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août i636, et s'étaient répandus dans la Picardie, en désolant tout sur leur passage. Les églises et les abbayes étaient sans privilège devant ces furieux , qui tuaient jusqu'aux petits enfans, et qui commettaient mille cruautés inouies , même sur les prêtres et les moines; aussi, la plupart des monastères demeurèrent-ils abandonnés dans la Picardie, la Champagne et l'Ile-de-France : religieux et religieuses se retiraient, avec leurs reliques et leurs bourses, dans les villes fortifiées. Le duc de Montbason vint à Soissons afin d'accélérer la levée du ban et del'arrière-ban. L'armée française, sous les ordres de Louis de Bourbon, comte de Soissons, s'avança pour reprendre les places que l'ennemi avait prises et pillées ; mais le comte de Soissons fut contraint de ramener ses troupes sur Gompiègne et de se soumettre aux plans de campagne du cardinal de Richelieu, avec lequel il était en querelle ouverte , et qu'il se flattait de renverser du ministère en secondant les desseins du duc d'Orléans. Après la reprise de Corbie, le comte alla voir le roi à Paris et lui demander où établir les quartiers d'hiver, puisque les Espagnols battaient en retraite vers les Pays-Bas; mais, n'ayant pas obtenu ce qu'il réclamait et étant prévenu qu'on voulait l'arrêter ainsi que Monsieur, il retourna brusquement à l'armée , se mit à la tête de quelques partisans , et entra dans le Soissonnais, pour y allumer la révolte : il ne rencontra pas les sympathies qu'il attendait, et les bourgeois de Soissons, de peur d'attirer sur eux le courroux du cardinal, fermèrent
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leurs portes au rebelle, qui futobligé de faire jeter un pont de bateaux sur l'Aisne, entre la ville et Saint-Crépin-le*Grand,pourassurersa fuite.Il chercha un asile à Sedan, chez le duc de Bouillon, et y séjourna quatre années consécutives, en protestant de sa fidélité au roi qui le regrettait et le rappelait sans cesse. Enfin, implacable dans sa haine contre le cardinal , il pactisa avec l'Empire et TEspagne , et envahit la Champagne, à la tête d'une armée de mécontent français et d'auxiliaires impériaux, en i64i; son courage et son habileté eussent été funestes à Richelieu^ s'il n'avait été tué à l'âge de 87 ans , dans un combat où la victoire lui restait. Il ne laissa qu'un fils naturel qui fut connu sous le nom de chevalier de Soissons : sa nièce et sa sœur se partagèrent sa succession. Sa sœur ainée, Louise, duchesse de Longueville, morte avant lui, n'avait eu qu'une fille, Marie, damoiseUe de Lori' guenille ^ laquelle, non encore mariée avec Henri II de Savoie, duc de Nemours et d'Àumale, hérita d'une partie du comté de Soissons, sans toutefois en porter le titre; mais sa seconde sœur, Marie
de Bourbon , qui avait épousé Thomas-François de Savoie, prince de Carignan , s'intitula comtesse de Soissons, aussitôt que la mort du dernier comte lui eut donné un droit de partage sur la mdîtié indivise du comté. La princesse de Carignan transmit , de son vivant, sa portion dans le comté à son troisième fils Eugène -Maurice, qui fut le chef d'une nouvelle branche de comtes de Soissons , laquelle ajouta tant d'éclat à ce nom, en l'associant
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un moment à celui du Prince Eugène. Le comté, ainsi subdivisé en trois parts inégaies, ne donnait à chacune qu'un revenu relatif et proportionnel , sans aucune espèce de pouvoir féodal, quoique l'évéque de Soissons commençât vers cette époque le grand procès au sujet de la mouvance du comté qu'il disputait au roi. Les revenus du comté étaient alors tellement séparés de toute prérogative et de toute influence politique, qu'en 1646, la moitié du domaine de ce comté appartenant à la couronne, et les revenus qui en dépendaient, furent aliénés par adjudication et cédés à Roger, sieur de Lon-»gueval et Leuilly, plus offrant et dernier enchérisseur^ pour la somme annuelle de 8,196 livres, compris les 2 sols par livre. Cette aliénation, dont les commissaires étaient le marquis d'AJigre et Colbert^ ne produisit pas plus d'étoqnement que s'il se fut agi d'un pré ou d'une maison , et le comté se trouva assimilé ainsi à une ferme. '.
Ce ne furent pas les Espagnols , mais les réfor" misûesy qui tentèrent un coup de main contre l'abbaye Saint- Jean rdes-Vignes. Depuis plusieurs années, le cardinal François de La Rochefoucauld avait reçu un bref papal pour réformer les chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Benoit et de Saint-Ber* nard : or, comme il était abbé de Sainte-Geneviève de Paris, il désirait faire adopter partout les statuts de cette congrégation canoniale. Quel-
' Mercure franq. t. xxi. Mém, du card. de Richelieu. Hist. des gr. off. Morery, art. Savoie. Mss. de Rousseau.
ques moines brouillons de Saint- Jean «des-Vignes tramèrent un complot avec le père Faure, coadjuteur de Tabbé de Sainte^eneviève, et, le 4 juillet i64o»ie père Faure, escorte de douze ou treize de ses chanoines , avec lesquels il était censé faire un voyagea Notre-Dame-de-Liesse, s'arrêta dans l'abbaye, sur les huit heures du soir, lorsque la communauté venait de se retirer au dortoir. Les nouveaux venus s'emparèrent du monastère et publièrent dans la salle capitulaire la réforme de Sainte-Geneviève. Avertis de cette entreprise^ les moines de Saint-Jean sortent de leurs chamhves et s'apprêtent à la résistance, pendant que les usurpateurs chantaient au chœur le TeDeum^défi tout fiers de leur succès. Mais un des frères, étaut monté à cheval, courut jusqu'à Compiègne pour annoncer à Tévêque ce qui se passait et solliciter son intervention. Simon Legras, irrité de ces violences, envoya son grand-vicaire menacer d'inte^ dit les auteurs d'un pareil acte et faire chasser ces intrus par les sergens de l'évêché. Pendant ce temps-là les Joannistes avaient conclu et arrêté entre eux que l'abbaye demeurerait dans une exacte observance des anciennes coutumes , sans rien chari' ser ni innover à la substance (ficelles. Saint- Jean-des-Vignes en effet était une des maisons religieuses les moins relâchées du diocèse , et , quoique ses abbés commendataires, choisis panni les familles princières et les grands dignitaires d« l'Église, restassent à peu près étrangers au régime intérieur de leur communauté, celle-ci secondui-
sait avec décence et régularité. Les religieux s'occupaient d'études théologiques et historiques, alimentées par une bibliothèque nombreuse et bien choisie, formée parles soins de phisieurs chanoines savans et lettrés. Les annales de Soissons et de son Église oflraient surtout à ces laborieux compilateurs un sujet inépuisable de recherches.
Dès le seizième siècle, op avait commencé à travailler sur les antiquités de Soissons. Un bourgeois de cette ville, nommé Nicolaâ Berlette, consacra le peu de temps qu'il vécut à dépouiller les archives du comté et à composer de courtes dissertations relatives aux gens de métier, aux confréries, au prince delà Jeunesse^ et à quelques anciennes coutumes de Soissons; mais la mort l'arrêta au milieu de son ouvrage, et l'enleva, en 1 5^2, à l'âge de vingtcinq ans. Lancelot Mariage , son ami , l'avait aidé pour le rassemblement des matériaux de ce livre qui n'était qu'ébauché. Jean Duchesne, avocat, hérita des papiers et des manuscrits de Berlette, en épousant sa veuve; il se proposait de compléter l'histoire de sa ville natale, mais il n'ajouta qu'un petit nombre de notes à la rédaction primitive, et remit l'original avec ses additions à Michel Berthin, natif de Micy, chanoine de Saint-Jeandes- Vignes, qui avait souvent éclairé de ses lumières Nicolas Berlette et qui connaissait à fond les origines soissonnaises, ainsi que la numismatique. Michel Berthin avait l'intention de compulser de nouveau les archives de la ville et des comtes, que le bailli du comté ^ Ronduel, devait lui com-
muniquer. Une maladie calculeuse et la malignité du temps ne lui permirent pas d'entreprendre cette tâclie effrayante; il se borna donc à suivre les extraits de chartes et de registres que Berlelte avait laissés 9 et à refondre entièrement l'opuscule diffus et inachevé de ce dernier, en remplissant les lacunes 9 en coordonnant l'ensemble et en le distribuant par livres ( il y en a vi ou viii, selon les manuscrits). Berthin aurait sans doute publié cette histoire y fort estimée déjà, quoique inédite, si les infirmités n'eussent affligé la fin de sa carrière qui se termina sou^ la Ligue. On écrivit sur son épitaphe : Hebraicèj grcecè, et latine doctus f ad colligendas hujusceurbis Suessonîcœ antiquitates se convertit^ iisque tandem immortuus^ laudabilifine quiei^it. i SgS. Les contemporains de Berthin répandirent dans le diocèse quantité de copies du Recueil des antiquités et choses mémorables adifenues en la ville et pays de Soissons , depuis sa première fondation. Pendant plusieurs années , on ne songea pas à refaire ce recueil disposé selon la coutume des chroniqueurs. Les chanoines de Saint-Jean-des-Vignes dirigèrent d'un autre côté leur érudition et leur critique : Nicolas de Beaufort rédigea, d'après les légendaires manuscrits , un vaste supplément aux Vies des Saints de Surius , et prépara même l'impression de ces nouvelles Vies qui servirent beaucoup les bollandistes;un autre chanoine , Pierre Legris, qui vivait dans ce temps-là, pensa que son ordre et son ^bbaye n'étaient pas moins dignes que Longpont
d'avoir un historiographe : il rivalisa donc avec le père Muldirac, auteur du Valois royal ^ de la chronique latine de rabt)aye de Longpont et du Spéculum Suessionense ^ tableau historique du diocèse, malheureusement incomplet et inédit. Pierre Legris fît paraître d'abord une histoire des Chanoines et des Chanoinesses réguliers, depuis leur établissement (Paris, i6i5, in-4.), volume rempli de choses neuves et de pièces curieuses; ensuite, il écrivit l'histoire de Saint-Jean-des-Vignes (Paris, 1619, iu-8.), dans un latin excellent, après avoir lu et comparé tous les documens qui avaient échappé au- sac du monastère par les huguenots. Deux ans après la mort de Pierre Legrîs, en i633, Claude Dormay, né à Cuisy, prit l'habit à Saint- Jean où il enseigna toute sa vie la rhétorique , la philosophie et la théologie. C'était un homme àiWie science consommée et d'une modestie pleine! de douceur et d'affabilité : il passait les jours et une partie des nuits au milieu de ses livres, et il approfondissait avec une ardeur infatigable les sujets les plus divers, soit en histoire, soit en polémique religieuse , soit en archéologie ; mais ce fut toujours à la connaissance des antiquités locales qu'il s'adonna de préférence : il fouillait sans cesse les chartriers des abbayes et des paroisses; il recueillait la tradition orale; il rassemblait des journaux manuscrits. On savait qu'il préparait une histoire de Soissons, long-temps avantqu elle fût mise sous presse : une dame noble, Jeanne de Blécourt, veuve de messire de Margi-.
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val 9 encourageait Claude Dormay à poursuivre cet ouvrage , qu'elle avait vu naître dans sa maison et s^ avancer par ses ordres,
Dormay fut devancé par un historien soissonnais, qui ne se piqua pas d'épuiser le sujet, et qui ne fit que réunir une analyse de differens titrer tirés des archives et des cartutaires de quelques monastères du diocèse. MelchiorRegnault, conseiller au présidial, en imprimant sou Abrégé de t histoire de r ancienne ville de Soissons (Paris , i633 j in-S"*), ne vouktil donner qu'un extrait de ses mémoires y et prendre date pour une œuvre plus étendue et plus parfaite : néanmoins , ce petit distours y comme il l'appelle lui-même dans sa dédicace à Louis de Bourbon , comte de Soissons , fot accueilli favorablement , et l'on regretta que Fauteur, qui avait su le premier établir une somnmre déduction généalogique des anciens comtes dudii lieUf ne continuât pas à porter la lumière dai^s l'obscurité des annales soissonnaises : on nerenaarquapas ses erreurs et surtout ses omissions ; on lui tint compte d'avoir déchiffré bien des chartes, et les preuves de son Kvre furent plus estimées que le livre même. Trente ^na fi^près lui, Etormay publia un volume de son Histoire de la ville de Soissons et d^ ses rois , dites, comtes et gouverneurs, e»€C une suite des évéqms, dédiée à sa protectrice la daroe de Margival , qu'il proposait pour modèle aux personnes de sa condition et de son sexe. Cette histoire, dont le second volume plus considémbte «^ plus important que le premier, un peu trop dénué
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de critique, parut, l'anDëe suivante, avec une nouvelle dédicace de consolation à oiadame de Margival, qui venait de perdre son fils. Ces deux volumes, fruit d'un prodigieux travail et d'une érudition profonde, furent imprimés dans le format in-4^ à Soissons, par Nicobs Asseline, imprimeur et marchand libraire , rue dés Cordeliers. Dès que l'ouvrage se fut répandu parmi les savans, il prit rang entre les plus estimables de ce genre , quoique le style en fôt tour à tour plat et ampoulé , quoique la première partie manquât de clarté, de justesse et d'intelligence, car il cite Tautorité de Cérose à côté de celle de César. Néanmoins , son livre fut recherché , et devint rare , aussi bien que le traité du sacre des rois de France qu'il avait donné au public en i655, sous le titre de Décora Franciœ. Un autre écrivain, un autre religieux, élaborait une histoire de Soissons, en même temps que Dormay, et se promettait bien de lui disputer son succès : Marie Bonaventure Gilleson , bénédictin de la congrégation de Saint- Maur à Saint-Crépin-le-Grand, se livrait dçppis plu sieurs années à Texploration scrupuleuse des documens propres à servir de base à l'histoire du Soissonnais : selon l'esprit de son ordre , il se faisait aider de mémoires,, de livres et de copies par s^s confrères, qui apportaient chacun quelque pierre aux monumens scientifiques élevés par la congrégation; enfin, Gilleson avait achevé tous ses manuscrits pour ^impression, en 1664, cinq volumes in-f. d'Annales et de Mémoires sur Soissons:
les dédicaces étaient offertes et acceptées, les plans levés y la publication annoncée, lorsque l'ordre, des supérieurs ou la mort de l'auteur , ou quelque circonstance grave , vint se jeter à la traverse y et envoyer tous les papiers de Gilleson s'enterrer à la bibliothèque de l'abbaye St-Germaindes-Prés de Paris, où là Révolution les trouva tout poudreux pour les confier à la Bibliothèque du Roi. Ces manuscrits, dont l'écriture illisible est un épouvantail pour les plus hahïiesdiphmatùtesy contiennent sur l'Eglise de Soissons une foule de particularités et de pièces que Dormay n'a pas connues, et qu'il faut deviner sous une écriture vraiment hiéroglyphique. L'impression de ces Mémoires dépendait peut-être du refus d'un privilège et d'une approbation du roi; car on croit deviner, dans les préliminaires de l'auteur, qu'il se plaint de certaines manoeuvres malveillantes. Gilleson ne devait pas être le dernier historien de Soissons, ni la dame de Margival , la dernière protectrice de l'histoire de cette ville.
* Hist. de St-'Jean^des-Vig. p. 177 et suîv. Mss. de Rousseau. Mâs. de Berlette : préface de Mich. Bertio. Préface de Dormay^ On ne comprend pas pourquoi Dor^ may, qvi vécut jusqu'en 1671 ^ ne fut pas de l'Académie de Soissons. Il parait que les religieux de St-Jean-des-Yignes copiaient le /teci/et/ de Berlette, soit pour vendre, soit pour donner ces copies, ténioin cette note dulMlss. que nous a communiqué M. Guillaume Lucas ,.de Reims» numismate àidiin^èiŒnlaJinde Van lÔQ^^faifait copier ce présent discours par un religieux de S t' Jean qui a V original** Les Mss. de Gilleson sont uniques, et malheureusement on ne les a jamais pu lire d'un bout à l'autre, à cause de leur infernale écriture. La bibliographie des historiens de Sois-
Claude Dorniay enregistrait, en 1640, sans sortir de Saint* Jean-des-Vignes, tout ce qui se passait dans Soissons, lorsque Louis XIII 7 vint pour la dernière fois cette année-là, et y resta quelques jours sur la fin de mai : il logeait à l'Evéché, en témoignage de son affection pour l'évéque Simon Legras. Un gentilhomme arriva d'Italie et lui apporta treize drapeaux pris sur l'ennemi à la levée du siège de Casai. Le roi fit chanter un Te Deum à la cathédrale , où il alla lui-même faire appendre aux voûtes- ces drapeaux espagnols, en mémoire de sa victoire, que toutes les confréries de iSoissons célébrèrent par des réjouissances et des feux de joie. Le séjour de Louis XIII en 1640 amena probablement la décision prise par le corpsde-yille pour rétablissement des fontaines publiques : Soissons n'avait que des puits; les seules fontaines qui s'y trouvassent appartenaient à Notre-Dame et à Saint-Jean-des-Vignes ; les sources de la montagne Sainte-Geneviève, lesquelles donnaient de l'eau . à l'abbaye Saint-Jean depuis quatre siècles, furent donc conduites par des tuyaux en terre cuite à de grands réservoirs situés dans la plaine d'Orcamp : la première fontaine , destinée à alimenter les autres, fut placée au coin de la rue des Feuillans, laquelle. devint alors la rue des
sons nous est fournie . en grande partie par les notes de M. Fiquet ; on voit dans ces notes que Nicolas Lespaulart, qui a raconté la ruine de Saint-Grépin-le-6rand avec tant de naturel et d'esprit, s'était occupé des antiquités seissonnaises avant Berlette> qui eut communication des matériaux rassemblés par le prieur de Saint-Crépin.
Quatre-Fontaines; la seconde , celle du marclié Saiiit-Gervais, était établie en i64i ; la troisième^ sur la Grand'-Place 9 en i64!i; enfin ^ la quatrième, celle de la Grosse*Téte, fie coula qu'en 1726. Ces fontaines principales distribuaient de l'eau par toute la ville, aux fontaines particulières du Collège, de lHôtetDieu, de l'Évêché, de l'Arquebuse, et leurs ornemens, leurs bas-reliefs, leurs inscriptions , n'étaient pas d'as&ez bon goût pour qu'on les doive regretta : au reste, ces accessoires avaient disparu avant 1786, où les travaux que les fontaines nécessitèrent , et le changement des canaux renouvelés en plomb , suffirent pour endetter la ville, qui, pour coinbkr ce défi.cit , créa des octrois. A l'époque de ces réparations si coûteuses, les fontaines ne provenaient que de deux sources, donnant sans interruption trois pouces cubes d'eau; mais les fouilles mirent à découvert les eon- . duits de la source de Billy, qui s^était perdue, et on la réunit aux deux autreis , pour aiignsienter le volume d'eau à l'usage de la ville. Ces quatre fontaines, furent réparées sous l'Empire et la Restauration. Ges^ travaux d'utilité g^némde avaient été résolus et commeiioés au milieu de la désoi^anisation complète du corps municipal. Depuis les derniers troubles de 1617, le prévôt royal s'était par degrés mis au lieu et place du maire, soit que les fonctions de ces deux charges fussent rassemblées sur une seule p^i*' sonne, soit qpe des circonstances particulières eussent suspendu réfection du maire; le procu-
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reur du roi, de son c6të, avait , à force d*empiéte* mens, assumé sur lui les devoirs et le titre de preoiier échevin : lorsque les trois autres ëcfaevins ou ^uvemeurs de la ville voulurent arrêter le cours de ces usurpations, et faire valoir les vieilles coutumes de la Commune , le Parlement déclara , par arrêt du i'' décembre i643, qu'il résultait des pièces communiquées au procureur-général , que le prévôt était nudre perpétuel ^ et le procureur du roi de la prévôté, premier échevin; il ordonna en conséquence que ces deux officiers exerceraient et auraient la direction des affaires de tHôteUde- Vitie^ ainsi qui ils ont accoutumé. Les trois échevins demandeurs appelèrent de cet arrêt, et furent déboutés de leur demande. Mais, comme pour les dédommager de la perte de leur procès , le lieutenant pour le roi au gouifemement de Sois^ sohsj Henri Sanguin, seigneur de Vanteuil, re» conaut, d^ns un acte notarié du 5 juillet 16449 que le corps-de«>vilte avait moitié des clefs des portes de la ville avec le gouverneur commis par le roi, recevait de lui le mot du guet, jouissait des herbages des Ibssés, et pouvait refuser entrée dans ses assemblées à ce gouverneur à moins qu'il n'eût quelque chose à y proposer, pour le service du Toi. Cependant, la Commune de Soissons se trouvait en grand désordre : dans l'assemblée générale de l'année 1646, pour l'élection des éche-> vins , les bourgeois eurent de gros diff^érens avec les artisans, et l'élection ne put avoir lieu ce jourlà. Les échevins qui asfaient fait leur temps et
étaient bien aises d^étrerelei^és, obtinrent un arrêt du Conseil, daté du 8 août, ordonnant de procéder àla nomi nation de quatre ëchevins^ leisquéls seraient choisisyle premier dans les corps du présidial ou de l'Election; le second, entre les autres officiers de la ville, y compris avocats et procureurs, et les deux derniers, dans les corps des marchands et bourgeois, sans qu'aucun artiisan ni autres de pa^ reille condition y pussent être admis; en outre, défense était faite à toutes personnes imposées à moins de vingt Ihres de tailles et subsistances y àt venir à l'assemblée élective, et d'y donner leur voix, à peine dé nullité et de tous dépéris^ dommages et intérêts *.
Le corps municipal, dominé par le prévôt et le procureur du roi, ne fut pas maître de montrer ses sympathies pour la Fronde. Après ique la Cour eut quitté Paris, le 6 janvier 1 649, Soissons fut agité en sens divers, et l'influence du cardinal Mazario; abbé de Saint -Médard, se fit sentir dans les décisions des notables. Bertherand, bailli du comté, député par les bourgeois mazarins vers le roi et sa mère qui s'étaient retirés à Saint-Germain-'Cn-Laye, alla les assurer de la fidélité des Soissonnais, et pro" nonça en cette circonstance une harangue qu'on jugea fort belle, et qui fut mieux reçue à la cour qu'à Soisson^V car on publia un pamphlet sous le nom d'Albin Trilmarrit (c'est sans doute l'ana-
* Dormay, t. 11, p. 558. Mss. de Cabaret. Mss. de Rousseau. Mss. de M. Piquet.
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gramme du nom de Fauteur), dans lequel on louait le lieutenant-général de Soissons d'avoir fermé les portes de la ville au député, (ait complètement faux j qui fut répété dans les gazettes et s'accrédita comme véritable. On en peut conclure que le lieutenant - général de Soissons était grand partisan de la Fronde. Soissons cependant demeuîa neutre pendant le siège de Paris, et l'on n'y fit que des vœux partagés pour le roi et les Frondeurs. Mais on apprit avec inquiétude que Farmée espagnole de l'archiduc Léopold se rassemblait sur la frontière pour marcher au secours de Paris et du Parlement. Bientôt cette armée entra en France, du côté de Guise, passa près de Marie, 'et s'avança jusqu'à Crépy en Laonnois , où son avant- garde campa durant la semainesainte : l'approche de l'archiduc hâta la conclusion du traité de paix entre le roi et les chefs de la Fronde. Les Espagnols, qui avaient été maîtres de la campagne à cinq ou six lieues de Soissons, se retirèrent après l'heureuse issue des conférences de Ruel; mais, l'année suivante, quand la Fronde eut recommencé les troubles par tout le royaume et quand la prison des princes de Condé et de Conti, et du duc de Longueville, eut rappelé aux armes tous leurs amis^ l'archiduc Léopold reparut en France, avec son armée qui grossissait à mesure que les mécontens venaient s'y joindre. Après la prise de LaCapelle et de Rethel, les Espagnols, que le maréchal de Turenne avait renforcés, suivirent le cours de TÂisne en descendant vers Paris : tel
était l'avis de Turenoe. L'armée du roi^ commandée par M. d'Hocquincourly attèncbit Tennemi à Reims : le général en chef avait pris son quartier à Fimes , avec dix régitnens de cavalerie* Le a6 août, Turenne, à la tête de trois mille chevaux et cinq cents mousquetaires, attaqua presque à Timproviste M. d'Hocquincourt, le débusqua de Fimes , et le chassa en désordre sur la route de Soissons. Les fuyards, qui se croyaient poursuivis par toute l'ar^ mée de l'archiduc, s'arrêtèrent seulement dans les faubourgs de Crise et de Saint-Crépiù. Le lende* main, le marquis de Villequier, second lieutenantgénéral du roi, arriva sous les murs de Soissons. Les portes de la ville furent fermées à ses troupes, qui campèrent entre Saînt-Médard et W bourg d'Aisne. La présence des forces réunies de ces deux généraux ne rassura pas Soissons, et la terreur y dura pendant un mois. Tant que Tarait espagnole resta logée à Fime et à Braine, les fourrageurs se répandirent de tous côtéâ et ravagèrent le pays qui n'eut pas de récolte cette année-là. Les paysans avaient abandonné les villages et les fermes pour se réfugier dans les villes, avec le peu qu'ils purent sauver de leurs biens. La Champagne et l'Ue-d^^-France furent dévastées. Les coureurs «nnemis visitèrent Noyan, Vignoles et Belleu, où ils firent des prisonniers , et brûlèrent la ferme de la montagne Sainte-Geneviève en se retirant: à h vue des flammes, le guet sonne Falarme, et tous les habitans courent aux rempaits ; révéque lui-même, la pique en main, se fait sui-
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vre par les chanoines^ le mousquet sur Tëpaiile et la mèche allumée : loaU les Espagnols étaient déjà loin. Cette invasion militaire (appauvrit le» communes voisines de Soissons^ety laissa des maladies qui emportèrent beaucoup de monde.
L'archiduc n'avait pas encore rapproché son camp des frontières^ lorsque Soissons s'occupa de nomi«er des députés qui devaient se rendre aux États^^énérwx convoqués a Tours pour le 8 sep-* tembre. L'abbé d'Ëstrées fut élu par le clergéi de préférence à l'évêque Simon Legras ; la nobksae choisiliout (Tune voix le marquis de Gœuvres, et le TierspEtatjle lieutenant-général Pierre de Croisettes»
Mais ces dépuiés^auxquelsonav^tadpintdeuxgentilsbommes du pay« et deux membres du présidial pour la rédaction des cahiers, ne se rendirent pas à Tours , 1^ États ayant été prorogés indéfiniment. La guerre civile continuait vivement par tout le royaume, et le retour du cardinal Mazarin, en 1 65a, ne fit que l'allumer davantage. Soissons resta dévoué an roi et reçut le régiment de Piémont, qui se montra si exig;eant, que la viUe envoya une députation à la cour, afin d'obtenir décharge àe a,ooO' livras enviroo que demandait la garnisofi. Getl^ députaHon, composée de Guérin, lieutenaiii au cowté, Dormoy, receveur des tailles de l'ÊLectioii, et Bonnet, argentier de la ville j. partit le ao janvier ^ au joomenA où tous les esprits étaî^ot en fermentation dans Soissons. Le duc de MoDtbason venait d'arriver au Château, et comme sa femme avait la haute main dans les affaires
des princes, on disait déjà que les portes de la ville s'ouvriraient à l'approche de l'armée dn duc de Nemours : tout à coup, }e maréchal d'EstréeSy chargé de maintenir les Soissonnais dans l'obéissance du roi, entre à Soissons, descend à son hôtel, et fait savoir l'objet de sa venue aux principaux habitans : il rallie autour de lui les magistrats, la riche bourgeoisie et une partie de la noblesse, à Taide desquels il tient tête au duc de MontbasoD. Celui-ci, quoique gouverneur de Tlle^ de-France et de Soissons depuis trente ans, n'avait pour appui qu'un petit nombre de bourgeois et de gentilshommes, que son lieutenant le sieur de Sanguin lui gagnait à force de promesses : la ville se trouva divisée en deux camps, qui se contentèrent de s'observer jusqu'à ce que le roi, averti de ce qui se passait, eut retiré au duc deMontbason le gouvernement de rile-de^France et de Soissons , pour le donner au maréchal d'Estrées, comme plus capable d'agir dans des circonstances graves qui réclamaient surtout de l'activité et de la vigueur. M. de Montbkson se soumit à regret aux ordres du roi et rendit le château à son successeur. Celui-ci, qui avait pour lieutenant particulier son fils le marquis deCœuvres, fut ireprésenté à Soissons par le sieur de Bitry, nommé lieutenant du roi à la place de Sanguin, et Bitry s'acquitta de cette charge jusqu'en 1661 , oùsa commission passa dans les mains de Foucher de la Rentière. Le maréchal d'Estréeset le lieutenant du roi Bitry eurent bientôt occasion de protéger la ville et le
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pays confiés à leur garde. Sur la fin du printemps, le duc de Lorraine , appelé par les princes qui entretenaient la guerre aux alentours de la capitale , traversa le Soissonnais avec ses hordes d'aventu* riers qui vivaient de pillage comme les écorcheurs et les routiers du moyen-âge , secourut le château de Coucy, assiégé par le régiment de Piémont et par d'autres compagnies de f Ile-de-France, et poursuivit sa route vers Paris , en ravageant, en brûlant, en pillant, selon ses habitudes de barulitj surnom que lui donnent ses contemporains et qu'il justifia partout où il passa. A peine Soissons était-il sorti de ce péril, qu'une autre invasion vint le menacer de plus près. Les sollicitations du prince de Condé , que la nécessité d'abandonner Paris n'avait pas fait renoncer à sa lutte corps a corps avec Mazarin, amenèrent en France, vers la mi -juillet, une armée espagnole à laquelle alla se réunir le duc de Lorraine, quand le comte de Fuensaldagne , général de cette armée de quinze mille hommes, se fut emparé de Chauny €t de Fimes. La marche de ces étrangers dans la Picardie causa une telle frayeur à la cour, qu'on délibéra si l'on ne devait pas mettre en sûreté la personne du roi par une espèce de fuite en Bourgogne; naaisle vicomte de Turenne conseilla, au contraire, de marchera l'ennemi , quoique le roi ne disposât guère que de huit mille hommes, et il soutint que la retraite du roi sur Lyon livrerait aux Espagnols, non-seulement Soissons et Compiègne, 'ïïais encore tout le nord du royaume. Son avis
prévalut, et le marëobat de La Ferlé ^ avôc quelque earvalerie^ pofiissa uoé reconnuAsaiiite jus<|ua Cliatinyy que le comte de Fuei^aldagoe avait érfteué. Deux oénts cbevaux espa^iïols s'étaient naontrés^ sur k moiitagne d'Ardre^ pour éprou-* ver les dispositions de Soissona 3 ils détachevent deftcou^èiirs qui descendirent au galop dans k vallée, pénétrèrent dans l'abbaye Saint-Paul^ qui était déserte , et tournèrent vers St-Médard. Les bourgeois , qui gardaient la porte de Grouy, s'indignèrent de voir une poigaée d'étrangers battre ainsi lés aled tours de la ville : laissant à leur poste quelques soldats du régiment de Piémont, 'ÛÀ s'aventurèrent à la poursuite de ces coureurs et en tuèrent plusieurs à coups de mousquet ^ mais le capitaine espagnol , qui observait du haut de la montagne l'expédition de ses gens, fit partir de ncmveaux coureurs pour envelopper les audacieux bourgeois. Ceux-ci évitèrent d'être coupés et trav^rsèi^ent TAisne à gué et à la nage. Le maréchal de la Ferlé, sur ces efntrePaites , revint par Soissons que Von assura par des troupes que Fon/nùt. Le comte de Fuensaldagne et le duc de Lorraine attendirent les événemens jusqu'à la fin d'octobre^ et ne se retirèrent cp\ après eu^oir fait mille mwa sur la Usière du Soissonnais : la moisson et la vendange ne furent pourtant pas cotnplétemeDt
perdues.
L'année suivante, les Espagnols reprirent le mémécbefllin et campèrent encore à Ghauny; niais le maréchal de Turenne avait eu le temps de re-
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former son armée pour lutter à force égale contre le prince de Condé, et l'on vit les deux plus grands capitaines du siède «lanceuvrer face à face, pendant ides mois entiers, sans en venir à une action décisive que ¥&n et Fautre ne voulaient engager qu'avec ki certitude de vaincre. Le cardinal Mazarin et Anne d'Autriche prometiaient le jeune roi à ia suite des armées, pour édiauffer l'ardeur des soldats à qui Turenne pponaettait ia victoire, et raffermir la fidélité des viMes , qu^i recevaient Louis XiV avec ennhou* siasnae :'le 3e août, il fit son entrée à Soissons. Le passage du voi etde labour par Sowsobs avait été jugé fovorable au succès d'une bizarre usurpatioti religieuse : les Miaim esses, qui s'étaient établies à id>bevUle depuis tronte ans , et «qui ne possédaient aucun «autre couvent en France , sollicitaient en vain {'autorisation de fonder une «liaison de leur règle à Boissons; cet le autorisaticm le«ir avait ^lé refusée dans une assemblée générale des paroisses de la ville; mais ensuite les religieuses intéressèrent le jeune roi et sa mère à la propagation de cet ordre nouveau , et les opposans qu'il avait rencontrés à Soissons , «ntre autres l'évéque Simon Legrâs , finipent par aider k l'installation des Miaimesses d'Âbbeville. ^Quatre de ces filles se glissèrent dans la ville , une heure apràs que la cour y fut arrivée, et se tinrent cachées, to»t le jour ) dans le local qui leur était 'préparé ; mais, durant la nuit, elles y firent dresser un autel où l'on «dit la messe ;à cinq heures du matin , et sur
lequel fut exposé le saint Sacrement. Cette prise de possession clandestine ne fut pas ratifiée par les échevins ; car aussitôt que le roi eut quitté leur ville, ils résolurent de congédier, le jour même, les quatre religieuses qui avaient cru pouvoir se passer de leur permission : mais on fut obligé de les garder jusqu a ce que les chemins redevinssent libres, Tarmée espagnole s'étant toutà-coup étendue entre Amiens et Soissons. Dans cet intervalle de temps, les Filles-Minimes travaillèrent adroitement à triompher des obstacles qu'où suscitait à leur résidence, et se recommandèrent à la protection spéciale d'Anne d'Autriche. Au mois de septembre, lorsque les Espagnols se furent éloignés, la reine-mère vint elle-même à Soissons forcer le consentement du clergé et du corps-de- ville, qui n'osèrent plus entraver la fondation des Minimesses. La première pierre de leur maison fut posée par madame de Puys^ur, abbesse dé SaintPaul, assistée de l'évêque de Soissons, le 2 3 juillet i663: ces bâtimens, qu'on éleva en partie aux frais de madame Anne de Laperière, bienfaitrice passionnée de l'ordre, formaient un des angles de la place Royale, presque vis-à-vis les Minimes. Ce fut lors du séjour de Louis XIV à Soissons, le 20 juillet i653, que les gouverneurs-échevins le prièrent d'accepter, pour deux semaines qu'il demeura dans leurs murs, une garde de cent hommes de leur milice, commandés par les quarteniers. Le roi leur accorda cette marque de confiance, d'autant plus flatteuse, que la
milice bourgeoise ne recevait le mot du guet que des officiers municipaux. Une nuit, Louis XIV se leva et ouvrit la porte de sa chambre : « — Qui vive ! cria la sentinelle. — C'est moi , répondit-il ; j'ai voulu voir comment vous me gardiez : je suis content de vous , messieurs. » Louis* XIV n'était pas encore sacré : il ne le fut que l'année suivante.
L'archevêque deReims, duc de Nemours^ n'étant pas prêtre, le roi écrivit à Simon Legras^ le i3 mai i654: « Monsieur l'évéque de Soissons, quelques prospérités que Dieu me donne , je ne puis être satisfait que mon sacre n'ait affermi mon règne... C'est pour cet effet que j'ai résolu de me rendre en ma ville de Reims, au a8 de ce mois , et que je vous ai destiné pour officier et pour repré* senter l'archevêque de Reims, l'un des six pairs de France clercs.... » Simon Legras se rendit à Reims avec quelques chanoines de la cathédrale de Soissons, et l'archidiacre de l'église métropolitaine vint le complimenter en ces termes : a Puisque vous avez assez de force et de santé, et que le roi vous a choisi pour cette fonction , les chanoines, mes confrères, qui m'ont député, joignent leurs désirs et leurs prières au choix de Sa Majesté, et se réjouissent de ce qu'on fa^it justice à votre mérite et à votre qualité de doyen né , et de pre* mier sufFragant de la province. » Le sacre eut lieu au jour fixé, avec les cérémonies ordinaires, et l'évêque de Soissons, malgré ses soixante-six ans, resta pendant plus de huit heures revêtu de ses
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lourds habits pontificaux. Le lendemain , il eut encore Thonneur d'attacher au cou du roi Tordre du Saint-Esprit. Simon Legras ne survécut pas long^temps à cette éclatante mission qui attira sur lui tous les regards, mais qui lui coûta des sommes considérables; il mourut le a 8 octobre i656 au chÀteau de Sept«^Monts, que, depuis cette époque, les évéques de Soissons délaissèrent comme un lieu funeste, et son coi*ps, apporté à Saint-Gervais, reposa dans le chœur de l'église. Les oraisons funèbres , les éiog>es, les épitaphes ne manquèrent pas k sa mémoire, quoiqu'il eût, de son vivant, attaqué les privilèges de son Chapitre dans un procès qui dura plusieurs andées et dévora 120,000 livres de frais et dépeins, il s^agissait de IflMel- Dieu, réformé au seizième siècle, à la requête des éùbeviiis , parce qu'on y avait dûnsé w $on des molùns , mais tombé de nouveau dans le relâchement et le désordre. Simon Legras voulut le transfot^er en abbaye ; le Chapitre, qui en avait l'administration, s'opposa aux empiétemens du prélat et gagna le procès, à condition toutefois qu*îl réformeràitlui-mémerH6tel-Dien et la communauté qui le desservait. Cet épiscopat fut témoin d'nwè autre réforme plus importante, celle de Salnt-Crépin-le- Grand, réuni à la cotigrégatioti de Saint-Maur en 164.7 ' ^® ^ octobre de cette année- là, Tévêque vint opérer la réforme; les anciens religieux de Saint-Crépin étaient rassemblés devant le porjtail de leur église; les religieux de la congrégation de Saint-Maur, tirés de Saint-Médard et destiùésà
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passer dans l'autre abbaye , se trouvèrent aussi à cet endroit, conduits par leur prieur qui pria févéque de consentir à leur translation: Simon Legras répondit qu'il y consentait volontiers; puis, il les introduisit dans Téglise et les mena par la main aux stalles du choeur , les cloches sonnant à pleines volées. La congrégation de Saint-Maur, à Saint-Crépîn-Ie-Grand comme partout ailleurs, prospéra par ses vertus et par sa science ; elle restaura les bàtimens de l'abbaye et. en améliora les revenus , décimés par des aliénations successives, sous les abbés commendataires. Il y eut aussi une espèce de réforme à f abbaye Notre-Dame , où les religieuses quittèrent rhabitblancetprirent le noir. Simon Legras, qui se complaisait à doter de nouvelles fondations pieuses son diocèse, fort appauvri, mais toujours fervent, ne fut pas étranger à rétablissement de la confrérie nouvelle des frères disciples de Saint -Crépin et Saint-Crépînien , institués à Paris en i645, et à Soissons presque simultanément, sous les aus* pices des reliques de ses saints patrons. Ces disci^ ples étaient des cordonniers gardant le célibat, sans faire aucun vœu, vivant et priant ensemble, soumis à un maître chargé de recevoir et d'employer le fruit du travail de chacun, et s'adonnant à des oeuvres d'aumône et de piété. Us furent supprimés en 1778 et 1789 avec les autres corps de métiers. La succession épiscopale de Simon Legras échut naturellement à son co-adjuteor, Charles de Bour- Jon, évéque de Césarée, homme dou.v, humaim
simple et affable ewers tout le monde. Cet évéque, qui comprenait bien la dignité sévère de la religion , proscrivit impitoyablement la plupart des cérémonies bizarres et des vieilles allégories qu'on mêlait aux pratiques du culte dans l'Eglise soissonnaise. Il défendit d'abord, comme trop puériles , les exhibitions des matines de la veille de Saint-Gervais oùleschapelains venaient, accompagnés d'hommes robustes portant des arbres entiers garnis de cerises , de verdure , de fleurs , de cierges et de petits tableaux , et la procession de la féte^ où tout le clergé, depuis les chanoines jusqu'aux enfans de chœur, paraissait , un cierge d'une main, et une palme de l'autre. Cet évéque n'eût pas encouragé les associations dramatiques et littéraires , comme ses prédécesseurs BuUioud et Roucy '.
L'Académie de Soissons , qui date de l'année i653, son établissement régulier eut des commencemens à peu près semblables à ceux de l'Académie française, laquelle s'était formée à huis-clos, quatre ou cinq ans avant que le roi l'eût autorisée en i635. €)ès l'année 1648, quatre jeunes Soissonnais, qui avaient fait ensemble leurs études à Paris, rapportèrent dans leur ville natale une haute opinion de la nouvelle Académie fondée par Boisro-
' Dormay, 1. 11, p. 559, 67 1 et suiv. Nous suivons Dormay arec confiance, lorsqu'il s'agit d'événemens passés sous ses yeux. Mém. de Monglat. Mém, de Mme de Motteville. Mém. du vicomte de Turenne. Hist. de Louis XI J > par la Martiniëre ; par Reboulet; par Larrey, etc. Mss. àt Rousseau et de Cabaret. Hist.de St^Crépin^ Mss. Hist. de Not^-Dame^ p. 276. Gall, Christ, t. ix.
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bert et Faret, sous les auspices du cardinal de Richelieu : c'étaient Julien d'Héricourt , conseiller au présidialy Charles Bertherand, bailli ducomté, J.-B. Guérin, avocat du roi^etÉtienne Morand, officier de l'Élection ; ils formèrent le projet de se réunir à certains jours fixes pour s'entretenir de leurs lectures et s'occuper de critique littéraire. Cette petite assemblée s'adjoignit en i652 Nicolas Hébert , trésorier de France, Christophe Hasterel de Préaux, conseiller au présidial, et Nicolas Lesueur, avocat au Parlement, auteur d'une traduction des satires de Perse en vers français. Ils s'accordèrent pour reconnaître Quintilien comme le seul guide à suivre en matière de goût; ils convinrent d'avoir un repas mensuel et une conférence hebdomadaire qui fut fixée au mercredi. Aucun local n'étant aflecté à ces réunions, Guérin offrit sa maison pour siège de l'Académie naissante. On ne tarda pas à en parler avec éloge dans Soissons : Pierre Parât, capitaine de cavalerie, et Jean Arnould, prêtre, obtinrent d'être admis dans la société , qui prit le titre èi Académie de Soissons en se constituant d'après les mêmes réglemens que celle de Paris, lorsque Pellisson publia en i653 son Histoire de t Académie Française j accueilUeavec un applaudissement universel. Dans un voyage que Claude Bertherand fit à Paris, ^û i654, il alla voir le célèbre avocat Patru, qui était académicien, et lui apprit l'existence d'une Académie à Soissons. Patru fut étonné et réjoui de cette fondation : il ne concevait pas que, dans une ville peu populeuse, on eût trouvé assez de gens
lettrés pour composer une j^cadémie j tandis qu'un de ses âmîs avait essayé inutilement d'^en oreer une à Rouen . il exhorta donc les membres de oette A«ademie à prendre courage, car le but était d'autant plus gflorietix qu'il paraissait difficile à attekidre , et il leur fit dire qu'il serait totrjours prêt à les »der de ses lumières ou de son crédit Les académiciens soissonnais, cbarmés de ce patronage, écrivirest kPatru, pour le remercier, la lettre la mieux tour* née du monde {quant potuerint ^sotpiisitissiMnam)^ en le prianft de diriger lem*s travaux. Patra leur conseilla de <nihrver principalement la langae française : « Quoi de plus déraisonnable qued'tpio* rer sa langneetde connaître les langues étrangères? Le principal objet des académies est <l!eniicbâr k langue du pays : pour y parvenir, il faut la labouoer comme un cbawiip et la scMimettre à un ex/encier continuel ^du style et de la paiHdk. Si vous (vous adonciiez sérieusement à ce iabem, mms paitageroE. la peine avec l'Académ^ie de Parb^ mais aussi Fliooneur *voiib en nenâeiEidra «comme à elle. »
DocUeàces avis, l' Académie «e mk à traduise en français ies auteurs grecs et datios; «elle devuiit -dès^lors d'arbitre de toutes les dtsoussftons ;phik)ik)gîques et grammaticales cpii s'éievaieni; aatr^e le» baUtacis. £n i£i56, le iKiarachal<d'Gatrées ,:se troQr Tant à Soissons pour aSaires de sa charge de %Q^ verneiir ^ entendk parler de l'Académie , et fut curieux d'assister à quelque séanee. Or , les statuts académiques défendaient expressément d'introduire aucun étraniger dans le lieu dcTs réunions; or>
dëiibér% et Von décida enfin qu on accéderait à la demande du goil vemenr , en considération de sa qualité et de son rang; car, pensèrent les académiciens, un refus de leur part eût été attribué moins à uxte sé\ère observance de leurs statuts qu'à la coBfieieace de leur faiblesse. Au jour convenu , le âiaréchal envoya un de ses officiers prévenir les acadéimciens qu'il était indisposé et qu'il les invitait à se rendre chez lui pour y tenir séance. Les académidens arrivèrent : le maréchal ^ dont l'indisposition n'était qu'une feinte, les attendait en robe de dbaoabre; son fils aîné, le marquis de Cœuvres, se montra seul auprès de lui; mais^ dans la ruelle, se cachaient sa femme et plusieurs dames de distinction, qui brûlaient de curiosité. Cette séance avait été teUement annoncée 4'avance dans la ville, que le^. fenêtres des maisons voisines de l'hôtel du gou- Yerneur étaient garnies de spectateurs , qui voulaient du moins voir passer l'Académie, faute d'avoir le privilège d'entendre les belles choses qu'elle- aUait dire. Cependant on prit place, et la séance fut ouverte par l'explication d'un passage de Quintilien, après qu'un des académiciens eut complioienté le maréchal. Ensuite, on entama sur un tef te du Digeste ujtie dissertation politique ^ à laquelle chacun prit part tour-à-tour, et plusieurs fois on applaudit l'orateui*. La séance terminée, M. d'Estrées se leva, et tout le monde en fit autant pour se retirer* Mais voidl que des éclats de voix partent du fond de la chambre, et les dames, sortant de leur cachette, retiennent les académiciens
surpris et mécontens. <c — Messieurs, leur dit le maréchal, je me fais l'interprète de la requête de ces dames, auxquelles on ne peut rien refuser, et je vous sollicite de choisir un autre jour de réunioD et de les initier à vt>s secrets; elles sont dignes de vous écouter , et elles-mêmes vous désignent le sujet àtraiter : a Est-on plus sûr de sa liberté, qiumd on s^esl dégagé des liens de rameur 'y ou bien quand on ne les a pas encore, subis f » Les académiciens se consultèrent entre eux un moment, avant d'obtempérer au désir de ces aimables curieuses. La seconde séance fut reinise à huitaine, et l'assemblée, qui fut nombreuse 9 resplendissait de jolies femmes qui prenaient grand intérêt à la question proposée. Après la paraphrase ordinaire d'un morceau de Quintilien, la discussion commença, et tous les yeux se portèrent sur l'orateur. Les discours furent pleins de charmes 'j les sentences, lumineuses : les uns soutenaient que quiconque a été exposé au danger est plus certain de n'y pas retomber; les autres , au contraire, qu'un flambeau éteint s'allume plus facilement que celui qui n'a jamais brûlé. On termina cette polémique , à l'apjirobation des dames présentes, en déckrant que la vie n'offrait plus rien d'agréable pour ceux qui n*avaîent plus d'amour; que les passions du ccËur sont des aiguillons qiii poussent aux grandes choses; que le cœur se dessèche dans l'oisiveté et ressemble à Fargent, qui n'a d'utilité qu'en changeant de mains pour passer dans celles d'autrui. Le maréchal d'Estrées invita, au nom des dames, les académiciens à se
rassembler encore une fois dans sa maison et à disserter sur un sujet qui n'était pas ingrat: le baiser. Cependant les académiciens aspiraient à obtenir l'approbation du roi : M. d'Ëstrées ^ qui retournait à la cour y leur promit de s'employer pour eux près de LouisXlV; Guérin, porteur d'un placetrédidigé collectivement par ses collègues^ accompagna le maréchal à Paris. Le roi répondit à la demande des académiciens que le chancelier de France rezaminerait^et le placet fut remis à Pierre Séguier, par M. d'Ëstrées lui-même. La réponse du chancelier fut retardée sous différens prétextes. Pour accélérer cette réponse, quelques académiciens de Paris se présentèrent avec le maréchal chez le chancelier, qui ne dissimula plus ses mauvaises dispositions : on eut beau lui représenter combien serait avantageuse à l'Académie française la fondation des. académies provinciales; Séguier, d'un air morose et embarrassé, répondit avec véhémence que rien n'était plus nuisible à l'État que ces assemblées d'hommes de tout rang et de tout âge, sans règle fixe, sans chef légal; car chacun, se croyant supérieur aux autres , visait à la première place, et ces ambitions en lotte causaient bien des troubles ; d'ailleurs , dans les temps de crise , des séditieux pouvaient se rassembler sous l'apparence d'une réunion littéraire : telles étaient les considérations qui avaient arrêté long-temps l'établissement de l'Académie française. En présence de ces entraves et de ces défiances, les défenseurs de l'Académie de Soissons se turent et renvoyèrent
leur pétition à des circonstances plus favorables. Dans Tintervalle de i65S à 1674» l'AiCadémie cûSktinua ses séances et ses travaux > sauf autorisation du roi ; elle s'augmenta successiven^ent de recrues faites parmi l'élite des Soissonnais : un seul membre> demeurant a La Fère , fut raempté de la condition de résidence. Les démarebes pour ayoîr la sanction royale furent r^rises en |6Ô8 par l'etitre* mise de M. de Chamillart^ et de M. de BanUon, ambassadieur en Anglelerre; eu 1669, par les soins acti& de César d'Ëstréesy évéque deLaoo et depuis cardinal , qui se fit protecteur de l' Aeadétnie. Les aoadrauciens de Soisfions oorrespondai^iil avec ceux de Paris^ et Peilisson professais surtoitt beauicoup d'estinie pour dHérieoart. Un 8oirde 1672 ^ ou coucher du roi ou assistaient toujours queiqaes aoadénHcieais^ la conversation' tombai sur les aeadéœiest et Peilisson , qui téaioignait ua intérêt tout particulier à celle de Soissons , insista sur la nécessité d'ea donner uae à chaque ville importante, et dit que Soissons avait la sienne depuis vingt ans» Là^dessus, un rire général éclata paraû ies Gourtisansy et le duc de Roquelaure, avec sa ma* liée acooulttoiée , répondit par le proverbe ; « De Nazareth, peut^l venir quelque chose de bon? » pfiilisson répliqua viveinest, et ^i^ appela an sen* liment de l'évéque César d'Ëstrées sur le mérite des académiciens soissounajs. Néanmoins, cette chaleureuse recommandation n'eut pas d'ei&tj quoique le roi eût paru approuver la défense de l^ellifison. IVIais, l'emnée suivante, Louis XIV,
DE SOISSONS. 56 f
à son retour de rarmée, étant passé par Soissons, Pellisson parla de nouveau en faveur de^l'Académie^et le roi répondit quecette institution lui semblait utileet louable, sans aucun inconvénient pour le présent et pour l'avenir. Séguier n'était plus là pour s'opposer au consentement du roi: les lettrespatentes de création furent donnéesau camp devant Dôle, en juin 1674, et Colbert les fit expédier surle-champ à la chancellerie ; il les remit à Tailement et à Charles Perrault , membres de l'Académie française, qui en chargèrent un académicien de Soissons venu exprès pour presser la décision royale. Hébert se hâta de retourner à Soissons où il rapportait cette lettre du ministre : a Le nroi ayant eu pour agréable que je lui proposasse en votre nom de constituer l'Académie de Soissons , laquelle agit de concert avec TAcadémie de Paris, dont il a daigné se faire protecteur, il m'a enjoint de prendre soin de vous faire passer ces lettrespatentes qui règlent votre institution, et de vous faire savoir en même temps que Sa Majesté attend que^ par vos travaux et vos études, vous coopériez àTexcellent ouvrage (le Dictionnaire, sans doute) que l'Académie fi'ançaise a eMrepris pour accroitre la gloire de eon règne. Versailles, 28 juillet 1674* ^ Dans ces lettres- patentes, dont on ne trouve plus l'original fr^usçaîs , Louis XZV disait que, sans être nullement empêché par les labeurs d'une guerre sérieuse et par son intention de do«miner l'Europe avec les armes, il mettait une patv tie de ses soins à faire flenrir les beaux-arts et ks
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belles-lettres dans son royaume; il avait, en conséquence , prêté l'oreille aux prières de certaines personnes de la ville de Soissons, lesquelles, émules de l'Académie française, s'étaient réunie» depuis quelques années pour se faire part de leurs études et arriver plus facilement à la connaissance des bonnes doctrines littéraires : il permettait et approuvait cette compagnie, dans l'espoir que ses travaux ne seraient pas sans utilité pour le pays ; il consentait à ce qu'elle portât le titre ^Académie deSoissonsj à condition que le nombre des académiciens n'excéderait jamais vingt, et qu'ils enverraient tous les ans, le jour de Saint- Louis, à l'Académie française, un opuscule composé par un d'eux el écrit dun style correct sur un sujet grave et utile \ il nommait pour patron de la nouvelle Académie le cardinal d'Estrées, un des Quarante de l'Académie française, et accordait dorénavant aux académiciens la liberté de choisir non seulement leurs collègues, mais encore \euv protecteur^ pourvu qu'il fût choisi dans le sein de l'Académie française ; enfin, il autorisait cette Académie à
prendre toutes les mesures qu^elle jugerait convenables à son organisation, à faire graver un sceau avec la devise et le symbole qu'ellevoudrait, etàs'en servir pour sceller ses actes et ses registres. Charles Perrault, qui s'était montré aussi empressé que Pellisson etTallement, ses confrères à l'Académie française, pourrecommanderau roi celle de Soîssons,dit tout haut que les lettres-patentes d'autorisation lui causaient d'autant plus de plaisir, que le roi avait
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bien placé sa confiance. Les académiciens de Soissons furent transportés de joie à la réception des missives de Colbert, et ils commencèrent par adresser leurs remerctmens à tout le monde, entre autres à Pellisson y qui répondit à Julien d*Héri* court qu'il avait agi par amitié pour lui , et que Talliance de TAcadémie de Soissons avec FÂcadémie française serait cimentée chaque année par l'envoi peu onéreux d'un mémoire ou d'une pièce de vers. Les académiciens soissonnais, reconnais* sans de l'intérêt et de la protection qu'ils avaient trouvés dans l'Académie française, résolurent de lui envoyer une députation pour lui rendre un témoignage public de gratitude. Diverses circonstances remirent l'exécution de ce projet à l'année suivante. Ce fat au mois de mai 1776 que les trois députés Gaérin, Hébert etBerthemet se rendirent à Paris; ils y rencontrèrent un des leurs, Delfant, que ses affaires avaient amené par hasard dans la capitale, et ils l'invitèrent à se joindre à eux.
Leur réception par l'Académie fut fixée au 17. Perrault et Tallement les menèrent d'abord chez Colbert, qui les reçut fort bien : Hébert le harangua et l'assura , de la part de tous les académiciens de Soissons, qu'ils feraient sans cesse des vœux pour sa( conservation, non moins chère et nécessaire aux gens de lettres et aux savans qu'au reste de la France. Colbert répondit qu'il n'avait fait que son devoir envers l'Académie soissonnaise , et qu'il ne craindrait pas d'avoir jamais à s'en renentir; il ajouta qu'il instruirait le roi de l'excellent esprit donf
cette Académie était animée, et qu'il entretieudrait à son égard les bienveillantes dispositions de Sa Majesté; il termina en exhortant les académiciens à garder toujours pour les lettres le même zèle, qui tournerait à leur honneur et à la gloire de l'État. En quittant Colbert, les députés allèrent au Louvre, où l'Académie française tenait ses séances: ils furent reçus à la porte de la salle par Quinault et Furetière. L'assemblée était nombreuse et choisie: on avait, par extraordinaire, introduit beaucoup d'auditeurs étrangers à l'Académie, laquelle n'avait qu'un seul de ses fauteuils vide, par l'absence de Pellisson , en voyage avec le roi; Patru lui-même, malade et infirme, a^vait abandonné sa solitude du faubourg Saint-Victor, pour venir rendre hommage aux progrès de cette Académie provinciale qu'il avait encouragée le premier. Colbert ne voulut pas manquer à une solennité si honorable pour lui. Les académiciens soissonnais prirent place parmi les Quarante de l'Académie française , auprès du directeur : après la lecture des lettres-patentes qui établissaient l'Académie de Soissons, Giiérin pro* nonça un discoui^s dans lequel il mêla l'éloge de l'Académie française à celui du roi et du cardinal d'Ëstrées. Le directeur de l'Académie, qui était alors le poète Segrais , répondit que c'était le propre de la gloire de faire naître l'amitié entre des rivaux , et que TAcadémie de Paris se réjouissait d'avoir donné l'exemple à celle de Soissons , qui devrait à la sienne un éclat aussi vif qu'au temps où cette ville fut la résidence des rois de France :
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ce discours ne finit pas sans les louanges d'usage envers Louis XIV et son ministre Colbert. En* suite, la séance fut remplie par des lectures académiques ; puis y Pierre Corneille , faisant les fonctions de secrétaire de l'Académie, distribua des jetons d'argent, à l'effigie du roi, aux députés, qui se retirèrent , accompagnés jusqu'aux portes du Louvre par leurs introducteurs Quinault et Furetière. Le lendemain, les députés visitèrent le premier président du Parlement, Lamoignon, et le procureurgénéral Achille de Harlay, pour les supplier de ne pas ajourner davantage l'enregistrement des lettres-patentes du roi. Ceux-ci félicitèrent les académiciens de Soissons de marcher ainsi sur Jes traces de leursconfrères de Paris : « — Messieurs, leur dit Lamoignon, la Cour n'apporte jamais d'obstacles à rétablissement de ces institutions libérales qui propagent les lettres, déracinent les vices, favorisent la justice et peuvent transmettre à la postérité un écho flatteur du règne de Louis-le-Grand ! » L'enregistrement eut lieu le 27 juin.
Les députés étant de retour chez eux, l'Académie de Soissons , d'après les conseils du cardinal d'Ëstrées, rédigea pour son usage divers régiemens qui furetit adoptés et mis en vigueur : on convint de s'abstenir de toute discussion sur des oiatières politiques ou religieuses dans les séances de l'Académie; on imagina pour devise un aigle planant dans les airs et un aiglon s'efTorçant de le suivre, afin de marquer que l'Académie de Soissons aurait toujours les yeux fixés sur l'Àcadé-
mie française et travaillerait à Tégaler^ comme l'expliquait cette légende, Matemis ausibus audax; de plus, l'Académie s'intitula Fille aînée de {Académie de Paris. Le 9 août 1775, elle s'installa solennellement, par une séance publique, avec l'autorisation du présidial qui lui offrit une salle où se tinrent long-temps les assemblées, et qui assista en corps à cette séance d'ouverture : il y avait un immense concours de spectateurs. L'avocat Berthemet, dans un discours que les acclamations interrompaient à chaque instant, raconta l'origine de l'Académie de Soissons, les entraves qu'on lui avait opposées et le triomphe qui couronnait enfin sa persévérance. Il se jeta dans uoe digression sur les académies en général , et fit valoir leurs avantages pour la prospérité intellectuelle d'une ville. Plusieurs autres discours furent débités par les officiers du bailliage, et successivement applaudis. Chacun prenait part au lustre que répandait sur la ville cette fondation libérale, sous le patronage du roi et de l'Académie française. Depuis cette époque, les deux académies furent sans cesse en correspondance, et , tous les ans , à la saint Louis , l'Académie de Soissons payait son tribut en prose ou en vers: ses membres avaient le privilège de s'asseoir au milieu des académiciens de Paris , et, plus d'une fois, ces derniers écoutèrent avec plaisir les communications littéraires de leurs imitateurs de Soissons. Néanmoins, l'Académie de Soissons n'atteignit l'apogée de son illustration qu'an dix-huitième siècle, lorsque les prix qu'elle
proposait aux historiens et aux archéologues attirèrent sur elle tous les regards du monde lettre ; elle produisit par elle-même peu d'ouvrages inaportans, quoiqu'elle fût composée d'hommes instruits et capables de se distinguer par leurs écrits : c'étaient généralement des chanoines , des médecins, des avocats et des juges du présidial . Le créateur de cette Académie j Lucien d'Héricourt y dont le petit-fils fut un profond jurisconsulte et un canoniste très-savant, écrivit en latin , loin de Soissons, une histoire de la compagnie qu'il se glorifiait d'avoir fondée dans sa ville natale , et tous ses contemporains admirèrent surtout le mérite de sa latinité, digne de Quintilien; on mit cette histoire au-dessus du chef-d'œuvre de Pellisson, et le docte Hauteserre ne fit que résumer l'opinion générale des lecteurs daus ce jugement rimé :
Que cet ouvrage est bien conçu !
Que le style en est noble et juste !
Son auteur semble avoir vécu A la cour de Jale et d^ Auguste !
Dliéricourt correspondait avec ses amis en grec et en latin d'une élégance parfaite. Ses lettres ont été recueillies à la suite de son livre de Academid Suessiormensi. Diverses poésies légères, dues à Hébert et à d'autres académiciens, parurent alors dans le Mercure galant, L'Académie, qui se forma une bonne bibliothèque, accrue sans cesse par les dons de ses membres, resta dans le même local jusqu'à ce qu'elle pût transporter son siège
5f»8 vHISTOIRS
dans le couvent des Feuilians, et, dès-lors, sans rien changer à ses statuts primitifs, elle tint dans la grande salle de l'Évéché ses séances publiques, lesquelles furent maintes fois présidées par des académiciens de Paris, tels que Dangeau, Tallement, Bossuet, etc *.
Soissons semblait ne plus craindre le retour des calamités de la guerre, et jouissait par avance des arts libéraux qui ne se plaisent qu'au sein de la paix. Cependant, le prince de Condé et le maréchal de Tureune furent long* temps en campagne sur les frontières du nord, et leurs avantages alternatifs se perdaient en marches où en contremarches, tandis quele cardinal Mazarin continuaità traiter avec l'Espagne. En i656, on craignait si peu devoir l'ennemi s'avancer à travers l'Artois et la Picardie jusqu'à Soissons , qu'on en leva de cette ville soixante gros canons de fonte qui garnissaient les remparts et qu'on les transporta au Havre et à Arras , sans indemniser la Commune qui les avait acquis de ses deniers pour la sûreté de Soissons. En effet, les Espagnols ne reparurent plus dans la vallée de l'Oise, et , quand le traité 4e9 Pyrénées fut signé, en 1660, Soissons s'associa
' De jicademid sueseionnemsi cum epistolis adfsmi- /i^zre^, Juliani Hericortii, in^S. Montauban , 1688. Cette histoire de TAcadémie de Soissons n'est guère moins intéressante quecelle del'Âcadémie française parPellisson,qui a servi de modèle à Julien d'Hérlcourt. Nous regrettons de n'avoir pu nous étendre davantage sur les commencemens de cette Académie , puisque ses registres ont péri sans donle dans ^incendie de rHôrel--de-yille.
DE soissoirs. 569
spontaDëment aux rëjouissances qui accueillirent cette heureuse Douvelle dans les principales villes de France. Louis XIV avait écrit d'Àix en Provence à révéque de Soissons pour le prier de faire chanter un Te Deum dans son église , et au bailli provincial pour lui ordonner de faire publier la paix : ce dernier, qui avait reçu la lettre du roi le 17 février, assembla le lendemain le présidial, et convoqua une députation des corpsde métiers et confréries, pour leur donner lecture de cette missive qui fut saluée d'un triple cri de Vhe le roi! Toute rassemblée sorlit de la salle et se rangea sur le perron extérieur du présidial , où le greffier fit la première publication de la paix entre des roulemens de tambour, aux acclamations unanimes dû peuple. Ensuite le cortège se forma pour répéter oette publicationsolennelle à chaque carrefour, pendant qu'on fermait les boutiques et que la fouie se précipitait dans les rues en criant vive le roi. Le pKv^ des maréchaux ouvrait la marche, à \sl tête de ses archers ^ vêtus de leurs casaques de livrée et suivis de nombreux sei^ens à cheval ; après eux, chevauchaient, quatre par quatre, les huissiers du présidial en robes, puis le greffier seul, égale* raent en costume: le lieutenant^général avait à seseôtésie procureur et le second avocat du roi; le prévôt de la ville, le procureur du roi en la prévoté, et les quatre échevins venaient ensuite, et, derrière eux , les quarteniers défilaient deux à deux, conduisant les plus gros bourgeois. Tous les habîtansqui n'étaient pasdelacérémoniesetrour
vaient aux fenêtres pour voir passer ce cortège , accompagné de joueurs d'instrumens, quoique les sons desflûteset des violons fussent couverts par les salves d'artillerie et par le joyeux carillon de toutes les cloches des églises.
Deux ans auparavant, dans le même mois de février, et presque à pareil jour (le 21), Soissons avait été le théâtre d'une grande calamité publique; des pluies continuelles et la fonte des neiges enflèrent en moins de trente-six heures le cours de l'Aisne qui déborda de toutes parts , emporta deux arches du pont et l'ancienne tour bâtie dessus, inonda toutes les maisons voisines du port et monta jusqu'au milieu de la rue du Mouton. Cette crue des eaux fut si subite et si effrayante, que les
habitans des environs de l'abbaye Notre-Dame et du faubourg Saint-Waast n'eurent pas le temps de mettre en sûreté leurs meubles et leurs marchandises: ils se virent tout-à-coup cernés par l'inondation grossissant à chaque minute. Les eaux firent irruption d'un autre côté, dans Soissons, par l'égout Saint -Christophe, tandis qu'elles envahissaient avec violence les campagnes voisines et fermaient les avenues de Saint-Germain et de Saint-Crépin-le-6rand. Mais on ne songeait pas dans la ville à ce qui se passait au-dehors, et chacun, dans l'effroi général, que la nuit augmentait encore , s'occupait de son propre salut. L'Aisne s'élevait toujours , lorsqu'on entendit des coups de feu et des boites d'artifices tirés à la fois dans des directions opposées; lorsqu'on aperçut, à travers
robscurité, des lumières et des flammes qui ressemblaient à des signaux de détresse: c'étaient les religieux de Saint-Crépin-en-Chaye et de Villeneuve appelant à leur secours, carilssetrouvaient, depuis deux jours, cernés par le débordement et menacés de mourir de faim, l'eau ayant noyé leurs caves et leurs fours. On envoya des barques recueil* lir ces pauvres moines affamés. Lorsque l'Aisne rentra dans son lit, l'église Saint-Waast avait été tellement dévastée par ce terrible élément, que les tombes qui la pavaient étaient déracinées et brisées. On marqua les limites de cette grande inondation par des inscriptions scellées dans le mur à l'endroit où les eaux étaient montées dans la rue Saint-Christopbe, dans celle du Mouton et vis-à-vis la grande Boucherie. Cette dernière inscription, qui existe encore^ ne/ut certainement pas composée par l'Académie de Soissons :
En mil six cent cinquante-huit.
Le fleuve d'Aisne,
Quittant son lit ,
J>e crainte rendît
Soissons triste et bléme.
Jugez si c'était sans raison :
Il assiégea cette maison Jusqu'au haut de cette écriture 9 Par une inouïe aventure!
Les réparations du pont et du port, à la suite de cette inouïe ai^entiire , furent supportées par le comte de Soissons , les droits de péage lui appar-
tenant au-dessous et au-dessus de ce pont, el le port ayant été cédé autrefois par la ville à ses comtes moyennant une rente annuelle. A cette époque, le comte titulaire de Soissons, qui était le prince Eugène-Maurice de Savoie, soutenaitun important procès à propos du comté dans lequel il ne possédait qu'un quart. Roger de LongueTal, seigneur enga^te de la moitié indivise du comté de Soissons, que lui avait affermée la couronoe, était poursuivi par ses créanciers qui avaient saisi cette moitié du comté, laquelle fut mise aux enchères dansla chambre souveraine du Palais de Paris. Le fils du sieur de Longuevalet Eugène-Maurice se portèrent acquéreurs et enchérirent l'un sur l'autre, jusqu'à ce que la moitié du comté fût adjugée au prince, qui ne paya pas. Alors, par seconde adjudication, le 9 décembre i658, le fils du sieur deLongueval, déclaré acquéreur, désintéressa les créaociers de son père et retint le domaine aliéné par la couronne. Mais, sur appel de Maurice-Eugène de Savoie, le Conseil du roi rendit un arrêt le 17 juin 1662 , par lequel le prince, remis en possession de la partie du comté qui lui avait été adjugée d'abord, versa seulement une somme de 8,195 livres, et toucha, depuis, les troiç quarts des revenus du comté de Soissoqs, liç qpgtrièmç quart étant passé dans les mains de la duchesse de Nemours. Ces revenus avaient été presque nuls en ï 661 et 1662, à cause de la mauvaise récolte et delà disette qui en fut la suite, les céréales et les légumes ayant manqué dans tou^ le Soissonnaîs:
DE S0IS50HS. 575
au mois d'avril 1662, en an seul jour, le muid de froment éprouva une hausse de vingNctnq écus. L'hiver qui précéda cette cherté des" grains avait été bien rude, et dans les rues deSoissons on ne voyait que pauvres exténués de besoin et demandant Taumône : la misère des villages voisins re» fluaitdans la ville ^.
Ce triste spectacle remit en vigueur un projet <]ui avait été arrêté dans l'assemblée du corps-deville , dès l'année 1 656, et pour lequel le roi avait délivré des lettres-patentes non encore enregistrées: il s'agissait de la fondation d'un hôpital-général sur le plan de ceux de Paris et de Lyon, afin d'offrir une retraite à l'enfance et à la vieillesse indigentes. L'évéque deSoissons seconda généreusement les charitables intentions des échevins, qui avaient déjà pris des mesures de police pour que les marchands de blé ne cessassent pas de fournir le marché hebdomadaire , et qui firent distribuer du pain aux malheureux sans ressources et sans travail. Charles de Bourlon se plaisait àpartager avec ceux qui avaient &im et froid son revenu épisco-
* Dormay, 1. 11 , p. 565 et suîv. Mss de Rousseau^de Cabaret et de P. Lé Brayer. L'inscription rimée de la rue du Mouton n'est pas plus élégante qu« les autres :
ici , eo mil sis cent cinquante -Auri, La rivière d'Aisne fît son gite.
L'inscription que nous avons déchiffrée nous-méme sur la maison qui fait Tangle de la rue de la Bannière, peut bien avoir été altérée par ceux qui ontcbangé la date, en voulant la rétablir et la graver plus profondément dans la pierre : aussi. Ht* on aujourd'hui 1668 ou i6g8, au lieu de i65S.
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pal y si faible et si grevé en ce temps-là , que le roi lui avait accordé , en 1660, de même qu'aux abbés et religieux de Saint-Jean-des-Vignes et de Saict- Crépin-le-Grand, le droit de prendre annuellement soixante cordes de bois de chauffage dans les forêts de Retz et de Cuise. L'exemple de ce vertueux prélat décida non-seulement les communautés religieuses , mais encore tous les habitans de Soissons, à contribuer au soulagement de la classe pauvre ; quelques particuliers donnèrent 3,ooo liv. pour cet objet; le Chapitre de la cathédrale en donna a,ooo, et les autres compagnies du clergé se cotisèrent à proportion ; depuis le mois de mai jusqu'à la moisson qui mit fin à la disette, on distribua dans Soissons 25,728 pains d'une livre et demie, et dans la campagne 33,2 80, du même poids. Dès le mois d'avril on avait commencé la construction de l'hôpital dans un terrain vaste et salubre, acheté à bas prix de l'abbaye Saint- Jeaudes-Vignes, qui en proposa la cession d'autant plus volontiers que ce terrain séparé du clos abbatial par la rue de Crise devait être tôt ou tard couvert de maisons. Le principal revenu du nouvel hôpital , qui fut en état de recevoir sa destination six ans après sa fondation, mais dont les bâtimens spacieux ne . furent achevés qu'en 1730, consistait en un impôt de 10 sols par lïiuid devin entrant dans Soissons, impôt établi seulement pour dix années, et réuni ensuite au domaine qui le perpétua au profit du roi, maigre toutes les réclamations du corps municipal. Dès
JDE SOiSSOJfS. 575^
que les travaux de construction eurent commencéy le bailliage, sur la remontrance deTavocatdu roi, rendit un arrêt, ]e 19 juillet 1661, pour défendre à tous pauifres et autres^ de quelque qualité qiiils soient j de plus mendier dans la ville etfaiix^ bourgs , soit de nuit soit de jour , à peine de punition corporelle (prison de trois mois et plus), attendu que les directeurs de Thôpital , pour ôter tout prétexte aux pauvres passons de mendier et à tous les habitons de leur donner V aumône^ avaient établi un lieu commode et convenable au milieu de la ville , afin d^y faire des distributions aux véritables pauvres passans pour passer leur chemin. Cette sentence ordonnait en outre à tous mendions étrangers ^ non originaires de la ville et fauxbourgs et qui s'étaient habitués depuis dix ans , de se retirer dans trois jours au pays de leur naissance, sous peine du fouet et du bannissement; tout habitant dé Soissons qui ferait l'aumône dans la rue aux mendians serait passible d'une amende de 4 fi*- si le contrevenant était particulier, et de 20 fr. s'il appartenait à quelque communauté religieuse; l'amende serait de 10 fr., également applicable à lliôpital-^général , dans le cas où un particulier donnerait retraite chez lui à ces mendians/^^i^j'an^ qui ne pouvaient se représenter au bureau de Subsistance, à peine d'être rasés et mis au carcan pour la première fois ^ et du fouet en cas de retour '^ enfin , chacun avait le droit d'arrêter d'autorité les mendians surpris en faute dans la ville et les fau * bourgs. Quand l'hôpital fut en plein exercice, la
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chapelle et les corps-de-*logis de la première cour élevés, les lettres du roîpour son institution furent enregistrées au bailliage le i^'juin i667:leroi le nommait Hôpital'Saint'-CharleSy amortissait tous les biens acquis ou à acquérir par ledit hôpital, auquel il accordait les maisons et lieux affectés aux pauvres, les léproseries et toutes les aumônes d'ancienne fondation, quoique une ordonnance de ]664 en eût fait don à l'ordre de Saint-Lazare et du Mont-Carmel; le roi affectait, en outre, à l'entretien de cet hospice le tiers des amendes et confiscations dans toute l'étendue delà prévôté. L'hô* pital Saint-Charles devait être administré, conjointement avec l'évêque et un receveur, par six personnes, soit officiers du roi, soit marchands, élus tous les trois ans avec les échevins : ces administrateurs auraient la faculté d'accepter toute
espèce de legs, dons, aumônes, etc., pour rétablissement; enfin l'hôpital-général, autorisé à bâtir pour son usage un moulin et un colombier , nourrirait toujours I20 pauvres, savoir : 3o hommes et 3o femmes, 3o enfans du sexe masculin et 3o du sexe féminin, au-dessus de cinq ans. Mais depuis, ce nombre fut porté à celui de aoo qu'il n'avait pas dépassé en 1 787. Ces pauvres furent occupés d'abord dans des ateliers à confectionner des bas à Taiguille : les fabriques de bas au métier ayant fait tomber ce genre d'industrie au milieu du XVIII' siècle, on le remplaça par une manufacture de serges drapées et de grosses étoffes de laine, laquelle prospéra tant qu'elle fut favorisée par
DE soissoirs. 577
M. de Méliand; intendant de Soissons, qui lui faisait fournir les draps propres à l'habillenient des trou« pes. Le service intérieur de l'hôpital ëtait confié à une congrégation^ qu'on appelait sœurs de Genlisj et qui remplit sa mission de charité avec zèle j à la satisfaction générale, jusqu'au commencement de l'Empire , où elle céda la place à des
filles de Saint^Thomas ^ plus coûteuses à l'établissement '.
Depuis plusieurs années , la Commune de Soissons se remuait pour sortir de la tutelle des officiers royaux y et la ville s'intéressait fort aux résultats d'u n procès toujours pendant entre le corps-de- ville, le prévôt et le procureur du roi, malgré l'arrêt du Conseil rendu en faveur de ces derniers. Les familles les plus notables de Soissons étaient à cette époque les Fournet, Pollet, Dupire, Charpentier, Petit, Ancelin, Mignot, Dormoy, Poussin, Charré, Boucher, etc., qui aspiraient à rendre à la ville ses anciennes franchises municipales. Ils n'y arrivèrent que par degrés : un arrêt du Conseilprivé, du 8 mars lôSa, interdit au prévôt le titre de maire perpétuel^ que lui avaient confirmé plusieurs arrêts précédens; mais ce n'était pas encore là le rétablissement du maire électif, comme il avait existé dans l'origine de la Commune. En 1662, à
'Dormay, 1. 11, p. 566 et 667. Mss. de Dom. Greuier, paq. so, n. 4« Mss. de Rousseau, de Cabaret et de P. L. Brayer. Nous De con naissons pas un Traité que Guérin, avocat du roi 9 aurait publié ^ selon Dormay, sur l'établissement de l'hôpîtal-généràl de Soissons.
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la mort du prëvôt Antoine de Tournay, ses héritiers vendirent sa charge au bailliage et siège présidial , qui réunit ainsi dans son ressort la prévôté et ses attributions^ considérablement diminuées. Tannée suivante, par un arrêt du Parlement de Paris. Cette vente ajouta sans doute un nouveau poids aux réclamations des habitans qui, appuyés par les trésoriers de France, demandaient qu'un maire remplaçât le prévôt supprimé de fait. Le succès de leur demande exigea probablement des sacrifices pécuniaires : quoi qu'il en soit, par arrêt du Conseild'État du 17 juillet i665, le roi, s' étant fait informer de tétai auquel se troui^ présentement la ville deSoissonSj par la réunion^ au corps du présidial, de V office du prévôt qui tenait lieu de maire ^ et y exerçait la police avec les échevins, ordonna qu'un maire serait élu tous les trois ans avec les quatre échevins, et prêterait serment avec eux devant le bailli ou son lieutenant-général; que ce maire serait choisi par le roi entre les trois canfdidats qui auraient le plus de voix, et qui seraient présentés à la nomination royale par le gouverneur-capitaine de la ville ou par les maire et échevins sortant de charge; que le corps-de- ville exercerait la police dans la ville aux mêmes pouvoirs et prérogatives que faisait le prévôt dans la Maison^Ilommune, à l'exception de la jurande des métiers et de leurs différends, qui demeureraient aux officiers du présidial, avec le surplus des fonctions delà charge de prévôt réunie audit présidial; que néanmoins ces officiers seraient dédommagés du prix de l'acqui-
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sition de la prévôté, et qu'ils en conserveraient tous les droits jusqu'à l'entier paiement de l'indemnité convenue; qu'en attendant ce remboursementy les échevins en charge auraient voix délibérative et conclusiveaux assemblées de l'Hôtelde- Ville, prendraient rang entre eux, selon la pluralité des voix, et que celui qui en aurait le moins, serait, à titre d'argentier de la ville, chargé du maniement des deniers de la charité. Les officiers du présidial formèrent opposition à l'enregistrement de cet arrêt ; mais , au moment où l'instance allait être jugée, ils proposèrent d'abandonner à la ville tous les droits, fonctions et pouvoirs attachés à l'ancienne prévôté, excepté la juridiction contentieuse entre les particuliers, ce moyennant 1 5,5oo livres tournois remboursables par la ville. La ville accepta cette proposition avec empressement, et le bureau des finances, qui avait contribué de toute son influence au premier arrétdu Conseild'Etat, offrit en pur don une somme de 2,000 livres pour commencer le remboursement. Dans une assemblée tenue le 1 mai 1666 à la Maison-de- Ville, et présidée par Antoine Legrain, lieutenantparticulier et assesseur-criminel au présidial, assisté du procureur du roi , on avisa aux moyens les plus commodes et les plus prompts de rembourser les i5,5oo livres, au prix desquelles Soissons aurait un maire, qui apporterait beaucoup de soulagement à la ville en général, et de grands avantages en particulier à la manufacture qui s'y établissait alors : on arrêta qu'une imposition de
i3y5oo livres, restant dues, serait levée en six années, savoir : deux tiers sur les contribuables à la taille, et un tiers sur les privilégiés; ceux-ci refusèrent d'abord de se soumettre à la taxe, et il fallut qu'un arrêt du Conseil , rendu le 7 octobre 1667, les y forçât, en imputant toutefois, sur ce tiers, la somme de a,ooo livres donnée par le bureau des finances. Enfin, les conventions réciproques de la ville et du présidial s'exécutèrent devant Adrien Gosset, notaire royal à Soissons: la ville paya comptant le reste des 1 5,5oo livres aux officiers présidiaux , et ceux-ci abandonnèrent tous les droits de la prévôté, y compris même les métiers, réceptions de maîtres, lettres de maîtrises, etc.; à la réserve de la juridiction coutentîeuse. Le aa janvier 1668, arriva une lettre de cachet du roi ordonnant de procéder à l'élection d'un maire et de quatre nouveaux échevins , élection qui avait été différée depuis le 24 août de l'année précédente.
L'élection eut lieu le dimanche 29 janvier 1668, à trois heures de relevée , dans l'assemblée générale des babitans, en la grande salle des audiences du présidial, sous la direction du lieutenant-général, M. de Berlancourt, du procureur du roi et des gouverneurs-échevins sortant de charge. Après plusieurs conférences^ les syndics des paroisses rapportèrent unanimement qu'ils nommaient pour maire MM. Chantereau-Lefèvre et Rousseau, trésoriers de France, et maître Jacques Pargny, lieutenant en l'Election, présentés au choix du roi, et,
DE soissoirs. 581
pour échevinsi maîtres François Bonseré, ci^devant lieutenaDt en rElection; Alexandre Pottier, bourgeois; Jean Bonnet, payeur des troupes en la Généralité de Soissons , et François Chrétien, receveur du taillon. Le choix du roi ne se fit pas long-temps attendre, et il fut bientôt fixé sur Chantereau-Lefèvre, fils du savant généalogiste et jurisconsulte qui avait occupé aussi la présidence des trésoriers de la Généralité de Soissons, pendant qu'il composait ses dissertations sur l'histoire de France et son précieux Traité des Fiefs : Louis XIV n'avait garde d'oublier le nom de Ghantereau-Lefèvre, si souvent recommandé aux faveurs de la cour durant le dernier règne. Le nouveau maire et les échevins prêtèrent serment, à l'audience du lieutenantgénéral, le a4 février 1668, et promirent de bien et fidèlement s'acquitter de leurs chargesy d'observer les ordonnances y relatives et de garder fidélité au roi et au public. Les élections du maire et des échevins continuèrent dans la même forme jusqu'en 1692, où la mairie devint une charge vénale à titred'ofïice'héréditaire, etoiiles échevinages eurent le même sort; jusque-là , tous les maires élus, Jacques Rousseau, Nicolas Hébert, François Despinois, Jean Gagne, étaient des trésoriers de France; Chantereau-Lefèvre fut même nommé trois fois maire dans l'espace de dix-sept ans. Quand la vé" nalité de cette charge eut été ouvertement décré tée, après que le trésorier Nicolas Hébert eut cessé ses fonctions, Pierre Lévesque , avocat du roi au bureau des finances , acheta la mairie 18,000
livresavecles a sols pourlivre, et en prit possession le i5 décembre 169a. Ce ne fut pas encore le dernier coup porté aux^institutions municipales. La Maison-Commune n'était plus dans la rue du Beffroi ; le corps-de- ville avait transporté son siége^ au XYIP siècle, d'abord dans le bàtimeot de raneienne fausse-porte SaintrMartin, (qui servaitde gpenieivsHsel avant la Révolution) et ensuite, lors de Tenceinte de i55o, sur la place du Marché ou Grand'Place, dans deux petites chambres en bois et plâtre^ construites sur un terrain cédé à la Commune par l'abbaye Saint-Jean-des-Vignes. L'hôtel du présidia] , qui était auprès de l'Hôtel-de-Ville^ recevait dans sa grande ssJle d'audience toutes les assemblées générales de la Commune. Oo doit supposer que cet Hôtel*de-Vilie provisoire fut agrandi et véparé, et peut-être rebâti dans le courant du XV tP siècle , quoique la municipalité n'eût plus une grande importance; mais l'Hôtel-de-Ville définitif, qui périt dans l'incendie cfe 1814? Q^ s'éleva qu'au milieu du siècle dernier '.
L'année de l'installation du maire électif fut signalée par l'apparition de la peste ou plutôt d'un typhus occasioné par le séjour de deux bataillons du régiment d'Orléans, dans lesquels la maladie
^ Mss. de Rousseau, de Cabaret et de P. L. Brayer. Arrêts du Conseil-iTÉtat du roi pour la création et établissement d'un maire en la il le de Soissons, Soissons. Jean Asselloev imprimeur de la ville» in*4* de 16 pages. Alss. de M. Piquet. Cet historien n^avaitpas oublié sa spécialitéd'homme de loi, en assemblant et en analysant toutes les ordonnances relatives à Soissons dans les XYII" et XYIIP siècles.
s'était déclarée à l'entrée du printemps. Le lieutenant-général, assisté du procureur du roi et des officiers municipaux, prit des mesures énergiques, et adressa le 8 mai un règlement de police plus effrayant que la peste elle«méme, et qui malheureusement n'arrêta pas les progrès du mal : défenses étaient faites à tous de s'assembler et conférer au nombre de quatre ou cinq dans les églises, raes, carrefours et places publiques, à peine d'amende et de prison; d'aller à la messe, sinon aux heures et aux églises indiquées par les capitaines de quartiers; de jouer publiquement, les fêtes, dimanches ou jours ouvrables ; de laisser aucuns décombres ou fumiers devant les portes; d'avoir chez soi pigeons, chiens, chats, ni aucune bête à laine; de fréquenter les cabarets; de Êiire vente publique de meubles; déporter armes prohibées et de r6der la nuit, après le couvro-feu sonné à neuf heures du soir, par les rues, à peine de punition corporelle ; de se faire panser et traiter de maladie contagieuse secrètement; défense aux mendians de mendier et de demeurer au coin des rues, à l'entrée des églises et devant les maisons, sous peine du fouet; aux marchands, de tenir boutique ouverte et de vendre autrement qu'à leur porte, sous peine de 3o livres d'amende; aux meuniers, de moudre des grains viciés ou gâtés; aux médecins, chirurgiens et apothicaires, de sortir de la ville, à peine de aoo livres d'amende et de dégradation de leur art et maîtrise , de visiter aucun malade sans en avertir les maire et échevins, et de recevoir aucun présent
OU exiger aucune promesse delà part de ceux qu'ils soign eraient, à peine d'amende, de privation de leurs gages, ou de bannissement; les habitans auraient encore la faculté de quitter la ville dans trois jours de délai, après lesquels chacun serait tenu d'y rester jusqu'à la cessation de l'épidémie; les bourgeois étaient invités à faire jeter de l'eau et à balayer soir et matin le devant de leurs maisons ^ en outre, des tombereaux , pour le nettoiement des rues , les parcouraient le mercredi et Je samedi de chaque semaine ; les marchés se tiendraient à chaque porte de la ville, hors des remparts; quatre femmes étaient préposées pour enlever et vendre ce qui resterait de denrées après chaque marché; et , afin que les villages voisins ne laissassent pas la ville manquer de vivres et de choses nécessaires, le prévôt des maréchaux monterait à cheval avec sa compagnie trois fois par semaine, et obligerait les paysans àserendreau marché; les bouchers étaient aussi tenus d'y apporter delà viande, et les poissonniers, du poisson; tout individu qui se sentirait indisposé en donnerait avis au capitaine de quartier chargé de le rapporter à l'Hôtel-de- Ville, sous peine de aoo livr^ d'amende et de punition corporelle; les parens et voisins étaient sommés de déclarer, sous peine de 200 livres d'amende, tous les cas de peste dont ils auraient connaissance, et les personnes soupçonnées de peste et transférées aux loges ne pouvaient rentrer dans la ville, soit de nuit soit de jour, sans encourir la peine de mort et sans faire encourir le
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fouet et le bannissement à quiconque leur aurait donné asile.
Les logesy où l'on enfermait les malades^ avaient été construites au nombre de douze dans le champ des Pestiférés^ et, au nombre de cinquante, le long de Saint-Crépin-en-Chaye, outre les bàtimens de cette abbaye transformée en lazaret , les moines s'étant retirés à Saint-Léger. Mais l'épidémie se propagea tellement qu'on dut établir cinquante loges nouvelles pour recevoir les victimes de la contagion, qui, en moins dequatre mois, fit périr environ six cents personnes. Deux religieux de Saint- Léger et un cordelier nommé Martinet se dévouèrent pour soigner les malheureux qu'on transportait aux loges: ils furent atteints eux-mêmes par l'épidémie , et on voyait encore , avant la Révolution, leurs tombes dans la chapelle de Saint-Lambert, sur la rive gauche de l'Aisne, non loin de Saint-Crépin-en-Chaye. Le maire Chantereau-Lefèvre et l'évêque se montrèrent intrépides et infatigables : la maladie les épargna. Un chirurgien, nommé Pierre Petit, d'Oulchy-le-Château , se consacra généreusement au traitement des pestiférés et guérit tous ceux qu'il pansa : la Ville , en récompense , fit faire à ses frais une boutique pour ce chirurgien, et, plus tard,, par reconnaissance , elle le fit enterrer pompeusement à Notre- Dame-des- Vignes. La peste sévit dans Soissons et aux environs, jusqu'au milieu d'août^ quand elle eut cessé, quoique les craintes de la voir renaître existassent encore, l'évêque ordonna trois procès-
sions en actionâ de grâces , les 24 ^ ft6 et 26 août. A la première, on porta le Saint-Sacrement; à la seconde, les reliques de Saint-Crépin et Saint- Crépwien ; à la tnMaièine, on alla faire une station devant les fiertés de Saint^-Médard et l'on revint chanter un Te Deum dans la cathédrale^ au son des cloches et au fracas des boUes d'artifice. Enfin, le 3 septembre, on publia que toutes communications entre les habitans et toutes relations commerciales se trouvaient rétablies, que chacun pouvait sortir de la ville ou y rentrer el qu'aucun cas de peste ne s'était présenté depuis plusieurs semaines. Le fléau ne reparut pins.
La vallée de Soissons devait, par m situation même, retenir long-temps les épidémies qui s'y développaient et les orages qui s'y concentraient des hauteurs environnantes. En i645 , la foudre avait allumé à Saint-Médard un incendie qui causa de graves dommages ; en i663 , un vent impétueux passa sur cette abbaye et renversa les restes de réglise Sainte-Sophie , qui n'avait pas été réparée depuis i568, quoique les chanoines qui la desservaient y continuassent leur service dans l'abside encore subsistante au milieu des ruines: la chute complète de l'église n'anéantît pas les canonicats de Sainte-Sophie, lesquels furent remplis jusqu'à la suppression de Saint-Médard; les chanoines toutefois furent dispensés , en 1 76a, par le cardinal de Bernis, de tous désirs dans Tabbaye, sauf l'obligation d'assister à l'office de la Trinité et à celui des Morts; on ne déblaya qu'en 1772 les
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décombres de Sainte^Sophie , qui demeuraient comme garans des droits de la collégiale. En 1676, lea5 avril, une tempête épouvantable se déchaîna encore sur Saint-Mëdard, pendant plus d'une heure : le tonnerre tomba sur le clocher de réglise, reconstruite en 16489 par les ordres du cardinal Mazarin, abbé commendataire, brisa le toit d'ardoise, descendit dans la charpente , pénétra, par des trous imperceptibles , dans la sacristie , où il déroula comme un ruban la feuille d'ai^ent qui couvrait le bâton du chantre , dans la cuisine, où il cassa quelques pots , et dans le dortoir, où il suivit lé fil de laiton de l'horloge en le consumant sur une longueur de 75 pieds, et en imprimant à la place, contre le mur, une large traînée jaune, verte, rouge et noire, telle que les peintres représentent les flammes de t enfer. Six religieux, sonnant les cloches, ne furent pas blessés par la foudre qui passa au milieu d'eux , et le frère cuisinier , renversé près de sa marmite, en fut quitte pour la peur. Les effets si divers et si bizarres produits par la foudre, qui n'attaqua pas les cordes, mit en éclats le bois , ne dévora pas l'argent et fondit le laiton , fournirent des indications très -précieuses à la science sur la conductibilité relative des corps. Un académicien de Soissons, l'avocat du roi Guérin, adresg au Journal des Savans une; relation exacte de ces faits singuliers qui servirent de texte à plusieurs dissertations sur l'électricité et qui eurent de l'écho dans les académies françaises et étrangères. Enfin, un phénomène, non moins
digne de remarque , fut le tremblement de terre du i8 septembre 169a, lequel se fit ressentir dans tout le Soissonnais^ à deux heures de l'après-midi, et dura dix ou douze minutes presque sans interruption. Beaucoup d'édifices ébranlés , lézardés et à demi-ruinés, exigèrent de coûteuses réparations, et la grosse tour de Coucy se fendit du haut en bas, tandis qu'une partie du château^ fort maltraité par les derniers sièges, s'écroulait avec fracas'.
Louis XIV, depuis son passage à Soissons en 1 653, avait deux fois traversé cette ville,lea8 janvieri67a elle ao octobre 1673, en se rendant à ses armées de Flandre; mais, dans ces deux visites, où il arriva tout botté pour se reposer comme à l'étape , il se laissa à peine entrevoir et complimenter à son coucher. Il alla seulement voir les viîraux de l'Arquebuse en 1673, les regarda long-temps avec admiration , et en demanda quatre panneaux pour son cabinet) la ville les lui offrit tous; mais, comme il remit la décision à un autre voyage, cette offre n'eut pas de suite. Au mois de février 1680, la ville, prévenue de la prochaine arrivée du roi, eut ordre de ne préparer aucune fête, de n'envoyer aucun cortège, et de ne faire aucune harangue, parce que Louis XIV voulait garder son incognito
* Mss. de Rousseau et de P. L. Brayer. Ce dernier historien se plaint de ce que les pierres tumulaires des trois religieux morts pendant la pesté furent brisées à Tépoque de la Révolution, sans respect pour le dévoûment que rappelaient ces inscriptions. Mss. de Cabaret. Mss. de dom Grenier, paq. a8; n* 1. Journal des S av ans , année 1676» p. lia.
eu allant à la rencontre de la princesse de Bavière qui venait épouser le Dauphin; mais, les honneurs que la ville devait rendre au roi étant ajournés jusqu'au retour de ce prince avec sa nouvelle bru , TAcadémie de Soissons résolut de se distinguer par son compliment qui fut confié à son secrétaire Nicolas Hébert. Celui-ci mit tout son savoir-faire Ççontendit omnes nerços)^ dans un discours soigneusement travaillé , qui reçut l'approbation du cardinal d'Estrées protecteur de l'Académie. LiOuis Xiy ne resta qu'un jour à Soissons avec la reine et la cour, le samedi 2 mars : madame d'Harcourt, abbesse de Notre-Dame, eut seule le privilège de recevoir dans son couvent la famille royale, qui était descendue à l'Evêché, de lui présenter l'eau-bénite et de lui donnerune collation, ornée de mille fleurs, où l'on fut émerveillé de la grosseur des carpes de la Somme. La cour partit de grand matin le 3, et rejoignit la dauphine à Vitry-le-Français. Après le mariage, Louis XIV revint par Soissons avec sa belle-fille, comme il l'avait promis. Quoique le duc d'Estrées eût alors le gouvernement de l'Ile-de-France et de Soissons, en survivance de son père le maréchal, ce ne fut pas ce duc, mais son lieutenant-général, le comte de Charmel, qui alla, à la tête du corps-de-ville, attendre le roi à la porte Saint-Martin , et lui présenter les clefs de la ville dans un bassin d'argent : à la réception qu'on lui fit le 12 , il ne manqua rien que des harangues, attendu que la dauphine avait fait supprimer cette partie du cérémonial, soit qu'elle
comprit mal le français et ne fût pas en état de répondre , s6it que sa vivacité naturelle ne voulût pas s'astreindre à ces ennuyeuses formules d'étiquette. Le cortège du roi était nombreux et magnifique en carrosses, en chevaux , en livrées : on y remarquait madame de Maintenon et le maréchal de Bellefonds, les fiUes^d'honneur et les femmes-^de^^hambre de la reine, la maison de la dauphine, les cent-suisses et les mousquetaires de la garde du roi , etc. La reine conduisit la dauphine à l'abbaye Notre-Dame, et l'abbesse , qui en* tretint cette jeune princesse et fut charmée de son esprit, lui offrit, ainsi qu'à la reine et au dauphin, de très-beaux ouvrages de broderie. Ensuite, à Tau* dience du roi , la dauphine reçut les salutations muettes {mutis tamen salutationibus non intèrdictts) de tous les corps judiciaires , municipaux et religieux de la ville. L'Académie de Soissons , conduite par Hébert, son discours à la main, figura comme les autres compagnies, dans cette présentation , et le maitre-des-cérémonies introduisit les académiciens immédiatement après les officiers de la ville et le clergé. Le marquis deDangeau, à qui son confrère de l'Académie de Paris, le cardinal d'Estrées, protecteur de l'Académie de Soissons, avait fait de grands éloges du discours composé inutilement par Hébert à cette occasion, souhaita le connaître , et dit à l'auteur en présence d'une foule de grands seigneurs et de courtisans : »^^a J'ai lu votre discours au Dauphin et aux plus exc^lens juges de la cour en matière de goût; ils ont tous
pensé que ce morceau d'éloquence faisait beaucoup d'honneur à votre Académie^ qui^ d'après cet échantillon de son sa voir •'faire, remplit et même surpasse les espérances qu'on en avait conçues. » Dangeàu ajouta force louanges adressées à l'Académie et à ses membres qui étaient la plupart présens :.ce fut un véritable triomphe pour l'Académie, et le discours d'Hébert , imprimé peu de temps après 9 parut digne de la réputation que lui avaient donnée les paroles de Dangeau. Louis XIV quitta Soissonsle i3 mars au matin , pour retourner à Saint-Germain par Villers-Colterets \
Louis XIV estimait beaucoup l'évéque Charles de Bourlon, qui s'était fait chérir dans son diocèse et surtout à Soissons , par ses mœurs douces , par sa bienveillance et surtout par sa belle conduite dans l'épidémie de 1668. Ce bon prélat s'immisçait dans les affaires des familles pour y porter des conseils et des secours : il avait^ dit-on, à l'Evéché, une magnifique volière pour rassembler tous les oiseaux qu'on lui apportait, et les abords de cette volière étaient si faciles que les enfans de la ville y venaient par récréation. Charles de Bourlon , qui daignait distribuer de sa main épiscopale le grain et le biscuit à ses pensionnaires ailés, nourrissait
' IMLss. de Rousseau et de Cabaret. Mercure galant, mois de mars I680. Not, cancer, la peint, sur verre, parle prés. Frayer. Gazette de France. Mercure historique. Nous n'avons retrouva nulle part le discours d'Hébert, quoiqu'il ait été imprimé séparément dans les gazettes et dans un recueil de pièces du même genre {und cum s^ariis id genus scriptts). De Aeademiâ Suess. p. 1 13 et suiv.
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aussi de morale ëvangélique les enfans qu*il interrogeait pour connaître l'intérieur des maisons, et pour y faire descendre souvent les consolations de
son ministère de paix et de charité! Pendant son
épiscopat, il eut plus ou moins de part à diverses fondations et améliorations importantes pour l'Eglise et aussi pour la ville de Soissons : en 1663, on décida, dans une assemblée capitulaire de St-Gervais, qu'on fermerait par un jubé le chœur de la cathédrale , et, l'année suivante, la première pierre de ce jubé, que chacun proclamait d'avance un chef-d'œuvre d'architecture , fut posée avec autant de solennité que si l'on eût jeté les fondemens d'une église. Ce jubé, flanqué de deux chapelles, était une masse informe, du plus mauvais goût, soutenue par dix grosses colonnes sans chapiteau et sans base, avec six statues juchées sur de lourds piédestaux. En 1669, le frère de l'évêque, lequel, de trésorier de Saint-Gervais, était devenu prieur de St-Léger, introduisit par surprise dans cette abbaye, fort régulière pourtant, la règle et les religieux de la congrégation de Sainte-Geneviève, tentative pareille à celle qui avait échoué à Saint- Jean-des- Vignes, du temps de Simon Legras ; mais le père de Bourlon réussit dans son entreprise, concertée et exécutée avec assez peu de loyauté. C'était pourtant un prêtre humain et charitable; car, deux lampes d'argent ayant été volées dans la cathédrale , il les remplaça de ses propres deniers, plutôt que de faire poursuivre et punir les voleurs. L'évêque s'associa chaleureusement à cette préten-
DE sousoirs. 39S
due réforme , qui fut vivement oootestée par tes moines de Saint-Léger et par leur» paroissiens; les Génovefains^ venus de Paris à l'appel du prieur, se virent d'abord chassés à force ouverte : on jeta leurs bardes par les fenêtres; on tes menaça de plus- rudes traitemens; mais l'évéque vint tuiméme faire enfoncer les portes de l'abbaye , et rétostaller les nouveaux venus. Il en résulta des procès qui se débattirent pendant quinze ans, et, eofi», le père Bourlon, nommé abbé de Saint-Léger parle roi> éproava tant de dégoûts da os ce monas» tère, qu'il se retira en son prieuré de Vouton, quoique la règle de Sainte-^Geneviève eût été définitivement établie par arrêt du Conseil et par commandement exprès du roi. £n 1670, l'évéque, comme pour effacer la fâcheuse impression produite par l'affaire de Saint*Léger , fonda te Sérni* naire, de concert avec le corps-de«ville , toujours prêt à favoriser les innovations utiles : on acheta d'abord une maison vis-à-vis la sacristie de l'église Saiot-Remy^pour y élever de jeunes prêtres, et, en 167&, on mit cette école religieuse sous la direction des Oratoriens, qui répondirent à la confiance de l'évéque. On leur donna, deux ans après leur arrivée àSoissons, le collège Saint-Nicolas, qui ne subsistait, pauvre et délabjpéy que grâce aux dons continuels de l'évéque , du Chapitre et de la ville. Ces^dons cessèrent lorsque les Oratoriens eurent ramené les bonnes études dans le collège, cju'ils rebâtirent de fond en comble,de 1741a 1754, avec des fonds octroyés à cet objet par la mitni-
cipalitéy l'évéque, les abbayes, les riches bourgeois, etc. On réunit aussi au collège, en 1773, les revenus de Saint^^Pierre-à-Ia-Chaux. En 1676, Tévéque dut interposer son autorité pour enjoindre aux chanoines de Saint^Pierre-au^-Parvis,. quij^recommençaient leurs anciennes querelles a vecTab-' baye Notre-Dame, de remplir leur devoir envers Fabbesse^ de dire. la messe dans l'église abbatiale, d'y donner la communion, d'y faire Feau bénite , etc. , sous peine de suspension de leurs saints ordres : les chanoines qui , pour se venger des.religieuses, avaient imaginé de sonner leurs cloches pendant les prédications qu'on faisait à Notre- Dame , furent également condamnés par l'official de Reims, où ils avaient appelé de la sentence de Charles de Bourlon. Les prédicateurs de Notre- Dame et de la plupart des paroisses étaient des Cordeliers : deux moines de leur couvent s'intitulaient chapelains et directeurs de Notre-Dame:, un troisième cordelier portait le titre de confesseur du Chapitre de la cathédrale ; un quatrième, celui de chapelain duprésidial\ deux autres des^servaient Saint-Paul et les Congrégantines. Les Cordeliers avaient, en outre, exclusivement la garde, des • morts. Leur couvent fut rebâti* presque entièrement aux XVII® et XVIII« siècles, et la rue voisine des Fèves prit le nom de rue des Pieds-déchaux , comme antérieurement Textrémité de la rue de la Buerie avait été changée en rue des Cordeliers. L'évêqne Charles de Bourlon,vieux et infirme, se retira auprès de son frère dans le prieuré de Vouton, et y mourut le 26 octobre i685.
DE SOISSOIfS.
QiKitre jours avant sa mort, la rëvocation de redit de Nantes avait porté un coup funeste à la prospérité de ]a France. Les réformés y moins nombreux et plus paisibles dans le diocèse de Soissons que dans celui de Laon , n'avaient pas été persécutés ni coni^ertis par toutes les mesures violentes que le père La Chaise inspirait à Louis XIV; seulement^ M. deMachauty intendant de la Généralité de Soissons f avait voulu se faire distinguer à la cour jésuitique de madame de Maintenon par quelques erdèifemens d'enfans deprotestans; mais, Tédit de Nantes révoqué , les familles de la religion réformée, qui habitaient principalement La Fère et le bourg deRoucy, sortirent de France , et un petit nombre seulement feignirent d'abjurer. L'expulsion des Aerétiques avait été précédée d'un redoublement de cérémonies et de pratiques pieuses à Soissons : les capucins firent, en 1680, des prédications suivies par toutes les dames de la ville, qui, en mémoire de l'éloquence des orateurs, voulurent coopérer à l'érection d'un Calvaire à la porte Saint-Christoplie; elles portaient elles-mêmes la terre dans des hottes pour former la butte où l'on planta la croix. Cette croix , renversée deux fois par les ouragans, fut relevée en 1760 avec une certaine pompe : un sculpteur soissonnais, nommé Foret, tailla en bois les figures du Christ et de la Madelaine, qu'on ^ apercevait de loin entre les arbres qui entouraient ce Calvaire, fermé de murs aux frais de Namptier, capitaine de l'Arc et aubergiste de la Croix-Rouge. En i685, il y eut une procession solennelle pour
la translaliori des reliques de saint uerTaîs el saint Prolais y apportées de la ville de Brisach dans la cathédrale de Soissons: les douze cfaanoines du Chapitre, qui avaient la châsse sur leurs épaules, étaient accompagnés de douze diacres ayant des palmes à la main , pour marque cle la victoire que ces saints ont remportée sur les ennemis de la foi C'était une allusion trop claire aux rigueurs qui se préparaient contre les protestans. L'évéque Charles de Bourlon parut pour la dernière fois en public dans cette procession, à la suite de laquelle il monta en chaire , et , sous prétex,te d'un panégyrique des deux saints, célébra les 2;/c£9/r^ du roi sur les calvinistes, victoires que Bossuet, évéque de Meaux , avait si bien secondées. Le frère de Bossuet, nommé intendant de Soissons depuis quelques jours, était présent à la cérémonie qui se termina par un repas splendide à TEvéché : les abbesses et leurs religieuses y prirent place avec les chanoines de la cathédrale, l'intendant, et les chefs des corps et compagnies de la ville. Charles de Bourlon ne fut pas témoin du . complément des victoires qu'il avait louées avec tant de zèle. On l'enterra à Saint- Gervais, à côté de son prédécesseur, et une longue inscription latine, placée sur sa tombe, énuméra ses titres aux regrets de ses diocésains : « C'est assez le louer que de raconter ce qu'il a fait! » disait l'auteur de cette inscription, où son savoir, sod esprit et son éloquence étaient élevés très-haut. 11 eut pour successeur le savant antiquaire Pierre Daniel Huet, qui garda l'évéché de Sois^^ons jus-
DE SOISSOHS. 59Y
qu'au mois d'octobre 1689, où il permuta, du cons^fitement du roi, avec Fabio Brûlart de Sillery: celuiicî, pouvellement nomméévéque d'Avraoches,
désirait rapprocher, de sa famille , de Reims, sa viUe natale , et surtout de la cour, le lieu de sa réslcleoce. Cet évêque, sacré à Paris dans l'église des Jéâuites, ne fit son entrée à Soissons que le i4 septembre 169a. Fabio Bràlart de Sillery n'était paa moins arudit que Huet, avec plus de talent d'écrivain j plus de finesse et plus d'imagination *, ses ouvrages ne furent pas seulement un bréviaire, uo catéi^isme et un recueil de statuts synodaux pour ^on diocèse : il composa plusieurs morceaux lUtéraires, qui lui ouvrirent, depuis, les portes de F4cadéiiûe des Inscriptions 0i de l'Académie française- Il était plus souvent à l'OEil-de-fiœuf de VersaMles qju'à son hôtel épiscopal; néanmoins, ilsîe fit aimer à Soissons par le bien qu'il y répandait: il fut véritablement le g^econd fondateur du Séminaire, ssms ooiQpter plusi|^ui?$ écoles gratuites qu'il ouvrit pour ks filles et les garçons, dans différentes paroisses de son diocèse; il augmenta considérable-* noânt les revenus du Séminaire , en y réunissant ceuiL de la collégiale du mont Notre-Dame, de la chapelle épi^copale de Saint-Louis, etc. Alors, le Séniinaire, ^rop resserré dans son premier local, acheta un grand hôtel, rue de Panleu, y ajouta des bâtimenset uneéglise^qui fat reconstruite en 1777, et^e diiviçia en girwd et exk petit s^çsûnaires. L'évéque fonda presque toutes les bourses de ce dernier, destinées au;^ enfans de la basse bourgeoisie : ces
bourses étaient au nombre de quarante ; dans le grand séminaire, il n'y en avait que vingt, afieciées spécialement aux fils de nobles soissonnais. Au grand séminaire, on n'enseignait que la théologie ;^ au petit , les humanités et la philosophie. Le grand séminaire possédait une maison de campagne à Yauxbuin . Fabion Brûlart de Sillery avait plus à cœur l'instruction de la jeunesse et le soulagement des pauvres que l'agrandissement de la puissance monastique : ainsi, tandis que la vaste organisation des deux séminaires se créait sous ses yeux, dans l'espace de quelques mois, l'abbaye de Saint-Crépinen *Chaye, unie en 1 660 à la Congrégation de France^ lorsque l'église et les bâtimens croulaient de vétusté, ne fut rebâtie et restaurée qu'après quarante* six ans de travaux qui n'intéressaient plus personne , hormis les religieux qui les faisaient exécuter à leurs frais '.
Les créations d'utilité publique dans Soissons étaient de plus en plus encouragées et multipliées : en 1670, le marquis de Brion, seigneur de Haute- Fontaine, avait obtenu un privilège du roi pour transporter par eau les voyageurs, moyennant prix raisonnable; le coche d'eau sur l'Aisne et l'Oise, qui allait et revenait de Paris en quatre jours, fiil dcmc établi à Pont-à-Vère; son service, d'abord très
^ Mss. de Cabaret et de P. L. Brayer. Dormay, t. 11, p- 576. Hist. de N.'D. p. ^yy.Hîst de VEd. de I^antes^in-i'^^ t. III, p. i65 des preuv. t. iv, p. 245- Etat de la France, par Boulainvilliers, éd. in-ia de 176a. t. m, p. aig. Mercure Galant y mois de juin i685. Oraison f un. de Ch. de Bourlon, par Ratouyn, chanoine. Soissons, 1686, in-4.
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productif, cessa de l'être au XVIII* siècle , et fut enfin supprime en 1778. La Petite-Boucherie, succursale de la grande, s'ouvrit en 1684 dans le local d'une ancienne auberge, appelée le Cerf-vo^ lautk cause de son enseigne. En i685, l'Hôtel-Dieu obtint de la ville la fermeture d'une ruelle, à la place de laquelle on éleva une salle pour les femmes malades ; ce fut dans les fouilles des fondations de cette nouvelle salle qu'on trouva la fameuse pierre d'Isis. L'Hôtel-Dieu s'agrandit encore de divers corps-de-logis en 1730 et en 1770: le jardin ne fut acquis qu'en 1774- La Ville, qui s'occupait si paternellement de ses malades et de ses pauvres, avait de la peine à payer les impôts extraordinaires; ces impôts étaient si onéreux pour elle, que le maire, Nicolas Hébert, afin de les alléger, fit abattre et vendre les arbres séculaires du Promenoir; on en replanta d'autres, ainsi que sur les remparts, et ces jeunes plantations ne tardèrent pas à rendre aux Soissonnais l'ombrage qu'ils regrettaient dans leurs promenades. Le jardin de l'Arquebuse, loin d'être livré de même à la hache, recevait sans cesse des embellissemens', qui faisaient envie à la compagnie de l'Arbalète. Cette compagnie en décadence avait essayé en 1664 de redonner un peu de force à son institution par une grande fête, le 1 1 mai, où furent invitées les compagnies d'arbalétriers de la province : elles y vinrent toutes pour disputer un prix de aaoo liv. (le marc à 34 livres); chacune marchait au son du tambour et portait un drapeau aux armes de sa Commune, et un guidon sur lequel était peinte
600 HiSToms;
une figura personnifianc le âobriquei de Tendroit, teU que le ùayeurde Soisson^^ le vacher de Chaïuiy, Vendormi de CcNupiègiie^ le besacier de Seoliâ^elc. La fêle eut beaucoup d'éclat ; des vers et des de* vises étaiaut écrits partout daps le jardin de l'Âr^ balète, au^lessus de la porte, aux trophées d'armes, au but; ceux-ci attiraient surtout les negards d'une jeunesse, galante et joyeuse :
Àmcmr^ pour bien régler notre célèbre fête 9
 voulu nous donner des lois :
Il a mis bas son arc et son carquois ,
Et pris le vir (trait) et l'arbalète.
Mai« il 86 plaît tant au métier, El se tertre vos traits avec tant d'aftifice 9 Qia'il pourra bien quitter son ancien exercice Et se faire arbalétrier.
Le prix fut gagné par la compagnie de Soissons, qui fit deux coups de broche rnéoiorables. Mais ces beaux coups d'adresse ne retardèrent pas la désertion, qui, trente-trois après, incorpora rArbalète dans l'Arquebuse. Soissons» à la fin du XYirsiècle, n était plus disposé à se mettre en fêtes et en galas; la gelée de 16929 qui empêcha les raisins de mûrir et fît iponter à 5o francs le muid de vin ; la stérilité de 1693, qui éleva le prix du froment à 4^0 livres le muid; ne trouvèrent de remède que dans les efforts charitables des principaux bourgeois; cependant un seul, le sieur H..., quoique étant des plus riches habitans de Soissons , refusa de se soumettre à la taxe du trentième des revenus territoriaux imposée par arrêt du Parlement sur toute
D£ SOIfSCMTS.
laFrance^où régnait une terribJedtseUe : cet odieux égoiste, sur k plainte de M. de la Hoossaye, oammissaire éc la taxe de Soissons, fut enlevé par lettre de cadiet et mis à la Bastille. Le Soiasonnai^, par bonheur» n'avait pas à souffrir de la guerre qui continuait de tous côtés hors du royaume; toutefois 9 il n'entendit pas avec moins de joie la pul^cation de la paix de Riswicà au mois de septembre 1697: tous les villages voisins de Soisfions y vinrent en armes^ enseignes déployées, av^ec oooardes rouges et blanches aux chapeaux, et fireott des salves de mousqueterie devaot le Château, l'Hôtel^-Villfi; l'Évécbé, l'abbaye Notre- Dame, etc. Ces décharges d'armes à feu ne eausèrent pas d'accident coomie en 1699: le a^t août de 'Cette année-là, une troupe de recrues, Ic^ée au faubourg de Crise, y mirent le feu par imprudence, et vingt-deux maisons furent incendiées. Soissotts n'avait pas encore de pompe, à incendie, ni de pompiers. La première pompe , acquise seuleBient en 17 59 9 fut manœuvrée d'abord par les artisans, charpentiers, serruriers, maçons^ etc.; mais la lenteur et l'irrégularité du serviœ décidèrent bientôt l'organisation d'une compagnie de pompiers soJJdé^ , par ordonnance de rHètel<'de*ville du a6 aoûi 1768. Cette compagnie, commandée par deux capitaines , deux lieutenans , deux sous-dieutenans et un major, choisis par le maire et les échevins , portait un unilorme bleu à paremens , revers et collet rouge , et avait un drapeau aux armes de la ville avec cette devise latine : His Fukanum vin* cimus anms.
L'incendie de 1699 pouvait être io^putable à la négligence du corps-de- ville, qui, depuis la transformation de ses charges électives en charges vénales et' héréditaires , ne prenait plus le même intérêt à la chose publique. La fatale ordonnance du roi, rendue à ce sujet en 1692, avait été motivée par les besoins du Trésor plus que par les disputes du présidial et des officiers de la ville pour la préséance dans les cérémonies et pour la démarcation des pouvoirs : le désavantage, en tous ces différends portés devant le Conseil d'État, demeurait toujours au corps municipal, qui revenait toujours à la charge, avec les mêmes prétentions et les mêmes argumens. Le Conseil d'État avait l'air de prendre plaisir àhumilier les chefs de la Commune, qui devaient toujours céder la droite et le pas aux officiers du présidial. Enfin, un édit d'octobre 1699 acheva d'annuler le simulacre de municipalité que Soissons voyait passer tour à tour dans les mains du plus offrant : Louis XIV créait dans cette ville, en titre d'offices ou charges vénales, un lieutenant-général de police, avec un procureur du roi, un greffier, deux huissiers et quatre commissaires, pour le civil, le contentieux et le criminel. Cette juridiction particulière ^e police émut vivement les Soissonnais, qui en poussèrent des cris d'alarmes et résolurent d'adresser leurs représentations au roi ; mais les cabales et les intrigues avaient déjà commencé: le corps-de-ville s'apprêtait à acheter les charges de nouvelle création et à les amortir dans son sein; trois citoyens, qui possédaient d'autres offices auxquels les charges depo-
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lice devaient prëjudicier ^ partirent secrètement pour la cour, et, à l'insu de la Commune, acquirent pour leur proprecompte lesdites charges et celles du corps-de-\ille, avec faculté de les disjoindre et de les revendre ensemble ou séparément. Cette acquisition leur coûta 3o,ooo livres, qui furent assises sur les revenus patrimoniaux de la ville et sur les octrois, jusqu'au remboursement intégral. De retour à Soissons , où leur conduite déloyale excita de viblens murmures, ils se réservèrent les charges municipales, et revendirent avantageusement celles de police. Mais les acquéreurs ne furent pas plutôt en jouissance de ces charges, que mille difficultés naquirent de cette juridiction encore indécise. Une déclaration du roi la fixa, le 19 août 170a, et assigna au corps-de-police ses attributions. Les gages de ce corps se payaient sur le revenu de la ville et des faubourgs , où il devait exercer la justice civile et la police contentieuse et criminelle : il tenait ses audiences publiques tous les mardis dans la salle du bailliage ; le lieutenantgénéral de police avait le rang de troisième conseiller au présidiaL Mais c'en était fait de la mairie et de l'échevinage soissonnais : Louis XIV avait foulé aux pieds les libertés municipales d'une des plus anciennes communes de France, pour en tirer quelques misérables sommes d'argent qu'il jetait ausàitôt dans le gouffre de ses prodigalités '.
*■ Mss. (je Rousseau, de Cabaret, de P. L. Brayer et de M. Fiqpaèt.
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