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la vilie , ë'^y Oêseoir une taille destinée k T entretien des troapes calvinistes ; mais le corps municipal répondit avec fermeté quil était défendu d* asseoir taille sur le peuple sous peine de la hart^ que d^ailleurs les plus riches habitans avaient abandonné leurs maisons, et que, quant à eux, officiers du peuple , si on prâendait les mettre dans le cas d'être pendus plus tard, ils aimaient autant qu^ on les pendit tout d^abord. Les chefs huguenots renoncèrent à leurs exigeances. An commencement du carême, on assiura que la paix était feite ; mais bientôt après, on annonça derechef que le siège venait^ que la grosse artillerie était chargée sur des bateaux, que Pavant-garde du maréchal de Yieilleville, forte de huit mille hommes, allait paraître , et qae MM. de Montmorency et de Damville amèneraient de puissantes armées. Chaque nuit, c^étaient de Fausses alarmes, et, répouvante croissant , le reste de la population abandonna la ville : il ne demoura quasi personne que les très pauvres avec les gens de guerre; les vivres manquaient dans Soissons, surtout pour les catholiques qui étaient tout effarouchés a Vidée de manger de la chair ; les pécheurs n'apportaient plus de poisson à la Poissonnerie, oii arrivaient à peine quelques caques de harengs. Les bouchers refusèrent de tuer et de vendre de la viande; mais, pomr les y contraindre , les badlli et officiers du comté les menacèrent de confisquer leurs métiers et les donner à autres : en même temps, on rechercha dans la banlieue tout ce qu^on put y trouver de bétail. Le pain était mauvais, et les légumes secs ou nouveaux devenaient de plus en plus rares.
La paix fut $ignce le 23 mars; maïs, le traite abligeant les huguenots à concourir pour moitié au paiement de la solde des reitres et des Suisses enrôlés par le roi , les capitaines de Soissons imaginèrent de puiser encore dans la bourse des catholiques : ils envoyèrent dans les campagnes détruire les églises qui n^étaientquepeuendommagées, ou faire racheter les cloches^ verrières^ et combles en deniers comptans. La certitude de la paix rendait les villages plus disposés à sauver les débris de leur culte; mais, dans Soissons a peu près désert, ces sortes de rachats n'étaient pas possibles : aussi, quand le doyen de la cathédrale, resté seul de tout le Chapitre pour veiller sur des ruines, écrivit, de la part des chefs huguenots, à Tévéque et aux chanoines réfugiés à Reims, pour les inviter à conserver les cloches, Phorloge, la tour et les titres de St- Gervais^ moyennant quelque nombre d'àcus, les chanoines et Févéque n^acceptérent aucune transaction avec les hérétiques; lorsqu'on s^adressa au cardinal de Bourbon, pour le prier d'employer Tautorité de son frère, le prince de Condé, à préserver au moins les murs de StrJean-des-Vignes, il répondit fièrement qu^il ne composerait jamais avec un huguenot, et que, si Tabbaye en pierres était détruite par les hérétiques, il la ferait réédifier en marbre. Ces refus et d'autres semblables irritèrent les capitaines de la religion, qui lâchèrent la bride à leurs soldats et les excitèrent même a ne pas laisser pierre sur pierre des églises et des couvens : on cassa les cloches etPhorloge deSt-Gervais, on jeta en bas le clocher qui surmontait la croisée de cette
église ; on|iil crouler bien des voùtbs a St-Jiean-tdtSf^ Vignes, oîi le sanctuaire servait à'écnxrie: hqïM. abbaye et la cathédrale furent plias détruite eU dé^\ Uriorés les quinze derniers jours^ qu'en' toue^le^ cihqmote paravant. Le 23 mars/un héraut d^armes: arriva de Paris pour la publication de la paix; mai». M. de Yehdy s^y opposa, en disant que V argent àquoiétaientcotisésleshugusnotsdessouss'aGhargé;,' tïe se trouvait pas encore prêt : le héraut eut beau protester contre cette rebelUon; il ne put rem^ plir sa mission qu'au bout de cinq jours , pbndantj lesquek les gentilshommes et la gamîson calv^î^i nistes troussèrent leurs bagages^ les unspjof hai^. les autres par chariot : ils avaient tamt de plemh et de fhétauof qu'ils rien sanaieM que fàire^ Les^ huguenots commençaient à s'^en. aller à ladéban*^. dure , malgré les représentations de M. de Yendf , et les fuyards de Soissons , chanoinies , prêtées efc peuple, se rapprochaient de la ville pour y rentt:^^^ aussitôt qu'elle serait évaettée. Ce fut le 29 mar:^ qu'on publia la paix, et M. de Vendy> apprenaoJk que la Chapelle des Ursins, Keute^a^t de M. de* Montmorency ^ gouverneur de Paris et deirile de France , venait reprendre possession de Soîssons y sortit avec quelques chevaux pour aUer a sa reur^ contre : ils revinrent ensemble vers quatre beui^esi de l'après-midi , et entrèrent par la .pQrt9e.St^Gbris^ tophe dans la ville qui se repeuplait a vue 4'd6Îi} les clés des portes furent rendues solennellement à la Chapelle des Ursins, et M. de. Vendy^ -après faii avoir fnià qtemderéuirenoe ^ partit enoéléi^iti
kÂÙ . HISTOIRE
par le.Ghemin de Brame. Darani roçcupaiion de Soissons^ M* de Vendy ne fit tuer fier Sim7ise:..se% aca^ftcurs étalent boHnee gens ût humasim en lewt. huguenvterie ; ilréponABiitmùdeetemefRt àuiplâni- Hes des ieatkoKques , mais iî asnètgsA veiontiere deê hiens eodésiizdiqueê»
Il n^y eat aiucxuie représaiUe h, Végmà ^àes cal-^ ^ii^sles de la ville , si ce n^est que \k vùmpw^ie de la Chapelle fut lof ée ches eux ^ :et Dieu eait qwelle chère î DurorA les seize jours que la Cliapelle passa 4ans Soissons pour iempédier les révoltes et les J^engeances, tandis que le pouvoir municipal se^ tiéoï^l^ftnisait. Il ne se retira que le 16 avril, sans d^ute pour céder la place \. Tancien lieutenant du toi , JoacMm de Roucy , qui revint avec F évéque , son frère. Deux capitaines du roi, Giaperon et Lafreta, amenèrent pourtant d'autres gens d'armes, dans les premiers joinrs de juin , sous prétexte de maintenir Tordre parmi les halMtans. Clartés IX , pour dédommager Soissons des maux et des décastras de la guerre , loi accorda , par lettras du 30 lâai, rennse entière de la contribution de 3,300 livres^ que cette ville devait pour sa part dans la taxe d'un emprunt général d^oiandé par le>Foi : ensuite les ^Moissonnais forent exemptés de taiUeset de subsides. Le clergé avait rétabli Vexex' oice de la religion 4»tlM»KqCie au milieu des ruines, ^l'évéque Charles de Roucy déployait particulier nment une grande activité pour effacer les trace desprofsinatiûns hérétique, mais le dommage était immense partout; , et >bicn des pecti^ ne ponvateai
Dfc soissoifs. * 441
se réparer* Lorsque les chanoines ne retrouvèrent e& plewant dans la cathédrale , an triste spectade affligea lems yeux : les parois nues et tailladées , les autek eulbatés et démolis , les marbres et les' tombes aûioncdés , le sol remué et couvert de débris de toute espèce , les voûtes entrouvertes , les portes enfoncées, les fenêtres fracassées: tout était Timagpe du désordre et de la désolation, fl eût fallu des somlaes prodigieuses pom* remettre les choses en leur ancien état: on se contenta de déblayer la nef, de maçonner les croisées de cette partie de Téglise , de remvmter en verre blanc celles qui ne pouvaient être bouchées, de reCaiire un pavé avec desfr ag mens d'iascripticms funéraires , de fermer les brèches avec des tapisseries. Ce ne fut qu^un siècle plus tacd qn^on régularisa les réparations , et, jusqu'à cette époque, l'église, oivtombait la pluie , où le vent soufflait par mille ouvertures , oîi les vieux chanoines trâ>nchaient sur le pavé inégal et angul^ix , fut presque abandonnée pour la chapelle du StSépulcre dans laquelle se faisait T office divin. Les religieux de St- Jean-des-Vignes , de retour dans leur abbaye, dressèrent devant témoins procès-verbal de Tétai des lieux, où il ne rettait qtm •des pierres et un peu de hois; ils se logèrent d'abord dans une maison bourgeoise , puis dans Jes trois salles de leur librairie y dont les voûtes épaisses et bien cimentées avaient résisté à la ^e ; ib fir^ii de la salle du Chapitre une chapelle provisoire et y célâ>rèrent les fêtes de Pâques. Le dégât avait été estimé à plus de cent mille livres,
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et le oardmal-abbë refusait de contribuer de ses deniers au rétablissement de Tabbaye : un arrêt du parlement autorisa la communauté à prélever cette somme sur le temporel du cardinal de Bourbon ; de plus^ Charles XI accorda en dcm aux Jèannistes tous les bois nécessaires a la confection des combles et des planchers : les travaux se poursuivirent sans interruption jusqu^au milieu du XVII* siècle, • quatre-vingts ans suffirent à peine pour restaurer cette belle abbaye, ornée et enrichie par plusieurs générations et saccagée en quelques heures. Les moines de St-Crépii^le-Grand ne trouvèrent pas de lieu dans leur couvent oiiils pussent habiter , ni d^endroit dans leur église où ils pussent dire la messe : ils se logèrent donc dans les mabons v6i* sines et rendirent la chapelle de la Vierge susceptible de servir aux devoirs du culte. La réédification des bàtimens abbatiaux ne fut pas activée pai* les soins de Tabbé Nicolas Dany, qui, sous ce prétexte néanmoins, préleva d^ onéreux impots sur les religieux, et aliéna successivement les meilleures terres de Fabbaye. Cinq ans après la ruine de St- Crépin-le-Grand, cette abbaye était encore dansia situation où lis huguenotsravaient laissée, etlesnaoinés n'osaient intenter un procès à leur abbé, dans la crainte de déplaire à Tabbesse de Notre*Dame, Catherine de Bourbon^ qui avait une partie des revenus de St-Crépin-le-Grand et qui favorisait particulièrement Nicolas Dany. Celui-ci, qui préférait au titre d^abbé celui de.secrétaire de M™*Catherine de Bourbon , plaça les armes de celte àb-
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bessc a côté de Tëcusson de son frère le cardinal, s.ir le grand portail de St-CrëpinJe-Grand : lesbâlimem d'jiabitation se relevèrent lentement , et le chœur deFëglise fut seulement recouvert , pendant qu'ion aciievait de raser la nef, écrasée par la clmte du gros clocher* Les aliénations de biens que se permit Tabbé firent plus de mal a Sl-Crépinle -Grand que ne lui en avait fait les hujucnots. La (ierîe de St-Crépin ne fut pas restituée k Tabbaye, qui n^avait ni enceinte , ni portes , ni soldats, pour la garder : ce corps saint demeura dans le trésor de la cathédrale. L^abbaye Notre-Dame rei^titua plus fidèlement les reliques qu^elle avait reçue en dépôt ; celles de St-Medard, qui étaient acquises a Tabbesse par une sorte de don^ revinrent à leurs premiers possesseurs , sans aucune difficulté; mais, comme les circonstances de leur conservation miraculeuse prêtaient matière à l'incrédulité, leur réintégration dans Tabbaye fut accompagnée d'un certain appareil de formalités, qui ne sembla pns moimentaché de fraude pieuse : le 17 janvier 1509, ceux qui avaient apporté à Fabbesse les os des Sts* Médard et Sébastien, comparurent avec douze témoins , habitans du bourg St-Waast , trtis sans reproche^ k la porte de Notre-Dame, et s'obligèrent par serment , devant un officier de la cour ecclésiastiq«ie,à déclarer la vérité ; ce serment faît^ ils furent iniroduits dans la salle capitulaire où les attendaient Fabbesse, Tévéque, les dignitaires de la cathédrale et les abbés de St-Léger et de St-Crépin-le Grand : là , ils examinèrent les osscmcns
^u^on leur représenta et jarèrent qu'ails les reconnaissaient pour les avoir ru^portés aux processions. Les prétendues reliquesdeSt-Grëgoire, réduites en poudre et contenues dans nn sac de damas blanc , qu\ui vi^eron avait trouvées, disait-^ou, furent ^lement vérifiées devant témoins, qui signèrent au procès-verbal, pour répondre aux libertins qui prétardaient que les huguenots avaient brûlé, sans exception, tous les corps saints de St^-Médard. Ces trms corps, si miraculeusement échappés au bûcher, ne furent toutefois réintégrés dans Tabbaye, que dix ans après (1578, selon les MSS de Dom Caffiaux), à la suite d^une procession générale de toutes les pa^ roisses de la ville ; car St-<Médard , horriblement dévasté, avait besoin d^étre an moins fermé, et le cardinal de Ferrare , qui en était abbé , »e se montra pas plus empressé que le cardinal de Bowbon d^ aider de ses revenus la restauration de son monastère*.
' La prise de Soissons, en 4567 , œt événement si grave dans ses conséquences puisqu'il fit manquer Tentreprisedep Hugueqots contre Paris, en retenant au pillage une partie des reiligionn aires de la Picanlte , est à peine mentionnée dans les histoires qu'on estime les plus fM>mplètes : ainsi , la Popelinière, qui a été copié mot à mot par de Thou , par Lefrèreet parles nombreux compilateurs de cette époque, R0 dit'pas an mot de ce curieux. épisode-de la seconde ga^re civile; on lit seuleînent dans la Chronique abrégée des rais de fronce de Jean du Tillet: ««Fut aussi prise la cité de Soissons par Geniis et Bonchavauneii. « La Bibliothèque historique de la Francs indique un ouvrage manuscrit qui existait dans nn cabinet préeieux pour Tfaistotre du Soissonnais , celui de réradit Jardel, de Braine : Histoire de la surprise , ds h ruine et incendie de la ville de Soissons , arrivée le four de St-C6me ei St-Dami^ , VI 'septembre de Van 1567 , par l'armée des religioànaire»^ etde tous les environs j in-f. » Ce ua-
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La décadence de St-Médard avait influé tellement aar la règle elJ''ordremténettr delà maison, qtt^en 1&71 une réfiovmc fat indiiqpenftable pour assurer Texisfcence ^e ia^ communattté : aux plaintes des relîgîeùx mtourànt de faim, le parlement enroya de Pacissur les lieux trois conmiissaires chargés de reccmatitner lerégime conventuel; ceseommiâsaires étaient le prieur de St-Germain-des-Prés , le sacfifijtaift de St-Magloire et le conseiller Claude du Breuil ; ils arrivèrent le 11 septembre , aVec une suite dé 24 chevaux, k Tàbbaye et y restèrent quatre joiara, pendant lesquels leur dépense ne s'é-
&o«cnt,ri^fK>rCé«Qas le n^ 1S003, do Foavrage do P. Leiong et de Fevret de Fontette ^ a été Tobjet de nos recherches qui CDntnliieût encore en ce moment, sans espoir de décOQiKfii^ la rel|iiÎ9n que ne remplace pas toot-à-fait oeïïe de FEspaulart. Le prieur de St-Crépin-le-Grand s^occupe beaur coup plosde controverses religieuses, fort intéressantes il est rrâi, q^tede détails partioaiiers àk ville; d'ailleor», pendant le séjour des calvinistes à Soisaons , il ne sortait que pour aller au prêche, et il était sans cesse obligé de tenir tête aux dispoteitr» iMi^aenots pour défendre la fapiêUrie, Néan* moins f le Journal de PEspaulart , que nous avons analysé presqne entièrement, est un morceau d'histoire tréssingu* lierettrèaioatruetif. Berlette, qui était aussi témoin ocu*laire, nous a fourni tontes les particularités relatives aus déstruotîons de monumens. Dormay, dans les ch. 43, 44^ 45 , 46 et 47 de aotii sixième livre, a recoeilli les fiiita , de la tradition et de manuscrits contemporains. Les dent bisUnres de St-«Feàn-des-yignes ne contiennent rien qui ne soit aiUeurs : oellade S^Grépin-le-Grand , qui renforme tant de choses neuves, ne fait que copier ici le MSS. de TEspanlart, en tef bornant à ce qui concerne Pabbaye. L'Histoire de Notre-Dayne est d'une pauvreté roexplicable sur un sujet bienfiropre pourtant à faire valoir là piété de Catherine de Bourbon. De ceê différentes sources et des notes m anusCrites de Cabaret^ de P^L. firayer et de M. Fiqoet, nous avons extrait notre narration pins concise et complète que toutes les pré* cédenk*i.
leva qu à 194 livres : ils décidèrent que le nombre des religieux serait réduit k dix-htiit , avec deux frères convers seulémeat^ et que, pour leur nourriture et entretien ^ Fabbé leur foomirait chaque année 902 )iy. tournois , 60 maids de vin et 1 de râpé, 60 cordes de bois , 17 muids et demi de bléfroment, 2 muids de méteil, 6 porcs , & moutons^ lOcqcbpns; 24 chqpons et 15 essins de poix. La grande église de St-Modard fut réparée, mats avec tant de négligence, qu^on ne remplaça pas \e plomb et lé fer, arrachés entre les joints des pierres; Téglise Ste-Sophie resta toujours en ruines. L'cvéque de Soissons n'^imitait pas Tinsouciance des abbés de St-Médard et de St-Jean-des-^Vignes: il encourageait de sa bourse et de ses mandemens la réouverture des églises ; grâce à lui, en peu d^années, a la place de St-Pierre a la-Chaux , on bâtit une chapelle du même titre ; on releva de fond en comble Féglise St-Martîn, en IVloignânl du rempart , avec Taide de Zacharie duFour , curé de cette paroisse; on termina Notre-Dame-des-Yignes quin^étaitpas achevée avant d^étre a moitié détruite par les huguenots. Enfin, Charles deRoucy,^ désirant pourvoir d^un bénéfice sa nièce qui était professe a Notre-Dame , fit rétablir Fabbaye St Etienne à ses frais ^ et la donna , toute remise à neuf^ à madame de Roucy-Sissonne quUl bénit lui-même , en 1579, et qui fut la mère d'une communauté digne de prospérer dans la province témoise. L'^abbayê St-Léger,qui avait été presque rasée , à Texception d'une partie de PégliFc oîi la croisée et la voûte
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du chœur existaient encore ^ so/til rapidement de ses décombres^ parles soins dePabbé Georgesde la Fontaine; mais la reconstruction du portail dé Tëglise n^ept tien qu^au XYIIP siècle. Les collèges avaient peu sou£Fert pendant le séjour des religionnaires à Soissons, et même celui de Str-Nicolas eut, vers ce temps là , |)Our principal^ Jean Desmarets^ doyen de St Pierre-au-Parvis, qui augmenta les bâtimens^ les revenus et la réputation de rétablissement public confié a sa piété et a sa science : on envoyait a ce collège des écoliers de Gompiègne , de Laon, et même de Reims , encore quil y ait univerHté : pendant le principalat de Jean Désmarets, on vit jusqu^à cinq cents élèves sou9 la conduite de eiwou sept régens. .Cet homme de savoir et bonne vie , fils d'un bon et honnête laboureur des environs d^ Amiens, mourut en 1576, et fut enterré dans la chapelle du collège , auquel il avait laissela moitié de ses biens immeubles pour y faire dire tous les jours une messe à sept heures du matin et tous les mois un obit, par deux prêtres boursiers de céans. Le collège de Bauton , malgré ses beaux commencemens , après avoir flori t« Uement que quatre a cinq cents écoliers y suivaient les classes vers le.mîlieu du XVle siècle, cessa tout essercice depuis le temps des hi^enots*.
' IttSS. dedom Grenier, paq. 28, n^ I. Dormay . t. n, p. 474, 496. MSS. deP.-L. Brayer. MSS. de M. Fiqaet. iialL Chriêt. t. ix. IISS de Berlette : cet hiëtorien , qui ^vait étudié au collège St-Nîcolas', lorsque Jean Desmarets en élait principal , lui donne les plu* grands éloges et s'étend avec complaisance sur lea fondations pieuses de celiienfaitnif du coUége.
4'48 VISTOIRK
lix D^aTait duré que six mois : le parti des
Guises était impatient de doBuner , et le prince de Condé, da fond de sa retraite at Poitou, semUait toujours hostile k la couronne , tou}fiurs: puissant par son nom seul ; on essaya de s'emparer de lus, et il protesta contre cetfe riolation du droit des gens en reparaissant k la tête d'une armée calviniste. Mais le théâtre de la guerre fut c^te fais dans T Alunis et. la Saintonge. Louis de Bourbon avait appelé a lai les gentilshommes huguenots de la Picardie, qui devaient se rassembler en firabant avec les forces du prince d^Qrange et venir où il les manderait: douze ou quinze cornettes et deux miHe arquebusiers se réunirent k Chauny sous les ordres de M. de Genlis. Ce capitaine préluda, par deseourses à traversla province et par maints d^^âts, à la campagne qu^il allait Êiire contre le duc d^AIbe; il s'avança jusqu'aux portes de Soissons , dans Tespoir d'y être introduitaussi£acilem«al qu'en 1567: mais le sdgneur de Ste-Preuve le reçut de manière à ne pas l'inviter k revenir. Genlis, irrité de voir son entreprise manquée, se retiraprécipitamment, et alla, par vengeance, saccager les terres deRoucy et de Sissonne , appartenant au gouverneur de Soissons et à son frère. Le 13 mars., la bataille de Jarnac coûta la vie au prince de Condé qui n'avait pas encore 40 ans, et dont le fils aine, Henri, fut reconnu chef de l'armée protestante , avec son cousin , Henri de Navarre, à qui devait échoir un jour le trône de France. Henri de Condé , âgé de moins de seize ans , porta le titre de comte de
Soissons , tant qu'il vécut ; mais le comté avait été transmis à son frère Charles de Bourbon , issu de la seconde femme du prince de Condé , Françoise d'Orléans-LonguevilIe. Charles de Bourbon y né le 3 novembre i566y restait sous la tutelle du cardinal de Bourbon , son parrain et son oncle paternel; ce fut cet enfant qui devint la tige d'une nouvelle branche de comtes de Soissons, plus connus que les précédens sous cette qualification dans l'histoire générale, mais encore moins liés par leurs actes et leurs intérêts à l'histoire du comté et de la ville ; car le père de Charles fut le dernier comte qui rendit hommage au roi en i558, pour la moitié par indivis du comté mouvante du roi à cause de sa couronne, antérieurement, l'évéque de Soissons avait intenté un procès pour revendiquer cette mouvance qui était autrefois attachée à Tévéché, mais qui fut ralliée à la couronne, d'abord en partie , puis en totalité , lorsque l'érection du comté en pairie eut fait surgir de nouveaux droits plus forts que les anciens '.
^ Dormay, t. ii. p. IfiQ : la tentative inutile de Genlis contre Soissons n'est pas rapportée dans les historiens du temps, tels que Jean Lelrëre, la Popelinière, de Thon, etc., opi mentionnent seulement la convocation des troupes de Genlis à Ghanny. La vraie et entière histoire des Troubles, etc., par J. Lefrère, f* 278. Hist. gén. de la mais. deFr. 1. 11. p. 284. Keq. surlamouv. ducofn. de Sois. p. 127. Dormay dit qoe le comté appartenait à Henri I de Gondé et que son frère du second Ût, Gharles de Bourbon, porta le titre de comte de Soissons parce que la princesse douairière sa mère jouissait du re%fenu du comté et peut-être espérait d^en acquérir la propriété à cause et une grande somme qui lui était due par les enfans du premier mariage. Rousseau ré-
La défaite de Jarnaca^ait abattu unedes deux téies du parti protestant; Famiral de Coligny, qui était l'autre, fut contraint de céder à l'efToft des armes catholiques dans la journée de Montcontour. La troisième guerre ci\ile se termina au mois d'aoul 1 570, par un troisième traité de paix , d'autant moins durable qu'il était plus favorable aux huguenots ; cette paix fut publiée à Soissons, où naguère le Te Deum avait été chanté, où des feux de joie avaient été allumés à Foccasion de la victoire de Farmée royale à Jarnac, non sans dépit de la part des bourgeois, qui, tout catholiques qu'ils fussent, au-
pète la même chose; mais nous ne voyons aucune probabilité dans cette séparation du titre et du comté, d'autant plus que Henri de Gondé parait ne s'être intitulé comte deSoissons, que dans des énumérations de titres purement honorifiques, et qu'au contraire son frère Charles de Bourbon fut toujours appelé ainsi et légua ce nom à son fils Louis. Dormay, 1. 11. p. 6099 prétend que ce Louis de Eour^ bon, comte de Soissons, ne posséda le comté qu*à dater de i656, après de longues poursuites en parlement contre sou cousin Henri II de Gondé qui transigea enfin avec lui. Melch-Regnault, qui vivait de ce temps-là, est plus explicite dans sa version hypothétique: selon lui, à la mortde Jean de Bourbon, comte d'Enghien et de Soissons, comme le douaire de sa veuve Marie d^ Bourbon était assigné sur le comlé , elle continua d'en, toucher les revenus. Antoine de Bourbon, roi de Navajpre, frère 4tné du défiant^ pouvait être héritier de celui-ci décédé sans enta^i mais il renonça a une succession grevée de dettes et consentit à ce que sonplus îeune frère Louis de Bourbon-Condé l'acceptât sofus bénéfice d'inventaire. Le [M'ince de Gondé fut donc comJte de Soissons^ mais il n'^u^ pas la jouissance des revenus du comté, jusqu'à ce que la veuvç du eomtq Jc^, renoariée à Léonor d'Orléans, duc de LoQgueville, lies eût cédés au prin^ce dje Goodé en faveur de son second ofiaciage avec Françoise d'Orléaus, sœur du duc de Longueville. En conséquence, le comté de Soissons, qui était en quelque sorte
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raient plutôt bit dire des messes pour Tàine de leur brave oomte. Cette p«ftx boiteuse n'était qu'un piège tendu aux religioimatres par les conseillers italiem de Cath^ine de Médicts : k nuit du 214 août 1572^ qui précéda la fête de saint Barthélémy, vit l'eiécutioD du complot le plus exécrable qui fut jamais (parole de l'évéque Péréfixe): l'amiral de Coligny et les principaux chefs protestans furent égorgés à Paris où ils étaient venus se livrer à la merci de leurs bourreaux ; le massacre eut Ueu simultanément par toute la France , en vertu d'ordres secrets envoyés au nom du roi. Mais à Soisle douaire de Françoise, lui demeura saus contestation quand elle fut veuve, ekeniS77 eMelefit saisir et mettre en criées pour la sonune de 20,000 écas que lui devait la succession de son mari; mais la saisie n'eut pas de suite. Henri I de Coudé §aA comte de Soissons et ne jouît jamais du revenu , parce qu'il mourut avant la comtesse douairière Françoise , doiM le fils Charles de Bourbon se quaKfia toujours comte de Soissons. Henri eut deux fils de sa seconde femme Charlotte-Catherine de la Trémouille, qui, dans son veuvage, comme tutrice de ses enfans en bas-âge, après le décès de Françoise d'Orléaus- Longaeville , fit bail des revenus du comté et en disposa jusqu'à la majorité de son aine Henri II de Condé, lequel fut aussi comte de Soissons.... Ces faits sont trop étranges pour qu'on puisse les adopter, lorsque mille raisons s'élèvent pour les combattre etles détroîre : ainsi, dans le cas où le don du comté, par Marie, veuve du comte Jean, serait véritable, le comté, d'après la Coutume de Yermandois, aurait appartemi Baturellement au fils de Françoise <FOrléans-Longaeville, puisqu'il avait été acquis par le fait du mariage de cette dame avantagée du côté de sa belle-sceur. Il est donc plus simple et plus logique de supposer que, d'aprèft des anangemeas de partage £ûtsdu vivantde Louis de Bouri>on, son filsatné, Henri, fut prince de Condé ;]son second fils, prince de Conti, et son dernier fils, comte de Soissons ; chacun avec la terre dont il avait le titre.
sons, où Ton avait pourtant le souvenir récent des calamités de cette longue guerre de religion y les huguenots n'eurent à regretter que trois des leurs^ entre autres un nommeGobert, receveur du comté, qui avait le chagrin de partager sa recette avec un catholique, son successeur pendant les troubles. Les autres calvinistes soissonnais eurent la liberté de sortir de la ville durant plusieurs jours et de se mettre à Fabri du danger. Quelques-uns des fugitifs, au bout de trois mois environ, demandèrent à être reçus dans la ville et en même temps dans l'église romaine, qu'ils se repentaient d'avoir quittée, disaient -ils. L'évéque Charles de Roucy,àqui l'on en référa , consentit à les recevoir, pourvu qu'ils abjurassent solennellement devant l'autel, après avoir été interrogés, et entendissent la messe à genoux, un cierge à la main. Cet évêque, moins ambitieux d'acquérir des honneurs de cour que de mériter les grâces du ciel, se réjouissait pourtant d'être, suivant l'usage, appelé à remplacer l'archevêque de Reims au sacre de Heuri III , revenu de son royaume de Pologne pour succéder à son frère que le remoi:;ds delaSaiut-Barthélemy avait tué. L'archevêque n'avait pas encore l'âge d'homme et de prêtre ; il devait donc avoir pour suppléant son premier sufTragant; mais le cardinal de Guise, évêque de Metz, enleva d'autorité à Charles de Roucy un droit consacré par nombre d'antécédens , et se réserva de donner l'onction royale, le i5 février j5'j5. Seulement, Henri III fut reçu au portail de la cathédrale de Reims par
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r^véque de Soissons , à qui appartient ce droit, et Charles de Roucy 9 qui avait proteste contre Fusurpation du cardinal de Guise, représenta dans la cérémonie du sacre l'évéque de Noyon , comme pair ecclésiastique de France '.
Les habitans de Soissons avaient Thabitude d'adresser une requête au roi après son sacre , laquelle ne leur était jamais refusée : en considération de leur appauvrissement depuis le siège de i4i4 ou bien en faveur de la réunion d'une partie du comté à la couronne, ils jouissaient, moyennant un abonnement fixe, d'une exemption de
* Mss. de M. Piquet. Dormay, t. ii^ p. 495. M. Fiquet, qui avait eu sous les yeux bien des pièces que dous ne possédons plus, pense que les huguenots, furent épargnés à Soissons, et que la Saint-Barthéleniy n'y causa pas la moindre effusion de sang. Goname les Mémoires de Charles IX , rhistoire de la Popelinière ^ le grand recueil des Martyrs protestans, publié par S. Goulart, continuateur de J. Grespin, VHistoire des Eglises réformées, par Th. de Bèze, etc., gardent le silence sur ce qui s'est passé à Soissons le jour de la Saint-Barthélémy, on a lieu de croire que Dormay, qui écrivait sur des mémoires laissés par les huguenots de la ville, est conforme à la vérité. On ne peut donc admettre ce que le calviniste Froumenteau avance dans son très-curieux ouvrage de statistique partiale, intitulé : le Secret des finances de France ; car il compte 2,723 personnes massacrées dans le diocèse durant les guerres de religion, savoir : chanoines, curés et prêtres occis et noyés, 25 ; moines occis, 22 ; gentilshommes catho^ liques occis, 1 12; gentilshommes de la religion occis, i55 ; soldats catholiques occis, 6y5oo ; soldats de la religion^ 5,700; exécutés par justice, à F occasion des troubles, 209;, hommes et femmes massacrés, on na pu encore recouvrer V état; espagnols, anglais, etc.^ on n'a pu recouvrer V état;' villages, bourgades et maisonc brûlés, 23o; maisons dé^ truites, 700 ; femmes et filles violées, le nombre est rfe trente, Cérém, franc* l. i, p. 52 1.
tailles, presque continuelle, puisque les rois la leur renouvellaient successivenient par termes de dix, cinq et six ans, tellement que oette tolérance devint un véritable privilège fondé sur l'usage et le temps. Ce fut Henri II qui le premier, en i557, allégea le fardeau fiscal sous lequel gémissait Soissons, déjà obéré par les dépenses de ses fortifications; ce fut lui qui l'afFranchit des tailles, aides et subsides pour dix années, en échange d'une somme annuelle de 10,000 livres; les malheurs de la ville en 1567 motivèrent la remise de toute espèce d'impôts pendant six ans. Le 7 octobre 1571, Charles IX déchargea Soissons de 1,785 livres de tailles et autres impositions pour six ans, à la réserve toutefois du tàillon et solde du prévôt des maréchaux, des taxes sur la draperie et mercerie, et du subside de 5 sols par muid de vin entrant dans la ville; Henri III, en 167 5, confirma cet affranchissement pour cinq ans : cette exemption fut encore prorogée par des lettres-patentes du 19 mars i584, où le roi défendait expressément d'imposer les habitans de Soissons au rôle des tailles et ordon nait de rejeter leur part d'impôt sur 1^ villages de l'Élection. Henri III, à l'occasion de son sacre, avait accordé aux Soissonnais le rétablissement de leur grande Halle, que rendait indispensable celui des foires semestrielles et des marchés hebdomadaires , octroyés à la Commune par Charles IX. [ Henri III ne se borna pas à permettre cette impor-
tante constniclion ; il y contribua par le don de 80
I pieds d'arbres à cpuper dans les forets de la cou-
ronne, 666 livres à prendre sur l'augmeiitatton du sel el un 1 3' denier à prélever sur le vin et la bière vendus dans la ville. Ces ressources n'étant pas suffisantes pour achever promptement ce coûteux ouvrage 9 le roi approuva encore la levée de 4^000 livres sur la ville et ses dépendances. Grâce à cette contribution j la Halle fut achevée en moins de deux ans et demi; mais^ comme on n'eut pas soin de l'entretenir en bon état, elle menaçait ruine dans le cours du dix*septième siècle : un ouragan la renversa en 1669 et elle ne fut pas relevée. Les exemptions de tailles, que Soissons avait obtenues et qui lui étaient assurées pour l'avenir, ne lui donnaient pas le même intérêt que les au* très villes de France aux premiers États de-BIois teilus à la fin de 1 676 et au commencement d0 1577 ; ^^^^ ^^ États où leé députés des bailliages avaient moins à cœur le fait de la religion que la diminution des charges du peuple ^ le rêve des gens de bien , asses ignorans d'ailleurs en matièi*e politique et financière, était de remettre les tailles au taux où elles furent sous le règne de Louis XH ; on compulsa les anciens comptes de cette époque et on les présenta comme des modèles à suivre, sans songer à la différence des temps , à la hausse du pri)( des denrées et aux transformations du système raèdétaire : la simple opposition des chinVes avait de quoi éblouit les esprits faibles et crédules qui ne demandaient pas mieux que d'accuser le présent et de regretter le passé. Ainsi, le diocèse de Soissons avait payé au fisc 479û5o,ooo
livres tournois, seulement dans l'espace de trente et un ans , sous Henri II ^ François II ^ Charles IX , et Henri III, au lieu de S^ii 9,000, levés durant les seize années du règne de Louis XII.
Sous Louis XII, le revenu du clergé de ce diocèse valait 1 00,000 liv. tournois; sous Henri IU,il en valait 160,000; sous Louis XII, les officiers de police du roi gagnaient quinze ou vingt sols de gages par jour et se contentaient d'un douzain pour épices^ sous Henri III , ils prenaient deux ou trois écus par jour avec un écu d'épices et davantage. Le nombre de ces officiers était d'ailleurs considérablement accru: il y avait dix fois autant de sergens , de notaires, et treize fois autant d'avocats que sous Louis XII; quant aux percepteurs, c'est une fourmilière qui croit tous les jours en ce ressort. En outre, sous Louis XII, n'étaient noui^elles que lagendarmerie tint les champs ni vécût sur le bonhomme ; on ne se plaignait pas des superimpo^ sitionsj surcharges du sel, y monnaies et autres^ choses y non plus que d'une foule de subsides d'in-^ vention nouvelle sur tout ce qui pouvait s'imposer. Cependant le nombre des paroisses ou clochers s'était accru , ainsi que celui des maisons ou familles, dans ce diocèse , où la gendarmerie avait absorbé la somme énorme de 1 0,000,000 de livres, et l'infanterie, celle de i5»ooo,ooo , en dehors de 600,000 pour leurs étapes et de 3,ooo,ooo pour le passage des armées. C'était le peuple qui supportait la plus grande partie de ces tyranniques exactions; ear le clergé soissonnais, possesseur de biens consi-^
durables , avait les moyens de payer la subvention de quatre décimes par an : les plus riches ecclésiastiques étaient J'ia/7t0£ire2<a:£2i?feur^ voluptés quUlsne fesaient difficulté de dépendre (dépenser) , chacun m^ deux ou trois mille écus, voire pour entretenir les dames; quelques-uns d'entre eux ne parlaient que de bétonner etfrapper, sitôt quon leur parlait de leur devoir. « Le pauvre tiers-état de ce diocèse est oppressé extrêmement y écrivait en i58o un économiste protestant ; mais ce qui le met au désespoir du tout y c'est que ceux de l'ancienne noblesse qui soûlaient s'opposer à tant de concessions y aujourd'hui font les sourds , et, comme s'ils n'y voyaient goutte, les laissent plonger en ces misères ^ de manière qu'ils sont maintenant rongés par certains nouveaux hobereaux et gentillàtres , qui les mangent et sucent presque jusqu'aux os, tacitement les cotisent et imposent, et nul n'est si hardi d'en sonner mot, à peine d'avoir des hôtes (ceci s'entend des logis de gens de guerre), tant plus qu'ils n'en pourront porter. Qui voudrait semblablement particulariser les justes doléances que Soissons fait à cause des concussions et pilleries qu'il supporte, à cause des ministres de justice , ce ne serait jamais fait. Bref, depuis que Soissons est Soissons, il n'a senti jamais tant de calamités comme il fait , et ne lui reste pour le présent aucune apparence digne de faire connaître à la postérité que, durant le temps de cet état, on a levé sur lui plus de deniers que leurs prédécesseurs n'ont fait auparavant , depuis Gharlemagne. j» Ces hobereaux, qui avaient rem-
placé la irieille noblesse féodale , étaient en général dune telle race qu*à la bien examiner elle rendait raison de demi an ou trois mois après le commencernent des Troubles; ils formaient ensemble une ligue qui pouvait ^ au signal du moindre d'entre eux, réunir quatre ou cinq cents hommes en armes : « on les loue et amadoue , chacun les honore , encore qu'on sache très-bien qu'ils aient été , il n'y
a pas encore viugt*cinqou trente ans, lés uns notaires^ sergensy marchands de soie^ de drap, cordonniers, tisserands et autres artisans. »
Cependant toutes ces doléances du pays sois* sonnais ne furent pas aussi énergiquement répétées devant les États j^ir les députés du bailliage de Yermandois: Tévéque de Laon et le doyen de St- Quentin, pour le clergé; Isambert de Planquet, seigneur d'Hesdingneuls pour la noblesse, et maître Jean Bodin, pour le tiers-état. Le savant Bodin, auteur incohérent de la République et de la Démo^ nomanie , audacieux rival d'Etienne de la Boétie dans la science politique, et compilateur tsnperstîtieux de contes de sorciers, s'occupa de faire briller son éloquence plutôt que de procurer quelque soulagement, quelque amélioration , quelque avantage à la province de Reims. Il dépensa beaucoup de paroles pour cu^oir séance après les députés de Paris, et ensuite pour réclamer un concile général ou national qui réglât le fait de la religion : un homme envoyé de Soissons, avec procuration des notables de cette ville non assistés du prévôt royal , vint désaç^ouer le député de Verman-
DE soissoirs. 459
dois comme ofrofU demandé deux religions. Ces désayeux furent juges défectueux dans le Conseil du roi, et celui qui les avait apportés s'en retournai sans avoir pu faire constater au procèsverbal des États sa démarche au nom de la ville de Soissons. Mais Soissons, soit en temps de paix, soit en temps de guerre , ne prenait guère de part aux évènemens généraux, et son nom ne fut prononcé aux États qu'en cette circonstance. Il ne fallut pas moins que l'horreur profonde des Soissonnais contre les huguenots pour faire diversion aux regrets unanimes qui suivirent la mort du seigneur de Saint-Preuve. Ce gentilhomme, en remplissant avec équité et prudence les fonctions de gouverneur pour le roi dans la ville, s'était fait des amis et des partisans : sa perte fut un deuil public; on enterra son cœur à Saint-Gervais, auprès de la chaire épiscopale où siégeait son frère. L'affection ingénieuse de ceux qui l'avaient connu se manifesta par une foule d'éloges funèbres en grec, en latin et en français. Après lui, le roi nomma capitaine-gouverneur de la ville le sieur du Glas (ou Douglas), qui était sous les ordres de M. de Villequier, successeur de François de Montmorency au gouvernement de File de France, lequel comprenait dès -lors le Soissonnais. Ce gouverneur, résidant à Soissons, avait pour lieutenant le sieur de Rocourt, qui se faisait appeler lieutenant du roi. Les échevins adressèrent à ce sujet des représentations à M. de Villequier, en disant qu'ils n'avaient jamais eu dans
leur cité qu'un seul lieutenant du roi , lequel suffisait pour la défense de la ville ; ils priaient donc humblement le gouverneur de l'Ile de France de laisser les choses dans Tordre. Le sieur de Rocourt fut obligé de se retirer^et le corps municipal s'engagea de le remplacer, en secondant de tout son pouvoir le sieur du Glas , qui fut capitainegouverneur jusqu^au traité de Nemours en i585*. L'année 1579 et la suivante furent marquées par des présages sinistres que la Ligue ne tarda point à réaliser. Il y eut un tremblement de terre qui se fit sentir à Soissons, le mercredi de la semaine de pàque; le mercredi de la pentecôte, la foudre tomba sur la cathédrale , au milieu d'un orage désastreux pour le Soissonnais ; cet orage amena une épidémie qu'on nomma peste, comme toutes les maladies épidémiques, si fréquentes à cette époque. L'hiver fit cesser ou diminua la mortalité, mais le fléau reparut dans l'été de i58o avec plus de violence. On put encore cette fois attribuer cette/ peste meurtrière à un de ces divertissemens profanes qui excitaient surtout la colère des rigide^ protestans. Durant les fêtes de la pente-
* Dormay, 1. 11. p. 494» 49^5 Sag. Recueil des Etats-Gë" néraux, t. xiii et xiv. Le Secret des finances de France^ par Froamenteau. Le Cabinet du roi de France^ dans lequel il y a trois perles précieuses d^ inestimable valeur, par le même. Ces deux singuliers traités, dont les tsalculs ne sont pas toujours problématiques, nous ont fourni des détails peut-être exagérés, mais qu'il ne faut pas dédaigner en Tabsence d'autres plus positife. Mss. de Rousseau et de Cabaret.
DE SOISSONS. 46 f
côte de 1579, on représenta une espèce de drame biblique par personnages, et cette représentation dura plusieurs jours : le sujet de ce mystère était l'histoire d'Elizée , d' Achab et de Jésabel , mise en scènes et en vers par Sébastien Petit , fils de l'ancien procureur du roi de Soissons; l'ouvrage entraîna des applaudissemens unanimes qui ne décidèrent pourtant pas Fauteur à publier sa pièce ^ jouée probablement par la confrérie des Douze- Apôtres, encore existante avec ses statuts et ses étranges costumes de cérémonie. L'évéque, qui trouva dans la peste de 1 58o l'occasion d'exercer sa charité et qui se dévoua au soulagement des malades, n'était sans doute pas étranger à ce jeu scénique qui lui semblait très-propre k émouvoir les hérétiques et à les convertir. Trois ans après, il dirigea une cérémonie d'une autre espèce que les reformés traitèrent aussi de momerie. Henri III , en instituant la confrérie de pénitens blancs dans laquelle furent incorporés ses mignons qui croyaient expier leurs orgies et leurs impuretés par une pénitence publique, donna naissance aux processions blanches qu'on rencontrait par toute la France, à travers les campagnes, sur les routes des pèlerinages renommés : les villes et les villages de la Champagne et de la Picardie envoyaient sans cesse une foule immense d'hommes et de femmes vêtus de blanc, portant d'une main un chapelet ou un crucifix, et, de l'autre, un cierge allumé, et chantant un hymne à la Viei^e; ces multitudes , exaltées par les prédicateurs , allaient d'un
lieu à l'autre avec le sainNsacrement y les encensoirs et les reliques des paroisses , sans s'inquiéter de leurs moyens de subsistance ; mais personne n'en Bianquait aux stations désignées , grâce à la sympathie des habitans pour tes pënitens blancs. En 1 583 y les paroisses des environs dDuIcby et de la Ferté-Miioo, réubies an nombre de vingtdeuxy se rendirent solennellement à la cathédrale de Soissons; d'autres processions^ cmnposées chacune de quatre à cinq mille hommes, vinrent successivement d'Arcy, de Lafêre et de Châtillon, pour adorer dans cette église les reliques de SC- Crépinet St*«Crépinien qu'ony conservait en dépôt. Les bons catholiques pépandirent de grandes aumènes, et les gouverneurs de la viUe eurent soin que les vivres ne manquassent pas dans Soissons malgré ce sureroit de population flottante. On raconte qu'au moment où la procession deChàtilîon entrait par la porte St-Martin, un gentilhomme huguenot, arrêté par la fbole grossissante au passage du saint-saerement, poussa soncheval en avant pour fendre cette cohue de gens agenouillés; mais l'animal, au Keu d'obéir, plia les jarrets et fit mine de s'agenouiller aussi^ jusqu'à ce que le saintsacrement fut passé. Soissons à son tour envoya ses processions à là chapelle de Notre-Dame-de- Liesse, près de Laon, Êimeuse par les miracles qu'on lui atlaribuait depuis les croisades : la première procession, composée de i,5oo personnes, se fiil le ^9 août; elle fut suivie d'une autre plus oonsidiérable , dans laquelle parut l'évéque revêtu
de ses habits pontificaux, accompagné de son cl6i|[é eu chapes et de tous les habitans de SoissoDSyhabillés de blanc. Autour du saint-sacrement étaient les douze prêtres de la confrérie des Apôtres y ayant leur costume juif, leur £aiU8se barbe et leurs attributs é^angéliques : ils furent reçus avec des honneurs particuliers, à Laon où d'abord se reposa la procession, et dînèrent dans la salle de rÉvéché sous les yeux de Tëvéque de Laon, lequel était venu avec toute son Église à la rencontre de l'Église de Soissons. Les bourgeois soissonnais, leurs femmes et leurs enfans, furent bien accueillis par les Laonnois et s'en allèrent api«s une messe solennelle, chantée, parleur évéque, devant Timage miraculeuse de Notre-Dame-de-Liesse '.
Ces processions se sentaient sans doute de Fesprit ligueur qui commençait à se répandre dans le Soissonnais. Depuis que les gentilshommes de Picardie avaient signé le traité secret de la Ligue dans l'assemblée de Péronne en 1676, la maison de Lorraine s'était fait dans le peuple un parti qui devenait tous les jours plus redoutable , et auquel la défense de la religion catholique-romaine servait de prétexte. Soissons, qui demandait au ciel
^ Dormay, t. h, p. 49S et 499? 49^ et 497, 5^5. Les Bibliothèques df Lacroix du Maine et de Duvercli^r ne meptionnent aucun ouvrage de ce Sébastien Petit, et la Bibliothèque du Théâtre français, par la Yalliëre, ne cite anouDe pièce qui puisse se rapporter à celle qui fut repré* sentée à Soissons. Mss. de Fiquet. Hist, de Vimagc mira' culeuse de N '-D. -de-Liesse^ par Yillette, p. 186. Hist. du f^aUnSy t. Il 9 p. 65^
4g4 HISTOIRE
par des prières et des pèlerinages l'anéantissement de l'hérésie , n'avait point été mêlé à la guerre des Amoureux que firent naître, en i58oy des intrigues de galanterie, et le bruit du siège de Lafère, qu'on bombardait àboiîlets rouges, ne troubla guère son calme apparent. Mais, en ce moment même, la Ligue fermentait dans cette ville toute mutilée encore de l'oppression huguenote : Mathieu de Launoy, cet ardent et fougueux ligueur qui avait été ministre réformé et qui auparavant s'était vu pendre en effigie à Sedan pour avoir engrossé une sienne cousine^ohiint un canonicat à Soissons, pour récompense de son abjuration, et le premier essai qu'il fit de son éloquence brutale , hardie et fanatique, en cette ville où ses amis les Lorrains l'avaient établi chanoine, entraîna dans la Ligue les auditeurs de ses sermons et, par degré , toute la popu-* lation soissonnaise : aussi, Soissons fut une des places de sûreté que les Ligués demandèrent au roi dans les articles secrets de la paix de i585 y et les princes de Lorraine, ayant pris possession de cette ville qui leur était tout acquise , y mirent un gouverneur à leur dévotion , le sieur de Heuqueville. Mathieu de Launoy n'avait plus be soin de poursuivre ses prédications à Soissons, qui devenait dès lors un des boulevards de la Ligue , et qui s'environnait de nouvelles fortifications, surtout du côté de St-Waast. Le chanoine de St- Gervais avait obtenu la cure de St-Méry, à Paris, où il organisa la Ligue, de concert avec les cures de St-Séverin et de St-Benoit, qui appelèrent à eux
DE SOISSOHS. 468
ks plus pieux y fermes et affectionnés cathotiques. Cependant le Soissonnais ne tirait aucun avantage des promesses du duc de Guise: il fut frappa d'abord d'une grosse contribution pour les frais de la guerre contre les religionnaires, et, pendant deux années consécutives , dont la seconde, 1 587, fiit signalée par des froids extraordinaires jusqu'au mois de jùiUet , la récolte manqua totalement, ce qui porta un coup funeste au commerce de Ué, lequel avak déjàquelque extension. Au mois de mars de cette année rigoureuse, la ville avait failli être surprise par une troupe de huguenots champenois, que commandait le sieur de Liermont : dans* la nuit du 27, un des échevins, Guillaume d'Ebeine, faisait la ronde autour des remparts, précédé de sa servante tenant une lanterne; il entendit du bruit et aperçut des gens qui travaillaient dans le fossé : il donna l'alarme, le beffroi sonna, les bourgeois s'armèrent, coururent aux murailles et ne trouvèrent plus l'ennemi qui avait disparu , en laissant toutefois, pour preuves de sa tentative déjouée, ses cordes , ses ferremens et ses échelles. Henri lU s'aperçut bientôt qu'il s'était donné des maîtres au lieu de soutiens, et voulut dominer les ligueurs, tandis qu'il écraserait les huguenots; mais la défaite de Centras renversa ses espérances , et il se trouva pressé et harcelé par deux ennemis que sa mère avait compté ruiner l'un par l'autre. Les Seize de Paris, ces pieux démagogues coalisés contre la royauté, craignirent, toutefois, en 1 588 , d'être réprimés et punis par certaines
m«8)9res énergiquels à^'oH brassait dans le conseil du Louwe) ear là mortde Henri I^ prinee de Gondé, eqipoisaniié avBo du sublimé , délivra soudain le rm Uenii III ^e tmlie inquiétude du côté des potestana^Le duc de Guise était à Jaûietz: les ligueurs de f^aris loi écrivaient continueUement de venir, aftn qu'on lui* UvrAt la capitale avec la personne du roi. Ënfin^ le diic se décidé à suivre sa fortune: vei^s le comafteneemenl d'avril , il se repd a Senssons où il convoque ^es priiaicipàux chefs de la Ligue pour les inviter à seconder ses desseinSé Les deux cardinaux de BourJoon vinrent le rejoindre par le commandement du roifkVeîSet de lé surveiller. Maiâ le duc, cédant aux instances des Seize qui lui offraient les clefs de Paris ^ j avait fait entrer fdu* sieurs capitaines dévoués avec des instructions po^iti^es^ et mettait en campagne toutes les forces dontil pouvait disposer; ils'avànça lui*ménie jusqu'à Gonesse^ prêt à tirer l'épée au sigtial des Seize et des ligueurs. La nouvelle de l'arrivée des Suisses à Lagny changea la résolution du prince lorrain ^ qui eut seulement une entrevue avec la Chapelle- Matteau ^ le principal meneur de la Ligue à Paris , et qui retourna vers Soissons aussi vite qi£il était venu. Henri III, non rassuré par le renfort de qaati^è jbille Suisses qu'il avait ajoutée à la garnison de Pà^îs, dépêcha Pomponne de Bellièvre au duc de Guise, qui se tenait à Soissons sur la défensive dbns l'attente des évèhemens' qu'on préparait poiiî* lui. BellîèVre, employant des bàss^s^es^'dé^ prières itidignes d'un roi, essaie de le retenir à Soîs-
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soD$; le d\ic répond que son honneur }ui est plus cher que sa propre vie^ et qu'il fera oe qqe \m doit ipspirer son zèle pour la religion et poip son pays» Pendant ce temps» sa soeur, M™® de Montpen^er, avait iAiaginé une embuscade pour enlever le roi et le conduire à Soissona^ au pouvoir des ligueurs^ Henri III , tous les jours plus inquiet, charge Mi d^ la Guîcbe d'aller à Sois3on$ appuyer la démarche de Belliévre et d'empêcher à tout prîj^la venue du duc de Guise àParis.LaGui«che n'obtient du duc que des réponses ambiguës.
fieW(èyre était déjà reparti, en se flattant que sa persuasion cwmt gagné cet ambitieux; mai$, le soir du 8 mai, le duc monte à cheval avec huit geiatilsfaommes de sa maison , et laissant derrière lui , àSoissons, le cpirdinal de Guise, son frère, et le prince de Joinville, il court la poste toute la nuit:, entre à Paris le lendemain malin et ya descendra aux Filles-Repenties, où logeait la reine«mère, qui le reçut toute tremblante et effrayé^. La joie d0 la ville à sa bienvenue se résume dans cette eiLclamation dont une demoiselle le salua, dans la rue où il p^ssaU au milieu des cris 4'allégresse et des applaudissem^ns, pour aller au Louvre se justifier^ disait41 , devant le roi : « Prince, puisque tu es ici , nous sommes tous sauvés! a Trois jours après., la journée des Barricades met en fuUe le roi et la cour , affermit les bases de la Ligue et donne presque la couronne de France au duc de Guise '.
Histoire de France^^r M athîeu, Mézeray, Daniel, è*o. Hisi, univ. de de Thou, liv. 8i et 90. Chronologie noven*
Le vénérable évêqiie Charles de Roucy n'avait pas été témoin de ces gvdindes menées de la Ligue : après avoir assisté an concile provincial tenu à Reims 9 en iî»85, et s'être occupé de' règlemens utiles à son diocèse ^ il tomba malade et mourut le 6 octobre y en léguant sa chapelle épiscopale> les vases de vermeil et les ornemens qui la composaient, au Chapitre, et en demandant à être enseveli sans aucune pompe dans la cathédrale, auprès de la chaire où il avait siégé vingt«-huit ans. Dans ces dernières années, il avait eu la joie de favoriser la fondation d'un nouveau couvent à Sftissons : les Minimes y vinrent en i582, et deman* dèrent à s'y établir ; on leur donna l'ancien collège de Sainte-Catherine, qui , faute de revenus et d'écoliers, n'avait alors aucune destination. L'abbé (cardinal deGondy) et les religieux de Saint-Jean des Vignes^ sous la direction desquels ce collège était placé, ne s'opposèrent pas à cette métamorphose, et la ville consentit volontiers à l'installation des Minimes. Le jour même où le corps municipal délibérait là-dessus , Pierre Moreau , jeune avocat au Parlement, témoin d'exorcismes qui se faisaient à Soissons, lia conversation avec inie possédée, nommée Marguerite Aubry; la Mit en fureur, éprouva Fimpression des regards de cette malheureuse et devint possédé à son tour : il se croyait
naire, par Palma Gayet, introduct. Dormay, t. ii^ p. 5oo et suiv. Prochs-verbal de Nicolas Poulain^ à la suite du J^ournalde Henri III. Hisi. des derniers troubles de France, par Mathieu.
enviropoé de fantômes , poussait des cris affreux et se débattait dans de douloureuses convulsions. Il alla trouver le père Nodé , provincial des Minimes, qui cherchait de l'argent pour reconstruire une partie des bàtimens du collège : le père Nodé chas^ le démon qui tourmentait Pierre MqreaiUy et ce jeune Jnomme, qui n'avait promis que trois milI/9 livres pour prix de sa guéi;ison, en apporta quatre mille» avec toute l'argenterie de sa. maison. Eowite^ à plusieurs. reprises, sa reconnaissancetse signala aqcpre par de nouveaux dons en aident, et en blé. Deu& autres bienfaiteurs des Minim?a, François Bonseré^Élu de Soissons, et.De^isMaus* cour, GapH^îne du château de ^ept-iAIonjts, servi* rent 4e leur bourse et de. li^ur crédit les comment cemens de. cet ordre dans la rue qui prit son nom*' Les Minimes reconnurent pour second fondateur le maréchal de Villars, beau^père du duc de Mayenne, lequel avait laissé eu apurant 6,000 livres destinées à une fondation religieuse que son testaient ne désignait pas, et attribuées à ce couvent ^ par faveur spéciale de son gendre '.
Le sifccesseur de Charles de Roucy fut Jérôme Hennequin, fiJUdu seigneur d'Âssy, président à la Chai^ibre des Goniiptes.Sa nomination fut faite par le p^pe; (car il était d'une famille ligueuse) : il se fit consacrer en cour de Rome par le cardinal de
'G€i//.C£m.t.ix.Dormay,t. i],p.49795a4: noussupposons quç ces exorcismes eurent lieu à Soissons, quoiqu'une des possédées fût du diocèse deBeauvais; Tavocat Moreau était né à Soissons. f^ie deP, Moreau, par le P. Giry. Mss. de Car baret.
470 m»«(!ri(îi£
Joyeuse, et ne tarda pas à veniV, au milieu de la guerte oivilèy prendre possession de son dioeèse, qui Alt Un dès champs de bataille de la Ligue. Son entrée à Soissons n'eut pà§ l& sblenUft^ de Fanéien cérëmbniâl , et, depuis cette époque, lès ëVèquies se virent privés de ces deifoirs féodaul, si chérs à TEglisé soi^sonnaise:'là bourgeoisie alla en armes à la rencontre du nouveau prélat, et le eotiduisit à son palais épiscopàl, où le chapitt^ Ittî dépiitB quatre digUitaires; oeux*cî l\ieeompagnèpent jusqu'au grand portûll de Sàint-'GerVàis et Tintroduisirent dans le chœuf ^ iorsqii'iï eut prêté serinent >, après lé Te Deum cîiàâté 1e t là bénédieticn donqée au péufile, il ftif rëmené fkkéi lui par lés députée du ^éhàpltre ' et • les bourgeois armés. Jéroisibé Heunèquita né manqua pas de participer tot àëtes de lat Ligue et de la servir avec chaleur dans plusieurs circonstance^, notsimtiienl dux Étatà dfe Paris eu 15^5, daiis lesquels il p&rut aUx séailcés et knii processions ^ comme député dû Soiss(>lliliâi&, hprè^ le^ évéques d'Amien^, de Rennes, deRieî, deSénlis, ti'Autun et d'Avranches , avant t^eux de Vannes et de Fréjus. Il s'était fait déjà oeuuaitré, à Soissâns Uiêâie, par la violence de se» opinions qui Ue trouvaient ^ue trop de sympathie parmi ses diocésains. Eh 1^90, il accusa Catherine de Bourboli , abfaêsse deNdtre- Dame, de vouloir livrer la ville à son neveu, le roi de Navarre ; que Ife meurtre de Henri III avait fait roi de France, et il la força de quitter sou abbaye avec quelques-unes de ses religieuses qu'on
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disait ses complices. La vie de cette pieuse abbesse o'etaii pas «a sArefeé à Soissous ; elle avait fiàHi élre tués d'un coup d'arquebuse qu'on lui tira par une fenètite de rëglise, tandis qu'elle ëtait assise dans sa stsdle. Ses iofimités ne lui permirent pas <|e centrer en son monastère, à la fin des troubles : elk avait pasi^ sept 90$ à Paris dans la retraite , quand elle y mourut , et son corps fut transporté à Sotsaoos, pour être inhumé au- milieu du chœur de f église dé Notre-Dame , où elle avait préparé elk *• même sa sépulture près de celle de sa sœur, sous une tombe de marhne noir j surmontée de sa statue à genoux en marbre blanc , admirable mor^ ceau de sculpture que la Révolution de 69 n'a pas respecté \ . ■ -
La Ligue, qui promettait de défendre à la fois ie peuple ÈtVd^lmey ti'avait pas pliis épargné la for^tune du dergé^que ceUe des citoyens. Mayenne , ett'déeembre lâgo, imposa, pour un an , un ^cu c^^ dem sur chaque 1 tie^mieaii ^de vin entrant dans SoîssoftSt à l'efietide néparer les fortifications^ Le sîew de Ponseoac, qi^i remplaçait M» de HeuqueviUe. en qualké de capitaine-^oHvevne^jir de Sois*sons 9 leva de« fortes contributions sur la ville, pour achever 1q» tiâvaupt des remparts : il fit raser le bourg de fiaîi»t4>épin4&4Gra«id, dont le voisinage eut pu nuûfe en cas de siège; il fit démolir la grlmde porte de Sàiot^Médardet les bàtimens con-
^ &ec, deê St. génér* t. xv. Satire Ménippée et les notes de Bupuy. Hist. de JV,-/>. p. 267. Ls tombeau de Catherine, et de Marie de Bourbon , fut changé de place , lors de ragrandissement du chœur.
tigus de l'hôpital ^ pour en tirer de$ pierres avec lesquelles on construisît le bastion de St-Maard au faubourg St-Waast. Le duc de Mayenne, qui avait hérité du pouvoir de son frère )9énri de Guise sur Soissonsy et qui attachait tous les jours plus d'importance à la conservation de cette place, se laissa persuader par ses conseillers que Tabbaye St-Médard, encore fortifiée, venant à tomber au pouvoir des royalistes , serait un voisinage dangereux pour la ville : il n'était pas éloigné de réunir l'abbaye à l'évéché, et.de lad/étruire entièrement en affectant ses revenus àdes canonicats créés pour cet objet dans la cathédrale; car cette abbayev dilapidée et ruinée par ses deux co - usufruitiers , les seigneurs d'O et de Villequier, que i^résentait frère Mathurin Vincent , avait cessé de nourrir ses religieux , ef ceux-ci , changeant leur habit en cuirasse, s'étaient résignés à faire le métier des arneies. Le prieur seul restait pour garder ce vaste monastère, transformé en solitude et ravagé paria fureur des élémens , après l'avoir été' par la main des hommes: unegKisse gréle^ qui ravagea le Soissonnais le i4 juin 1^93, avait mb en pièces les restes des vitres, des tuiles, dés ardoisés et des toitures. Ce fut dans cet état t^.choMs queJ'évéque envoya des ouvriers pour abattre St-Medard, et la démolition commença. Mqîs le prieur aUa invoqwer l'appui des gouverneurs de Soissobs, et le maire accourut en personne, suivi des bourgeois assembléis au son de leur cloche, pour s'opposer à l'entreprise d<^ révêque^ le prieur rappela les moines
échappés au sac des huguenots enrôlés sous les drapeaux de la Sainte-Ligue , et dressa, de concert avec eux, un placet qui fut présenté au cardi* nal de Plaisance, légat du pape : dans cette sup plique, ils se plaignaient des iniques usurpations, de Hennequin, qui s'était emparé de l'abbaye, et ils demandaient qu'on leur choisit pour abbé un homme riche, puissant et bien alUé, qui put relever leur maison en décadence par ses vertus et par le crédit des siens. jLe présidial de Laou , auquel la communauté s'était adressée d'abord,, rendit un arrêt qui réduisait à néant les prétentions de l'évéque sur l'abbaye, et le cardinal de Plaisance, confirmant la sentence du présidial de cette villedéyouée pourtant à la Ligue , nomma pour abbé commendataire le neveu de l'illustre François Hotman, conseiller au parlement de Paris, savant auteur de la Go^^/le/mnçaise (/f'ranco-Gallià)^ d'où les ligueurs tiraient leurs principaux argumens pour exclure du trône des Valois le roi de Navarre, quok|uc cet ouvrs^ge éloquent eût été éaît par un huguenot vingt ans avant les éyènemens auxquels on prétendait l'appliquer contre un roi protestant. L'abbaye Saint-Médard n'était pas la seule qui eût à souffrir du mal*? heur des temps : tandis qu' Alexandre de Bordes , abbé commendataire deSaint-Crépin-le-Graçd^ engageait, du fond de la Gascogne, les terres^et les rentes de son abbaye; ce monastère était, réduit au dernier degré de misère; l'église n'avait plus de combles; les logemens des religieux étaient couverts de chaume, et ces pauvres moines trou-
parcouru fréquemment le Soissomiais ^ tantôt à la tête de son armëe harcelant la retraite. du duc de Parme, tantôt présentant la bataille à Mayenne qui la refusait parprudefice, 1^i)tôt déguisé allant au cbÂteau de.Cœuvres visiter sa maîtresse la beUe Gabrielle. Un petit nojoabrede faits d'armes ressortent 4^ cette innombrable quantité de surprises, d'embçscadest.de.cpurs^^et de dévastations que ligu^V^rs et royalistes oj^cutaient à l'envi 4^ns une éteD4tie ;de q^^aote lieues : en i^Sigo , d'Humières emporta le cbâteau de Vâicrsur-Atsi^tet passa la ga^ nisoni au fil de l'épée f en iSgi , Mayenne s'empara de Château-Thierry; en.iS^a, le château de Neuville repoussa l'attaque des. ligueurs de Laoo. Mais les troupes du roi ne s'approchèrent pas de Soîssons qui avait de bonnes fortifications et une garnison nombreuse. Malienne y revenait souvent et s'y plaisait comme dans. la cnpiitale du royaume, qu'il projetait de se poâsti^uire^ sur les bases sanglantes de la Ligue. Cette ville, bien située et bien fortifiée, avait au^si attiré les yeu^ du/roi d'Espagne, qui eût souhaité s'en f^ire une place d'arme^ au cœur de la Picai^die, et qi|i, dans sa correspondance ayec Mayenne inter^çept^e par .Sully entre Paris et.Meaux, insistait poqr.qizon la lui abandonnât aussitôt qu'un roi de France .serait choisi par les États de )a Ligue.
Ces États-GénéraM^ > .qm s'ouvrirent à Paris le a 7 janvier iSgS- pour le choix de <^ roi, devaient d'abord être tenus à Soissons, d'après le désir de Mayenne et l'approbation du duc de Parme: celui-
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ci était bien aise d'influencer les opérations de l'assemblée par le voisinage de l'armée espagnole. Mayenne y de son côté, se croyait plus assuré du résultat qu'il attendait j si la nomination d'un roi avait lieu dans cette ville qui n'était dévouée qu'à lui. La mort du duc de Parme fit échouer ces deux plans également habiles , et la convocation des États appela les députés à Paris. L'ambassadeur extraordinaire d'Espagne, Lorenzo Suarez Figu^ roa, duc de Feria, qui venait représenter son maître à ces États , passa par Soissons au mois de février et y fut reçu par le duc de Mayenne avec beaucoup de magnificence. Mayenne était parti précipitamment pour aller à la rencontre du duc de Feria, et ses amis, M. de Yiileroy et le président Jeannin, lui avaient promis de retarder jusqu'à son retour la décision que les États pt*endraient pour les affaires de France; Mayenne espérait trouver un auxiliaire dans l'ambassadeur espagnol : ils se complimentèrent réciproquement, assistèrent ensemble aux fêtes, aux banquets, aux bals qui se succédaient tous les jours dans la ville; mais, quand ils entamèrent une conférence secrète, en présence des deux jurisconsultes Jean - Baptiste Taxis et Diego de Mendoza, chargés de soutenir la cause du roi d'Espagne, la bonne intelligence cessa entre le lieutenant^énéral delà Sainte-Union et le plénipotentiaire de Philippe II : celui-ci était chargé de proposer aux États le mariage de llnfante d'Espagne avec le jeune duc de Guise* Mayenne rejeta bien loin cette pro-
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positioD qui coûtriatriAit 9e$ espérances ambi-» tie^sp&. L'ambassadeur et se$ deu^ jurisconsultes essayèrent de faire trioinph^t I^ur atis par des représentations» par des promesses, par des menaces; \^s paroles s'aigrirent, 1^ esprits s'échauffèrent; enfin le duc de Ferta s'écria qu'il enlèverait le command^mept de l'armée ligueuse à Mayenne pour le donner au duc de Guise: — (de vous défie de faire du pis que voiis pourrez , répliqua le lieu* tenant-général de la Ligue; saches qùe^ si je veux l'entreprendre, je tournerai toute la France contre les Espagnols, et, devant huit jours, je vous chasse du royaume! » £n disant ces mots avec emportement, il sortit de la conférence. Cette brouille avait eu trop d'éclat pour que la réconciliation n'en eût pas aussi : on parvint à l'efifectuer, du moins en apparence, et l'argent que le roi d'Espagne envoyait à Mayenne (20,000 écus) facilita la reprise des conférences; ils traitèreni avec lui comme celui duquel ih ne se pouMÏênt bonnement fier , et lui avec euXj comme personne qui était irrésolue de ce qu'elle devait faire. Mayenne refusa toutefois de suivre à Paris le duc de Feria et mands^ seulement à l'assemblée des États de recevoir cet ambassadeur avec tous les honneurs dignes de son rang et de son souverain. A peine Mayenne avaitil quitté Soissons, pour aller attendre , à la tête de son armée, l'issue de cçs États où l'on parlait sans agir, que le prince de Mansfeld, général des troupes du pape, arriva pour s'aboucher avec le lieutenantgénéral : à la nouvelle de son arrivée à Soissons, le
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gouverneur de Laan vint le prier de s'employer à la réduction du château de Neuville qui servsât de refuge à l'ennemi , et incommodait tout le Soissonnais , quoique le seigneur de ce château eût une sauve-garde de Mayenne : Charles de Mansfeld ordonna cette expédition dont le prompt succès délivra le voisinage do Soissons ' . .
Ce général retourna à son camp à travers le Valois et le Vermandois, où ses. troupes aile* mandes et italiennes firent payer chèrement leur passage; mais, après la prise de Noyon, de Coucy, delà Capelle^ d'Hirson et d'autres places^ Henri IV, qui veqait de faire son abjuration à Chartres, où il fut sacré le 27 février iBg^^ conduisit en personne son armée en Picardie afin d'y poursuivre la Ligue
' Mss. de dom Grenier, pag. 128, n"* 1 . Dormay^ 1. 11, p. 5o2 et 8UÎV. Hist, dé Henri IJ^, par Mathieu; Hîst, unw. de de Tfaou ; Mémoires de Villeroy \ Economies i^yales de SuJly. Les conférences de Mayence et de l'ambassadeur espagnol à Soissons ne sont pas même indiquées dans les historiens les plus exacts : Mathieu et Villeroy en disent quelque chose, de manièit? à donner beaucoup à- entendre. Le journal de l'Ëstoile mentionne seulement le départ du duc de Mayenne pour se rendre à Soîssous Tcrs la fin de février 1 595. C'est à tort que M . Devismes, dans son Manuel historique de l'Aisne, place Tentrev^e de Soissons au mois de janvier, puisque le duc de Feria n'arriva qu'au mois de mars à Paris. L^abbé Perau^ continuateur des J^ies des hommes illustres de la France, raconte eu gra'nd détail les conférences et la querelle, qui, selon lui, aurait été apaisée par l'entremise de Jean-Baptiste Taxis ; mais, comme il ne cite pas les sources oh il a puisé et que nous avons i&u-^ tilement cherchées, on a lieu de croire qu'il s'est phk à broder sur le canevas que lui fournissait l'histoire, aucuns propos assez piquans de part et d^ autre, dit l'Es toile. Journal de Henri IV, éd. de Petitot, 1. 1, p. 549 et SSg.
dans son foyer. Orléans, Rouen et les principales villes du royaume, rendues au roi par compositioa, offraient à Paris des exemples qu'on ne pouvait plus l'empêcher de suivre : Mayenne , qui n'était guère aimé des Seiï^ et des Espagnols, préjugea que la demeure dans cette viUe ne lui était pas trop sûre ; il se retira donc à Soissons avec sa femme et son fils aine: peu de jours après son départ, la capitale fui livrée aux royalistes. C'était le dernier soupir de la Ligue. Mayenne se flatta cependant de retenir sous sa sujétion la Normandie, et , de son quartier-général de Soissons, il dirigea une guerre de résistance obstinée jusqu'au commencement de 1 596. L'esprit public à Soissons était toujours ligueur et catholique-romain; on le savait si bien que les auteurs de. la Satire Ménippée supposent une ordonnance des États, portant que quiconque^ dedans Paris ou en ville bridée de tUnion^ parU" rait de paix^ de vingt ans, ou demanderait le coni' mer ce libre et regretterait le bon temps passée serait enifoyéj -comme hérétique et maheutre^ en exil à Soissons \ les politiques n'osaient pas s'y montrer ouvertement comme à Paris, et leurs souhaits pour le triomphe du Béarnais se produisaient dans quelques correspondances adressées aux royalistes de la capitale : « Nous trouvons ici , écrivait-on de Soissons (au mois de mars), force événemens, grandes espérances, peu de forces et moins d'argent. » Mais on s'efforçait d'y cacher le vrai état des affaires delà Ligue, Les bourgeois, organisés en compagnies d'arquebusiers, taisaient le service de
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la place y concurremment avec la compagnie de l'Arbalète. Un des capitaines de cette compagnie de l'Arquebuse, établie à Soissons et dans la plupart des villes du nord pendant le règne de Henri III , avait fort bien secondé le gouverneur, M. de Ponsenac, dans l'organisation militaire des habitans. Ce capitaine, nommé Cliocu , sieur de Richemont, fut récompensé par Mayenne, qui lui remboursa \e^ grands frais qu'il avait faits pour conserver Soissons à la Ligue et reprendre Vic-sur- Aisne sur les royaux. Mais la garnison de Soissons n'était pas toujours aussi heureuse dans ses expéditions, qui coTis\s\jaL\ex\\. journellement à courir, piU 1er et voler un chacun sans distinction de personnes. Le 3 février 1 596, M. de Moussy et d'autres capitaines royalistes de Crépy cherchèrent les ennemis/?ar toutes les traverses des forêts et jus qu aux portes de Soissons et d^ Amblegny^ pour les provoquer au combat. Le gouverneur de Soissons ne fit sortir une partie de sa garnison que le it\j et il confia le commandement de , deux cents cuirasses et de deux compagnies ^argoulets à son lieutenant , le baron de Conac, et au capitaine Belfond. Cette petite troupe alla dresser une embuscade dans les bois aqx environs de Crépy, et, le lendemain, quand passa le sieur dllédouville qui se rendait à Vailly avec trente chevaux, les gens du baron de Conac se JQt^ent sur l'escouade et la forcèrent de battre en retraite. Le tocsin retentit au clocher de Crépy, et M. de Moussy, qui était revenu avec ses compagnons dans la place, eut loisir de monter à cheval. La vue
de ce renfort fit reculer les ligueurs qui se replièrent en désordre jusqu'à la plaine de Villers-Cotterets : M. de Moussy ne leur donna pas le temps de choisir les açantages et de se ranger en bataille ; il ordonna de sonner la charge et s'élança le premier en avant ; le combat {nVopinidtré et la victoire resta enfin aux royalistes : cinquante ligueurs étaient morts ; soixante, blessés, et les autres, prisonniers ou mis en fuite; vingt seulement rentrèrent dans Soissons effrayé de la perte de ses meilleurs capitaines tués ou pris. Cette défaite décida peutêtre le duc de Mayenne à se ménager une capitulation honorable auprès du roi^ pendant que la guerre continuait en Picardie et que les Espagnols la soutenaient presque seuls; Henri lY, qui, de son côté, ne désirait rien tant que d'étouffer la Ligue en ouvrant les bras à Mayenne , appuya les négociations, secrètement commencées, par les grâces qu'il octroyait à Soissons , où pourtant son autorité n'était pas encore reconnue \
Ce fut à Lyon que Henri IV promulgua, dès le mois de fi>eptembre, Tédit de rétablissement d'un présidial à Soissons, édit qui ne fut vérifié que l'année suivante par le Parlement, la Chambre des
' DeThou, Mézeray, Mathieu, etc. CkronoL nouenn, éd. de Petitoty t. 4^ de la collect. des Mém, reL à Vhist. de Fr. p. i85 et i86. Joum. de Henri IV^ par l'Estoile. Discours de la défaite de la garnison de Soissons, eto. dainslesMém» de laLigue. Satire Menippée . cil faut tenir pour conclu raccommodement de Mayenne avec le roi, dit judicieusement M, Devismes dans son Manuel historique de V Aisne, àxx moment qu'on voit Soissons gratifié de quelque concession. >
Comptes et la Cour des Aides. Cet ëdit, si avantageux à la ville, eut pour complëment celui du mois de novembre de la même annëe, lequel crëa un bureau dejfinancesà Soissons. Ce second ëdit, donné au camp de la Fère , pendant le siëge de cette place, ne reçut, comme le premier, la sanction des grands corps de l'État qu'après la publication du traité définitif de Blayenne avec le roi. Dès le mois de juillet iSgS, la duchesse de Nemours, mère de Mayenne , avait prêté serment de fidélité au roi, dans Soissons même , où régnait son fils, où se concentrait l'existence delà Ligue. Enfin, le duc de Mayenne, qui n'avait plus en son pouvoir que trois villes, Chalon, Seurre et Soissons, accepta les articles que lui accordait Henri IV pour la peux du royaume j et signa le traité conclu à Folembray, au mois de janvier iSqG. Ce traité, dont l'enregistrement éprouva beaucoup de difficultés, et ne fut consenti par le Parlement qu'après deux lettres de jussion , contient un seul article (le i") relatif à Soissons: a Nous voulons qu'es villes de Cfaaion , Seurre et Soissons , lesquelles nous avons laissées pour villes de sûreté à notredit cousin pour six ans.... et à deux lieues aux environs de ladite ville de Soissons, il n'y ait aucun autre exercice de religion , que de la catholique, apostolique et romaine, durant lesdits six ans; ni aucunes personnes admises aux charges publiques et offices qui ne fassent profession de ladite religion.» La soumission de Mayenne avait été payée à beaux deniers comptans, puisque le roi promit
d'acquitter les dettes de ce prince dépensier, jusqu'à concurrence de 35o,ooo écus en principal, et 27^650 écus pour les arrérages ; Mayenne, satisfait de ces conditions et des autres , alla baiser les mains du roi à Monceaux y et se retira ensuite à Soisspns, où il eut toujours une espèce de cour et de train royal : « Il était rentré dans son de* voir 9 dit Fontenay-Mareuil, et s'était réduit à une vie privée avec tant de modération et un esprit si soumis , que ce n'était^ peut-être pas ce qu'il avait fait de moins considérable dans toute sa vie. » 11 habitait à Soissons, de préférence, un splendide hôtel qu'il avait fait construire, vaste et massif, selon le goût de Ducerceau , dans la rue de Guise, à laquelle son séjour a laissé ce nom long-temps cher aux Soissonsais.
Aussitôt que Mayenne fut tranquille possesseur de Soissons , il s'occupa de mettre en vigueur les deux édits relatifs au présidial et au bureau de finances: l'un et l'autre rencontrèrent une vive opposition de la part des juridictions anciennes qui perdirent de leur importance et de leurs revenus. Le bureau des finances qu'on parvint à constituer avant le présidial, le. i4 juin i.Sgô, était composé de deux présidens trésoriers-généraux de France, de huit autres trésoriers, de deux receveurs et deux contrôleurs-généraux des finances, de deux receveurs et deux contrôleurs-généraux du. taillon, de deux receveurs et contrôleurs des gabelles , supprimés depuis , de deux greffiers et de quatre huissiers. Ce bureau comprenait les Elec-
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tions deSoissons, Crépy, Château-Thierry , Qermont, Laon et Noyon, distraites des Généralités de Paris j de Chàlons et d'Amiens ; depuis on y ajouta l'Élection de Guise en 1614* Les fonctions de cette compagnie, où les offices se vendaient fort cher, étaient de juger toutes les matières conten* lieuses touchant les domaines du roi , les fermesgénérales des bois, des tailles. et gabelles, ponts et chaussées et voirie. L^établissement du bureau fat signalé par une circonstance curieuse : le sieur Girout, l'un des trésoriers-généraux, ayant reçu du duc de Mayenne l'ordre de sortir de la ville, où il était venu prêter serment avec ses collègues Morel, Veillart et Benotse, ceux-ci, touchés de cette disgrâce inattendue et sans doute imméritée, accompagnèrent l'exilé jusqu'à la porte delà viile^ et reçurent son serment sUr le fossé : dans la suite, Girout fut rappelé à son poste. Deux ans après, il y eut suspension de tous les bureaux de finances db royaume, mais on. les remit bientôt. en activité:, raqte de pouvoir rembourser le prix des chaînes. ,^ Le bureau de Soissons éprouva des changemens et des augmentations considérables dans le cours du XViP siècle : on tripla le nombre de ses trésoriers-généraux et de ses officiers, pour tripler les ressources de la vente des offices; ainsi, les présidens furent portés à cpiatre en 1627 , après avoir été supprimés durant dix années. Le présidial s'établit plus difficilement encore , au printeanps de 1597 : ses officiers étaient un bailli provincial, un président-présidial, un lieutenant-général, un
lieutenant-criminel, un lieutenant «-particulier, un conseiller-assesseur, un conseiller-garde-des-soeaux, neuf conseillers , un procureur et deux avocats du roi , un greffier civil et criminel^ en domaine héréditaire, un clerc de raudience du sceau, deux huissiers-audienciers, deux payeurs de gages et deux receveurs des amendes. De ce tribunal res> sortissaient plusieurs villes, bourgs et villages^ distraits des présidiaux de Senlis , de Vermandois et de Château-Thierry, ainsi que la prévôté même de Pierrefonds et de Valois. On ne changea rien à redit primitif, si ce n'est qu'on créa un second président, en i633. Le bailliage ressortissaif du Parlement de Paris. Les magistrats qui siégèrent à l'installation du présidial, faite, le 5 mai 1 597, sous les yeux des commissaires délégués du Parlement de Paris, malgré les oppositions des bailliages voisins, furent Antoine de Brouilly, bailli provincial, Paul Désiré, président, Antoine Bonseré, lieutenantassesseur, Jean Joly, procureur du roi, Jean de Corblundel et Charles Lesguiller, avocats du roi. En ce même temps, le prévôt des tearéchaux, érigé en 1677 par Henri III, et transféré à la Ferté-Milon par Henri IV pendant la Ligue, fut rappelé à Soissons avec ses archers , dont le nombre était augmenté de huit; et, en 1 599, on réunit à sa charge celle de lieutenant-criminel de robe courte: son lieutenant résidait à la Fère. Les deux premiers prévôts des maréchaux de Soissons furent des nobles : Nicolas du Vivier et Jean de la Porte. Dans le commencement du présidial , le siège en était au Grand-Cerf;
maisrincommoditëtleceUeu d'assemblée nécessita la construction d'un édifice particulier, qu'on bâtissait en i6o!i (sur la place du Marché) aux frais de Mayenne y dit-on , puisque ses armes s'y voyaient partout , et qui renferma les auditoires du bailliage et du présidial , de la police j de la maîtrise des eaux et forêts, et du bureau des finances '.
L'installation du présidial mit en deuil la ville de Soissons, en la privant de son prince dt la J^ur nesse et de cette joyeuse compagnie qui , par ses montres y ses processions, ses ordonnances, ses livrées et ses enseignes , animait la physionomie de la ville depuis plusieurs siècles. Quand le 5 mai, le conseiller Scarron reçut les membres du nouveau tribunal dans leurs offices , Charles Les* guiller, pourvu de la charge d'avocat du roi, ne comparut point : \e prince de la Jeunesse , qui était alors Sébastien Petit, avait défendu à ce jeune avocat du roi, encore célibataire, et, partant, soumis aux lois de la confrérie ^oissonnaise, de se rendre à l'appel du commissaire du Parlement. Celui-ci manda le lendemain devant lui le prince ^ qui vint, assisté de Jean Pipelart, son lieutenant, demander la conservation des anciens privilèges <le la Jeunesse de Soissons; mais, comme il ne put en justifier par des titres authentiques , défenses lui furent faites de les exercer. Ces défenses auraient suffi pour faire tomber en désuétude cette
* Dormay, t. ii, p. 5io et suîv. Mss. de Cabaret, de Rousseau et de M. Piquet.
association qui donnait Heu à des dépenses excessives et à des débauches de toute espèce pendant la dur^e du mois de mai^ tellement que les bourgeois envoyaient leurs enfans passer ce mois-là hors delà ville; mais le président-trésorier des finances Girout, fidèle à la tradition , s'efforça de la perpétuer^ et fit élire son fils prince de la Jeunesse^ lequel parcourut les rues au son du tambour et rendit plusieurs arrêts contre les officiers du présidial. Le lieutenantogénéral du bailliage enjoignit au fils Girout de ne plus prétendre avoir aucune juridiction sur les gens du roi, mariés ou non. Le prince de la Jeunesse appela de cettç sommation en iSgg, et, quoique le corpsrde-ville se réunit à lui pour tentretenement des anciennes et joyeuses coutumes, un jugement du a décembre cassa la compagnie avec défenses plus expresses de s'assembler en armes sans ordre du roi. D'autres plaidoyers et d'autres arrêts intervinrent jusqu'en 1619, et les avocats de la Jeunesse se perdirent dans les digressions et les citations latines, en voulant prouver que cette institution remontait au temps de Jules César : vainement ils constatèrent le rangique la confrérie avait dans les cérémpnies publiques ; vainement ils démontrèrent parles Heg^str^s de la Ville qu'en cas de siège le quartier du prince . était séparé de celui dç la Commune; la première sentence du conseiller Scarron fut confirmée, fst la société de la Jeunesse abolie, avec défense au prince de faire ses montres en armes au mois de mai en convoquant tous les jeunes lioramçs non-
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mariés comme il avait accoutumé , et ce, sous peine de la vie , et aux pères d'y laisser aller leurs enfans, sous peine de punition corporelle. Ainsi le conseiller Scarron , père de l'inventeur de la poésie burlesque y anéantit la gaieté juvénile de Soissons et fut beaucoup plus sévère que l'évéque Jérôme Hennequin qui avait, en 1 588 , confirmé les statuts delà confrérie des Douze Apôtres , composée de Jésus-Christ , de saint Jean , des douze apôtres , de soixante-douze répétons et de soixante-douze disciples^ paraissant à la procession du Saint-Sacrement, chacun avec l'habit de son personnage , et se retrouvant ensuite à table pour y boire ensemble , au sortir des messes générales de la confrérie *.
* Dorioay, t. ii, p. 4^5 et 8uiv. Mss. de M. Fiquet. Plaidoyers de Gauthier^ t. i, prem. plaid. Dormay se trompe en disant que, depuis Tarrèt du 2 décembre i Sgg, il ne fut plus question du prince de la Jeunesse. BibL tiu droit franc, par Bouchel, t. ii, p. 1 125 et 1 126.