BOISSONS AU XVII* SIÈCLE
Charles de Bourbon , qui portait alors le titre de comte de Soissons et qui n'ëtait pas connu sous un autre nom à la cour, resta toujours à»peuprès étranger au comté, où ses officiers exerçaient ses droits, de jour en jour amoindris, et touchaient des redevances féodales, qui ne grossissaient guère ses revenus; mais la ville de Soissons et les villages de la banlieue ne reconnaissaient pas d'autre seigneur que Mayenne. Ce prince avait fixé sa résidence
habituelle dans cette ville, s'y faisait aimer, r. et travaillait à laisser un souvenir de son gouvernement dans les cœurs des habitans, comme les traces de son séjour pacifique et réformateur dans la cité qui lui devait déjà un siège présidial et un bureau des finances. Le comte de Soissons , prince intrigant, léger, téméraire, digne en un mot de la devise qu'il avait choisie ( un rocher escarpé battu des flots et des vents, avec deux branches de laurier à son sommet et cette légende : Impavide) faillit devenir le beau-frère du roi, malgré celui-ci qui le frappa plus d'une fois d'une juste disgrâce, et qui plus d'une fois aussi l'employa utilement à la guerre : il mourut à l'âge de quarante-six ans en 1612 , et laissa de son mariage avec Anne de Montafié, riche héritière de Piémont, deux filles et un fils , Louis de Bourbon , qui continua la branche des comtes de Soissons , de la maison de Bourbon-Condé. Le duc de Mayenne , qui le précéda dans la tombe , n'eut à débattre avec lui aucune question d'autorité ou depréséance à Soissons^ vécut paisiblement , chéri et respecté en cette ville, toute à sa dévotion, et la transmit à son fils ainsi qu'un héritage , grâce à l'influence que son nom avait encore après sa mort.
Le duc de Mayenne avait besoin d'un repos que sa santé lui conseilla de chercher loiii des affaires publiques : livrait peu le roi^ tant à cotise des choses qui s^ étaient passées , que de son dge et de la pesanteur de son corps j étant fort gros; cependant le roi l'estimait et le consultait dans toutes les cir-
constances gravés : Henri IV alla même le trouvera Soissons où il ne resta qu'un jour, le 1 3 juillet 1 6o3. Mayenne 9 que la goutte rendait presque impotent, passait la belle saison dans Tune ou l'autre de* ses maisons de plaisance de Vauxbuin et de Chevreux, qu'il avait embellies de parterres , de statues et de jets d'eau. On a lieu de croire que la population soissonnaise s'accrut de son temps, puisqu'on ëleva quantité de grands hôtels et que les terrains vides se couvrirent de constructions , surtout du côté de Saint-Pîerre-à-la*Chaux ; mais la compagnie de l'Arquebuse parait avoir été spécialement entourée de la faveur de Mayenne. Cette compagnie, rivale de cielle de l'Arbalète, eut pour roi m des écuyers de son bienfaiteur , qui lui assigna^ comme siège dé ses exercices, une portion des remparts de la ville , depuis la tour Lardier jus*ques et y compris le bastion . ou cavalier Sainte André. Cette donation fut confirmée par le roi en i6o6, et les* arquebusiers létablirent sur cet emplacement un tir, uiie-isalle de réunion et un bosquet planté en étoile. Quelques années après, la compagnie de l'Arquebuse , qui avait pris plus d'extension dans Soissons . aux . dépens de l'Arbalète , fit bâtir au même endroit un gros pavillon de brique et de pierre entremêlées, à cordons vermiculés, avec un haut/coinble d'ardoise à girouettes représentant des arquebusiers sous les armes. Les communautés et les corporations de la ville contribuèrent à là dépense des travaux qui ne durèrent pas moins de cinquante ans. La
salle du pavillon de l'Arquebuse était éclairée par dix grands vitraux , dont les sujets y tirés des Métamorphoses d'Ovide, n'étaient pas moins remarquables par la correction du dessin que par la vivacité des couleurs. L'auteur de ces chefs-d'œuvre fut un simple maître vitrier y peintre sur verre de' la ville j nommé Pierre Jacherou , soissonnais, qui venait de faire d'admirables grisailles pour le couvent des Minimes. Le jardin de ^Arquebuse changea de face en 1648, et l'étoile de charmille fut remplacée par de longues allées droites de tilleuls taillés en berceau avec un jet d'eau dans le milieu; en 1672, le corps-de-ville y ajouta une terrasse ouverte sur la campagne : la grande porte , surmnotée de trophées et d'attributs 9 avait été érigée en i658, et la belle grille qui la fermait fut un don du maire Lévéque. L'Arquebuse faisait tous les ans l'élection de son roi, le lundi de la
Pentecôte, et ce roi, durant sa royauté, était exempt de la taille et des droits sur le vin jusqu'à concurrence de ^5 muids. Les principaux bourgeois s'incorporèrent dans cette compagnie en délaissant celles de l'Arbalète qui tombait en désuétude et de l'Arc qui était exclusivement abandonnée aux artisans.
A la mort de Henri IV, le duc de Mayenne se montra jaloux de justifier la confiance que ce prince lui témoignait: « — Il faut considérer notre jeune Loui», disait-il, non comme enfant, mais comme roi ou comme tous les deux ensemble, pour l'aimer et le servir avec plus de tendresse, de
cœur et d'intégrité de conscience! » Il le condùi* sit au sacre de Reims , le 17 octobre 16 10; mais tout son crédit ne put pas faire que Farchevéque Louis de Lorraine, qui n'était pas même sous» diacre, renonçât à se faire représenter par son oncle le cardinal de Joyeuse , et cédât l'honneur de sacrer le jeune Louis XIII à l'évéque de Soissons qui le revendiquait. Quand les affaires de la régence commencèrent à se brouiller l'année suivante, quoique la goutte le forçat de garder le lit, il se fit transporter à Fontainebleau où il demeura quelque temps, donnant de bons conseils à la reine et modérant par sa présence la cfialeur et la fougue de beaucoup de jeunes princes et seigneurs. Il revint à Soissons au mois d'août, avec l'intentioD d'accomplir un vœu qu'il avait fait à Notre-Dame de Liesse; il alla, malade, visiter cette chapelle, en dépit du matuvais temps et de l'avis des médecins; la fièvre le prit dans ce voyage : le froid et l'humidité augmentèrent son indisposition qui devint une maladie pulmonaire : deux jours après son retour àSoissons, il était à toute extrémité. Son confesseur, ce Pierre Moreau, avocat devenu Minime, lui annonça l'arrêt des médecins; son ami, l'évéque Jérôme Hennequin , accourut pour le préparer à la mort : « ^ — Ce n'est pas chose nouvelle de savoir que je dois mourir, dit Mayenne avec calme, et principalement depuis douze ans que ma vie languissante et douloureuse m'en fait faire Tapprentissage. J'ai autrefois cherché la mort parmi les armes, mais j'aime mieux la trouver et l'embrasser
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dans mon lit pour le salut de mon ame, que si je l'eusse rencontrée dans les combats et les batailles pour la gloire du monde. » Son fils le duc d*Aiguilloo vint recevoir sa bénédiction : « — Mon fils, je vous la donne , lui dit Mayenne, à <iondition et à la chaire que vous aimerez et craindrez Dieu , vivrez et mourrez pour la religion catholique, apostolique et romaine , pour le service du roi et de la reine, et pour le bien du royaume; autre* ment, je ne vous la donne point!» Sa femme, Henriette de Savoie, s'était mise au lit, malade elle-même de la douleur qu'elle éprouvait à l'idée de le perdre : ses domestiques et ses officiers pleuraient autour de lui ; mais Mayenne les consolait en souriant et en leur montrant le ciel. Il reçut l'extréme-onction avecjoie^ dicta son testament et demanda que son enterrement se (It sans pompe. Le mal empirait et la ville était en deuil dans l'attente du moment fatal. Le Chapitre de la cathédrale députa plusieurs chanoines pour porter ses adieux à l'illustre mourant; les trésoriers de France, les échevins conduits par le prévôt royal, les juges du présidial se présentèrent successivement pour voir encore une fois le duc de Mayenne: celui-ci leur parla encore avec un sangfroid surprenant et les pria de continuer leurs services à son fils, à qui la régente avait assuré le gouvernement de Soissons. Une heure après ces touchantes réceptions, il mourut doucement , la priçre sur les lèvres. Ce fut le 3 octobre 1611 qu'arriva cette mort, conjurée en vain par les
messes dites à toute heure dans les églises de Sois sons. Le Chapitre de Saint-Gervais se rendit i l'hôtel du défunt pour garder le corps, et les obsèques n'étaient pas encore célébrées , que la duchesse de Mayenne cessa de vivre, le i4 octobre: L'époux et l'épouse ne furent pas séparés; on les porta ensemble dans un petit caveau de la cathédrale, près du maitre-autel, et leurs deux cercueils de plomb, recouverts en bois, furent respectés jusqu'à la Révolution. Le cœur de Mayenne, remis aux Minimes, fut inhumé dans leur église avec une louangeuse épitaphe gravée sur un tableau de cuivre. Ce couvent et la cathédrale conservèrent des obits fondés pour lui par son fils qui ne fut pas moins dévot et pas plus dépourvu d'ambition '.
* Hist. gén. de la Mais, de Fr. par Ste-Marthe, Hist.de la mère et du fils ^ par le car. do^Eiohelieu, ouvrage attribué Ipng-temps à Mézeray, éd. Petitot, p. 121. Itinér, des rois de France, Mss. de P. L. Brayer : il nous semble peu probable que Mayenne ait habité le Château-des-Comtes, comme le dit cet historien qui ne cite nulle part ses autorités. Notice du président Brayer, adressée à Pierre Leveil, auteur du Traité de la peint, sur verre; Mss. f^ie du duc de Mayenne, par l'abbé Perau^ t. xix dej Vies des hommes illustres, Mss. de dom Frîque. Mss. de Cabaret. Mém. de Ponchartrain. Dormay, t. 11, p. SaS, 53o et suiv. Hist. de la vie et trépas du duc de Mayenne, etc. En 1758, OQ doutait que le duc de Mayenne eût été enterré à Soissons : Tabbé Gosset, chanoine et doyen de la cathédrale) obtint du Chapitre la permission de faire ouvrir le caveau du duc et de constater son enquête par Texamen des registres capitulaires. Il trouva dans le caveau le cercueil de la duchesse et celui de son mari ; mais ce derùier ne portait aucune inscription. Voy. dans les Mémoires de Trévoux, octobre, 1 74a» un mémoire historique de l'abbé
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Le duc d'Aiguillon y devenu duc de Mayenne et gouverneur de Soissons, fut d'abord chargé d'une ambassade en Espagne pour le mariage du roi avec Anne d'Autriche ; il revint en France à la fin de i6i3y et, conspirant déjà avec les princes mé* contens, il attendit le signal d'une prise d'armes, en s'occupant d'établir les Capucins à Soissons. Un terrain vague appartenant à l'abbaye St-Jeandes-VigneSy et quelques vignes et jardins dont il était environné, furent le lieu de cette fondation qui se fit solennellement, le jour de la fête de Saint- Laurent, en présence du coips municipal, du présidial, du clergé et d'une grande foule de peuple : révéque présidait à cette cérémonie, et le duc de Mayenne posa la première pierre, au son des tambours et des trompettes. Deux ans après (tant les dons furent abondans) , les bàtimens d'habitation purent recevoir ces moines, auxquels la quête fut in* terdite, parce qu'ils avaient un revenu de 5 ou 6,000 livres. Peu d'années auparavant, la dédicace de l'église Notre 'Dàme-des- Vignes par Jérôme Hennéquin avait été célébrée avec éclat. Jérôme Hennequin ordonna aussi une procession d'actions de grâces, à l'occasion d'un prétendu miracle, attribué aux châsses des saints Crépin et Crépinien , par lequel Marie d'Héricourt, fille d'un notable de Soissons, avait recouvré l'usage de sa jambe dessé-
Goseet qui ne rapporte pas même une seule pièce probante. Aujourd'hui , od croit généralement que f dans la dernière restauration de Saînt-Gervai«, le maltre-autel, en marbre blanc, a été placé au-dessus du caveau de Mayenne.
chée et raccourcie depuis renfanoe.Cem/rac/e n'inspira point d'humilité chrétienne aux échevins et au procureur du roi^puisque, dans la procassion où ils assistèrent , une dispute de préséance s*éleva entre eux^ et amena un procès plusieurs fois renouvelé dans le courant du XVIP siècle. Les gouiferneur^ et échevins de la ville prétendaient avoir le pas sur le procureur du roi ou son substitut ; mais le procureur^énér al Servin , dans ses conclusions adoptées par la Cour, soutint , au contraire, que les officiers royaux devaient toujours précéder les officiers municipaux qui n'avaient pas de justice. Cet arrêt fut rendu en Parlement, le a4 janvier 1612. La vénérable cdiâsse, cause innocente de cette longue querelle entre les autorités de la ville, n'avait pas été réintégrée dans Tabbaye Saint- Crépin -le -Grand, quoique cett? abbaye commençât à sortir de ses ruines. Les réparations les plus nécessaires à entr^reodre ayant été signalées dans l'enquête de 1599, on adjugea les travaux au rabais j par devis, après trois publications itératives : les oouv^tures de l'église, faites en ardoises avec gouttières de plomb, coûtèrent huit vingt'écus sols , mais elles ne durèrent que quelques années, et il fallut bientôt refaire le grand comble du chœur, dumt une bonne partie était tombée en bas. On eût pu croire que k ciel conspirait à la ruine totale de tahbcuye^ puisque autant qu'elle faisait âejjbrîs pour se rdever^ elle retombait autant de fois dans sa première disgrâce. Enfin, pour achever cette disgrâce ^ lesab-
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bés coauDendataires , nommés par le roi , à Taide de leurs puissans protecteurs et protectrices , dévoraient les revenus de la mense, grevaient les biens y vendaient les terres, dilapidaient les rentes et ne daignaient pas s'occuper du gouvernement spirituel de leur communauté. Cependant le temporel de l'abbaye se montait encore en i6a3 à i65o florins d'or par année. L'évéque Jérôme Hennequin, témoin impuissant de la décadence de son diocèse auquel la Ligue n'avait guèi^e fait moins de mal que les guerres de religion , vécut fort âgé et ne décéda que le lo mars 1 619 : on l'inhuma dans la cathédrale , à l'endroit même où le bras de son prédécesseur Milon de Basoche avait été déposé jadis, en mémoire de la vigueur avec laquelle ce prélat tenait $a crosse. Le successeur de JérôpaeHepnequinfutsop neveu Char les de Haoqueville, archidiacre de Rouen, qui ne signala son court épiscopat que par des dédicaces d'églises, des ouvertures de châsses et l'établissement des Filles la Congrégation de Notre-Dame à Soissons'. Mais Spissons était redevenu le centre d'une nouvelle Ligue en 161 4: les princes et les grands, méconteus de n'avoir pas la haute main dans la r^ence dp royaume, se retirèrent de la cour,^u coppimencement de cette année-là. Le priiice de Condé, chef de ces ambitieux qui voulaient s'emparer du gouvernement pendant la minorité du roi^ partit pour sa maison die Châteauroux; le duc de Nevers
* Dormay, t. 11, p. 5a4 et SsS. Mss. de M. Fiquct. Mss. dedom Grenier, pag. i3, n^ S.Hist. de Saint Crépirij Mbh. Oallia Christ, t. ix.
SOO HISTOIRE
s'en alla en Champagne , ,et le duc de Mayenne se rendit à Soissons. Le duc de Bouillon , qui ne les suivit pas immédiatement, informa la reine-mère des motifs de ce brusque départ et protesta de leur obéissance au roi. Mais la régente fit arrêter le duc de Vendôme dans le Louvre et écrire à tous les gouverneurs de ville de fermer leurs portes aux rebelles. Ces précautions n'empêchèrent pas les princes de lever une armée et de se saisir de plusieurs places-fortes , à la fin du mois de février, lorsque le duc de Vendôme se fut évadé de prison. Marie de Médicis , effrayée de ces préludes de guerre civile, envoya le président de Thou au prince de Condé , qui promit de se rapprocher de la cour et d'ouvrir à Soissons des conférences pour chercher les moyens de donner la paix à la France. Soissoos venait de tomber, comme Mézières, au pouvoir des mécontens. Les habitans de cette ville, inquiets de voir se succéder les messagers qui apportaient des nouvelles de l'armée de Condé au duc de Mayenne, avaient déclaré à ce duc qu'/Zy ne pouvaient être autres que sujets très-fidèles et très-obéissans au roi^ et ils députèrent même à la régente, pour lui offrir de mettre hors de la ville leur gouverneur qui ne paraissait pas éloigné de faire cause commune avec M. le Prince. On n'accepta pas l'offre des Soissounais, et M. de Mayenne eut le temps d'accroître ses forces dans la ville. Les rebelles, qui avaient fait capituler Mézières à la première sommation, s'avancèrent à marches forcées jusqu'à Crouy, où ils arrivèrent au point du jour, le 5 avril, dimanche de Quasimodo : on leur livra sans bruit
la porte de Crouy, le pont d'Aisne^ la Halle, et successivement les autres postes de la ville, sans que personne dans Soissons soupçonnât ce qui se passaity toute la population se pressant aux églises. La grand' messe finissait, quand les tambours et les trompettes annoncèrent l'occupation de la ville. Les échevins ne furent pas les moins surpris; néanmoins , ils se résignèrent à ce qu^ils ne pouvaient plu&erapêcher, et reçurent assez tristement le prince de Condé, quientra vers midi avec une nombreuse et brillante suite, et fut conduit au Château par Mayenne venu à sa rencontre. La ville était remplie de soldats, vivant à discrétion chez les bourgeois, et les gens de guerre furent maîtres de Soissons pendant deux jours; on fit enfin cesser ces vexations, et les chefs ramenèrent leurs soldats au camp de Crouy, en laissant une bonne garnison pour la défense de la ville, ou cinq députés du roi vinrent traiter avec les princes. Ces députés étaient le duc de Ventadour , les présidens de Thou et Jeannin, les sieurs de Boissise et BuUion. Les conférences s'ouvrirent le i4 dans la grande salle du château, et les princes demandèrent la convocation des Etats-Généraux, la surséance du mariage du roi et de celui de Madame, le désarmement de part et d'autre. Ces trois articles furent accordés, ^pvès plusieurs allées et venues de Paris à Soissons; mais on convint qu'ils ne seraient pas publiés av€C 1^ paix. Cependant l'armée du roi grossissait tous les jours, et les préparatifs de guerre continuaient avec activité. Le bruit courut qu'une surprise de-
vait être teiltëe contre Soissoùs^ où les princes se trouTaient rassembJés.Là-dessils, le pritice deCondé entra en ombrage et partit de cette ville avec son armée, en remettant aux ducs de Mayenne el de Bouillon 9 qui demeuraient avec les députés du roi ^ le pouvoir d'achever le traité ébauché sous ses yeux. Quant à lui, il se présenta devant Sainte-Menehould et s'y installa sans résistance. Quelques difficultés étaient survenues dans la conférence de Soissons à l'occasion du château d^Amboise, que le prince de Condé réclamait; on pensa que tout allait se rompre , et déjà on parlait, à la cour, de donner lé commandement de l'armée i-oyale au duc de Guise, lorsque la conférence de Soissons, d'après le désir du prince de Gondé , fut transférée à Réthel, puiâ à Sàinte-Mênehould, où l'on signa la paijt le i5 mai. Le seul article concernant Soissons était le XI*, ainsi conçu : « Toutes les garnisons , mises dans lès villes et places du royaume , à l'occasion du présent mouvement, depuis le premier jour de janvier dernier, seront ôtées, fors excepté cent hommes qui seront entretenus à Mézières, jusques après la tenue des États-Généraux, et deux cents hommes pour le même temps, en la ville de Soissons, dont M. le duc de Mayenne est gouverneur.» Les États-Généraux s'assemblèrent à Paris le 27 octobre.
• Dans ces États où le bailliage de Soissons n'envoya qu'un seul député qui était son sénéchal ou lieutenant-général, il y eut d'abord un différend entre ce député et ceux des bailliages de l'Ile do
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France; ces derniers prétendaieni que, la création du présîiiUal de Soissons élaul nouvelle , ils devaient avoir la préséance, puisque leurs bailliages étaient beaucoup plus anciens ; on ne pouvait c0n«tester ce droit d^ancienneté; mais « le lieutenailt* général de Soissons disait que ladite ville était fort ancienne et avait eu l'honneur d'être donnée aux anciens rois de France, qui se nommaient rois de Soissons/ qu'il y avait environ deux cents ans qu'elle fut tout-à-fait ruinée par le feu (siège de i4i4); néanmoins qu'dile avait été restituée et confirmée en ses anciens honneurs , privilèges et prérogatives, par le feu roi Hetiri^le-Grand, d'heureuse méioroire. » Ces raisons ne parurent pas concluantes aux arbitres , qui mirent l'aiBiire en délibératioD et arrêtèrent que le bailliage de Soissons serait inscrit tout le dernier^ du jour de son élection. Le député du bailliage de Soissons fut un des cent ou six-^vinj^s de la compagnie^ qui se prononcèrent énet^quement contre la volonté du roi enjoignant expressément aux États de supprimer l'article relatif à la donservati6n de sa personne dans le cahier du Tiers : ces hardis défenseurs de la liberté des États formèrent opposition à la conclusion prise par fe pàis petit nombre j et baillèrent leurs noms par provinces i pour que l'article fût conservé. Les États furent rouverts au mois de février i6i5, et, dans la harangue très-belle et très-curieuse d'un député du llers sur les finances du royaume, on établit que la Généralité de Soissons, la seconde des vingt-une Géiiéralités de France, non par son importance, mais
par sa situation territoriale aux portes de Paris, avait sous elle six Élections et onze cent quatre-vingtdix-sept paroisses; que cette Généralité produisait, par année commune, 489,000 liv. de taille ordinaire, et 116,000 liv. de crue extraordinaire; sur laquelle somme, âo6,ii8 liv. de ce qui en reifïent de plus netj entraient dans l'Épargne du roi, le reste étant employé dans le pays aux gages d'officiers , aux garnisons et autres dépenses publiques. Mais le prince de Condé , mécontent des États-Généraux, comtes il l'avait été des conseillers de la régence, notamment du maréchal d'Ancre qui s'entendait avec les Guise pour tenir le roi en tutelle, se retira encore une fois de la cour^ daris les derniers jours de mai 16 î 5, et, ses partisans ayant tous suivi son exemple sous divers prétextes, là gi^rre civile parut plus imminente que jamais. Yilleroy et Pontchartrain, envoyés l'un après l'autre pour ramener le prince à force de concessions^ oe purent rien obtenir, et le maréchal d'Ancre quitta Paris, au mois d'août, afin de se mettre à la tête de l'armée de Picardie. Son arriyée à Amiens avait été combinée avec une entreprise sur Soissons, laquelle échoua par les intelligences que la faction des princes avait dans le Conseil du roi. Les prineipaujK: habitans de Soissons avaient fait savoir secrètement à la reinemère, qu'ils ne demandaient qu'à. rester dans l'obéissance du roi et qu'ils garderaient leur ville, si on leur envoyait une garnison suffisante. Le Conseil du roi accepta cette ouverture avec empressement, et chargea Laperière, exempt des gardes, qui
avait des terres à Micy, d'entretenir les Soissonnais dans les mêmes dispositions , de recruter des auxiliaires parmi les officiers de la ville et d'annoncer la venue de huit cents hommes du r^imeut des gardes, envoyés des environs de Paris pour occuper Soissons. Le 9 août, les bourgeois les plus attachés au parti de la cour furent avertis de l'approche de ces renforts, et invités à les introduire dans Soissons; mais le duc de Mayenne , qui avait eu aussi avis du coup de main projeté, revint inopinément pour s'y opposer. Une assemblée des royalistes, entre les* quels figuraient les plus considérables de la bourgeoisie,, de la magilstrature et du clergé, se tint, ce jour-là, chezle copseiller Regnault ; la plupart des membres du corps municipal s'y trouvaient : Tournay, prévôt; Gilluy, Voyeu, Laporte, échevins; Quinquet, procureur de la ville, etc. On lut une lettre du roi qui ordonnait aux habitans de ne Recevoir dans leurs murs ni les princes révoltés , ni leurs adhérens. La peur commença de se glisser dans l'auditoire; les uns voulaient remettre la lettre du roi à M. de Mayenne, Les autres, la tenir secrète sans y avoir égard ; enfin, on résolut de prévenir l'exempt des gardes et du retour de Mayenne et de l'avortement du complot. Quelques*uns , augurant bien du triomphe des princes, se promirent tout bas de les servir dans l'occasion. Cependant Mayenne était instruit de ce conciliabule et de ce qui s'y était passé : le soir, trois des échevins , Laporte , Gilluy et Voyeu , vinrent au château pour prendre le mot d'ordre ; ils furent arrêtés par la garde particulière
de Mayenne, conduits dans la chambre de l'argeotier du duc j et soumis à un rigoureux interrogatoire. Pendant ce temps , un gentilhomme de la suite de Mayenne te transportait chez le conseiller Regnault) pou^ le prendre) mais ceini-ci avait eu le temps de àe cacher si bien qu'on ne put le découvrir. Le lendemain , le duc de Mayenne fit comparaître devant lui ses trois prisonniers : il les appela traîtres, il leur fit de violens reproches^ et, au moment où les échevins n'attendaient plus que la mort , il les bannit Seulement dé la vilk; encore cet exil ne deVait^'il être que de huit jours, disaitKin ; mais il dura beaucoup plus long-teiaps. En outre^ quai^ante personnes, appartenant aii présidial, à l'Élection, au bailliage^ à l'Ëvéché et même au Chapitre de la cathédrale, furentcoif damnées à quitter Solssoilà dans les vingt-^quatre heures. Le vieil ëvéque Jérôme Hennequin prit alore congé du duc de Mayenne ^ en lui rappelant la bénédiction qu'il avait reçue de son père mourant , sous la cotldition de ne jamais porter les armes dontre son roi. Ensuite, le prélat se tféftigia au cfaàt6âu de Sept'^Monls pour n'être pas complice de la rébellion parjure de ce jeune ambitieux. L'expulsion des officiers du bureau des finances et de l'Élection mit les deniers du roi dans la main des priàces, qui noihimèrent le maréchal de Bottillon surintencknt de leurs finances, et qui créèrent ainsi des ressources pour l'entretien de leur armée pendant l'hiver.
Cette armée, rassemblée entré Noyon et Chauny, se composait de quatre h cinq mille hommes
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de pied et trais mille chevaui que bons que mauifois: c'étaient des carabins que le duc de Mayenne avait fait lever dans le Soissonnais pour les adjoindre à fila compagnie de gens (T armes, forte de 4oo chevaux, sous les ordres de son beau-frère le vicomte de Tavannes ; c*ëtaient des reltres et des aventuriersyvenus de Belgique et d'Allemagne, avec les compagnies du prince de Condé; c'étaient des Picards rassemblés par le duc de Longueville. Les rebelles passèrent l^Oiseét s'avancèrent jusqu'aux portes de Montdidier, en ne faisant que donner des alarmes seulement'^ mais, après un léger avantage remporté sur des recrues aU pont d'Hermès , le 1 7 septembre, ils occupèrentChaUny, sans entrer à Noyon, repassèrent l'Oise du côté du Soissonnais, et traversèrent tyiisne àSoissons et aux empirons. Les forces du prince de Condé grossissaient , chemin faisant : le duc dé Mayenne tira de Soissons deux pièces de canou qui furent menées au camp des princes, devant Chàteau-Thiérry, et qui suivirent leur marche menaçante vers la Ix>ire où devait être le foyer principal de la guerre. Le Soissonnais avait souffert de ces mouvemens de troupes } mais les terres des officiers dé l'armée royale, et particulièrement le Plessier-Huleux , qui appartenait à un d'eux, furent plus maltraitées que les autres. Comme Soissons était une résidence sûre, la princesse douairière de Condé et la duchesse de Longueville y vinrent passer l'hiver, avec leur train de maison et quelques grands seigneurs qui voulaient rester neutres dans ces troubles : ils ne partirent de Sois-
sons que pour se rendre à Loiidun, où s'ouvraient des confërences dans lesquelles la paix fut conclue^le 4 m^i 1616. Dains ce traite de paix qu'on publia le 9 à SoissonSy cette ville ne se trouvait pas même mentionnée ^ ce qui prouve que le duc de Mayenne y conserva toute son influence avec une bonne garnison.
Quatre mois après, le 3o août, le prince de Condé fut arrêté au Louvre, à cause des desseins ruineux qu'on voulait lui faire embrasser : à la nouvelle de cette arrestation , ses amis essayèrent de soulever Paris , et les princes sortirent de la capitale^ pendant qu'on pillait l'hôtel du maréchal d'Ancre. « Notre procès ne se peut vider qu'à huis ouvert, dit le maréchal de Bouillon aux fugitifs; que ceux qui sont accoutumés d'en juger à huis clos aillent à Paris, s'ils veulent s'y enfermer! Je t;iens que le chemin de Soissons est le plus assuré que nous puissions tenir. » On décida dans le Conseil du roi qu'on dresserait trois armées, dont l'une, conduite par le comte d'Auvergne, marcherait sur Soissons ; mais, avant que ces armées fussent en campagne, le duc de« Guise et ses frères entamèrent des négociations avec les princes qui avaient de nouveau établi à Soissons leur quartier-général.. Le roi envoya les sieurs de Boissise et de Chanvallon porter ses instructions secrètes aux trois frères de Guise ^ qui traitaient avec lés ducs de Vendôme et de Mayenne, le maréchal de Bouillon, le marquis de Cœuvres et les principaux seigneurs : les conférences furent tenues dans la
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ferme de Crevançon, à deux lieues de Soissons^ et l'on y ébaucha un accord ^ que les princes de Lorraine s'engagèrent à faire approuver par Louis XIII. Le duc de Guise , qui avait porte les demandes des princes à Paris , revint lui-même à Soissons le 27 septembre, pour leur notifier la volonté du roi. Dans les articles présentés de la part des princes ^ ducs, pairs y officiers de la cou» ronriej seigneurs et gentilshommes retirés de la cour, le duc de Mayenne demandait que le paiement des pensions , rkats , appointements et entretenez ment de ses garnisons et compagnies de caifaleriey fût assigné, pour deux ans, sur la recette générale de Soissons , taillon et gabelles de ladite Généralité : le roi répondit qu'il ne ^ou\Siit affecter particulièrement aucune recette au paiement du contenu de cet article^ mais qu'il y pourvoirait de telle sorte, que le duc de Mayenne serait content. La ville de Soissons, joyeuse de cette pacification trop mal assise pour être durable, la célébra le 2 novembre par une procession générale à laquelle les princes assistèrent. Mais le prince de Condé était toujours prisonnier à la Bastille , et Tinsolence du maréchal d'Ancre devenait tous les jours plus intolérable : le duc de Nevers leva les armes le premier, et appela les princes à la révolte, non pas contre le roi, mais contre le Florentin Concini, qui régnait sous le nom de Louis XIII. Le i o janvier 161 7, le capitaine Vaugré entra dans Soissons avecdes troupes royales, et tenta de se saisir delà ville ainsi que delà personne du duc de Mayenne,
sans toutefois produire un ordre écrit du roi. Le duc 9 iudigaë de cette surprise qui [échoua complètement, dépécha le baron de Linières à Paris, pour porter au roi une lettre où il se plaignait aoièrement des violente^ entreprises faites svat ^a vie et les places de son gouvernement données à feu son père 9 non pour satisfaction ni récompense^ mais pour marque et gage honoral^le de sa fidélité et conduite. Louis XIII, dans sa réponse rédigée par Armand du Plessis, évéque de Luçon (depuis cardinal de Richelieu), annonçait avpir pris en coiisidération la plainte de Mayenne^ et vouloir lui fdUre raison de ce crime ^ le Parlement ayant déjà ordonné que le procès de l'accusé serait Ëiit à Soissons : ce Je ne souffrirai jamais qu'en mon État on pratique impunéqo^t telles méchancetés, disait-il; c'est pourquoi, demeurant dw» les bornes de votre devoir, vous pouvez yo»s assurer que rien ne vous conservera plus sûrement les villes (qui ont autrefois été consignées entre les mains de feu mon cousin le duc de Mayenne votre père), que mon autorité. » Le roi se plaignait, à son tour, des levées de gens de guerre faites depuis peu par le duc de Mayenne pour grossir ses garnis<>ns,et du refus de recevoir le lieuteitopt-^général de Soissons dans la ville, où sa chai*ge l'obligeait de résider, le bannissant de sa demeure au mépris de f autorité royale^ sans autre sujet que r affection qu'il a eue au bien du sers^ice de la couronna. Suivant l'arrêt du parlement,, le sieur Vaugré fiit arrêté à Paris , où il était revenu , puis transféré à Sois-
sons et interrogé par le lieutenant-criminel en présence du présidial : l'accusation tomba d'ellemême. Mais le duc de Mayenne ne dissimula pas davantage : sur la fin de janvier, il réunit à Soissons les ducs de Nevers et de Vendôme , le maréchal de Bouillon , le marquis de Cœuvres, le président Lejay, et d'autres seigneurs de leur parti ; ils délibérèrent de Jaire la guerre ouverte , d arrêter les deniers royaux et de se fortifier aux villes qui ils te^ noient en leurs gouifernemens. Ensuite, apprenant qu'ils avaient été déclarés par le roi criminels de lèse^maji^sté, ik adressèrent de vives remontrances au roi contre le maréchal et la maréchale d'Ancre, qu'ils rendaient seuls responsables de tous les maux d'une nouvelle guerre civile.
Cette guerre commença au mois de mars. Avant cette époque, un arrêt du Conseil avait transporté à Compiègne le bureau dçs finances et l'Élection : le receveur -p générsj n'ayant pu , par empêchement réel ou par mauvais vouloir, quitter Spissons, on commit quelqu'un à sa place pour la racette diss tailles qui furent assises à Compiègne cette année-là. Depuis le mois de janvier, Mayenne ai^it fait exécuter de nouveaux ouvrages de dér f(»sifie sur les plans du chevalier Gayardon, capitaine et major du régiment de Suze, qui figurait dans la garnison : cette garnison s^e composait de treize cents hommes d^ pied, de trois ciexits chevaux, de la noblesse des jenvirons et des boui^eois organisés en milice urbaine; on avait muré la porte Saint-Martin, mais il avait fallu ouvrir une poterne
à côté, dans le mur du rempart, pour la communication de la \ille et du faubourg. En attendant que l'armée du roi, commandée par le comte d'Auvergne, fût assemblée à Crépy en Laonnois, Mayenne, qui s'était retiré à Soissons où il se préparait à soutenir un siège , en sortit avec de l'infanterie et de la cavalerie pour surprendre un des quartiers de l'armée royale à Villers-Cotterets; mais les royaux furent à cheval, dès qu'on sonna l'alarme , et Mayenne rentra dans Soissons , sans autre perte que quatre morts et quatre prisonniers. L'expédition du comte d'Auvergne contre le château de Pierrefonds réussit mieux : cette forteresse, qui avait été assiégée deux fois inutilement durant la Ligue, capitula bientôt à des conditions honorables, avant que la brèche fut entièrement ouverte. On croyait encore que tous les efforts du comte d'Auvergne se tourneraient du côté de Noyon, et l'on s'attendait au siège de cette place plutôt qu'à celui de Soissons. Le 127 mars, deux %vdLnAs Joncets (bateaux plats), chargés de vingt canons avec toutes sortes de munitions de guerre, tentes, poudre, boulets, pics, pelles et sacs, partirent de Paris et remontèrent l'Oise jusqu'à Compiègne. Le jeune roi voulait se rendre en personne dans son camp; mais les remontrances et les prières des Cours souveraines, du corps- de-ville et de ses favoris, le retinrent au Louvre , où se tramait autour de lui un complot hardi pour ôter au maréchal d'Ancre le pouvoir avec la vie. Cependant le siège de Soissons avait été arrêté dans le
Conseil; la possession de cette ville paraissait plus importaute que celle des trois autres , Noyon , Coucy et Ghauny, qui appartenaient aussi au gouvernement du duc de Mayenne; Soissons ëtait la seule des trois qui pût sérieusement inquiéter Pa* ris et le priver de ses subsistances; d'ailleurs , rCy avait aucun doute que, Soissons rendu j elles fussent venues le lendemain à Pobéissance. Le comte d'Auvergne reçut donc Tordre d'investir et de bombarder Soissons.
A la nouvelle de l'approche des royaux, tous les princes ligués réunirent leurs efforts pour la conservation de leur principale place d'armes ; chacun y jeta le plus de troupes qu'il put; le duc de Vendôme y fit entrer deux cents fantassins et y envoya, de La Fère, son ingénieur, qui trouva les fortifica<r tiens susceptibles d'une résistance de plusieu rs mois . Mayenne se préparait avec confiance ace siège qu'on lui annonçait de jour en jour : pots-à-feu, saucisses, artifices, chevaux-de-frise, chausses-trapes , herses, gabions , rien ne fut oublié; de plus , les bourgeois suspects , ceux aussi qui avaient été chasséjs de la ville l'année précédente, furent bannis une seconde fois, et le comte de Suze, gouverneur de Soissons pour le duc, fut autorisé à disposer de la vie et des biens des habitans. Mayenne, tout bon catholique qu'il était , ne fit pas grâce à l'abbaye Saint- Crépin-le -Grand, qui offrait à l'ennemi une position avantageuse et forte : par ses ordres, on mit le feu aux quatre coins du bourg, on brûla les habitations des religieux et le grand réfectoire, la
charpente de Téglise^ les stalles du choeur, les portes, les autels , tout le bois enfui qui eût été propre à aider les travaux des assiégeans. Il était temps de prendre ces précautions; car, le lo avril, le comte d'Auvergne vint reconnaître la ville avec quatre mille hommes de pied et plus de mille chevaux détachés de son armée qui était à une journée de Soissons. Le duc de Mayenne sortit à la rencontre de cette avant -garde, et Veut Jort incommodée , si les gendarmes du maréchal d'Ancre ueussent fait ferme ^ pendant que les Liégeois, levés pour le compte de ce maréchal , pillaient un château qu'ils avaient surpris en chemin. Mayenne se retira donc sous le canon des murailles; le comte d'Auvergne prit son quartierrgénéral à Crouy çt à Bucy , pendant que ses capitaines se logeaient avec leurs compagnies aux alentours de Soissons; les régimens français du maréchal d'Ancre à Mercin; huit. cents piétons et deux cents cavaliers, à Maiipas ; les Liégeois, aux villages de Yauxbuin, de Berzy et de Çourmelles. Quelques jours après, Bussy- Lameth vint camper à Presle., ce qui acheva d'enfermer Soissons à peu près de tous côtés, sauf etitre la Crise et l^s Célestins de Villeneuve, où le passage demeura libre. Aussitôt on traça les tranchées et les redoutes, qui devaient, à l'est, partir des Gélestin8,.gagner l'abbaye Saint-Etienne» passer par Vauroux, et longer la montagne d'Ardre jusqu'à Pomiers, près du pont de bateaux nou* velbment jeté sur l'Aisne pour la communication des qisartier^. On travaillait aussi aux remparts de
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Soissons ; on les garnissait d'artillerie pour répondre au canon de la tranchée. Les soldats du duc de Mayenne manquaient d'abord de vivres et prétendirent s'en procurer, de force, chez les bourgeois; mais il y eut au Beffroi une assemblée municipale, qui se taxa pour un mois à fournir 75 muids de blé et 3oo muids de vin , afin de se mettre à l'abri des exactions de la garnison. Les officiers promirent de protéger les habitans, et, le même jour, ceux-ci furent obligés de subir un autre impôt en achetant du sel aux greniers de l'Élection , afin que l'argent qui en reviendrait reçût une application immédiate dans l'entretien des gens d'armes. Le i3, la tranchée fut commencée, et le comte d'Auvergne siitua de quatre couleui^rines la ville assiégée. A cette canonnade, quelques cavaKers des deux partis se mirent en plaine et se chargèrent avec plus de bruit que d'effet : les assiégés venaient tirer ie coup de pistolet dans les tran-' chées des assiégeans en criant : J moi , coyons , à moi! et les assiégeans les recevaient , le pistolet au poing et cette réponse à la bouche : Çàj tratires ligueurs f çà^ rebelles au roi! Le duc de Mayenne s'exposa lui-même comme un simple escarmoucheur, en allant, presque seul et sans cuirasse, visiter la tranchée au-dessous de Maupas : il en vint aux mains, lui sixième, avec un gros de Liégeois, et se retira vers la ville , après avoir failli être atteint d'une balle à bout-portant.
Cependant la pluie, qui n'avait pas cessé de tomber à flots, retardait beaucoup les travaux de
la tranchée ; le comte d'ÂuvergDe , pour bloquer complètement la ville, envoya Bussy-Lameth avec trois compagnies de Normands loger dans la ferme de Presle, à un demi-quart de lieue de Soissons. Mais^avant que Bussy-Lameth se fût retranché dans cette position , le duc de Mayenne forma le hardi projet d'aller l'en débusquer : coinme ces trois compagnies ne pouvaient ^voir de secours que du quartier de Maupas, Mayenne fit sortir de Sois* sons i5o cavaliers qui s'échelonnèrent en trois escadrons y entre Presle et Maupas. Pendant ce temps-là y il marcha en personne/ avec deux canons et huit cents piétons , contre le poste mal fortifié de Bussy-Lameth , qui ne s'attendait pas à une attaque. Seize coups de canon suffisent pohr enfoncer les barrières et les portes ; les soldats de Mayenne se précipitent à travers les arquebusades , escaladent les murs , occupent toutes les issues et mettent le feu à la ferme. Saui^e les Français! cria-t'On tout-à-coup , et les compagnies de Bussy-Lameth se rendirent, ainsi que leur chef qui fut conduit à Soissons avec les prisonniers. Mayenne n'avait perdu qu'une dizaine d'hommes dans cette braife sortie, que les assiégeans des autres quartiers apprirent parles fuyards quand ils n'y pouvaient plus rien : ils eurent le dépit de voir flotter les étendards de Bussy-Lameth sur les bastions de la ville assiégée. Le comte d'Auvergne ne se pressait pas de prendre sa revanche et continuait^à disposer les batteries de siège^ malgré le mauvais temps, en assurant qu^
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dans quinze jours ^ il serait maître de Soissons : ce que ses capitaines ne croyaient "pa^SjVOjrani la façon dont Use démenait. Ces capitaines, entre autres le seigneur de Thémines et le duc de La Rochefoucauld, impatiens de leur inaction, s'avançaient jusque sur le bord du fosse pour montrer qu'ils ne craignaient pas les mousquetades et pour s'en faire tirer: quand on ne les arquebusait pas, ils en venaient aux injures^ sans vouloir retourner qu^ils n'eussent vu le feu de la place. Enfin les batteries tonnèrent à la fois, le 1^4» ^^ plusieurs côtes : six pièces d'artillerie, sur la montagne d'Ardre; deux, sur le mpnt Marion; deux, à Vauxroux; deux, à Saint- Étienne, et huit des plus grosses, à Saint-Médard. Ces diernières produisirent plus d'effet que les au^ très, et, au bout de quelques heures, elles avaient fait taire làcontre-batterie du bastion Saint-Crépin, reuversé un pan de courtine entre les deux bastions de Saint- Waast et de Saint-Médard , et entamé de telle sorte la brèche du faubourg, que le lendemain on y aurait donné l'assaut, kxx milieu de la nuit, Tavannes arriva en poste au camp du comte d'Auvei^ne, et lui apporta l'ordre de. supercéder toute hostilité contre Soissons. E^esque en même temps, le duc de Mayenne sut, par un messager, que, le jour précédent , à dix heures du matin, le maréchal d'Ancre avait été tué d'un coup de pistolet sur le pont du Louvre , et que le jeune roi s'était affranchi de la tutelle de sa mère.
A cette nouvelle, Mayenne rendit grâces à Dieu^ sur les remparts où, ilétaity et lorsque les seigneurs
de l'armée du roi s'approchèrent des fossés pour s'exposer , après boirej aux mousquetades , on leur cria du bastion Saint-Waast : a — ^Messieurs, retirezvous, le maréchal d'Ancre, votre maître, est mort ! le roi , notre maitre , t'a £iit tuer. » Us ne comprenaient pas encore ce qu'on leur voulait dire. Le lendemain, la mort de Concini était connue de tout le monde. Mayenne ordoni;i^ d'ouvrir les portes à ceux des assiégeans qui denianderaienl à entrer dans la ville, où le clergé faisait une procession solennelle et chantait un Te Dmm ; le camp et la ville allumaient des feux de joie, et ny amt plus de différence entre les Français assiégeans et assiégés : ce tC étaient entre eux que visites^ embras* sades et traitemens. Le comte de Suze^ envoyé au roi par Mayenne, avec les cUfs.de Sûdssons, la» présenta, le soir même de son arrivée, àLouisXIU^ et lui dit : « Sire , Soissons , dont je viens préseu* ter les clefs à Votre Majesté , a'a jamais été fermée qu'à un étranger, que la voix publique avait déclaré ennemi de l'Etat çt cpn traire à la paix, Maisy puisque sa mort donne le repos à vo$ sujets, il est juste que la ville, qui était la première dans l'oppression, soit aussi des premières à vous reconnaître pour son libérateur. Car enfin ce coup hardi de votre justice a sauvé les Soisson nais, et la liberté qui leur est rendue vous a plus acquis de gloire que n'eût fait la prise de plusieurs places , ni la suite de plu* sieurs victoires..... Les Soissonnais, sur qui est tombé le &rdeau de la guerre, supplient très^huiD" blement Votre Majesté qu'elle leur fasse goûter la
douceur de la paix avec le reste de la France et qu'elle retire Tannëe des environs de leur ville , pour y rétablir le cooimerce et la tranquillité, » Le roi promit tout ce que Mayenne lui deniandato ; en effet, l'armée du comte d'Auvergne s^ëloigna de Soissons, le 2 mai, tandis que les princes, vernis en grâce par lettres*patentes , revenaient à la cour, où M. de Luynes, favori du roi, avait pris la place deConcini, favori de Marie de Médicis.
Les boni^eois que Mayenne avait chassés de Sois* sons, y rentrèrent en sûreté; l'avocat du roi. Les* guiller , fut rétabli à son poste. Le duc de Mayenne avait quitté la ville pour toujours : l'année sui* vante, on lui donna le gouvernement de Guyenne au lieu de celui de l'He de France , que le nouveau favori se réserva pour être à proximité de la cour. Luynes envoya d'abord à Soissons, comme soti lieutenant, le sieur de Bonneval,et vint lui-même dans cette ville, le 3o septembre, veille du jour où Louis XIII y passa en se rendant au pèlerinage de Notre-Dame de Liesse. Peu de temps après, Luynes, devenu duc et pair , ayant épousé la fille du duc de Montbason , transmit à son beau-^père le gouverne-
• Hist» de la mère et dujils, Hist. de Louis XI JI^ par Mathieu. Mercure français ^ t. m et iv. Dormay, t. n, p. 553 et SUIT. Reaieil des EtatS'^Génér.^ t. XTi et xvu. Mém* d'Arnauid d'Andilly, de Fonteuay-Mareuilj de Basjsom* pierre^ etc. Le siège de Soissons, en 161 7, a fourni unefoule de petites particulîarités curieuses à la plupart des mémoiSres de l'époque; mais nous avons dû, faute d'espace, nous borner au récit, pour ainsi dire, officiel^ du Mercure français^ où les faits paraissent exacts, quoique les noms de îeux soient presque tous défigurés.
ment de Soissons et de File de France. Le duc de Montbason ne parut que deux ou trois fois à Soissons^ où il eut pour lieutenant le sieur Hébert Jusqu'en i6a8, et le sieur Sanguin, jusqu'en i653. Dans un de ces séjours peu prolongés, le duc se fit connaître de la ville en appointant un différend qu'elle avait depuis long-temps avec le présidial, au sujet d'un conflit de juridiction. Le siége*de 1617, bien moins désastreux que le siège de i4i4? avait laissé pourtant des vestiges qui ne s'effacèrent pas aussitôt que tout fut rentré dans l'ordre : les fortifications du bourg d'Aisne avaient été tellement endommagées, qu'il fallut les rétablir à grands frais en i635.L'abbesse de Saint-Étienne, qui avait subi tous lesinconvéniens du voisinage de Soissons sans être protégée par les murs delà ville, transporta par échange, avec le consentement de l'évéque, la résidence de sa communauté à Reims, dans le prieuré de Saint- Paul , et les religieux de ce prieuré passèrent dans l'abbaye Saint-Étienne, qui fut appelée, depuis cette métamorphose, le prieuré deSaint-Paul-du-Val-des-Écoliers. L'évéque, qui permit aux moniales de partir, empêcha leurs reliques de les suivre, et les châsses de saint Rufin et Saint -Valère furent alors déposées dans la cathédrale : une procession annuelle à l'entour de la ville perpétua le souvenir de cette translation. L'abbaye 5aint'Crépin-le-Grand resta en ruines pendant plus de douze ans; les réparations indispensables avaient été estimées à 7,o5o livres, et l'abbé ne réunit cette somme qu'en aliénant 1«
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temporel ; il alloua 75 livres à chacun des religieux pour se faire des logis dans leur enclos. L'abbaye Saint-Médard avait été fort ébranlée par les batteries de siège: léaa novembre i6ai, àdix heures du matin, la grande église de Sain t-Médard, Sain t-Sébastien et Sain t-Grégoire, s'écroula tout entière avec un fracas épouvantable qui fit trembler le faubourg Saint- Waasty et s'entendit de l'autre côté deTeau. L'abbé Hotman^ qu'on nommait plaisamment l'abbé cornédbtoZ/v (mangeur) de Saint-^Médard, n'avait rien dépensé pour prévenir cette ruine, que les dégradations de l'édifice annonçaient tous les jours plus imminente; il ne s'empressa pas de relever cette célèbre basilique.Dans le même temps, une nouvellecongrégation religieuse avait été reçue à Soissons, avec l'approbation de l'évéque, qui se montra très bien disposé en faveur de cet établissement, encouragé par le corps-de»ville : c'étaient les filles de Notre-Dame , instituées pour l'enseignement de leur sexe; elles se proposaient de fonder un couvent sur un emplacement acheté de leurs deniers; mais, Louis XIII leur ayant accordé en 162!» l'église de Saint-Crépin-le-Petit , avec le droit d'acquérir deux arpens de terrain à l'entour, elles s'y installèrent et s'engagèrent à conserver non-seulement la confrérie du Saint-Crucifix, qui avait son siège dans cette église, détruite par les huguenots, mais encore les privilèges, de la confrérie de l'Arbalète qui l'avait fait réédifier à certaines conditions : les filles de Notre-Dame promirent d'entretenir la chapelle des Arbalétriers, de linge, vases, ornemens et sonne--
ries y en respectant les insignes de la confrérie^ lesquels étaient trois arbalètes en sautoir, gravées survies cloches y et peintes sur les vitraux; de plus, les confrères devaient avoir à perpétuité leur sépulture à Saint-Crépin-le'^Petit, qui prit le nom de Congrégation Notre-Dame. Cette, congrégation, utile et estimée dans la ville^ se composait de quarante religieuses au XVIII« siècle '.
Mais Soissons ne respirait pas encore : après la guerre éclata la peste; elle se déclara dans une maison de la rue de la Buerie, cet ancien foyer pestilentiel du lit de la Crise, et se propagea rapidement dans plusieurs quartiers. Les échevios, pour arrêter la contagion, résiolnr^it d'isoler les pestiférés : on construisit pour eux plusieurs loges autour des murs* de &t*CrépÎQ-»en«Chaye ^ et trois capucins, qui se dévouèrent pour s'y enfermer avec les malades, furent victimes de leur zèle et périrent ainsi que ceux qu'ils assistaient. On porta en procession à l'abbaye Notre-Dame les châsses des saints Sébastien, Grégoire et Médard, on exposa le saint-sacrement, on fit des prières de quarante heures : il y eut quelque relâche dans le règne du fléau,'quidurail depuis quin^r mois 9 et l'on attribua aux reliques de l'abbaye Saint-rMédârd l'amé- Uoration de 1^ santé publique» Ce fixt au commencement de cette épidémie que Soissons perdit son évêque, ftiort le 17 février 162 3, dans l'opéra-
* Dormay^t. ii, p. 646 et suiv. Hist. de saint Crépiriy mss. Mss. de dbm Grenier, paq. a8, n<>i. Mss. de Rousseau et de Cabaret.
tion de la pierre; prélat d'un caractère humain et tolérant, puisqu'il autorisa, malgré son clergé, l'enterrement d'une femme qui s'était pendue par faiblesse et esprit. Le successeur de Charles de Hac* queville fut Simon Legras, qui avait été auoàè* nier d'Henri IV, et qui s'était mis si avant dans les bonnes grâces de Louis XIII, que le roi lui fit expédier plusieurs brevets d'évéchés à mesure des vacances, et que celui de Soissons resta enfin à cet abbé de cour. Simon . Legras fut consacré à Paris le 17 novembre i6a4? par l'archevêque de Rouen, et ne prit possession de son évéchéque l'an* née suivante* Sa nomination n'avait eu que pavi de retentissement à . Soissons , où toutes les abbayes et toutes les paroisses étaient en émoi à cause de la déc*ouvefte d'un trésor considérable trouvé dans un champ nommé VAssaul. dé Cologne ^ près de Rosôy. Ce trésor, composé de lingots d'or et d'arg^it {«-ovenant de la fonte des reliquaires et des vases sacrés de l'église de Soissons , avait été enterré en cet endroit par les huguenots , qui le portaient au prince dé Condé en j 568 , et qui se virent tout-'à^coup entourés de partis catholiques : depuis, ces huguenots avaient péri sans confier leur secret à personne, ou bien n'avaient pu re* trouver le lieu de leur cachette? Quoiqu'il en fût, les préteodans ne manquèrent pas pour le partage du trésor : c'était d'abord l'abbé de Saint- Jean^es^Vignes , comme seigneur du territoire de Rosoy; c'était ensuite le seigneur d'Oulcby , qui tirait quelque redevance du champ de \ Assaut de
Cologne', puis, le propriétaire de la pièce de terre où le trésor était caché; puis, ceux qui l'avaient découvert, puis enfin, le Qiapitre de la cathédrale, l'abbaye Saint-Médard , l'abbaye Notre-Dame, qui voulaient reconnaître dans ces lingots leurs châsses, leurs croix et leurs chandeliers. Le roi, averti de cette trouvaille, ordonna de peser tout ce métal, et de le convertir en pièces de monnaie, pendant que le procès continuait entre les opposans : il y avait trois masses d'or, pesant ensemble centt rente-deux marcs , cinq onces, deux gros d'or à douze et treize carats, et quatre masses d'argent de soixante-sept marcs à différens titres ; ces masses étaient marquées de T couronnés, qui servaient à les distinguer entre elles. Après trois ans de débats au Parlement, le trésor fut alloué au seigneur de Rosoy, l'abbé de Saint-Jean-des-Vignes , lequel s'en dessaisit en faveur de ses religieux, à la charge d'ériger dans leur église un grand autel de bronze doré.
Un événement qui produisit à Soissons presque autant de rumeur que le trésor de Rosoy, ce fut la mort du bienheureux Pierre Moreau , qui avait pris l'habit de Minime dans le couvent qu'il enrichit de tant de bienfaits à Soissons. Pierre Moreau, de qui la dévotion et les austérités étaient admirées par tout le diocèse , ce digne vieillard, que l'on venait voir et entendre comme un saint , se croyait toujours tourmenté par le démon, dont il avait été jadis possédé\ devenu aveugle à l'âge de soixantedouze ans, il mourut le 3i mars i6ti6, et fut
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inhume dans Tëglise des Minimes , par ordre de révéque , au pied du grand-autel. Aussitôt les miracles commencèrent devant son tombeau : les guérisons se succëdaieqty de plus en plus bizarres et merveilleuses. Les religieux du couvent favorisèrent cette disposition à croire aux mérites du nouveau saint : la princesse d'Elbeuf, coadjutrice de Notre-Dame, obtint le cilice du pieux Minime ; la calotte qu'il portait de son vivant acquit bientôt une puissance miraculeuse : on la mettait sur la tête des malades; car, disait-on, nul ne mourait coifie de cette calotte. Par malheur, elle tomba dans les mains du curé de Saint-Remy , à l'époque du jansénisme, et ce curé rigoriste, de concert avec qnelques-uns de ses confrères, brûla lui-même cet objet de superstition, lequel ne sortit plus de ses cendres. L'évéque de Soissons, quoique résidant d'ordinaire à la cour, et tout occupé de hautes questions ecclésiastiques dans les assemblées du Clergé de France , avait a cœur d'augmenter par des fondations la prospérité de son diocèse : au commencement de i6!i8, il changea en abbaye d'Angustines le prieuré de Saint-Paul-du-Val-des£coliers, en faveur de Françoise Lecharron, pour laquelle le prieur Mathurin Ruelle avait renoncé à son bénéfice ; cette espèce de réforme induisit en dépense considérable la première abbesse , qui de^ puis quitta l'habit deSaint-Augustinpour reprendre celui de Citeaux qu'elle avait d'abord porté, et passa dans une autre communauté. L'abbaye Saint-Paul eut jusqu'à la Révolution vingt-deux à
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vingt-quatre dames de chœur. En 16299 Simon Legras coopéra eùcore à rétablissement d'un couwenty dû aussi à la piété du maréchal d'Ëstrées et de sa femme. Soissons possédait une maison de chacun des ordres religieux, à l'exception des Feuillans; cette considération ne fut pas étrangère à l'accueil empressé qu'ils y reçurent :leur monastère et leur église s'élevèrent rapidement sur un terrain acheté par leurs fondateurs dans la paroisse Saint^Martin. Ces bâtimens, vastes et bien construits, avaient vue sur la rivière ; ils ne furent achevés qu'en 17^5. La famille d'Ëstrées, qui choisit l'église des Feuillans pour sa sépulture, y vit enterrer son dernier duc en 1738, auprès de dixhuit tombeaux de ses ancêtres. Ce couvent , qui n'entretenait que quatre moines au XVlir siècle, était si pauvre à cette époque, que le plus clair de ses revenus consistait dans la location des lieux réguliers et des jardins.
L'abbaye Saint-Médard avait tellement souffert dépuis soixante ans, que Tabbé Hotman dut bàtiï- en quelque sorte une nouvelle abbaye dans l'enceinte de l'ancienne; il commettiça par l'église pour laquelle il obtint des soïnmes énormes, à titre d'aumône et de donation ; mats il en appliqua une partie à son usage particulier; de plus, dès Tandée ï6î21, le roi l'avait autorisé à vendre six arpens de bois de haute futaie dans la foret de Retz, pour en tirer de l'argent destiné à ces travaux il l'abbé s'empara du produit de la vente et le dissipa. Enfin, la première pierre de l'église fut
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posée le 3 juillet i63o , en présence de MM. de Bussy-Lametfay d'Haraucourt, de Lorges et d'autres personnages de qualité, vassaux de Saint-Médard. L'abbé n'assista point à cette cérémonie , accompagnée d'un festin qui ne coûta que 60 liv. 3 sols; mais il eut Timpudence d'envoyer une médaille de cuivre frappée en son honneur pour perpétuer le souvenir de cette mesquine fondation. Cette médaille , qu'on scella sous la première pierre et qu'on distribua aux assistans, représente d'un côté l'effigie du roi avec cette légende : lots xiii r. d. fr. et
D. JXX. l'ÉGL. d. st. MARD. a. esté REBASTIE. P'. REG.y
et sur le revers, l'écu d'armes croisé et mitre de Hotman, avec des palmes et des lauriers, portant pour exei^ue : m*", m*, jfr. hotman. c. en. la. cour. ABBÉ, st.-^mard. d. soissoits.L'égUse fut entièrement construite dansl'espace de quatre ans, mais avec une parcimonie et une négligence que l'abbé corné" dataire n'eut pas seul à se reprocher : car l'architecte, qui était calviniste, donna la forme d'un prêche à cette église, ne la voûta pas, ne J'envi*ronna pab de chapelles : 3a,ooo écus seulement furent dépensés dans cette construction qu'on essaya depuis de rendre plus orthodoxe par 1 adjonction de deux chapelles dédiées à Saint^Grégoire et à Saint* Sébastien. François Hotmah ne se contenta pas de manger le temporel de son abbaye, il la laissa se relâcher dans sa réglé, au point que les huit religieux qui y restaient vécurent long-temps à leur* guise, sans frein ni loi. Lorsqu'il mourut en i63ô, Saint-Médard, malgré son église neuve , ressemblait
à une grande ruine : le cloître était rempli de décombres; l'église de Ste-Sophie croulait de toutes parts; les voûtes du chapitre et du réfectoire s'étaient effondrées; l'herbe poussait dans les dortoirs. Partout les traces de l'abandon et du désordre ; partout des débris et des masures. Tous les ornemens du culte se composaient d'un calice d'étain et d'une aube en lambeaux. Une réforme complète de cette abbaye devenant indispensable, la congrégation des bénédictins de Saint-Maur en futchargéeau mois dû mars 1 637 : les religieux de Saint-Maur , à leur arrivée dans ce monastère délabré , ne trouvèrent pas un toit pour se mettre à l'abri des intempéries de l'air : ils furent forcés de se loger dans le bâtiment qu'on appelait Prison de Louis-le-Débonnairey et ils y passèrent plusieurs mois, jusqu'à ce que les lieux fussent en état de les recevoir. Ce bâtiment leur servait à la fois de dortoir, de réfectoire, de chapitre , d'infirmerie et de chambre d'hôtes : ils se rendaient à l'église en plein air, à travers la neige et la boue. Mais leur zè^e , leur patience et leur assiduité triomphèrent de ces obstacles, et Saint-Médard, comme tous les couvens réformés par la congrégation de Saint**Maur, revint par degrés à une situation honorable et florissante '.
La réforme de St-Médard se prépara sous les auspices menaçans d'une invasion étrangère : les Espagnols avaient passé la Somme à Cerisy, le 4
' Dormay, t. ii, p. 55o et suiv. Mss. de Rousseau et de Cabaret. Fie de P. Moreau^ par le P. Gîry. Voyage liu. de deux bénéd,. t. u. Mâs. de dom Grenier, paq. 28, n^ i*