de France ^ par le R. F* en Die^ monseigneur Jean Olivier y abbé de St-Uédard dudit Soissons , conseiller du roi et chroniqueur de France, le dimanche^ dernier jour de juillet i&dO y mise et rédigée par écrit j

380 omouiE.

ihlévêqoLe .de Soîstons nlavaît point psm ^ k procession de 1530, non t]ii'îl €&t ennemi de ces pompes dà culte catboliqaef mmsprokâblemeiit pour ne p^ rétablir une lutte de préséance avec l'abbé St'-MÀiard , qui ne reconnaissait pas d>au^ tre. siq^érieur que le pape. Sympltorien BuUioud , an «contraire ^ affectionnai^ ceto epec^des édi- A^ns^ et^^celteawnie «inée, il Toolnt «e dlstiiifgiaieT aussi par, une solennité d^un autre genre qui ^^faiât le prestige detpardcnsAe St^Médard. Le «nystèrë de la. Passion , ^composé au X¥* eiècle^

jMT maUre Jaoqtteê PêfU, prùourêur du roi au itpmié de iSbi#jsonSf lequel a été maUr$ 0e$ cérémonies à ladi^ praces$iê» et maure d'hôtel du banquet, in-8 , Paris. Cette curieuse reiatiea, dont le» luanusciits ne «ont pas rares^ ,'iie so trouva pas aux Imprimés de la Bibliothèque royale. Le Ubraire-éditeur fut GeofFroy Tory, de Bourges, poète et grammairien ammt estimé de son temps et auteur de quelquf^ ouvrage^ siiiguUeirsfiladresse aux dévote amateurs d'honnêtes lectures le récit de cette procession quHl juge digne d'être mise en -perpékêéfie mémoire de toutes les bonnes comme studieuses et ncbles personnes qui vivent et vipraiU d'ici à mUle ans et plus, tt Lisez ceci, de bon cœur, dit-il, je vous supplie, et vous Terrez que la ville de Seissons n^est seulement À pré(é#çir au lieu délectable de Thcssaliei qç est dit, dîigrec et du latin, Tempe; mais est le sanctuaire de glorieux corps^àintSylesiégèdu premier roi cbréjtien de' France , le doitrede religieiii: , dévois et saints préUt^^ Je ^tefi^fh d'honnêtes personnes d^église , le théâtre de nobles cours de gentilshommes,' le pa4ais.de Taillants corps elfëates pe^ sonnes, la halle de tous bilans et le magasin 4eioate|s refl^tf; TOUS verrez qu'en cette fructueuse vallée, il y a un olivier , qui, de sa bonne et savoureuse nature, a étendu les branehesde sa magnifique libéralité.... » Dorm. t. ii, p. 424 , 429 et sniv: cet historien parait avoir écrit d'après d'autres mémoires que la relation imprimée en 1530 ; ainsi, par une erreur peu concevable, il met dans la bouche de Louis Martine , le discours prononcé par Jacques Petit, après le repas.

DB SOI80O|fS. 981

par plusieurs auteurs^ et regardé géneralem^At comme uqe «^^ntrederelîgpoiiy malgré le dyiwiiie naïf de certains pawgçs <|i4ele eoiHînuaievr, Jean Hidiel, Bavait pas faîtdispacdtre^ élaît alora repre* senle avec un firodîgîeui succé» dus leê principales ailles djp France; dès l'an 14379 unrëTéqM de Meta avait donné rèxeii^file de cette sotomilé dévote et tbéâljale : depuis ce jeu célèbre^ Parô^

Poitiers^ Angers , Sauniur , St-Maixent el d'stfirte citÀ , «nrent aussi un théâtre et des acteurs .poiar ce long et bicarré mystère , rempli de tnnts mgé^ Dieux 9 pins souvent bouffim que comique 9 pluà souvent simple «t toucbaiy; que patbétiqtte9 aug* Bienté etareangé pat le trèi^hquent et êoieniifiqu» deeteur Jean Michels L'évéque de Soisssons oiv donna une repuésentation publique de la Passion , qui fut pv^>arée à griuids frais, criée à son de troB^ et jouée à Soîssons avec beaMOOup.d^éclali;^ SynopàcmeaBoUioud jouait le rôle de Jésus-Christ; les douze apôtres avûent été recrutés parmi les* clu^oines de la cathédrale. Cette représentation produisit une impression profonde sur les assistant qtii pbsurèrent à la vue des instrumens du supplice de leur divin Rédempteur ; TévéqUe, «idumté des apphmdiaaeniMlaiqii'il avait dliienns, se proposa de P»pëtaer k o^émoire de nefeu^ pav la foodàtâoà d'une confrérie dite dn St^&»ccement9: qm« ^ul2 sans doute pour objet 'la mise en scène descmysftè^ vtSf à l'instar de la confoériède fei Pasdlon^ instifaiée: a- Paris psar Qiarlea YL Li^ confrérie 'du^St'-i^ere^ ment envoyail ses dMM apôilros ..en costume à

â82 HISTOIRE

t€Hites iesprocessioiis et en faisais une a PoctâTe dé la Fête-Dieu, autour de la paroisse Nolré-Dame-des- Vignes; eette procession fut conservée par Fëvéque Languet) qui rédigea de nouveaux règlements pour la confrérie 9 en 1729, et supprima seulement le déguisement des apôtres. Au reste , ces pieuses momeries plaisaient fort k la populati<Mi dé SqfSr' sons, qui les mettait sur le compte ^u catholicisme et n'y voyait aucun motif de scandale : le Samedi^ Saint, le doyen de la ohrétieiitéj à Taidé d'nn verre convexe ^ tirait des rayons solaires le fea destiné aux uss^es de Téglise ; le jour de Pâques, à r endroit de T office où un ange annonce la résurrection de Jésus aux Saintes-Femmes qui viennent visiter le sépulcre vide , quabre chanoines habillés en femmes , avec de grands voiles blancs sur là tête, se montraient aux deux portes de Féglisé St. Gervais , en chantant à pleine voix : Quém qtéœritiSy fUm eêt hic; surreait.^..; le jour de la Pentecàte, on jetait des étoupes enflammées psu* lés ouitsê des voûtes , pour imiter les langues de feu dés latries, au moment où Pou entonnait le Feni oréa^or " ctâ symbole innocent a été pratiqué jusqu'*à la 'fin du siècle dermer. Le cletgé soissonhais était ft^s-cu* rieuxvde cesswles de figures commémoratives , et il nHmputait pas h péché les mascarades , puisque le jour du mardi-gras> les vêpres se chantaient a une heure ^ afin que les chanoines et les clercs dd StrCrervài^attassenl voir passer les masques, à là Grossé-Téte 9 ;où étaient deux échabuds de parade Tan pour* Je^Ghapitee^rauiré pour son ba^choev/r^

DE sonsoKs. 303

Ib ne se ftwaieBit pas finate de solenniser ayec des oérâncmies burlèsqaes une sorte de f&te des Foiis^ lé jour de St-Thomas^ ou les curës-cardinaux élisaiait un pape^ qui était installe au chœur, a la Si-* Etienne , non sans d^'indëcentes profonations. Uor* donnateur et Facteur principal du mystère de la Passion mourut trois ans après , le 5 janvier 1534^ au cbÂteàu de Septmonts, et fut enterré devant le Hudtre-autel de la cathédrale. Son successeur, lHathieude Longuejoue, fils d'un conseiller au parlement de Pans , avait été lui-même avocat et conseiller au Chàtelet, avant d'être prêtre et pourvu de diSàrentes abbayes : il s^était aussi signala dans qadqnes négociations difficiles ^ [particulièrement dans celles qui avaient pour but de faire sortir d'Espagne le prisonnier de Pavie. Le nouvel évê^ que prêta serment au rcH, le 4 mars 1534^ et ne fit son entrée à Sobsons qu'au mois de février suivants

Cette ville n^'eut pas a prendre part h la guerre en 1536 et 1537 , lorsque l'empereur voulut appuyer d'une attaque vigoureuse, du côté de Ja Picardie, son invasion en Provence , qui ne réussit pas nûeux que l'entreprise de son armée flamande sur la frontière de l'Artois et de la Champagne* Le

' Dormay, i. li, p. 437 et 438. HSS.de Bc^rlette. MSS. de Cabaret ; diaprée les ancieos re^. de la cathédrale. hisL du Théâtre Français^ par les frères Parfait , t. ii.'MSS-. do fiertm, selon lef«el ré|éqiie joua lé principal personn^g^, ce qai est très yraisemblable ; car on confiait de préférence à nn homme d'église ce r61e de Jésns-Christ. Galli» CAiit-

IMMH». t. iz.

384> HISTOISE/

iUic de Vendôme , gouvemeor et lieutenant-génë^ rai de la province ^ avait mis ^apeison dans tontes les places, depuis Boulogne jusqnli Guise , et la matchederennemi fot arrêtée par 4es sièges ion^ etdiffioiles,ensorte que le royaaoae n?était pas encore entamé, quand rinterrention du pap&procora tme trêve de dix ans entre le roi et Vempe* reur. Charles de Vendôme , comte de Soissons , qui avait contribué aVee tant de coirage etd^ha^ bileié k la défense du nord de la France , moumt à Amiens^ le 25 mars 1537 , avant la conclusion de cette trêve, et fat remplacé , dans son gouvernement dePicardie, par son frère, François de Bourbon , comte de St^Pol: il avait eu desa fenune Françoise beauc^eup d'enfans, qui ne vécurent pas tous^ et dontrainé, Antoine, fntroideNavwre et père de Henri IV : le second , FrançcHs , comte d^Enghien , îMostré depuis par la victoire de Céri-solles , ne comptait pas plus de dix-sept ans k la mort de son père ; mais le septième marcha sur les traces du comte d'Enghien^et fut le dhef de la glorieuse biîuiche des Gondé. Le cincpûème fils du duc de Vendâme, comme lut nonuné Charles , devait entrer dans les Ordres, ainsi que trois de ses sœurs : VvaoÊe d^eUes^ Catherine , eut {dbs tard en partage Pabbaye Notre-Dame, ce riche bénéfice qui était possédé ordinairement par des abbesses de la ÊuniUedes évéques de Soissons ou delà maison des comtes; et rabbayeSt-Jean-des- Vignes passuaiwi d^rôW mains de Ctiarles de Bourbon-Vendôme comme une part dans la succession paternelle. Pen-

DX soissons. 386

èxni la minorité da comte de Soissoiis, François P' passa fréquemment dans le pays séjourT naot tour-à-tonr à Compiègne , à YiUers-Cotterelz I a Folembray et dans ses autres maisons dç plaisance, où il amenait sa maîtresse favorite, la dur chesse d'E^ampes, et oii il s^occupait pourtant, ayeç activité, des détails de Fadministration du royaume, témoin le grand nombre d'ordonnances impotr tantes datées de ces Ueux-la , notamment celles rcr latives à la punition des aventuriers et gens de gMerre vagabonds,, an commerce et k Texpottation des grains , k la fabrication des monnaies , etc* François F* se trouvait k Soissons, kla &a de 1539, puisqu^il data de cette ville Tordonnance de faire mettre , sur les e^èces d'or, d'argent et de billon , 4me lettre de Talphabet différente dans cbaqu^ ville ou Ton en fabriquait , afin de distinguer au prepiier coup d^œil Torigine d'une pièce de monnaie. François I**, dans ce séjour k Soissons , put se •convaincre par ses yeux que les fortifications n'étaient plus suffisantes pour défendre cette ville,. et, quand la division recommença entre lui el Ghar^ les-Qnint, il se rappela peut- être que l'empereur avait dû juger de la faiblesse de la placé oii ce prince •fut bien reçu des hàbitdn^si son passage en Franoe : le roi écrivit donc deChâtellerarut, le 10 juin 1541^ airi échevinsde Soissons, tous descendaas de Jean Lévesque et^ seule gouverneurs de la ville a cette époque , pour leur enjoindre de faire travailler . aux remparts^et de se préparer aux évéhémens* •

' jiHnalêê éTJquiiainej par J. Bônchet: JB«#. gén. é(g la

386 HISTOIBB

Exï 1544 9 le Soissonnais sembla deakiné !i deve* nir U théâtra d^une guerre terrible : le rot avait fait des préparatifs immenses de réastance pour op|M)-ser trois armées à rempereur et au roi d^Angle* terre, <pii se précipitèrent à la fois sur la France; le ban et Tarrière^ban avaient été convoqua par tout le royaume^ et rinfaatmrie française se trouvait réformée diaprés lés bases d'tme nouvelle organisa-^ tion militaire ; la Picardie avait fourni seule une des sept légions compossmt la nouvelle infanterie 9 et cette légion de six mille intrépides Picards avait pour ca|ûtaines les nobles de la provînce^^iui ne dédaignaient pas, non^getûemerU déporter Varquekuse et la pique f ains d'y prendre charge^ Le plan de campagne des généraux de François 1*' était de laisser s^avancer Charle&-Quint au cœur de la France 9 saas^ le combattre , et de lui fermer la retraite en lui companfi les vivres ; 'mais les intelligences que Tempereur avait a la cour du roi et les intrigues d?un parti puissant^ qui servait se& iatërets sous Finfluence de là duchesse d?Etan^pe& ^ firèat échouer toute la tactique du dauphin Henri ^ qui n'attendait que Tinstanl favorable d^attac^r et de dâruireles impériaux^ avant quele roi d'Angleteacre eut rejoint Toupereur. Celui-ci avait pris Ligny^ St-Dizier, Epei^iiay^ et Ghateaik-Thierry, qii'*onli|i livra par trahisons, lorsqu'il coôimmçaît k selit^r b

jMiif . d0.FrmiWn MSS. d^'dQmGr^nîfr/paq. 2$, n* i, JtSS. de Rousseau. C'est Berlette qui nous apprend 'que Gbarles- Quiht passa par Soissonii ou an moins parle Sotssomiaia, eo ^«jjen^aotiiValeaçiçiinfs, au moiis de Janvier 1540.

DE SOI^SOMS. 967^

cUaette ; il contmiia 4e suivre le cour^ de la Marne en descendant vers Paria; où la ferreur était grande an bruit de son approche ; mais, craifnaaiide tom-ber en'es^émité c^^/am^n^^ tout a-coup il rebroussa cimnia el se jeta wi^ le Soi^sonnais , qui promet-tait a son armée les ressources nécessaires pour gagner du temps ; oar on traitait la paix dans le camp des impéiriiiiKK et a Paris oîi était le roi. La duchesse d*^El8tt»pes travaillait de tout son pouvoir à * cette paix que tmitait en vain d'empêcher Diane de. Poitiers , maîtresse du dguphin. Charles-Quint , cerné par une armée de cent mille hommes qui ne demandaient qu'a en venir aux. mains, comprenait le danger qu'il courait , si le traité ne se signait past: aussTi^ se montrait*il Facile sur les conditions, et im ééait à accorder des otages. Il marcha sur Soissons par ViBars-Cottêçetz , et, quoiqu'il eût défendu de rien Arilfer, les gens de sa suite mirent le féu an chàteaiMi dp Chevreux où il était venu loger^ le vendiswli 12 septeitobre , et qu'il quitta d«qs là journée pour aller établir sop <juartier-géneral^dnisràbbaye St- Jean-des-Vignes qui le reçut eoflune une sauwe^garde ^..

Chark^Quint était à peinô installé dans l'^bbaye^ qa^il e&t ocoasion^de donner im exemple écla^ tant de sévérité et de \ii^ce. Un gentilhomme de sa siite osa dévdbèr le saiiit'ciboire sur l'autel v l'em^r

' HUt. de la Milice frtknç. Mémoir. de Martin Dabéllay. JArm. de Gasp. de Saulk , seigneaf dé Tavatineir: LeUro d€ Mk is yifhfr^ncofÊ. if.*uudASes ^mi^ , «w la. 99Ttiè de Vem-. pereur. Hiei. deFrançm /•', par GaiHard. Hiat. de France, par t e père Daniel. "^ : . ; -. ? a

pereur , mstruit de ibe larcin , en fit drf éter Tauteur sur-le-champ, et, quoicpie \fi voleur fut huis^r de sa chambre et un des meilleurs canonniers de son armée, ii le condamna, suiyantlesloisde la discipline, à être pendu; ce qui fiit exécuté sans délai en sa présence, malgré plusieurs prières et remontrances. Les faabitans de boissons purent voir la punition du coupable , attaché à un créneau des murailles de Tabbaye , vers la grande por^ qui menait à la ville. On rapporte qu'un seigneur de la maison de Tempereur mourut a St-Jeaikdes-Vignes , et fut enterré dans Péglise du monastère 9 sous une pierre plate 9 oii son épitaphe était surmontée de Taigle impériale. Cette honorable sépulture paraît incompatible avec le supplice inFamant que subit le canonnier pillard "et sacrilège. Quoiqu'il en soit, leshabiians de Sois^ns n^bésitèrent pas k se mettre à la merci de Charles-Quint , qa'on disait aussi juste que sévère : voyant sous leurs murs une armée de quatrevingt mille hommes^ logés k Yauxbain , Courmelle, Berzy, Ploisy et VignoUes, ils ne songèrent pas même a la résistance , et , avant toute sommation , ils envoyèrent k St- Jean-des-Vignes plusieurs députés choisis parmi lès officiers de la ville : c'était le procureur du roi , Jacques Petit , homme Près^ êtoquentj pourquoi vulgairement Vnppeletdt^on CANGUB DORÉE ; c^étsicnt Robert Berlette et les échevins. Jacques Petit ^. introduit devant Tempereur, prononça un discours adroitement mélangé de flatterie 9 dans lequel il deinaildàit trois choses au nom de ses concitoyens prêts k ouvrir leurs portes:

Ds soittons. ^99

4o que les femmes et les filles fusseot a Tabri des oatrages; 2^ que les richesses des ëglises ne reçussent aucune atteinte ; 3* que le feu ne fut mis en aucun lieu, Charles-Quint ëcouta Torateur avec bienveillance, promit de remplir ces trois condi* tions et fit publier , dans son camp ^ les plus rigoureuses défenses contre le yîoI| le pillage et Tincendie. Ce jour même , les impériaux commencèrent à traverser la ville et^ se rendre par le pont d'Aisne dans la plaine de Çrouy : il n'y eut perte ^ sinon des biens des bourgeois et des marchands , qui furent pillés et robes pour V absence des mattres. des maisons , car beaucoup s^étaient enfuis dans la crainte dW siège f dès qàe Pavant-garde ennemie eût lancé ses coureurs jusqu'aux faubourgs de Soissons« Les abbayes hors.dei murs, St-Crépin-en-Chaye, les Cèlestins de Villeneuve, St-Crépin-le-Grand , n^'eurent k souffrir que des dégâts sur leurs terres, où la mois< son et ïa vendange n'étaient pas faites ; mais St- Médard fui pillé et perdit tous ses. vasea. sacrés. Uempereur demeura trois jours k St-Jean-des- Vignes^ pour attendre le résultat des négociations entamées, que pressait activement son confesseur Gabriel de Gusman^ dominicain espagnol,, rempli d^'astuce et de cupidité , agent secret du parti- de la duchesse. d^Étampes. François P',,quW avait persuadé de la nécessité d'dn prompt accommodement avec Charles-Quint ^ dépêcha vers celui-ci l'amiral d^Annebaut; autorisé à traiter k tout prix : les conférences pour la paix eurent lieu dans la grande salle de St-Jean-des-Vignes. Tout était a peu près

300 aisTOitiE

convenu, avant que l'empereur reprît le chexmn ide Valcnciennes pat Ânisy et Crépyen-Laoniïoîs , où Ton conclût dâinitivement le traite^ le ISseptembre. Le dominicain, qui avait servi avec succès son' royal pénitent et la maîtresse du roi de France , eut pour récompense Tabbaye de Longpont , que lui donna François I*^. Gabriel de Gusman n'était pas devenu honnête homme en prenant T habit de St-Benoist , puisqu'il rendit à son profit les calices , les chandeliers , les encensoirs et les plus précicfux joyaux de son abbaye qu'il abandonna prudemment aux premières plaintes portées devant le roi, qui t'avait nommé a la prière de la duchesse d'Étampes et de Charles-Quint*.

'MSS. de'Berlelte. Dormay, t.u, p. 4M ^ satv. Sttkîu la tradition anjoard'hui existante a Soignons ^ le canon nier , qui Fut pendu par ordi'e de Charles- Quint, aurait osé bra- - quer nne pièce d*artillerie contre 1^ Tille et'tit*er aur la mthédrale. On ditqu'en mémoire de la punition de cet homme, on avait représenté snrnn vitrail de St-Gervais sa méchante action et «on sappHcej mais ce vitrail eut diffii^llement traversé les vicissitudes de Foccupation de la ville par les Hofpienots, de la mutilation des monumens pendant la Révolution, et, en dernier lieu, de Texplos^on de la poudriàte en 1815. Cependant, on montre encore, dans une chapelle latérale, une sorte de silhouette tracée au pinceau dans le -centre d'nne fenêtre en verre blanc, et Ton distiogue, tant ^ien qae mal, sur une éminencc un canon braqué, auquel on met le feu et qui parait dirigé contre une vallée. Ces objets sont si eonfus , si effacés et si mal dessinés , qu*on peut y voira volonté un pont^ une potence» des pendus etc. La fenêtre et la peinture d'une seule couleur noire, sont certainement modernes ; mais il est possible que le verrier se soit rattaché à la tradition et dit voulu, de son chef, perpétuer le ^uvenir d'un fait qui est cher à la ville et à réglise de Soistons. Quant au mal -que fit à - Sdissens le passage des impériaux, on tronve BerletteetDormay eutcontradiction avec cea mots dé la lettre de M. de Villefrancon :

DB somons. Wl

La ot^tolatmi de Soissons avaif prouve que son âal de défense ne sufirait point pour arrêter une armée pendant un jour: quand Parénemenl de Ifenri II ma trône eàt raviyë la querelle de la couronne de France avec Cbarles-Quînt^ce jeune roi se souvint de la campagne de 1544^ oii il avait été si mal secondé et par son père et parles villes de la Pi* cardie; il invita donc son Conseil k dâibérer sur Les «Koyens d^arréler une nouvelle invasion des impériaux et de fortifier les principales places des pro^ vinces du nord : Soissons fut une des premières sur lesquelles se porta Ik prévoyance du Gonsdlr UA^ baye St-Jean*des*- Vignes commandait Soissons ^ ses rc»)parts et ses fossés^ en sorte que la prise de Tabl^aye devait ^aonener ausàitôt ceUe de la ville : cette raisén, dont de récens évënemens attestaient .la justesse , prévalut contre toute considératien *ét respect pour la religion et pour les arls; on dé^ cîda que rabbaye serait complètement rasée. Ce monumMt magnifi^ venait k peine d'éteo achevé avec des dépenses incroyables ^ sqirès ptusieurs siècles de travaux continus : Jean de la Fontaine^ qui en élait abbé sous le règpse précédent, avait mis la dernière main aux bàtimens, remarquables par leur nombre , leur étendue et leur caractève arcbitectur^l où se trouvaient réunis tous les styles

« Là fat fiiite la résolatîon de la paix, la ville ayant été auparavant pillée, et n^avait le oeaple rien tiré : ils ont fait ^egianda butins. » Ckran. Long. àbb. p. 399. Leshlatoriens de St-Jean-des-Vignes se taisent sur le séjour de rempereordansFabbaye, comme pour le séjonr de Chartes VI dans des ciccoaslaiicef plus désastreuses.

de l^art depuis le XI« siècle; on deVait sartout à Tabbë dëfimt le vaisseau de la bibliotlièque composée de trois salles vo|!itées , et le petit cloître (il y a encore de beaux restés ) , bâti derrière le g^nd , élégante constraction de la Renaissance^ avec des arabesques délicatement ciselés et des médaillons représentant d^admirables têtes de. fantaisie. Pierre Basin ^ qui fiit le successeur de cet abbé et qui n^avait plus rien à faire pour k ^lendeur monumentale de St-Jean^es-Yignes ^ apprit avec doul^ir qu^un arr^ du Conseil allait jeter par tenre Toeuvre de quatre cents ans ; les religieux , qui se voyaient spe* liés et ruinés , poussèrent des cris de désespoir ; les babitans de Soissons furent consternés. Cependant la démolition devait bientôt porter la pioche et le marteau dans Fabbayci pendsmt qu'ion élèverait des f6rfc£cations autour de la ville^ agrandie de plusieurs côtés sur des terrains qu^elle avait achetés pour établir de nouveaux ouvrages avancés. Pierre Basin et 4si communauté cherchèrent à la cour un protecteur capable de sauver leur église ^ et s^adressèrent à révéque de Soissons 9 Mathieu de Longuejoue, qui témoignait une bienveillance particulière ^ Fabbaye, quoiqu^il ne résidât pas souvent dans son diocèse^ et qui avait choisi pour suppléant un moine de St-Jean-dès-Vignes, nommé Quintin le Museur, qu'ail fit nommer a cet effet évéque in partibus de Vérie. Mathieu de Longuejoue^ qui se contentait de siéger au grand-conseil où sa parole avait beaucoup de crédit 9 était en position de tout obtenir du roi y pour les services qu'il avait rendus à la

DE S0I8SOW. 908

couronne , dans les ambassades et dans la chancellerie^ notamment, en 1529, quand il alla ep Espagne traiter de la délivrance des fik de François I*» et durant les années 1538 et 1544, i]uandil accepta deux fois la gparde des sceaux entre la mort d'un chancelier et la provision de son successeur, en disant qu'il fallait Umjowri prendre la décharge^ pour témoin gnage d^ honneur et du contentement de Sa Majesté. L^dvéque de poissons , qui avait alors pour coadjuteur, Jean Jenancourt, dominicain, prédicateur et confesseur de Henri II , n'eut qu'^à faire quelques réprésentations au roi pour sauver St-Jean-<l.çs- Vignes : il réfuta tout ce qu'on avait objecté à Ta^ pui de cette destruction , eii remontrant que la hauteur sur laquelle Tabbaye était construite ne disparaîtrait pas avec celle-ci, et que, dans le ca^ d^un siège , les ruines de ce grand édifice serviraient Tennemi plus que Tédifice resté debout. Le connétable Anne de Montmorency et son frère François , seigneur de la Rochepot , lieutenant du roi en Picardie, appuyèrent les réclamations de Tévéque qu'ils affectionnaient, et on résolut donc d'enfermer Tabbaye et le monticule dans l'enceinte de la ville. Gi^pard de Coligni, seigneur de Châtillon^sur- Loing, agûral de France , fut envoyé à Soissons, pour présider aux premiers travaux des fortifications, à la place de François de. la Rochepot, que ses infirmités empêchaient de yaquer au gouvernement militaire de la province. Le procureur du roi, Jacques Petit, nommé k cette occasion lieutenant du roi dans la ville , eut chaîne spéciale de diriger ces vastes et rapides travaux. •

396 BISTOIRB»! ^^

€t inf ërieur^ et vivant setiletaent deTet^t et etercice mécanique) satisfaire se^ls ; au moyen de quoi, lés murs de ladite ville, pour être menretUeusement àncienset vieils, vont en déca4e9ce etruinç^ ;et en plusieurs endroits sont s^atlus' et démolis, et les pavés, usés et disjoints, san$ le^ pofits; ,pp ternes et portes, qui sont grandement, emp^r^és.;* a qooi ne peut aussi donner prdre la Maison dç ladite ville, d^autant que les deniers communs d'icelle iie se m^ontent annuellement que deSO à lOO livres, d?où leur procède grand intérêt, en ce que les ennemis pourraient prendre et forcer ladite ville, et les vagabonds, larrons nocturnes et autres gens voleurs et tenant les champs, piller icelle, pour avoir la liberté d'entrer et sortir par les brisures e( rompure$ des murailles. » Henri II eut égard a ces réclamations, . qui attestent le piteux état de la bourgepisici^ et , par lettres du 26 août ISSO, ordonna que les gens d'église et les nobles , ayant maison en ladite ville ùû ils font demeure , fussent contribuables comme les autres habitans. La bourgeoisie de Soissons n'était composée que d^artisans et de gen^ mécani- . ques^ vivant du travail de leurs mains , tant le siège de 1414 avait changéla population: delà, ces noms empruntés aux métiers et à la condition des individus, Charpentier^ Serrurier , Charron^ Cabaret, Lefèvre^ Maréchal^ etc. ^ qui devinrent ceux des familles les plus notables de Soissons , comme le remarquait Rousseau à la fin du XVII« siècle^.

' MSS. de dom Grenier, paq. 13 , n. 5. MSS. de Rouiseau. >

DE SOfSSOICS. S07

Ces premiers travaut durèrent deux ans ; ce ne fut qu^après le siège de Metz y en 1553, cju^on s^oc* cupa d^agrandir et de fortifier Tenceinte meridio* nale de ladite : en reparant le bastion St-Remy ^ qui avait été établi 9 sur les ruines de Pëglise de ce nom 9 par la garnison bourguignonne de 1414 , on retrouva dans les terres cette église presque entière avec le chœur , Tautel et les fonts ; on en déblaya une partie pour y construire des casemates et Ton déracina les fondations de la nef pour avancer le fossé ; ces casemates furent ornées des armoiries de Henri II et de Tamiral de Coligny, parmi lesquelles on grava les vers suivans, composés par le chanoine Paquet Thibault, à la louange des graiids ouvrajg^es qui s'exécutaient pour mettre Soissons en état de soutenir un siège semblable à celui de Metz.

Vont, qui lisez cet écrit ^ pour jamais Vous retieudrez, par introduction» Que , Van suivant le siège devant Metz , Où fut fraudé de son intention Cfaarles'ie-Quint et son ambition, ' Fttteette villio en ce point ragrandie, , . PfHir ai toujours être liiiçax garantie. Et pour dompter la force impériale Qui ne pourrait, en lîal temps, quoi qu'on die . Rien molester la force liliale.

.Et, pour ce faire et mettre en bon arroi , Fut envoyé monseigneur Tamiral ^ Bë Châtilloh, commis de par le f*ol, • '<jraad}>elbqneàx,'cbervalîér martial'/' • . :.Bttrait jadis da sang aeigDeni4al. .: >

Du ipreux Hector, pour le lie^çompoèer / Et pour S^Jean^desrVij^iies apposer, < ,

400 isisTOinE

Ce h'ëtftit plus guère le létnps des fondations religieuses; la Reforme, bien que persécutëe et forcée de se cacher pour échapper au bûcher , jetait le doute dans les croyances, en appelait à Tavenir contre ses adversaires 9 et recrutait beaucoup de prosélytes. On aurait peut-être établi à Soissons un prêche aussi aisément qu^une église ; cependant , les paroissiens de Notre-Dame-des-^Vignes 9 privés de leur paroisse changée en bastion , et contraints de se rattacher a l'église St-Victor , reconstruite entièrement depuis le siège de 1414, résolurent de bâtir une église avec l'aide et aumône de gens (h bien : ils choisirent y entre la maison de Longpont et la rue des Cordeliers, un terrain appartenant Il Tabbaye St* Jean, et Pierre Basin, qui fut le dernier isibbé régulier de cette abbaye, posa la première pierre de ta nouvelle église Notre-Dame-des- Vignes Cette pierre portait pour inscription ce jeu de mots Tians le goût du temps : Posuit hanc basim dominus ahbas Ba^in. L'abbé Basin ne mourut qu^én 1 565 , et le cardinal de Bourbon , archevêque dé Rouen, frère du comte de Soissons (c^était lalors Louis de Bourbon,. prince de Côndé , septième frère de Jean de Bourbon, duc d'Enghien^ comte dIBstoutèville,

leur on suffragant de Michel de Longuejoaei noas n^avons pasbakneé a prendre en ooûsidération ce gae Oormàja tiré d'un oayra^e protestant imprimé en \.^fk%. Hiêt. de$ chancéîiera de France , par Dachesne. MSS. de Berlette, Michel BeFtià, RonsseaQ, Cabaret et Fîqnet. Les hintorioi^s contemporains ne renferment aucun détail sur ce rétablissement du coars naturel de la Grise. On voit encore des reftes de pa^ceausf, da côté de St-Lég^r, et les fondations desmaisons, delà riiè de la linerîe attestent Texhausser mûiît du sot, comme Ta Vérifié M. Cahier.

DE SOI8SOMS. 401

taé d\in coup de pistolet 2t la bataille de St-Quentin, en 1557), fut nomifié , par le roi , abbé commendataire de St-Jean-des-Yignes^ où il se faisait repré-* senter par les deui chanoines DUpré etGargau, rua administrant le temporel, et l'autre, le spirituel. La sœur du cardinal) Catherine^ qui avait étë, avant ce temps-là, pourvue de P abbaye Notre-Dame, où ellç était religieuse*, renommée pour sa piété , partagea de bon accord la charge et les revenus de son abbaye^ avec Tancdenne abbesse Françoise Lejeune de Manteaux qui , pa/r réserve du St-Siége, y conser* vait Tadministration du spirituel et du temporel son élection étant antérieure au Concordat* Notre- Danae et St-Jean-des-Y ignés étaient donc bien administrés et florissans ; mais St-Médard et .^St-Crépinle-Grand éprouvaient tous les accidens d^une irréparable décadence. Hippolyte d'^Este , cardinal <ki Ferrare 9 avait succédé au cardinal de Lorraine comme abbé cpmmendataire de St-Médard, qu'ail exploitait en usufruitier avide et qu^il se souciait peu de Voir dépérir dans ses mains. Il y avait aussi un abbé cïommen^ataire à St-Crépin-le-Grand : le vieux cardinal Louis de Boùrbpn ^ évéque de Laon , qui avait pour vic£|ire Charles^ de TEpinay , protpnotaire apo^olîque t chargé d« recueillir les renjtes et de gouverner . en Tabsence ;4^ Tabbé Utulfdre, lequel ne s'^éloignait pas souvent de la .cour. Cette abbaye était, depuÂs vingt ans surtout, en butte aux dilapidatious de ^^ ç\\^ 1 et plusieurs ^Qis Fautorité du pape ava|t à^ intervenir pour faire cesser de graves désordres qu^on n'atfaquaitija-

402 ' HMTOIKE

mais dans leur racine. On avait beau dire aux gens d^annes, que Tabbaye était au cardinal de Bourbon, oncle du comte de Soissons^ Jean de Bourbon-Vendôme ; ils ne s^en faisaient pas plus de scrupule degcUer et de dérober tout. Les pauvres religieux , qui étaient encore au nombre de vingtcinq, fixé par les statuts du monastère, vivaient modestement de ce qu'on ne pouvait leur âter , et se suffisaient à eux-mêmes, grâce à la modicité du prix des denrées , le muid de vin ne valant que 5 livres 10 sous , et le pichet dé sid , 18 sous 10 deniers. Yoyant que les jbbés commendataires n^avaient nullement à cœur la splendeur de la maison, et que leur église neuve, dont la construction avait été interrompue , ne serait jamais achevée , ils se décidèrent h. la faire dédier telle qu'houe était , en 1548, sous Tinvocation de la Vierge, de la Cour du viel et des Saints-Grépin et Crépinien. Cette dédicace , qui n^eut pas la soleïmité'des cérémonies de cette espèce , fut faite par un ecclésiastique, nommé Jacques de Russie, qui s'intitulait suffragant de Tévéque de Soissons. Le prieur de St-Crépin-le-Grand était, à cette époque, Nieolas TEspauIart, fi*ère du doyen de la cathédrale , curé tle Goeuvres, fort versé dans les matières théologiques et soupçonné de tremper <tans Thérésie de Calvin, par ce qu^it prêchait le pur Évangile *.

Cette hérésie n^avait pas osé se montrer publiquement dans le Soissonnnais , tant que Mathieu

■ MSS. de Beilette. HUt, de N.D. p. 255 et suiv. HUt. dé'Si^Cn^u, MSS. Gallia ChHêiwna» Mém^ de Condè^ pub. par. Secousse , t,ii, p. 366.

de Longuejoue , par sa considération person* nelle et ses titres éminens d'ambassadeur , de chancelier et de conseiller étroit de Henri II , imposa aux novateurs que fit naître de bonne.heure le voi* sinage de Noyon ei des villes où la parole de Calvin avait germé ; mais dès que cet évéque-homme d^état fut sorti du monde, en 1557, au moment où Henri II sdlait avoir besoin de ses conseils et de son expérience, les huguenots du Soissonnais levèrent la tête et se montrèrent publiquement , sous Tépiscopat de Charles de Boucy, frère du seigneur' de Ste-Preilve, gouverneur de Soissons pour le roi. Charles de Roucy, qui était aumàniér du roi et titulaire de plusieurs abbayes , ne fit son entrée épiscopale à Soissons, qu^au mois de janvier 1559 ; depuis sa nomination, la Réforme avait bien marché dans cette ville. Déjà, en 1551, Thomas de St-Pol, Soissonnais , avait été condamné 'k mort^ comme hérétique, etbriilévîfàParis, sur la place Maubert; un autre c$ilviniste de Soissons, Simon Laloë, avait péri à Dijon, en 1554, endurant le martyre, bien alègr entent \ puis, en 1558, le prêche commença dans le diocèse et surtout dans la banËeuc de Soissons ;' mais , ministres et auditeur^ ayant été emprisonnés , on n'entendit plus parler de con-^ veûticules' josqu*^eh 1561. Dans* éet intervalle , le' catholicisme déploya sesf vieilles pom{)és dans Plusieurs processions ^ qui n*éfe)uffèrertt pas là huguenôtei^ naissante : lé 18 avriri559', en ré-' jouissance de la pëixde Gâteau-Càmbresis,le clergé' de la catliédrale , portant àes relkpies et entraînant*

après soi une grande affluence de peuple , alla en** tendre la messe et le sermon ou discours sur la paix, à St* Jean des-Vignes ; en 1560, le jeune roi 9 Charles IX, passant par Soissons au retour de son sacre a Beims , loucha les malades ^es écrouelles dansFéglise St-Gervais , le jour de la Pentecôte , et data de cette ville, le 24 mai, une lettre de ctwhetR tous les magistrats de son royaume , pour prendre garde qu'il ne 9oU fait séditions aws processions du St-Sacretnent Mais l'ordonnance du 4 septembrel559, datée de ViliersCotteretz, qui deT fendait les assemblées secrètes sous les peines les plus sévères , ne pouvait recevoir d'^exécution, tant les réformés se multipliaient dans Soissons et aux environs ; on usait donc de beaucoup de ménagemens avec eux, et ils abusaient de cette tol^* rance pour se montrer plus exigeans. Le 13 janvier 1561 9 il y eut quelque tumidte dans la ville, parce* que les huguenots voulaient y faire le prêche le lendemain ; et que les catholiques s'opposaient à cette profanation du saint jour du dimanche: les d0;ix partis c(mvii\rent de s'^n rapporter à Tarbitri^e de M. d'EstréeSi^ seigneur de Çœuvres , giwid-maitre de T artillerie, de iFrance^ considéré des uns et des autres^ quoiqu'il fut fort huguenot 9 et bon, serviteur du roi. M. d'JËstrées se concerta làrdessus avec le prince de Gonde'9 comt^ de Soissons,. et Té véque, qui, /'our vivre en poM^pemàt que Iq prêche fut établi sur ses terres à Belleu ; n^aivAoiiis^ Charles de Roucy, pour* dtoiander au ciel qu'il délivrât le . diocè^ du i9éaa.de l^résie ,

D£ 90I9SOKS. 405

envoya ttùe procession gëncrdlc k- Tabbaye Sk*Crépîn-Ie-Gtand) le 22 avril , eii fut chantée la ^and^ messe devant les châsses des saillis patrons du monastère et de la ville. Les ha^^uenots s^enhardisssuent de jour en jour : ils baptisaient , ib enterraient selon leurs rites ; ils attiraient sans cesse des artisans, des bourgeois et même des prêtres dans leur doctrine : pendant la nuit, on brisait , on mu^tilait des images de saints , on emportait les croix des cimetières. Enfin, leur audace ne connut plus de bornes : ils se donnèrent rendez-vous pour venir, de tous les villages et cbàteautvoisins, faire là cènie a Soissons le 28 décembre ; mais on eut aVis de leur projet et Ton ferma les portes de la ville , q[uand ils se présentèrent par bwdes : alot^ , lents frères, ^i les attendaient, sé rendirent anx portes, en chassèrent la garde catholique et les ouvrirent aux àrrîvanr qui célébrèrent 1^ cène dans utie nusdson piarticidière. Cette aflbire eut des suites : lorsque redit du tnms de iffifrrier eut défendu rexercree de la religion réformée dans Peneeinte des cités , les princip^kUs reEgionnaires qui avaient ê^^té le tumulte de Soissons et forcé les portes de la ville , furent conduits en prison et mis en jugement pour leurs eaûè9 ; ensuite , les échevms citèrent à leur B effroi le ministre résidant a Soissons , et lui signifièrent de cutter sans délai la viUe , avec ses fidèles; ceux-ci obéirent, emportant te meilleur de huTê biens , et ne fut fait mai à cmotm^.

' Oormay, t. n, p. 469 et soiv. Mé^. d$ Côndé, éd. in-4. fUst. des Martyrs persécutée et mis à mort pour la vérité de l'Evangile^ fat Simon GorA»ri, éd. in-f. t. r> f . 206^ 283.

Depuis là ré<i[a<îtion définitive de la Coutume de Yennandoîs en 1557^ Soisspns n^étdit plus régi en partie par la Cpûtumé de Valois. Cette Coutume de Valois^ qui fut rédigée , d^une manière fixe, au mois d'^août 1539^ avec Tapprobation des députes de chaque coi^ , réunis dans la grande salle de Fauditoire de Crépy, avait eu anciennement force de loi hors des murs dans les faubourgs voisins de St-Jean^dçs-Vîgnes ; cette abbaye eut pour représentans , à rassemblée de Crépy, son prévôt , Simon Le.vasseur et Athiot Bpnnat^ abbé de Valsery : la meilleure partie du Soissonnais fut reconnue enclavée dans le bailliage de Valois. Mais Fenceinte de 1550 enlevant à la Coutume de Valois V abbaye St-Jean et ses alentours , la Croix de Panleu ne fat plus une démarcation que ne pouvait franchir la Coutume dç Vem^andois. Cette Coutume, qui remontait au XIII' ^écle et qui n^avait pas été , comme celle de Valois v formée d'usages disparates empruntés ça et l^^ fut vérifiée , le 2 juillet 1657 ^ k Laon, par les commissaires du roi, le président Christophe deTfaou, et les conseillées du parlement Barthélémy F.aye et Jacques Viole, en présence des trois Etats du Vermandois. Les villes de Soissons, Vailly et Vervins , dont le

MSS. de dom Grenier, ptiq. 6, n. 1: Journal de la ruine de St-Crépin-le-GriHid par lee Huguenots , en 1668, par Nicolas TEspaulart. Ce curieux journal , dont le manuscrit original , fort indéchiffrable et fott endommagé d'ailleurs , n'existe plusy est rédigé sous une forme souvent dramatique où les disputes de religion rappellent celles des Puritains dans le roman de Walter Scott. Nous regrettons de n'avoir pas Tespace nécessaire pour l'analyser tout entier.

DE SOISSOMS« 407

droit coùtumier avait jusqu'alors différé dans les titres des gens mariés, destestamens, des successions^ desfiefs, etc. forent soumises à la Coutume générale, à larequ4ie du procureur du roi et des procureurs des Chapitres de Laon eide Soissons^ mananset hor hiUams dudit Sdssons^ et par Ta/eis de V assemblée. Les villages suivans, au nombre de 67) furent déclares dépendant de Soissons et ressortissant au bailliage de Yermandois: Acy.,. Aizy, Basoches*, firaye-sous-Clamecy, Branges^Barbonva], Bucy, Clamecy , Crouy , G>ndé , Celles , Cohan , Courmelles, Courcelles^ Cbavignon, Chavonnes^ Chiyressur-Aisne, Duisy ^ Duiset (en partie), Foufry, Filain , Gessencourt ^ Jouy , Joaignes , Loupeiges, Longueval y Lhuis ^ Leury , les Crottes-sous-Muret, Lafaux, le Mont-Nptre-Dâme( en partie), Lachaye, La Clayette et le Moulin (en piartie), . Margival ^ Muret, Mont-Saint-Martin ^ Micy-sur- Aisne , INanteml-sous-Muret^ Nanteuil-larFesse,. Neuville-spus - Maripival, NeutilIe-sous-Ste-Gemme^ Pinon^ Pargny^.Pouy, Bouy, St- Thibault, Serehes, Sarcy, Sorny , Sainte-Gemme , Serval , Taniers, Terny , Vailly y yiolaines,.yille'Savoye et Vregny *.

Ces villages, ainsi que leur chef^lieu , ne ressor-* tissaient pas aux présidiaux» de Senlis et de Laon ,

' Coutumes de Valois, à la suite des Coutumes âe Senlis , pnbl. par Boacfael, in-f. Le père de £iOoen , daos son Hist, de SUJean-deS'Fïgnes, parle d*an Goûtamier da Valois iraprimé en 4536, dans les procès-verbaux duquel on voit, parmi les députés, Pabbé Pierre de la Fontaine; Garlier, dans son Hisi. dm Valais, ne cite pas cette édition ni eette rédaction de la Coutume antérieure à celle de 1559. Cour» tûmes de Vermtindois , commentées par d'Hericonrt. Le commentateur fait mention d'un arrêt rendu en 1705; dans

créés en 1 552 par Henri II, qui' ne donna pas un siëge présidial k Soissons de même qvC\ plusieurs villes du royaume ; bien plus , lors de T éxecution de redît sur le fait dei conseillera oê magistrats au siège présidial de Laan qui s'efforçaiené d'vA^ trihuer connaissance audit présidial^ le procureur du roi ay ant tenu c^elque 3 discours relatifs à la mouvance du comté de Soissons, Jean deBourbon ^ comte d^Engfaien , qui était comte de Soissons aVeeleroi , par indivis, adressa des remontrances h ce sujet au roi, et celui-ci iénonça, par kttre&^a^^ tentes , que , dans son édit ordomiant i'établisse«ment d^un siège présidial à Laon , il n^àvait pas voulu comprendre le comté de Soissons^ Le piince deCondé, en héritant de la moHié du cc»nté it la mort de son frère Jean^ eut'd'^abord le dessein de se rendre paissant dans cette seigneurie, après Péchec de la conspiration d^Amboise , oh il visoît , dit-on, à la couronne de France; car il éêaitde cœur haut et ambitieiiûf^ dit Brantéme, et qui mfn^iiplus une royauté qu'une pi^incipauté^ Ce fat sans doute pour le chagriner, que Charles IX , par une ordonnance du 1 4 mai 1 562 , fit don a sa mère du comté de Soissons et de plusieurs grands domaine»k titre de douaire, lorsque le prince de Condése voyait gi/a^i oemma^nder à la moitié de la Fmnce au commencement des guerres civiles. La bataille

lequel il est dît que « les dépntéf» de Soîssoiui avaient atsislé à la réformatioa delà GonituiKie de Vermaadoit, •anadiatiiiC' lion de quartier, et qu'il était constant ^ue, depuia plna de 160 ans, la Coutume do Vermaudoiâ avait été suivie dans le quartier de Panlca. »

de Dreux, où il fut îsàt prisoimier, rëduiait un peu ses orgueilleuses pt^enlions, et ilse contenta d^augtti^ater ses possessions territoriales et ses privilèges féodaux: le rot ayant ordonné au clergé d^aliéner ses biens jusqu^^ concurrence de cent mille écus de revenu annuel, Coudé, plus ambitieux encore que zélé réformé, acheta sans scrupule les justices, les droits et les terres qui furent vendus aux enchè* re& k Laon par les aU>ayes St-Médard^ StrCrépin^ Ie-€rrand , St-Crépin-en-Ghaye , St-Léger , par les prieurés de Coincy et de St-Pierre-à-la-Ghaux , par les Chapitres de St-Pierre-au-Parvis et de St-Ger- TËis^ par le commandeur de Maupas et par Tévéque deSoissons.Maisplustardcetleventefutmiseànéant, quand le clergé du royaume eut offert une somme de 323,000 livres pour s'exempter de Faliénation» Dans les Etats-Généraux tenus a Orléans en 1560, Soisson^^ dont Févéque n^étsôt placé que le damier des vingt-six évéques siégeant à rassemblée des Notables de 1557, eut Phonneur de fournir un des deux députés du clet^é du bailUage de Y ermaur dois, Jean FEspaulard, doyen de la cathédrale, que rassemblée désigna pour rédigei^ , de ccmcert avec le doyen d'Amiens, le cahier de la province de Reims. La seule demande au roi, particulière kSoîssons, n^obtint qu'ime réponse vague : les habitans sollicitaient qu^on tes secourût d^auirés deniers pour les fertifications^ que de cetut qu'ils lèvent sur euœ\ on écrivit au-dessous de cet article des Remontr onces: Le roi y donnera ordre. Charles IX, sans doute afin de dédommager la ville de Soissons des charges qu^elle supportait depuis dix ans pour sa

nouTelle enceinte , lui accorda, en 1501, un marché hebdomadaire ouvert le samedi dans sa grande Halle, et deux foires annuelles , Tune commençant le lundi après FAscènsion et finissant le samedi suivant, et Tautre durant de même six jours à compter du troisième lundi du hum de novembre' • Mais, en 1562, le massacre de Va^sy, d'aune part, et de Pautre , la prise d'Orléans par le prince de Condé , donnèrent le signal de la lutte entré les catholiques et les huguenots ; aussitôt, ces derniers se saisirent de beaucoup de places importantes , à Taide desintel%ences qu'ils s'y étaient depuis longtemps ménagées : il semblait que Dieu lui-même devint huguenot, suivant l'expression d'un contemporain soissonnais; car la Réforme gagnait les cœurs et les villes. Soissons, oîi l'autorité de Louis de Bourbon était grande et oii le calvinisme avait reparu plus audacieux que jamais , ne pouvait, pas tarder à se livrer au chef des mécontent , et à préférer au pouvoir royal la fortune de son comte , le plus brave et le plus téméraire des princes du sang; mais Joachimde Roucy, seigneur de Ste-Preuve, était gouverneur pour le roi et capitaine de cette ville; sa prudence lui conseilla des mesures que tempérèrent son humanité et celle de son frère, Févéque de Soissons , qui était pourtant dévoué au parti des Guises : le gouvqpieur sonuna les huguenots de sortir de la ville vers la fin de juin.

' Hist,gèn, des Gr, Ofp>c,^ t. m, p. 245. Dormay, t. u, p. 510, <^53 et 454, 462 et suiv. Man. histor. du départ, de r Aisne, Recueil des Etats généraux, t. x, xi et xu. M5S. de Derlette.

Leur départ fut solennisé par une procession qui se fit le 20 du même mois pour transporter dans la cathédrale les reliques des Saints-Crépin et Crépinien, qu^on ne jugeait point assez en sûreté dans Fabbaye St-Crépin-le-Grand. La nécessité de cette translation avait été reconnue dans une assemblée générale du corps -de -ville; car les calvinistes bannis de Soissons exerçaient mille dégâts et profanations dans la campagne. IPévéque , par ses mandemens^ et le sire de Vieilleville, qui c ommandaitles catholiquesdansle Valois? par ses missives réitérées, avaient averli les religieux de St*Crépin4e Grand de se préparer à une instdte. L^abbaye ne se dessaisit pas toutefois de ses reliques, entre Içs mains de Pévécpie qui alla luimême chercher ce précieux dépôt 9 sans avoir fait inventorier le poids et la valeur des châsses d'argent par les orfèvres jurés, et constater leur remise par les gouverneurs et argentiers de Soissons 1 qui s'engagèrent sur leurs corps et sur leurs biens à restituer les châsses , quand le danger serait passé. Les édits contre les briseurs.d'images et les spoliateurs d^églises n'^empêchèrent pas de grandes insolences commises aux environs de Cuiry , de Fère et d'Arcy -Saint e-Restitue. Le bruit de ces excès invita le capitaine de la ville à redoubler de vigilance et de précautions : il contraignit les habitans, sans distinction, à faire leur profession de foi devant lui et le procureur du roi. Cette étrange garantie ne lui parut pas suffisante pour garder Soissons , que convoitaient les bandes huguenotes qui couraientle pays; il ne laissa pas s'endormir la bonne

volonté des bourgeois cathofiques fermés en milice urbaine, et il essaya même d^exercer les prêtres au métier des armes. Une montre (revue) génâ*ale de tous les hommes en état de combattre , riches et pauvres, nobles et roturiers , religieux et chanoines, fiit feite le 13 septembre sur la place d^ Armes , et il rendit un pende confiance à la population effrayée des conséquences d^ un siège. Gomme la misère était au comble , et que les subsides ne se payaient plus au roi , on vendit les biens des refigionnaires absens et on en consacra Targent aux frais de la guerre.

Cette guerre , dont le sort ne fîit pas fixé par la bataille de Dreux, se termina par Tédit de pacification du 19 mars 1563, si favorable aux huguenots. L^article qui ordonnait de réintégrer les rebelles dans leurs biens et qui rappelait partout les ban* nis, fut mal reçu à Soissons, oit les notables se rassemblèrent le 23 mai , pour en délibérer , au Beffroi, et ne se résignèrent a obéir qu^après une longue et tumultueuse délibération. Les religionnaires , toutefois , en rentrant dans la ville , s^ engagèrent a ne pas travailler les jours de fête, et à pratiquer sans scandale les devoirs de leur culte. Mais k peine furent-ils de retour , que , par un rapprochement qui n'échappa poin* aux catholiques exaltés, la peste, qui régnait dans plusieurs contrées du royaume , se déclara à Soissons, dans la rue des Cordeliers , et se propagea rapidement par tousries quartiers, où elle fit on grandnombre de victimes. pulattribua généralement aux miasmes délétères qui s'^exhalaicnt de Tancien lit de la Crise , transformé en égout public;

la contagion dura tout Tété , et, pour la combaltre, on eut recours, comme d^ ordinaire , h une procession où figurèrent pour la dernière Fois tes magniques fiertés de St-Médard. Les bourgeois suivirent le cortège en armes, afin d'être prêts k repousser toute attaques contre leurs reliques. L'êdit de pacification n'atait fait qu'accroître les espérances des Calvinistes I et il ne fallait qu'une étincelle pour rallumer la guerre civile : le cardinal de Lorraine , par Tentremise de Fabbesse de Notre-Dame-de- Soissbns, essaya de détacher, de l'amiral de Coligni, le prince de Condé, et dans ce but politique , il se rendit à Soissons' au mois de dé* cembre, pour s'y rencontrer avec ce 'prince. Leurs entrevues secrètes , qui eurent lieu dans Tabbaye de madame Catherine de Bourbon , inquiété* rent ceuos de la Religion qui nen étaient fort contens. Le conseiller Qaude Dubourg , fort estimé dans son parti , tant à cause du martyre de son frère Anne Dubourg, brûlé a Paris, que par son mérite et son caractère personnels , adressa même une épitre au prince de Condé , afin de le mettre en garde contre les embucheis de ses ennemis, en lui rempntranit que toute alliance où ne seraient pas comprises les maisons de Guise et de Chàtillon n'aurait aucun résultat avantageux pour la paix du royanmé ; <c Si ainsi est, lui disait-il, que cette ré* conciliation suive son droit fil et ne glisse ou se dé* vire, de votre part, du sèkiiier et chemin qme vou3 avez prb, protnis et juré, et soient l'intérieur et cap ckettes'dea oœuts et intentions de vous deux, cour formesà rextérieur dulangage ; laiuin^enpeut être.

414 msTOfftE

que trèsr-heurettse. » Les défiances des réformés ne cessèrent qu'à la rupture de ces conférences infructueuses. Pendant les années suivantes, Soissons ne fut tranquille que par la sage police dû gouverneur et par la tolérance de son frère , Pévêque, qui avait vu pourtant les biens de ses abbayes de Val-Roi , de Beaulieu et de St-Bàle , pillé* et saccagés, les immunités de son évéché méconnues dans le conseil du roi, et sh justice épiscopale vendue a F encan au prince de Gondé. En 1505, nonosbtant les prières du jubilé qui fut célèbre avec pompe par tout le diocèse , ta nielle attaqua les blés du Soissonnais, et le prix des grains haussa tellement que le muid , mesuré soissonnaise , cou-' tait 60 a 80 livres. Or, le commerce des céréales prenait alors beaucoup d^extension au marché ouvert tous les lundis à Soissons. Comme les greniers deTévéque étaient pleins, un marchand se présenta pour lui acheter ses grains: Charles de Roucy feigi^it d'hésiter a s'en défaire, parceque d'autres marchands lui offraient un prix plus élevé; il ajourna donc cette vente au lendemain , en invitant le marchand à revenir pour débattre avec les autres la valeur de la marchandise. Le lendemain , quand le marchand revint, tous les pauvres de la ville étaient rassemblés dans la cour du palais épiscopal : «c Voici mes marchands qui me promettent le paradis en récompense du pain que je kur donne, dit le bon évéque en montrant ces malheure^x ; aves&«vous quel-^ que meilleur prix h m'offrir? » Le clergé soissonnais, a F exemple de ' son charitable pasteur •, n'i^ mitait pas le fanatisme des prêtres catholtqlies qu^

s'indignaient de ne pouvoir rallumer les bûchers de Tinquisilion religieuse^ en voyant les rëfortnés conspirer dans leurs prêches par tout le royaume et principalement dans la Picardie S

Charles de Roucy , sans doute avec les sentimens de dévotion qui avaient animé, son prédécesseur , Sym{dborien Boltioud 9 imagina de réveiller la ferveur de ses diocésains ps^r le spectacle d^un pieux mystère. Déjà, en 1559 , P histoire de Notre-Damede-Liesee ( Ce mystère nous est inconnu ; c'étuit apparemment la légende de Notre-Damc-de-Liesse si populaire en Picardie), avait été jouée sur im théâtre dressé dans le cimetière de la catlié>drale; en 1565, le mystère de la Passion, qui passait en province pour le chef-d'œuvre de ce gemi^ de drame naïvement dévot, mais qui n'était plus estimé des beaux-esprits de la cour italianisée et greoisée^ fut représenté encore une fois dans la cour d^honneur de TEvéché de Soissons. Cette représentation, annoncée, selon Tusage, avec beaucoup d'apparat , ise passa en bon ordre , probablement sous les yeux de Tévéque, quoiqu'elle faillît être dérangée par la mort subite de Pierre Lesueur, un dee maîtres et principal conducteur de oèUe a/faire^ qui décéda au commencement (c'e$t-à-*dire^ le pr'emier jour du mystère )^ et fut

* Dormay, t. n, p. &62 et saîv. ; 523 et sniv. Hiêi. deSt- Cr^, MSS. Uoe procession , où les reliques den deux saints fareut portés de l'abbaye à la cathédrale et réintégrés le jour même' dans.rabbaye, «raiteulieu au mois de mai précédent. MSS. 4e Bertette: ce dirontqnear assigne, .à Tannée 1566 ce rade hiver que Dormay place en J563, on ne sait pourquoi. Mim, de Condé^ éd. de Secousse, 1. 1, f>. 149, t. ▼, p, 240 et suiv. MSS. de Cabaret.

416 MïéirotîiB

vofivûyé en V églièe St^J^an^dei^Vignes^ pa^ les joueurs de ladite Passion* Cette mort fut jugée de mauvais augure par quelques catholiques rigî« des qui n^ approuvaient pas pkia que les hii|^ueno(s ces divertissemens profenes.

L'année ^diviftite, un hiver ri^pureux sdtibla iine punition du ciel : la gelée , qui avait coramencé le 15 décembre , continua jusqu^en février aVeo.une telle intensité que les chariots chantas traversaient r Aisne sur la glace ; on trouva , le long des routes, plusieurs personnes mortes d|d froide Après la déhacle, la rivière déborda de toutes parts, et le bourg dWisne fut entièrement inondée Cependant, la récolte qui suivit surpassa les espérances des laboureurs, qiK>iqu'un vent impétu^rc eût egraîné les blés mûrs , quVn ramassa au balai dans les chanps , ce qui fit nommer cette année lài, Vrnmie'atLos biés grugés. Au moment ok Tagriculture promettait au Soissonnais une nouvelle- prospérité , les marchands de Soissons t^tittfentdu roi> en iioveaibi^ 1568, rétablissement d'une juridie|;ion consulawe: elle se composa d'un jtige, de deux comeiUvtsconsuls et d'^ûn greffier; cem: qui ^i-foisai^iit partie devaient être men^res d'im des cinq corps de métiers et bourgeois notables ;* on ne devenait Juge qu'après avoir été consul pétidfânt une atanéé.: toiit maltotier était exclus de ce lrS>unal qui, se i^enouvêlait paf deux élections annuelles ,• Id jour de St- £onavenUire , et qui tenait ses séances tantôt dans un lieu, tahtét dans un autre* Le cor|)s des marchanda, à cette occasion, fonda dans la cathédrale une confrérie dé St-Marcoul , qui célet^rait sa fête

le 7 }o3ièt en la chapelle du St-Sépolcre. Lea fondateurs de cette confrérie ne voyaient pa^ Il Thorizon politique se Former un eraga qui allait fondre d'abord sur Soisaoos et son Église ^.

L^année 1567 ne devait pas s^ écouler sans que le Conseil du roi j dirigé par Catherine de Médicis et le cardinal de Lorraine , eut pris quelque mesure décisive contre les réformés : on avait six mille Suisses tout prêts à marcher ; on demandait de nouveaux subsides au clergé , pour un grand dessein et des besoins secrets. Les iveligionnaires sUntri» guaient de ces demandes d^argent et de ces mouvemens de troupes; d'ailleurs, persécutés^ insultés, menacés, malgré lesédits rendus en leur faveur, ils étaient déterminés a prendre les armes une seconde Sois. Leurs chefs s'assemblèrent secrètement auprès de Famiral de Coligni et du prince de Coudé à Valéry , puis à Cbâtillon-sur-Loing : on projeta de surprendre les principales villes du royaume , le même jour et à la méine heure ; le 27 septembre fut le jour fixé pour faire éclater cette vaste conspiration, qui étendit ses réseaux par toute la France. Rien n'en avait encore transpiré au mois d'août dans le Soissonnais, où Ton disait seule* ment que le prince de Condé était parti de la cour^ mal content du roi et de la reine-mère pour quelques hardis propos. Le 13 de ce mois, les dé. pûtes ecclésiastiques du diocèse , se réunirent dans

* MSS. de Berlette. MSS. do P.-L. Brayer. MSS. de Cabaret. Uisi, du Valois, i« ii, p. 619. 11 y a du doute pour la véritable date de la grande gelée et de la belle récolte , que Carlîor met en lo67, ce qni est impossible a constater.

k saUe. êpkcopale pour entendre lecture dès lettres <lu roi 9 qui réclamait du clergé de son royaume un impôt de neuf millions trois cent mille livres ^ pour acKever le paiement des dettes que les rois, ses prédécesseurs, lui avaient laissées. L^assemblée n''osa pas refuser de contribuer pour sa part a cette allocation , mais a/oisa qu'elle nommerait des délé^ goés pour remontrer au roi c( que les biens et reyenus de FÉglise soissqnoaise étaient .diminués par Tédit d^ aliénation ; que plusieurs ffrands seigneqrs n^avaient rendu ce qu^ils avaient acquété (acquis), .combien qu'on leur eût remboursé.; que les dtxnes étsûent moult détériorées; qu'aucuns n'en voulaient plus payer. » Cette assemblée donna lieu à des con-* tesridicuiesqui trouvèrent créance parmi leshugue-^ nots ; le bruit courut que le clergpé avait octroyé grande somme d'argent au roi , pour les tuer^ exterminer et égorger toits on une nuit , commue les temr plier s jadis» Mais , dans le» premiers joiirs de sep-tieo^bre, les catholiques furent informés que 1^ huguenots rotm^aient et se ga/rnissaient , achetant armes et chevaux. Pendant ce temps-là , le roi , avec la cour^ était en Picardie . et muait journellement de place : on l'attendait à Soissons où l'envoyé du pape avait d4ja îait retemir son logis dansja maison d'ua <^hanoine. de St«-Gervais» Le connétable Anne de. Montmorency traversa la ville pour se rendre à son diiateau d^ B^q^Q qi^ la cour avait promis de visiter, Mab la marche rétrograde du roi et du cardinal d^Xorraine , qui avaient Sailli être enlevés, par les cahrihistes , changea ces projets, accrut les inquiétudes ; les habitans de Soissons envoyèrent

DE SOISSOXS* 410

vers Charles IK pour avoir permùêion de faire garde emportes et guet de nuit; la reine-mère dit d^en référer au connétable , et celui-ei fit répondre qa^l y donnerait ordre : le 24 du même nuois, Fut publié un édit qui défendait de porter armes quelconques.

Cet édit^ qui invitait cha>cun à se comporter doucement , tranquillisa les catholiques ; il y eut pour^ tant à Soissons et aux environs quelques personnes averties de ce qui se préparait : le soir du 26 sep-tembre , tandis que les échevins prenaient part a lin joyeux souper , Jean Moreau, receveur du tail-* lon^ arriva tout effrayé et leur apprit que les huguenots s'assemblaient en armes a Chauny. On ne fit que rire de ses craintes et de son avertissement : pas un des convives ne quitta la table pour savoir si la ville était en état de défense* A F abbaye Si- Médar.df les religieux furent également prévenus pendsmt la nuit et eurent iê temps de cacher ce qu'ils avaient de plus précieux , les reliques , les vases sacrés, les ornemens d'autel et les titres de Tabbaye, dans lâi bûcher- situé. sous Plnfirmerie : après quoi) ils abandonnèrent leur . monastère. A St-Grépin-le Grand , ou iNicolas Dany avait été nommé .abbé. depuis peu de temps par la protection deCalfaerine de Bopf bon, on employa la journéedu 2d à transporter, dans Tabbaye Notre-Dame que la qualité, de cette abbesse , sœur du prince de Cdndéf. militait a Tsibri de toute violence , le plus dang&rey^ à perdre , les obligations ^ le char-, trier 9 etc., età ^^r^r les joyaux de l'église en lieui

sûr : la comnranaiitc ne se dispersa pas encore* Mais , le 27, jour de St-Côme et St-Damien, les religionnaires, qui, sous la conduite de Genlis, de Bouchavannes , d'Harcourt , de Crécy et d'autres gentilshonunes du Vermandois et du Laonnois , avaient marché en silence toute la nuit et étaient parvenus au bord tle F Aisne, avaat Taube, passèrent à gué la rivière dans le lieu dit le Cul-Sec^ se glissèrent le long de Tile du Promenoir et se présentèrent!, entre trois et quatre heures du matin , devant la porte de la Poterne, aboutissant a la rue de St-Quentin. Cette porte leur fut ouverte avec de fausses clés par leurs affidés , et ils pénétrèrent sans bruit dans la ville endormie : ils en occupèrent tous les quartiers; car, a chaque instant, survenaient de nouveaux conjurés ; les capitaines eurent le temps de s'emparer de toutes les portes de la ville, des tours , des bastions et des arsenaux , en sorte que Soissons , à son réveil , se trouva au pouvoir des huguenots. Les catholiques , voyant l'impossibilité de résister , mirent bas les armes et se renfermèrent dans leurs maisons. Le gouverneur, Joachim de Roucy, n'était pas alors dans la ville, mais Tévéque y demeurait. Pendant que les huguenots se tenaient encore sous les armes , M. de Genlis défendit étroitement qu^on tuât personne et quW pillât les marchands ; puis , il alla saluer Tabbesse de Notre-Dame. Aussitôt le tumulte commença, et tous, de se porter sur les églises , sur les couvens et sur les maisons des prêtres : ceux-ci Avaient pu, à la faveur des premiers monaem de ré'

pit qu'on leur accorda, faire des mui9e$ (caches) où ils enfouirent leurs biens et les trésors catholiques ; ils en apportèrent une partie a Tabbaye Notre- Dame et ils s'y retirèrent eux-mêmes ; beaucoup d^entre eux, n'ayant pris que leur bourse, se j étérmtbas p€Mr les mvrailleg et s'enfuirent ; d'autres se dégpiisèrent en pauvre état , pour sortir de Soissons ; d'autres eurent le courage de rester : on ne leur fit aucun mal. Les huguenots ne songeaient qu'au butin , et ils ne furent pas satisfaits de celui qui s'offiit h leurs premières recherches , avant qu'ils eussent découvert les endroits où le meilleur était caché dans les murs, dans les caves , dans les combles, dans la terre. Les chanoines de St-Jean-des- Vignes , comptant que le nom de leur abbé , le cardinal de Bourbon , frère du prince de Condé , leur servirait de sauve-garde , ne quittèrent pas sur-le-champ leur monastère, et reçurent dans l'après-diner la visite de quelques gentilshommes de la religion] mais, à la nouvelle de ce qui se passait à la cathédrale, ils prirent l'épouvante, et, après avoir gémi ensemble prosternés devant l'autel , ils laissèrent l'abbaye a la merci des pillards , sans autre gardien qu^un frère convers que son grand âge avait fait tomber en enfance.

Cependant les soldats , maîtres de Soissons , se vengeaient sur les pierres, le bois , le plomb et le cuivre, de la petite quantité d'objets d'or et d'argent qu'on avait oublié de celer dans les églises : ils brisaient les images, culbutaient les autels , cassaient les vitraux peints , rompaient les cloches ,

brûlaient les livres. Us épargnèrent seul^aoent la cathédrale où leur prêche Fut installé sur-le-champ, et ils y conservèrent trois cloches pour le guet, pour rhorloge et pour le culte ; mais les autres églises furent dépouillées et a denii-démolies dans r espace de quelques heures. Ces^ furieux allèrent , le soir même, butinera $t-J^an-des-Yignes , où Targenterie seule avait été entassée dans une fausse cheminée; ils eurent bientôt anéanti T ouvrage de plusieurs siècles : tout ce qui était statue ou pein* ture, fut mis en pièces ; tout ce qui était métal fut enlevé ; les somptueux reliquaires , trop pesansi» pour qu'on eut pu les mettre dans quelque cachette au milieu du trouble de tout le Chapitre , parurent légers aux pillards qui se les partagèrent , en foulant aux pieds les corps saints: les ornemens sacerdotaux et les paremens d'autel, les cloches, les orgues, les canaux de plomb, rien ne semblait trop lourd a ces mains avides ; ils avaient allumé de grands feux où ils lançaientce quine tentait pas leur cupidité ; ils se répandirent dans les cloîtres, en renversant , en démolissant , en outrageant les chapiteaux de colonnes , les arcades , les bas-reliefs, les tombeaux ; ils découvrirent enfin les ustensiles d'or et d'argent, les. croix, les ciboires , les encensoirs : tout fut fondu sur place ; ils mirent sens dessus dessous la bibliothèque et commencèrent à déchirer les archives, contenant les actes de Tab- , baye, les bulles des papes , les lettres des rois, ces fondemens écrits de l'antiquité , de la fortmie et de la gloire de St-Jean-des-Yignes : quelques jours

DB 80ISS0MS. 4f23

après, des bourgeois de Smssons étant veftos voir les dégâts faits dans le sac de Tabbaye, ramassèreift soigneusement lés papiers et les parchemins épars Sur le carreau , et les déposèrent dans une cassette a Fabbaye Notre-Dame. St-Léger , St-Victor , St- Gbristophe, St-Quentin , $t-Ândré , St-Martin, St- Antoine (dans la rne de ce nom; mais on ignore la fondation de cette chapelle), St-Bemy et St-Waast furent plus ou moins endcKnmagés dans ce premier pillage, qui ne leur laissa que les mur» et la charpente. St-Médard, abandonné comme St Jean, ne fut sérieusement attaqué que quaild les riches paroisses de Soissons n'offrirent plus que dé^pmbres^ et débris; toutefois, dès le lendemain de la prise, plusieurs gentilshommes iinguenots se rendirent à cette abbaye et dérobèrent en partie ce que ren~ fermait le bûcher^ notamment les croix incrustées de pierreries, les chandeliers d^or et les fiertés de St-Médard, de St*-6régoire et de St-Sébastien : ils-' vidèrent les os dans le fossé et tes semèrent sur leurt route en s^en retournant avec leur proie. Le tail' leur du monastère repêcha les reliques et les alla remettre à Pabbesse de Notre-Dame , en disant que ces saints ossemens avaient été poussés surFeau jusqu^à sa maison par T effet d'^un miracle. Un vi-» gneron recueillit dans sa vigne la poussière de St« Grégoire que renfermait un sac de damas blanc couvert de dentelles d^or, et porta aussi ce sac à Notre-Dame, qui devenait l'unique retraite des gens d^églîse et de leurs biens.

Deux joun après, M. de Genlis , accompagné

424^ HtSTOiHfi

dô tous les gentilskooimes et dé loua les dàiraliérs, partit, àminoit, deSoissotis, poitr rejoindre le prmce de Condé et Pamiral , qui suivaient de près le roi réfugié à Paris, et qui se pro|k)saient d^affamer cetle capitale pour la soumettre. Le capitaine Darnel, nommé provisoirement goût emeur de Sois* sons , y.fut laissé en garnison avec les gass de pied, sous quelques cbeife qui répartirent leurs soldat» dans les indisons des bourgeois catholiques , re~ cueillirent la plus riche partie du butin pour être employé aux dépenses de la guerre , et formèrent des magasins de blé , d^avoine et de vin tn*ës des caves e\^é$ greniers monsistiques ; on faisait cbaque jour une distributicm de vivresà la garnison, et Ton jfabriqaait de la poudre à canon dans Téglise des Gordeliers transfonnée en officine^ Au coin de cha* que rue, étaient affichés des placards, dans lesquels le prince de Condé et la noblesse réfmtnée déclaraient qu^ils avaient pris le$ armes pour délivrer le roi , la reine et lé royaume , de la sujétion des Italiens et étrangers qui les détruisaient , pour faire entretenir lesédits pour diminuer Its taiU les y gabelles^ impôts et exactions de deniers , et pour réformer toute chose en mieuw. Cependant, accouraient de tous côtés gens champêtres^ rustiques et fnal armés ^ disant qu'on leur avait donné les biens des églises , abbayes et prêtres^ au pillage: ils se disputaientavecune brutale rapacité le peuqniavait échappé aux premiers venus*

St-Médard fut oublié pendant trois jours , ou du moins les portes fermée» arrêtèrent quelques hu~

Dfi MH5SOTS. 42&

giierMti isole» ; mais, le 80 septembre , une partie de la gamisoD sortit de la TÎUe et envahit raM>aye; des milliers de bras s^acharnèrent à Toeuvre de destruction qui fut acbevëe en une seule joum<^e. Quand il^ eurent pris tout ce qui s'y trouvait de meebles , de bardes, de denrées , ils cherchèrent les cachettes, avec la pioche et le marteau , fomUant les tombes et les caveaux , sondant les puits et les bassins 9 perçant les voûtes et les murs; c'était^ parmi les cris , les rires et les voix confuses de cette armée de démolisseurs , un continuel fraoas de pierres, de bois, de cuivre, de fer, de verre, tombant sur le pavé ; c^ brigands, animés à la fois par le fenalismeetparlasbif du gain, semblaient avoir une force surnaturelle , à la facilité avec laquelle ils remuaient des masses énormes, descendaient les plus grosses cloches, portaient des fardeaux considérables, déracinaient les grilles, effondraient les planchers , jetaient par terre les colonnes et les murailles. Non-* seulement ils s^attaquèrent aux églises et aux chapelles de St-Médard, pillant, rompant, mutilant, renversant, brûlant, mais encore ib découvrirent et démantelèrent lesbâtimens con* ventuels , les dortoirs , les réfectoires , les salles, les galeries; enfin, on trouva une seconde mtcsse dsoisle bûcher où la première avait été éventée parles gentilshommes : cette musse renfermait le reste des reliques et des omemens. Les huguenots , joyeux de leur trouvaille , allumèrent un grand feu et vidé-- ^ent dedans le contenu des châsses. Lorsque St-Médard fut dévêtu de toutes ses excellentes antiquités ,

îb se poitèreBl avec pareille rage sur lés abbayes et les paroisses rurales : rëglisé St4iii)ien, sur le chemia de Cuttes, St- Etienne, 'St-^Crépin-en- Chaye , les Gélestins^ de Villeneilve , la chapeUc^ Sté- Thèele , n^étaient plus que des ruines fumantes , lorsque la foreur des briseurs d'images s'arrêta^ faute d^ aliment. On n'épar^à dans la ville que Notre-Dame , protégée par le nom de son abbessè €t les ordres réitérés des capitaines du prince de Gondé : ce fut là que Févéque et son Chapitre pa^ sèrent plusieurs joursy avant d'obtenir un sauf-^coiiduit pour gagner Reims. L'Evéché et la cfaap^e Ste- Geneviève durent leur conservation^ a l'influence de la pieuse Catherine de Bourbon , ainsi que Tabbaye St-Crépin-le-Grand, dans laqudle le prieur rEspattl2u*t était demeuré seul avec quelques serviteurs. Mais une lettre de sauve-garde accordée k cette abbaye par le prince de Condé ne la préserva pas plus dVn mois du sort des SkVLtvea idolâtries de Soissons, comme les religionnaires nommaient églises et monastères.

Déjà y à différentes reprises , quelques soldats, conduits par un caporal , s^ étaient fait ouvrir les portes de St-Crépin-le-Grand , y avaient pris des hordes et s'étaient retirés sans beaucoup de dégâts: la fermeté et la logique grave et serrée du prieur TEspaular t , qui combattait ces fanatiques ignorans avec des textes delà bible, suspendirent alors leurs mauvais desseins, et ik se contentèrent de boire le vin des moines ; mais , une catastrophe devenant imminente , Fabbesse de Notre-Clame envoya au

DB iOISSONS. 427

prieur un passe-port des capitaines , pour conduire chez elle ce qui restait de provisions de bouche à St-Crëpin-le-Grand. Pendant que Tescorte du convoi s'amusait à visiter les coffres et des armoires 9 le tonnelier et le pitancier tirèrent de la principale cachette les reliques, T orfèvrerie et les papiers importans de Tabbaye ; le tout fut entonne dans des futailles vides , placées sur les chariot» entre deux pièces de vin 9 et les soldats qu'on abreuva suffisamment , menèrent eux-mêmes à No-" tre-Damece qu'ils eussent certes préféré mettre au' pillage» Peu de jours après, le l^'' novembre , vers le soir , les portes de St-Grépin-le-Grand furent ouvertes par surprise ; les huguenots se saisirent de Tabbaye , et y commencèrent leurs dévastations. L'Elspaulart, seul au milieu de trente mécréans qui lui appuyaient sur la poitrine leurs pistolets et leurs pertuisanes , eut le courage de défendre encore son monastère par des représentations amiables ; un caporal le prenant par le bras et l'invitant à sortir, il prétendit qu'il était de la religion réformée : €< Vous êtes huguenot dû pape? lui dît l'un en riant. — Vous êtes de la rdigiôn silplait au roi? » répliqua un autre* -Voyant quePabbaye était pleine de gens venus à la curée, et que les autel», les statues, les fenêtres, les orgues avaient volé en éclats , il sortit de St-Crépin-le-Grand et fut amené à Soissons oii on le garda comme otage, parce qu'il connaissait les débiteurs et les censiers de son abbaye 9 bien quil refusât de les dénoncer au. prix de sa liberté.

Cependant le gotirerneur de la TÎtle avait été changé : au capilame Damel, succéda le sieur de Vendy , qui avait été j lieutenant du prince de Condé, à Orléans, durant la première guerre civile. Cétait un homme diligent et vaillant ^ quoique goutteux^ mais acerbe et ewnemiàV Égliseromaine. Le siem* de Vendy avait beaucoup de respect et déférence pour Catherine de Bourbon , qui parcourait sans cesse tous les quartiers , en robe d^abbesse , pour s^opposer d^ autorité au mal que les huguenots pouvaient faire encore : bien des fois elle fit éteindre des incendies , bien des fois elle arracha des prêtres aux inains de la soldatesque ; elle logeait d^ ordinaire à TÉvéchéy pour être à portée d^aller partout oii son intervention serait utile. Elle n^ empêcha pourtant pas la démolition complète des églises St-Martin et Notre-Damedes-Yignes, qui venaient d'être rebâties et restaurées ; car ces édifices furent jugés nuisibles en cas de siège. L'entreprise des Calvinistes sur Paris avait échoué. L'armée catholique, commandée par le vieux connétable de Montmorency , couvrait la capitale , et des ^négociations s'entamaient pour un accommodement : dans le camp du prince de Condé , on donnait au diable la prise de SoiseonSy à cause du retard de l'entreprise. La princesse de Condé était arrivée dans cette ville pour y attendre Fissue prochaine des troubles; elle logea dans l'Évêché avec Tabbesse , sa belle-sœur. Mais la garnison de Soissons n'était pas oisive , depuis qu'acné ne trouvait plus dans la ville et banlieue

DB SOIMOMS. 429

il employer le marteau et la flamme : elle alla surprendre le monastère de Longpont et la chartreuse de Bourgfonlûne , où les hérétiques commirent cruels meurtres et inhumanités , parce qu^on leur résbta. Ne trouvant plus à ravir sur les prêtres^ ils maltrailèrent et emprisonnèrent les marguilliers des paroisses , pour les forcer à rëvëler des musses appartenant aux églises : sous prétexte de chercher ces musses^ on entrait dans les maisons et on les dévalisait. Les catholiques d^ ailleurs n^ étaient pas per-« séculés pour leur religion, et plusieurs fréquentaient ^e bonne volonté le prêche où Ton entendait tous les jours , à neuf heures du matin, chanter des psaumes et discourir les ministres. Celui de Soisssons , nommé Yassoris, ancien Cordelier, passait pour le pltÊS docte; les exhortations étaient faites alternativement par ceux des villages voisins, orateurs plus fougueux qu^éloquens^ qui mordaient et piquaient l'état des ecclésiastiques^ qu'ils appelaient papistes et règne de V Antéchrist et de Babj/lone; les notaient d'idolâtrie , superstition , hypocrisie , Église masquée^ paillarde etromaine; exhortaient les peuples à s'en distraire pour embrasser Jésus- Christ et la doctrine de V Evangile ; détestaient la messe , les images , paremens , croix , cérémonies ;\méprisaient évêques^ camus prêtres j rasés moines^ etcSjx Ces ministres priaient pour M. lé Princeget ses associés, que Dieu favorisât leur sainte entreprise; et après, pour le roi, que Dieu bénît son enfance et lui donnât grâce de connaître l'Évangile; etils chantaient fort bien et mélodieusement les

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psalmes de David en français et feîsaient émouvoir a larmes et pitié plusieurs àssistans, en faisant les prières ; car ils pleuraient eux-mêmes. » On célébra la cène en présence d'aune grandisiime multitude 9 qui se scandalisa de ce que la cathédrale n^était point assez dépouillée de son idolâtrie pour faire un temple agréable à Dieu ; car on y voyait encore les attributs cancmicaux , mystiques , héraldiques, qui décoraient les tombeaux , les chapelles , les stalles, et Tédifice paraissait intact , saufqtùe les images étaient ôtées^ et auctmes^ non rompues^ arrière jetées en des coins à part. A la nouvelle de la sanglante bataille de St-Denis ^ aussi funeste aux Calvinistes qu'aux Catholiques, lorsque les fuyards de la religion répandirent une terreur panique dans la ville, et racontèrent que Famiral était mort, le prince de Condé, blessé, et ses troupes battuest on rassura la garnison toute prête a se débandfsr, en faisant'chanter des psaumes en actions de grâces et prêcher Vassoris sur un texte de victoire. Toutes les sorties des huguenots de Soissons n^avaient pas le même succès qu^à Longpont : deux fois ils furent repoussés par les défenseurs de La Ferté-Milon ; ils perdirent du monde dans plusieurs escar-* mouches contre le capitaine catholique Comines, qiii faisait main basse sur. tpus les hugueno^ts épars qu^il rencontrait ; ils n'eurent pas non plus le dessus avec une troupe de gentils çompOignons qui tenaient Tabbaye de Coincy comme un fort.

M. de Vendy é^it résolu 4 bie^i ^garder la ville ; c'est pourquoi op^ y fort^^ait hs endroits plus dan-

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gereuâSy et ieB gens des environs venaient, par tour^ besogner à la corvée. Les villages , dépendant de Soîssons, dans lesquels onn^avaitpas pillé, rachetaient leurs cloches^ et pour les payer 9 aliénaient des terres d'^église. Dans Soissons^ on vendait publiquement chapp^s, chasubles, omemens et tapis de St-Gervais , les musses ayant été révélées pai* un prêtre 9 disait-on; mais nul papiste n'^étadi reçu à ymeUre enchère. On fondait For et Targent des re* liminaires et des vase9 sacrés : on en frappait des testons pour subvenir aux frais de la guerre. Hanner , greffier, et Soufflet, receveur, du prince de Condé, avaient été dépêchés pour toucher les rentes et les redevances échues, à la St-Martin au profit des ab< bayes, excepté Notre-Dame; mais ils ne furent pas secondés dans leurs |:,ecouvremens , en dépit des promesses et des menaces qu^ils firent aux dépositaires des obligations et des baux. UEspaulart, qui était relégué parmi les valets du gouverneur, et qui couchait au-dessus d'une écurie dans un lit à denii7 ; pourri, refusa. toujours de trahir les secrets delà fortune de son abbaye. La princesse de Condé quitta rÉvêché, avec une escorte de reitres à, l'armure poire, pour s^ rendre à La Ferté-sçus- JouarrCj lorsque son mari cessa de tên^r la q^mpa- -. gne i^l distribua les qi^artiers d'^hiver de son armécr , aux alQntoui;%t^e Soisspns et dans les villages du Valpis^ Çettç ;yille était toujours le rend ez- vous ; général xdes aventuriers, protestans, qiû venaient , .alléchés par le butin et pillant tout . sur leur passage, s^enrôler dajq^.la g^iliTÛsoA de M. de Yendy.;

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Ce goaverneur ne se montrait sévère à Té^fard de ses soldats que sur Particle des mdsurs et de ta foi : il en fit pendre deux ensemble ^ puis un troisième aUeini d'avoir forcé son hâtesêê ; il en M brâier im qui abusait des femmes contra usum natutorlem. Ces bandits obligeaient les villageois à «"adieter deux ou trois (ois le mobilier de leurs églises sous peine de prison et de coups: découvraient* ils on surplis ou une croisette dans le coffire d^un pauvre catholique ; tout était confisqué sans appel. Les habitans de Soissons, pour se soustraire a cette oppression ^ s' évadaiefU^ ^t tiraient le meilleur de leurs biens dehors ^ par le moyen nie quelques caporaux^ auxquels ils donnaient de rcirijr^nt ; mais a peine étaient-ils partis , que leurs maisons devenaient la proie du soldat qui les vendait pi èce à pièce : c'était grand' pitié d'ou^ les clameurs des pauvres gens artisans.

Les huguenots convoitaient les richesses qni avaient été, de toutes parts^ apportées à Tabbaye Motre-Dame; ils prétendirent quW y faisait venir des gens de guerre eu cachette et qu'ils avaient vu plus de cent mèches d'arquebuse allumées sur les murailles : une enquête prouva que Tabbeye ne renfermait que des femmes ; alors on sema le bruit qu'il y avait dix ou douze religieuses enceintes. Le désœuvrement de la garnison se déchargea sur Fabbaye St-Crépin-le-Grand 9 qui fut entièrement ruinée au commencement de décembre : chacun y courait au bois , plomb , carreaus et tuile ; ces démolitions partiales continuaient tous les jours ,

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et les {Ayssoift emportaient oe qui était de ' reffoncfi. degditê huffuenotâ ; m iocepdiaf Icff cloîtres à Is^ fin, dedécembrei^ et , peur fêter le four de^ ran» pn mit le feutau. grand clocber et li la toilare du chœur,, que les démolilseura^ n^avaiei^( pu dé^as^emblfr ; enrain Les Ta^toiM^ 4e. Tabbaye ^susayèreat d'^ëteindre oe feu de joie; on le» menaça dfi les y précipiter, s^ik s^airisaient d^apporter de Teau. Le faubourg faiUil être brûlé , car les flammèche et charbon^ volaimd fi^rtloiné La cathédrale , cpii n^ avait pas été endoomagéejii^ue la^ éprouva aussi les e^ets de la malTQÎUanc^ de ces forcenés: ou mutila les verrières peintes , on enleva le plomb des; gouttière» et des dochjers , (c de sorte qu^à la place où Ton avait accoûtamé de prêcher^ il pleuvait el|ven«^ tait c<Mnme en la rue, parceque les goujats et petite gàrçoùs des huguenots avaient arraché le plomb , et aussi était ledit lieu empuanti de ce que lesdits garçons faisaient leurs excrémens en la nef et cloitraux de ladite égUs4^« » Enfiiit laçhapeUeStcKGèneviève, cpii, grâce k Tabbesse de Notre-Dame, était eacoreentièrei fut^péeetru^jW, quoiquoN; TSspaulart^ qui eit était chapelain , eût offertvingt écus pour qu'ion ne crevât pas k voûte» Les catholique^ de la ville ne déploraient pas s^ylement 4'é^r^ prives de r office diym: plusieurs pe fiouvaitiunt plus fimmir de nourrir leurs hâtes; cûr il n'y apisit sipaucrBpapisteqi^nei^ eût trois ou quatre logés: vrai est qu'il y en mwit aucuns plus doum e^ plus trsdtahUs que Us autres^ Mais les plus méchans ou < les plus fanfarons disaient que , si on les venait »*

sîëgrf ;* ils lifettraieut aux brccKes les habitans , él'' ^uc i s^fls éidier^f&rcés\^ihiu€Tment les Papaùaf.J^és propos effrayaient les timides bourgreois qtéi *'écoM/a«e7if (s^erfqiiivaie»l)'rfêjoir^nyéw*r.' La gàtnison contiàuaît lrs(e porter sur lesf orleresseset les villes voisines occnpëes par les catholiques : elle sîicc^gnca ' le ' Mont-Notre-Dame et Fisînes ; mais^ ôlTc 'Fut rudement accueillie II Viê^sur- Aisne et à- AttioKy. Les Gascons, les Bretons et les Allemands, que le roi avait à sa solde n'étalent pas moins hostiles aux paysans que. les huguenots 9'»et; ceux-ci , auxcjùelson né faisait pas quartier, prenaient lènr' nsv^cke sur les gens d^église qui avaient le ihal-^ beur d'ielre faits pt^isôiîniers: on vit, prèsdeNenilly- SV-Ftouï; uiiprêtre iiépar le corp^st parles brus, sur'ujie pièce dé bôi^,- qui était demi^corché et la^ peVtu dûpuis le rtomhil rejeiée sur i^ iête et celle des bras sUr îes'éptiules, et si^ nétmt encore mort ;. on en Vit dëvti^ autres,' près de Goucy , liés par les ftittins' derrière^ et (par les parties honteuses ^élevés eV'àttaèhés à dès branches ^pendant à deuœ pieds près déterre'. On amena dans la ville» et on promena par les rues cinq prêtres gàrottés en une cba- TtXié^'i^tiis^par moquerie^ de chasubles déchirées, nu-tété et la pâleur de Teffroi sur le visage -, au milieildes huées delà populace : on disait qu^on le^ jettelrait dans TAisne ;*^mais ils furent seulement enfermés au château. 'Les huguenots^ tout impitoyables qtfik fussettt'pour les papaux^ etaâént aumônreH envers Us pàtivres^^et^léur dom^ient sonvent leiirs rations de pa|irt*et dé vin^; après quoi

à la vérité) ils rançonnaient leurs hôtes avec plus de tyrannie et d^avarice.

L'entretien de la garnison coûtait quatorze k dix-sept cents livres par semaine : les provisions s'épuisaient ; il fallut demander des bics k Brainc et à F ère. La population catliolic|ue diminuait sans cesse : les caporaux, gardiens des portes , ne refusaient paS) moyennant salaire , de fermer les yeux surl^ départdes familles qui s'enfuyaient. Le bruit courait à Soissons que le roi viendrait en personne assiéger la ville et que Tartillerie était déjà embarquée à Gompiègne. M. de Vendy avait averti les garnisons de Vic-sur-Aisne , de Berzy , de Nesie, etc. 9 qu'elles se repliassent sur Soissons, k l'approche de l'armée royale, etiln^attendait qu'un messager pour ordonner la ruine des faubourgs. Ce messager annonça qu'on traitait de la paix et qa^elle serait probablement conclue h l'entrée de février. Cette paix prochaine rendit les huguenots plus acharnés a compléter leur ouvrage : ils recommencèrent leurs démolitions dVglises et s'eflForcèrent de les faire disparaître entièrement du sol. Ce fut pendant ces derniers travaux de sape et de reiiversemenl , qu'ils trouvèrent quelques musses qui leur avaient échappé jusqu'alors^ entre autres celle de VÈsêcbé^ohétsientle&mireli figues fanfares de M. de Rnuçy^ disaient-ik. lis ne laissèrent pas un toit dans Içs édifices consacrés au eulte catholique: ils achevèrent de. raser Notre-Dame-des-Yignés ; ils décapitèrent l'église des Cordeliers; ils retour-^ lièrent encore a St-Médard; ils abattirent encore

quelques parties de St-Jean-des* Vignes : « Puisque les papaux, disaient-ils , ne veulent consentir que nous ayons des temples pour prêcher la parole de Dieu , aussi n^en laissçrons-nous point d'entiers pour feire leurs synagogues! » Néanmmns , les soldats 9 enrichis par leurs déprédations , désiraient la paix et déclariiient tout haut qu^ls préfé* raient aller au prêche à quatre lieues de distance plutôt que de prolonger cette guerre dont tout le monde était las: quelques-uns désertaient et retoinrnaient secrètement chez euau

Sur la fin de février^ Soissons était presque dépeuplé^ et la garnison n^osait plus 9orth* à un trait d^arbalète des portes ^ parce que les gaiiiisoils catholiques de Noycin, de Gompiègne, de La Ferté- Milon^ étaient maîtresses du pays : on parlait toujours de la paix ; un des a«iteurs de la prise de Soissons, Bouckavannes^ avait été député au (Gâteau de yincennes> avec Tancieh cardinal Odet de Châtillon , pour offrir a la reine-mère les conditions* des réformés ; cependant le maréchal de Yielleville était autoirisé, disait-on, à rassembler les garnisons et comps^pies catbc^qites pour assiéger Soissons. M* de Vendy , dans cette expectative , résolu de se défendre jusqu'^à la dernière extrémité, faisait besogner en diligence aux fbâsés et aux remparts de la ville^ envoyaijt les habîtans t(ms les jours" à la corvée et contraignait, les village k fournir cerain nombre d^ouvriers. Les chefs huguenots, n^ayant plus de quoi payer et nourrir les soiêdardSj ordonnèrent aux gouverneurs et aux notables de

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